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d. Le miracle.

Mc 6.41-44.

Ayant pris les cinq pains et les deux poissons, levant les yeux au ciel, il les bénit ; puis il rompit les pains, et les donna à ses disciples, afin qu’ils les présentassent au peuple ; il partagea aussi les deux poissons entre tous.
Et acceptis quinque panibus et duobus piscibus, intuens in cælum, benedixit, et fregit panes, et dedit discipulis suis, ut ponerent ante eos : et duos pisces divisit omnibus.
καὶ λαϐὼν τοὺς πέντε άρτους καὶ τοὺς δύο ίχθύας άναϐλέψας είς τὸν ούρανὸν εύλόγησεν καὶ κατέκλασεν τοὺς άρτους καὶ έδίδου τοι̃ς μαθηται̃ς αύτου̃ ίνα παραθω̃σιν αύτοι̃ς καὶ τοὺς δύο ίχθύας έμέρισεν πα̃σιν

6.41. — Quelle simplicité dans le récit de cet étonnant prodige ! On croirait que les Évangélistes racontent la chose la plus simple et la plus naturelle. — Benedixit. Ce mot désigne probablement la prière que le père de famille, chez les Juifs, récitait au nom de tous avant le repas. — Dedit, en grec έδίδου à l’imparfait ; ce qui suppose que le Sauveur ne remit pas en une seule fois tous les pains aux Apôtres, mais qu’il leur donnait, par des actes répétés, les fragments qui se multipliaient entre ses mains divines.

Tous mangèrent, et furent rassasiés.Et des morceaux de pain qui étaient restés, et des poissons, ils apportèrent douze corbeilles pleines.Or ceux qui avaient mangé étaient au nombre de cinq mille hommes.
Et manducaverunt omnes, et saturati sunt.Et sustulerunt reliquias, fragmentorum duodecim cophinos plenos, et de piscibus.Erant autem qui manducaverunt quinque millia virorum.
καὶ έφαγον πάντες καὶ έχορτάσθησαν καὶ η̃ραν κλασμάτων δώδεκα κοφίνους πληρεις, καὶ άπὸ τω̃ν ίχθύων καὶ η̃σαν οί φαγόντες τοὺς άρτους ώσεὶ πεντακισχίλιοι άνδρες

6.42-44. — Détails qui ont tous pour fin de rehausser la grandeur du miracle. 1° V. 42. Non seulement tous mangèrent, mais tous furent rassasiés. 2° V. 43. Après que chacun eût mangé selon son appétit, les Apôtres, sur l’ordre de Jésus, Jn 6.42, ramassèrent douze corbeilles pleines de restes, c’est-à-dire plus de douze fois la quantité de pain qui avait servi de matière au prodige. 3° V. 44. Les convives étaient au nombre de cinq mille ; sans compter les femmes et les enfants, ajoute saint Matthieu, Mt 14.22. « C’était là l’œuvre d’une puissance surabondante… Si Moïse donnait la manne, il n’en donnait à chacun que le nécessaire… Elie nourrissant la veuve, ne lui donnait non plus que le nécessaire. Jésus seul, comme Seigneur, agit d’une manière surabondante ». Théophylacte. Elisée pourtant, 2R 4.42-44, avait opéré un jour un miracle analogue à celui du Sauveur ; mais il avait eu vingt pains à sa disposition et seulement cent hommes à nourrir.

17. — Jésus marche sur les eaux.

Mc 6.45-52. — Parall. Mt 13.22-33; Jn 6,14-21.

Le récit de ce miracle, dans le second Évangile, suit de très près celui de saint Matthieu ; mais il l’emporte de nouveau par la vivacité des couleurs et le grand nombre des détails.

Aussitôt il obligea ses disciples de monter dans la barque, et de le précéder sur l’autre rive, vers Bethsaïda, pendant qu’il congédierait le peuple.
Et statim coëgit discipulos suos ascendere navim, ut præcederent eum trans fretum ad Bethsaidam, dum ipse dimitteret populum.
Καὶ εύθὲως ήνάγκασεν τοὺς μαθητὰς αύτου̃ έμϐη̃ναι είς τὸ πλοι̃ον καὶ προάγειν είς τὸ πέραν πρὸς Βηθσαϊδάν έως αύτὸς άπολύση̣ τὸν όχλον

