Livre de Quohélet (Qo 6, 12 – 7, 28)
Au jour du malheur, réfléchis !
C'est maintenant la Sagesse, expression suprême de l'idéal du sage, qui est mise en question. Elle est bonne, certes mais hors de notre portée. Mais ce qui est impossible aux hommes est possible à Dieu.
Qui sait ce qui est le mieux pour l'homme pendant l'existence, pendant les nombreux jours de sa vaine existence qu'il passe comme une ombre ? Qui indiquera donc à l'homme ce qui sera après lui sous le soleil ?
Mieux vaut le renom que l'huile exquise, et le jour de la mort que le jour de la naissance. Mieux vaut aller à la maison de deuil qu'à la maison du banquet ; puisque c'est la fin de tout homme, il faut que les vivants y appliquent leur cœur. Mieux vaut le chagrin que le rire, car sous un visage en peine, le cœur peut être heureux ; le cœur des sages est dans la maison de deuil, et le cœur des insensés, dans la maison de joie.
Mieux vaut écouter la semonce du sage, qu'être homme à écouter la chanson des insensés. Car, tel le pétillement des broussailles sous la marmite, tel est le rire de l'insensé. Mais cela aussi est vanité, que l'oppression rende fou le sage et qu'un présent perde le cœur.
Mieux vaut l'aboutissement d'une chose que ses prémices, mieux vaut un esprit patient qu'un esprit prétentieux. Que ton esprit ne se hâte pas de s'irriter, car l'irritation vit au cœur des insensés. Ne dis pas : Comment se fait-il que les temps anciens aient été meilleurs que ceux-ci ? Ce n'est pas la sagesse qui te fait poser cette question.
La sagesse est bonne comme un héritage ; elle profite à ceux qui voient le soleil : Car être à l'ombre de la sagesse, c'est être à l'ombre de l'argent, et le profit du savoir, c'est que la sagesse fait vivre ceux qui la possèdent.
Regarde l'œuvre de Dieu : Qui donc pourra réparer ce qu'Il a courbé ? Au jour du bonheur, sois heureux, et au jour du malheur, regarde : celui-ci autant que celui-là, Dieu les a faits de façon que l'homme ne puisse rien découvrir de ce qui sera après lui. Dans ma vaine existence, j'ai tout vu : un juste qui se perd par sa justice, un méchant qui survit par sa malice. Ne sois pas juste à l'excès, ne te fais pas trop sage ; pourquoi te détruire ? Ne fais pas trop le méchant et ne deviens pas insensé ; pourquoi mourir avant ton temps ? Il est bon que tu tiennes à ceci sans laisser ta main lâcher cela. Car celui qui craint Dieu fera aboutir l'une et l'autre chose.
La sagesse rend le sage plus fort que dix gouverneurs présents dans une ville. Car aucun homme n'est assez juste sur terre pour faire le bien sans pécher. D'ailleurs à tous les propos qu'on profère, ne prête pas attention : ainsi, tu n'entendras pas ton serviteur te dénigrer, car bien des fois, tu as eu conscience, toi aussi, de dénigrer les autres.
J'ai essayé tout cela avec sagesse, je disais : Je serai un sage. Mais elle est loin de ma portée. Ce qui est venu à l'existence est lointain et profond, profond ! Qui le découvrira ?
Moi, je m'appliquerai de tout cœur à connaître, à explorer, à rechercher la sagesse et la logique, à connaître aussi que la méchanceté est une sottise, une sottise affolante. Et je trouve, moi, plus amère que la mort une femme quand elle est un traquenard, et son cœur un filet, ses mains des liens : celui qui plaît à Dieu lui échappera, mais le pécheur se laissera prendre par elle.
Voilà ce que j'ai trouvé, a dit Qohéleth, en les voyant l'une après l'autre pour trouver une opinion. J'en suis encore à chercher et n'ai pas trouvé : Un homme sur mille, je l'ai trouvé, mais une femme parmi elles toutes, je ne l'ai pas trouvée.
