Jésus ayant de nouveau gagné l’autre rive sur la barque, une foule nombreuse s’assembla autour de lui ; et il était au bord de la mer.
Et cum transcendisset Jesus in navi rursum trans fretum, convenit turba multa ad eum, et erat circa mare.
Καὶ διαπεράσαντος του̃ 'Iησου̃ έν τω̣̃ πλοίω̣ πάλιν είς τὸ πέραν συνήχθη όχλος πολὺς έπ’ αύτόν καὶ η̃ν παρὰ τὴν θάλασσαν
5.21. — Cum transcendisset. Ce verset raconte l’occasion du double miracle opéré par Jésus presque aussitôt après qu’il eût franchi le lac et débarqué sur la rive occidentale. Sur l’ordre chronologique des faits, voyez l’Évangile selon saint Matthieu, Mt 8.18. — Convenit turba. À peine le Sauveur avait-il mis pied à terre, que déjà une multitude considérable l’entourait. Saint Luc, Lc 8.40, signale la raison de ce rapide concours : « Erant enim omnes exspectantes eum ».
Alors vint un des chefs de synagogue, nommé Jaïre, qui, le voyant, se jeta à ses pieds,
Et venit quidam de archisynagogis nomine Jairus, et videns eum procidit ad pedes ejus,
καὶ ίδοὺ, έρχεται εί̃ς τω̃ν άρχισυναγώγων όνόματι 'Iάειρος καὶ ίδὼν αύτὸν πίπτει πρὸς τοὺς πόδας αύτου̃
5.22. — Quidam de archisynagogis. Saint Matthieu avait simplement dit « princeps unus ». Saint Marc et saint Luc relèvent la haute fonction ecclésiastique du suppliant. Chaque synagogue était gouvernée par un collège ou chapitre de notables, que présidait un chef nommé en hébreu ראש הכנסת, Rosch-Hakkenèceth, άρχων τη̃ς συναγωγη̃ς, comme traduit saint Luc[274]. Jésus avait bien peu d’amis et de disciples parmi ces chefs. Mais voici que le malheur lui en conduit un ! — Nomine Jairus : en grec 'Iάειρος, en hébreu יאיר ; cf. Nb 32.41 ; Jdt 10.3 ; Est 2.5. Les Évangélistes mentionnent rarement les noms des personnes qui furent l’objet des miracles du Sauveur : ils font une exception pour Jaïre, sans doute à cause de la grandeur du prodige qui eut lieu dans sa maison. — Procidit. Malgré sa dignité, il tombe aux pieds de Notre-Seigneur. Qu’on nous permette de citer une belle réflexion de M. Schegg à propos de cette prostration. « Jésus ne courait point au-devant des honneurs humains ; pourtant, nous ne lisons nulle part qu’il ait refusé des hommages de ce genre. Jamais, au moment de pareilles scènes, il ne s’écria comme Paul et Barnabe : Hommes, pourquoi faites-vous cela ? Nous aussi, nous sommes des mortels comme vous ! Ac 14.14. Il avait remarqué sans peine que les Pharisiens en étaient scandalisés ; et néanmoins il laissait faire ce qu’il n’aurait pas pu empêcher sans témoigner contre la vérité. Cette conduite mérite notre pleine attention : il y a là une preuve en faveur de la divinité de Jésus-Christ[275] ».
et le suppliait avec instance, en disant : « Ma fille est à l’extrémité ; venez, imposez-lui les mains, afin qu’elle guérisse et qu’elle vive ».
et deprecabatur eum multum, dicens : Quoniam filia mea in extremis est, veni, impone manum super eam, ut salva sit, et vivat.
