ACTES DU MARTYRE DE JUSTIN ET DE SES COMPAGNONS
Les saints furent arrêtés et conduits au préfet de Rome, nommé Rusticus. Lorsqu’ils comparurent devant le tribunal, celui-ci dit à Justin : "Avant tout, soumets-toi aux dieux et obéis aux empereurs." Justin répondit : "On ne peut pas nous accuser ou nous condamner parce que nous obéissons aux préceptes de notre sauveur Jésus Christ."
Le préfet Rusticus : "Quelles doctrines professes-tu ?" Justin : "J’ai entrepris d’apprendre toutes les doctrines, mais j’ai adhéré aux doctrines véritables des chrétiens, bien qu’elles ne plaisent pas à ceux qui sont prisonniers de l’erreur. – Et ces doctrines-là te plaisent, pauvre malheureux ? – Oui, car en les suivant je trouve la vraie croyance. – Quelle est cette croyance ? – Nous vénérons le Dieu des chrétiens ; nous croyons qu’il est unique, créateur et artisan, dès le commencement, de toute la création, de l’univers visible et invisible ; et nous vénérons le Seigneur Jésus Christ, serviteur de Dieu, qui a été annoncé à l’avance par les prophètes comme devant venir au secours de la race des hommes, en messager du salut et maître des belles connaissances. Moi, qui ne suis qu’un homme, j’estime ne pouvoir dire que peu de choses sur sa divinité infinie ; mais je reconnais la puissance des prophètes : ils ont annoncé à l’avance, comme je viens de le dire, qu’il est le Fils de Dieu. Sache donc que les prophètes ont prédit, par une inspiration céleste, son avènement parmi les hommes."
Le préfet Rusticus reprit : "Bref, tu es chrétien ? – Oui, je suis chrétien."~
Rusticus : "Écoute, toi que l’on dit savant et qui t’imagines posséder les doctrines véritables : Si tu es fouetté puis décapité, crois-tu que tu vas monter au ciel ? – J’espère que j’y aurai ma demeure, si je supporte tout cela. Je sais que, pour tous ceux qui auront bien vécu, la récompense de Dieu est réservée jusqu’à la destruction de l’univers. – Tu supposes donc que tu monteras au ciel pour recevoir de belles récompenses ? – Je ne le suppose pas, mais je le sais avec certitude et j’en suis convaincu."
Le préfet Rusticus reprit : "Bref, venons-en à notre sujet, à l’affaire qui s’impose et qui presse. Mettez-vous donc d’accord et, tous ensemble, sacrifiez aux dieux." Justin répondit : "Aucun homme de bon sens ne peut abandonner la piété pour tomber dans l’impiété. – Si vous n’obéissez pas, vous serez cruellement châtiés."
Justin répliqua : "C’est tout ce que nous désirons : être sauvés en étant châtiés à cause de notre Seigneur Jésus Christ, car c’est cela qui nous donnera salut et assurance devant un tribunal bien plus redoutable, celui où tout l’univers sera jugé par notre Seigneur et Sauveur."
Les autres martyrs déclarèrent pareillement : "Fais ce que tu veux. Nous sommes chrétiens et nous ne sacrifions pas aux idoles."
Le préfet Rusticus rendit la sentence : "Ceux qui n’ont pas voulu sacrifier aux dieux et se conformer à l’ordre de l’empereur seront emmenés pour être flagellés et subiront la peine capitale selon les lois."
Les saints martyrs, glorifiant Dieu, se rendirent au lieu ordinaire des exécutions, furent décapités et consommèrent ainsi leur martyre en confessant notre Sauveur.
R/ Si nous peinons et combattons,
C’est que notre espérance est dans le Dieu vivant.
Exerce-toi à la piété,
Elle a la promesse de la vie
Pour le présent et pour l’avenir.
Dans le monde vous aurez à souffrir,
Mais gardez courage :
Le Christ à vaincu le monde.
