Livre d'Isaïe (Is 6, 1-13)
Inépuisable récit de la vocation d'Isaïe
Isaïe reçoit une mission prophétique austère : de grandes épreuves attendent le peuple de Dieu ; seul un reste subsistera. Il reçoit surtout une révélation qui restera le grand phare de sa vie : la sainteté de Dieu, c'est-à-dire sa transcendance absolue.
L'année de mort du roi Ozias, je vis le Seigneur assis sur un trône très élevé. Sa traîne remplissait le Temple. Des séraphins se tenaient au-dessus de lui. Ils avaient chacun six ailes : deux pour se couvrir le visage, deux pour se couvrir les pieds et deux pour voler. Ils se criaient l'un à l'autre : "Saint, saint, saint, le Seigneur, le tout-puissant, sa gloire remplit toute la terre !"
Les pivots des portes se mirent à trembler à la voix de celui qui criait, et le Temple se remplissait de fumée. Je dis alors : "Malheur à moi ! Je suis perdu, car je suis un homme aux lèvres impures, j'habite au milieu d'un peuple aux lèvres impures et mes yeux ont vu le roi, le Seigneur, le tout-puissant."
L'un des séraphins vola vers moi, tenant dans sa main une braise qu'il avait prise avec des pinces sur l'autel. Il m'en toucha la bouche et dit : "Dès lors que ceci a touché tes lèvres, ta faute est écartée, ton péché est effacé."
J'entendis alors la voix du Seigneur qui disait : "Qui enverrai-je ? Qui donc ira pour nous ?" et je dis : "Me voici, envoie-moi !" Il dit : "Va, tu diras à ce peuple : Écoutez bien, mais sans comprendre, regardez bien, mais sans reconnaître. Engourdis le cœur de ce peuple, appesantis ses oreilles, colle-lui les yeux ! Que de ses yeux il ne voie pas, ni n'entende de ses oreilles ! Que son cœur ne comprenne pas ! Qu'il ne puisse se convertir et être guéri !"
Je dis alors : "Jusques à quand, Seigneur ?" Il dit : "Jusqu'à ce que les villes soient dévastées, sans habitants, les maisons sans personne, la terre dévastée et désolée." Le Seigneur enverra des gens au loin, et il y aura beaucoup de terre abandonnée à l'intérieur du pays. Et s'il y subsiste encore un dixième, à son tour il sera livré au feu, comme le chêne et le térébinthe abattus, dont il ne reste que la souche – la souche est une semence sainte.
R/ Saint, saint, saint, le Seigneur,
Dieu de l'univers !
Il est, il était, il vient.
La gloire de Dieu remplit le temple,
Elle s'étend à toute la terre,
Les séraphins se criaient l'un à l'autre.
Vois, cette braise a touché tes lèvres,
Ton péché est effacé,
Ta faute est expiée.
SERMON DE SAINT JEAN CHRYSOSTOME SUR L'ÉVANGILE DE MATTHIEU
Le sel de la terre
Vous êtes le sel de la terre, dit le Seigneur. Ce n'est pas pour votre propre vie, veut-il dire, mais c'est pour le monde entier que la Parole vous est confiée. Car ce n'est pas à deux villes, à dix, à vingt, ou à un seul peuple que je vous envoie, comme jadis les prophètes, mais à la terre, à la mer, au monde entier, qui est plongé dans le mal. En disant : Vous êtes le sel de la terre, il leur montrait que toute la nature humaine était affadie et corrompue par le péché. C'est pourquoi il exige de ses disciples les vertus qui sont les plus nécessaires et les plus efficaces chez ceux qui ont la charge de la multitude. En effet, celui qui est doux, abordable, compatissant et juste ne renferme pas en lui-même ses bonnes actions, mais il cherche à en faire comme des sources qui coulent pour l'utilité d'autrui. De même, celui qui a le cœur pur, qui est un artisan de paix, qui est persécuté pour la vérité, consacre sa vie au bien commun.