R/ Le sang de Jésus, le juste,
Nous purifie de tout péché.
Il n'est pas de juste sur la terre
Au point de faire le bien, sans jamais pécher.
Qui peut dire : J'ai purifié mon cœur,
De mon péché je suis net ?
Si nous confessons nos péchés,
Il est assez fidèle pour remettre nos injustices.
INSTRUCTION DE SAINT COLOMBAN SUR LA FOI
Qui scrutera les profondeurs de Dieu ?
Dieu est partout, tout entier, immense. Partout il est proche, selon le témoignage qu'il donne de lui-même : Je suis, dit-il, un Dieu proche, et non un Dieu lointain. Le Dieu que nous cherchons ne demeure donc pas loin de nous : nous l'avons parmi nous si nous en sommes dignes. Il habite en nous comme l'âme dans le corps, si du moins nous sommes pour lui des membres sains que le péché n'a pas tués. À cette condition, il habite vraiment en nous, lui qui a dit : J'habiterai et je marcherai au milieu d'eux. S'il nous fait la grâce d'habiter en nous, nous sommes véritablement vivifiés par lui, comme ses membres vivants. En lui, dit l'Apôtre, nous avons la vie, le mouvement et l'être.
Mais qui pourra suivre le Très-Haut jusqu'en son être inexprimable et incompréhensible ? Qui scrutera les profondeurs de Dieu ? Qui risquera de traiter de l'origine éternelle de l'univers ? Qui se glorifiera de connaître le Dieu infini qui emplit tout et enveloppe tout, pénètre tout et dépasse tout, embrasse tout et se dérobe à tout, lui que personne n'a jamais vu, tel qu'il est ? Que nul n'ait donc la présomption de sonder l'impénétrable profondeur de Dieu, le quoi, le comment, le pourquoi de son être. Cela ne peut être ni exprimé, ni scruté, ni pénétré. Crois simplement, mais avec force, que Dieu est et qu'il sera tel qu'il a été, car Dieu est immuable.
Qui donc est Dieu ? Père, Fils et Esprit Saint, Dieu est un. Ne te demande rien de plus au sujet de Dieu. Que ceux qui veulent savoir le fond des choses concernant Dieu commencent par considérer l'ordre naturel. Le savoir concernant la Trinité est en effet justement comparé à la profondeur de la mer, dont la Sagesse a dit : Ce qui est profond, qui peut l'atteindre ? Comme le fond des mers est invisible aux regards des hommes, ainsi la divine Trinité demeure insaisissable à la compréhension humaine. C'est pourquoi, si quelqu'un veut comprendre ce qu'il doit croire, qu'il ne s'imagine pas pouvoir le faire davantage par des raisonnements que par la foi ; car la sagesse divine ainsi recherchée se retirera plus loin encore.
Recherche donc la suprême connaissance non en discutant, mais en menant une vie parfaite, non par la langue mais par la foi qui jaillit d'un cœur simple et n'est pas le résultat des conjectures d'une docte impiété. Si tu cherches l'ineffable par des raisonnements, il s'éloignera davantage de toi ; si c'est par la foi, la sagesse se tiendra où elle demeure : à ta porte ; et où elle se tient, elle peut être vue, ne fût-ce qu'en partie. En toute vérité, elle est atteinte dès l'instant où l'on croit à l'invisible, sans pour autant le comprendre. Puisque Dieu est invisible, nous devons croire en lui ; et cependant Dieu peut être vu en quelque manière par le cœur pur.
R/ Ô abîme de la sagesse
Et de la science de Dieu,
Insondables, ses décrets,
Incompréhensibles, ses voies !
Mystère de Dieu, mystère du Christ,
Où se trouvent cachés tous les trésors
De la sagesse et de la connaissance.
Dieu a voulu nous faire connaître
La gloire de ce mystère au milieu des nations :
Le Christ parmi nous, espérance de la gloire.
Oraison
Dieu qui veux habiter les cœurs droits et sincères, donne-nous de vivre selon ta grâce, alors tu pourras venir en nous pour y faire ta demeure.
