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PÂQUES. 2° SEMAINE. SAMEDI

13. ELLE POURSUIVRA SA MISSION JUSQU’À LA FIN DES TEMPS...

— L’Église résiste à toute persécution, hérésie, schisme, et infidélité.

— Les pressions contre l’Église nous mènent-elles à l’aimer davantage ?

— Dans les moments d’obscurité, de tribulation, d’épreuve, recourons au Seigneur et à la Vierge.

 

I. Après la multiplication des pains et des poissons, ayant nourri la foule, Jésus la renvoya et ordonna à ses disciples d’embarquer. Le soir était déjà très avancé.

L’Évangile de la Messe d’aujourd’hui [01] décrit les apôtres qui naviguent vers Capharnaüm. Il fait nuit. Jésus n’est pas avec eux. Par l’Évangile de saint Matthieu nous savons qu’il les a quittés pour aller prier sur la montagne [02]. Un vent violent agite la mer’ et les vagues malmènent la barque car ce vent leur est contraire [04]. La Tradition reconnaît dans cette barque l’image de l’Église dans le monde[05], ballottée tout au long des siècles par les vagues des persécutions, des hérésies, des infidélités. « Ce vent, commente saint Thomas, est une figure des tentations et des persécutions que souffrira l’Église à cause du manque d’amour. Parce que, comme dit saint Augustin, quand l’amour se refroidit les vagues se multiplient... Cependant le vent, la tempête, les vagues et les ténèbres n’arriveront pas à faire dévier la barque ni à la briser.[06] » Dès les premiers moments, l’Église a dû affronter des contradictions, venues de l’intérieur comme de l’extérieur ; et cela continue d’être ainsi. « Ce n’est pas nouveau. Depuis sa fondation par Jésus-Christ Notre Seigneur, la sainte Église qui est notre Mère, a souffert d’une persécution constante. À certaines époques, les agressions s’organisaient peut-être ouvertement ; aujourd’hui la persécution est généralement plus sournoise, mais, comme hier on continue à combattre l’Église.

« Quand nous entendons les voix de l’hérésie (...), quand nous constatons que l’on attaque impunément la sainteté du mariage et celle du sacerdoce ; la conception immaculée de notre Mère Sainte Marie et tous les autres privilèges et perfections dont Dieu l’a parée ; le miracle perpétuel de la présence réelle de Jésus-Christ dans la Sainte Eucharistie ; le primat de Pierre et même la Résurrection de Notre Seigneur ; comment ne pas sentir notre âme envahie de tristesse ? Mais ayez confiance : la sainte Église est incorruptible[07]. » Certes, les pressions contre l’Église font souffrir, mais en même temps la présence du Christ dans la barque donne une immense sécurité et une grande paix. Il vit pour toujours dans l’Église, et c’est la raison pour laquelle les portes de l’enfer ne prévaudront pas contre elle[08]. Tout ce qui est humain passe. L’Église, elle, demeure telle que le Christ l’a voulue, et pour toujours. Le Seigneur est présent. La barque ne peut pas sombrer, même si elle semble parfois bien mal en point. Cette assistance divine rend inébranlable notre foi :

l’Église, malgré toutes les contingences humaines, restera toujours fidèle au Christ au milieu de toutes les tempêtes, et sera, jusqu’à la fin des temps, le sacrement universel du salut. Son histoire est un miracle permanent, une source inépuisable d’espérance.

Déjà, au temps de saint Augustin, les païens l’affirmaient : « L’Église va périr, les chrétiens vont disparaître ». Ce à quoi le saint Docteur répondait : « Moi je vous vois mourir chaque jour et l’Église reste toujours debout, annonçant le pouvoir de Dieu de génération en génération.[09] »

Je doute parce que la tempête redouble contre ses institutions ou contre le Pape et les évêques... Seigneur, quel manque de foi ! Augmente en moi la foi, afin que je ne me laisse pas impressionner par l’acharnement de ses adversaires et que je ne perde pas la paix et la vision surnaturelle. Tu es toujours très près de nous et tu nous presses d’avoir confiance en toi. Je veux prier davantage pour ton Église, Seigneur, être plus fidèle à ma vocation, plus apostolique, plus généreux dans la réparation.