Ne croyez pas, leur dit-il, que vous serez appelés à des combats ordinaires et que vous n'aurez à rendre compte que d'affaires sans importance : Vous êtes le sel de la terre. Qu'est-ce que cela veut dire ? Ont-ils remis en bon état ce qui était pourri ? Pas du tout. Il n'est pas possible d'améliorer ce qui est déjà corrompu, en y mettant du sel. Ils n'ont pas fait cela. Mais on avait préalablement rénové ce qu'on leur avait confié, après l'avoir délivré de son infection. C'est alors que les disciples salaient cette pâte afin de la garder dans la nouveauté donnée par leur Maître. Car délivrer de la pourriture du péché, ce fut l'action bienfaisante du Christ ; mais ne plus y laisser revenir, c'était la tâche à laquelle les disciples devaient donner leurs soins et leurs efforts.
Voyez-vous comment Jésus Christ montre discrètement qu'ils sont supérieurs aux prophètes ? Il ne dit pas qu'ils sont chargés d'instruire la Palestine, mais la terre entière. Ne vous étonnez donc pas, leur dit-il, si, en négligeant les autres, c'est à vous que je m'adresse et si je vous envoie vers de si grands dangers. Considérez en effet à combien de villes, de territoires, de nations je vais vous envoyer pour y présider. Aussi je ne veux pas seulement que vous soyez pleins de sagesse, mais que vous rendiez les autres pareils à vous. Car si vous ne le faites pas, c'est que vous n'avez même pas assez de sagesse pour vous.
Si les autres s'affadissent, ils peuvent revenir par votre intermédiaire ; mais si ce malheur vous arrivait, vous entraîneriez les autres à leur perte en même temps que vous. C'est pourquoi, plus importantes sont les affaires qui vous sont confiées, plus vous devez déployer d'ardeur. D'où cette parole : Si le sel n'a plus de saveur, comment redeviendra-t-il du sel ? Il n'est plus bon à rien : on le jette dehors, et les gens le piétinent.
Jésus venait de leur dire : Si l'on vous insulte, si l'on vous persécute et si l'on dit faussement toute sorte de mal contre vous. Il ne veut pas que ces paroles leur fassent craindre de se montrer, et c'est pourquoi il leur dit : "Si vous n'êtes pas prêts à tout cela, c'est en vain que vous avez été choisis. Si la calomnie est inévitable, elle ne vous fera aucun mal, mais elle témoignera de votre fermeté. Au contraire, si vous avez peur et si vous abandonnez la vigueur qui vous convient, vous tomberez dans des malheurs bien pires : tout le monde dira du mal de vous et vous méprisera. C'est cela, être piétiné par les gens".
Ensuite, il passe à une autre comparaison, plus noble : Vous êtes la lumière du monde. Il répète : du monde, non pas d'un seul peuple ou de vingt villes, mais de toute la terre. Et il s'agit d'une lumière intelligible, supérieure à celle du soleil, de même qu'il s'agissait tout à l'heure d'un sel spirituel. D'abord le sel, ensuite la lumière, pour t'enseigner quelle est l'importance du gain procuré par une parole pénétrante, l'avantage apporté par une doctrine vraiment sainte : c'est de lier l'auditeur, de ne pas lui permettre le relâchement, de l'amener à considérer la vertu. Une ville située sur la montagne ne peut être cachée. Et l'on n'allume pas une lampe pour la mettre sous le boisseau. Par ces paroles encore, il les pousse à une vie rigoureuse, il leur enseigne à être des soldats vigilants parce qu'ils sont exposés à tous les yeux et qu'ils auront à combattre en plein théâtre du monde.
Mets ta lampe sur le boisseau,
Et tant mieux qu'elle s'éteigne !
Car tu auras une vraie joie,
Ta prière sera la torche
Que le Seigneur entretiendra.
Mets ta lampe sur le boisseau,
Et tant mieux s'il la renverse
Et si le feu prend à ton bois ;
Tu ne souffriras pas le mal
Que t'aurait fait le feu d'en-bas.
Mets ta lampe sur le boisseau,
Et tant mieux si tes doigts brûlent
À ne plus pouvoir la tenir :
Puisque ton cœur sait être à deux,
Le Seigneur la tiendra pour toi.
