V/ Que vienne à moi, Seigneur, ton amour,
R/ Et ton salut, selon ta promesse.
Livre d'Isaïe (Is 48, 12-21 ; 49, 9b-13)
Eternels cris de joie
Un instant, Dieu pleure sur le destin de bonheur que son peuple a méprisé en se montrant infidèle à l'Alliance. Mais ces promesses ne sont pas vaines et sa grâce est la plus forte : de partout les exilés rentrent dans leur patrie. À chacun de nous cette promesse est offerte comme un appel.
Écoute-moi, Jacob, Israël, toi que j'appelle, je suis bien tel : c'est moi le premier, c'est moi aussi le dernier. Oui, c'est ma main qui a fondé la terre, ma droite qui a étendu les cieux ; si je les appelle, d'un coup ils se présentent.
Rassemblez-vous tous et écoutez ! Qui, parmi les autres, a annoncé ces faits : celui que le Seigneur aime exécutera son bon plaisir contre Babylone et son engeance, les Chaldéens ?
C'est moi, c'est moi qui ai parlé ; oui, je l'ai appelé, je l'ai fait venir et son entreprise aboutira ! Approchez-vous de moi, écoutez ceci : je n'ai jamais, depuis le début, parlé en cachette ; depuis l'époque où cela s'est produit, je suis là : finalement c'est donc que le Seigneur Dieu m'a envoyé, avec son Esprit.
Ainsi parle le Seigneur qui te rachète, le Saint d'Israël : C'est moi, le Seigneur, ton Dieu, qui t'instruis pour que tu en tires profit, qui te fais cheminer sur le chemin que tu parcours.
Ah ! si tu avais été attentif à mes ordres, ta paix serait comme un fleuve, et ta justice comme les flots de la mer ; ta descendance serait comme le sable, ses rejetons comme les gravillons : jamais son nom ne serait, de devant moi, ni retranché, ni extirpé.
Sortez de Babylone ! Fuyez de chez les Chaldéens ! D'une voix retentissante annoncez-le, faites-le entendre, ébruitez-le jusqu'à l'extrémité de la terre, dites : "Le Seigneur a racheté son serviteur Jacob !" Ils n'ont pas eu soif sur les sols dévastés où il les a menés. Pour eux, c'est du rocher qu'il fit ruisseler des eaux, oui, il fendit le rocher et les eaux coulèrent !
Le long des chemins ils auront leurs pâtures, sur tous les coteaux pelés, leurs pâturages. Ils n'endureront ni faim ni soif, jamais ne les abattront ni la brûlure du sable, ni celle du soleil ; car celui qui est plein de tendresse pour eux les conduira, et vers les nappes d'eau les mènera se rafraîchir. De toutes les montagnes je me ferai un chemin, et les chaussées seront pour moi surélevées.
Les voici : de bien loin ils arrivent, les uns du nord et de l'ouest, les autres, de la terre d'Assouan. Cieux, poussez des acclamations ; terre, exulte, montagnes, explosez en acclamations, car le Seigneur réconforte son peuple, et à ses humiliés il montre sa tendresse.
R/ Seigneur, Jésus, tu es pour nous
L'envoyé du Père !
Approchez-vous de moi pour écouter :
Dès le début, je n'ai pas parlé en cachette.
Le Seigneur console son peuple,
Il prend en pitié les affligés.
SERMON DE SAINT AMBROISE SUR L'ÉVANGILE DE LUC
"Heureuse, toi qui as cru"
Lorsque l'ange annonce à Marie le mystère de sa maternité virginale, il lui apprend, pour éclairer sa foi par un exemple, qu'une femme âgée et stérile a conçu, ce qui fait comprendre que Dieu peut accomplir tout ce qu'il a décidé.
Dès que Marie l'eut appris, elle partit vers la montagne de Judée. Ce n'était de sa part ni incrédulité en la prophétie, ni incertitude sur cette annonce, ni doute sur l'exemple proposé. Elle partait dans l'allégresse de son désir, pour l'accomplissement d'un service, avec l'empressement de sa joie.
