Livre de Quohélet (Qo 1, 1-18)
La vie n'est-elle qu'un éternel recommencement ?
Rien de nouveau sous le soleil : c'est l'affirmation fondamentale du livre. Les choses recommencent perpétuellement telles qu'elles ont déjà été. Une seule est valable sans restriction : le progrès du plan de Dieu dans l'histoire du monde et de chacun de nous.
Paroles de Qohéleth, fils de David, roi à Jérusalem.
Vanité des vanités, dit Qohéleth, vanité des vanités, tout est vanité. Quel profit y a-t-il pour l'homme de tout le travail qu'il fait sous le soleil ?
Un âge s'en va, un autre vient, et la terre subsiste toujours. Le soleil se lève et le soleil se couche, il aspire à ce lieu d'où il se lève. Le vent va vers le midi et tourne vers le nord, le vent tourne, tourne et s'en va, et le vent reprend ses tours. Tous les torrents vont vers la mer, et la mer n'est pas remplie ; vers le lieu où vont les torrents, là-bas, ils s'en vont de nouveau.
Tous les mots sont usés, on ne peut plus les dire, l'œil ne se contente pas de ce qu'il voit, et l'oreille ne se remplit pas de ce qu'elle entend. Ce qui a été, c'est ce qui sera, ce qui s'est fait, c'est ce qui se fera : rien de nouveau sous le soleil ! S'il est une chose dont on puisse dire : "Voyez, c'est nouveau, cela !" – cela existe déjà depuis les siècles qui nous ont précédés. Il n'y a aucun souvenir des temps anciens ; quant aux suivants qui viendront, il ne restera d'eux aucun souvenir chez ceux qui viendront après.
Moi, Qohéleth, j'ai été roi sur Israël, à Jérusalem. J'ai eu à cœur de chercher et d'explorer par la sagesse tout ce qui se fait sous le ciel. C'est une occupation de malheur que Dieu a donnée aux fils d'Adam pour qu'ils s'y appliquent. J'ai vu toutes les œuvres qui se font sous le soleil ; mais voici que tout est vanité et poursuite de vent. Ce qui est courbé, on ne peut le redresser, ce qui fait défaut ne peut être compté.
Je me suis dit à moi-même : "Voici que j'ai fait grandir et progresser la sagesse plus que quiconque m'a précédé comme roi sur Jérusalem." J'ai fait l'expérience de beaucoup de sagesse et de science, j'ai eu à cœur de connaître la sagesse et de connaître la folie et la sottise ; j'ai connu que cela aussi, c'est poursuite de vent. Car en beaucoup de sagesse, il y a beaucoup d'affliction ; qui augmente le savoir augmente la douleur.
R/ Cherchez d'abord le Royaume et sa justice,
Et tout le reste vous sera donné par surcroît.
Vous n'avez rien apporté dans le monde
Et de même vous n'en pouvez rien emporter.
Ne vous inquiétez pas du lendemain :
À chaque jour suffit sa peine.
Ne vous inquiétez pas pour votre vie :
Votre Père sait de quoi vous avez besoin.
CENTURIES DE SAINT MAXIME LE CONFESSEUR SUR LA CHARITÉ
En dehors de l'amour, tout est vain.
L'amour de Dieu est une excellente disposition de l'âme qui lui fait estimer plus que toute la connaissance de Dieu. Et il est impossible de parvenir à la possession habituelle de cet amour si l'on demeure attaché à n'importe quel bien terrestre.
Celui qui aime Dieu estime sa connaissance plus que toutes ses créatures et, dans son désir, il ne cesse de la poursuivre.
Puisque tout ce qui existe n'est créé que par Dieu et pour Dieu, et puisque Dieu est supérieur à ce qui a été créé par lui, l'homme qui abandonne Dieu, l'être incomparablement meilleur, pour s'adonner à ce qui est en dessous de lui, celui-là montre qu’ il estime les créatures de Dieu plus que Dieu même.