 

II. L’indéfectibilité de l’Église implique qu’elle est impérissable, qu’elle doit demeurer jusqu’à la fin du monde sans souffrir de changement substantiel dans sa doctrine, dans sa constitution ou dans son culte.

Comme le dit le Concile Vatican I, elle possède « une stabilité invaincue ». « Édifiée sur le roc, elle subsistera fermement jusqu’à la fin des temps. [10] »

La raison de cette stabilité de l’Église se trouve dans son intime union avec le Christ qui est sa Tête et son Seigneur. Quand il les envoya prêcher l’Évangile à toutes les nations, il les assura qu’il serait avec eux tous les jours, jusqu’à la fin du monde [11], et après son Ascension, il envoya aux siens l’Esprit Saint pour qu’il leur enseigne toute la vérité [12].

L’Église donne une preuve irréfragable de cette force dans sa résistance à toutes les persécutions : le Seigneur veille sur elle. Il la protège « que ce soit en illuminant et fortifiant la hiérarchie pour qu’elle accomplisse fidèlement et avec fruit sa charge ; que ce soit — surtout dans des situations très graves — en suscitant au sein de notre Mère l’Église, des hommes et des femmes modèles de sainteté, afin de servir d’exemple pour les autres chrétiens en vue de l’accroissement de son Corps mystique. Il faut ajouter à cela que le Christ regarde toujours avec une affection particulière son Épouse immaculée qui souffre dans le désert de ce monde. Quand il la voit en danger, il la délivre des vagues de la tempête, directement ou par l’intermédiaire de ses anges, de Celle que nous invoquons comme aide des chrétiens et de nos autres avocats célestes. Une fois la mer calmée et apaisée, il la console avec cette paix qui dépasse tout entendement (Ph 4, 7). [13] » La foi affirme que cette fermeté dans sa constitution et dans sa doctrine, durera toujours, jusqu’à ce qu’il vienne [14].

« Dans certains milieux, surtout dans le monde intellectuel, on perçoit, on touche du doigt comme une consigne émanant de sectes, et parfois même reprise par des catholiques. Avec une persévérance cynique elle entretient et propage la calomnie pour jeter des ombres sur l’Église ou sur des personnes et des institutions, contre toute vérité et toute vraisemblance.

« Récite chaque jour, avec foi : " ut inimicos Sanctae Ecclesiae — des ennemis, parce qu’ils se proclament tels — humiliare digneris, te rogamus, audi nos ! " Confonds, Seigneur, ceux qui te persécutent, par la clarté de ta lumière que nous sommes décidés à propager [15]. »

Pressions, campagnes de presse, contre-exemples, scandales... tout cela nous mène-t-il à l’aimer davantage ; à prier pour ses adversaires ; à réparer le mal commis ; à rester en communion avec elle, fidèles à sa doctrine, pénétrés de ses sacrements, unis à la hiérarchie ?

 

III. Les apôtres ont déjà ramé pendant cinq mille mètres environ, sans doute péniblement, quand Jésus arrive de manière inattendue en marchant sur les eaux. Il s’approche et leur dit : « C’est moi. Soyez sans crainte. » Les disciples voulaient le prendre dans la barque, mais aussitôt la barque atteignit le rivage à l’endroit où ils se rendaient[16].

Personne, absolument personne, n’est à l’abri des tempêtes, des moments d’obscurité, de trouble intérieur ou d’incompréhension, des situations dans lesquelles il faut rectifier la route parce qu’on a perdu la bonne direction. Le Seigneur est là, dans la tempête des souffrances ; et si nous savons, dans la foi, accepter les contrariétés comme des bénédictions du ciel, elles nous purifieront et nous rapprocheront de Dieu.