Elle qui était maintenant remplie de Dieu, où pouvait-elle se rendre avec empressement, sinon vers les hauteurs ? La grâce du Saint-Esprit ne connaît pas les hésitations ni les retards. L'arrivée de Marie et la présence du Seigneur manifestent aussitôt leurs bienfaits, car, au moment même où Élisabeth entendit la salutation de Marie, l'enfant tressaillit en elle, et elle fut remplie de l'Esprit Saint.
Remarquez les nuances et l'exactitude de chaque mot. Élisabeth fut la première à entendre la parole, mais Jean fut le premier à ressentir la grâce : la mère a entendu selon l'ordre naturel des choses, l'enfant a tressailli en raison du mystère ; elle a constaté l'arrivée de Marie, lui, celle du Seigneur ; la femme, l'arrivée de la femme, l'enfant, celle de l'enfant ; les deux femmes échangent des paroles de grâce, les deux enfants agissent au-dedans d'elles et commencent à réaliser le mystère de la piété en y faisant progresser leurs mères ; enfin, par un double miracle, les deux mères prophétisent sous l'inspiration de leur enfant.
Jean a tressailli, la mère a été comblée. La mère n'a pas été comblée avant son fils, mais, comme le fils était comblé de l'Esprit Saint, il en a aussi comblé sa mère. Jean a exulté, et l'esprit de Marie a exulté, lui aussi. L'exultation de Jean comble Élisabeth ; cependant, pour Marie, on ne nous dit pas que son esprit exulte parce qu'il est comblé, car celui qu'on ne peut comprendre agissait en sa mère d'une manière qu'on ne peut comprendre. Élisabeth est comblée après avoir conçu, Marie, avant d'avoir conçu. Heureuse, lui dit Élisabeth, toi qui as cru.
Heureux, vous aussi qui avez entendu et qui avez cru ; car toute âme qui croit conçoit et engendre le Verbe et le reconnaît à ses œuvres.
Que l'âme de Marie soit en chacun de vous, pour qu'elle exalte le Seigneur ; que l'esprit de Marie soit en chacun de vous, pour qu'il exulte en Dieu. S'il n'y a, selon la chair, qu'une seule mère du Christ, tous engendrent le Christ selon la foi. Car toute âme reçoit le Verbe de Dieu, pourvu qu'elle soit irréprochable et préservée des vices en gardant la chasteté dans une pureté intégrale.
Toute âme qui peut vivre ainsi exalte le Seigneur, comme l'âme de Marie a exalté le Seigneur, et comme son esprit a exulté en Dieu son Sauveur.
En effet, le Seigneur est exalté, comme vous l'avez lu ailleurs : Exaltez le Seigneur avec moi. Certes, la parole humaine ne peut faire grandir le Seigneur, mais c'est en nous qu'il est exalté ; en effet, le Christ est l'image de Dieu. Par conséquent, Si l'âme agit de façon juste et religieuse, elle exalte cette image de Dieu, à la ressemblance de qui elle a été créée ; et par conséquent, en exaltant cette image, elle s'élève par une certaine participation à sa sublimité.
R/ Le Seigneur est avec toi,
Marie, pleine de grâce !
Ton cœur en éveil
Attendait le Messie.
Et Dieu t'a regardée,
Il a comblé ton attente.
Il vient, le jour se lève,
La terre entière exulte.
Oraison
Écoute avec bonté, Seigneur, la prière de ton peuple qui se réjouit de la venue de ton Fils en notre chair ; puissions-nous obtenir le bonheur de la vie éternelle quand il viendra dans sa gloire. Lui qui règne.
V/ Il révèle à Jacob sa parole,
R/ Ses volontés et ses lois à Israël.
Livre d'Isaïe (Is 49, 14-26 ; 50, 1)
Tout homme saura que je suis ton libérateur
Aucun texte de l'Ancien Testament ne proclame le salut avec plus de force que celui-ci. Dieu nous aime avec des entrailles non seulement de père, mais de mère : la Cité sainte, privée de ses fils par l'exil, les retrouve, plus nombreux, et déjà l'on peut lire en filigrane derrière cette parole l'entrée massive des païens dans la communauté devenue l'Église.
