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30 vendredi

 

Livre de la Sagesse (Sg 8, 1-21b)

La sagesse, source de tout bien

Si la Sagesse est Dieu lui-même, rien n'est plus essentiel à la vie du fidèle que d'attirer de plus en plus en lui la vie divine. C'est déjà toute la doctrine qu'exposeront saint Paul et saint Jean : demeurer en lui et lui en nous, en sorte que ce ne soit plus nous qui vivions, mais Jésus en nous.

La Sagesse s'étend avec force d'une extrémité du monde à l'autre, elle gouverne l'univers avec bonté. C'est elle que j'ai aimée et recherchée dès ma jeunesse, j'ai cherché à en faire mon épouse et je suis devenu l'amant de sa beauté. Sa gloire éclipse la noblesse, car elle partage la vie de Dieu et le souverain de l'univers l'a aimée. Initiée à la science même de Dieu, elle décide de ses œuvres. Et si la richesse est un bien désirable dans la vie, quoi de plus riche que la Sagesse, l'auteur de toutes choses ?

Si notre intelligence est efficace, l'artisane des êtres ne l'est-elle pas davantage ? Aime-t-on la rectitude ? Les vertus sont le fruit de ses travaux, car elle enseigne modération et prudence, justice et courage, et il n'est rien de plus utile aux hommes dans la vie. Désire-t-on encore profiter d'une longue expérience ? Elle connaît le passé et conjecture l'avenir, elle sait interpréter les sentences et résoudre les énigmes, elle prévoit signes et prodiges, les moments et les temps favorables.

Je résolus donc d'en faire la compagne de ma vie, sachant qu'elle serait ma conseillère pour le bien, mon réconfort dans les soucis et le chagrin. Grâce à elle, me disais-je, j'aurai de la gloire auprès des foules et, bien que jeune, je jouirai de la considération des vieillards. On me trouvera pénétrant dans l'exercice de la justice et les princes, devant moi, seront émerveillés. Si je me tais, ils attendront ; si je parle, ils se feront attentifs, et si mon discours se prolonge, ils mettront la main sur leur bouche.

J'obtiendrai, grâce à elle, l'immortalité et je laisserai à la postérité un souvenir éternel. Je gouvernerai les peuples, les nations me seront soumises. À mon seul nom, des souverains redoutables prendront peur ; je me montrerai bon parmi la foule et courageux à la guerre. Rentré chez moi, je me reposerai près d'elle, car sa société ne cause point d'amertume, ni son intimité de chagrin ; mais seulement de l'agrément et de la joie.

Ayant ainsi raisonné en moi-même et considéré en mon cœur que la parenté avec la Sagesse assure l'immortalité, que sa tendresse procure une noble jouissance, les labeurs de ses mains, une richesse inépuisable, sa fréquentation assidue, un jugement avisé, et la communication de ses paroles, la célébrité, j'allais de tous côtés cherchant comment la prendre pour épouse.

J'étais, certes, un enfant bien né et j'avais reçu une âme bonne ; ou plutôt, étant bon, j'étais venu dans un corps sans souillure. Pourtant je savais que je n'obtiendrais pas la sagesse autrement que par un don de Dieu – et reconnaître de qui dépend un bienfait, c'était encore une preuve de discernement – ; je me tournai donc vers le Seigneur et le priai.

 

R/ À qui la poursuit, Dieu donne la Sagesse.

 

Si l'un de vous manque de sagesse,

Qu'il la demande à Dieu,

Car Dieu la donne généreusement.

 

Tout don parfait

Descend du Père des lumières

Chez qui n'existe aucun changement.

 

HOMÉLIE DE BAUDOUIN DE FORD SUR LA LETTRE AUX HÉBREUX

"Vivante est la parole de Dieu et efficace".

Vivante est la parole de Dieu, efficace, et plus acérée qu'une épée à deux tranchants. La puissance et la sagesse que renferme la parole de Dieu se manifestent dans ce passage à ceux qui cherchent le Christ, lui-même : Verbe, puissance et sagesse de Dieu. Le Verbe, de même éternité que le Père, et avec lui dès le principe, s'est révélé aux Apôtres à l'époque fixée par lui. Ensuite les Apôtres l'ont annoncé au monde, et la foi des peuples croyants l'a reçu en toute humilité. Il est donc le Verbe auprès du Père, le Verbe en la bouche des Apôtres, le Verbe en nos cœurs.

