Ressources Catholiques Missel Romain

précédent

8 dimanche

 

Livre de Job 1, 1 – 22

Est-ce pour rien que Job craint Dieu ?

Le vieux récit qui ouvre le livre nous montre Job, le serviteur de Dieu, parfaitement soumis à sa conduite. Comment réagissons-nous en pareilles circonstances ?

Il y avait au pays de Ouç un homme du nom de Job. Il était, cet homme, intègre et droit, craignait Dieu et s'écartait du mal. 7 fils et 3 filles lui étaient nés. Il possédait 7.000 moutons, 3.000 chameaux, 500 paires de bœufs, 500 ânesses et une très nombreuse domesticité. Cet homme était le plus grand de tous les fils de l'Orient.

Or ses fils allaient festoyer les uns chez les autres à tour de rôle et ils conviaient leurs 3 sœurs à manger et à boire. Lorsqu'un cycle de ces festins était achevé, Job les faisait venir pour les purifier. Levé dès l'aube, il offrait un holocauste pour chacun d'eux, car il se disait : « Peut-être mes fils ont-ils péché et maudit Dieu dans leur cœur » ! Ainsi faisait Job, chaque fois.

Le jour advint où les Fils de Dieu se rendaient à l'audience du SEIGNEUR. L'Adversaire vint aussi parmi eux. Le SEIGNEUR dit à l'Adversaire : « D'où viens-tu » ? _ « De parcourir la terre, répondit-il, et d'y rôder ». Et le SEIGNEUR lui demanda : « As-tu remarqué mon serviteur Job ? Il n'a pas son pareil sur terre. C'est un homme intègre et droit qui craint Dieu et s'écarte du mal ». Mais l'Adversaire répliqua au SEIGNEUR : « Est-ce pour rien que Job craint Dieu ? Ne l'as-tu pas protégé d'un enclos, lui, sa maison et tout ce qu'il possède ? Tu as béni ses entreprises, et ses troupeaux pullulent dans le pays. Mais veuille étendre ta main et touche à tout ce qu'il possède. Je parie qu'il te maudira en face » ! Alors le SEIGNEUR dit à l'Adversaire : « Soit ! Tous ses biens sont en ton pouvoir. Évite seulement de porter la main sur lui ». Et l'Adversaire se retira de la présence du SEIGNEUR.

Le jour advint où ses fils et ses filles étaient en train de manger et de boire du vin chez leur frère aîné. Un messager arriva auprès de Job et dit : « Les bœufs étaient à labourer et les ânesses paissaient auprès d'eux. Un rezzou de Sabéens les a enlevés en massacrant tes serviteurs. Seul j'en ai réchappé pour te l'annoncer ». Il parlait encore quand un autre survint qui disait : « Un feu de Dieu est tombé du ciel, brûlant moutons et serviteurs. Il les a consumés, et seul j'en ai réchappé pour te l'annoncer ». Il parlait encore quand un autre survint qui disait : « Des Chaldéens formant 3 bandes se sont jetés sur les chameaux et les ont enlevés en massacrant tes serviteurs. Seul j'en ai réchappé pour te l'annoncer ». Il parlait encore quand un autre survint qui disait : «  Tes fils et tes filles étaient en train de manger et de boire du vin chez leur frère aîné lorsqu'un grand vent venu d'au-delà du désert a frappé les 4 coins de la maison. Elle est tombée sur les jeunes gens. Ils sont morts. Seul j'en ai réchappé pour te l'annoncer ».

Alors Job se leva. Il déchira son manteau et se rasa la tête. Puis il se jeta à terre, adora et dit :

 

«  Sorti nu du ventre de ma mère, nu j'y retournerai. Le SEIGNEUR a donné, le SEIGNEUR a ôté : Que le nom du SEIGNEUR soit béni ! »

En tout cela, Job ne pécha pas. Il n'imputa rien d'indigne à Dieu.

R/ Le Seigneur avait donné, le Seigneur a repris :

que son nom soit béni !

De tout mon cœur, c’est toi que j’ai cherché :

apprends-moi tes volontés.

Tu sondes mon cœur, tu me visites la nuit :

tu m’éprouves sans rien trouver,

aucun murmure en moi.

