Saint Augustin – traité n° 81 sur saint Jean – n° 531-532
« Si vous restez en moi », dit Notre-Seigneur, « et que mes paroles restent en vous, tout ce que vous voudrez vous le demanderez, et il vous sera accordé ». En demeurant en Jésus-Christ, que peuvent-ils vouloir que ce qui convient à Jésus-Christ ? Que peuvent-ils vouloir, en restant dans le Sauveur, que ce qui n'est pas étranger au salut ? En effet, autre chose est ce que nous voulons en tant que nous sommes en Jésus-Christ, autre chose est ce que nous voulons en tant que nous sommes encore dans ce monde. Par suite de notre demeure en ce monde, il nous arrive parfois de demander ce qui, à notre insu, ne nous est pas avantageux. Mais ne croyons pas que nous serons exaucés à cet égard, si nous restons en Jésus-Christ ; car, lorsque nous le prions, il ne nous accorde que ce qui nous est utile. Mais si nous demeurons en lui, et sises paroles demeurent en nous, nous pouvons lui demander tout ce que nous voudrons, et il nous l'accordera. Car si nous demandons quelque chose et qu'il ne nous l'accorde pas, c'est que nous ne demandons point ce que comporte sa demeure en nous, ni ce que comportent ses paroles qui demeurent en nous ; mais nous demandons ce que nous inspirent la faiblesse et la cupidité de la chair, qui ne demeurent point en lui et en qui ne demeurent point ses paroles. Assurément à ses paroles appartient cette prière qu'il nous a enseignée, et dans laquelle nous disons : « Notre Père qui êtes dans les cieux ». Dans nos demandes ne nous écartons point des paroles et du sens de cette prière, et tout ce que nous demanderons nous sera accordé. Quand nous faisons ce qu'il commande, et que nous aimons ce qu'il promet, on peut dire alors que ses paroles demeurent en nous. Mais quand ses paroles demeurent dans notre mémoire, sans se refléter dans notre conduite, alors la branche n'est plus unie à la vigne, parce qu'elle ne tire pas sa sève de la racine. C'est pour marquer cette différence, qu'il est écrit : « Ils retenaient dans leur mémoire ses commandements, afin de les pratiquer ». Plusieurs, en effet, les gardent dans leur mémoire, mais pour les mépriser, ou bien même pour s'en moquer et les combattre. En ceux-là ne demeurent point les paroles de Jésus-Christ ; ils les touchent, mais ils n'y sont pas attachés ; c'est pourquoi, au lieu de tourner à leur avantage, elles rendront témoignage contre eux, et comme elles sont en eux sans y faire leur demeure, ils ne les possèdent que pour être jugés par elles.
LETTRE DE CUTHBERT SUR LA MORT DE S. BÈDE
Lorsqu'arriva le mardi avant l'Ascension du Seigneur, Bède commença à souffrir plus violemment de suffocation et on vit apparaître une légère enflure des pieds. Il passa tout ce jour-là à enseigner et dicter avec bonne humeur. À un moment, il dit entre autres choses : « Hâtez-vous d'apprendre ; je ne sais combien de temps je serai encore là, et si mon Créateur ne va pas me prendre bientôt ». Il nous semblait qu'il était bien averti de sa mort. Et il passa ainsi toute la nuit sans dormir, dans l'action de grâce.
Au petit jour, donc le mercredi, il ordonna d'écrire rapidement ce que nous avions commencé, et nous l'avons fait jusqu'à neuf heures. Alors nous sommes allés en procession avec les reliques des saints, selon la coutume de ce jour ; mais l'un d'entre nous était resté avec lui, et lui dit : « Maître bien-aimé, il manque un seul chapitre au livre que tu as dicté. Est-ce qu'il te semble difficile de pousser plus loin les questions ? » Il répondit : « C'est facile, prends ta plume et de l'encre, et écris vite ». Ce qu'il fit.
À trois heures de l'après-midi, il me dit : « J'ai dans mon coffret quelques objets précieux : du poivre, des étoles, de l'encens ; cours vite, amène-moi les prêtres de notre monastère, et je leur distribuerai ces petits cadeaux, tels que Dieu me les a donnés. » Quand ils furent arrivés, il leur parla, priant chacun d'eux de célébrer des messes et de prier assidûment pour lui, ce qu'ils lui promirent de grand cœur.