Oraison
Dieu qui as donné à saint Justin, ton martyr, de trouver dans la folie de la croix la connaissance incomparable de Jésus Christ, accorde-nous, par son intercession, de rejeter les erreurs qui nous entourent et d'être affermis dans la foi.
EXHORTATION D’ORIGÈNE AU MARTYRE
Si nous sommes passés de la mort à la vie en passant de l'incroyance à la foi, ne soyons pas étonnés si le monde nous hait. Car tous ceux qui ne sont pas passés de la mort à la vie, mais qui demeurent dans la mort, ne peuvent aimer ceux qui sont passés de la demeure ténébreuse de la mort, si je puis la nommer ainsi, aux édifices faits de pierres vivantes où règne la lumière de la vie.
Jésus a donné sa vie pour nous, et nous devons donner la nôtre, je ne dirai pas pour lui, mais pour nous-mêmes, et j'entends par là tous ceux qui doivent être édifiés par notre martyre.
Pour nous, chrétiens, voici venu le temps de nous glorifier car il est dit : Nous nous glorifions dans nos épreuves, car nous savons que l'épreuve produit la persévérance, la persévérance produit la valeur éprouvée, la valeur éprouvée produit l'espérance, et l'espérance ne trompe pas. Que seulement l'amour de Dieu soit répandu dans nos cœurs par l'Esprit Saint.
De même que nous avons largement part aux souffrances du Christ, de même, par le Christ, nous sommes largement consolés. Aussi, accueillons avec une grande ferveur les souffrances du Christ, et qu'elles nous soient largement accordées, Si du moins nous désirons être largement consolés, puisque tous ceux qui pleurent seront consolés. Toutefois ils le seront de façon inégale car, si la consolation était égale pour tous, saint Paul ne dirait pas : De même que nous avons largement part aux souffrances du Christ, de même nous sommes largement consolés. Ceux qui participent aux souffrances participeront aussi à la consolation en proportion des souffrances qui les font participer au Christ. Apprenez-le de celui qui a dit avec confiance : Nous le savons : puisque vous connaissez comme nous la souffrance, vous obtiendrez comme nous la consolation.
Dieu dit par la bouche d'un prophète : Je t'exauce au moment favorable, je viens à ton secours au jour du salut. Y a-t-il donc un moment plus favorable que celui où, à cause de notre piété chrétienne envers Dieu, nous sommes emmenés solennellement dans le monde par des gardiens, mais comme des vainqueurs conduits en triomphe, plutôt que comme des vaincus ? En effet, les martyrs du Christ lui sont associés pour dépouiller les principautés et les puissances et pour triompher avec lui, en participant à ses souffrances et par suite aux exploits guerriers que représentent de telles souffrances. Et quel autre jour du salut y a-t-il que celui où nous partons ainsi de ce monde ?
Je vous en prie : Ne soyez pour personne une occasion de chute afin que notre ministère soit sans reproche. Au contraire, en toutes choses montrez-vous comme des ministres de Dieu par une grande persévérance et dites : Que puis-je attendre maintenant, si ce n'est le Seigneur ?
R/ Puisez votre énergie dans le Seigneur,
dans la vigueur de sa force, alléluia.
Vous ne luttez pas contre des hommes,
mais contre les puissances des ténèbres.
Quand viendra le jour du malheur,
vous pourrez résister et tenir debout.
Oraison
Du glorieux témoignage que t'ont rendu, Seigneur, tes saints martyrs Marcellin et Pierre, tu fais notre rempart et notre protection ; que leur exemple nous entraîne et que leur prière nous réconforte.
LETTRE DES ÉGLISES DE LYON ET DE VIENNE AUX EGLISES D4ASIE ET DE PHRYGIE (177) (ou autre lecture)
Le bienheureux Pothin, à qui avait été confié à Lyon le ministère de l'épiscopat, était alors âgé de plus de quatre-vingt-dix ans. Il était très faible de corps et pouvait à peine respirer à cause de cette faiblesse physique ; mais il était fortifié par l'ardeur de l'Esprit à cause de son désir persévérant du martyre. Lui aussi fut traîné devant le tribunal. Son corps était brisé par la vieillesse et la maladie, mais il restait maître de son âme, pour qu'elle fasse triompher le Christ. Il fut porté au tribunal par les soldats, tandis que les magistrats de la cité et toute la foule l'accompagnaient avec toutes sortes de clameurs, comme s'il était lui-même le Christ.