C’est moi. Soyez sans crainte ! La voix du Christ que l’on entend dans la prière, au milieu des peines de la vie, rassure qui se croit perdu : Les disciples voulaient le prendre dans la barque, mais aussitôt la barque atteignit le rivage à l’endroit où ils se rendaient, où le Seigneur voulait qu’ils aillent. Près de Jésus on ne se sent jamais perdu. L’insécurité prend le dessus quand la foi s’affaiblit, quand on ne s’adresse plus au Seigneur parce qu’on a l’impression qu’il n’écoute pas ou qu’il se désintéresse de nous. Pourtant, Jésus sait bien ce qui nous arrive et attend que nous venions ou revenions à lui pour lui demander son aide. Il n’abandonne personne dans une situation insurmontable. Quelle confiance nous donnent ces mots de Jésus que recueille aujourd’hui l’antienne de la communion : Père, ceux que tu m’as donnés, je veux que là où je suis eux aussi soient avec moi[17] !

Nous avons quelquefois l’impression, pendant des périodes plus ou moins longues, que le Christ n’est pas là, qu’il nous a abandonnés ou qu’il n’écoute pas notre prière ; et que cela n’a que trop duré. Mais Jésus est là. Les yeux du Seigneur se posent sur ses fidèles... — chante le Psaume de la Messe — pour délivrer leurs vies de la mort™.

Unis au Seigneur par la prière et les sacrements, nous pourrons tout faire, et les tempêtes, intérieures ou extérieures, deviendront occasions de croître en foi, en espérance, en charité, en force... Avec le temps nous comprendrons même le sens de la plupart de ces difficultés.

Près du Christ, tu sortiras de toutes les épreuves avec davantage d’humilité, purifié, plus riche d’amour de Dieu. Et tu as l’aide de Marie, notre Mère du Ciel. « Tu n’es pas seul. — Supporte avec joie la tribulation. — C’est vrai, pauvre enfant, tu ne sens pas dans ta main la main de ta Mère. — Mais... as-tu vu les mères d’ici-bas suivre, bras tendus, leurs petits qui s’aventurent tout tremblants à faire leurs premiers pas ?— Tu n’es pas seul : Marie est près de toi. [19] » Elle est présente à tout moment, mais particulièrement quand, pour quelque motif que ce soit, ses enfants sont en difficulté. Ne manquons pas d’avoir recours à elle.

 

NOTES

[01] Cf. Jn6, 16-21.

[02] Cf. Mt 14, 23.

[03] Cf. Jn 6, 18.

[04] Cf. Mt 14, 24.

[05] Cf. Tertullien, De Baptismo, 12.

[06] Saint Thomas, Commentaire sur saint Jean, in loc.

[07] Saint Josémaria Escriva, Homélie La fin surnaturelle de l’Église, 28 mai 1972.

[08] Mt 16, 18.

[09] Cité par G. Chevrot, Simon Pierre.

[10] Denzinger, 1824.

[11] Cf. Mt 28, 20.

[12] Cf. Jn 14, 16.

[13] Pie XII, Enc. Mystici Corporis, 29 juin 1943.

[14] Cf. 1 Cor 11.

[15] Saint Josémaria Escriva, Sillon, n. 936.

[16] Jn 6, 20-21.

[17] Jn 17, 24.

[18] PS 32.

[19] Saint Josémaria Escriva, Chemin, n. 900.



TROISIÈME DIMANCHE DE PÂQUES

14. LE JOUR DU SEIGNEUR

— Le dimanche, jour du Seigneur.

— Les fêtes chrétiennes ont pour centre la sainte Messe.

— La place du culte public et du repos dominical.

 

I. « Le jour appelé du Soleil, tous se réunissent en un même lieu, ceux qui habitent dans la ville et ceux qui vivent à la campagne... Et nous nous réunissons tous en ce jour, en premier lieu parce que, en ce jour, qui est le premier de la semaine, Dieu créa le monde (...), et parce que c’est le jour où Jésus-Christ notre Sauveur est ressuscité d’entre les morts [01]. » La solennité du sabbat (samedi) juif est transférée au dimanche chez les chrétiens dès les débuts de l’Église ; depuis lors, chaque dimanche nous célébrons joyeusement la Résurrection du Christ.