Et cette parole de Dieu est vivante, puisque le Père lui a donné d'avoir en elle la vie, comme le Père a la vie en lui-même. Aussi n'est-elle pas seulement une parole vivante, mais elle est la vie. C'est ainsi que le Christ se présente lui-même : Je suis le chemin, la vérité et la vie. Puisqu'il est vivant, puisqu'il est la vie elle-même, il est également force de vie : Comme le Père ressuscite les morts et donne la vie, de même le Fils donne la vie à qui il veut. Donateur de vie, il l'est assurément quand il appelle un mort et le fait sortir du tombeau en lui disant : Lazare, vient dehors !

Quand on prêche cette Parole, elle donne par cette prédication, à la parole extérieurement audible, la puissance même de sa parole intérieurement perçue. Dès lors, les morts ressuscitent et ce témoignage fait surgir de nouveaux fils d'Abraham. Elle est donc vivante, cette Parole, vivante dans le cœur du Père, vivante sur les lèvres du prédicateur, et vivante dans les cœurs, remplis de foi et d'amour. Et puisque c'est une Parole vivante, nul doute qu'elle ne soit aussi efficace.

Elle agit dans la création du monde, dans son gouvernement et dans sa rédemption. Où trouver plus grande efficacité ? puissance plus éclatante ? Qui dira les merveilles du Seigneur ? Qui fera entendre toute sa gloire ? L'efficacité de la Parole se manifeste dans ses œuvres, elle se manifeste aussi dans la prédication. Car elle ne revient jamais sans effet, mais elle est source de progrès en toute créature à laquelle elle est envoyée.

La Parole est donc efficace, et plus pénétrante qu'une épée à deux tranchants, quand elle est reçue avec foi et amour. En effet, qu'y a-t-il d'impossible pour celui qui croit ? Et qu'y a-t-il de rigoureux pour celui qui aime ? Quand s'élève la voix du Verbe, elle s'enfonce dans le cœur comme des flèches de combat qui déchirent, comme des clous fichés profondément, et elle pénètre si loin qu'elle atteint le fond le plus secret. Oui, cette Parole pénètre plus loin qu'une épée à deux tranchants, car il n'est pas de puissance ni de force qui puisse porter de coups aussi sensibles, et l'esprit humain ne peut concevoir de pointe aussi subtile et pénétrante. Toute la sagesse humaine, toute la délicatesse du savoir naturel sont loin d'atteindre son acuité.

 

R/ Ta parole, Seigneur, est lumière dans la nuit.

 

Vers qui pouvons-nous aller, Seigneur ?

Toi seul nous conduis au Royaume.

 

Heureux qui suit jusqu'au bout

Le chemin que tu lui traces.

 

Heureux qui médite en son cœur

Les voies mystérieuses de l'amour.

 

Oraison

Seigneur notre Père, nous en appelons à ta providence qui jamais ne se trompe en ses desseins : tout ce qui fait du mal, écarte-le, et donne-nous ce qui peut nous aider.


30 samedi

 

Livre de la Sagesse (Sg 11, 20b-26 ; 12, 2.11b-19)

Dieu, maître, ami de la vie de tous les hommes

La survie du pécheur était un des grands scandales d'Israël. Mieux que ses devanciers, l'auteur de la Sagesse nous l'explique : la bonté et l'amour de Dieu s'étendent à tous les êtres ; en lui justice et amour ne font qu'un. Toute la vie et ses épreuves sont une longue manifestation de la pédagogie divine qui cherche à extirper en nous le péché afin de nous délivrer de la mort.

Tu as tout disposé avec mesure, nombre et poids. Ta grande force est toujours à ta disposition, et qui résistera à la vigueur de ton bras ? Oui, le monde entier est devant toi comme le poids infime qui déséquilibre une balance, comme la goutte de rosée matinale qui descend vers le sol. Mais tu as pitié de tous parce que tu peux tout, et tu détournes les yeux des péchés des hommes pour les amener au repentir.

Tu aimes tous les êtres et ne détestes aucune de tes œuvres : aurais-tu haï l'une d'elles, tu ne l'aurais pas créée. Et comment un être quelconque aurait-il subsisté, si toi, tu ne l'avais voulu, ou aurait-il été conservé sans avoir été appelé par toi. Tu les épargnes tous, car ils sont à toi, Maître qui aimes la vie. Aussi tu reprends progressivement les coupables et tu les avertis, leur rappelant en quoi ils pèchent, afin qu'ils renoncent au mal et qu'ils croient en toi, Seigneur.

