Livre de Jérémie (Jr 3, 1-5.19 ; 4, 1-4)
"C'est vers moi qu'il te faut revenir"
Revenez à moi : tel est le seul appel de Dieu à son peuple infidèle, la seule condition de son salut. Reconnaître qu'on s'est trompé de chemin et revenir courageusement sur ses pas. C'est déjà le sens profond de la repentance évangélique : Convertissez-vous et croyez à la Bonne Nouvelle.
Si un homme répudie sa femme, et qu'elle le quitte pour appartenir à un autre homme, reviendra-t-il encore à elle ? N'est-elle pas irrémédiablement profanée, cette terre-là ? Et toi, qui t'es prostituée à tant de partenaires, tu reviendrais à moi ! – oracle du Seigneur.
Lève les yeux vers les pistes et vois : y a-t-il un endroit où tu ne te sois pas accouplée ? En bordure des chemins, tu t'asseyais pour les attendre, tel l'Arabe dans le désert. Tu as profané la terre par ton inconduite, ton immoralité. Les averses t'ont été refusées, et la pluie tardive n'est pas venue : mais tu persistes dans ton effronterie de prostituée sans admettre ton déshonneur. Encore maintenant ne m'invoques-tu pas : "Mon Père ! Toi, l'intime de ma jeunesse ! Tient-il donc toujours rigueur ? Garde-t-il rancune à jamais ?" Mais, tout en parlant, tu ne cesses de faire le mal et avec quel succès !
Moi je m'étais dit : "Oh ! comme je voudrais te distinguer parmi les fils, te donner un pays de cocagne, un patrimoine qui soit, parmi les nations, d'une beauté féerique." Et je disais : "Vous m'appellerez Mon Père, vous ne vous détournerez plus de moi." Mais vraiment, comme une femme est perfide à l'égard de son compagnon, ainsi vous êtes perfides envers moi, gens d'Israël-oracle du SEIGNEUR.
Une clameur monte de toutes les pistes, la déchirante supplication des Israélites : ils se sont fourvoyés en oubliant le SEIGNEUR leur Dieu. "Revenez, fils apostats ! Je veux guérir complètement votre apostasie."
-"Nous voici ! nous sommes à toi ; oui, c'est toi, le SEIGNEUR notre Dieu ! Assurément, ce qui vient des collines est faux, on ne fait que du bruit sur les montagnes. Assurément, c'est dans le SEIGNEUR notre Dieu qu'Israël trouve le salut. Mais la Honte, depuis notre jeunesse, dévore le labeur de nos pères, -leur petit et leur gros bétail, leurs fils et leurs filles. Soyons prostrés dans notre honte, que notre déshonneur nous submerge ! Oui, nous sommes fautifs envers le SEIGNEUR notre Dieu, nous et nos pères, depuis notre jeunesse jusqu'à ce jour ; nous n'avons pas écouté la voix du SEIGNEUR notre Dieu."
Si tu reviens, Israël – oracle du Seigneur –, c'est à moi que tu dois revenir. Si tu ôtes tes ordures de devant ma face, alors tu ne vagabonderas plus. Si tu prêtes serment : "Par la vie du Seigneur !", dans la vérité, dans le droit et la justice, alors les nations se béniront en son nom ; c'est de lui qu'elles se loueront.
Ainsi parle le Seigneur aux hommes de Juda et aux habitants de Jérusalem : Défrichez votre champ, ne semez pas parmi les ronces ! Soyez circoncis pour le Seigneur, ôtez le prépuce de votre cœur, hommes de Juda et habitants de Jérusalem ! Sinon ma fureur jaillira comme un feu, elle brûlera sans que personne puisse l'éteindre, à cause de vos agissements pervers.
R/ Nous voici, nous venons à toi, Seigneur,
C'est toi notre Dieu.
Revenez, fils rebelles,
Je veux guérir vos rébellions.
Si tu veux revenir, Israël,
C'est à moi qu'il faut revenir.
