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b. La foule rejoint Jésus qui l’instruit.

Mc 6.33-34.

Mais beaucoup les virent partir et en eurent connaissance, et ils y accoururent à pied de toutes les villes, et arrivèrent avant eux.
Et viderunt eos abeuntes, et cognoverunt multi : et pedestres de omnibus civitatibus concurrerunt illuc, et prævenerunt eos.
καὶ εί̃δον αύτοὺς ύπάγοντας οί όχλοι, καὶ έπέγνωσαν αύτὸν πολλοί καὶ πεζη̣̃ άπὸ πασω̃ν τω̃ν πόλεων συνέδραμον έκει̃ καὶ προη̃λθον αύτούς καὶ συνη̃λθον πρὸς αύτὸν

6.33. — Description plastique et vivante, même pour saint Marc où tout est si vivant ! — Viderunt eos abeuntes. Le sujet de « viderunt » n’est pas exprimé, mais on le devine aisément. C’est la foule mentionnée au V. 31 qui vit partir Jésus avec les siens. La nouvelle passe de bouche en bouche (cognoverunt multi), et suggère aussitôt à ce bon peuple une résolution admirable, qui nous montre jusqu’à quel point il aimait le Sauveur. — Pedestres… concurrerunt. De toutes les villes et bourgades bâties au N.-O. du lac, sortent des centaines d’hommes, de femmes et d’enfants, tous désireux de rejoindre l’orateur, le thaumaturge si populaire. La barque qui le porte est là-bas sur les eaux ; tandis que tous les regards suivent sa direction, les pieds marchent au plus vite, de crainte qu’il n’aborde et ne s’enfonce dans les terres avant qu’on ait pu l’atteindre. — Prœvenerunt eos. Comme il est moralement impossible, à moins de circonstances extraordinaires qu’il n’y a pas lieu de supposer ici (des vents contraires par exemple), que des piétons, partis de Capharnaüm et des alentours, mettent moins de temps à contourner la mer de Galilée jusqu’au delà de l’embouchure du Jourdain qu’un bon canot n’en mettrait à parcourir en droite ligne la distance qui sépare ces deux points[323], nous inclinons à adapter la leçon « venerunt ad eos » qu’on rencontre dans plusieurs manuscrits. De la sorte toute difficulté disparaît.

Jésus, sortant de la barque, vit une foule nombreuse, et il en eut compassion, parce qu’ils étaient comme des brebis qui n’ont point de pasteur, et il se mit à leur enseigner beaucoup de choses.
Et exiens vidit turbam multam Jesus : et misertus est super eos, quia erant sicut oves non habentes pastorem, et cœpit docere multa.
καὶ έξελθὼν εί̃δεν ό 'Iησου̃ς πολὺν όχλον καὶ έσπλαγχνίσθη έπ’ αύτοι̃ς, ότι η̃σαν ώς πρόϐατα μὴ έχοντα ποιμένα καὶ ήρξατο διδάσκειν αύτοὺς πολλά

6.34. — Exiens. C’est-à-dire, ayant débarqué ; ou bien, selon d’autres (compar. Jn 6.3), ayant quitté le sommet d’une petite colline sur laquelle il était monté avec ses disciples tandis que la foule approchait. Voilà Jésus et les Douze frustrés de la retraite et du repos qu’ils s’étaient promis ! Mais le bon Pasteur s’oublie lui-même pour ne penser qu’à ses pauvres brebis ! — Misertus est, έσπλαγχνίσθη : son divin cœur est saisi d’une indicible pitié au souvenir des misères morales du peuple qui l’entoure. Ces misères sont décrites brièvement, mais vivement, à l’aide d’une reflexion propre à saint Marc, quoique saint Matthieu l’ait aussi faite en un autre endroit, Mt 9.36. (Voyez le commentaire de Mt 9.36). — Oves non habentes pastorem. Rien ne montre mieux que cette image le triste état moral dans lequel était alors la nation théocratique. « Les Pharisiens, ces loups dévorants, ne nourrissaient pas le peuple ; au contraire, ils le dévoraient », Théophylacte. Plaise à Dieu que les brebis du Christ n’aient à leur tête que des pasteurs fidèles ! — Docere multa. « Loquebatur illis de regno Dei », dit saint Luc, Lc 9.41, et il ajoute : « Et eos qui cura indigebant sanabat ».

c. Préliminaires du miracle.