Ce n'est pas davantage par peur de quelqu'un que tu leur avais offert l'impunité de leurs péchés. Qui donc en effet osera te dire : Qu'as-tu fait ? Qui s'opposera à ta décision ? Qui encore te citera en justice pour la ruine de peuples que tu as toi-même créés ? Qui viendra déposer contre toi comme défenseur d'hommes injustes ?

Il n'y a pas de Dieu en dehors de toi, qui prenne soin de tout, auquel tu devrais prouver que tu n'as pas jugé injustement. Il n'y a non plus ni roi ni souverain qui puisse te braver pour défendre ceux que tu as châtiés. Parce que tu es juste, tu gouvernes l'univers avec justice, et condamner un homme ne méritant pas d'être châtié te paraît incompatible avec ta puissance. Car ta force est la source de ta justice et ta maîtrise sur tous te fait user de clémence envers tous. Il fait montre de sa force, celui dont le pouvoir absolu est mis en doute, et il confond l'arrogance de ceux-là mêmes qui reconnaissent ce pouvoir. Mais toi qui maîtrises ta force, tu juges avec sérénité, et tu nous gouvernes avec tant de ménagements. Le pouvoir d'agir est à ta disposition quand tu le veux.

En agissant ainsi tu as appris à ton peuple que le juste doit être ami des hommes et tu as rempli tes fils d'espérance puisque tu offres le repentir pour les péchés.

 

R/ Tu as pitié de tous, Seigneur,

Car tu peux tout.

 

Dieu seul est juge,

Car seul il peut perdre et sauver.

 

Le Seigneur use de patience,

Afin que tous parviennent au repentir.

 

Disposant de sa force, Dieu juge avec modération,

Il gouverne avec de grands ménagements.

 

DIALOGUE DE SAINTE CATHERINE DE SIENNE SUR LA PROVIDENCE

Le plan d'amour de Dieu.

Le Père éternel, avec son inexprimable bonté, tournait son regard vers Catherine et lui disait :

"Ma très chère fille, j'ai absolument décidé de faire miséricorde au monde et de secourir de toute manière l'humanité. Mais l'homme, dans son ignorance, croit voir la mort dans ce que je lui donne pour sa vie, et il devient ainsi cruel envers lui-même. Pourtant ma Providence l'assiste toujours. Aussi, je veux que tu le saches : tout ce que je donne à l'homme provient de ma souveraine Providence.

Et c'est pourquoi, lorsque je l'ai créé par ma Providence, j'ai regardé en moi-même et j'ai été saisi d'amour par la beauté de ma créature. J'ai voulu la créer à mon image et à ma ressemblance, en y employant largement ma Providence. En outre, je lui ai donné la mémoire pour qu'elle garde le souvenir de mes bienfaits : car je voulais qu'elle participe à ma puissance de Père éternel.

Je lui ai encore donné l'intelligence, pour que, dans la sagesse de mon Fils unique, l'homme connaisse ma volonté, car c'est moi qui donne toutes les grâces avec un brûlant amour de Père. Et je lui ai donné aussi la volonté pour aimer, en participant à la douceur du Saint-Esprit, afin qu'il puisse aimer ce que son intelligence ne pouvait connaître et voir.

Voilà ce que ma douce Providence a fait, uniquement pour que l'homme soit capable de me comprendre et de me goûter avec une joie parfaite, dans l'éternelle vision qu'il aurait de moi. Et, comme je te l'ai déjà dit, le ciel était fermé par la désobéissance d'Adam votre premier père. C'est de cette désobéissance que sont venus tous les maux, à travers le monde entier.

Afin que l'homme soit délivré de la mort amenée par cette désobéissance, ma Providence a eu la bonté de vous donner mon Fils unique pour secourir votre misère. Je lui ai imposé la grande obéissance pour que le genre humain délivré du poison que la désobéissance de votre premier père avait répandu dans le monde. Aussi, comme saisi d'amour, vraiment obéissant, il courut sans retard à la mort ignominieuse de la très sainte Croix et sa mort vous donna la vie, par la force non pas de son humanité mais de sa divinité."

 

R/ Où abonde le péché,

La grâce surabonde.

 

Dieu enferma tous les hommes

Dans la désobéissance

Pour faire à tous miséricorde.

 

Tous ont péché

Et sont privés de la gloire de Dieu,

Mais Jésus Christ les a justifiés.

 

Oraison

Seigneur, source de tout bien, réponds sans te lasser à notre appel : inspire-nous ce qui est juste, aide-nous à l'accomplir.


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