 

COMMENTAIRE DE SAINT GRÉGOIRE D'AGRIGENTE SUR LE LIVRE DE JOB

Simplicité et rectitude

Certains hommes sont tellement simples qu'ils ignorent ce qui est droit. Mais ils ont abandonné l'innocence de la vraie simplicité au point qu'ils ne s'élèvent pas jusqu'à la vertu de rectitude ; car ne sachant pas être assez prudents pour être droits, ils ne peuvent demeurer innocents par une simplicité de ce genre.

C'est pourquoi saint Paul avertit ainsi ses disciples : Je veux que vous soyez sages pour le bien, et simples pour le mal. C'est pourquoi il dit encore : Pour le jugement, ne soyez pas des enfants : pour le mal, oui, soyez de petits enfants.

La Vérité prescrit donc à ses disciples : Soyez adroits comme des serpents, et candides comme des colombes. En effet, il unit les deux choses dans son avertissement par un lien nécessaire : que l'adresse du serpent guide la candeur de la colombe, et en revanche que la candeur de la colombe modère l'adresse du serpent.

C'est pourquoi le Saint-Esprit a manifesté aux hommes sa présence non seulement par une colombe mais aussi par le feu. La colombe désigne la simplicité, et le feu symbolise le zèle. Il se montre donc dans une colombe et dans le feu. En effet, tous ceux qui sont remplis du Saint-Esprit pratiquent la douceur de la simplicité tout en étant embrasés du zèle de la rectitude contre les pécheurs. ~

Simple et droit, qui craint Dieu et s'écarte du mal. Tout homme qui désire la patrie éternelle se comporte évidemment en homme simple et droit : simple dans sa conduite, droit par sa foi. Simple dans le bien qu'il accomplit ici-bas, droit devant les hautes réalités qu'il connaît dans son cœur. Car il y a des gens qui ne sont pas simples dans le bien qu'ils font, parce qu'ils n'y cherchent pas la récompense intérieure mais la faveur extérieure. Aussi un sage a-t-il bien fait de dire : Malheureux le pécheur qui marche par deux sentiers. Le pécheur marche par deux sentiers lorsque ce qu'il manifeste par sa conduite appartient à Dieu, alors que ce qu'il recherche par sa pensée appartient au monde.

On a raison de dire : Qui craint Dieu et s'écarte du mal. Car la sainte Église des élus commence par la crainte son voyage de simplicité et de rectitude, mais elle l'achève par l'amour. On s'écarte radicalement du mal quand, par amour pour Dieu, on a décidé de ne plus jamais pécher. Celui qui fait encore le bien par crainte ne s'est pas entièrement écarté du mal. Car il pèche, du seul fait qu'il voudrait bien pécher, s'il le pouvait impunément.

Il est donc bien dit que Job craint Dieu, lorsque l'on rapporte aussi qu'il s'écarte du mal. Car, lorsque l'amour suit la crainte, la faute qui reste dans l'esprit est vaincue ensuite par la résolution de bien faire.

R/ Mets ta joie dans le Seigneur ;

il comblera les désirs de ton cœur !

La bouche du juste murmure la Sagesse,

la loi de Dieu dans son cœur,

ses pas ne chancellent jamais.

Heureux l'homme qui adore le Seigneur

et s'attache à tout ce qu'il commande :

confiant, il s'appuie sur son Dieu.

 

Te Deum

Oraison 8

Fais que les événements du monde, Seigneur, se déroulent dans la paix, selon ton dessein, et que ton peuple connaisse la joie de te servir sans inquiétude.


8 lundi

 

Livre de Job (Jb 2, 1-13)

L'épreuve n'atteint pas la foi de Job

Job, déjà frappé dans ses biens, l'est dans sa santé. Il est vraiment un condensé de toute la souffrance de l'homme : ruiné dans ses espérances, malade sans espoir de guérison, trahi par les siens, bientôt insulté par ses amis, il a perdu la face devant le monde entier et Dieu lui-même.