Mets ta lampe sur le boisseau,
Et tant mieux si tu n'as plus rien
À consumer, même pour lui :
Dieu fournit le feu et le bois.
Alors tu brilleras en lui.
Oraison 20
Pour ceux qui t'aiment, Seigneur, tu as préparé des biens que l'œil ne peut voir : répands en nos cœurs la ferveur de ta charité, afin que t'aimant en toutes choses et par-dessus tout, nous obtenions de toi l'héritage promis qui surpasse tout désir.
Livre d'Isaïe (Is 3, 1-15)
O mon peuple, tes guides t'écrasent
Durant la minorité d'un roi de Juda, Isaïe dénonce la lâcheté et l'égoïsme des grands qui abusent de la situation à leur profit ou craignent d'y porter remède.
Oui, le Seigneur Dieu, le tout-puissant, retire de Jérusalem et de Juda toute espèce de soutien, tout subside en pain et en eau, le brave et l'homme de guerre, le juge et le prophète, le devin et l'ancien, l'officier et le dignitaire, le conseiller, l'expert en magie et le spécialiste des sortilèges. Je leur donnerai pour chefs des gamins, et selon leurs caprices, ils les gouverneront. Les gens se molesteront l'un l'autre, chacun son prochain. Le gamin se dressera contre le vieillard, l'homme de rien contre le notable.
L'un accrochera son frère dans la maison paternelle : "Tu as un vêtement, tu seras notre chef, que ces débris soient sous ton autorité."
Alors l'autre s'écriera : "Je ne suis pas guérisseur et, dans ma maison, il n'y a ni pain ni vêtement : vous ne pouvez faire de moi un chef du peuple." Jérusalem trébuche, et Juda s'écroule. Leurs propos et leurs actes à l'égard du Seigneur ne sont que révolte en face de sa gloire.
L'expression de leur visage témoigne contre eux, ils proclament leur péché comme le fit Sodome, ils ne le cachent pas. Malheureux qui font leur propre malheur. Dites : Le juste est heureux car il jouira du fruit de ses actions. Malheureux le méchant, malheur à lui, car il sera traité comme ses actes le méritent. O mon peuple, le tyran de mon peuple, c'est un petit enfant et ce sont des femmes qui gouvernent. O mon peuple, ceux qui te conduisent t'égarent et ils inversent la direction de ta route.
Le Seigneur se dresse pour le procès, il se tient debout pour juger les peuples. Le Seigneur traduit en jugement les anciens de son peuple et ses chefs : C'est vous qui avez dévoré la vigne, et la dépouille des pauvres est dans vos maisons. Qu'avez-vous à écraser mon peuple et à fouler au pied la dignité des pauvres ? – Oracle du Seigneur Dieu, le tout-puissant.
R/ Heureux le juste,
Il se nourrira du fruit de ses œuvres.
Dieu se lève à son tribunal
Pour intenter un procès
Et citer en justice les princes de son peuple.
De quel droit écrasez-vous mon peuple
Et broyez-vous le visage des pauvres ?
Oracle du Seigneur.
COMMENTAIRE DE SAINT GRÉGOIRE LE GRAND SUR LE LIVRE DE JOB
Le double combat de l'Apôtre
On nous rapporte que les saints entraînés dans le combat des épreuves combattent simultanément certains de leurs ennemis en les frappant, et d'autres en les persuadant ; à ceux-ci ils opposent le bouclier de la patience, contre ceux-là ils brandissent les javelots de l'enseignement. Et ils réussissent merveilleusement dans la pratique de ces deux genres de combat. Au-dedans, ils instruisent sagement ceux qui sont égarés ; au dehors, ils méprisent, courageusement ceux qui les attaquent. Ils corrigent ceux-ci par l'enseignement ; ils découragent ceux-là par la constance. Par la patience, ils peuvent regarder sans crainte les ennemis menaçants ; mais, par la compassion, ils amènent au salut leurs concitoyens qui faiblissent. Ils résistent à ceux-là, pour les empêcher d'entraîner les autres ; ils craignent que ceux-ci ne s'écartent radicalement de la voie droite.