Livre de Quohélet (Qo 8, 5-17 ; 9, 1-10)
Le sage interroge l'avenir
Suprême valeur du pieux Israélite, la croyance en la rétribution divine est elle-même une vanité. Son existence est certaine, mais à nos yeux limités ses effets sont imprévisibles ! Plus honnête que l'affirmation traditionnelle du bonheur du juste et du châtiment de l'impie, trop souvent démentie par les faits, cette négation nous contraint à chercher ailleurs qu'ici-bas la solution de l'énigme. Les paraboles du Royaume achèveront de nous éclairer.
Celui qui observe le commandement ne connaîtra rien de mauvais. Le temps et le jugement, le cœur du sage les connaît. Oui, il y a pour chaque chose un temps et un jugement, mais il y a un grand malheur pour l'homme : il ne sait pas ce qui arrivera, qui lui indiquera quand cela arrivera ? Personne n'a de pouvoir sur le souffle vital pour retenir ce souffle ; personne n'a de pouvoir sur le jour de la mort ; il n'y a pas de relâche dans le combat, et la méchanceté ne sauve pas son homme.
Tout cela, je l'ai vu en portant mon attention sur tout ce qui se fait sous le soleil, au temps où l'homme a sur l'homme le pouvoir de lui faire du mal. Ainsi, j'ai vu des méchants mis au tombeau ; on allait et venait depuis le lieu saint et on oubliait dans la ville comme ils avaient agi. Cela aussi est vanité.
Parce que la sentence contre l'œuvre mauvaise n'est pas vite exécutée, le cœur des fils d'Adam est rempli de malfaisance. Que le pécheur fasse le mal cent fois, alors même il prolonge sa vie. Je sais pourtant, moi aussi, "qu'il y aura du bonheur pour ceux qui craignent Dieu, parce qu'ils ont de la crainte devant sa face, mais qu'il n'y aura pas de bonheur pour le méchant et que, passant comme l'ombre, il ne prolongera pas ses jours, parce qu'il est sans crainte devant la face de Dieu".
Il est un fait, sur la terre, qui est vanité : il est des justes qui sont traités selon le fait des méchants, et des méchants qui sont traités selon le fait des justes. J'ai déjà dit que cela est aussi vanité, et je fais l'éloge de la joie ; car il n'y a pour l'homme sous le soleil rien de bon, sinon de manger, de boire, de se réjouir ; et cela l'accompagne dans son travail durant les jours d'existence que Dieu lui donne sous le soleil.
Quand j'eus à cœur de connaître la sagesse et de voir les occupations auxquelles on s'affaire sur terre, – même si, le jour et la nuit, l'homme ne voit pas de ses yeux le sommeil – alors j'ai vu toute l'œuvre de Dieu ; l'homme ne peut découvrir l'œuvre qui se fait sous le soleil, bien que l'homme travaille à la rechercher, mais sans la découvrir ; et même si le sage affirme qu'il sait, il ne peut la découvrir.
Oui, tout cela, je l'ai pris à cœur, et voici tout ce que j'ai éprouvé : c'est que les justes, les sages et leurs travaux sont entre les mains de Dieu. Ni l'amour, ni la haine, l'homme ne les connaît, tout cela le devance ; tout est pareil pour tous, un sort identique échoit au juste et au méchant, au bon et au pur comme à l'impur, à celui qui sacrifie et à celui qui ne sacrifie pas ; il en est du bon comme du pécheur, de celui qui prête serment comme de celui qui craint de le faire.
C'est un mal dans tout ce qui se fait sous le soleil qu'un sort identique pour tous ; aussi le cœur des fils d'Adam est-il plein de malice, la folie est dans leur cœur pendant leur vie, et après..., on s'en va vers les morts. En effet, qui sera préféré ? Pour tous les vivants, il y a une chose certaine : un chien vivant vaut mieux qu'un lion mort. Car les vivants savent qu'ils mourront ; mais les morts ne savent rien du tout ; pour eux, il n'y a plus de rétribution, puisque leur souvenir est oublié. Leurs amours, leurs haines, leurs jalousies ont déjà péri ; ils n'auront plus jamais de part à tout ce qui se fait sous le soleil.