Fais disparaître les idoles,
Et tu n'auras plus à me fuir.
LE CHRIST, SOURCE DE VIE, PAR SAINT COLOMBAN
"L'eau vive qui jaillit pour la vie éternelle"
Frères, suivons notre vocation : à la source de la vie nous sommes appelés, par la vie cette source est non seulement source de l'eau vive, mais de la vie éternelle, source de lumière et de clarté. D'elle en effet viennent toutes choses : sagesse, vie et lumière éternelle. L'auteur de la vie est la source de la vie, le créateur de la lumière est la source de la clarté. Aussi, sans regard pour les réalités visibles, cherchons par-delà le monde présent, au plus haut des cieux, la source de l'eau vive, comme des poissons intelligents et bien perspicaces. Là nous pourrons boire l'eau vive qui jaillit pour la vie éternelle.
Veuille me faire parvenir jusqu'à cette source, Dieu de miséricorde, Seigneur de bonté, et que là je puisse boire, moi aussi, avec ceux qui ont soif de toi, au courant vivant de la source vive de l'eau vive. Qu'alors, comblé de bonheur par cette grande fraîcheur, je me surpasse et demeure toujours près d'elle, en disant : "Qu'elle est bonne, la source de l'eau vive ; elle ne manque jamais de l'eau qui jaillit pour la vie éternelle !"
O Seigneur, tu es, toi, cette source qui est toujours et toujours à désirer, et à laquelle il nous est toujours permis et toujours nécessaire de puiser. Donne-nous toujours, Seigneur Jésus, cette eau, pour qu'en nous aussi elle devienne source d'eau qui jaillit pour la vie éternelle. C'est vrai : je te demande beaucoup, qui le nierait ? Mais toi, Roi de gloire, tu sais donner de grandes choses, et tu les as promises. Rien de plus grand que toi, et c'est toi-même que tu nous donnes ; c'est toi qui t'es donné pour nous.
Aussi est-ce toi que nous demandons, afin de connaître ce que nous aimons, car nous ne désirons rien recevoir d'autre que toi. Tu es notre tout : notre vie, notre lumière et notre salut, notre nourriture et notre boisson, notre Dieu. Inspire nos cœurs, je t'en prie, ô notre Jésus, par le souffle de ton Esprit, blesse nos âmes de ton amour, afin que chacun de nous puisse dire en vérité : Montre-moi celui que mon cœur aime, car j'ai été blessé de ton amour.
Je souhaite que ces blessures soient en moi, Seigneur. Heureuse l'âme que l'amour blesse de la sorte : celle qui recherche la source, celle qui boit et qui pourtant ne cesse d'avoir toujours soif tout en buvant, ni de toujours puiser par son désir, ni de toujours boire dans sa soif. C'est ainsi que toujours elle cherche en aimant, car elle trouve la guérison dans sa blessure. De cette blessure salutaire, que Jésus Christ, notre Dieu et notre Seigneur, bon médecin de notre salut, veuille nous blesser jusqu'au fond de l'âme. À lui, comme au Père et à l'Esprit Saint, appartient l'unité pour les siècles des siècles. Amen.
R/ Nous marchons vers toi, source de vie, alléluia !
Si quelqu'un a soif, qu'il vienne à moi,
Qu'il boive, celui qui croit en moi :
De mon sein couleront pour lui
Des fleuves d'eau vive.
Qui boira l'eau que je lui donnerai
N'aura plus jamais soif :
Cette eau deviendra en lui
Source jaillissant en vie éternelle.
Oraison
Dieu puissant de qui vient tout don parfait, enracine en nos cœurs l'amour de ton nom ; resserre nos liens avec toi, pour développer ce qui est bon en nous ; veille sur nous avec sollicitude, pour protéger ce que tu as fait grandir.
Livre de Jérémie (Jr 4, 5-8.13-28)
Menaces de dévastation
Une terrible invasion étrangère inaugure le châtiment de Juda. Le prophète qui a mission de l'annoncer ne reste pas de marbre devant les souffrances de son peuple ; il y prend part de tout son être.
