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9 juin : saint Ephrem

 

HOMÉLIE DE SAINT ÉPHREM

Chasse les ténèbres nocturnes de notre esprit, Seigneur, par la lumière diurne de ta connaissance, pour que notre esprit ainsi éclairé te serve par son renouvellement dans la pureté.

Lorsque le soleil entreprend sa course, les mortels commencent leur travail ; fais de nos esprits, Seigneur, une belle demeure pour ce jour qui ne connaît pas de déclin. Accorde-nous de voir en nous-mêmes la vie apportée par la résurrection, et que rien ne détourne nos esprits de tes beautés. Imprime en nous, Seigneur, la trace de ce jour, qui ne dépend pas du mouvement et de la course du soleil, en nous donnant de te rechercher assidûment.

Par tes sacrements puissions-nous t'embrasser chaque jour en te recevant dans notre corps. Rends-nous capables d'expérimenter en nous-mêmes la résurrection que nous espérons. Nous avons caché ce trésor dans notre corps avec la grâce du baptême ; que ce trésor s'enrichisse encore à la table de tes sacrements. Donne-nous la joie de ta grâce. Nous recevons ton mémorial dans ton banquet spirituel ; puissions-nous le posséder effectivement lors du renouvellement futur.

Puissions-nous comprendre à quelle beauté nous sommes appelés, en découvrant cette beauté spirituelle que ta volonté immortelle fait éclore au sein de la mortalité elle-même.

Ton crucifiement, ô notre Sauveur, a mis fin à ta vie corporelle ; accorde-nous de crucifier notre esprit pour préfigurer la vie de l'Esprit. Que ta résurrection, ô Jésus, confère sa grandeur à notre homme spirituel ; que la contemplation de tes sacrements soit le miroir dans lequel nous le connaîtrons.

Ton plan divin, ô notre Sauveur, préfigure le monde de l'Esprit ; accorde-nous de le parcourir comme il convient à l'homme spirituel.

Ne prive pas notre âme, Seigneur, de ta manifestation spirituelle et n'éloigne pas de nos membres la chaleur de ton amour. La mortalité qui se cache dans notre corps répand en nous la corruption ; que l'épanchement de ton amour spirituel purifie notre cœur des effets de cette condition mortelle. Accorde-nous, Seigneur, de nous hâter vers notre cité et de la contempler pour en prendre possession, comme Moïse du sommet de la montagne.

R/ Ô abîme de la sagesse

et de la science de Dieu,

insondables, ses décrets,

incompréhensibles, ses voies !

Mystère de Dieu, mystère du Christ,

où se trouvent cachés tous les trésors

de la sagesse et de la connaissance.

Dieu a voulu nous faire connaître

la gloire de ce mystère au milieu des nations :

le Christ parmi nous, l'espérance de la gloire.

Oraison

Dieu que nulle parole ne peut dire, Répands en nos cœurs le souffle d'en-haut qui inspirait au diacre saint Éphrem de dire la beauté de tes mystères, et de passer sa vie à te servir.


Juin 11, St Barnabé

 

HOMÉLIE DE S. CHROMAGE D'AQUILÉE

Vous êtes la lumière du monde. Une ville située sur une montagne ne peut être cachée. Et l'on n'allume pas une lampe pour la mettre sous le boisseau ; on la met sur le lampadaire, et elle brille pour tous ceux qui sont dans la maison. Le Seigneur avait appelé ses disciples sel de la terre parce qu'ils ont relevé par la saveur de la sagesse céleste les cœurs humains affadis par le démon. Et maintenant il les appelle lumière du monde parce que, éclairés par lui, qui est la lumière éternelle et véritable, ils sont devenus à leur tour une lumière dans les ténèbres.

Parce qu'il est lui-même le Soleil de justice il peut aussi appeler ses disciples lumière du monde ; c'est par eux, comme par des rayons étincelants, qu'il déverse la lumière de sa connaissance sur la terre entière ; en effet, ils ont chassé les ténèbres de l'erreur loin du cœur des hommes, en montrant la lumière de la vérité.