Sion disait : "Le Seigneur m'a abandonnée, mon Seigneur m'a oubliée !" La femme oublie-t-elle son nourrisson, oublie-t-elle de montrer sa tendresse à l'enfant de sa chair ? Même si celles-là oubliaient, moi, je ne t'oublierai pas !
Voici que sur mes paumes je t'ai gravée, que tes murailles sont constamment sous ma vue. Ils accourent, tes bâtisseurs, et tes démolisseurs, tes dévastateurs loin de toi s'en vont.
Porte tes regards sur les alentours et vois : tous, ils se rassemblent, ils viennent vers toi. Par ma vie, oracle du Seigneur, oui, tu les revêtiras tous comme une parure, telle une promise, tu te feras d'eux une ceinture. Oui, dévastation, désolation, terre de démolition que tu es, oui, désormais tu seras trop étroite pour l'habitant, tandis que prendront le large ceux qui t'engloutissaient. De nouveau, ils diront à tes oreilles, les fils dont tu ressentais la privation : "L'espace est trop étroit pour moi. Place pour moi ! Tiens-toi serrée, que je puisse habiter." Tu diras alors dans ton cœur : "Ceux-ci, qui me les a enfantés ? Moi, j'étais privée d'enfants, stérile, en déportation, éliminée ; ceux-là, qui les a fait grandir ? Voilà que je restais seule, ceux-là, où donc étaient-ils ?"
Ainsi parle le Seigneur Dieu : Voici que j'élèverai ma main vers les nations, que je dresserai mon étendard vers les peuples : ils ramèneront tes fils dans leurs bras et tes filles seront hissées sur leurs épaules. Des rois seront tes tuteurs, et leurs princesses, tes nourrices. Visage contre terre ils se prosterneront devant toi, ils lécheront la poussière de tes pieds. Tu sauras alors que je suis le Seigneur ; ceux qui espèrent en moi n'auront point de honte.
La prise du héros sera-t-elle reprise ? La capture du tyran sera-t-elle libérée ? Oui, ainsi parle le Seigneur : Sûrement ! la capture du héros sera reprise et la prise du tyran sera libérée ! Ton querelleur, c'est moi qui vais le quereller ; tes fils, c'est moi qui vais les sauver.
Je ferai manger à tes oppresseurs leur propre chair, ils s'enivreront de leur propre sang comme d'un vin giclant du pressoir ; et tous les êtres de chair sauront que celui qui te sauve, c'est moi, le Seigneur, que celui qui te rachète, c'est l'Indomptable de Jacob !
Ainsi parle le Seigneur : Où est donc la lettre de divorce par laquelle j'aurais renvoyé votre mère ? Ou bien, quel est celui de mes créanciers à qui je vous aurais vendus ? Voici : c'est à cause de vos perversités que vous avez été vendus, c'est à cause de vos révoltes que votre mère a été renvoyée.
R/ Toute chair saura que le Seigneur Dieu
Est notre Sauveur !
Je t'ai gravée sur les paumes de mes mains.
Tes remparts sont toujours devant moi.
Jette les yeux aux alentours et regarde :
Ils se rassemblent et viennent vers toi.
Une mère oublierait-elle l'enfant qu'elle nourrit ?
Moi, le Seigneur, je ne t'oublierai jamais.
COMMENTAIRE DE SAINT BÈDE LE VÉNÉRABLE SUR L'ÉVANGILE DE LUC
Le Magnificat.
Marie dit : Mon âme exalte le Seigneur, exulte mon esprit en Dieu mon Sauveur.
Elle dit : le Seigneur m'a honorée d'une faveur si grande, si inouïe, qu'on ne peut l'expliquer dans aucun langage, mais c'est à peine si, même au plus profond du cœur, l'amour peut le saisir. Aussi je mets toutes les forces de mon âme à rendre grâce dans la louange. Pour contempler l'infinie grandeur de cette faveur, je consacre avec reconnaissance tout ce que je vis, tout ce que je sens, tout ce que je découvre, car dans ce Jésus, " mon Sauveur", mon esprit est comblé de joie par sa divinité éternelle, ma chair fécondée par la conception temporelle.
Le Puissant fit pour moi des merveilles. Saint est son Nom.