Faites une proclamation en Juda, faites-la entendre à Jérusalem, dites : Sonnez du cor dans le pays ! Criez à pleine voix, dites : Rassemblez-vous pour entrer dans les places fortes. Levez l'étendard vers Sion ! Allez-vous mettre à l'abri ! Ne vous arrêtez pas en chemin ! C'est le malheur que je fais venir du nord, un grand désastre ! Le lion monte de son fourré ; le destructeur des nations se met en route, il sort de chez lui pour transformer ton pays en désolation : tes villes seront incendiées, vidées de leurs habitants. À cause de cela, revêtez le sac ! Lamentez-vous ! Hululez ! Non, elle ne se détourne pas de nous, l'ardente colère du Seigneur.
Comme des nuages, il monte à l'assaut ; ses chars sont pareils à l'ouragan, ses chevaux, plus lestes que les vautours. Pauvres de nous ! Nous sommes dévastés. Lave ton cœur de toute méchanceté, Jérusalem, afin d'être délivrée. Quand délogeront-elles de chez toi, tes pensées maléfiques ? Depuis Dan, on fait une proclamation ; de la montagne d'Éphraïm, on annonce une calamité.
Avertissez les nations, mobilisez contre Jérusalem ! Des assiégeants viennent d'un pays lointain, ils donnent de la voix contre les villes de Juda. Tels les gardiens d'un champ, ils surgissent contre elle de partout. C'est à moi qu'elle est rebelle – oracle du Seigneur. Ta conduite, tes agissements te valent cela. C'est le fruit de ta méchanceté, certes, c'est amer ! Cela te frappe en plein cœur !
Mon ventre ! Mon ventre ! Je me tords de douleur ! Les parois de mon cœur ! C'est le tumulte en moi, je ne puis me taire, car je perçois l'alerte du cor, le hourra de guerre. On crie : "Désastre sur désastre !" Oui, tout le pays est dévasté. Soudain mon campement est dévasté, en un instant, mes tentes. Jusques à quand verrai-je l'étendard, entendrai-je l'alerte du cor ? Oui, mon peuple est bête ; ils ne me connaissent pas. Ce sont des enfants bornés ; ils ne peuvent rien comprendre. Ils sont habiles à faire le mal ; faire le bien, ils ne le savent pas.
Je regarde la terre : elle est déserte et vide ; le ciel : la lumière en a disparu. Je regarde les montagnes : elles tremblent ; toutes les collines sont ballottées. Je regarde : il n'y a plus d'hommes et tous les oiseaux ont fui. Je regarde : le pays des vergers est un désert, toutes les villes sont incendiées par le Seigneur, par son ardente colère. Ainsi parle le Seigneur : Toute la terre devient désolation, – pourtant je ne fais pas table rase. C'est pourquoi la terre est en deuil, et, là-haut, le ciel s'assombrit, parce que je l'ai décrété, que j'en ai conçu le projet ; je n'y renonce pas et je ne reviens pas en arrière.
R/ Laissons là nos idoles,
Tournons-nous vers le Dieu vivant.
Revêtez-vous de sacs,
Poussez des hurlements,
Puisqu'elle ne s'est pas écartée de nous,
L'ardente colère du Seigneur.
Purifie ton cœur du mal, Jérusalem,
Afin d'être sauvée ;
Jusques à quand garderas-tu en ton cœur
Tes pensées stupides ?