Celui qui m'aime, dit le Seigneur, restera fidèle à mes commandements. Et mon commandement, dit-il, c'est que vous vous aimiez les uns les autres. Donc celui qui n'aime pas son prochain ne reste pas fidèle au commandement. Et celui qui ne reste pas fidèle au commandement ne peut pas aimer le Seigneur.
Heureux l'homme capable d'aimer tous les hommes également.
Celui qui aime Dieu aime aussi pleinement son prochain. Un tel homme ne peut garder ses richesses, mais il les répartit à la manière de Dieu, en les donnant à chacun de ceux qui en ont besoin.
Celui qui fait l'aumône à l'imitation de Dieu ne fait aucune différence entre bon et méchant, juste et injuste, lorsqu'ils sont dans la nécessité il distribue également à tous, selon leurs besoins, même s'il estime le vertueux, à cause de sa bonne intention, plus que le méchant.
Non seulement l'amour se manifeste en distribuant les richesses, mais bien davantage en distribuant la parole de Dieu et en se mettant personnellement au service d'autrui.
Celui qui a réellement renoncé aux biens de ce monde et se fait serviteur de son prochain sincèrement, par amour, bientôt délivré de toute passion, devient participant de l'amour et de la connaissance divines.
Celui qui possède en soi l'amour divin n'a aucune peine à suivre de près le Seigneur son Dieu, selon Jérémie, mais supporte généreusement labeur, injures et mauvais traitements, sans vouloir aucun mal à personne.
Ne dites pas, conseille Jérémie : Nous sommes le temple du Seigneur. Quant à toi, ne dis pas : La foi seule en notre Seigneur Jésus Christ peut me sauver, car cela est impossible si, par tes œuvres, tu n'acquiers pas l'amour envers lui. Croire seulement ? Mais les démons ont la foi, et ils tremblent !
L'œuvre de l'amour, c'est d'être disposé envers le prochain à la bienfaisance, à la patience, à l'endurance ; et c'est d'employer ses biens selon la droite raison.
R/ Vivons dans la charité
Au service les uns des autres !
Toute la loi s'accomplit
En cette parole unique ;
Tu aimeras ton prochain comme toi-même.
Je vous donne un commandement nouveau :
Aimez-vous les uns les autres,
Comme je vous ai aimés.
Oraison 7
Accorde-nous, Dieu tout-puissant, de conformer à ta volonté nos paroles et nos actes dans une inlassable recherche des biens spirituels.
Livre de Quohélet (Qo 2, 1-3.12-26)
Tout n'est qu'illusion et déception
Le plaisir ne saurait apporter le vrai bonheur : l'activité humaine non plus, qu'elle qu'en soit la forme : la mort limite l'un et l'autre, elle rend la vie même haïssable, paradoxe inouï aux yeux du Sémite. De cet abattage, une seule réalité survit : Dieu, et le destin qu'il veut bien faire à l'homme.
Je me suis dit en moi-même : "Allons, que je t'éprouve par la joie, goûte au bonheur !" Et voici, cela aussi est vanité. Du rire, j'ai dit – "C'est fou !" Et de la joie : "Qu'est-ce que cela fait ?" J'ai délibéré en mon cœur de traîner ma chair dans le vin et tout en conduisant mon cœur avec sagesse, de tenir à la sottise, le temps de voir ce qu'il est bon pour les fils d'Adam de faire sous le ciel pendant les jours comptés de leur vie.
Je me suis aussi tourné, pour les considérer, vers sagesse, folie et sottise. Voyons ! Que sera l'homme qui viendra après le roi ? Ce qu'on aura déjà fait de lui ! Voici ce que j'ai vu : On profite de la sagesse plus que de la sottise, comme on profite de la lumière plus que des ténèbres. Le sage a les yeux là où il faut, l'insensé marche dans les ténèbres. Mais je sais, moi, qu'à tous les deux un même sort arrivera. Alors, moi, je me dis en moi-même : Ce qui arrive à l'insensé m'arrivera aussi, pourquoi donc ai-je été si sage ? Je me dis à moi-même que cela aussi est vanité. Car il n'y a pas de souvenir du sage, pas plus que de l'insensé, pour toujours. Déjà dans les jours qui viennent, tout sera oublié : Eh quoi ? Le sage meurt comme l'insensé ! Donc, je déteste la vie, car je trouve mauvais ce qui se fait sous le soleil : tout est vanité et poursuite de vent. Moi, je déteste tout le travail que j'ai fait sous le soleil et que j'abandonnerai à l'homme qui me succédera. Qui sait s'il sera sage ou insensé ? Il sera maître de tout mon travail, que j'aurai fait avec ma sagesse sous le soleil : Cela aussi est vanité.