Tous se lamentaient et pleuraient, surtout parce qu'il avait dit qu'à son avis, ils ne verraient plus beaucoup son visage en ce monde. Ils se réjouissaient pourtant parce qu'il avait dit cette parole : « Il est temps, Si mon Créateur le juge bon, que je retourne à lui, qui m'a créé et qui, alors que je n'existais pas, m'a fait de rien. J'ai vécu longtemps, mon juge miséricordieux avait prévu pour moi une vie heureuse. Le temps de mon départ est arrivé. Car je désire disparaître pour être avec le Christ ; en effet, mon âme désire voir mon Roi, le Christ, dans sa beauté. » Il dit encore beaucoup d'autres choses pour notre édification, et il passa toute la journée jusqu'au soir dans l'allégresse.
L'enfant Wiberth lui dit : « Maître bien-aimé, il y a encore une phrase qui n'est pas transcrite - Écris tout de suite. L'enfant répondit : « Maintenant la phrase est transcrite. » Et lui : « Bien, tu as dit la vérité : Tout est accompli. Prends ma tête dans tes mains, car j'ai grand plaisir à être assis en face de la chapelle de mon saint, où j'avais coutume de prier, afin de pouvoir, en restant assis, invoquer mon Père. »
Et ainsi, sur le pavé dé sa cellule, tandis qu'il chantait : « Gloire au Père, et au Fils, et au Saint-Esprit », il rendit le dernier soupir. Et (comme il faut le croire sans hésiter), parce qu'ici-bas il avait toujours peiné, avec beaucoup de ferveur, pour chanter les louanges de Dieu, il partit vers les joies célestes qu'il avait désirées.
R/ Enveloppés d'une si grande nuée de témoins,
fixons nos regards sur le Christ.
Ils aspiraient à une patrie meilleure ;
c'est pourquoi Dieu n'a pas honte
de s'appeler leur Dieu,
car il leur a préparé une ville.
En mourant ils ont salué de loin la promesse,
car Dieu prévoyait pour nous un sort meilleur,
aussi ne devaient-ils pas
atteindre sans nous la perfection.
Oraison
Dieu qui éclaires ton Église par le savoir de saint Bède le Vénérable, accorde à tes serviteurs la lumière de son enseignement et l'appui de ses mérites.
LETTRE DE S. GREGOIRE VII À TOUS LES FIDÈLES
Nous vous en prions et supplions dans le Seigneur Jésus, qui nous a rachetés par sa mort : comprenez par une recherche attentive pourquoi et comment nous subissons les épreuves et les angoisses que nous font souffrir les ennemis de la religion chrétienne.
C'est par une disposition divine que l'Église, notre mère, m a placé sur le trône apostolique, moi qui en suis très indigne et qui, Dieu en est témoin, ne le voulais pas. C'est pourquoi j'ai travaillé de toutes mes forces à ramener la Sainte Église, l'épouse de Dieu, notre souveraine et notre mère, à la beauté qui est la sienne, pour qu'elle demeure libre, chaste et catholique. Mais parce que cela déplaît totalement à l'antique ennemi, celui-ci a mobilisé ses membres contre nous, afin de contrarier toutes nos entreprises.
C'est pourquoi il a fait contre nous, ou plutôt contre le Siège Apostolique, tout ce qu'il n'avait pu faire depuis le temps de l'empereur Constantin le Grand. Il n'est pas surprenant que, plus le temps avance, plus il s'évertue à détruire la religion chrétienne.
Maintenant, mes frères très chers, écoutez attentivement ce que je vous dis. Tous ceux qui, dans le monde entier, portent le nom de chrétiens, et connaissent vraiment la foi chrétienne, savent et croient que saint Pierre, le prince des Apôtres, est le père de tous les chrétiens, leur premier pasteur après le Christ, et que l'Église Romaine est la mère et la maîtresse de toutes les Églises.
Si donc vous croyez cela et en êtes convaincus sans aucune hésitation, je vous le demande et vous l'ordonne, moi qui suis votre humble frère et votre maître indigne : par le Dieu tout-puissant, aidez et secourez ceux que j'ai nommés votre père et votre mère, si vous désirez recevoir par eux l'absolution de tous vos péchés, ainsi que la bénédiction et la grâce en ce monde et dans le monde futur.