COMMENTAIRE DE SAINT JÉRÔME SUR LE PROPHÈTE JOËL
"Revenez à moi"
Revenez à moi de tout votre cœur et manifestez votre pénitence par le jeûne, les larmes et le deuil ; si vous jeûnez maintenant, plus tard vous serez rassasiés ; si vous pleurez maintenant, plus tard vous rirez ; si vous êtes dans le deuil maintenant, plus tard vous serez consolés. Il est d'usage de déchirer ses vêtements dans la tristesse et devant les oppositions. L'Évangile a rapporté le fait chez le grand prêtre qui voulait souligner le crime du Sauveur. Nous lisons que Paul et Barnabé en ont fait autant lorsqu'ils ont entendu des paroles blasphématoires. Aussi je vous prescris de ne pas déchirer vos vêtements, mais vos cœurs : comme des outres qui, si elles ne sont pas déchirées, éclatent d'elles-mêmes. Lorsque vous aurez fait cela, revenez au Seigneur votre Dieu, dont vos péchés vous avaient éloignés ; ne désespérez pas du pardon, quelle que soit l'énormité de vos crimes, car une grande miséricorde effacera de grands péchés.
En effet, le Seigneur est bon et miséricordieux, préférant à la mort le repentir des péchés, il est patient et riche en miséricorde ; il n'imite pas l'impatience des hommes, mais il attend longuement notre repentir ; il est prêt à arrêter le mal ou à s'en repentir. C'est-à-dire que si nous nous repentons de nos péchés, lui-même se repentira de ses menaces et ne nous infligera pas les maux dont il nous avait menacés ; si nous changeons d'avis, lui aussi en changera. Ce mal que nous devons accepter ici n'est pas celui qui s'oppose à la vertu, mais l'affliction au sujet de laquelle nous lisons ailleurs : À chaque jour suffit sa peine. Et aussi : Arrive-t-il un malheur dans une ville, sans que le Seigneur l'ait causé ?
Joël avait dit plus haut : le Seigneur est bon et miséricordieux, patient et riche en miséricorde, prêt à arrêter le mal et s'en repentir. Mais, pour que cette grande clémence ne nous rende pas négligents, il ajoute dans ce texte prophétique : Qui sait ? Il pourrait revenir, il pourrait renoncer au châtiment et nous combler de ses bienfaits. Moi, dit-il, vous exhorte de mon mieux à la pénitence, et je sais que clémence de Dieu est inexprimable. Comme l'a dit David : Pitié pour moi, mon Dieu, dans ta grande miséricorde ; dans l'abondance de tes pardons, efface mes péchés. Mais, parce que nous ne pouvons pas connaître la profondeur des richesses de la sagesse et de la science de Dieu, je modère mon affirmation et je souhaite plus que je ne présume, en disant : Qui sait ? Il pourrait revenir, il pourrait renoncer au châtiment. Ce "qui sait" doit être compris comme désignant une chose impossible ou difficile.
Un sacrifice et une libation au Seigneur notre Dieu. Cela signifie que lorsque le Seigneur nous aura comblés de ses bienfaits et nous aura pardonné nos péchés, nous pourrons offrir à Dieu des sacrifices.
R/ Donne-nous l'amour, Seigneur,
Et nous serons pardonnés.
Heureux l'homme dont la faute est enlevée,
Dont le péché est couvert.
Si nous confessons nos péchés,
Fidèle et juste comme il est,
Dieu nous pardonnera et nous purifiera.
Oraison
Dieu qui as envoyé ton Fils pour nous sauver et faire de nous tes enfants d'adoption, regarde avec bonté ceux que tu aimes comme un père ; puisque nous croyons au Christ, accorde-nous la vraie liberté et la vie éternelle.
Livre de Jérémie (Jr 7, 1-20)
Jérémie dénonce les faux espoirs
Les Judéens accordaient à la présence de Dieu, symbolisée par l'Arche et le Temple, une vertu magique : aucun ennemi ne pourrait les vaincre entièrement ! L'histoire d'Israël démentait pourtant cette espérance : l'Arche avait été captive et son sanctuaire de Silo, détruit. Mettons notre espérance en Dieu seul, non dans des institutions.