6.45.Et statim : immédiatement après le prodige de la multiplication des pains. Le moindre délai aurait pu avoir des conséquences fâcheuses, et permettre à la foule enthousiasmée de s’entendre avec les Apôtres, pour exécuter le plan qu’elle avait conçu de s’emparer du Sauveur et de le proclamer Roi-Messie. Cf. Jn 6.14,15, et l’Évangile selon saint Matthieu, Mt 14.22. Sachant bien que les Douze n’auraient que trop secondé ce dessein du peuple, Jésus les força, en quelque sorte malgré eux (coegit), de s’embarquer en toute hâte, et de se diriger vers la rive occidentale. Comparez le V. 32 et l’explication. — Ad Bethsaidam. C’est là, dans la patrie de trois d’entre eux, Simon-Pierre, André et Simon-le-Cananéen, qu’il leur fixait un prochain rendez-vous. Et pourtant, d’après Lc 9.40, le lieu désert dans lequel venait d’avoir lieu le festin merveilleusement improvisé par Notre-Seigneur s’appelait aussi Bethsaïda : « Assumptis illis (Apostolis) secessit seorsum in locum desertum, qui est Bethsaidæ ». Que conclure de là ? Que le second et le troisième Évangéliste sont en désaccord ? Nullement, mais qu’il existait dans la Palestine du Nord deux cités du même nom, dont l’une, celle que les disciples quittaient, surnommée Julias en l’honneur de la fille d’Auguste, était située à l’Est du Jourdain, à peu de distance de l’endroit où ce fleuve pénètre dans la mer, tandis que l’autre, celle où ils se rendaient, s’élevait à peu de distance de Capharnaüm, au N.-O, du lac de Tibériade[328].

Et lorsqu’il l’eut congédié, il s’en alla sur la montagne, pour prier.Le soir étant venu, la barque était au milieu de la mer, et Jésus était seul à terre.
Et cum dimisisset eos, abiit in montem orare.Et cum sero esset, erat navis in medio mari et ipse solus in terra.
καὶ άποταξάμενος αύτοι̃ς άπη̃λθεν είς τὸ όρος προσεύξασθαικαὶ όψίας γενομένης η̃ν τὸ πλοι̃ον έν μέσω̣ τη̃ς θαλάσσης καὶ αύτὸς μόνος έπὶ τη̃ς γη̃ς

6.46. et 47.Dimisisset eos. Le pronom désigne la foule et non les disciples. Dans le texte grec, le verbe n’est pas le même qu’au V. 45. Là nous avisons άπολύση̣, tandis qu’ici on lit άποταξάμενος, ayant dit adieu. — Sero représente les premières lueurs de la nuit, puisque, dès le V. 35, il était déjà tard, « hora multa ». — In medio mari. Le verset suivant nous indiquera le motif pour lequel les Apôtres n’avaient pas encore pu franchir la distance assez courte qui sépare les ports des deux Bethsaïda : ils avaient « vent debout », comme disent les marins, et ne pouvaient avancer que très lentement. — Ipse solus in terra. Beau contraste, qui fait tableau : d’une part Jésus, complètement seul, priant au sommet d’une colline dans le silence du désert et de la nuit ; de l’autre les Douze, dans un frêle esquif violemment agité par les vagues en furie, et ramant de toutes leurs forces.

Et voyant qu’ils avaient beaucoup de peine à ramer (car le vent leur était contraire), vers la quatrième veille de la nuit il vint à eux, marchant sur la mer, et il voulait les devancer.
Et videns eos laborantes in remigando (erat enim ventus contrarius eis) et circa quartam vigiliam noctis venit ad eos ambulans supra mare : et volebat præterire eos.
καὶ εί̃δεν αύτοὺς βασανιζομένους έν τω̣̃ έλαύνειν η̃ν γὰρ ό άνεμος έναντίος αύτοι̃ς καὶ περὶ τετάρτην φυλακὴν τη̃ς νυκτὸς έρχεται πρὸς αύτοὺς περιπατω̃ν έπὶ τη̃ς θαλάσσης· καὶ ήθελεν παρελθει̃ν αύτούς

6.48.Videns eos. Jésus aperçut ses disciples soit d’une manière surnaturelle, soit plus vraisemblablement de ses propres yeux, du bord du rivage : la nuit pouvait être claire, malgré le vent, et l’on nous a dit que les Apôtres n’avaient pu réussir à s’éloigner beaucoup. — Laborantes in remigando. L’expression grecque traduite par ces mots est d’une rare énergie : βασανιζομένους έν τω̣̃ έλαύνειν ; littéralement : torturés à ramer. Plus d’une fois, porté nous-même sur un léger canot au milieu des flots de l’Océan que soulevait un vent contraire, nous avons pu voir combien était pénible en de telles conditions l’action de ramer, de « nager », comme disent familièrement les matelots. Le mot de saint Marc est donc plein de couleur locale : saint Pierre, qui le lui avait sans doute suggéré, se souvenait encore, après de longues années, des rudes labeurs de cette nuit orageuse. — Circa quartam, vigiliam. La première des quatre subdivisions (appelées veilles) dont se composait alors la nuit chez les Juifs commençait à 6 h du soir, la seconde à 9 h, la troisième à minuit, la quatrième à 3 h du matin. Il était par conséquent de 2 à 4 h quand Jésus s’avança vers ses disciples en marchant sur les eaux du lac, affirmant ainsi sa royauté sur la nature, dont il renversait par un éclatant prodige les lois accoutumées. — Volebat præterire eos. C’est-à-dire, « præ se ferebat quasi vellet eos præterire ». Fr. Luc[329]. Saint Marc parle au point de vue des apparences extérieures. De fait, Notre-Seigneur, s’approchant de la barque et faisant quelques pas sur les flots, dans une direction parallèle à celle qu’elle suivait, semblait vouloir la dépasser. C’était une manière d’éprouver la foi des Douze : plus tard, il éprouva d’une façon analogue les deux pèlerins d’Emmaüs, Lc 24.28. Il n’y a donc pas la moindre contradiction entre le récit de saint Marc et celui de saint Jean. Voyez Jn 6.14-24 et le commentaire.