J'en suis venu à me décourager pour tout le travail que j'ai fait sous le soleil. En effet, voici un homme qui a fait son travail avec sagesse, science et succès : C'est à un homme qui n'y a pas travaillé qu'il donnera sa part. Cela aussi est vanité et grand mal. Oui, que reste-t-il pour cet homme de tout son travail et de tout l'effort personnel qu'il aura fait, lui, sous le soleil ? Tous ses jours, en effet, ne sont que douleur, et son occupation n'est qu'affliction ; même la nuit, son cœur est sans repos : Cela aussi est vanité.
Rien de bon pour l'homme, sinon de manger et de boire, de goûter le bonheur dans son travail. J'ai vu, moi, que cela aussi vient de la main de Dieu. Car qui a de quoi manger, qui sait jouir, sinon moi ? Oui, il donne à l'homme qui lui plaît sagesse, science et joie, mais au pécheur il donne comme occupation de rassembler et d'amasser, pour donner à celui qui plaît à Dieu. Cela aussi est vanité et poursuite de vent.
R/ Poursuis la justice, la piété,
Combats le bon combat de la foi.
La racine de tous les maux,
C'est l'amour de l'argent ;
Pour s'y être livrés,
Certains se sont égarés loin de la foi.
Ne place pas ta confiance
Dans des richesses précaires ;
Conquiers la vie éternelle
À laquelle tu as été appelé.
HOMÉLIE DE SAINT GRÉGOIRE DE NYSSE SUR L'ECCLÉSIASTE
"Celui qui me suit ne marchera pas dans les ténèbres".
Les yeux du sage sont dans sa tête, mais le fou marche dans les ténèbres.
Si l'âme lève les yeux vers sa tête, qui est le Christ comme l'explique saint Paul, on la jugera heureuse à cause de la clarté de sa vision, puisqu'elle porte ses regards là où ne règne pas l'obscurité du mal. Ce grand Apôtre et ceux qui, pareils à lui, sont grands eux aussi, avaient les yeux dans la tête : ce sont tous ceux qui ont dans le Christ leur vie, leur mouvement et leur être.
De même qu'un homme placé dans la lumière ne peut voir de ténèbres, ainsi est-il impossible à celui qui dirige son regard vers le Christ de le fixer sur quelque vanité. Avoir les yeux dans la tête – j'entends par tête le principe de toutes choses, c'est avoir les regards fixés sur toute vertu, car le Christ est la vertu absolue. C'est les avoir fixés sur la vérité, sur la justice, sur l'incorruptibilité, sur tout bien. Donc, les yeux du sage sont dans sa tête, mais l'insensé marche dans les ténèbres. Car celui qui ne met pas sa lampe sur le lampadaire mais sous le lit transforme sa lumière en ténèbres.
Et combien y a-t-il d'hommes qui se consacrent aux biens célestes, qui s'adonnent à la contemplation de ce qui existe réellement, que l'on estime aveugles et inutiles dans les affaires matérielles ? Paul se vantait d'être ainsi lorsqu'il se disait fou à cause du Christ. En effet, son intelligence et sa sagesse ne concernaient aucune des choses qui captivent ici-bas notre intérêt. Il disait donc : Nous, nous sommes fous à cause du Christ, comme s'il disait : "Nous, nous sommes aveugles en ce qui concerne la vie d'en bas parce que nous regardons en haut et que nous avons nos yeux dans la tête." À cause de cela, il n'avait ni toit, ni table, il était pauvre, errant, nu, souffrant de la faim et de la soif.