Va, mange avec joie ton pain et bois de bon cœur ton vin, car déjà Dieu a agréé tes œuvres. Que tes vêtements soient toujours blancs et que l'huile ne manque pas sur ta tête ! Goûte la vie avec la femme que tu aimes durant tous les jours de ta vaine existence, puisque Dieu te donne sous le soleil tous tes jours vains ; car c'est là ta part dans la vie et dans le travail que tu fais sous le soleil. Tout ce que ta main se trouve capable de faire, fais-le par tes propres forces ; car il n'y a ni œuvre, ni bilan, ni savoir, ni sagesse dans le séjour des morts où tu t'en iras.
R/ Qui nous fera comprendre,
Pourquoi l'homme peine à chercher
Sans jamais atteindre ?
Ce que l'œil n'a pas vu, ni l'oreille entendu,
Ce qui n'est pas monté au cœur de l'homme,
Voilà ce que Dieu a préparé pour ceux qui l'aiment.
À nous Dieu l'a révélé par l'Esprit,
Car l'Esprit sonde tout,
Jusqu'aux profondeurs de Dieu.
Je sais que le bonheur
Arrive à ceux qui craignent Dieu,
Parce qu'ils le craignent.
COMMENTAIRE DE SAINT GRÉGOIRE D'AGRIGENTE SUR L'ECCLÉSIASTE
"Tu as mis la joie dans notre cœur"
Va, mange ton pain dans la joie et bois de bon cœur ton vin, car déjà Dieu a agréé ta conduite. Que tes vêtements soient blancs, et que l'huile ne manque pas sur ta tête.
Si nous voulons expliquer cette parole dans son sens immédiat et naturel, nous dirons que c'est une exhortation judicieuse, par laquelle l'Ecclésiaste nous invite à délaisser et à mépriser les ornières tortueuses et perverses des hommes mauvais et ennemis de la vérité. Si nous vivons avec droiture, si nous sommes attachés à la doctrine d'une foi pure envers Dieu, nous mangerons notre pain dans la joie et nous boirons notre vin de bon cœur. Alors nous ne tomberons pas dans des doctrines mauvaises ni dans une conduite perverse. Au contraire, nous aurons toujours des pensées droites et, de tout notre pouvoir, nous accorderons notre miséricorde et nos bienfaits aux malheureux et aux pauvres. Car, évidemment, Dieu se complaît en ceux qui ont de tels soucis et qui agissent de la sorte.
Mais l'interprétation spirituelle nous élève à des réflexions plus hautes. Elle nous fait penser au pain céleste et sacramentel qui descend du ciel et qui donne la vie au monde, de même, elle nous invite à boire de bon cœur le vin spirituel, c'est-à-dire celui qui a jailli du côté de la vraie vigne, lors de la Passion qui nous sauve. C'est à ce sujet que l'Évangile du salut nous dit : Jésus, ayant pris le pain, le bénit et dit à ses saints disciples et Apôtres : Prenez, mangez : ceci est mon corps, qui est rompu pour vous en vue du pardon des péchés. De même pour la coupe, il a dit : Buvez-en tous : ceci est mon sang, celui de la nouvelle Alliance, qui est répandu pour vous et pour la multitude en vue du pardon des péchés. En effet, ceux qui mangent ce pain et boivent ce vin sacramentel se réjouissent vraiment et pourraient s'écrier : Tu as mis la joie dans notre cœur !
En outre, à mon avis, c'est encore ce pain et ce vin que désignait, dans le livre des Proverbes, la Sagesse divine en personne, le Christ notre Sauveur, lorsqu'elle dit : Venez, mangez mon pain et buvez le vin que j'ai préparé pour vous, ce qui suggère notre participation sacramentelle au Verbe.