Mais eux, le voyant marcher sur la mer, crurent que c’était un fantôme, et ils poussèrent des cris.Car ils le virent tous, et furent épouvantés. Mais aussitôt il leur parla et leur dit : « Ayez confiance ; c’est moi, ne craignez point ».
At illi ut viderunt eum ambulantem supra mare, putaverunt phantasma esse, et exclamaverunt.Omnes enim viderunt eum, et conturbati sunt. Et statim locutus est cum eis, et dixit eis : Confidite, ego sum : nolite timere.
οί δὲ ίδόντες αύτὸν περιπατου̃ντα έπὶ τη̃ς θαλάσσης έδοξαν φάντασμά εί̃ναι, καὶ άνέκραξαν· πάντες γὰρ αύτὸν εί̃δον καὶ έταράχθησαν καὶ εύθὲως έλάλησεν μετ’ αύτω̃ν καὶ λέγει αύτοι̃ς Θαρσει̃τε έγώ είμι· μὴ φοϐει̃σθε

6.49. et 50. — Deux scènes rapides et touchantes. La première est une scène d’effroi, la seconde une scène d’encouragement et de réconfort. — Putaverunt phantasma esse. Dès qu’ils aperçurent cette forme majestueuse qui glissait sur les flots, les Apôtres supposèrent que c’était un de ces fantômes dont se repaît l’imagination populaire, ou l’âme d’un mort, ou en général quelque apparition dangereuse. Ils poussèrent alors une exclamation de frayeur. Plus tard encore, après sa Résurrection, ils prendront Jésus pour un fantôme. Cf. Lc 24.36,37. — Et statim locutus est. Leur effroi ne dura qu’un instant, car le bon Maître se hâta de les rassurer en se faisant connaître ! — Saint Marc passe entièrement sous silence, un incident qui se produisit alors, et dont saint Pierre fut le héros. Cf. Mt 14.28-31 et le commentaire. Sur les motifs de cette omission, voyez la Préface, § IV, 4.

Il monta ensuite avec eux dans la barque, et le vent cessa. Et ils s’étonnaient de plus en plus en eux-mêmes ;
Et ascendit ad illos in navim, et cessavit ventus. Et plus magis intra se stupebant :
καὶ άνέϐη πρὸς αύτοὺς είς τὸ πλοι̃ον καὶ έκόπασεν ό άνεμος καὶ λίαν έκ περισσου̃ έν έαυτοι̃ς έξίσταντο· καὶ έθαύμαζον

6.51.Cessavit ventus. Cet apaisement subit, qui coïncida avec l’entrée de Jésus dans la barque, doit être regardé comme le résultat d’un nouveau miracle. Cela ressort du contexte d’une manière très évidente. Pourquoi en effet la recrudescence d’admiration de la part des disciples, signalée immédiatement après par l’Évangéliste, s’il ne se fût agi que d’un fait naturel ? On sait du reste qu’un vent violent ne cesse pas tout d’un coup, mais qu’il lui faut un certain temps pour se calmer. — Plus magis… stupebant. Nous avons à noter ici deux expressions très fortes du texte grec, par lesquelles l’écrivain sacré a voulu mettre en relief le caractère extraordinaire de l’étonnement des Douze. C’est d’abord la locution adverbiale λίαν έκ περισσου̃, « valde supra modum », à peine traduisible en français. C’est ensuite le verbe έξίσταντο, qui dénote une sorte d’extase, de ravissement, et qui est encore corroboré par un autre verbe, έθαύμαζον. On dirait que saint Marc, ne sachant comment exprimer la stupéfaction des Apôtres, accumule les synonymes pour en donner au moins une idée.

car ils n’avaient pas compris le miracle des pains, parce que leur coeur était aveuglé.
non enim intellexerunt de panibus : erat enim cor eorum obcæcatum.
ού γὰρ συνη̃καν έπὶ τοι̃ς άρτοις η̃ν γὰρ ή καρδία αύτω̃ν πεπωρωμένη