Qui ne l'aurait pas jugé digne de pitié, en le voyant prisonnier, accablé de coups, englouti dans la mer à la suite d'un naufrage, chargé de chaînes ? Cependant, s'il en était ainsi sur le plan humain, il n'a jamais cessé d'avoir les veux dans la tête, lui qui disait : Qui pourra nous séparer de l'amour de Dieu qui est dans le Christ Jésus ? La détresse ? L’angoisse ? La persécution ? La faim ? Le dénuement ? Le danger ? Le supplice ? Cela revient à dire : " Qui m'arrachera les yeux de la tête, pour les placer sur la terre que l'on foule aux pieds ?"
Quant à nous, il nous prescrit d'en faire autant lorsqu'il nous ordonne de rechercher ce qui est en haut, ce qui revient à dire : " avoir les yeux dans la tête ".
R/ Vers toi j'ai les yeux levés,
Seigneur qui te tiens au ciel.
Le jour du Seigneur arrive
Comme un voleur en pleine nuit.
Vous qui êtes enfants de la lumière,
Enfants du jour, restez éveillés et sobres.
Toujours joyeux, priez sans cesse,
En toute condition, soyez dans l'action de grâce.
Oraison
Dieu éternel et tout-puissant, dirige notre vie selon ton amour, afin qu'au nom de ton Fils bien-aimé, nous portions des fruits en abondance.
Livre de Quohélet (Qo 3, 1-22)
À Dieu appartient seul le sens
À l'activité de l'homme, capable autant d'une chose que de son contraire selon l'humeur du moment, s'oppose le comportement d'un Dieu incompréhensible. Devant lui, une seule attitude raisonnable : s'humilier et accepter tout de sa main.
Il y a un moment pour tout et un temps pour chaque chose sous le ciel : un temps pour enfanter et un temps pour mourir, un temps pour planter et un temps pour arracher le plant, un temps pour tuer et un temps pour guérir, un temps pour saper et un temps pour bâtir, un temps pour pleurer et un temps pour rire, un temps pour se lamenter et un temps pour danser, un temps pour jeter des pierres et un temps pour amasser des pierres, un temps pour embrasser et un temps pour éviter d'embrasser, un temps pour chercher et un temps pour perdre, un temps pour garder et un temps pour jeter, un temps pour déchirer et un temps pour coudre, un temps pour se taire et un temps pour parler, un temps pour aimer et un temps pour haïr, un temps de guerre et un temps de paix.
Quel profit a l'artisan du travail qu'il fait ? Je vois l'occupation que Dieu a donnée aux fils d'Adam pour qu'ils s'y occupent. Il fait toute chose belle en son temps ; à leur cœur il donne même le sens de la durée sans que l'homme puisse découvrir l'œuvre que fait Dieu depuis le début jusqu'à la fin.
Je sais qu'il n'y a rien de bon pour lui que de se réjouir et de se donner du bon temps durant sa vie. Et puis, tout homme qui mange et boit et goûte au bonheur en tout son travail, cela, c'est un don de Dieu.
Je sais que tout ce que fait Dieu, cela durera toujours ; il n'y a rien à y ajouter, ni rien à en retrancher, et Dieu fait en sorte qu'on ait de la crainte devant sa face. Ce qui est a déjà été, et ce qui sera a déjà été, et Dieu va rechercher ce qui a disparu.
J'ai encore vu sous le soleil qu'au siège du jugement, là était la méchanceté, et qu'au siège de la justice, là était la méchanceté. Je me suis dit en moi-même : Dieu jugera le juste et le méchant, car il y a là un temps pour chaque chose et pour chaque action. Je me suis dit en moi-même, au sujet des fils d'Adam, que Dieu veut les éprouver ; alors on verra qu'en eux-mêmes, ils ne sont que des bêtes. Car le sort des fils d'Adam, c'est le sort de la bête, c'est un sort identique : telle la mort de celle-ci, telle la mort de ceux-là ; ils ont tous un souffle identique : la supériorité de l'homme sur la bête est nulle, car tout est vanité. Tout va vers un lieu unique, tout vient de la poussière et tout retourne à la poussière. Qui connaît le souffle des fils d'Adam qui monte, lui, vers le haut, tandis que le souffle des bêtes descend vers le bas, vers la terre ?