Le samedi était en effet dans l’Ancien Testament le jour consacré à Yahweh, institué par Lui-même[02], qui ordonna au peuple israëlite de s’abstenir de certains travaux ce jour-là, pour se consacrer à honorer Dieu\ C’était aussi le jour où se rassemblait toute la famille et où se célébrait la fin de la captivité en Egypte. Au fil du temps, les rabbins compliquèrent le précepte divin, et à l’époque de Jésus il existait toute une série de minutieuses et accablantes prescriptions qui n’avaient rien à voir avec ce que Dieu avait prescrit. Les pharisiens s’opposèrent fréquemment à Jésus sur cette question. Cependant le Seigneur ne méprisa pas le sabbat, il ne le supprima pas, au contraire. Celui-ci semble être son jour préféré : il se rend justement ce jour-là à la synagogue pour prêcher, et beaucoup de miracles seront réalisés le samedi.

La sainte Écriture avait toujours élaboré un concept élevé et noble du sabbat, jour établi par Dieu pour que son peuple lui rende un culte public, et lui consacre totalement la journée— obligation grave — [04]. Parfois les Prophètes mentionnent comme cause des châtiments de Dieu le fait de ne pas avoir respecté le sabbat, malgré les innombrables rappels tout au long de la sainte Écriture.

Le repos sabbatique était de nature essentiellement religieuse, et c’est pourquoi il culminait sur l’oblation d’un sacrifice[05].

Toutes les fêtes d’Israël, le sabbat particulièrement, étaient des signes de l’alliance divine, une expression de la joie d’appartenir au Seigneur, d’être l’objet de son élection et de son amour. C’est pourquoi chaque fête était en relation avec un événement majeur du salut.

Elles ne contenaient cependant que la promesse d’une réalité qui n’avait pas encore eu lieu : avec la Résurrection de Jésus-Christ, le sabbat cède le pas à la réalité qu’il annonçait, la plus grande fête chrétienne. Jésus lui-même parle du Royaume de Dieu comme d’une grande fête offerte par un roi à l’occasion des noces de son fils[06], en qui nous sommes invités à participer des biens messianiques[07]. Avec le Christ surgit un culte nouveau et supérieur, puisque nous avons un nouveau Prêtre, et que nous offrons une nouvelle Victime.

 

II. Après la Résurrection, le premier jour de la semaine sera désormais considéré par les Apôtres comme le jour du Seigneur, dominica dies [08], le jour de la victoire définitive sur le péché et sur la mort. C’est pourquoi les premiers chrétiens auront leurs réunions liturgiques le dimanche, constante et universelle tradition jusqu’à nos jours. « L’Église célèbre le mystère pascal, en vertu d’une tradition apostolique qui remonte au jour même de la Résurrection du Christ, chaque huitième jour, qui est nommé à bon droit le jour du Seigneur ou dimanche.[09] »

Voilà l’origine du précepte de sanctifier les fêtes, devoir essentiel de l’homme envers son Créateur et Rédempteur. Ce jour consacré à Dieu est marqué par un culte dont le sommet est la participation au sacrifice de la Messe.

En même temps l’Église a établi des fêtes qui commémorent les principaux événements du salut de l’humanité : Noël, Pâques, l’Ascension, la Pentecôte..., et des fêtes de la Vierge, par exemple l’Assomption. De plus, les chrétiens ont célébré dès le début le dies natalis, l’anniversaire du martyre, la naissance au ciel des premiers chrétiens. Les fêtes chrétiennes structurent tout naturellement le calendrier civil, et ainsi l’Église « tout en célébrant ainsi les mystères de la rédemption, ouvre aux fidèles les richesses des vertus et des mérites de son Seigneur ; de la sorte, ces mystères sont en quelque manière rendus présents tout au long du temps, les fidèles sont mis en contact avec eux et remplis par la grâce du salut. [10] »

L’origine de la joie de la fête chrétienne, c’est la présence du Seigneur dans son Église, gage et prémice d’une union définitive dans la fête qui n’aura pas de fin [11] . On comprend cette joie qui remplit la célébration dominicale, comme elle se manifeste dans la prière sur les offrandes de la Messe d’aujourd’hui : Accueille, Seigneur, les dons de ton Église en fête : Tu es à l’origine d’un si grand bonheur, qu’il s’épanouisse en joie éternelle. Ces fêtes ne sont pas un simple souvenir du passé, anniversaire d’un événement historique, ce sont des signes qui manifestent et rendent présent le Christ parmi les hommes.