Que le Dieu tout-puissant, de qui viennent toutes choses, éclaire toujours votre âme, et la féconde par la charité envers lui et envers le prochain, pour que vous puissiez, en vertu de votre dévouement inébranlable, faire que ce père et cette mère soient vos débiteurs, et parvenir sans crainte à vivre en leur compagnie. Amen.
R/ Nul ne peut servir deux maîtres.
C'est le Seigneur notre Dieu
que nous voulons servir,
c'est à sa voix que nous voulons obéir !
Il n'y a pour nous qu'un seul Dieu : le Père,
et un seul Seigneur :
Jésus Christ !
Oraison
Accorde à ton Église, Seigneur, l'esprit de force et la soif de justice que tu as donnés au pape Grégoire VII : qu'elle sache rejeter le mal pour vivre sans entrave en toute droiture et charité.
PRIÈRE DE STE MARIE-MADELEINE À L'ESPRIT SAINT
Ô Verbe, tu es vraiment admirable dans l'Esprit Saint, car c'est lui qui te fait entrer dans l'âme Si bien que celle-ci s’unit à Dieu, savoure Dieu, ne trouve aucun goût à rien en dehors de Dieu. Et le Saint-Esprit qui vient dans l'âme est marqué du sceau précieux du sang du Verbe ou de l'Agneau immolé ; bien plus, ce sang l'incite à venir, bien que l'Esprit se meuve de lui-même et désire venir dans l'âme.
Cet Esprit pénétrant est aussi en soi la substance du Père et du Verbe, il procède de l'essence du Père et du bon plaisir du Verbe, et il vient dans l'âme comme une source qui la submerge. De même que deux fleuves jaillissants se mêlent de telle façon que le plus petit perde son nom et prenne celui du plus grand, c'est ainsi que cet Esprit divin agit quand il vient dans l'âme pour s'unir à elle. Il faut que l'âme, qui est la plus petite, perde son nom et s'abandonne à l'Esprit. C'est ce qui se produira Si elle se tourne vers l'Esprit pour ne faire plus qu'un avec lui.
Cet Esprit, dispensateur des trésors qui sont dans le sein du Père, et gardien des conseils qui se tiennent entre le Père et le Fils, se répand dans l'âme avec tant de douceur qu'on ne le perçoit pas et que peu d'hommes l'estiment à sa véritable grandeur.
Par son poids comme par sa légèreté, il se rend dans tous les lieux qui sont aptes et disposés à le recevoir. Par ses fréquentes paroles et dans un profond silence, il se fait entendre de nous. Par l'élan de l'amour, lui qui est à la fois immobile et très mobile, il s'introduit en tous.
Tu ne résides pas, Esprit Saint, dans le Père immobile, ni dans le Verbe, et pourtant tu es toujours dans le Père et dans le Verbe, et en toi-même, en tous les esprits bienheureux et en toutes les créatures. Tu es nécessaire à la créature à cause du sang répandu par le Verbe Fils unique, qui s'est rendu nécessaire à sa créature par l'emportement de son amour. Tu te reposes dans les créatures qui se disposent à recevoir en elles, par la communication de tes dons, une ressemblance exacte et pure avec toi. Tu te reposes en ceux qui accueillent en eux l'effet du sang du Verbe et se rendent dignes d'être ta demeure.
Viens, Esprit Saint. Qu'elle vienne, l'union du Père, et le bon plaisir du Fils. Esprit de vérité, tu es la récompense des saints, le soulagement des âmes, la lumière des ténèbres, la richesse des pauvres, le trésor des amants, le rassasiement des affamés, le réconfort des voyageurs ; enfin tu es celui en qui sont contenus tous les trésors.
Viens, toi qui, par ta descente en la Vierge Marie, as réalisé l'incarnation du Verbe ; opère en nous par la grâce ce que tu as opéré en elle par grâce et par nature.
Viens, toi qui es la nourriture de toute chaste pensée, la source de toute bonté, le comble de toute pureté.
Viens, et absorbe en nous tout ce qui nous empêche d'être absorbés par toi.