Mc 6.35-40.

Comme l’heure était déjà fort avancée, ses disciples s’approchèrent de lui, en disant : « Ce lieu est désert, et il est déjà tard ;renvoyez-les, afin qu’ils aillent dans les villages et les bourgs voisins, et s’y achètent de quoi manger ».
Et cum jam hora multa fieret, accesserunt discipuli ejus, dicentes : Desertus est locus hic, et jam hora præteriit :dimitte illos, ut euntes in proximas villas et vicos, emant sibi cibos, quos manducent.
Καὶ ήδη ώρας πολλη̃ς γενομένης προσελθόντες αύτω̣̃ οί μαθηταὶ αύτου̃ λέγουσιν ότι ̋Eρημός έστιν ό τόπος καὶ ήδη ώρα πολλή· άπόλυσον αύτούς ίνα άπελθόντες είς τοὺς κύκλω̣ άγροὺς καὶ κώμας άγοράσωσιν έαυτοι̃ς άρτους τί γὰρ φάγωσιν ούκ έχουσιν

6.35. et 36. — Hora multa fieret. C’est-à-dire « vespere facto », Mt 14.15. Les heures s’écoulèrent vite pour la foule émue, attentive, comme pour le divin orateur. Il y avait de part et d’autre tant de charmes soit à distribuer soit à goûter la nourriture spirituelle ! Voici pourtant que le besoin d’une autre nourriture, plus grossière mais non moins nécessaire, menace de se faire sentir d’une manière embarrassante, et les disciples s’approchent de Jésus pour le lui rappeler respectueusement. En ce lieu désert, lui disent-ils, il est impossible de se procurer des vivres, et voilà que la nuit approche (dans le texte grec on lit de nouveau « hora multa », au lieu du simple hora de la Vulgate). Il est donc temps de congédier cette foule, si vous voulez qu’elle n’aie pas à souffrir de la faim. — Le mot villas désigne les métairies isolées (άγροὺς du texte grec a ici la même signification[324]) ; vicos représente les bourgs et les villages. — Emant sibi cibos. Beaucoup, sans doute n’avaient pas pris de provisions au moment de se mettre en route, car ils ne songeaient qu’à rejoindre Jésus : les autres avaient consommé celles dont ils s’étaient munis le matin. Au lieu de « cibos » ; le grec porte άρτους, « panes », ce qui constitue un hébraïsme, le mot pain, chez les Hébreux, servant à indiquer toute sorte de nourriture. Le Codex Sinaiticus a pourtant βρώματα.

Il leur répondit : « Donnez-leur vous-mêmes à manger ». Ils lui dirent : « Irons-nous donc acheter pour deux cents deniers de pain, afin de leur donner à manger ? ».
Et respondens ait illis : Date illis vos manducare. Et dixerunt ei : Euntes emamus ducentis denariis panes, et dabimus illis manducare.
ό δὲ άποκριθεὶς εί̃πεν αύτοι̃ς Δότε αύτοι̃ς ύμει̃ς φαγει̃ν καὶ λέγουσιν αύτω̣̃ Άπελθόντες άγοράσωμεν διακοσίων δηναρίων άρτους καὶ δώμεν αύτοι̃ς φαγει̃ν

6.37. — Date illis vos. « Vos » est emphatique. À quoi bon me donner ce conseil ? Vous, ne pourriez-vous point trouver des aliments pour cette foule ? — Les voilà tout troublés par la réflexion de leur Maître. Aussi répondent-ils avec une légère pointe d’ironie : Euntes emamus…? Saint Marc et saint Jean ont seuls conservé cette réponse des Douze, mais avec une divergence que les rationalistes se hâtent de nommer contradiction. Saint Augustin expose en quelques mots là difficulté et la solution : « Hoc Philippus apud Joannem (vi, 7) respondet, sed Marcus a discipulis responsum esse commemorat, volens intelligi hoc ex ore cæterorum Philippum respondisse ; quamquam et pluralem numerum pro singulari usitatissime ponere potuerit[325] ». — Ducentis denariis. Le denier était, comme l’on sait, la plus petite monnaie d’argent des Romains : il servait souvent d’unité quand on avait à supputer une somme. Il avait cours dans toute la Palestine. Sa valeur était d’environ 85 de nos centimes : 100 deniers, équivalaient par conséquent à 170 francs, ce qui était un chiffre élevé pour cette époque.