Car la sainte Messe rend Jésus présent dans son Église par un sacrifice de valeur infinie où il s’offre à Dieu le Père dans l’Esprit Saint. Toutes les valeurs humaines, culturelles et sociales liées à la fête doivent occuper un second plan, chacune doit rester dans son ordre, sans obscurcir ou remplacer ce qui est le plus fondamental. Enrichissent le cadre de la Messe nombre de manifestations de piété liturgique et populaire, — salut au saint sacrement, processions, chants, élégance, y compris vestimentaire, etc. —... Enrichissons-nous par l’exemple, l’apostolat, pour que le dimanche soit « le jour du Seigneur, le jour de l’adoration et de la glorification de Dieu, du saint Sacrifice, de la prière, du repos, du recueillement, de la joie de se trouver dans l’intimité de la famille ? [12] »

 

III. Acclamez Dieu, toute la terre, chantez à la gloire de son nom, rendez-lui grâce, louez-le, chante l’antienne d’ouverture de la Messe [13].

Le précepte de sanctifier les fêtes répond à une nécessité de la nature humaine, un appel à rendre un culte public à Dieu, et pas seulement un culte intérieur et privé. Certains esprits forts ont toujours prétendu reléguer les rapports avec Dieu au domaine de la conscience, estimant outrageant, pour la liberté civile, leurs manifestations extérieures. Cependant tout homme a le devoir et le droit naturel de rendre un culte extérieur et public à Dieu ; sans avoir à subir un préjudice ni à devoir se cacher pour pratiquer sa foi.

Le dimanche et les fêtes établies par l’Église sont avant tout des jours pour Dieu et des jours particulièrement favorables pour le rencontrer. « Quaerite Dominum (Cherchez le Seigneur). Nous ne pouvons jamais cesser de le chercher : cependant, il y a des moments qui exigent de le faire avec plus d’intensité, parce qu’alors le Seigneur est spécialement près de nous, et par conséquent il est plus facile de le trouver et de le rencontrer. Cette proximité constitue la réponse du Seigneur à l’invocation de l’Église, qui s’exprime continuellement par la liturgie. Plus encore, c’est précisément la liturgie qui rend actuelle la proximité du Seigneur. [14] »

Les fêtes dites de précepte aident les chrétiens à mieux recevoir la grâce, et les croyants interrompent leur travail pour mieux se consacrer au Seigneur. Il n’y a pas de fête sans célébration, car il ne suffit pas d’arrêter son travail ce jour-là ; il n’y a pas non plus de fête chrétienne sans que les croyants ne se réunissent pour rendre grâce, louer le Seigneur et rappeler ses œuvres. Quel sens chrétien aurait celui qui se propose de passer le dimanche, une fête d’obligation, ou le week-end de telle manière que ses rapports avec Dieu deviennent impossibles ou très difficiles ? Il arrive à certains de penser qu’ils n’ont pas le temps d’assister à la Messe ou de le faire d’une manière précipitée, comme s’ils se libéraient d’une obligation ennuyeuse.

Le repos n’est pas seulement une nécessité de nature, une occasion de récupérer des forces, c’est aussi un signe et une anticipation du repos définitif dans la fête du Ciel. C’est pourquoi l’Église dès ses débuts a célébré ses fêtes en prescrivant l’abstention du travail ; les fidèles y ont droit aussi en tant que citoyens égaux aux autres, et l’État doit le garantir et le protéger partout.