Il rendit un beau témoignage. Le gouverneur lui demanda qui était le Dieu des chrétiens. Il lui répondit : « Si tu en es digne, lu le connaîtras. » Il fut alors emmené et traîné sans pitié. Il souffrit toutes sortes de coups Ceux qui étaient près de lui l'outrageaient de toute manière, des mains et des pieds, sans aucun respect pour son âge. Ceux qui étaient loin lançaient sur lui tout ce que chacun avait sous la main. Et tous auraient pensé être grandement criminels et impies s'ils avaient manqué de grossièreté à son égard : ils croyaient en effet venger leurs dieux en agissant ainsi. Pothin respirait à peine quand il fut jeté en prison et, après deux jours, il rendit l'âme.
R/ À toi seul, Fils du vrai Dieu,
la gloire et la louange.
Qui se déclarera pour moi devant les hommes,
je me déclarerai pour lui devant mon Père.
Qui aura tenu bon jusqu'à la fin,
je lui donnerai la vie éternelle.
Oraison
Tu as donné, Seigneur, à ceux qui furent les prémices de la foi en notre pays, saint Pothin, sainte Blandine et leurs compagnons, d'affirmer jusqu'à la mort leur joie d'être chrétiens ; rends-nous dignes de toujours mieux te connaître, afin qu'à leur exemple, le bien que nous ferons témoigne de la puissance de ton amour.
ou :
LETTRE DES ÉGLISES DE LYON ET DE VIENNE AUX ÉGLISES D'ASIE ET DE PHRYGIE (177)
La violence de la persécution qui a eu lieu ici, la grande colère des païens contre les saints, tout ce qu'ont enduré les bienheureux martyrs, nous ne sommes pas capables de le dire exactement et il n'est même pas possible de l'exprimer par écrit. Car c'est de toutes ses forces que l'Adversaire a foncé, préludant déjà à ce qui sera son véritable avènement. Il a passé partout, entraînant ses partisans et les exerçant d'avance contre les serviteurs de Dieu. De la sorte on ne nous a pas seulement chassés des maisons, des bains, de la place publique, mais encore on nous a interdit absolument de paraître en quelque lieu que ce soit.
Toute la colère de la foule, du gouverneur et des soldats se déchaîna sans aucune mesure contre Sanctus, le diacre de Vienne, contre Maturus, nouvellement baptisé mais généreux athlète ; contre Attale, originaire de Pergame, qui avait toujours été le pilier et le soutien de ceux d'ici ; et enfin contre Blandine ; par celle-ci, le Christ montra que ce qui est simple, sans apparence, facilement méprisable pour les hommes, est jugé digne d'une grande gloire auprès de Dieu à cause de l'amour qu'on a pour lui, amour qui se manifeste dans la force et ne se glorifie pas des apparences.
Nous tous en effet, nous redoutions, et sa maîtresse selon la chair, qui était elle aussi une combattante parmi les martyrs, redoutait, anxieuse avec nous, que Blandine ne pût avec assurance faire sa confession de foi à cause de la faiblesse de son corps. Mais Blandine fut remplie d'une telle force qu'elle lassa et découragea ceux qui, se relayant les uns les autres, l'avaient torturée de toute manière depuis le matin jusqu'au soir. La bienheureuse, comme un généreux athlète, se renouvelait dans sa confession ; c'était pour elle un réconfort, un repos, un arrêt dans la souffrance que de dire : « Je suis chrétienne ; chez nous, il ne se fait rien de mal. »
Quelques jours après, Maturus, Sanctus, Blandine et Attale furent donc conduits aux bêtes dans un lieu public où se donnait ce spectacle de l'inhumanité des païens ; c'était précisément le jour où les combats de bêtes devaient être donnés aux dépens de nos frères.