καὶ παρεκάλει αύτὸν πολλὰ λέγων ότι Τὸ θυγάτριόν μου έσχάτως έχει ίνα έλθὼν έπιθη̣̃ς αύτη̣̃ τὰς χει̃ρας όπως σωθη̣̃ καὶ ζήσεται
5.23. — Deprecabatur… multum : en gréc, πολλά, « multa ». Expression emphatique, qui fait très bien ressortir le caractère pressant et l’ardeur des prières de ce père infortuné. Elle est spéciale à saint Marc. — Filia mea ; littéralement : « filiola mea », τό θυγατρίον μου. Ce diminutif est tout à fait conforme aux mœurs du Levant, car les Orientaux emploient volontiers les appellations de tendresse. — In extremis est. La phrase du texte grec, έσχάτως έχει, a été quelquefois rangée parmi les latinismes du second Évangile : c’est par erreur, car elle a un cachet hellénique de bon aloi[276]. Elle est synonyme de θανασίμως έχει, être sur le point d’expirer. Touchant la contradiction apparente qui existe ici entre saint Marc et saint Matthieu, voyez notre commentaire sur Mt 9.18. De fait, la jeune fille vivait encore lorsque Jaïre l’avait quittée pour courir à la rencontre de Jésus. — Veni, impone… Le texte grec offre ici une phrase singulière, qui ne se lie d’aucune façon avec les antécédents, bien qu’elle ait l’air de s’y rattacher : ὶνα έλθὼν έπιθη̣̃ς αύτη̣̃ τὰς χει̃ρας, όπως σωθη̣̃ καὶ ζήσεται, « ut veniens imponas ei manus, ita ut salva sit, et vivat ». Quelques exégètes sous-entendent les mots παρακαλέω σε, je te conjure ; d’autres voient dans cette tournure une manière délicate et polie d’inviter Jésus à venir au plus vite, sans paraître toutefois lui donner un ordre[277]. — Salva sit et vivat. Pléonasme très expressif : du reste, il y a là deux idées distinctes, celle de la guérison et celle d’une longue vie après le rétablissement.
Et Jésus alla avec lui ; et une grande foule le suivait et le pressait.
Et abiit cum illo, et sequebatur eum turba multa, et comprimebant eum.
καὶ άπη̃λθεν μετ’ αύτου̃ Καὶ ήκολούθει αύτω̣̃ όχλος πολύς καὶ συνέθλιϐον αύτόν
5.24. — Jésus accède aussitôt à la supplique de Jaïre. La foule se met à sa suite, espérant sans doute qu’elle serait témoin du miracle. — Comprimebant eum : συνέθλιϐον αύτόν, dit le texte grec, employant une expression très énergique, qu’on ne trouve qu’ici et au V. 31. Cela suppose que le divin Maître était à chaque instant heurté, coudoyé par la multitude.
Alors une femme, atteinte d’une perte de sang depuis douze ans,
Et mulier, quæ erat in profluvio sanguinis annis duodecim,
καὶ γυνὴ τις ου̃σα έν ρ́ύσει αίματος έτη δώδεκα
5.25. — Touchant récit d’un miracle enchassé dans un autre. Voyez l’Évangile selon saint Matthieu, Mt 9.20. Saint Marc a une description très vivante du triste état de l’hémorrhoïsse, VV. 25 et 26. Il a condensé en quelques lignes divers traits spéciaux, bien capables de nous apitoyer sur cette pauvre femme. — Quæ erat in profluvio. La maladie consistait en une hémorrhagie d’un caractère humiliant, que la voix publique désignait autrefois comme la suite d’une conduite déréglée. — L’expression « esse in », εί̃ναι έν, pour désigner un état de maladie, est très classique chez les Grecs et chez les Latins[278].