Ceci se réfère au début du Cantique : Mon âme exalte le Seigneur. Elle seule, cette âme, pour laquelle le Seigneur a daigné faire de grandes choses, peut l'exalter comme il convient et dire, en invitant à partager ses vœux et ses intentions : Exaltez le Seigneur avec moi, glorifions-le ensemble. En effet, qui connaît le Seigneur et néglige de le glorifier autant qu'il peut, de sanctifier son nom, sera tenu pour le plus petit dans le Royaume des cieux. Saint est son nom : car du sommet d'une puissance sans pareille, il dépasse toute créature, et de l'univers qu'il a fait il est infiniment différent.
Il relève Israël son serviteur, il se souvient de son amour.
Il est beau d'appeler Israël le serviteur du Seigneur, Israël que le Seigneur a relevé pour le sauver dans l'obéissance et l'humilité. C'est ainsi que parle Osée : Quand Israël était enfant, je l'aimai. Celui qui refuse de s'humilier ne peut évidemment pas être sauvé et dire avec le prophète : Voici Dieu qui vient à mon secours, le Seigneur est le soutien de mon âme. Or, quiconque se fera comme un petit enfant sera le plus grand dans le Royaume des cieux.
Il se souvient de la promesse faite à nos pères en faveur d'Abraham et de sa race à jamais.
Il ne s'agit pas ici de la race charnelle d'Abraham, mais de sa race spirituelle. Autrement dit, il ne s'agit pas de ses descendants selon la chair, mais de ceux qui marchent sur les traces de sa foi, qu'ils soient circoncis ou non. Lui-même d'ailleurs était incirconcis au moment où il crut, et cela lui fut compté comme justice. L'avènement du Sauveur est donc promis à Abraham et à sa race à jamais, c'est-à-dire aux fils de la promesse dont saint Paul déclare : Si vous appartenez au Christ, vous êtes donc de la race d'Abraham, héritiers selon la promesse.
Enfin il est heureux que la naissance du Seigneur et celle de Jean soient annoncées prophétiquement par leurs mères : comme le mal a commencé par des femmes, le bien devait aussi commencer par des femmes. La vie détruite par la défaillance d'une seule femme serait ainsi rendue au monde par ces deux femmes qui chantent ensemble.
R/ Mon âme exalte le Seigneur :
Éternel est son amour !
Chante et réjouis-toi, fille de Sion,
Voici que ton Dieu vient demeurer au milieu de toi.
Dieu pour toi exulte de joie,
Il te renouvelle par son amour.
Le Seigneur, comme au jour de fête,
Dansera pour toi avec des cris de joie.
Oraison
Tu n'as pas supporté, Seigneur, que l'homme soit abandonné à la mort, mais tu as voulu le racheter en lui envoyant ton Fils unique ; accorde, nous t'en prions, à ceux qui s'inclineront devant l'enfant de Bethléem, de communier à la vie d'un tel Rédempteur. Lui qui règne.
V/ Levez la tête et regardez :
R/ Notre Sauveur est proche.
Livre d'Isaïe (Is 51, 1-11)
Le Seigneur va leur venir en aide
La fécondité du peuple de l'Alliance nouvelle dépasse celle d'Abraham lui-même, père d'une multitude de nations. Que cette perspective de salut fasse jaillir de notre cœur un cri ardent vers la consommation du plan de Dieu : Viens, Seigneur Jésus !
Écoutez-moi, vous qui êtes en quête de justice, vous qui cherchez le Seigneur : Regardez le rocher d'où vous avez été taillés, et le fond de tranchée d'où vous avez été tirés ; regardez Abraham, votre père, et Sara qui vous a mis au monde ; il était seul, en effet, quand je l'ai appelé ; or je l'ai béni, je l'ai multiplié !
Oui, le Seigneur réconforte Sion, il réconforte toutes ses dévastations ; il rend son désert pareil à un Éden et sa steppe pareille à un Jardin du Seigneur ; on y retrouvera enthousiasme et jubilation, action de grâce et son de la musique.
Accordez-moi votre attention, vous, mon peuple, vous, populations, tendez l'oreille vers moi : car de moi sortira la loi, et mon jugement, lumière des peuples, je l'activerai ! Elle est proche, ma justice ; il sort, mon salut, et mes bras vont juger les peuples ; les îles mettront leur espérance en moi et seront dans l'attente de mon bras.