R/ Viens, Esprit Saint,
viens au secours de notre faiblesse.
Nous avons reçu un Esprit de fils adoptifs,
par qui nous crions : Abba, Père.
L'Esprit lui-même intercède pour nous
en des gémissements ineffables.
Dieu qui sonde les cœurs
connaît les désirs de l'Esprit.
Oraison
Seigneur, toi qui aimes la virginité, tu as comblé de dons surnaturels sainte Marie-Madeleine de Pazzi dont le cœur brûlait de charité ; puisque nous la célébrons aujourd'hui, accorde-nous de trouver en elle un exemple d'innocence et d'amour.
HOMÉLIE DE S. AUGUSTIN SUR LA LETTRE AUX PHILIPPIENS
L’Apôtre nous ordonne d’être joyeux, mais dans le Seigneur, non selon le monde. Comme dit l’Écriture : Celui qui veut être l’ami de ce monde sera considéré comme l’ennemi de Dieu. De même que l’on ne peut servir deux maîtres, c’est ainsi qu’on ne peut être joyeux à la fois selon le monde et dans le Seigneur.
Que la joie dans le Seigneur l’emporte donc, jusqu’à ce que disparaisse la joie selon le monde. Que la joie dans le Seigneur augmente toujours ; que la joie selon le monde diminue toujours, jusqu’à ce qu’elle disparaisse. Je ne dis pas cela parce que, vivant en ce monde, nous ne devrons jamais nous réjouir, mais afin que, même vivant en ce monde, nous soyons joyeux dans le Seigneur.
Mais quelqu’un dit : Je suis dans le monde ; donc, Si je suis joyeux, je suis joyeux là où je suis. – Et alors ? Parce que tu es dans le monde, tu n’es pas dans le Seigneur ? Écoute encore saint Paul parlant aux Athéniens et qui, dans les Actes des Apôtres, affirme au sujet de Dieu et du Seigneur, notre Créateur : C’est en lui qu’il nous est donné de vivre, de nous mouvoir, d’exister. Car celui qui est partout, en quel lieu n’est-il pas ? N’est-ce pas à cela qu’il nous exhortait ? Le Seigneur est proche, ne soyez inquiets de rien.
C’est là un grand mystère : il est monté au-dessus des cieux, et il est tout proche de ceux qui habitent sur terre. Qui donc est à la fois lointain et tout proche, sinon celui qui s’est tellement rapproché de nous par la miséricorde ?
Car il représente tout le genre humain, cet homme qui gisait sur la route, laissé à demi-mort par les bandits, que le prêtre et le lévite ont négligé en se détournant, et dont s est approché un Samaritain qui passait, afin de le soigner et de le secourir. Alors qu’il était juste et immortel, et donc éloigné de nous qui sommes mortels et pécheurs, il est descendu jusqu’à nous, pour être tout proche, lui qui était si éloigné.
Car il ne nous a pas traités selon nos péchés. Nous sommes ses fils. Qu’est-ce qui nous le prouve ? Il est mort pour nos péchés, lui le Fils unique, pour ne pas demeurer le seul. Il n’a pas voulu être seul, lui qui est mort seul. Le Fils unique de Dieu a fait des fils de Dieu en grand nombre. Il s’est acheté des frères par son sang, il les a adoptés, lui qui avait été rejeté ; il les a rachetés, lui qui avait été vendu ; il les a comblés d’honneurs, lui qui avait été outragé ; il leur a donné la vie, lui qui avait été mis à mort.
Donc, mes frères, soyez joyeux dans le Seigneur, non selon le monde. C’est-à-dire : soyez joyeux dans la vérité, non dans l’iniquité ; soyez joyeux dans l’espérance de l’éternité, non dans l’éclat fragile de la vanité. C’est ainsi qu’il vous faut être joyeux : en tout lieu et en tout temps où vous serez ainsi, le Seigneur est proche, ne soyez inquiets de rien.
R/ Joie pour qui cherche en Dieu son refuge,
éternels cris de joie !
Dès le matin je suis tendu vers toi
et je reste en éveil.
Oui, tu bénis le juste, Seigneur,
tu l’entoures du rempart de ta grâce.
Ouvre mes lèvres
et ma bouche annoncera ta louange !