Éclairés par eux, nous-mêmes, de ténèbres que nous étions, sommes devenus lumière, comme dit saint Paul : Autrefois, vous n'étiez que ténèbres ; maintenant, dans le Seigneur, vous êtes devenus lumière ; vivez comme des fils de la lumière. Et encore : Vous n'appartenez pas à la nuit ni aux ténèbres ; vous êtes tous des fils de la lumière, des fils du jour. Saint Jean a eu raison d'affirmer dans sa lettre : Dieu est lumière, et : Celui qui demeure en Dieu est dans la lumière comme il est lui-même dans la lumière. Aussi, puisque nous avons la joie d'être délivrés des ténèbres de l'erreur, nous devons vivre dans la lumière, comme des fils de lumière. Ce qui fait dire à l'Apôtre : Parmi eux, vous apparaissez comme des sources de lumière dans le monde, vous qui portez la parole de vie.

Si nous n'agissons pas ainsi, on verra que, pour notre malheur comme pour celui des autres, nous couvrons et nous cachons par notre manque de foi comme par un voile les bienfaits de cette lumière si nécessaire. Aussi savons-nous, pour l'avoir lu dans l'Évangile, que nous encourons le châtiment mérité par celui qui avait reçu un talent pour lui faire gagner le ciel, et qui a mieux aimé le cacher que de le confier à la banque.

C'est pourquoi cette lampe resplendissante, qui a été allumée pour servir à notre salut, doit toujours briller en nous. Nous avons en effet la lampe du commandement céleste et de la grâce spirituelle, ce dont David a témoigné ainsi : Ta parole est une lampe pour mes pas, une lumière pour ma route. Et Salomon a dit : Le précepte de la loi est une lampe.

Cette lampe de la loi et de la foi, nous ne devons donc pas la cacher, mais l'installer toujours dans l'Église comme sur le lampadaire, pour le salut d'un grand nombre, afin de jouir nous-mêmes de la lumière de sa vérité, et d'en éclairer tous les croyants.

R/ Christ est notre lumière, notre soleil levant !

Qui regarde vers lui resplendira,

point d'ombre sur son visage.

Il vient nous visiter,

en lui la joie de notre cœur.

 

Te Deum

Oraison

Dieu qui as dit de mettre à part saint Barnabé, cet homme plein de foi et de l’Esprit Saint, pour qu’il porte aux païens le message du salut ; fais que l’Évangile du Christ, dont il fut l’Apôtre courageux, soit encore annoncé fidèlement en paroles et en actes.


Juin 13 St Antoine de Padoue

 

HOMÉLIE DE S. ANTOINE DE PADOUE

Celui qui est rempli du Saint-Esprit parle diverses langues. Ces diverses langues sont les divers témoignages rendus au Christ, comme l’humilité, la pauvreté, la patience et l’obéissance. Nous les parlons quand, en les pratiquant nous-mêmes, nous les montrons aux autres. La parole est vivante, lorsque ce sont les actions qui parlent. Je vous en prie, que les paroles se taisent, et que les actions parlent. Nous sommes pleins de paroles mais vides d’actions ; à cause de cela, le Seigneur nous maudit, lui qui a maudit le figuier où il n’a pas trouvé de fruits mais seulement des feuilles. "La loi, dit saint Grégoire, a été présentée au prédicateur pour qu’il pratique ce qu’il prêche." Il perd son temps à répandre la connaissance de la loi, celui qui détruit son enseignement par ses actions.

Mais les Apôtres parlaient selon le don de l’Esprit. Heureux celui qui parle selon le don de l’Esprit, et non selon son propre sentiment. Car il y en a qui parlent selon leur propre esprit, dérobent les paroles d’autrui, les proposent comme si elles étaient à eux et se les attribuent. C’est de ces gens-là et de leurs pareils que le Seigneur dit en Jérémie : Je vais m’en prendre aux prophètes – parole du Seigneur – qui se dérobent mutuellement mes paroles. Je vais m’en prendre aux prophètes – parole du Seigneur – qui mettent leur langue en mouvement pour dire : Parole du Seigneur. Je vais m’en prendre aux prophètes qui ont des songes fallacieux – parole du Seigneur –, qui les racontent et qui égarent mon peuple par leurs mensonges et leurs prodiges. Moi, je ne les ai ni envoyés, ni chargés de mes ordres, et ils ne sont d’aucune utilité à ce peuple, parole du Seigneur.