Je vois qu'il n'y a rien de mieux pour l'homme que de jouir de ses œuvres, œuvres dont elle est sa part. Qui en effet l'emmènera voir ce qui sera après lui ?
R/ Qu'est-ce que l'homme, Seigneur,
Pour que tu le connaisses,
Le mortel que tu en prennes souci ?
L'homme n'est rien que du vent,
Ses jours sont une ombre qui passe.
Seigneur, écarte les cieux et descends.
D'en haut, tends la main, Seigneur,
Délivre-moi des eaux profondes.
Pour toi je veux chanter un chant nouveau.
HOMÉLIE DE SAINT GRÉGOIRE DE NYSSE SUR L'ECCLÉSIASTE
L'enfantement à la vraie vie.
Il y a un temps pour enfanter, et un temps pour mourir, nous dit l'Ecclésiaste. Il a tout à fait raison de commencer son développement par cette association nécessaire, en rattachant la mort à la génération. En effet, la mort succède nécessairement à l'enfantement, et toute génération se désagrège dans la corruption.
Donc, il y a un temps pour enfanter et un temps pour mourir. Je voudrais bien qu'il soit possible d'enfanter au moment voulu et de mourir au bon moment ! Personne ne dira que l'Ecclésiaste nous montre cet enfantement comme délibéré, et la mort comme volontaire ; ainsi qu'une action bien dirigée par la vertu. Car l'enfantement ne dépend pas de la volonté de la femme, ni la mort, du libre choix des mourants. Personne n'a jamais qualifié de vertu ou de vice ce qui ne dépend pas de nous. Il s'impose donc de comprendre ce qu'est un enfantement au moment voulu et une mort au bon moment.
Il me semble qu'il y a un enfantement opportun et non prématuré lorsque, selon Isaïe, on a conçu par la crainte de Dieu et que, par les douleurs que l'âme éprouve dans l'enfantement, on a engendré son propre salut. Nous sommes en effet, pour ainsi dire, nos propres pères lorsque, par notre préférence pour le bien, nous nous sommes formés nous-mêmes, engendrés et mis au monde.
C'est ce que nous réalisons du fait que nous accueillons Dieu en nous. Nous devenons alors enfants de Dieu enfants de sa puissance et fils du Très-Haut. En revanche, nous faisons de nous-mêmes des prématurés, des êtres incomplets et inconsistants si le Christ n'est pas formé en nous, comme dit saint Paul. Il faut, en effet, dit-il ailleurs, que l'homme de Dieu soit un être accompli.
Si l'on voit clairement comment nous sommes enfantés au moment voulu, il est clair aussi pour tous comment nous mourons au bon moment. C'est ainsi que, pour saint Paul, tout moment était opportun pour une bonne mort. Il le crie en propres termes, il en fait une sorte d'engagement, lorsqu'il dit : Chaque jour, je meurs, oui, pour votre fierté. Et encore : C'est pour toi, Seigneur, qu'on nous frappe de mort chaque jour. Et enfin : Nous avons reçu en nous-mêmes notre arrêt de mort.
On voit très clairement comment Paul meurt chaque jour, lui qui ne vit jamais pour le péché, qui mortifie sans cesse les membres de son corps, qui porte en lui-même l'agonie du corps du Christ, qui est sans cesse crucifié avec le Christ vivant en lui. À mon avis, c'est là une mort au bon moment, celle qui est devenue l'introductrice de la vraie vie.
C'est moi, dit Dieu, qui fais mourir et qui fais vivre, afin de faire comprendre que, c'est vraiment un don de Dieu que d'être mort au péché et de vivre par l'Esprit. C'est parce qu'il fait mourir que sa parole promet de faire vivre.
R/ Qu'est-ce que l'homme, Seigneur,
Pour que tu le connaisses,
Le mortel que tu en prennes souci ?