Levez vos yeux vers les cieux, puis regardez en bas, vers la terre : oui, les cieux comme une fumée s'effilocheront, la terre comme un habit s'usera et ses habitants mourront comme des insectes. Mais mon salut sera là pour toujours et ma justice ne sera jamais terrassée.
Écoutez-moi, vous qui connaissez la justice, peuple de ceux qui ont ma Loi dans leur cœur : Ne craignez pas la risée des humains, et par leurs sarcasmes ne soyez pas terrassés, car la teigne les mangera comme un habit, la mite les mangera comme de la laine. Mais ma justice sera là pour toujours, et mon salut, de génération en génération.
Surgis, surgis, revêts-toi de puissance, bras du Seigneur, surgis, comme aux jours du temps passé, des générations d'autrefois. N'est-ce pas toi qui as taillé en pièces le Tempétueux, transpercé le Dragon ? N'est-ce pas toi qui as dévasté la Mer, les eaux de l'Abîme gigantesque, qui as fait du fond de la mer un chemin, pour que passent les rachetés ?
Les affranchis du Seigneur reviendront, ils entreront dans Sion au milieu des acclamations, la jubilation d'autrefois nimbant leur tête. Enthousiasme et Jubilation afflueront, Tourment et Gémissement se sont enfuis.
R/ Le Seigneur a pitié de Sion,
Et toutes ses maisons crieront : Alléluia !
Je ferai venir soudain ma justice,
Mon salut viendra comme la lumière.
Ceux que le Seigneur a libérés reviennent.
Ils arrivent à Sion, avec des cris de joie !
TRAITÉ DE SAINT HIPPOLYTE DE ROME CONTRE L'HÉRÉSIE DE NOET
"Le mystère aujourd'hui manifesté..."
Il y a un seul Dieu. Nous ne le connaissons pas autrement, frères, que par les saintes Écritures. Par conséquent, voyons tout ce que proclament les divines Écritures et reconnaissons tout ce qu'elles enseignent. Croyons le Père comme il veut être cru ; glorifions le Fils comme le Père veut qu'il soit glorifié ; et recevons le Saint-Esprit comme le Père veut qu'il soit donné. Ne voyons pas selon notre propre choix, ni d'après notre propre intelligence, ni en faisant violence aux dons de Dieu, mais de la façon que lui-même a voulu indiquer par les saintes Écritures.
Dieu qui était seul, et pour qui rien n'était contemporain de lui-même, décida de créer le monde. Par son intelligence, sa volonté et sa parole, il fit le monde et il eut aussitôt les créatures qu'il voulut, quand il voulut, comme il voulut ; il nous suffit de savoir seulement que rien ne fut contemporain de Dieu, en dehors de lui-même.
Mais, tout en étant seul, il était multiple. Car il n'était pas sans parole, sans sagesse, sans puissance ni décision. Tout était en lui et il était le Tout.
Quand il le voulut, comme il le voulut, il manifesta sa Parole au temps fixé par lui-même, cette Parole par laquelle il a tout créé.
Sa Parole, qu'il tenait en lui-même et qui était invisible au monde créé, il la rend visible. Tout d'abord, il la profère comme une voix, il l'engendre comme la lumière issue de la lumière, il envoie comme Seigneur pour la création sa propre intelligence. Et celle-ci, qui était d'abord visible à lui seul et invisible au monde créé, il la rend visible, afin que le monde, en voyant cette épiphanie, puisse être sauvé. Telle est l'intelligence de Dieu : en entrant dans le monde, elle se montra le serviteur de Dieu. Par lui tout s'est fait, mais lui seul est issu du Père.
Dieu a donné la Loi et les Prophètes et, en les donnant, il les a forcés, par l'Esprit Saint, à parler, en sorte qu'ayant reçu l'inspiration de la puissance du Père, ils annoncent la décision et la volonté du Père.