Parlons donc selon ce que l’Esprit Saint nous donnera de dire. Demandons-lui humblement et pieusement de répandre en vous sa grâce, pour que nous atteignions le chiffre de la Pentecôte (cinquante) en multipliant la connaissance naturelle des cinq sens par l’observation des Dix Commandements ; pour que nous soyons remplis d’un violent esprit de contrition, que nous soyons embrasés par les langues de feu de la profession de notre foi ; pour qu’enfin, ainsi embrasés et illuminés, nous puissions, dans les splendeurs des saints, voir le Dieu unique en trois Personnes.

 

R/ Ta parole, Seigneur, est lumière dans la nuit.

Vers qui pouvons-nous aller, Seigneur ?

Toi seul nous conduis au Royaume.

 

Heureux qui suit jusqu’au bout

Le chemin que tu lui traces.

 

Heureux qui médite en son cœur

Les voies mystérieuses de l’amour.

 

Oraison

Dieu éternel et tout-puissant, tu as voulu que ton peuple trouve en saint Antoine de Padoue un grand prédicateur de l'Évangile et un défenseur des pauvres ; permets qu'avec ton aide, et fidèles à ses leçons de vie chrétienne, nous ressentions dans nos épreuves le bienfait de ton secours.


19 juin : saint Romuald

 

VIE DE SAINT ROMUALD, PAR SAINT PIERRE DAMIEN

 

Romuald habita trois ans sur le territoire de la ville de Parenzo. La première année, il bâtit un monastère et y installa un abbé avec des frères. Pendant deux ans, il demeura reclus. La bonté divine l'y éleva jusqu'à un haut sommet de perfection au point que, sous l'inspiration du Saint-Esprit, il entrevit plusieurs événements futurs et pénétra des rayons de son intelligence beaucoup de mystères cachés de l'ancien et du nouveau Testament.

En effet, une Si haute contemplation de la divinité le ravissait souvent ; fondant en larmes, embrasé par une ardeur indicible d'amour divin, il s'écriait : Mon cher, cher Jésus, mon doux miel, désir inexprimable, douceur des saints, délices des anges, et autres paroles semblables. Ce qu'il proclamait ainsi, sous la dictée du Saint-Esprit, par une sorte de vocalise, nous sommes incapables de l'exprimer en langage humain.

Chaque fois que ce saint homme se disposait à résider quelque part, il commençait par aménager dans sa cellule un oratoire avec un autel, puis il condamnait sa porte pour vivre en reclus.

Après avoir habité ainsi en bien des lieux, voyant que sa fin était imminente, il revint enfin au monastère qu'il avait construit à Val di Castro. Là, pour attendre sans inquiétude sa fin toute proche, il se fit construire une cellule avec un oratoire pour y être reclus et garder le silence jusqu'à sa mort.

Lorsqu'on eut fait cette cellule, alors qu'il pensait devoir entrer bientôt en réclusion, son corps commença d'être accablé par des infirmités de plus en plus pénibles, et à se courber, beaucoup moins sous le poids de la maladie que de son grand âge. Un jour, son corps perdit progressivement toute vigueur et fut épuisé par le progrès de ses infirmités. Quand le soleil fut sur le point de se coucher, il ordonna aux deux frères qui l'assistaient de sortir et de fermer la porte derrière eux. Ils devaient revenir auprès de lui à l'aube pour célébrer leurs Matines. Et comme ils sortaient de mauvais gré, soucieux de sa fin prochaine, ils ne se hâtent pas de prendre aussitôt leur repos ; inquiets de voir mourir leur maître, ils restent cachés auprès de sa cellule pour observer celui qu'ils considèrent comme leur plus précieuse richesse. Ils demeurent ainsi quelque temps. Puis, écoutant avec plus d'attention, ils n'entendent plus aucun mouvement ni aucune parole. Devinant ce qui s'était passé, ils enfoncent la porte, se précipitent, font de la lumière et découvrent le cadavre du saint gisant sur le dos, tandis que son âme bienheureuse venait d'être ravie au ciel. Il gisait comme une perle céleste, alors abandonnée, mais qui devait ensuite être déposée avec honneur dans le trésor du souverain Roi.

R/ Ton serviteur

est devenu ton ami, Seigneur,

et sa bénédiction passe jusqu'à nous.

Il n'est plus jamais seul, dans la solitude,

celui dont le silence est habité par Dieu.

Il a trouvé la paix pour la répandre,

celui qui se donne à ses frères.

Il est comblé d'une joie singulière,

celui dont le Royaume est l'unique désir.

Il entraîne vers Dieu un grand nombre de fils,

celui qui a gravi le chemin de l'humilité.