Oraison
Dieu qui ne cesses d'élever à la sainteté ceux qui te servent fidèlement, accorde-nous d'être embrasés du feu de l'Esprit Saint qui brûlait si merveilleusement au cœur de saint Philippe Néri.
LETTRE DE S. GRÉGOIRE LE GRAND À S.AUGUSTIN
Gloire à Dieu au plus haut des cieux et, paix sur la terre, aux hommes qu'il aime, parce que le grain de blé est mort en tombant sur la terre, afin de ne pas régner seulement au ciel, lui dont la mort nous fait vivre, lui dont la faiblesse nous fortifie, lui dont la souffrance nous arrache à la souffrance, lui dont l'amour nous fait rechercher en Grande-Bretagne des frères que nous ne connaissons pas, lui dont la grâce nous a fait trouver ceux que nous recherchions sans les connaître.
Personne ne serait capable d'exprimer quelle joie un tel événement a suscitée dans le cœur des fidèles ! Le peuple anglais, par l'opération de la grâce du Dieu tout-puissant et par ton labeur, mon frère, a chassé les ténèbres de l'erreur pour être inondé par la lumière de la foi. Désormais, avec une âme parfaitement saine, il piétine les idoles, devant qui le courbait une crainte déraisonnable. Il s incline, d'un cœur pur, devant le Dieu tout-puissant. Les règles données par la sainte prédication le préservent de retomber dans le mal. Les enseignements divins soumettent son âme et relèvent son intelligence. Dans la prière, il s abaisse jusqu'à terre, pour que son esprit ne gise pas à terre. Quel est l'auteur d'une telle œuvre, sinon celui qui dit : Mon Père, jusqu'à maintenant, est toujours à l'œuvre, et moi aussi je suis à l'œuvre.
Pour montrer qu'il ne convertit pas le monde par la sagesse des hommes mais par sa propre vertu, il a choisi comme prédicateurs, pour les envoyer dans le monde, des hommes ignorants. C'est encore ce qu'il fait maintenant, puisqu'il a daigné opérer de si grandes choses, en faveur du peuple anglais, par des hommes aussi faibles. Mais ce don céleste, frère très cher, exige que cette grande joie s'unisse à une très vive crainte.
Je sais en effet que Dieu tout-puissant a fait voir de grands miracles grâce à ta charité dans ce peuple qu'il a élu. Il est donc nécessaire que ce don céleste te donne de la joie en même temps que la crainte, de la crainte en même temps que la joie : tu dois te réjouir parce que les miracles extérieurs attirent les âmes des Anglais à la grâce intérieure ; mais tu dois craindre que, parmi tant de signes qui s accomplissent, l'âme faible ne s'enorgueillisse en comptant sur elle-même et que, du fait même de cette élévation et de cette gloire visible, elle ne s'effondre invisiblement par la vaine gloire.
Nous devons nous rappeler la réponse du divin maître à ses disciples, qui revenaient tout joyeux de leur prédication et lui disaient : Seigneur, même les esprits mauvais nous sont soumis en ton nom. Ils entendirent aussitôt cette parole : Ne vous réjouissez pas de cela, mais de ce que vos noms sont inscrits dans le ciel.
R/ Seul l'amour porte un fruit de justice.
Laissez l'amour poursuivre en vous son œuvre
jusqu'au jour de Jésus Christ.
Ouvrez les yeux à la lumière de l'amour,
vous serez purs et sans reproche
au jour de Jésus Christ.
Oraison
Dieu qui répandis la lumière de l'Évangile sur les peuples de l'Angleterre par la prédication de saint Augustin de Cantorbéry, permets, que ses travaux continuent de porter des fruits dans ton Église.
Du procès de Jeanne (1431)
Mon père s'appelait Jacques d'Arc. Ma mère, Isabelle. Chez moi, on m'appelait Jeannette. Depuis ma venue en France, Jeanne.
- Quel âge avez-vous ?
À peu près dix-neuf ans.
J'ai été baptisée en l'église de Domrémy par Maître Jean Minet, à ce que je crois.
C'est de ma mère que j'ai appris Pater noster, Ave Maria, Credo. Je n'ai appris ma créance d'ailleurs que de ma mère. Quand je fus grande, après l'âge de raison, en général je ne gardais pas les bêtes, mais j'aidais à les mener au pré.