La parole de Dieu, son Verbe, s'est donc manifestée, comme dit saint Jean. En effet, il récapitule les paroles des prophètes en montrant que c'est lui, le Verbe, par qui tout a été fait. Il parle ainsi : Au commencement était le Verbe, et le Verbe était avec Dieu, et le Verbe était Dieu. Par lui tout s'est fait, et sans lui rien ne s'est fait. Et saint Jean dit plus loin : Le monde a été fait par lui, mais le monde ne l'a pas reconnu. Il est venu chez les siens, et les siens ne l'ont pas reçu.
R/ Que l'univers chante et crie de joie :
Car le Seigneur vient.
Je vis un ciel nouveau, une nouvelle terre ;
Plus de pleurs, plus de cris, plus de peine :
Car le Seigneur vient.
Dieu aura sa demeure parmi nous,
Nous serons son peuple et lui, Dieu, sera avec nous :
Car le Seigneur vient.
Nous ne chercherons plus l'éclat du soleil,
La gloire de Dieu nous illuminera :
Car le Seigneur vient.
Que l'univers chante et crie de joie :
Car le Seigneur vient.
Oraison
Dieu éternel et tout-puissant, nous allons bientôt célébrer la naissance de ton Fils ; il a voulu prendre chair de la Vierge Marie, il s’est lié pour toujours à notre humanité : qu’il montre ta miséricorde aux pauvres serviteurs que nous sommes. Lui qui règne.
V/ Montre-nous, Seigneur, ta bonté,
R/ Donne-nous enfin le Sauveur.
Livre d'Isaïe (Is 51, 17-23 ; 52, 2.7-10)
Situation renversée : Dieu marche en tête de son peuple
Le Seigneur nous répond par son prophète en nous tirant du sommeil. Le salut est là, soyons comme les serviteurs vigilants pour l'accueillir et dégageons-nous d'un monde en perdition.
Resurgis, resurgis, mets-toi debout, Jérusalem, toi qui as bu de la main du Seigneur le calice de sa fureur ; la coupe du calice de vertige tu l'as bue, tu l'as vidée. De tous les fils qu'elle a enfantés, pas un qui l'ait menée se rafraîchir ; de tous les fils qu'elle a fait grandir, pas un qui l'ait tenue par la main !
Les deux qui font la paire sont venues t’accoster : – qui te plaindra ? – Dégât et Brisement, Famine et Épée : qui te réconfortera ? Tes fils sont enlisés, gisant à tous les coins de rue, comme antilope prise au piège, domptés par la fureur du Seigneur, par la menace de ton Dieu.
Dès lors, écoute donc ceci, humiliée, enivrée, mais non de vin : Ainsi parle ton Maître, le Seigneur, ton Dieu, qui épouse la querelle de son peuple : Voici que j'ai retiré de ta main le calice du vertige, la coupe du calice de ma fureur désormais tu n'auras plus à la boire.
Je la mettrai dans la main de tes tourmenteurs, de ceux qui te disaient, à toi : "Aplatis-toi, pour que nous passions" ; alors, tu avais mis ton dos en guise de sol, en guise de rue pour les passants.
Surgis, surgis, revêts-toi de puissance, ô Sion, revêts tes habits de splendeur, Jérusalem, ville de la sainteté, car désormais, l'incirconcis, l'impur, n'obtiendra plus de revenir chez toi.
Hors de la poussière, ébroue-toi, mets-toi debout, toi, la captive, Jérusalem, fais sauter les liens de ton cou, toi, la captive, fille de Sion.
Comme ils sont les bienvenus, au sommet des montagnes, les pas du messager qui nous met à l'écoute de la paix, qui porte un message de bonté, qui nous met à l'écoute du salut, qui dit à Sion : "Ton Dieu règne !" Voix de tes guetteurs ! Ils élèvent leur voix, ensemble ils poussent une acclamation car, les yeux dans les yeux, ils voient le Seigneur en train de regagner Sion.
Explosez, poussez des acclamations toutes ensemble, dévastations de Jérusalem, car le Seigneur réconforte son peuple, il rachète Jérusalem. Le Seigneur met à nu, sous les yeux de toutes les nations, le bras déployant sa sainteté, et tous les confins de la terre verront le salut de notre Dieu.
R/ Purifions-nous
Car demain le Seigneur viendra !
Éclatez en cris de joie,
Le Seigneur console son peuple,
Il rachète Jérusalem !