qui avait beaucoup souffert entre les mains de plusieurs médecins, et qui avait dépensé tout son bien, et n’en avait éprouvé aucun soulagement, mais s’en trouvait encore plus mal,
et fuerat multa perpessa a compluribus medicis : et erogaverat omnia sua, nec quidquam profecerat, sed magis deterius habebat :
καὶ πολλὰ παθου̃σα ύπὸ πολλω̃ν ίατρω̃ν καὶ δαπανήσασα τὰ παρ’ έαυτη̃ς πάντα καὶ μηδὲν ώφεληθει̃σα άλλὰ μα̃λλον είς τὸ χει̃ρον έλθου̃σα
5.26. — Ici, tous les mots portent. « Elle avait beaucoup souffert de la part de nombreux médecins ; elle avait dépensé toute sa fortune : elle n’en allait que beaucoup plus mal ! ». Saint Luc, Lc 8.43, dira au fond la même chose ; mais, en sa qualité de « Doctor medicus », il parlera, avec plus de ménagements, afin d’épargner, dirait-on, ses anciens collègues. — Multa perpessa… Dieu sait ce qu’était l’art médical dans ces temps reculés ! Le Talmud nous a conservé tout au long les prescriptions qu’enjoignait alors la Faculté pour guérir le genre de malaise dont souffrait l’héroïne de ce récit. Nous en signalons quelques-unes, qui commenteront à merveille notre verset : « Dicit Rabbi Jochanan : Adduc gummi alexandrini pondus zuzæi, et aluminis pondus zuzæi, et croci hortensis pondus zuzæi. Conterantur hæc una et in vino dentur feminæ hemorrhoissæ. — Quod si hæc non prosint : Recipe ceparum persicarum ter tria log. vino coquantur, atque inde eam potes, dicasque : Surge a profluvio tuo. — Quod si hoc non valeat : Siste eam in aliquo bivio, manuque teneat poculum vini ; a tergoque ejus veniat aliquis, eamque terreat dicens : Surge a profluvio tuo. — Si autem hoc non obtineat : Recipe manipulum cymini, et manipulum fœni græci. Hæc elixata vino, potanda ei dato, et dic : Surge a profluvio tuo[279] ». Et cent autres doses analogues, dans le cas où les précédentes demeureraient sans effet. Voici l’une des receltes les plus énergiques : « Fodiant septem foveas, in quibus comburant sarmenta vitium non circumcisarum (c’est-à-dire ayant moins de quatre ans) ; accipiatque in manu sua poculum vini. Eam autem amoveant ab hac fovea, atque insidere faciant super illam ; atque ab illa amoveant atque insidere faciant super aliam, atque in unaquaque amotione dicendum est ei : Surge a profluvio tuo[280] ! » — Erogaverat omnia sua : dans le grec, τὰ παρ’ αύτη̃ς πάντα. Toutes ses ressources avaient été prodiguées en remèdes et en honoraires de médecins. Encore, si elle eût recouvré la santé à ce prix ! Mais, tout au contraire, magis deterius habebat. On connaît les satires mordantes lancées dans l’antiquité classique contre les médecins. Πολλω̃ν ίατρω̃ν είσοδός μ’άπώλεσεν[281]. « Hinc illa infelicis monumenti inscriptio : turba se medicorum periisse[282] ». — Le rapport apocryphe envoyé à Tibère par Pilate décrit en ces termes l’état auquel l’hémorrhoïssc avait été réduite : ώς πα̃σαν τη̃ν τω̃ν όστέων άρμονίαν φαίνεσθαι, καί ύέλου δίκην διαυγάζειν[283].
ayant entendu parler de Jésus, vint dans la foule par derrière, et toucha son vêtement.
cum audisset de Jesu, venit in turba retro, et tetigit vestimentum ejus :
άκούσασα περὶ του̃ 'Iησου̃ έλθου̃σα έν τω̣̃ όχλω̣ όπισθεν ήψατο του̃ ίματίου αύτου̃·
5.27. — Cum audisset de Jesu. L’heure du salut a sonné pour cette pauvre femme. Elle entend parler de Jésus, de sa puissance à laquelle aucune maladie ne résiste, de sa bonté qui ne rejette personne, et elle accourt auprès de lui. — Vestimentum ejus. S’étant mêlée à la foule qui accompagnait le Sauveur jusqu’à la maison de Jaïre, elle parvint à s’approcher de lui par derrière et a toucher le bord de son manteau, peut-être même, d’après le récit de saint Matthieu, Mt 9.20, les tzizzith ou franges de laine qui en ornaient les extrémités, conformément aux injonctions de la Loi mosaïque. Son acte était ainsi un mélange de hardiesse et de timidité.