Regardons le soldat de l'armée divine se battre des deux côtés. Il dit : Luttes au-dehors, craintes au-dedans. Il énumère les guerres qu'il endure au-dehors en disant : Dangers des fleuves, dangers des bandits, dangers de mes frères de race, dangers des païens, dangers dans la ville, dangers dans le désert, dangers sur mer, dangers des faux frères. Dans cette guerre, il doit ajouter les flèches qu'il lance contre l'adversaire : Fatigues et peines, veilles fréquentes, faim, soif ; jeûnes fréquents, froid et dénuement.
Mais alors qu'il est entraîné dans tous ces combats, il va dire comment il va encore être vigilant pour protéger son camp. Car il ajoute aussitôt : Sans compter tout le reste, ma préoccupation quotidienne, le souci de toutes les Églises. Voilà comment il soutient courageusement les combats et se dépense avec miséricorde pour protéger ses proches. Il raconte les maux qu'il souffre, il y ajoute les bienfaits qu'il dispense.
Comprenons donc quel labeur c'était pour lui de supporter les assauts au-dehors, et en même temps de protéger la faiblesse du dedans. Au-dehors, il souffre des combats parce qu'il est déchiré par les fouets, lié par les chaînes ; au-dedans, il éprouve la peur : il redoute que ce qu'il souffre ne fasse du tort, non pas à lui, mais à ses disciples. C'est pourquoi il écrit à ceux-ci : Que personne ne soit ébranlé au milieu des épreuves présentes, car vous savez bien que nous y sommes destinés. Dans sa propre passion, ce qu’il craignait, c'était la chute des autres ; il craignait que ses disciples, en apprenant qu'il avait été fouetté pour la foi, ne refusent de professer leur propre foi.
Tendresse d'une infinie charité ! Il méprise sa propre souffrance, et il veille à ce que ses disciples ne souffrent dans leur cœur aucun dommage d'une suggestion mauvaise. Il dédaigne pour lui-même les blessures corporelles, et il remédie chez les autres aux blessures spirituelles. Les justes se reconnaissent à cela : accablés de douleurs par l'épreuve, ils ne cessent pas de se soucier de l'intérêt d'autrui ; alors qu'ils souffrent des malheurs qui les atteignent eux-mêmes, ils veillent par leur enseignement à fournir autrui du nécessaire ; c'est ainsi qu'ils sont de grands médecins tout en étant frappés par la maladie. Eux-mêmes sont déchirés de blessures, et ils portent aux autres les remèdes qui leur rendront la santé.
R/ Tous ceux qui veulent plaire à Dieu
Connaîtront la souffrance.
Nous nous affirmons en tout
Comme des ministres de Dieu,
Constants dans les tribulations,
Les détresses, les angoisses.
On nous tient pour affligés,
Et nous sommes toujours joyeux,
Pour gens qui n'ont rien,
Et nous possédons tout.
Reste fidèle jusqu'à la mort, dit le Seigneur,
Et je te donnerai la couronne de vie.
Oraison
Tu as voulu, Seigneur, qu'en recevant ta grâce nous devenions des fils de lumière ; ne permets pas que l'erreur nous plonge dans la nuit, mais accorde-nous d'être toujours rayonnants de ta vérité.
Livre d'Isaïe (Is 7, 1-17)
Le signe du Seigneur
Attaqué par les Araméens unis aux Israélites du nord, Akhaz, roi de Juda, songe à faire appel aux Assyriens et refuse d'écouter les appels à la confiance d'Isaïe. Celui-ci ne peut annoncer la catastrophe. Seule la naissance espérée d'un nouveau prince sera le signe que Dieu n'abandonne pas son peuple.
Aux jours d'Akhaz, fils de Yotam, fils d'Ozias, roi de Juda, Recîn, roi d'Aram, et Péqah, fils de Remalyahou, roi d'Israël, montèrent contre Jérusalem pour l'attaquer, mais ils ne purent lui donner l'assaut.