Le jour advint où les Fils de Dieu se rendaient à l'audience du Seigneur. L'Adversaire vint aussi parmi eux à l'audience du Seigneur. Le Seigneur dit à l'Adversaire : "D'où est-ce que tu viens ?" – "De parcourir la terre, répondit-il, et d'y rôder." Et le Seigneur lui demanda : "As-tu remarqué mon serviteur Job ? Il n'a pas son pareil sur terre. C'est un homme intègre et droit qui craint Dieu et se garde du mal. Il persiste dans son intégrité, et c'est bien en vain que tu m'as incité à l'engloutir." Mais l'Adversaire répliqua au Seigneur : "Peau pour peau ! Tout ce qu'un homme possède, il le donne pour sa vie. Mais veuille étendre ta main, touche à ses os et à sa chair. Je parie qu'il te maudira en face !" Alors le Seigneur dit à l'Adversaire : "Soit ! Il est en ton pouvoir ; respecte seulement sa vie."

Et l'Adversaire, quittant la présence du Seigneur, frappa Job d'une lèpre maligne depuis la plante des pieds jusqu'au sommet de la tête. Alors Job prit un tesson pour se gratter et il s'installa parmi les cendres. Sa femme lui dit : "Vas-tu persister dans ton intégrité ? Maudis Dieu, et meurs !" Il lui dit : "Tu parles comme une folle. Nous acceptons le bonheur comme un don de Dieu. Et le malheur, pourquoi ne l'accepterions-nous pas aussi ?" En tout cela, Job ne pécha point par ses lèvres.

Les trois amis de Job apprirent tout ce malheur qui lui était advenu et ils arrivèrent chacun de son pays, Élifaz de Témân, Bildad de Shouah et Cofar de Naama. Ils convinrent d'aller le plaindre et le consoler. Levant leurs yeux de loin, ils ne le reconnurent pas. Ils pleurèrent alors à grands cris. Chacun déchira son manteau, et ils jetèrent en l'air de la poussière qui retomba sur leur tête. Ils restèrent assis à terre avec lui pendant sept jours et sept nuits. Aucun ne lui disait mot, car ils avaient vu combien grande était sa douleur.

 

R/ Vous qui passez par le chemin,

Voyez s'il est douleur pareille à ma douleur.

 

Je suis l'homme qui a connu la misère

Sous la verge de sa fureur.

 

Contre moi seul il tourne et retourne

Sa main tout le jour.

 

Pitié, pitié pour moi, mes amis,

Car la main de Dieu m'a frappé !

 

COMMENTAIRE DE SAINT GRÉGOIRE LE GRAND SUR LE LIVRE DE JOB

Job dans l'épreuve.

Saint Paul disait : Nous portons ce trésor dans les vases d'argile, quand il considérait les richesses de sagesse intérieure qu'il portait en lui, tandis qu'il se voyait extérieurement comme un corps voué à la corruption. Eh bien, chez le saint homme Job, le vase d'argile a éprouvé à l'extérieur les déchirures de ses ulcères, mais le trésor intérieur est demeuré intact. Au-dehors, il a craqué par ses blessures, mais intérieurement le trésor indéfiniment renaissant de la sagesse a jailli en des paroles de sainte connaissance comme celle-ci : Si nous avons reçu des biens de la main du Seigneur, pourquoi n'en accepterions-nous pas des maux ? Ce qu'il appelle les biens, ce sont les dons de Dieu, temporels ou éternels : ce qu'il appelle les maux, ce sont les épreuves qu'il subit, dont le Seigneur a dit, par la bouche du prophète : Je suis le Seigneur, et il n'y en a pas d'autre ; je façonne la lumière et je crée les ténèbres, je fais la paix et je crée le malheur.

Il façonne la lumière et crée les ténèbres, car lorsque les ténèbres de la douleur sont créées à l'extérieur par les épreuves, à l'intérieur la lumière de l'âme s'allume par la connaissance. Il fait la paix et crée le malheur, car la paix avec Dieu nous est rendue lorsque des choses qui étaient bonnes en tant que créées, mais non pas en tant que désirées, sont mauvaises pour nous en devenant des épreuves. En effet, par le péché, nous sommes en désaccord avec Dieu ; il est donc juste que nous revenions à la paix avec lui par les épreuves. Ainsi, lorsque toute chose créée bonne nous cause de la douleur, l'âme de celui qui est ainsi corrigé est rétablie par l'humilité dans la paix avec son Créateur.