6.52.Non enim… Les deux « enim » que nous rencontrons coup sur coup dans ce verset, montrent que l’Évangéliste se propose d’expliquer pourquoi les disciples, habitués cependant à tant de miracles, avaient été si frappés de ceux qu’ils avaient vus en dernier lieu. C’est là une note spéciale à saint Marc : elle nous ouvre un horizon des plus instructif non toutefois des plus consolants, sur l’état moral du collège apostolique à cette époque de la vie de Jésus. — Non… intellexerunt. Ils n’avaient donc pas compris le premier des trois prodiges récemment opérés par leur Maître. L’Évangéliste semble vouloir insinuer que leur peu d’intelligence sur ce point provenait du défaut de reflexion. S’ils eussent réfléchi, il leur eût été aisé de comprendre que rien n’était impossible à Notre-Seigneur, et aucun miracle ne les aurait étonnés de sa part. — Erat enim… Stupéfaits parce qu’ils n’ont pas compris, ils n’ont pas compris parce qu’ils ont un cœur lent à percevoir, « endurci ». Tel est en effet le sens du participe πεπωρωμένη, que la Vulgate a traduit, par obcœcatum. Ce sont d’ailleurs deux images également exactes. Saint Paul ne parle-t-il pas, Ep 1.18, des « yeux illuminés du cœur » ?

18. — Miracles de guérison dans la plaine de Gennésareth.

Mc 6.53-56. — Parall. Mt 14.34-36.

On admire de nouveau, dans cette petite narration, la richesse de détails et la vie de notre Évangéliste.

Après avoir traversé la mer, ils vinrent au territoire de Génésareth, et y abordèrent.
Et cum transfretassent, venerunt in terram Genesareth, et applicuerunt.
Καὶ διαπεράσαντες η̃λθον έπὶ τὴν γη̃ν Γενησαρέτ καὶ προσωρμίσθησαν

6.53.In terram Genesareth. La terre de Gennésareth, mentionnée ici seulement et dans le passage parallèle de saint Matthieu, est une belle plaine en forme de croissant, située à l’Ouest du lac de Tibériade, auquel elle a parfois prêté son nom. Josèphe la compare à un paradis à cause de sa fertilité[330]. — Applicuerunt, προσωρμίσθησαν : terme nautique qu’on ne trouve qu’en cet endroit du Nouveau Testament.

Et lorsqu’ils furent sortis de la barque, les gens du pays reconnurent aussitôt Jésus ;
Cumque egressi essent de navi, continuo cognoverunt eum :
καὶ έξελθόντων αύτω̃ν έκ του̃ πλοίου εύθὲως έπιγνόντες αύτὸν

6.54.Continuo cognoverunt eum. À peine débarqué, Jésus fut reconnu par les habitants, du lieu, car le jour avait lui dans l’intervalle. Cf. V. 48. Le divin Thaumaturge, si populaire dans toute la Galilée, ne pouvait plus cacher sa présence, surtout à une si courte distance de Capharnaüm. Ses traits, une fois contemplés, se gravaient dans la mémoire d’une manière ineffaçable.

et parcourant toute cette contrée, ils se mirent à apporter de tous côtés les malades sur des lits, partout où ils entendaient dire qu’il était.
et percurrentes universam regionem illam, cœperunt in grabatis eos, qui se male habebant, circumferre, ubi audiebant eum esse.
περιδραμόντες όλην τὴν περίχωρον έκείνην ήρξαντο έπὶ τοι̃ς κραϐϐάτοις τοὺς κακω̃ς έχοντας περιφέρειν όπου ήκουον ότι έκει̃ έστιν

6.55.Et percurrentes… Série de traits extrêmement pittoresques. Nous voyons pour ainsi dire ces bons Galiléens courir à travers la grande plaine d’El-Ghuvéir, pour répandre dans les moindres hameaux la nouvelle de l’arrivée de Jésus, revenir portant des malades sur leurs épaules, puis, ne trouvant plus le Sauveur où ils l’avaient laissé, parce qu’il s’était avancé plus loin, s’informer de sa nouvelle résidence, et s’y rendre toujours chargés de leur pieux fardeau, qu’ils promenaient ainsi forcément en divers lieux (circumferre). — Ubi audiebant eum esse. La phrase grecque est moins obscure : όπου ήκουον ότι έκει̃ έστιν ; ils portaient les malades « là où ils apprenaient qu’il se trouvait ». C’est du reste un hébraïsme manifeste : שם הוא כי שמעו אשר. Sur les grabats, voyez Mc 2.4 et l’explication. — « Vide quanta fides sit hominum terræ Genesareth, ut non præsentium tantum salute contenti sint, sed mittant ad alias per circuitum civitates, quo omnes currant ad medicum », Bède.

Et en quelque lieu qu’il entrât, dans les bourgs, dans les villages ou dans les villes, on mettait les malades sur les places publiques, et on le priait de leur laisser seulement toucher la frange de son vêtement ; et tous ceux qui le touchaient étaient guéris.
Et quocumque introibat, in vicos, vel in villas aut civitates, in plateis ponebant infirmos, et deprecabantur eum, ut vel fimbriam vestimenti ejus tangerent, et quotquot tangebant eum, salvi fiebant.
καὶ όπου ὰν είσεπορεύετο είς κώμας ή πόλεις ή άγροὺς έν ται̃ς άγοραι̃ς έτίθουν τοὺς άσθενου̃ντας καὶ παρεκάλουν αύτὸν ίνα κὰν του̃ κρασπέδου του̃ ίματίου αύτου̃ άψωνται· καὶ όσοι ὰν ήπτοντο αύτου̃ έσώ̣ζοντο