Car elle disait : « Si je puis seulement toucher son vêtement, je serai guérie ».
dicebat enim : Quia si vel vestimentum ejus tetigero, salva ero.
έλεγεν γὰρ ότι κὰν τω̃ν ίματίων αύτου̃ άψωμαι σωθήσομαι
5.28. — Dicebat enim, scil. « intra se », έν εαύτη̃, ainsi qu’on lit dans plusieurs manuscrits. Cf. Mt 9.21. — Quia est récitatif. — Si tantum tetigero… C’était la conviction bien arrêtée de l’hémorrhoïsse, sa ferme foi, que, si elle pouvait réussir à toucher le vêtement de Jésus, cela suffirait pour la guérir entièrement. Peut-être s’était-elle répété longtemps à elle-même ces paroles avant d’oser mettre son projet à exécution. Cela semble du moins ressortir de l’imparfait (« dicebat »), dont l’emploi dénote souvent la continuité d’un acte.
Et aussitôt la source du sang qu’elle perdait fut séchée, et elle sentit dans son corps qu’elle était guérie de sa maladie.
Et confestim siccatus est fons sanguinis ejus : et sensit corpore quia sanata esset a plaga.
καὶ εύθὲως έξηράνθη ή πηγὴ του̃ αίματος αύτη̃ς καὶ έγνω τω̣̃ σώματι ότι ίαται άπὸ τη̃ς μάστιγος
5.29. — Et confestim siccatus est… εύθὲως έξηράνθη ή πηγὴ του̃ αίματος αύτη̃ς. Expression très élégante en grec et en latin. Fons sanguinis équivaut à la locution hébraïque מקור דמים du Lévitique, Lv 12.7 ; 20.18. — Sensit corpore. Ce fut une sensation de bien-être, de force intérieure, de renouvellement, qui lui fit comprendre d’une manière certaine qu’elle venait d’être guérie. Le grec dit avec une nuance : έγνω τω̣̃ σώματι, « cognovit corpore ». Mais cette connaissance ne put provenir que de la sensation mentionnée par la Vulgate : la traduction latine est donc très exacte. — A plaga, άπὸ τη̃ς μάστιγος ; littéralement : du coup de fouet. Cf. Mc 3.40 et le commentaire. Quel bonheur pour cette pauvre femme, après douze ans de maladie !
Aussitôt Jésus, connaissant en lui-même la vertu qui était sortie de lui, se tourna vers la foule, et dit : « Qui a touché mes vêtements ? ».
Et statim Jesus in semetipso cognoscens virtutem quæ exierat de illo, conversus ad turbam, aiebat : Quis tetigit vestimenta mea ?
καὶ εύθὲως ό 'Iησου̃ς έπιγνοὺς έν έαυτω̣̃ τὴν έξ αύτου̃ δύναμιν έξελθου̃σαν έπιστραφεὶς έν τω̣̃ όχλω̣ έλεγεν Τίς μου ήψατο τω̃ν ίματίων
5.30. — Les VV. 30-34 décrivent d’une façon dramatique une petite scène qui eut lieu aussitôt après ce grand prodige. — Jesus in semetipso cognoscens. L’hémorrhoïsse a senti qu’elle était guérie : Jésus aussi a éprouvé quelque chose de particulier, qui lui a fait connaître ce qui venait de se passer. Mais ce quelque chose n’était pas une sensation corporelle. C’était une perception intellectuelle, έπιγνοὺς έν έαυτω̣̃ ; c’était le regard divin et prophétique par lequel Jésus-Christ, en tant qu’Homme-Dieu, suivait jusque dans leur derniers résultats ses opérations les plus secrètes. Voilà comment il sut que ce n’était pas la foule qui l’avait touché par mégarde, mais qu’il avait été l’objet d’un contact spécial, dont l’effet instantané avait été un miracle. Cf. Lc 8.46. Y a-t-il en cela de quoi effaroucher les rationalistes ? Où voient-ils, dans les récits parallèles de saint Marc et de saint Luc, des traces de ce magnétisme grâce auquel Jésus aurait accompli les cures les plus merveilleuses, parfois malgré lui et sans en avoir conscience ? L’écrivain sacré distingue nettement la connaissance du miracle telle qu’elle fut produite dans l’esprit de la malade et