Blandine fut suspendue à un poteau et exposée pour être la pâture des bêtes lâchées contre elle. À la voir suspendue à une sorte de croix, à l'entendre prier continuellement, les lutteurs fortifiaient leur courage. Dans ce combat, ils voyaient de leurs yeux, sensiblement, à travers leur sœur, celui qui avait été crucifié pour eux ; ainsi, ceux qui croient en lui sont persuadés que tout homme qui souffre pour la gloire du Christ est pour toujours en communion avec le Dieu vivant. Ce jour-là, aucune des bêtes ne la toucha. Elle fut détachée du poteau, ramenée dans la prison et gardée pour un autre combat. Elle traverserait donc victorieusement des luttes plus nombreuses afin d'être un encouragement pour ses frères, elle la petite, la faible, la méprisée ; car elle s'était identifiée au grand et invincible athlète, le Christ ; elle avait triomphé de l'Adversaire en maintes rencontres et, par la lutte, avait remporté la couronne de l'incorruptibilité.
Enfin, le dernier jour des combats singuliers, après les fouets, après les fauves, après le gril, elle fut finalement jetée dans un filet et livrée à un taureau. Longtemps, elle fut projetée par l'animal, mais elle ne sentait rien de ce qui lui arrivait, à cause de l'espérance et de l'attente de ce en quoi elle avait cru et de sa conversation avec le Christ ; elle fut sacrifiée elle aussi ; et les païens eux-mêmes avouaient que jamais chez eux une femme n'avait souffert d'aussi grandes et d'aussi nombreuses tortures.
R/ Sois fidèle jusqu'à la mort,
le Seigneur combat pour toi, alléluia !
Ne craignez pas ceux qui tuent le corps
et ne peuvent rien faire de plus.
Le vainqueur, celui qui croit en moi,
ne connaîtra pas la seconde mort.
Espère en Dieu, prends cœur et prends courage,
espère en Dieu !
Oraison
Tu as donné, Seigneur, à ceux qui furent les prémices de la foi en notre pays, saint Pothin, sainte Blandine et leurs compagnons, d'affirmer jusqu'à la mort leur joie d'être chrétiens ; rends-nous dignes de toujours mieux te connaître, afin qu'à leur exemple, le bien que nous ferons témoigne de la puissance de ton amour.
HOMÉLIE DE PAUL VI À LA CANONISATION DES MARTYRS DE L'OUGANDA (18 octobre 1964)
Ces martyrs africains ajoutent au martyrologe, au livre des vainqueurs, une page qui relate des événements à la fois sinistres et magnifiques ; une page vraiment digne de rejoindre ces récits glorieux de l’Afrique ancienne dont nous-mêmes, hommes modernes, avec notre peu de foi, pensions qu’ils ne trouveraient jamais une suite comparable.
Qui aurait jamais pu supposer, par exemple que les exploits bouleversants des martyrs de Scillium, de Carthage, de la "Massa candida" d’Utique, rappelés par saint Augustin et Prudence, des martyrs d’Égypte dont nous lisons l’ample panégyrique chez saint Jean Chrysostome, des martyrs de la persécution des Vandales, seraient rejoints à notre époque par des récits non moins héroïques et non moins glorieux ?
Qui pouvait prévoir qu’à ces grands martyrs et confesseurs d’Afrique, ces personnages inoubliables que sont Cyprien, Félicité et Perpétue, et le grand saint Augustin, on ajouterait un jour ces noms qui nous sont chers : Charles Lwanga, Matthias Molumba, Kalemba et leurs vingt compagnons ? Et il est juste de mentionner aussi ceux qui, appartenant à la confession anglicane, ont subi la mort pour le nom du Christ.
Ces martyrs africains marquent les débuts d’une époque nouvelle. Non pas en ce sens qu’elle s’oriente vers les persécutions et les conflits, mais vers une régénération religieuse et politique.