Ceux qui ont accès à cette participation doivent en être dignes : en tout temps, ils doivent porter des vêtements blancs, c'est-à-dire des œuvres de lumière, ainsi que le Seigneur dit dans l'Évangile : Que votre lumière brille devant les hommes ; alors, en voyant ce que vous faites de bien, ils rendront gloire à votre Père qui est aux cieux. Quant à l'huile que l'on verra sans cesse baigner leur tête, c'est l'Esprit de vérité qui les protège et leur épargne toute atteinte du péché.
R/ Heureux qui prendra part au festin
Dans le royaume de Dieu !
Notre Dieu donne un grand repas :
Il invite tous les hommes.
Venez, tout est prêt :
Mangez le pain de Dieu, buvez le vin nouveau.
Oraison
Accorde-nous, Dieu tout-puissant, de conformer à ta volonté nos paroles et nos actes dans une inlassable recherche des biens spirituels.
Livre de Quohélet (Qo 11, 7-10 ; 12, 1-14)
Emouvant poème des âges de la vie
Au terme d'une longue vie, telle que la Sagesse ancienne la promettait au juste, qu'est-ce qui nous attend ? Non la joie d'un cœur comblé de jours heureux, mais le regret des années d'autrefois et la crainte toujours plus proche de la mort. Ainsi, nous dira Jésus, qui veut sauver sa vie doit accepter de la perdre.
Douce est la lumière, c'est un plaisir pour les yeux de voir le soleil. Si l'homme vit de nombreuses années, qu'il se réjouisse en elles toutes, mais qu'il se souvienne que les jours sombres sont nombreux, que tout ce qui vient est vanité.
Réjouis-toi, jeune homme, dans ta jeunesse, que ton cœur soit heureux aux jours de ton adolescence, marche selon les voies de ton cœur et selon la vision de tes yeux. Mais sache que pour tout cela, Dieu te fera comparaître en jugement. Éloigne de ton cœur l'affliction, écarte de ta chair le mal, car la jeunesse et l'aurore de la vie sont vanité.
Et souviens-toi de ton Créateur aux jours de ton adolescence, – avant que ne viennent les mauvais jours et que n'arrivent les années dont tu diras : "Je n'y ai aucun plaisir", – avant que ne s'assombrissent le soleil et la lumière et la lune et les étoiles, et que les nuages ne reviennent, puis la pluie, au jour où tremblent les gardiens de la maison, où se courbent les hommes vigoureux, où s'arrêtent celles qui meulent, trop peu nombreuses, où perdent leur éclat celles qui regardent par la fenêtre, quand les battants se ferment sur la rue, tandis que tombe la voix de la meule, quand on se lève au chant de l'oiseau et que les vocalises s'éteignent ; alors, on a peur de la montée, on a des frayeurs en chemin, tandis que l'amandier est en fleur, que la sauterelle s'alourdit et que le fruit du câprier éclate ; alors que l'homme s'en va vers sa maison d'éternité, et que déjà les pleureuses rôdent dans la rue ; – avant que ne se détache le fil argenté et que la coupe d'or ne se brise, que la jarre ne se casse à la fontaine et qu'à la citerne la poulie ne se brise, – avant que la poussière ne retourne à la terre, selon ce qu'elle était, et que le souffle ne retourne à Dieu qui l'avait donné.
Vanité des vanités, a dit le Qohéleth, tout est vanité. Ce qui ajoute à la sagesse de Qohéleth, c'est qu'il a encore enseigné la science au peuple ; il a pesé, examiné, ajusté un grand nombre de proverbes. Qohéleth s'est appliqué à trouver des paroles plaisantes dont la teneur exacte est ici transcrite : ce sont les paroles authentiques.
Les paroles des sages sont comme des aiguillons, les auteurs des recueils sont des jalons bien plantés ; tel est le don d'un pasteur unique. Garde-toi, mon fils, d'y ajouter : à multiplier les livres, il n'y a pas de limites, et à beaucoup étudier, le corps s'épuise.