On annonça à la maison de David : "Aram a pris position en Éphraïm." Alors, son cœur et le cœur de son peuple furent agités comme les arbres de la forêt sont agités par le vent. Le Seigneur dit à Isaïe : "Sors à la rencontre d'Akhaz, toi et ton fils Shéar-Yashouv, vers l'extrémité du canal du réservoir supérieur, vers la chaussée du champ du Foulon. Tu lui diras : Veille à rester calme, ne crains pas ! Que ton cœur ne défaille pas à cause de ces deux bouts de tison fumants, sous l'effet de l'ardente colère de Recîn, d'Aram et du fils de Remalyahou. Puisque Aram – avec Éphraïm et le fils de Remalyahou – a résolu ta perte en disant : Montons contre Juda pour l'effrayer, pénétrons chez lui pour l'amener à nous et installons-y comme roi le fils de Tavéel, ainsi parle le Seigneur Dieu : Cela ne tiendra pas, cela ne sera pas ! Car la tête d'Aram, c'est Damas et la tête de Damas, c'est Recîn – encore soixante-cinq ans et Éphraïm écrasé cessera d'être un peuple – la tête d'Éphraïm c'est Samarie et la tête de Samarie, c'est le fils de Remalyahou. Si vous ne croyez pas, vous ne subsisterez pas."
Le Seigneur parla encore à Akhaz en ces termes : Demande un signe pour toi au Seigneur ton Dieu, demande-le au plus profond ou sur les sommets, là-haut. Akhaz répondit : "Je n'en demanderai pas et je ne mettrai pas le Seigneur à l'épreuve."
Il dit alors : Écoutez donc, maison de David ! Est-ce trop peu pour vous de fatiguer les hommes, que vous fatiguiez aussi mon Dieu ? Aussi bien le Seigneur vous donnera-t-il lui-même un signe : Voici que la jeune femme est enceinte et enfante un fils et elle lui donnera le nom d'Émmanuel. De crème et de miel il se nourrira, sachant rejeter le mal et choisir le bien. Avant même que l'enfant sache rejeter le mal et choisir le bien, elle sera abandonnée, la terre dont tu crains les deux rois. Le Seigneur fera venir sur toi, sur ton peuple et sur la maison de ton père, des jours tels qu'il n'en est pas venu depuis qu'Éphraïm s'est détaché de Juda – le roi d'Assyrie.
R/ La vierge enfantera un fils,
Qu'elle appellera Emmanuel.
Ne crains pas, Marie,
Tu as trouvé grâce auprès de Dieu.
Voici, tu concevras et enfanteras un fils.
Cet enfant sera grand,
On l'appellera : Fils du Très-Haut,
Le Seigneur lui donnera le trône de David son Père.
SERMON DE SAINT BERNARD À LA LOUANGE DE LA VIERGE MERE
"Celui qui va naître de toi sera appelé Fils de Dieu"
Naître d’une vierge était la seule naissance digne de Dieu ; et donner le jour à Dieu était le seul enfantement qui puisse convenir à une vierge. Aussi le Créateur des hommes, pour se faire homme en prenant naissance dans l’humanité, dut, entre tous les humains, se choisir ou plutôt se préparer une mère dont il sût qu’elle serait digne de lui et qu’elle lui plairait.
Il voulut donc qu’elle fût vierge, afin de naître sans tache d’une femme immaculée, lui qui allait laver de leurs taches tous les hommes. Il a voulu de même que soit humble celle dont il naîtrait doux et humble de cœur, lui qui allait être, de ces vertus, l’exemple dont tous avaient besoin pour être sauvés. Il donna donc à la Vierge d’enfanter, lui qui avait déjà inspiré en elle le vœu de virginité et lui avait dispensé par avance cette valeur précieuse qu’est l’humilité.
Autrement, comment l’ange, par la suite, pourrait-il la déclarer comblée de grâce, s’il y avait en elle quoi que ce soit d’imparfait, qui ne viendrait pas de la grâce ? Ainsi, pour que fût sainte de corps celle qui devait concevoir puis enfanter le Saint des saints, elle reçut le don de la virginité, et le don de l’humilité pour être sainte en son esprit.
Parée des joyaux de ces deux vertus, la Vierge royale, resplendissante d’un double éclat, celui de l’esprit et celui du corps, et connue jusqu’au ciel pour son éclat et sa beauté, attira sur elle les regards des habitants de la cité céleste ; c’est pourquoi elle éveilla même l’attention du Roi, qui se mit à la désirer et dépêcha d’en haut vers elle un messager céleste.