La parole qui s'adressa à Jérémie de la part du Seigneur :
Tiens-toi à la porte de la Maison du Seigneur pour y clamer cette parole : Écoutez la parole du Seigneur, vous tous Judéens qui entrez par ces portes pour vous prosterner devant le Seigneur. Ainsi parle le Seigneur le tout-puissant, le Dieu d'Israël : Améliorez votre conduite, votre manière d'agir, pour que je puisse habiter avec vous en ce lieu. Ne vous bercez pas de paroles illusoires en répétant "Palais du Seigneur ! Palais du Seigneur ! Palais du Seigneur ! Il est ici." Mais plutôt amendez sérieusement votre conduite, votre manière d'agir, en défendant activement le droit dans la vie sociale ; n'exploitez pas l'immigré, l'orphelin et la veuve ; ne répandez pas du sang innocent en ce lieu ; ne courez pas, pour votre malheur, après d'autres dieux ; je pourrai alors habiter avec vous en ce lieu, dans le pays que j'ai donné à vos pères depuis toujours et pour toujours. Mais vous vous bercez de paroles illusoires qui ne servent à rien. Pouvez-vous donc commettre le rapt, le meurtre, l'adultère, prêter de faux serments, brûler des offrandes à Baal, courir après d'autres dieux qui ne se sont pas occupés de vous, puis venir vous présenter devant moi dans cette Maison sur laquelle mon nom a été proclamé et dire : Nous sommes sauvés !" et puis continuer à commettre toutes ces horreurs ? Cette Maison sur laquelle mon nom a été proclamé, la prenez-vous donc pour une caverne de bandits ? Moi, en tout cas, je vois qu'il en est ainsi – oracle du Seigneur. Allez donc au lieu qui m'appartenait, à Silo, là où j'avais tout d'abord fait habiter mon nom, et voyez comme je l'ai traité à cause de la méchanceté de mon peuple, Israël. Or maintenant, vu que vous avez commis tous ces actes – oracle du Seigneur –, que je vous ai parlé inlassablement sans que vous ayez écouté, que je vous ai appelés sans que vous ayez répondu, eh bien, la Maison sur laquelle mon nom a été proclamé, dans laquelle vous mettez votre confiance, et le lieu que j'ai donné à vous et à vos pères, je les traiterai comme j'ai traité Silo. Je vous rejetterai loin de moi comme j'ai rejeté tous vos frères, toute la descendance d'Éphraïm.
Toi, n'intercède pas pour ce peuple, ne profère en leur faveur ni plainte ni supplication, n'insiste pas auprès de moi : je ne t'écoute pas. Ne vois-tu pas ce qu'ils font dans les villes de Juda et dans les rues de Jérusalem : les enfants ramassent des fagots, les pères allument le feu et les femmes pétrissent la pâte pour faire des gâteaux à la Reine du ciel. Vous répandez des libations à d'autres dieux, et ainsi vous m'offensez. Est-ce bien moi qu'ils offensent ? – oracle du Seigneur. N'est-ce pas plutôt eux-mêmes ? Et ils devraient en rougir. Eh bien, ainsi parle le Seigneur Dieu : ma colère, ma fureur se déverse sur ce lieu, sur les hommes et les bêtes, sur les arbres de la campagne et les fruits de la terre, c'est un feu qui ne s'éteint pas.
R/ Voici la demeure de Dieu parmi les hommes :
Notre temple, c'est le Seigneur, ainsi que l'Agneau.
À vos yeux, est-ce une caverne de voleurs,
Ce temple qui porte mon nom ?
Changez vos cœurs et vos œuvres,
Alors je resterai avec vous en ce lieu.
Respectez entre vous le droit et la justice,
Alors je resterai avec vous en ce lieu.
SERMON DE SAINT JEAN CHRYSOSTOME SUR L'ÉVANGILE DE MATTHIEU
Discerner le Corps du Christ
Tu veux honorer le Corps du Christ ? Ne le méprise pas lorsqu'il est nu. Ne l'honore pas ici dans l'église, par des tissus de soie tandis que tu le laisses dehors souffrir du froid et du manque de vêtements. Car celui qui a dit : Ceci est mon corps, et qui l'a réalisé en le disant, c'est lui qui a dit : Vous m'avez vu avoir faim, et vous ne m'avez pas donné à manger, et aussi : Chaque fois que vous ne l'avez pas fait à l'un de ces petits, c'est à moi que vous ne l'avez pas fait. Ici le corps du Christ n'a pas besoin de vêtements, mais d'âmes pures ; là-bas il a besoin de beaucoup de sollicitude.