Ce repos de fête ne doit pas être interprété ni être vécu comme s’il s’agissait de ne rien faire, de perdre son temps, mais plutôt comme un espace d’occupations positives, d’enrichissement personnel par d’autres activités. Il y a mille manières de se reposer, sans s’arrêter au plus facile, qui n’est pas d’habitude ce qui repose le mieux. Limiter, par exemple, l’utilisation de la télévision aide à ne pas se convaincre qu’on n’a de temps pour rien . Passer davantage de temps avec la famille, mieux s’occuper de l’éducation des enfants, cultiver avec brio les rapports sociaux et les amitiés, rendre visite à des personnes dans le besoin ou le malheur, seules ou malades,... pouvoir enfin converser longuement avec un ami, (ou pour le père ou la mère, parler seul à seul à l’enfant qui en a le plus besoin). C’est « être capable d’avoir toute la journée prise par un horaire élastique où ne manquent point, comme temps importants — en plus des nonnes quotidiennes de piété —, le repos mérité, la réunion familiale, la lecture, le temps consacré à un art, à la littérature ou à quelque autre distraction noble. C’est remplir les heures d’un travail utile, faire les choses le mieux possible, veiller aux petits détails d’ordre, de ponctualité, de bonne humeur. [15] »

 

NOTES

[01] Liturgie des Heures. Deuxième lecture. Saint Justin, Apologie 1°, 67.

[02] Gen 2, 3.

[03] Ex 20, 8-11 ; 21, 13 ; Dt 5, 14.

[04] Cf. Ex 31, 14-15.

[05] Cf. Nb 28, 9-10.

[06] Cf. Mt 22, 2-13.

[07] Cf. Is 25, 6-8.

[08] Ap 1, 10.

[09] Concile Vatican 11, Const. Sacrosanctum Concilium, 106.

[10] Idem, 102.

[11] Cf. Ap 21, 1 et s ; 2 Cor 1, 22.

[12] Pie XII, Allocution, 7 septembre 1947.

[13] PS 65, 1-2.

[14] Jean Paul II, Homélie, 20 mars 1980.

[15] Entretiens avec Monseigneur Escriva de Balaguer, III.



PÂQUES. 3° SEMAINE. LUNDI

15. VIVRE AU NATUREL

— Des chrétiens cohérents dans toutes les situations.

— L’apostolat dans des milieux difficiles.

— La droiture d’intention.

 

I. Le procès contre Etienne provoque une grave persécution contre l’Église. La lecture de la Messe d’aujourd’hui raconte l’essentiel de son activité apostolique et de son martyre [01] : Etienne, qui était plein de la grâce et de la puissance de Dieu, accomplissait parmi le peuple des prodiges et des signes éclatants. On va utiliser contre lui pratiquement les mêmes moyens, et presque les mêmes mots, qui ont été employés contre Jésus : Nous l’avons entendu affirmer, assurent de faux témoins, que ce Jésus, le Nazaréen, détruira le Lieu saint et changera les lois que Moïse nous a transmises.

Etienne a proclamé avec courage sa foi en Jésus ressuscité. C’est un exemple — même si le Seigneur ne nous demande pas le martyre — de vie chrétienne cohérente qui s’affirme avec naturel et clarté, sans se laisser arrêter par des faux scandales, ou le qu’en dira-t-on. Il existe encore des milieux où les gens sont critiques ou désagréables devant un comportement chrétien, ne comprenant pas les aimables exigences de la doctrine du Christ. Imiter alors le Seigneur et ceux qui lui ont été fidèles, jusqu’à donner leur vie pour lui, c’est agir avec sérénité, en menant une vie chrétienne avec toutes ses conséquences. Certes, c’est plus commode de s’adapter à des situations et des styles de vie paganisés, mais est-on alors encore un disciple fidèle de Jésus ? Il y a un peu partout des situations qui appellent la fermeté de caractère et la force dans la foi : au lycée ; à l’Université, à l’hôpital, au bureau, en vacances, ...

Dans leurs activités publiques, les chrétiens doivent s’inspirer des critères et des objectifs évangéliques vécus et interprétés par l’Église. La légitime diversité d’opinions dans les affaires temporelles ne doit pas empêcher le nécessaire accord des chrétiens à défendre et promouvoir les valeurs et les projets de vie dérivés de la morale évangélique. Ces valeurs évangéliques se heurtent souvent à des réactions négatives, mais il faut les affronter. Celui qui dissimulerait sa personnalité chrétienne dans un milieu paganisé et fléchirait à cause du respect humain, ne mériterait-il pas ces mots de Jésus : Celui qui m’aura renié devant les hommes, je le renierai aussi devant mon Père qui est dans les cieux [02] ?