6.56. — Autre exemple de cette foi admirable. — In vicos, vel in villas, vel in civitates. Le grec dit, avec une légère modification, είς κώμας ή πόλεις ή άγροὺς, ne mentionnant les métairies qu’après les villes. Cette nomenclature, où nous trouvons réunis presque tous les noms qui servent à désigner les différentes agglomérations d’habitations humaines, suppose, et c’était vrai, que la plaine, de Gennésareth nourrissait, une population considérable. — Ut vel fimbriam. Les malades étant sans doute trop nombreux pour que Jésus leur imposât individuellement les mains, on conjurait le bon Maître de leur laisser au moins toucher ses tzizzith, c’est-à-dire les franges de son manteau[331]. On savait apparemment que l’hémorrhoïsse avait été guérie par leur contact, Mc 5.27 ; cf. Mt 9.20. — Salvi fiebant. L’imparfait sert à indiquer une coutume, un fait qui se renouvelait sans cesse, Jésus dût passer quelques jours de paix et de bonheur au milieu de cette population respectueuse et aimante.

19. — Conflit avec les Pharisiens à propos du pur et de l’impur.

Mc 7.1-23. — Parall. Mt 15.1-20.

Les pharisiens et quelques scribes, venus de Jérusalem s’assemblèrent auprès de Jésus.
Et conveniunt ad eum pharisæi, et quidam de scribis, venientes ab Jerosolymis.
Καὶ συνάγονται πρὸς αύτὸν οί Φαρισαι̃οι καί τινες τω̃ν γραμματέων έλθόντες άπὸ ̔Iεροσολύμων

7.1.Conveniunt ad eum. Les jours de bonheur dont nous parlions plus haut ne furent pas de longue durée. Voici déjà que les Pharisiens et les Scribes se chargent de les interrompre. Au reste, les conflits vont désormais se multiplier entre Jésus et ses adversaires : le divin Maître en profitera pour mettre ses disciples en garde contre la corruption morale et l’hypocrisie des Pharisiens. Le Verbe « conveniunt » désigne une réunion officielle. — Ab Jerosolymis. Saint Marc, comme saint Matthieu, semble appuyer sur le nom de Jérusalem. Les nouveaux arrivants n’étaient pas les premiers venus, mais bien des Docteurs de la capitale ! On admet généralement qu’ils avaient été délégués tout exprès pour aller épier et attaquer Jésus. Les Pharisiens de Galilée, ne se sentant pas capables de tenir tête à Notre Seigneur, avaient demandé du renfort à leurs amis de Jérusalem, et ceux-ci leur envoyaient en ce moment leurs Scribes les plus habiles.

Et ayant vu quelques-uns de ses disciples manger du pain avec des mains impures, c’est-à-dire non lavées, ils les blâmèrent.
Et cum vidissent quosdam ex discipulis ejus communibus manibus, id est non lotis, manducare panes, vituperaverunt.
καὶ ίδόντες τινὰς τω̃ν μαθητω̃ν αύτου̃ κοιναι̃ς χερσίν του̃τ’ έστιν άνίπτοις έσθίοντας άρτους έμέμψαντο

7.2. — Le fait signalé dans ce verset, et les notes archéologiques qui leur servent de commentaires dans les deux suivants, forment une de ces nombreuses spécialités qu‘on rencontre à chaque page du second Évangile. Ce fait et ces notes contiennent un document important pour l’histoire de l’époque où vivait Notre Seigneur. — Cum vidissent quosdam… Telle fut l’occasion du conflit. Remarquons bien que ce n’étaient pas tous les disciples de Jésus, mais seulement quelques-uns d’entre eux, qui s’étaient donné la liberté incriminée par les Scribes, ce qui n’empèchera pas ces rigoristes de généraliser l’accusation, V. 5, et de parler comme si les partisans du Sauveur omettaient régulièrement les ablutions traditionnelles. — Cummunibus manibus ; de même en grec, κοιναι̃ς χερσίν. « Les Hébreux appelaient communes les choses qu’on employait à des usages commun, parce qu’on présumait qu’étant touchées indifféremment par toutes sortes de personnes, il est moralement impossible qu’elles ne contractent quelques souillures, au lieu que les choses et les personnes saintes et pures étaient séparées de tout usage commun et profane[332] ». Cf. 1M 1.47,62 ; Ac 10.14,28 ; 11.8 ; Rm 14.14 ; He 10.29 ; Ap 21.27. « Avec des mains profanes », tel est donc le sens de cette expression technique. D’ailleurs, le narrateur l’explique pour ses lecteurs non-juifs, en ajoutant aussitôt : id est non lotis. — Le verbe έμέμψαντο de la Recepta grecque (vituperaverunt de la Vulgate) est omis par quelques manuscrits et par quelques versions. Peut-être serait-il apocryphe. Dans ce cas. la phrase, entrouverte après panes pour recevoir la parenthèse formée par les VV. 3 et 4, ne s’achèverait qu’au V. 5.