Je ne suis venue en France que sur l'ordre de Dieu. Puisque Dieu le commandait, il le convenait faire. Si j'eusse eu cent pères et cent mères, et si j'eusse été fille de roi, je serais partie.
Mon étendard était blanc, en toile blanche. Il y avait dessus écrit les noms de « Jésus Marie », je crois. Mon étendard, je l'aimais plus, quarante fois plus que mon épée. Je portais mon étendard, quand j'attaquais, pour éviter de tuer personne. Jamais je n'ai tué personne.
En la semaine de Pâques dernière passée, elle étant sur les fossés de Melun, lui fut dit par ses voix qu'elle serait prise avant qu'il fût la saint Jean, et que ainsi fallait qu'il fût fait. Et qu'elle prit tout en gré, et que Dieu lui aiderait.
Et encore : - Prends tout en gré. Ne te chaille de ton martyre. Tu en viendras à fin en royaume de paradis. Très doux Dieu, en l'honneur de votre sainte Passion, je vous requiers, si vous m'aimez, que vous me révéliez ce que je dois répondre à ces gens d'Église.
- Savez-vous si vous êtes en la grâce de Dieu ?
Si je n'y suis, Dieu m'y mette. Et si j'y suis, Dieu m'y garde ! Je serai la plus malheureuse du monde, si je savais ne pas être en la grâce de Dieu ! Je m'en remets à Dieu de tout.
- Ne croyez-vous pas être sujette à l'Église qui est sur la terre, notre saint Père le Pape, cardinaux, évêques et autres prélats d'Église ?
Oui, Notre Seigneur premier servi.
Je m'en attends à mon juge, c'est le Roi du ciel et de la terre. J'en appelle à Dieu et à notre Seigneur le Pape.
C'est ma mort, maître Jean ?
J'aimerais mieux sept fois être décapitée que d'être ainsi brûlée. Donnez-moi les sacrements de pénitence, et la très sainte Eucharistie.
Non, non, je ne suis pas hérétique, ni schismatique, mais une bonne chrétienne.
Jésus, Jésus...
R/ C’est du ciel que vient la force !
Ma grâce te suffit, dit le Seigneur,
Car ma puissance se déploie dans la faiblesse.
La folie de Dieu est plus sage que les hommes
Et la faiblesse de Dieu plus forte que les hommes.
Je me vanterai surtout de mes faiblesses,
Afin que repose sur moi la puissance du Christ.
Oraison
Dieu qui as choisi sainte Jeanne d’Arc pour défendre son pays contre l’envahisseur, accorde-nous, par son intercession, de travailler pour la justice et de vivre dans la paix.
V/ Heureux ceux qui écoutent la parole de Dieu (alléluia).
R/ Heureux ceux qui la mettent en pratique (alléluia).
Cantique des cantiques (Ct 2, 8-14 ; 8, 6-7)
Voici mon bien-aimé qui vient
J’entends mon bien-aimé ! Le voici : Il vient ! Sautant par-dessus les monts, bondissant pardessus les collines, mon bien-aimé est comparable à une gazelle ou à un faon de biche. Le voici : il s’arrête derrière notre mur ; il regarde par la fenêtre ; il épie par le treillis. Mon bien-aimé chante et me dit : « Debout, toi, ma bien-aimée, ma belle, et viens-t’en. Car voici que l’hiver passe ; la pluie cesse, elle s’en va. On voit des fleurs dans le pays ; la saison de la chanson arrive ; et on entend dans notre pays la voix de la tourterelle. Le figuier mûrit son fruit vert et les ceps en boutons donnent leur senteur. Debout, toi ma bien-aimée, ma belle, et viens-t’en. Ma colombe au creux d’un rocher, au plus caché d’une falaise, fais-moi voir ton visage, fais-moi entendre ta voix ; car ta voix est agréable et ton visage est beau. »
Mets-moi comme un sceau sur ton cœur, comme un sceau sur ton bras. Car : Fort comme la Mort est Amour ; inflexible comme Enfer est Jalousie ; ses flammes sont des flammes ardentes : un coup de foudre sacré. Les Grandes Eaux ne pourraient éteindre l'Amour et les Fleuves ne le submergeraient pas. Si quelqu'un donnait tout l'avoir de sa maison en échange de l'amour, à coup sûr on le mépriserait.