Oraison

Tu as voulu, Seigneur, que saint Romuald restaure dans l'Église la vie érémitique ; donne-nous de renoncer à nous-mêmes pour suivre le Christ, et de parvenir ainsi au Royaume des cieux.


Juin 21, St Louis de Gonzague

 

DERNIÈRE LETTRE DE S. LOUIS DE GONZAGUE À SA MÈRE (10 juin 1591)

J'implore pour vous, Madame, la grâce et la consolation constantes du Saint-Esprit. Sans doute, lorsqu'on m'a remis votre lettre, j'étais encore dans cette région des morts. Mais maintenant, eh bien, il faut aspirer au ciel, pour que nous puissions louer le Dieu éternel sur la terre des vivants. J'espérais depuis longtemps que j'accomplirais ce voyage plus tôt. Si la charité consiste, comme dit saint Paul, à pleurer avec ceux qui pleurent, à être joyeux avec ceux qui sont dans la joie, il est nécessaire, ma mère, que vous puisiez une immense joie dans le fait que, par bonté et par faveur envers vous, le Seigneur  'annonce la véritable allégresse et la paix, puisque je ne crains plus de jamais le perdre.

Je vous l'avouerai, lorsque je médite sur la bonté divine, comparable à la mer qui est sans fond et sans rivage, mon âme tombe dans un abîme ; engloutie dans une telle immensité, elle me paraît s'égarer et ne savoir que répondre : comment ! le Seigneur, après un travail si bref et si mince, m'invite à l'éternel repos ! Du ciel, il m'appelle à la félicite infinie que j'ai recherchée avec tant de négligence, il veut récompenser les larmes que j'ai versées avec tant de parcimonie.

Pensez-y toujours, Madame, et prenez garde d'offenser cette bonté infinie de Dieu : c'est ce qui arriverait si vous pleuriez comme un mort celui qui va vivre en présence de Dieu et qui, par sa prière, vous aidera beaucoup plus dans vos affaires qu'il ne le ferait en cette vie. Notre séparation ne durera pas longtemps ; nous nous reverrons au ciel ; nous serons unis ensemble à l'auteur de notre salut ; de tout l'élan de notre âme, nous le louerons et nous chanterons éternellement ses miséricordes, en jouissant d'un bonheur éternel. Le Seigneur nous reprend ce qu'il nous avait prêté sans autre intention que de nous mettre dans un séjour plus tranquille et plus sûr et de nous combler des biens que nous désirions pour nous-mêmes.

Si je dis tout cela, c'est seulement pour céder à un désir qui me possède : que vous, Madame, et tout le reste de la famille, vous teniez mon départ pour un joyeux bienfait ; et que vous accompagniez de votre bénédiction maternelle celui qui fait cette traversée, jusqu'à ce que vous abordiez vous-même au rivage où résident toutes mes espérances. Je l'ai fait d'autant plus volontiers qu'il ne me restait plus rien à faire que de vous témoigner de la façon la plus évidente l'amour et le respect que je vous dois, comme un fils à sa mère.

 

R/ Vers toi j'ai les yeux levés,

Seigneur qui te tiens au ciel.

 

Le jour du Seigneur arrive

comme un voleur en pleine nuit.

 

Vous qui êtes enfants de la lumière,

enfants du jour, restez éveillés et sobres.

 

Toujours joyeux, priez sans cesse,

en toute condition, soyez dans l'action de grâce.

Oraison

Seigneur, dispensateur des dons spirituels, tu as réuni dans le jeune Louis de Gonzages la pratique de la pénitence et une admirable pureté de vie ; si nous n'avons pas la même innocence, accorde-nous, à sa prière et par ses mérites, d'imiter son renoncement.


22 juin : saint Thomas More

 

ENTRETIENS DE PRISON DE S. THOMAS MORE AVEC SA FILLE MARGARET

Je sais, ma chère Margaret, toute l'indignité de ma vie passée : elle m'a bien mérité que Dieu me laisse trébucher. Cependant je ne puis que faire confiance à sa bonté miséricordieuse. En effet sa grâce m'a fortifié jusqu'ici c'est elle qui m'a donné le courage d'abandonner mes biens, mes propriétés et jusqu'à ma vie, plutôt que de jurer contre ma conscience. C'est elle aussi qui a suggéré au Roi de me traiter avec clémence, puisque jusqu'à ce jour il ne m'a pris que nia liberté. Par là, grâce à Dieu, sa Majesté m'a procuré un plus grand bien : le progrès spirituel que je suis sûr de trouver ici. Cela vaut mieux que tous les honneurs et les richesses dont il m'avait comblé auparavant. Je ne peux donc manquer de confiance en la grâce de Dieu : ou bien elle retiendra le cœur du roi pour qu'il ne me traite pas plus sévèrement ou bien elle me donnera toujours les forces nécessaires pour supporter n'importe quelles épreuves, patiemment, courageusement et même joyeusement.