dans la sainte âme de Jésus. La femme « connut par son corps », Jésus « connut en lui-même ». Pour lui, il n’est plus question de corps, et le verbe employé par l’Évangéliste, έπιγνούς, indique une perception tout intime, toute parfaite. — Il en est de même des mots suivants. Virtutem ne représente rien de magique, mais une force divine. Exierat est une figure qui dépeint très bien l’effusion de cette force, sans qu’il faille y voir le moins du monde je ne sais quelle émanation inconsciente. « Virtus manens in Christo, dit fort bien Corneille de la Pierre, operabatur effectum sanitatis in muliere ». Cf. Lc 6.19 ; Jr 30.22 ; Rt 1.13, — Conversus ad turbas. Un de ces gestes du Sauveur si fréquemment notés dans le second Évangile. Jésus se retourne donc brusquement, et demande d’un air sévère. Qui m’a touché ? Nul ne le savait mieux que lui ; mais il voulait manifester la foi de l’hémorrhoïsse, lui accorder ouvertement ce qu’elle lui avait en quelque sorte dérobé à l’insu de toute l’assistance par une pieuse fraude ; il voulait par là même que la guérison de cette humble femme devint pour un grand nombre l’occasion de croire en Lui et de s’attacher à Lui.
Et ses disciples lui disaient : « Vous voyez la foule qui vous presse, et vous dites : “ Qui m’a touché ? ” ».
Et dicebant ei discipuli sui : Vides turbam comprimentem te, et dicis : Quis me tetigit ?
καὶ έλεγον αύτω̣̃ οί μαθηταὶ αύτου̃ Βλέπεις τὸν όχλον συνθλίϐοντά σε καὶ λέγεις Τίς μου ήψατο
5.31. — Dicebant ei discipuli. Les disciples, ignorant ce qui s’était passé, ne peuvent comprendre cette question de leur Maître. Ils en sont même tout étonnés. Comment pouvez-vous adresser une pareille demande ? lui dirent-ils avec une certaine rudesse. Quand on est pressé par la foule, comme vous l’êtes en ce moment, est-ce bien le temps de se plaindre d’avoir été légèrement touché par quelqu’un ? Les Apôtres appuient sur les mots comprimentem et tetigit, entre lesquels ils établissent un contraste. Les Pères aussi se plaisent à relever la même antithèse, mais dans un sens moral et mystique. Aujourd’hui encore, disent-ils, beaucoup pressent Jésus, nul ne le t ouche avec foi et respect. « Et tanquam diceret Dominus : Tangentem quæro, non prementem. Sic etiam nunc est corpus ejus, id est, Ecclesia ejus : tangit eam fides paucorum, premit turba multorum… Caro enim premit, fides tangit… Erigite oculos fidei, tangite extremam fimbriam vestimenti ; sufficiet ad salutem[284] ». Comparez saint Jean Chrysostome : ʻO πιστεύων είς τὸν σωτη̃ρα ὰπτεται αύτου̃ ό δὲ άπιστω̃ν θλίϐει αύτὸν καὶ λυπει̃. — Saint Luc, Lc 8.45, dit expressément que, dans cette circonstance comme en tant d’autres, ce fut saint Pierre qui prit la parole au nom des Douze.
Et il regardait tout autour, pour voir celle qui avait fait cela.
Et circumspiciebat videre eam, quæ hoc fecerat.
καὶ περιεϐλέπετο ίδει̃ν τὴν του̃το ποιήσασαν
5.32. — Et circumspiciebat… Autre geste dont la mention est de nouveau spéciale à saint Marc. Nous avons vu du reste que le second Évangéliste aime à signaler les regards de Jésus. Cf. Mc 3.5 et la note. L’emploi de l’imparfait indique un regard scrutateur et prolongé. — Videre eam quæ hoc fecerat. L’hémorrhoïsse est désignée en cet endroit par anticipation : le narrateur se place au point de vue du lecteur, qu’il a déjà mis au courant de la situation. Régulièrement, il faudrait : « Videre quis hoc fecerat ».