Mais ce qu'il faut surtout considérer dans ces paroles, c'est avec quelle sagesse dans la réflexion Job se ressaisit contre les objurgations de sa femme : Si nous avons reçu des biens de la main du Seigneur, pourquoi n'en accepterions-nous pas des maux ? Certes, c'est un grand réconfort dans l'affliction de rappeler à notre mémoire les biens reçus du Créateur, au moment où nous endurons l'adversité. On ne se laisse pas briser par la rencontre de la douleur, si l'on se hâte de se rappeler un bienfait qui nous réconforte. C'est pourquoi il est écrit : Au jour du malheur, n'oublie pas le bonheur ; au jour du bonheur, n'oublie pas le malheur.

Celui qui reçoit des bienfaits, mais qui, à l'époque des bienfaits, ne redoute aucunement l'épreuve, se précipite dans l'orgueil sous l'effet de la joie. Celui qui est broyé par les épreuves mais qui, à l'époque des épreuves, ne trouve aucun réconfort dans les bienfaits qu'il a eu le bonheur de recevoir, voit s'anéantir son équilibre spirituel par un désespoir total.

Il faut donc joindre les deux, pour que l'un vienne toujours soutenir l'autre, de telle sorte que le souvenir du bienfait reçu atténue la peine causée par l'épreuve, et que l'éventualité et la crainte de l'épreuve refrènent la joie du bienfait. Le saint homme Job, pour calmer son âme écrasée par les coups, doit apprécier, dans les douleurs causées par l'épreuve, la douceur des bienfaits en disant : Si nous avons reçu des biens de la main du Seigneur, pourquoi n'en accepterions-nous pas des maux ?

 

R/ Le Seigneur avait donné, le Seigneur a repris :

Que son nom soit béni !

 

De tout mon cœur, c'est toi que j'ai cherché :

Apprends-moi tes volontés.

 

Tu sondes mon cœur, tu me visites la nuit :

Tu m'éprouves sans rien trouver,

Aucun murmure en moi.

Oraison

Seigneur notre Père, nous en appelons à ta providence qui jamais ne se trompe en ses desseins : tout ce qui fait du mal, écarte-le, et donne-nous ce qui peut nous aider.


8 mardi

 

Livre de Job (Jb 3, 1-26)

Pourquoi, pourquoi tant de souffrances ?

Cet étonnant éloge de la mort, dans une bible qui est tout entière un hymne à la vie, est aussi scandaleux qu'un éloge de l'enfer pour un chrétien. Comment comprendre les réactions de l'homme en proie à la souffrance, quand on n'y participe pas soi-même ?

Enfin, Job ouvrit la bouche et maudit son jour. Job prit la parole et dit :

Périsse le jour où j'allais être enfanté et la nuit qui a dit : "Un homme a été conçu !" Ce jour-là, qu'il devienne ténèbres, que, de là-haut, Dieu ne le convoque pas, que ne resplendisse sur lui nulle clarté ; que le revendiquent la ténèbre et l'ombre de mort, que sur lui demeure une nuée, que le terrifient les éclipses ! Cette nuit-là, que l'obscurité s'en empare, qu'elle ne se joigne pas à la ronde des jours de l'année, qu'elle n'entre pas dans le compte des mois ! Oui, cette nuit-là, qu'elle soit infécondée, que nul cri de joie ne la pénètre ; que l'exècrent les maudisseurs du jour, ceux qui sont experts à éveiller le Tortueux ; que s'enténèbrent les astres de son aube, qu'elle espère la lumière – et rien ! Qu'elle ne voie pas les pupilles de l'aurore ! Car elle n'a pas clos les portes du ventre où j'étais, ce qui eût dérobé la peine à mes yeux.

Pourquoi ne suis-je pas mort dès le sein ? À peine sorti du ventre, j'aurais expiré. Pourquoi donc deux genoux m'ont-ils accueilli, pourquoi avais-je deux mamelles à téter ? Désormais, gisant, je serais au calme, endormi, je jouirais alors du repos, avec les rois et les conseillers de la terre, ceux qui rebâtissent pour eux des ruines, ou je serais avec les princes qui détiennent l'or, ceux qui gorgent d'argent leurs demeures, ou comme un avorton enfoui je n'existerais pas, comme les enfants qui ne virent pas la lumière. Là, les méchants ont cessé de tourmenter, là, trouvent repos les forces épuisées. Prisonniers, tous sont à l'aise, ils n'entendent plus la voix du garde-chiourme. Petit et grand, là, c'est tout un, et l'esclave y est affranchi de son maître.