En effet, l’Afrique, arrosée du sang de ces martyrs, les premiers de cet âge nouveau – et plaise à Dieu qu’ils soient les derniers, puisque leur holocauste est si noble et si précieux ! – l’Afrique libre et devenue indépendante, est en train de renaître.
La cruauté qui a broyé ces martyrs est si horrible et si riche de signification qu’elle offre des motifs déterminants et manifestes pour la formation morale d’un peuple nouveau. Une nouvelle tradition spirituelle doit s’affirmer, pour se transmettre aux hommes de l’avenir ; elle doit exprimer symboliquement et porter une évolution. D’un mode de vie simple et naïf, où ne manquaient pas des valeurs humaines remarquables, mais qui était déshonoré et affaibli par l’esclavage dans lequel il était tenu, il s’agit de passer à une condition politique qui aspire aux expressions les plus hautes de l’esprit humain et aux formes supérieures de la vie sociale.
R/ Le Seigneur, c’est l’Esprit,
L’Esprit du Seigneur est la liberté.
Nous tous, à visage découvert,
Réfléchissons comme en un miroir
la gloire de Dieu.
Laissons-nous transformer
En l’image du Seigneur,
toujours plus glorieuse.
Oraison
Seigneur notre Dieu, tu as fait que le sang des martyrs soit une semence de chrétiens ; accorde à l'Église, que saint Charles Lwanga et ses compagnons ont fécondée par leur sang, de te donner une abondante moisson.
HISTOIRE DES FRANCS PAR GREGOIRE DE TOURS
Le roi Clovis eut de la reine Clotilde son fils premier-né. Comme cette femme voulait le consacrer par le baptême, elle prêchait assidûment son mari en lui disant : « Les dieux que vous adorez ne sont rien. Ils n'ont pu être d'aucun secours ni pour eux-mêmes ni pour les autres. » Cette reine pleine de foi présente son fils au baptême. Elle fait orner l'église de rideaux et de tentures, afin que cette célébration attire plus facilement à la foi celui qui n'avait pu être influencé par la prédication. Mais une fois baptisé, l'enfant, qu'on avait appelé Ingomer, mourut encore revêtu des vêtements blancs de sa nouvelle naissance. Le roi fut saisi de colère et il accablait la reine de ses reproches : « Si l'enfant avait été consacré à mes dieux, certainement il vivrait. Mais maintenant, parce qu'il a été baptisé au nom de ton Dieu, il devait mourir. » La reine répondait : « Je rends grâce à Dieu tout-puissant, Créateur de toute chose, de ce qu'il ne m'a pas jugée complètement indigne, puisqu'il a daigné accueillir dans son Royaume l'enfant sorti de mon sein. Cela ne fait pas souffrir mon cœur, car je sais que les nouveaux baptisés appelés hors de ce monde sont destinés à vivre dans la vision de Dieu. »
Elle eut un autre fils après celui-là ; à son baptême elle l'appela Clodomir. Et comme il était tombé malade, le roi disait : « Il ne peut pas avoir un autre sort que son frère, puisqu'il a été baptisé au nom de ton Christ, il va bientôt mourir. » Mais, à la prière de sa mère, il guérit sur l'ordre de Dieu.