L’ange, dit l’Évangile, fut envoyé par Dieu à une Vierge, vierge de corps, vierge d’esprit, vierge aussi par décision et engagement – bref la vierge telle que la décrira l’Apôtre : sainte d’esprit et de corps. Elle ne fut pas trouvée au dernier moment ni par hasard, mais elle avait été choisie dès l’origine, comme d’avance par le Très-Haut, qui l’avait préparée pour lui ; les anges l’avaient gardée, les patriarches l’avaient annoncée en figure, les prophètes l’avaient promise.
La Parole et l'Esprit
Ont fécondé la Terre
Où germe la semence du Royaume ;
Dans le silence et dans la paix
Mûrit le fruit de la promesse.
R/ Bénie sois-tu, Vierge Marie !
En toi vit le Seigneur, alléluia !
L'Esprit te couvre de son ombre,
Tu accueilles en toi la rosée du ciel.
Le Verbe se fait chair ;
L'homme devient fils de Dieu.
Déjà les temps sont accomplis :
Au loin, blanchissent les moissons.
Oraison
Dieu qui as relevé le monde par les abaissements de ton Fils, donne à tes fidèles une joie sainte : tu les as tirés de l'esclavage du péché ; fais-leur connaître le bonheur impérissable.
Livre d'Isaïe (Is 9, 7 ; 10, 1-4)
La main de Dieu reste levée
Israël a osé attaquer le royaume de Juda, son frère. Il s'est engagé par là dans un cycle infernal qui va le mener à sa destruction. De révolution en révolution, dans la guerre et l'anarchie, il va disparaître en moins d'une génération. Ainsi s'accomplissent les menaces d'Amos et d'Osée contre un peuple injuste et immoral.
Le Seigneur a lancé une parole contre Jacob, elle tombe sur Israël. Malheur à ceux qui prescrivent des lois malfaisantes et, quand ils rédigent, mettent par écrit la misère : ils écartent du tribunal les petites gens, privent de leur droit les pauvres de mon peuple, font des veuves leur proie et dépouillent les orphelins. Que ferez-vous au jour du châtiment, quand de loin viendra la tempête ? Chez qui fuirez-vous pour trouver du secours ? Où déposerez-vous vos richesses ? On ne pourra que se courber parmi les prisonniers et tomber parmi les victimes. Mais avec tout cela, sa colère ne s'est pas détournée et sa main est encore étendue.
Et le peuple n'est pas revenu à celui qui le frappait, ils n'ont pas cherché le SEIGNEUR, le tout-puissant. Alors le SEIGNEUR a coupé en Israël tête et queue, palme et roseau, en un seul jour : l'ancien et le dignitaire, c'est la tête, le prophète qui enseigne le mensonge, c'est la queue. Les guides de ce peuple l'ont égaré et ceux qu'ils guidaient ont été engloutis. C'est pourquoi le Seigneur ne sera pas favorable à ses jeunes gens, il n'aura pas pitié de ses orphelins et de ses veuves, car ils sont tous impies et malfaisants et toutes les bouches répètent des propos insensés. Mais avec tout cela, sa colère ne s'est pas détournée et sa main est encore étendue.
Car la méchanceté brûle comme un feu qui dévore épines et ronces et enflamme les taillis de la forêt, tandis que s'élèvent des colonnes de fumée. Par l'excès de la colère du SEIGNEUR, le tout-puissant, le pays est ébranlé et le peuple devient comme la proie du feu : nul n'épargne son frère. On taille à droite et on a encore faim, on dévore à gauche et l'on n'est pas rassasié, chacun dévore la chair de son bras. Manassé dévore Ephraïm et Ephraïm Manassé, ils s'unissent contre Juda. Mais avec tout cela, sa colère ne s'est pas détournée et sa main est encore étendue.