Car les pharisiens et tous les Juifs ne mangent pas sans s’être souvent lavé les mains, gardant en cela la tradition des anciens.Et lorsqu’ils reviennent de la place publique, ils ne mangent pas sans s’être lavés. Ils ont encore beaucoup d’autres traditions qu’ils observent, comme de laver les coupes, les vases de terre et d’airain, et les lits.
Pharisæi enim, et omnes Judæi, nisi crebro laverint manus, non manducant, tenentes traditionem seniorum :et a foro nisi baptizentur, non comedunt : et alia multa sunt, quæ tradita sunt illis servare, baptismata calicum, et urceorum, et æramentorum, et lectorum :
οί γὰρ Φαρισαι̃οι καὶ πάντες οί 'Iουδαι̃οι έὰν μὴ πυγμη̣̃ νίψωνται τὰς χει̃ρας ούκ έσθίουσιν κρατου̃ντες τὴν παράδοσιν τω̃ν πρεσϐυτέρων καὶ άπό άγορα̃ς έὰν μὴ βαπτίσωνται ούκ έσθίουσιν καὶ άλλα πολλά έστιν ὰ παρέλαϐον κρατει̃ν βαπτισμοὺς ποτηρίων καὶ ξεστω̃ν καὶ χαλκίων καὶ κλινω̃ν

7.3. et 4.— Nouvelles explications, en faveur des chrétiens romains pour lesquels écrivait saint Marc. Il y est fait mention de trois espèces d’ablutions usitées chez les Juifs, et regardées comme strictement obligatoires par le parti pharisaïque. — 1° Les ablutions des mains avant les repas. — Pharisæi et omnes Judæi. Restreintes d’abord à la secte, elles étaient devenues peu à peu, grâce à son influence, d’un usage presque général chez les Juifs contemporains de Notre Seigneur. Elles avaient lieu fréquemment, crebro, et sur le moindre prétexte, mais tout spécialement avant les repas. Y être fidèle s’appelait « tenir (le grec κρατούντες est d’une grande énergie) les traditions léguées par les Anciens ». Cf. 2Th 2.14. — Nous venons de traduire la locution πυγμη̣̃ à la façon de la Vulgate (« crebro »), de la version copte et de la version gothique (ufta = « oft » des Allemands), qui auront sans doute lu πυκνά (c’est la leçon du Codex Sinaiticus). Mais telle n’est pas, selon toute vraisemblance, sa véritable interprétation. Les exégètes anciens et modernes ont vivement discuté à son sujet. D’après Théophylacte et Euthymius, le substantif πυγμη̣̃ aurait servi à désigner tout l’avant-bras (πυγμὴ λέγεται τò άπò του̃ άγχω̃νος άχρι καὶ τω̃ν άκρων δακτύλων, Théophylacte). Par conséquent, πυγμη̣̃ νίπτεοθαι signifierait : se laver la partie du bras comprise entre le coude et l’extrémité des doigts. L’emploi du datif rend cette explication peu probable. Du reste, le vrai sens de πυγμὴ est plutôt « pugnus, pugillus », (πυγμὴ, ήγουν τò συγκεκλει̃σθαι τοὺς δακτύλους, Hésychius) ; de là cette traduction que l’on trouve dans quelques manuscrits de l’Itala : « nisi pugillo laverint manus ». Mais qu’est-ce que se laver les mains avec le poing ? Cela ne peut vouloir dire autre chose que frotter rudement l’une des mains avec l’autre, qui aura été préalablement fermée, « facto pugno ». Cette expression pittoresque décrit donc un des rites prescrits pour l’ablution des mains. Elle est du moins destinée à faire ressortir le zèle avec lequel les Pharisiens accomplissaient cette opération : aussi pourrait-on la traduire avec la version syriaque et divers exégètes par « sedulo, studiose », et par « intense » avec la version éthiopienne. — Il est à remarquer que, dans ce passage et dans toute la discusssion suivante, il ne s’agit pas des soins de propreté, mais d’ablutions purement cérémonielles, imposées au peuple par les Docteurs, et analogues à celles que les Mahométans pratiquent encore cinq fois le jour. — 2° Les ablutions après les sorties et les visites. A foro, scil. « venientes » ou « redeuntes », comme on lit dans plusieurs versions. Sur les places publiques et dans les rues, où l’on rencontre toute sorte de personnes, ceux dont on décrit la conduite avaient pu, sans s’en douter, être mis en contact avec des objets légalement impurs, et contracter par là-même quelque souillure. Il leur fallait de nouvelles ablutions pour se purifier. Le mot baptizentur désigne-t-il ici un bain complet ou un simple lavement des mains ? Il est assez difficile de le déterminer. Cependant nous admettrions volontiers, avec Meyer, Bisping et d’autres, la première opinion. On obtient ainsi une gradation ascendante, qui semble avoir été intentionnelle de la part de saint Marc. Avant leurs repas, ils se lavent simplement les mains ; s’ils viennent du dehors, ils se plongent tout entiers dans l’eau. Otshausen et Bleek font un contre-sens évident quand ils traduisent comme s’il y avait : τὰ άπὸ άγορα̃ς, έὰν μὴ βαπτίσηται, ούκ έσθίουοι, ils ne mangent pas les mets qui proviennent du marché sans les avoir lavés. Le Codex Sinaiticus porte la curieuse variante ρ́αντίσωνται, « aspergantur », au lieu de. βαπτίσωνται. — 3° Ablutions des ustensiles servant aux repas. Calicum, ποτηρίων, les coupes dans lesquelles on buvait. — Urceorum, les amphores et les aiguières placées sur la table[333]. Le mot grec correspondant, ξεστω̃ν (ξεστής au nominatif) est un des latinismes de saint Marc, cf. Préface. § IV, 3. Il dérive par une légère transposition (sex étant changé en xes ; cf. Xystus et Sixtus) de « sextarius », nom d’une mesure romaine servant à la fois pour les liquides et les substances sèches, et contenant la sixième partie du « congius » le quart du « modius », à peu près trois quarts de litre[334]. — Æramentorum, χαλχίων. C’étaient les grands vases d’airain, de grés ou d’argile placés dans la salle du festin, et renfermant les provisions de vin et d’eau qui servaient à remplir les « sextarii » devenus vides. Cf. Jn 2.6. — Lectorum, κλινω̃ν, les « triclinia » ou divans sur lesquels on se couchait à demi pour prendre les repas. Ces divers objets ayant pu être profanés, quoique à l’insu de tous, par le contact de quelque personne impure, les Pharisiens, conformément à leurs principes, ne permettaient pas qu’on en fit usage sans les sanctifier auparavant par des ablutions.