« Savez-vous quelle est la première tentation que le démon présente à une personne qui a commencé à mieux servir Dieu ? demande le Saint Curé d’Ars. C’est le respect humain [03]. » Notre comportement avec les amis, dans le milieu professionnel, dans une réunion sociale, est-il à l’abri de cette constatation ? Montrons-nous avec courage et simplicité notre qualité de baptisés, notre condition de fils de Dieu ?

 

II. Il n’est pas rare d’entendre des personnalités de tout bord parler avec froideur des grandes vérités de la vie, ou ne pas en parler du tout. Et l’on traite de fanatique celui qui parle avec enthousiasme d’une grande cause — défendre la vie dès la conception, promouvoir la liberté d’enseignement... — ailleurs, on disqualifie, sournoisement ou en face celui qui a des convictions profondes sur la vie et son destin final, et tâche de les vivre et surtout de les faire partager.

Sans excès de langage ni zèle amer, contraires à l’exemple aimable que Jésus-Christ nous a laissé, essayons de vivre, avec l’aide de la grâce, une vie fondée sur des convictions chrétiennes profondes et fermes. L’indifférence devant les merveilles de Dieu est un grand mal, une lourde conséquence de la tiédeur ou d’une foi morte ou endormie, même si on la déguise en objectivité.

Car le Baptême donne la grâce qui sauve, un sens au chemin terrestre, et un tel bien rend joyeux et désireux de communiquer son bonheur à ceux qui sont à côté, grâce à un apostolat incessant.

Jésus, lui, a toujours fait le bien. Je vous le demande, disait-il un jour à des scribes et des pharisiens qui l’épiaient, est-il permis défaire le bien ou défaire le mal ? Et il guérit un malade d’une main desséchée. Dans tous les milieux sociaux, son disciple doit aussi communiquer la joie de connaître Dieu, gagner des âmes à la Vérité, à l’amour, au Christ. « Et cela s’appelle, en toute rigueur de terme, prosélytisme. Sans manipulation des mots : certains ont chargé ce terme d’une coloration d’intérêts égoïstes, de moyens malhonnêtes pour fasciner, contraindre ou enrôler. Ce prosélytisme-là mérite une totale condamnation, car c’est une tactique sectaire, trompeuse, mercenaire, qui profite de l’ignorance, de la misère matérielle, ou de la solitude affective.

Mais les chrétiens, vont-ils pour cela renoncer à la fécondité apostolique, à la diffusion de la vérité divine, à la fraternité communicative de l’authentique prosélytisme ? La certitude des vérités de foi — seul celui qui est convaincu peut convaincre— et l’amour du Christ engendrent une communication féconde de ce que l’on a rencontré, un prosélytisme loyal, et cela dans tous les milieux sociaux et géographiques.

 

III. Nous désirons chercher la sainteté dans le travail et dans les relations avec ceux qui supportent les mêmes tâches, les mêmes soucis, les mêmes responsabilités.

Rencontrons-nous des obstacles, des incompréhensions ou des critiques injustes ? Alors le Seigneur est prêt à donner sa grâce pour nous maintenir sereins, patients, suffisamment désintéressés aussi pour ne pas cesser de faire de l’apostolat. Car le Fils de Dieu n’a pas toujours rencontré des gens de bonne foi quand il annonçait la Bonne Nouvelle, mais il ne cessa jamais de montrer les merveilles du Royaume de Dieu. Les Apôtres, au début de l’Église, et les premiers chrétiens aussi, durent affronter des situations et des milieux qui refusaient catégoriquement la doctrine salvatrice qu’ils portaient dans leur cœur. Cependant, ils convertirent l’ancien monde. « Je ne comprends pas ton aboulie. Si tu te heurtes à un groupe de camarades un peu difficile, peut-être est-il devenu difficile à cause de ton laisser-aller — tu t’en désintéresses, tu te dérobes, et tu penses qu’ils sont un poids mort, du lest qui freine tes projets apostoliques, qu’ils ne te comprendront pas...