Ma patience, unie aux mérites de la cruelle passion du Christ, (qui certes surpasse de mille lieues en mérites et en qualité tout ce que je puis avoir à souffrir). Ma patience atténuera les châtiments qui me sont dus au purgatoire et par la générosité de la bonté divine, elle me vaudra même un petit surplus de récompense au ciel.

Ma chère Meg, je ne veux pas manquer de confiance en Dieu pourtant je sens que la peur pourrait bien me submerger. Je me rappellerai que saint Pierre, à cause de son peu de foi, commençait à s'enfoncer sous un coup de vent, et je ferai comme lui : j'en appellerai au Christ et lui demanderai son secours. Ainsi j'espère qu'il me tendra la main, me saisira et ne me laissera pas m'enfoncer.

Et s'il permet que je joue le rôle de Pierre dans sa conduite ultérieure, que je tombe tout à fait, en jurant et en abjurant (mais que notre Seigneur, par sa miséricordieuse Passion, m’en préserve, et qu'une telle chute me nuise plutôt que de me rapporter aucun bénéfice), s'il permet que je tombe, j'espère pourtant qu'il jettera sur moi, comme sur Pierre, un regard plein de miséricorde, et qu'il me relèvera pour que je confesse de nouveau la vérité et que je libère nia conscience j'espère aussi qu'il me fera supporter courageusement le châtiment et la honte d'un tel reniement.

Bref, ma chère Margot, je suis absolument certain que, sauf péché de ma part, Dieu ne m'abandonnera pas. En toute espérance et sécurité, je vais donc me confier totalement à lui. S'il me laisse périr à cause de mes fautes, je servirai au moins à glorifier sa justice. J'espère pourtant que sa tendre pitié gardera ma pauvre âme saine et sauve et fera que l'on verra en moi resplendir sa miséricorde plutôt que sa justice.

Donc, nia chère fille, garde un bon moral, ne te laisse troubler par rien de ce qui peut m'arriver en ce monde. Rien ne peut arriver sans que Dieu le veuille. Et tout ce u il veut, si mauvais que cela nous paraisse, est vraiment meilleur.

R/ Heureux l’homme qui met sa foi dans le Seigneur !

Sois fort et tiens bon,

que le livre de la loi

soit toujours sur tes lèvres.

Sois sans crainte ni frayeur :

le Seigneur ton Dieu

est avec toi partout où tu iras !

Vous tous, disciples du Seigneur,

fortifiez-vous

dans la grâce du Seigneur Jésus !

Oraison

Tu as voulu, Seigneur, que le témoignage du martyre soit la plus belle expression de la foi ; accorde-nous, à la prière des saints Jean Fisher et Thomas More, la force de confirmer par toute notre vie la foi que nos lèvres proclament.


22 juin : saint Paulin de Nole

 

LETTRE DE PAULIN DE NOIE À ALYPIUS, ÉVÊQUE DE THAGASTE

C'est d'une vraie charité, d'une parfaite dilection que tu viens de faire preuve à l'égard de ma modeste personne, Seigneur Alypius, appelé à juste titre saint et bienheureux père, très cher ami. En effet, j'ai reçu par mon messager Julien, qui revenait de Carthage, une lettre qui m'apportait une Si grande lumière venant de ta piété qu'il m'a semblé non pas y découvrir ta charité envers moi, mais la retrouver. Car cette charité a jailli de celui qui nous a destinés à lui dès l'origine du monde, et en qui nous avons été créés avant de naître, car c'est lui qui nous a faits et non pas nous, c'est lui qui a fait ce qui doit venir. Nous avons donc été formés par sa prescience et son œuvre créatrice, et nous avons été unis par une charité antérieure à toute connaissance, afin d'avoir des volontés semblables et de nous rejoindre dans l'unité de la foi, ou dans la foi en l'unité. C'est ainsi que nous nous sommes connus l'un l'autre avant de nous voir de nos yeux, par une révélation de l'esprit.