Apprenons donc à vivre selon la sagesse et à honorer le Christ comme il le veut lui-même. Car l'hommage qui lui est le plus agréable est celui qu'il demande, non celui que nous-mêmes choisissons. Lorsque Pierre croyait l'honorer en l'empêchant de lui laver les pieds, ce n'était pas de l'honneur, mais tout le contraire. Toi aussi, honore-le de la manière prescrite par lui en donnant ta richesse aux pauvres. Car Dieu n'a pas besoin de vases d'or mais d'âmes qui soient en or.
Je ne vous dis pas cela pour vous empêcher de faire des donations religieuses, mais je soutiens qu'en même temps, et même auparavant, on doit faire l'aumône. Car Dieu accueille celles-là, mais bien davantage celle-ci. Car, par les donations, celui qui donne est le seul bénéficiaire mais, l'aumône, le bénéficiaire est aussi celui qui reçoit. La donation est une occasion de vanité ; mais l'aumône n'est autre chose qu'un acte de bonté.
Quel avantage y a-t-il à ce que la table du Christ soit chargée de vases d'or, tandis que lui-même meurt de misère ? Commence par rassasier l'affamé et, avec ce qui te restera, tu orneras son autel. Tu fais une coupe en or, et tu ne donnes pas un verre d'eau fraîche ? Et à quoi bon revêtir la table du Christ de voiles d'or, si tu ne lui donnes pas la couverture qui lui est nécessaire ? Qu'y gagnes-tu ? Dis-moi donc : Si tu vois le Christ manquer de la nourriture indispensable, et que tu l'abandonnes pour recouvrir l'autel d'un revêtement précieux, est-ce qu'il va t'en savoir gré ? Est-ce qu'il ne va pas plutôt s'en indigner ? Ou encore, tu vois le Christ couvert de haillons, gelant de froid, tu négliges de lui donner un manteau, mais tu lui élèves des colonnes d'or dans l'église en disant que tu fais cela pour l'honorer. Ne va-t-il pas dire que tu te moques de lui, estimer que tu lui fais injure, et la pire des injures ?
Pense qu'il s'agit aussi du Christ, lorsqu'il s'en va, errant, étranger, sans abri ; et toi, qui as omis de l'accueillir, tu embellis le pavé, les murs et les chapiteaux des colonnes, tu attaches les lampes par des chaînes d'argent ; mais lui, tu ne veux même pas voir qu'il est enchaîné dans une prison. Je ne dis pas cela pour t'empêcher de faire de telles générosités, mais je t'exhorte à les accompagner ou plutôt à les faire précéder par les autres actes de bienfaisance. Car personne n'a jamais été accusé pour avoir omis les premières, tandis que, pour avoir négligé les autres, on est menacé de la géhenne, du feu qui ne s'éteint pas, du supplice partagé avec les démons. Par conséquent, lorsque tu ornes l'église, n'oublie pas ton frère en détresse, car ce temple-là a plus de valeur que l'autre.
R/ Partager son pain avec l'affamé,
Voilà le jeûne qui plaît à Dieu.
Ouvre ton cœur au pauvre : c'est ton frère.
Et si tu cries, le Seigneur répondra ;
À tes appels, il dira : Me voici !
Ouvre ton cœur au pauvre : c'est ton frère.
Et quand le Fils de l'homme viendra, il te dira :
J'avais faim et tu m'as donné à manger.
Oraison
Dieu créateur et maître de toutes choses, regarde-nous, et pour que nous ressentions l'effet de ton amour, accorde-nous de te servir avec un cœur sans partage.