« Comment veux-tu qu’ils t’écoutent si, te contentant de les aimer et de les servir par ta prière et ta mortification, tu ne leur parles pas ?[04] »

D’autant qu’aucune situation n’est inamovible ni définitive. Avec le temps, celui qui finit par avoir raison est celui qui travaille et traite les autres avec honnêteté, avec une intention droite, sans chercher d’avantages personnels.

La tentation de se laisser entraîner par le respect humain serait révélatrice d’une formation spirituelle et théologique superficielle et d’un caractère manquant de fermeté. Attitude peu attirante, même humainement, qui dénote parfois une certaine faiblesse, — ne pas vouloir passer un mauvais moment — craindre de mettre en jeu sa réputation, sa situation, de se singulariser... Lorsque des grands accusent ton serviteur, proclame le psaume responsorial[05], je médite sur tes ordres. Je trouve mon plaisir en tes exigences : ce sont elles qui me conseillent.

On peut vaincre les respects humains avec de la droiture d’intention, un sens plus élevé de l’opinion de Dieu que de l’opinion des autres, la force d’endurer avec élégance les petites critiques, fréquemment superficielles. Avec la joie aussi de communiquer le trésor que chaque disciple du Seigneur a rencontré. Donner le bon exemple consiste simplement à être cohérent avec la grâce que le Seigneur a mise dans notre cœur. Même dans des milieux difficiles on peut gagner des âmes au Christ quand on désire vraiment rendre heureux ses amis, ses camarades ou ses connaissances. « Avant de vouloir rendre saints tous ceux que nous aimons il faut que nous les rendions heureux et joyeux, car rien ne prépare mieux l’âme pour la grâce que la joie.

« Tu sais déjà (...) que lorsque tu as entre les mains les cœurs de ceux que tu veux rendre meilleurs, si tu as su les attirer par la mansuétude du Christ, tu as parcouru déjà la moitié de ton chemin apostolique. Quand ils t’aiment et ont confiance en toi, quand ils sont contents, le champ est préparé pour les semailles. Car leurs cœurs sont ouverts comme une terre fertile, pour recevoir le blé blanc de ta parole d’apôtre ou d’éducateur.

« Si tu sais parler sans blesser, sans offenser, bien que tu doives corriger ou réprimander, les cœurs ne se fermeront pas à toi. La semence tombera, sans aucun doute, en terre fertile et la récolte sera abondante. Si tu ne fais pas ainsi, tes paroles trouveront, au lieu d’un cœur ouvert, un mur massif ; ta semence ne tombera pas en terre fertile, mais sur le bord du chemin (...) de l’indifférence ou du manque de confiance ; ou sur le terrain pierreux (...) d’une âme mal disposée ; ou parmi les épines (...) d’un cœur blessé, amer, plein de rancune. Ne perdons jamais de vue que le Seigneur a promis son efficacité aux visages aimables, aux manières affables et cordiales, à la parole claire et persuasive qui dirige et forme sans blesser (...). Nous ne devons jamais oublier que nous sommes des hommes qui fréquentons d’autres hommes, même quand nous voulons faire du bien aux âmes. Nous ne sommes pas des anges. Et, par conséquent, notre aspect, notre sourire, nos bonnes manières, sont des éléments qui conditionnent l’efficacité de notre apostolat.[06] »

En la Très Sainte Vierge nous trouverons, comme les Apôtres, la force nécessaire pour parler de Dieu sans respect humain : « Après que le Maître — tandis qu’il monte à la droite de Dieu le Père — leur eût dit : Allez, enseignez toutes les nations, les disciples ont trouvé la paix. Mais ils ont encore des doutes : ils ne savent que faire et ils se réunissent autour de Marie, la Reine des Apôtres, pour devenir les hérauts pleins de zèle de la Vérité qui sauvera le monde.[07] »

 

NOTES

[01] Cf. Ac 6, 8-15.

[02] Mt 10, 32.

[03] Saint Curé d’Ars, Sermon sur les tentations.

[04] Saint Josémaria Escriva, Sillon, n. 954.

[05] PS 118.

[06] S. Canals, Dieu est parmi nous.

[07] Saint Josémaria Escriva, Sillon, n. 232.


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