Je me réjouis donc et me glorifie dans le Seigneur : étant seul et unique, c'est lui qui, à travers le monde entier, fait agir son amour en tous les siens par le Saint-Esprit. Il a répandu celui-ci sur tout homme : c'est le fleuve dont le courant fait la joie de sa cité. Dans cette cité, le Siège Apostolique, à juste titre, a fait de toi un évêque ; il t'a établi parmi les princes de son peuple, et quant à moi, il m'a relevé de la poussière, il a honoré le pauvre que je suis, il a voulu que je partage ton sort. Mais ce qui me réjouit davantage, dans cette faveur de Dieu, c'est qu'il m'a installé dans la demeure de ton cœur, il a daigné m'introduire au plus profond de ton affection. C'est pourquoi je revendique une confiance toute particulière de ta charité, que doivent exciter nos fonctions et nos charges d'évêques, et il ne m'est pas permis de t'aimer de façon hésitante et superficielle.

Pour que tu n'ignores rien de moi, sache qu'un pécheur aussi invétéré n'a pas été tiré jadis des ténèbres et de l'ombre de la mort pour aspirer le souffle de la vie ; qu'il n'a pas jadis mis la main à la charrue et pris sa croix avec assez de force pour aller jusqu'au bout, s'il n'a pas le secours de tes prières. Ce bienfait mettra le comble à tes mérites si, par ton intercession, tu allèges mes fardeaux. En effet, l'homme pieux qui aide l'homme accablé, car je n'ose dire : «  le frère », s'élèvera comme une grande cité.

J'ai envoyé à ta sainteté le pain unique en vue de l'unité, pain dans lequel se trouve aussi l'indivisible Trinité. Tu feras de ce pain une eulogie, si tu veux bien le recevoir.

R/ Heureux ceux qui écoutent la Parole de Dieu

et qui la gardent.

Que le Seigneur vous fasse croître

et abonder dans l'amour mutuel.

Que le Seigneur affermisse vos cœurs

dans une sainteté sans reproche devant lui.

Que Dieu notre Père vous garde vigilants

pour l'avènement de notre Seigneur Jésus Christ

avec tous ses saints.

Oraison

Tu nous as donné, Seigneur, dans l'évêque Paulin de Noie, un modèle de zèle pastoral et de tendresse pour les pauvres ; fais qu'en célébrant ses mérites, nous prenions exemple sur sa charité.


Juin 24, St Jean Baptiste

V/ Il est venu pour rendre témoignage à la lumière

R/ Afin que tous croient par lui.

Livre de Jérémie (Jr 1, 4-10.17-19)

Vocation du prophète

Paroles de Jérémie, fils de Helkias, l'un des prêtres qui étaient à Anatoth, dans le territoire de Benjamin.

Le Seigneur m'adressa la parole et me dit :

«  Avant même de te former dans le sein de ta mère, je te connaissais ; avant que tu viennes au jour, je t'ai consacré ; je fais de toi un prophète pour les peuples. »

Et je dis : «  Oh ! Seigneur mon Dieu ! Vois donc : je ne sais pas parler, je ne suis qu'un enfant ! »

Le Seigneur reprit : «  Ne dis pas : 'Je ne suis qu'un enfant !' Tu iras vers tous ceux à qui je t'enverrai, tu diras tout ce que je t'ordonnerai.

Ne les crains pas, car je suis avec toi pour te délivrer, déclare le Seigneur. »

Puis le Seigneur étendit la main, il me toucha la bouche et me dit : «  Ainsi, je mets dans ta bouche mes paroles !

Sache que je te donne aujourd'hui autorité sur les peuples et les royaumes, pour arracher et abattre, pour démolir et détruire, pour bâtir et planter.

Lève-toi, tu prononceras contre eux tout ce que je t'ordonnerai. Ne tremble pas devant eux, sinon, c'est moi qui te ferai trembler devant eux.

Moi, je fais de toi aujourd'hui une ville fortifiée, une colonne de fer, un rempart de bronze, pour faire face à tout le pays, aux rois de Juda et à ses chefs, à ses prêtres et à tout le peuple.