L'homme n'est rien que du vent,
Ses jours sont une ombre qui passe.
Seigneur, écarte les cieux et descends.
D'en haut, tends la main, Seigneur,
Délivre-moi des eaux profondes.
Pour toi je veux chanter un chant nouveau.
Oraison
Accorde-nous, Seigneur, de pouvoir t'adorer sans partage, et d'avoir pour tout homme une vraie charité.
Livre de Quohélet (Qo 5, 9-19 ; 6, 1-8)
Dieu donne à chacun sa part de bonheur
Plus que toute autre valeur apparente, les biens matériels, la richesse sont choses décevantes. Sur ce point plus qu'ailleurs, l'Ecclésiaste précède et annonce l'Évangile. À la mort, tout doit être dépouillé, et une seule richesse subsistera : avoir usé de son bien, grand ou petit, selon la volonté de Dieu.
Qui aime l'argent ne se rassasiera pas d'argent, ni du revenu celui qui aime le luxe. Cela est aussi vanité. Avec l'abondance des biens abondent ceux qui les consomment, et quel bénéfice pour le propriétaire, sinon un spectacle pour les yeux ? Doux est le sommeil de l'ouvrier, qu'il ait mangé peu ou beaucoup ; mais la satiété du riche, elle, ne le laisse pas dormir.
Il y a un mal affligeant que j'ai vu sous le soleil : la richesse conservée par son propriétaire pour son malheur. Cette richesse périt dans une mauvaise affaire ; s'il engendre un fils, celui-ci n'a plus rien en main. Comme il est sorti du sein de sa mère, nu, il s'en retournera comme il était venu : il n'a rien retiré de son travail qu'il puisse emporter avec lui. Et cela est aussi un mal affligeant qu'il s'en aille ainsi qu'il était venu : quel profit pour lui d'avoir travaillé pour du vent ? De plus, il consume tous ses jours dans les ténèbres ; il est grandement affligé, déprimé, irrité.
Ce que, moi, je reconnais comme bien, le voici : il convient de manger et de boire, de goûter le bonheur dans tout le travail que l'homme fait sous le soleil, pendant le nombre des jours de vie que Dieu lui donne, car telle est sa part. De plus, tout homme à qui Dieu donne richesse et ressources et à qui Il a laissé la faculté d'en manger, d'en prendre sa part et de jouir de son travail, c'est là un don de Dieu ; non, il ne songe guère aux jours de sa vie, tant que Dieu le tient attentif à la joie de son cœur.
Il y a un mal que j'ai vu sous le soleil, et il est immense pour l'humanité. Soit un homme à qui Dieu donne richesse, ressources et gloire, à qui rien ne manque pour lui-même de tout ce qu'il désire, mais à qui Dieu ne laisse pas la faculté d'en manger, car c'est quelqu'un d'étranger qui le mange : cela aussi est vanité et mal affligeant.
Soit un homme qui engendre cent fois et vit de nombreuses années, mais qui, si nombreux soient les jours de ses années, ne se rassasie pas de bonheur et n'a même pas de sépulture. Je dis : L'avorton vaut mieux que lui, car c'est en vain qu'il est venu et il s'en va dans les ténèbres, et par les ténèbres son nom sera recouvert ; il n'a même pas vu le soleil et ne l'a pas connu, il a du repos plus que l'autre. Même si celui-ci avait vécu deux fois mille ans, il n'aurait pas goûté le bonheur. N'est-ce pas vers un lieu unique que tout va ?
Tout le travail de l'homme est pour sa bouche, et pourtant l'appétit n'est pas comblé. En effet, qu'a de plus le sage que l'insensé, qu'a le pauvre qui sait aller de l'avant face à la vie ?
R/ En toi, Seigneur, notre joie,
Tu combleras les désirs de nos cœurs.
Faites-vous des bourses qui ne s'usent pas,
Un trésor indéfectible, dans les cieux.
Ne vous amassez pas de richesses sur la terre,
Car où est ton trésor, là aussi sera ton cœur.