Les pharisiens et les scribes lui demandèrent donc : « Pourquoi vos disciples n’observent-ils point la tradition des anciens, et mangent-ils du pain avec des mains impures ? ».
et interrogabant eum pharisæi et scribæ : Quare discipuli tui non ambulant juxta traditionem seniorum, sed communibus manibus manducant panem ?
έπειτα έπερωτω̃σιν αύτὸν οί Φαρισαι̃οι καὶ οί γραμματει̃ς Διὰτι οί μαθηταί σου ού περιπατου̃σιν κατὰ τὴν παράδοσιν τω̃ν πρεσϐυτέρων άλλὰ άνίπτοις χερσὶν έσθίουσιν τὸν άρτον

7.5. — Après avoir indiqué l’occasion du conflit, V. 2, et donné quelques détails nécessaires à ses lecteurs pour la claire intelligence du récit, VV. 3 et 4, saint Marc revient aux ennemis du Sauveur et à leur interpellation. — Interrogabant ; dans le grec, έπερωτω̃σιν , au présent. — Non ambulant, ού περιπατου̃σιν, mot pittoresque. « Id est, non instituunt vitam, ex Hebræorum idiotismo, apud quos הלך, ambulare, idem valet quod vivere, et via dicitur vitæ genus quod aliquis tanquam viam sequatur[335] ».

Il leur répondit : « Isaïe a bien prophétisé sur vous, hypocrites, ainsi qu’il est écrit : Ce peuple m’honore des lèvres, mais leur coeur est loin de moi ;c’est en vain qu’ils m’honorent, enseignant des doctrines et des ordonnances humaines.
At ille respondens, dixit eis : Bene prophetavit Isaias de vobis hypocritis, sicut scriptum est : Populus hic labiis me honorat, cor autem eorum longe est a me :in vanum autem me colunt, docentes doctrinas, et præcepta hominum.
ό δὲ άποκριθεὶς εί̃πεν αύτοι̃ς ότι Καλω̃ς προεφήτευσεν 'Ησαΐας περὶ ύμω̃ν τω̃ν ύποκριτω̃ν ώς γέγραπται Ού̃τος ό λαὸς τοι̃ς χείλεσίν με τιμα̣̃ ή δὲ καρδία αύτω̃ν πόρρω άπέχει άπ’ έμου̃· μάτην δὲ σέϐονταί με διδάσκοντες διδασκαλίας έντάλματα άνθρώπων