La reine ne cessait de prêcher au roi pour qu'il reconnaisse le vrai Dieu et abandonne les idoles, mais elle ne parvenait par aucun moyen à l'ébranler en faveur de sa croyance, jusqu'à ce qu'un jour, enfin, on fit la guerre contre les Alamans. Au cours de celle-ci, Clovis fut contraint par la nécessité de confesser ce que sa volonté avait précédemment refusé. Il arriva en effet que le conflit des deux armées aboutit à un grand massacre et que l'armée de Clovis fut exposée à une complète extermination. Voyant cela, il leva les yeux vers le ciel et, le cœur transpercé, ému jusqu'aux larmes, il dit : « Jésus Christ, toi que Clotilde proclame le fils du Dieu vivant, toi dont on affirme que tu viens au secours de ceux qui souffrent, et que tu donnes la victoire à ceux qui espèrent en toi, je sollicite ardemment ta glorieuse assistance. Si tu m'accordes la victoire sur mes ennemis, si j'expérimente cette puissance dont le peuple consacré à ton nom proclame avoir bénéficié, je croirai en toi et je me ferai baptiser en ton nom. En effet, j'ai invoqué mes dieux, mais je constate qu'ils ont refusé de me secourir. Je crois donc qu'ils ne possèdent aucune puissance, puisqu'ils ne répondent pas à ceux qui leur obéissent. C'est toi que j'invoque maintenant, c'est en toi que je désire croire, pourvu que je sois délivré de mes adversaires. » Comme il parlait ainsi, les Alamans, tournant le dos, commencèrent à s'enfuir. Et, lorsqu'ils virent que leur roi avait été tué, ils firent leur soumission à Clovis, en disant : « De grâce, ne laisse plus périr le peuple : nous sommes à toi désormais. » Quant à lui, il arrêta le combat, obtint la soumission du peuple et, ayant rétabli la paix, rentra chez lui. Il raconta à la reine comment l'invocation du nom du Christ lui avait fait obtenir la victoire.
Alors la reine convoqua en secret saint Rémi, évêque de Reims, en le priant d'inculquer au roi la parole du salut.
R/ Ta parole, Seigneur, est lumière dans la nuit.
Vers qui pouvons-nous aller, Seigneur ?
Toi seul nous conduis au Royaume.
Heureux qui suit jusqu'au bout
le chemin que tu lui traces.
Heureux qui médite en son cœur
les voies mystérieuses de l'amour.
Oraison
Regarde avec bonté, Seigneur, le peuple de France ; toi qui lui as fait le don de la foi sur les instances de sainte Clotilde, accorde-lui maintenant, par son intercession, un attachement sincère à ton service.
LETTRE DE S. BONIFACE
L’Église, qui navigue comme un grand vaisseau sur la mer de ce monde, qui en cette vie est battue par les flots d’épreuves de toute sorte, l’Église ne doit pas être abandonnée, mais gouvernée.
Nous en avons l’exemple chez les premiers pères : Clément, Corneille et beaucoup d’autres à Rome, Cyprien à Carthage, Athanase à Alexandrie, qui, sous les empereurs païens, gouvernaient le navire du Christ, ou plutôt son épouse très chère, l’Église, en enseignant, en défendant la vérité, en peinant et en souffrant jusqu’à répandre leur sang.
En considérant ces hommes et ceux qui leur ressemblent, je suis plein d’effroi, crainte et tremblement me pénètrent et je suis comme enveloppé par les ténèbres de mes péchés. Je voudrais bien abandonner entièrement le gouvernail de l’Église qui m’a été confié, si je pouvais trouver une approbation dans les exemples des Pères ou dans la Sainte Écriture.
Aussi, puisqu’il en est ainsi et que la vérité ne peut se fatiguer, se laisser vaincre ni se tromper, que notre âme fatiguée se réfugie auprès de celui qui dit par la bouche de Salomon : Mets ta confiance dans le Seigneur de tout ton cœur et ne t’appuie pas sur ta propre sagesse. Dans toutes tes démarches, pense à lui, et il dirigera tes pas. Et ailleurs : Le nom du Seigneur est une tour fortifiée. Le juste qui s’y réfugie sera sauvé.
Restons fermes dans la justice et préparons nos âmes à l’épreuve, pour attendre que le Seigneur nous soutienne, et disons-lui : D’âge en âge, Seigneur, tu es resté notre refuge.
Mettons en lui notre confiance, car c’est lui qui nous a imposé ce fardeau. Ce que nous ne pouvons porter par nous-mêmes, portons-le par lui qui est tout-puissant et qui dit : Mon joug est facile à porter et mon fardeau léger.
Restons fermes dans le combat au jour du Seigneur, car des jours d’angoisse et d’oppression sont venus pour nous. Si Dieu le veut, mourons pour les saintes lois de nos pères, afin d’obtenir avec eux l’héritage éternel.