Pourquoi donne-t-il la lumière à celui qui peine, et la vie aux ulcérés ? Ils sont dans l'attente de la mort, et elle ne vient pas, ils fouillent à sa recherche plus que pour des trésors. Ils seraient transportés de joie, ils seraient en liesse s'ils trouvaient un tombeau. Pourquoi ce don de la vie à l'homme dont la route se dérobe ? Et c'est lui que Dieu protégeait d'un enclos ! Pour pain je n'ai que mes sanglots, ils déferlent comme l'eau, mes rugissements. La terreur qui me hantait, c'est elle qui m'atteint, et ce que je redoutais m'arrive. Pour moi, ni tranquillité, ni cesse, ni repos. C'est le tourment qui vient.

 

R/ Venez à moi, vous tous qui peinez,

Vous trouverez le repos.

 

Pourquoi ne suis-je pas mort sitôt enfanté ?

Maintenant je serais étendu dans la paix.

 

Pourquoi donner à un malheureux la lumière,

La vie à celui qui a l'amertume au cœur ?

 

DES CONFESSIONS DE SAINT AUGUSTIN

"Je connaîtrai comme je suis connu".

Je te connaîtrai, ô toi qui me connais, je te connaîtrai comme je suis connu de toi. Tu es la vie de mon âme ; pénètre donc en elle, modèle-la à ton image qu'elle soit sans tache ni ride pour que tu l'habites et la possèdes entièrement. Telle est mon espérance, voilà pourquoi je parle, et cette espérance fait ma joie, quand ma joie est saine. Quant aux autres biens de cette vie, plus on les pleure, moins ils méritent d'être pleurés ; moins on pleure sur eux, plus ils méritent d'être pleurés.

Voici que tu as aimé la vérité, puisque celui qui fait la vérité vient à la lumière. Je veux donc la faire devant toi, dans mon cœur, par cette "confession", et devant de nombreux témoins par ce livre.

Du reste, Seigneur, le gouffre de la conscience humaine est à découvert devant tes yeux : qu'est-ce qui pourrait donc demeurer caché en moi, même si je ne voulais pas te le confesser ? C'est toi que je cacherais à moi-même, sans pouvoir me cacher à toi. Et maintenant, si mon gémissement témoigne que je me déplais, c'est toi qui m'illumines, qui me plais, que j'aime et que je désire ; de sorte que j'ai honte de moi, je me rejette moi-même pour te préférer ; je ne veux plaire ni à tes yeux ni aux miens, sinon pour toi.

Je suis donc à découvert devant toi, Seigneur, quel que je sois. Et je t'ai dit le fruit que je recherche en te faisant ma confession. Je ne la fais pas avec des sons et des paroles sensibles, mais avec ces paroles de l'âme, cette clameur de la pensée qui atteignent ton oreille. Quand je suis mauvais, ma confession envers toi consiste dans le déplaisir que je me donne ; lorsque je suis bon, la confession que je t'adresse consiste à ne pas m'attribuer ce bien, puisque c'est toi, Seigneur, qui bénis le juste ; mais auparavant, c'est toi qui en avais fait un homme juste, alors qu'il était un impie. Ainsi ma confession, telle que je la fais devant toi, mon Dieu, est silencieuse et ne l'est pas. Elle est silencieuse quant aux paroles, mais elle crie du fond du cœur.

C'est toi, Seigneur, qui me juges. Certes, personne, parmi les hommes, ne sait ce qu'il y a dans l'homme, sinon l'esprit de l'homme qui est en lui. Cependant, il y a dans l'homme quelque chose que l'esprit de l'homme lui-même, qui est en lui, ne sait pas. Mais toi, Seigneur, tu sais tout de lui, puisque tu l'as créé. Quant à moi, bien que, devant ton regard, je me méprise et me juge terre et poussière, je sais pourtant de toi quelque chose que j'ignore de moi-même. Nous voyons actuellement une image obscure dans un miroir et non pas encore face à face. C'est pourquoi, tandis que je suis en exil loin de toi, je suis plus près de moi que de toi. Cependant, je sais que nulle violence ne peut t'atteindre, tandis que, pour moi, j'ignore à quelles tentations je suis capable de résister ou non. Mais voici mon espérance : Tu es fidèle et tu ne permets pas que nous soyons tentés au-delà de nos forces. Avec la tentation, tu nous donnes aussi le moyen d'en sortir et la force de la supporter.