Le Seigneur manifeste sa puissance.
Toutes les extrémités de la terre
Verront le salut de notre Dieu.
SERMON DE SAINT AUGUSTIN POUR NOËL
Éveille-toi
Homme, éveille-toi : pour toi, Dieu s'est fait homme. Réveille-toi, ô toi qui dors, relève-toi d'entre les morts, et le Christ t'illuminera. Pour toi, je le répète, Dieu s'est fait homme.
Tu serais mort pour l'éternité, s'il n'était né dans le temps. Tu n'aurais jamais été libéré de la chair du péché, s'il n'avait pris la ressemblance du péché. Tu serais victime d'une misère sans fin, s'il ne t'avait fait cette miséricorde. Tu n'aurais pas retrouvé la vie, s'il n'avait pas rejoint ta mort. Tu aurais succombé, s'il n'était allé à ton secours. Tu aurais péri, s'il n'était pas venu.
Célébrons dans la joie l'avènement de notre salut et de notre rédemption. Célébrons le jour de fête où, venant du grand jour de l'éternité, un grand jour éternel s'introduit dans notre jour temporel et si bref.
C'est lui qui s'est fait notre justice, notre sanctification, notre rédemption. Ainsi, comme il est écrit : Celui qui cherche la gloire, qu'il mette sa gloire dans le Seigneur. Donc, la Vérité a germé de la terre : le Christ, qui a dit : Moi, je suis la Vérité, est né de la Vierge. Et du ciel s'est penchée la justice, parce que, lorsque l'homme croit en celui qui vient de naître, il reçoit la justice, non pas de lui-même, mais de Dieu.
La Vérité a germé de la terre, parce que le Verbe s'est fait chair. Et du ciel s'est penchée la justice, parce que les dons les meilleurs, les présents merveilleux viennent d'en haut.
La Vérité a germé de la terre : la chair est née de Marie. Et du ciel s'est penchée la justice, parce qu'un homme ne peut rien s'attribuer au-delà de ce qui lui est donné du ciel.
Dieu a fait de nous des justes par la foi, soyons donc en paix avec Dieu, parce que justice et paix se sont embrassées. Par notre Seigneur Jésus Christ : car la Vérité a germé de la terre. C'est lui qui nous ouvre l'accès au monde de la grâce dans lequel nous sommes établis, et notre orgueil, c'est d'avoir part à la gloire de Dieu. Paul ne dit pas : " à notre gloire " ; mais à la gloire de Dieu parce que la justice n'est pas sortie de nous mais s'est penchée du ciel. Donc, celui qui cherche la gloire, qu'il mette sa gloire non en lui, mais dans le Seigneur.
De là vient que la louange angélique pour le Seigneur né de la Vierge a été : Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux hommes pleins de sa bienveillance.
En effet, d'où vient la paix sur la terre, sinon de ce que la Vérité a germé de la terre, autrement dit, que le Christ est né de la chair ? Et c'est lui qui est notre paix, lui qui des deux a fait un seul peuple, pour que nous soyons des hommes pleins de bienveillance, tendrement attachés les uns aux autres par le lien de l'unité.
En ce jour de grâce, réjouissons-nous, pour trouver notre gloire dans le témoignage de notre conscience ; alors, ce n'est pas en nous, mais en Dieu que nous mettrons notre gloire. C'est pour cela qu'il est dit : Seigneur, tu es ma gloire, tu me tiens la tête haute. Dieu pouvait-il faire briller sur nous une grâce plus grande que celle-ci : son Fils unique, il en fait un fils d'homme et, en retour, il transforme des fils d'hommes en fils de Dieu ?
Cherche où est le mérite, où est le motif, où est la justice, et vois si tu découvres autre chose que la grâce.
R/ Notre âme attend le Seigneur,
En lui la joie de notre cœur.
Proche est son salut pour qui le craint
Et sa gloire habitera notre terre.
Amour et vérité se rencontrent ;
Justice et paix s'embrassent.
Vérité germera de la terre
Et des cieux se penchera la justice.
Oraison
Seigneur Jésus, hâte-toi, ne tarde plus : que ta venue réconforte et relève ceux qui ont foi dans ton amour. Toi qui règnes.