Ne soyons pas des chiens muets, ne soyons pas des guetteurs silencieux, ne soyons pas des mercenaires qui fuient devant le loup, mais des pasteurs attentifs, veillant sur le troupeau du Christ, prêchant aux grands et aux petits, aux pauvres et aux riches, le dessein de Dieu, aux hommes de toute condition et de tout âge, autant que Dieu nous en donnera le pouvoir, à temps et à contretemps, ainsi que saint Grégoire nous l’a prescrit dans son livre sur la charge pastorale.
R/ Jésus, tu es venu
Pour que les brebis aient la vie,
La vie en abondance.
Parole du Seigneur :
J’aurai soin moi-même de mon troupeau
Et je le passerai en revue.
Je chercherai la brebis perdue,
Avec justice je ferai paître mon troupeau.
Je les rassemblerai des pays étrangers
Et les ramènerai sur leur terre.
Oraison
Permets, Seigneur, qu'à l'intercession de saint Boniface, nous puissions tenir sans défaillance et proclamer par toute notre vie la foi qu'il a lui-même enseignée et dont il sut témoigner dans le martyre.
VIE DE SAINT NORBERT PAR UN CONTEMPORAIN
Norbert est compté à juste titre parmi ceux qui se sont dévoués avec le plus d'efficacité à la réforme grégorienne. En effet, il est le premier qui a voulu instituer un clergé qui serait consacré à la vie authentiquement évangélique et apostolique, qui serait chaste et pauvre, qui recevrait, « tout à la fois le vêtement et la parure de l'homme nouveau : le vêtement avec l'habit religieux, la parure avec la dignité sacerdotale » ; un clergé qui voudrait « suivre les saintes Écritures et avoir le Christ pour guide ». Norbert recommandait trois choses à ce clergé : « la pureté à l'égard de l'autel et du service divin ; la correction, au chapitre, des excès et des négligences ; le soin des pauvres et l'hospitalité ».
Mais aux prêtres, qui tenaient dans le monastère la place des Apôtres, il adjoignit, comme dans l'Église primitive, une foule de fidèles, laïques et femmes ; c'est au point que, disait-on généralement, depuis l'époque des Apôtres, aucun fondateur n'a conquis au Christ en si peu de temps un si grand nombre d'imitateurs de la vie parfaite.
Devenu archevêque de Magdebourg, il appela ses confrères pour qu'ils amènent à la foi la région des Wendes. Il s'efforça d'amener à la réforme le clergé de son diocèse, en dépit de l'agitation et des troubles populaires.
Enfin il consacra ses principaux efforts à préserver et à développer la bonne harmonie entre le Siège Apostolique et l'Empire, tout en sauvegardant la liberté des élections ecclésiastiques. Si bien que le pape Innocent Il lui écrivit : « Le Siège Apostolique te remercie de tout cœur, comme son fils si dévoué », et que l'empereur le fit archichancelier de l'Empire.
En tout cela, il montra une foi intrépide : « Norbert se distingue par la foi, disait-on, comme Bernard de Clairvaux par la charité. » Son commerce était plein de charme : « il se montrait grand avec les grands, modeste avec les petits, aimable pour tous. » Enfin, il avait une éloquence supérieure « sa parole était enflammée, brûlant les vices, stimulant les vertus, enrichissant de sa sagesse les âmes bien disposées. » Contemplateur des mystères divins, il les méditait assidûment et les répandit hardiment.
R/ C'est au prix de son sang
que le Christ s'est acquis l'Église.
Soyez donc attentifs au troupeau
dont l'Esprit vous a confié la charge.
Vous serez les intendants fidèles
des mystères de sa grâce.
Livrés en spectacle au monde,
vous serez les modèles du troupeau.
Oraison
Pour le service de ton Église, Seigneur, tu as voulu que l'évêque saint Norbert soit un homme de prière et un vrai pasteur ; par son intercession, daigne assurer à ton peuple les hommes qui le guideront selon ta volonté et le conduiront jusqu'au salut.