Mais la femme, effrayée et tremblante, sachant ce qui s’était passé en elle, vint se jeter à ses pieds, et lui dit toute la vérité.
Mulier vero timens et tremens, sciens quod factum esset in se, venit et procidit ante eum, et dixit ei omnem veritatem.
ή δὲ γυνὴ φοϐηθει̃σα καὶ τρέμουσα είδυι̃α ὸ γέγονεν έπ’ αύτη̣̃ η̃λθεν καὶ προσέπεσεν αύτω̣̃ καὶ εί̃πεν αύτω̣̃ πα̃σαν τὴν άλήθειαν
5.33. — Mulier vero… Saint Marc, dans ce verset, est un peintre plutôt qu’un écrivain. Il retrace admirablement les sentiments intérieurs et la conduite extérieure de l’hémorrhoïsse, au moment où elle vit que son secret était connu de Jésus. — 1° Ses sentiments intérieurs furent ceux de la crainte, de la terreur : timent et tremens. Elle est saisie d’effroi pour avoir osé s’emparer en quelque sorte, et sans permission, d’un bien appartenant à Jésus. 'Eδεδίει η̃ γυνή, ώσκλέψασα τὴν ίασιν, Théophylacte[285]. Elle tremble par suite de cet effroi. — 2° Sa conduite consiste dans un humble et complet aveu de ce qu’elle avait fait quelques instants auparavent. S’approchant du Sauveur, elle se prosterne devant lui et lui confessa omnem veritatem : expression emphatique, pour signifier qu’elle ne dissimula rien, qu’elle raconta les moindres détails au Thaumaturge. Cf. d’autres circonstances intéressantes dans Lc 8.47. — Les anciens commentateurs remarquent à propos de ce verset qu’on y trouve les trois qualités d’une bonne confession : « timorata, humilis, generalis ».
Et Jésus lui dit : « Ma fille, ta foi t’a sauvée ; va en paix, et sois guérie de ton mal ».
Ille autem dixit ei : Filia, fides tua te salvam fecit : vade in pace, et esto sana a plaga tua.
ό δὲ εί̃πεν αύτη̣̃ θύγατερ ή πίστις σου σέσωκέν σε· ύπαγε είς είρήνην καὶ ίσθι ύγιὴς άπὸ τη̃ς μάστιγός σου
5.34. — Filia. Douce appellation, qui dut rassurer et calmer sur-le-champ l’hémorrhoïsse. C’est la seule fois que nous voyons Jésus donner ce nom à une femme dans l’Évangile. — Fides tua… Le Sauveur met en relief la foi de la malade, qui avait été comme l’instrument et le canal de la guérison. — Vade in pace. Nous lisons dans le texte grec : είς είρήνην, avec l’accusatif, « in pacem ». C’est-à-dire : Entre dans la paix ! que la paix soit désormais l’élément de ta vie ! Les Hébreux disaient de même : לשלום. Cf. 1R 1.17 ; 2R 15.9. On trouve pourtant aussi, en divers écrits du Nouveau Testament, έν είρὴνη̣̃, à l’ablatif. Cf. Jc 11.46 ; Ac 16.36. On lira avec intérêt l’article « In pace » dans le Dictionnaire des Antiquités chrétiennes de M. l’abbé Martigny. Cette formule, d’origine juive, inconnue aux païens, a été adoptée par les chrétiens pour exprimer des pensées variées. — Esto sana… Par ces mots, Jésus confirme la guérison de l’hémorrhoïsse ; il ratifie solennellement le bienfait qu’elle avait cherché à lui ravir d’une manière subreptice. « Esto » a le sens de : « Sis perpetuo », ce qui faisait dire à Bengel : « Post longam miseriam, beneficium durabile[286] ».