Malheur à ceux qui prescrivent des lois malfaisantes et, quand ils rédigent, mettent par écrit la misère : ils écartent du tribunal les petites gens, privent de leur droit les pauvres de mon peuple, font des veuves leur proie et dépouillent les orphelins. Que ferez-vous au jour du châtiment, quand de loin viendra la tempête ? Chez qui fuirez-vous pour trouver du secours ? Où déposerez-vous vos richesses ? On ne pourra que se courber parmi les prisonniers et tomber parmi les victimes. Mais avec tout cela, sa colère ne s'est pas détournée et sa main est encore étendue.
R/ Implorons le Seigneur
Pour qu’il nous prenne en pitié.
J'ai contre toi, dit le Seigneur,
Que tu as perdu ton premier amour ;
Rappelle-toi d'où tu es tombé, et repens-toi.
Réveille-toi, dit le Seigneur,
Ranime ce qui te reste de vie défaillante,
Rappelle-toi ton zèle pour ma parole, et repens-toi.
SERMON DE SAINT AUGUSTIN SUR LES ÉPREUVES DE CE TEMPS
Dieu nous arrache au mirage du passé
Chaque fois que nous avons à souffrir quelque angoisse ou quelque épreuve, ce sont pour nous des avertissements et aussi des réprimandes. Car nos saintes Écritures ne nous promettent pas la paix, la sécurité et le repos ; l'Évangile nous annonce des épreuves, des angoisses, des occasions de chute. Mais celui qui persévérera jusqu'au bout, celui-là sera sauvé. Cette vie a-t-elle jamais eu quelque chose de bon, depuis le premier homme, qui lui a valu la mort, de qui elle a reçu la malédiction, cette malédiction dont le Christ Seigneur nous a délivrés ?
Il ne faut donc pas récriminer, mes frères, comme certains ont récriminé, au dire de l'Apôtre, et ils ont été mordus par les serpents. À ce compte-là, mes frères, qu'est-ce que le genre humain peut souffrir d'inédit, que nos ancêtres n'aient pas déjà souffert ? Ou bien, quand nous souffrons tels malheurs, savons-nous s'ils n'ont pas souffert les mêmes ? On rencontre pourtant des gens qui récriminent sur leur époque et pour qui celle de nos parents était le bon temps ! Si l'on pouvait les ramener à l'époque de leurs parents, est-ce qu'ils ne récrimineraient pas aussi ? Le passé, dont tu crois que c'était le bon temps, n'est bon que parce que ce n'est pas le tien.
Maintenant que tu es délivré de la malédiction, maintenant que tu as cru au Fils de Dieu, maintenant que tu as abordé ou étudié la sainte Écriture, je m'étonne de ce que tu t'imagines qu'Adam a connu le bon temps. Et tes parents ont hérité de la peine d'Adam, Car c'est bien à lui qu'il a été dit : Tu mangeras ton pain à la sueur de ton front, et tu travailleras la terre d'où t'as été tiré ; elle produira pour toi des épines et des chardons. C'est cela qu'il a mérité, c'est cela qu'il a reçu, cela qu'il a obtenu par le juste jugement de Dieu. Penses-tu donc que le temps jadis était meilleur que le tien ? De cet Adam jusqu'à l'Adam d'aujourd'hui, travail et sueur, épines et chardons. Le déluge nous a épargnés ? Mais nous avons été épargnés par les temps calamiteux de famine et de guerre que l'Écriture a consignés, pour que les temps actuels ne nous fassent pas récriminer contre Dieu.
Quelles époques terribles ! Est-ce que nous n'avons pas tous été remplis d'horreur par les récits que nous en avons entendus ou lus ? C'était pour que nous ayons de quoi nous féliciter, plutôt que de récriminer contre notre époque.
R/ Le juste par la foi vivra !
Approchons-nous de Dieu avec un cœur droit,
Dans la plénitude de la foi.
Ne soyons pas des hommes à faire défection,
Mais des hommes de foi pour le salut de notre âme.
Qui persévère jusqu'à la fin,
Celui-là sera sauvé.
Oraison
Dieu qui montres aux égarés la lumière de ta vérité pour qu'ils puissent reprendre le bon chemin ; donne à tous ceux qui se déclarent chrétiens de rejeter ce qui est indigne de ce nom, et de rechercher ce qui lui fait honneur.