Ils te combattront, mais ils ne pourront rien contre toi, car je suis avec toi pour te délivrer. Parole du Seigneur. »

 

Saisis de joie, vous demandez :

Quel sera cet enfant ?

– C'est lui le messager de la première espérance.

Accueillez-le de la part du Seigneur :

Il vient tracer le chemin de l'Époux

Et préluder au chant des Noces.

 

R/ Béni soit le Dieu fidèle,

Il vient nous donner son amour.

Il se souvient de l'Alliance sainte,

Jadis annoncée par les prophètes.

Il nous suscite une force de salut

Dans la maison de David son serviteur.

 

HOMÉLIE DE S. AUGUSTIN POUR LA NATIVITÉ DE JEAN BAPTISTE

L'Église considère la naissance de Jean comme particulièrement sacrée : on ne trouve aucun des saints qui nous ont précédés dont nous célébrions solennellement la naissance. Nous ne célébrons que celle de Jean et celle du Christ. Ce ne peut être sans motif ; et si peut-être nous n'y voyons pas très clair en raison de la noblesse d'un tel mystère, nous le méditerons cependant de façon fructueuse et profonde.

Jean naît d'une vieille femme stérile ; le Christ naît d'une jeune fille vierge. La naissance de Jean rencontre l'incrédulité, et son père devient muet ; Marie croit à celle du Christ, et elle le conçoit par la foi. Nous vous avons proposé d'en chercher la raison, nous vous avons annoncé que nous allions y réfléchir. Mais c'était un simple préambule, et si nous ne sommes pas capables de scruter les replis d'un si grand mystère, faute de capacité ou de temps, vous serez mieux instruits par celui qui parle en vous, même en notre absence, celui à qui vous pensez avec affection, celui que vous avez accueilli dans votre cœur, celui dont vous êtes devenus les temples.

Jean apparaît donc comme une frontière placée entre les deux testaments, l'ancien et le nouveau. Qu'il forme une sorte de frontière, le Seigneur lui-même l'atteste lorsqu'il dit : La Loi et les Prophètes vont jusqu'à Jean. Il est donc un personnage de l'antiquité et le héraut de la nouveauté. Parce qu'il représente l'antiquité, il naît de deux vieillards ; parce qu'il représente la nouveauté, il se révèle prophète dans les entrailles de sa mère. En effet, avant sa naissance, lorsque Marie s'approcha, il bondit dans le sein de sa mère. Là déjà il était désigné pour sa mission, désigné avant d'être né. Il apparaît déjà comme le précurseur du Christ, avant que celui-ci puisse le voir. Ces choses-là sont divines et elles dépassent la capacité de la faiblesse humaine. Enfin a lieu sa naissance, il reçoit son nom, son père retrouve la parole. Il faut rattacher ces événements à leur symbolisme profond.

Zacharie se tait et perd la parole jusqu'à la naissance de Jean, précurseur du Seigneur, qui lui rend la parole. Que signifie le silence de Zacharie sinon que la prophétie a disparu, et qu'avant l'annonce du Christ, elle est comme cachée et close ? Elle s'ouvre à son avènement, elle devient claire pour l'arrivée de celui qui était prophétisé. La parole rendue à Zacharie à la naissance de Jean correspond au voile déchiré à la mort de Jésus sur la croix. Si Jean s'était annoncé lui-même, la bouche de Zacharie ne se serait pas rouverte. La parole lui est rendue à cause de la naissance de celui qui est la voix ; car on demandait à Jean qui annonçait déjà le Seigneur : Toi, qui es-tu ? Et il répondit : Je suis la voix qui crie dans le désert. La voix, c'est Jean, tandis que le Seigneur est la Parole : Au commencement était le Verbe. Jean, c'est la voix pour un temps ; le Christ, c'est le Verbe au commencement, c'est le Verbe éternel.

 

R/ Prophète du Très-Haut,

Tu marcheras devant le Seigneur

Pour préparer ses voies.

 

Dieu enverra son messager devant lui,

Et soudain il entrera dans son temple,

Le Seigneur que vous cherchez.

 

Pour vous qui craignez le nom du Seigneur,

Le Soleil de justice va briller

Avec le salut dans ses rayons.

 

Te Deum

Oraison

Tu as voulu, Seigneur, que saint Jean Baptiste prépare ton peuple à la venue du Messie ; accorde à ton Église le don de la joie spirituelle, et guide l'esprit de tous les croyants dans la voie du salut et de la paix.


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