Fin du discours : Tout a été entendu. Crains Dieu et observe ses commandements, car c'est là tout l'homme : Dieu fera venir toute œuvre en jugement sur tout ce qu'elle recèle de bon ou de mauvais.
R/ Enseigne-nous à bien compter nos jours,
Pour que nos cœurs découvrent la sagesse.
Mon Dieu, tu m'as instruit dès ma jeunesse
Jusqu'à présent j'ai redit tes merveilles.
Tu m'enseignes la route de la vie,
En ta présence la joie est sans mesure.
COMMENTAIRE DE SAINT GRÉGOIRE D'AGRIGETE SUR L'ECCLÉSIASTE
Joie et lumière.
La lumière est douce, dit l'Ecclésiaste, et c'est bien bon de contempler le soleil visible avec les yeux de notre corps. Car si la lumière disparaissait, le monde n'aurait plus d'aspect, et la vie serait sans vie. Et c'est pourquoi Moïse, le contemplateur de Dieu, a dit jadis : Dieu vit que la lumière était bonne. Mais nous devons penser à la grande, véritable et éternelle lumière qui éclaire tout homme venant dans ce monde, c'est-à-dire le Christ, le Sauveur du monde et son Rédempteur. Après s'être fait voir aux prophètes, il s'est fait homme et il est allé jusqu'aux extrémités de la condition humaine, ce qui fait dire au prophète David : Chantez à Dieu un psaume pour son nom, frayez la route à celui qui monte au couchant : son nom est "le Seigneur", bondissez de joie devant sa face.
L'Ecclésiaste a donc dit que la lumière était douce : il a prédit qu'il serait bon pour nous de voir de nos yeux le soleil de gloire, c'est-à-dire celui qui a dit, au temps de sa divine incarnation : Moi, je suis la lumière du monde. Celui qui me suit ne marchera pas dans les ténèbres, il aura la lumière de la vie. Et encore : Voici le jugement : la lumière est venue dans le monde.
Ainsi donc, cette lumière du soleil, vue par les yeux de notre corps, annonçait le soleil spirituel, le Soleil de justice. C'est vraiment le soleil le plus doux qui se soit levé pour ceux qui, en ce temps-là, ont eu le bonheur d'être ses disciples, et de le regarder de leurs yeux pendant qu'il partageait la vie des hommes, comme s'il était un homme ordinaire. Et pourtant, il était aussi par nature Dieu véritable ; c'est pourquoi il était en mesure de rendre la vue aux aveugles, de faire marcher les boiteux et entendre les sourds ; il a purifié les lépreux et, d'un seul mot, rappelé les morts à la vie.
Et maintenant encore, il n'y a vraiment rien de plus doux que de fixer sur lui les yeux de notre esprit pour contempler et se représenter son inexprimable et divine beauté ; il n'y a rien de plus doux que d'être illuminés et embellis par cette participation et cette communion à la lumière, d'avoir le cœur adouci, l'âme sanctifiée, et d'être remplis d'une allégresse divine tous les jours de la vie présente.
C'est ce que le Sage Ecclésiaste nous laisse entendre, lorsqu'il dit : Si l'homme vit de nombreuses années, qu'il se réjouisse en elles toutes. En vérité, ce soleil de justice est, pour ceux qui le regardent, le pourvoyeur de la joie selon cette prophétie de David : Les justes sont en fête devant la face de Dieu, ils débordent d'allégresse ! Et encore : Criez au Seigneur votre joie, hommes justes : hommes droits, à vous la louange !
R/ Enseigne-nous à bien compter nos jours,
Pour que nos cœurs découvrent la sagesse.
Tu m'enseignes la route de la vie,
En ta présence la joie est sans mesure.
Veille à mon chemin, qu'il ne soit fatal,
Et conduis-moi sur le chemin d'éternité.
Oraison
Fais que les événements du monde, Seigneur, se déroulent dans la paix, selon ton dessein, et que ton peuple connaisse la joie de te servir sans inquiétude.