Bienheureuse es-tu, Marie,
D'avoir été pauvre devant Dieu ;
L'amour s'est emparé de toi
Et tu as chanté :
Mon âme exalte le Seigneur.
R/ Mon âme exalte le Seigneur :
Éternel est son amour.
Chante et réjouis-toi, fille de Sion,
Voici que Dieu vient demeurer au milieu de toi.
Dieu pour toi exulte de joie,
Il te renouvelle par son amour.
HOMÉLIE DE S. BÈDE LE VÉNÉRABLE
Marie exalte le Seigneur
Mon âme exalte le Seigneur ; exulte mon esprit en Dieu mon Sauveur. Le sens premier de ces mots est certainement de confesser les dons que Dieu lui a accordés, à elle, Marie, spécialement ; mais elle rappelle ensuite les bienfaits universels dont Dieu ne cesse jamais d'entourer la race humaine.
L'âme glorifie le Seigneur quand elle consacre toutes ses puissances intérieures à louer et à servir Dieu ; quand, par sa soumission aux préceptes divins, elle montre qu'elle ne perd jamais de vue sa puissance et sa majesté.
L'esprit exulte en Dieu son Sauveur, quand il met toute sa joie à se souvenir de son Créateur dont il espère le salut éternel.
Ces mots, sans doute, expriment exactement ce que pensent tous les saints, mais il convenait tout spécialement qu'ils soient prononcés par la bienheureuse Mère de Dieu qui, comblée d'un privilège unique, brûlait d'un amour tout spirituel pour celui qu'elle avait eu la joie de concevoir en sa chair. Elle avait bien sujet, et plus que tous les saints, d'exulter de joie en Jésus – c'est-à-dire en son Sauveur – car celui qu'elle reconnaissait pour l'auteur éternel de notre salut, elle savait qu'il allait, dans le temps, prendre naissance de sa propre chair, et si véritablement qu'en une seule et même personne serait réellement présent son fils et son Dieu.
Car le Puissant fit pour moi des merveilles. Saint est son nom ! Pas une allusion à ses mérites à elle. Toute sa grandeur, elle la rapporte au don de Dieu qui, subsistant par essence dans toute sa puissance et sa grandeur, ne manque pas de communiquer grandeur et courage à ses fidèles, si faibles et petits qu'ils soient en eux-mêmes.
Et c'est bien à propos qu'elle ajoute : Saint est son nom, pour exhorter ses auditeurs et tous ceux auxquels parviendraient ses paroles, pour les presser de recourir à l'invocation confiante de son nom. Car c'est de cette manière qu'ils peuvent avoir part à l'éternelle sainteté et au salut véritable, selon le texte prophétique : Quiconque invoquera le nom du Seigneur sera sauvé. C'est le nom dont elle vient de dire : Exulte mon esprit en Dieu mon Sauveur.
Aussi est-ce un usage excellent et salutaire, dont le parfum embaume la Sainte Basile, que celui de chanter tous les jours, à vêpres, le cantique de la Vierge. On peut en attendre que les âmes des fidèles, en faisant si souvent mémoire de l'incarnation du Seigneur, s'enflamment d'une plus vive ferveur, et que le rappel si fréquent des exemples de sa sainte Mère les affermisse dans la vertu. Et c'est bien le moment, à vêpres, de revenir à ce chant, car notre âme, fatiguée de la journée et sollicitée en sens divers par les pensées du jour, a besoin, quand approche l'heure du repos, de se rassembler pour retrouver l'unité de son attention.
Bienheureuse es-tu, Marie,
D'avoir été pauvre devant Dieu ;
L'amour s'est emparé de toi
Et tu as chanté :
Mon âme exalte le Seigneur.
R/ Mon âme exalte le Seigneur :
Éternel est son amour.
Le Seigneur a fait pour moi des merveilles :
Saint est son nom.
Oraison
Dieu tout-puissant, tu as inspiré à la Vierge Marie, qui portait en elle ton propre Fils, de visiter sa cousine Élisabeth ; accorde-nous d'être dociles au souffle de l'Esprit, afin de pouvoir, nous aussi, te magnifier éternellement.