COMMENTAIRE DE SAINT JÉRÔME SUR L'ECCLÉSIASTE
"Pourquoi dépenser votre argent pour ce qui ne nourrit pas, vous fatiguer pour ce qui ne rassasie pas ?"
Lorsque Dieu a donné richesses et trésor, il permet à l'homme de s'en nourrir, d'en prendre sa part et de se réjouir de son travail, c'est un don de Dieu. On ne se souviendra plus beaucoup des jours de sa vie, parce que Dieu comble le cœur de joie. En comparaison de celui qui se nourrit de ses richesses mais en étant assombri par les soucis, et qui amasse des biens périssables dans un grand ennui de vivre, l'Ecclésiaste déclare plus heureux celui qui jouit des biens présents. Car, en ce cas, il y a au moins, dans cette jouissance, un peu de plaisir ; dans l'autre cas, il n'y a que l'énormité des soucis. Et l'Ecclésiaste explique pourquoi c'est un don de Dieu, de pouvoir jouir de la richesse : parce qu'on ne se souviendra plus beaucoup des jours de sa vie.
Oui, Dieu en distrait cet homme par la joie de son cœur : cet homme ne vivra pas dans la tristesse, il ne se fatiguera pas à réfléchir, parce qu'il sera entraîné par la joie et le plaisir présents. Mais, selon l'Apôtre, il vaut mieux comprendre que la nourriture spirituelle et la boisson spirituelle nous sont données par Dieu, et découvrir ce que l'on a de bon dans tout son labeur. Car, si nous pouvons contempler les vrais biens, c'est par un labeur et un effort énormes. Et telle est notre part : nous réjouir dans notre effort et notre labeur. Quoique cela soit bon, cependant, jusqu'à ce que le Christ, notre vie, se soit manifesté, ce n'est pas encore le bien parfait.
Tout le travail de l'homme est pour sa bouche, et pourtant son âme n'est pas rassasiée. Quelle est la supériorité du sage sur le fou, quelle est la supériorité du pauvre lorsqu'il sait se conduire parmi les vivants ? Tout le travail des hommes en ce monde est absorbé par la bouche et, broyé par les dents, il passe dans le ventre pour être digéré. Et lorsqu'il trouve un peu de satisfaction dans la gourmandise, cela ne lui donne du plaisir qu'autant que sa gorge peut en contenir.
Et après tout cela, l'âme du mangeur n'est pas rassasiée. Cela peut s'expliquer de deux façons. Ou bien parce que l'on veut toujours recommencer à manger, et le sage aussi bien que le fou sait qu'il ne peut vivre sans manger ; le pauvre ne cherche pas autre chose que de pouvoir sustenter cet instrument qu'est son malheureux corps, de ne pas le laisser périr d'inanition. Ou encore l'âme n'est pas rassasiée en ce sens qu'elle ne trouve aucun profit dans la réfection de son pauvre corps ; la nourriture est la même pour le sage et pour le fou, et le pauvre s'en va là où il espère trouver des ressources.
Mais il vaut mieux comprendre cela du chrétien qui, en connaissant bien les Écritures, met tout son travail dans sa bouche, et son âme n'est pas rassasiée, parce qu'il désire toujours s'instruire. Et sur ce point, le sage est supérieur à l'insensé. Car, parce qu'il comprend qu'il est un pauvre ; ce pauvre que l'Évangile déclare heureux, il s'empresse de saisir ce qui fait sa vie, il marche sur la route étroite et resserrée qui conduit à la vie. Il est pauvre, mais de mauvaises actions, et il sait où demeure le Christ, qui est la vie.
R/ Christ au milieu de nous,
L'espérance de la gloire, alléluia !
Le Christ à la droite du Père :
C'est là désormais que tend votre vie.
Vous êtes morts
Et votre vie reste cachée avec le Christ en Dieu.
Quand paraîtra le Christ, lui qui est votre vie,
Vous paraîtrez avec lui en pleine gloire.
Oraison
Dans ton amour inlassable, Seigneur, veille sur ta famille ; et puisque ta grâce est notre unique espoir, garde-nous sous ta constante protection.