Je vais donc confesser ce que je sais de moi, je vais confesser aussi ce que je ne sais pas de moi. Ce que je sais de moi, je le sais à ta lumière ; et ce que je ne sais pas de moi, je l'ignorerai jusqu'à ce que mon obscurité devienne la lumière de midi sous ton regard.

 

R/ Venez à moi, vous tous qui peinez,

Vous trouverez le repos.

 

Pourquoi donner à un malheureux la lumière,

La vie à celui qui a l'amertume au cœur ?

 

Pourquoi ce don à l'homme qui ne voit plus sa route

Et que Dieu cerne de toutes parts ?

Oraison

Seigneur, source de tout bien, réponds sans te lasser à notre appel : inspire-nous ce qui est juste, aide-nous à l'accomplir.


8 mercredi

 

Livre de Job (Jb 7, 1-21)

Dieu ne serait-il qu'un justicier pour l'homme ?

La misère de l'homme est d'autant plus tragique que sa vie est courte et que nul ne lui rendra les jours perdus. Une telle certitude engendre une admirable prière. Dieu n'y répondra que beaucoup plus tard : les autres, dira Jésus, ont peiné aux semailles, et nous avons hérité de la moisson.

N'est-ce pas un temps de corvée que le mortel vit sur terre, et comme jours de saisonnier que passent ses jours ? Comme un esclave soupire après l'ombre, et comme un saisonnier attend sa paye, ainsi des mois de néant sont mon partage et l'on m'a assigné des nuits harassantes : à peine couché, je me dis : "Quand me lèverai-je ?" Le soir n'en finit pas, et je me saoule de délires jusqu'à l'aube.

Ma chair s'est revêtue de vers et de croûtes terreuses, ma peau se crevasse et suppure. Mes jours ont couru, plus vite que la navette, ils ont cessé, à bout de fil. Rappelle-toi que ma vie n'est qu'un souffle, et que mon œil ne reverra plus le bonheur. Il ne me discernera plus, l'œil qui me voyait. Tes yeux seront sur moi, et j'aurai cessé d'être.

Une nuée se dissipe et s'en va : voilà celui qui descend aux enfers pour n'en plus remonter ! Il ne fera plus retour en sa maison, son foyer n'aura plus à le reconnaître. Donc, je ne briderai plus ma bouche ; le souffle haletant, je parlerai ; le cœur aigre, je me plaindrai :

suis-je l'Océan ou le Monstre marin que tu postes une garde contre moi ? Quand je dis : "Mon lit me soulagera, ma couche apaisera ma plainte", alors, tu me terrorises par des songes, et par des visions tu m'épouvantes. La pendaison me séduit. La mort plutôt que ma carcasse ! Je m'en moque ! Je ne vivrai pas toujours. Laisse-moi, car mes jours s'exhalent. Qu'est-ce qu'un mortel pour en faire si grand cas, pour fixer sur lui ton attention au point de l'inspecter chaque matin, de le tester à tout instant ? Quand cesseras-tu de m'épier ? Me laisseras-tu avaler ma salive ? Ai-je péché ? Qu'est-ce que cela te fait, espion de l'homme ? Pourquoi m'avoir pris pour cible ? En quoi te suis-je à charge ? Ne peux-tu supporter ma révolte, laisser passer ma faute ? Car déjà me voici gisant en poussière. Tu me chercheras à tâtons : j'aurai cessé d'être.

 

R/ Qu'est-ce que l'homme, Seigneur,

Pour que tu le connaisses ?

 

Il est semblable à un souffle,

Ses jours sont comme l'ombre qui passe.

 

Pourquoi fixer sur lui ton attention,

L'inspecter chaque matin,

Le scruter à tout instant ?

 

Derrière et devant tu l'enserres,

Tu as mis sur lui ta main.