Et il leur dit : « Combien avez-vous de pains ? Allez et voyez ». Et lorsqu’ils s’en furent informés, ils dirent : « Cinq, et deux poissons ».
Et dicit eis : Quot panes habetis ? ite, et videte. Et cum cognovissent, dicunt : Quinque, et duos pisces.
ό δὲ λέγει αύτοι̃ς Πόσους άρτους έχετε ύπάγετε καὶ ίδετε καὶ γνόντες λέγουσιν Πέντε καὶ δύο ίχθύας

6.38. — Le dialogue se poursuit entre le Maître et les disciples. La demande de Jésus, Quot panes habetis ? et l’injonction rapide qui la suit, Ite et videte, n’ont été relatées que par saint Marc. — Cum cognovissent. Les Apôtres n’avaient avec eux aucune sorte de viatique ; mais, comme le raconte saint Jean, Jn 6.8,, avec plus de détails, ils surent bientôt qu’un jeune homme mêlé à la foule possédait cinq pains d’orge et deux poissons.

Alors il leur commanda de les faire tous asseoir par groupes sur l’herbe verte.
Et præcepit illis ut accumbere facerent omnes secundum contubernia super viride fœnum.
καὶ έπέταξεν αύτοι̃ς άνακλι̃ναι πάντας συμπόσια συμπόσια έπὶ τω̣̃ χλωρω̣̃ χόρτω̣

6.39. — Prœcepit illis… Jésus, ayant à sa disposition cette modeste base du festin miraculeux qu’il allait donner à des milliers de convives, s’occupe, comme un maître de maison, de placer convenablement ses hôtes. Notre narrateur redouble ici de pittoresque et d’exactitude. — Secundum contubernia : dans le grec, συμπόσια συμπόσια, ce redoublement imité de l’hébreu donnant à l’expression le sens distributif de « catervatim, per ordines ». C’est comme s’il y avait άνά συμπόσια[326]. — Super viride fœnum. Le frais gazon qui abonde dans la plaine d’El-Batîhah était alors en pleine croissance, car le printemps avait déjà commencé[327]. Il remplaça les divans usités aux repas des Juifs.

Et ils s’assirent par troupes de cent et de cinquante.
Et discubuerunt in partes per centenos et quinquagenos.
καὶ άνέπεσον πρασιαὶ πρασιαὶ άνὰ έκατὸν καὶ άνὰ πεντήκοντα

6.40. — Discubuerunt per partes. Nouvelle réduplication distributive dans le texte grec, πρασιαί πρασιαί, c’est-à-dire, par groupes, ou très gracieusement d’après toute l’énergie de l’expression, « areolatim », comme les carrés d’un parterre. Πρασιαὶ γὰρ λέγονται τὰ έν τοι̃ς κήποις διάφορα κόμματα, έν οι̃ς φυτεύονται διάφορα πολλάκις λάχανα. Théophylacte. Si l’on se souvient que les Orientaux, fussent-ils très pauvres, aiment à se couvrir de vêtements multicolores, on comprend mieux encore cette ingénieuse comparaison, communiquée selon toute vraisemblance à notre narrateur par saint Pierre, sa source vivante, qui avait été témoin du fait. — Per centenos et quinquagenos. Indication un peu obscure, qui a été diversement interprétée. D’après quelques auteurs, elle signifierait simplement que les convives avaient été partagés en groupes de cent, qui alternaient avec des groupes de cinquante. L’opinion de M. Schegg est plus compliquée. Selon ce savant exégète, les hôtes de Jésus, distribués comme le raconte l’Évangéliste, auraient formé un quadrilatère composé de cinquante files qui contenaient cent hommes. Nous préférons nous représenter l’assemblée divisée en une vingtaine de groupes dont chacun avait, comme les tables des anciens, la forme d’un fer à cheval et contenait 250 hommes, deux lignes de 100 réunies par une ligne de 50. Quoi qu’il en soit, le but de ce placement est facile à comprendre. Jésus voulait d’une part rendre la distribution des vivres plus facile, d’autre part éviter la confusion qui n’eut pas manqué de se produire si chacun des 5000 convives avait été abandonné à sa propre inspiration.

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