 

DES CONFESSIONS DE SAINT AUGUSTIN

"En Dieu seul, le repos de mon âme".

Où donc t'ai-je trouvé, Seigneur, pour apprendre à te connaître ? Avant que je te connaisse, tu n'étais pas encore dans ma mémoire. Où donc t'ai-je trouvé, pour te connaître, si ce n'est en toi, au-dessus de moi ? Aucun espace dans tout cela : nous nous éloignons, nous nous approchons de toi, rien de cela n'est dans l'espace. C'est partout, ô Vérité, que tu sièges pour tous ceux qui viennent te consulter, et tu réponds en même temps à tous ceux qui te consultent sur des questions différentes.

Tu réponds clairement, mais tous ne t'entendent pas clairement. Tous te consultent sur ce qu'ils veulent, mais ils n'entendent pas toujours la réponse qu'ils veulent. Le meilleur de tes serviteurs n'est pas celui qui se soucie de t'entendre dire ce qu'il veut ; c'est plutôt celui qui veut ce que tu lui dis.

Je t'ai aimée bien tard, Beauté si ancienne et si nouvelle, je t'ai aimée bien tard ! Mais voilà : tu étais au-dedans de moi quand j'étais au-dehors, et c'est dehors que je te cherchais dans ma laideur, je me précipitais sur la grâce de tes créatures. Tu étais avec moi, et je n'étais pas avec toi. Elles me retenaient loin de toi, ces choses qui n'existeraient pas, si elles n'existaient en toi. Tu m'as appelé, tu as crié, tu as vaincu ma surdité ; tu as brillé, tu as resplendi, et tu as dissipé mon aveuglement ; tu as répandu ton parfum, je l'ai respiré et je soupire maintenant pour toi je t'ai goûtée, et j'ai faim et soif de toi ; tu m'as touché et je me suis enflammé pour obtenir la paix qui est en toi.

Lorsque je te serai uni par tout moi-même, il n'y aura plus pour moi de douleur ni de fatigue. Ma vie, toute pleine de toi, sera vivante. Celui que tu combles, tu l'allèges, car lorsque je ne suis pas comblé par toi, je me suis à charge à moi-même. Mes joies, dont je devrais pleurer, sont encore en lutte avec mes tristesses, dont je devrais me réjouir. De quel côté apparaîtra la victoire, je l'ignore.

Malheureux que je suis ! Seigneur, prends pitié de moi. Hélas ! Tu vois : je ne cache pas mes plaies ; tu es le médecin, je suis le malade ; tu es miséricordieux, je suis misérable.

N'est-ce pas que la vie de l'homme sur la terre est une corvée ? Qui peut désirer des peines et des tracas ? Tu ordonnes de les supporter, non de les aimer. Personne n'aime ce qu'il supporte, bien qu'il aime à supporter. Quant à se réjouir de supporter, on préférerait n'avoir rien à supporter. Dans l'adversité, j'aspire au bonheur ; dans le bonheur, je redoute l'adversité. Entre ces deux extrêmes, y a-t-il un milieu, où la vie humaine ne soit pas une "corvée" ? Malheur aux prospérités du monde, oui, deux fois malheur, et parce qu'on y craint l'adversité, et parce que la joie s'y corrompt. Malheur aux adversités du monde, oui, deux et trois fois malheur ! Parce que l'on continue à désirer la prospérité, parce que l'adversité elle-même est pénible, et que la patience peut y faire naufrage ! N'est-ce pas que la vie de l'homme sur la terre est une corvée sans aucune interruption ?

Et toute mon espérance n'est que dans ta grande miséricorde.

 

R/ Où abonde le péché, la grâce surabonde.

 

Dieu enferma tous les hommes

Dans la désobéissance

Pour faire à tous miséricorde.

 

Tous ont péché

Et sont privés de la gloire de Dieu,

Mais Jésus Christ les a justifiés.

Oraison

Dieu tout-puissant, force de ceux qui espèrent en toi, sois favorable à nos appels : puisque l'homme est fragile et que sans toi il ne peut rien, donne-nous toujours le secours de ta grâce ; ainsi nous pourrons, en observant tes commandements, vouloir et agir de manière à répondre à ton amour.


suivant