7.6. et 7.At ille respondens. « Pharisæorum superfluum latratum, dit énergiquement saint Jérôme, furca rationis (Christus) obtundit ». La réponse de Jésus est plus qu’une défense : c’est une vigoureuse attaque qui rendra muets les Pharisiens et les Scribes. Quoiqu’elle soit au fond la même dans saint Matthieu et dans saint Marc, les arguments n’y sont pas reproduits dans un ordre identique. D’après le premier Évangéliste, Notre Seigneur, ripostent à ses ennemis par une contre-question, leur reproche d’abord de violer les commandements de Dieu les plus graves, spécialement le quatrième, sous prétexte d’observer leurs vaines traditions. Puis, généralisant la question, il leur montre à l’aide du texte d’Isaïe toute la grandeur de leur hypocrisie. Dans le second Évangile nous retrouvons ces deux parties : seulement, la seconde, qui est plus générale, se présente à la première place ; le fait particulier relatif au Corban ne vient qu’ensuite. Il serait bien difficile de dire quel fut l’ordre suivi réellement par Jésus. — Ben prophetavit… Cette terrible prophétie qu’Isaïe (Es 24.3) adressait directement à ses contemporains, devait trouver plus tard dans la conduite des Pharisiens un second accomplissement voulu par l’Esprit-Saint. Elle décrit en termes très vifs l’horreur qu’inspire à Dieu un culte purement extérieur, l’honneur que lui procurent des hommages sincères. Voyez l’Évangile selon saint Matthieu, Mt 15.7. — In vanum. La traduction littérale de ce mot en hébreu serait : Un « tohou » est leur culte (תהו désigne le vide, le chaos). Mais Isaïe ne l’a pas écrit dans ce passage : il exprime du moins fort bien la pensée divine — Doctrinas, et præcepta. La conjonction et n’est pas dans le grec, où on lit simplement : διδασκαλίας έυτάλματα άνθρώπων. Les deux derniers mots sont une apposition à διδασκαλίας, et la phrase revient à ceci : « Docentes doctrinas quæ sunt præcepta hominum ».

Car, laissant de côté le commandement de Dieu, vous observez la tradition des hommes, lavant les vases et les coupes, et faisant beaucoup d’autres choses semblables ».
Relinquentes enim mandatum Dei, tenetis traditionem hominum, baptismata urceorum et calicum : et alia similia his facitis multa.
άφέντες γὰρ τὴν έντολὴν του̃ θεου̃ κρατει̃τε τὴν παράδοσιν τω̃ν άνθρώπων βαπτισμοὺς ξεστω̃ν καὶ ποτηρίων· καὶ άλλὰ παρόμοια τοιαυ̃τα πολλὰ ποιει̃τε

7.8. — La particule enim montre que Jésus passe maintenant à la preuve de sa précédente assertion. — Relinquentes… tenetis. Belle antithèse, exprimée avec plus de force encore dans le texte original : άφέντες… κρατει̃τε. « Lâchant » les divins préceptes, vous vous cramponnez à des observances tout humaines. — Baptismata urceorum… Ces mots, et tous ceux qui les suivent jusqu’à la fin du verset, ont été omis par quelques-uns des meilleurs manuscrits. On les regarde néanmoins comme authentiques. Tandis qu’il serait difficile de comprendre pourquoi ils eussent été insérés dans le récit de saint Marc, il est assez probable que des copistes peu intelligents les auront supprimés, parce que le premier Évangile ne les contient pas. — Touchante réflexion morale du Vén. Bède : « C’était une coutume superstitieuse de revenir sans cesse à se laver, une fois que l’on était propre, et de ne point manger avant d’avoir fait des purifications. Mais il est nécessaire pour ceux qui désirent participer souvent au pain descendu du ciel de purifier souvent leurs œuvres par les larmes, les aumônes et les autres fruits de justice. Il faut ainsi purifier, sous l’action incessante des bonnes œuvres et des bonnes pensées, les souillures qu’ont pu faire contracter les préoccupations du siècle. C’est en vain que les Juifs se lavent les mains et qu’ils se purifient à l’extérieur, tant qu’ils se refusent à venir se purifier à la fontaine du Sauveur, et c’est en vain qu’ils observent la purification des vases, lorsqu’ils négligent de purifier de leurs véritables souillures leurs corps et leurs cœurs ».

Et il leur disait : « Vous détruisez fort bien le commandement de Dieu, pour garder votre tradition.
Et dicebat illis : Bene irritum facitis præceptum Dei, ut traditionem vestram servetis.
Καὶ έλεγεν αύτοι̃ς Καλω̃ς άθετει̃τε τὴν έντολὴν του̃ θεου̃ ίνα τὴν παράδοσιν ύμω̃ν τηρήσητε

7.9.Et dicebat illis. Saint Marc emploie volontiers cette petite formule de transition pour marquer des pauses dans les discours de Jésus. Elle équivaut à nos alinéas de l’Occident. — Bene irritum… Le Sauveur répète pour la troisième fois la même pensée. Cf. les VV. 7 et 8. Ici il y a gradation ascendante : maintenant en effet il ne s’agit plus d’une simple négligence des commandements divins, mais de leur violation absolue. L’adverbe καλω̃ς, que Jésus prononce pour la seconde fois dans l’intervalle de quelques lignes (cf. V. 6), est pris dans un sens ironique. Comparez 2Co 11.4. — Ut traditionem… servetis. Les commentateurs hérétiques se sont parfois appuyés sur ce passage pour attaquer les définitions de l’Église catholique relatives à la tradition, et pour prétendre que la Bible doit être notre seule règle de foi. Mais ils ont fait par là-même un grossier contre-sens. En effet, 1° Jésus ne parle pas ici de la tradition en général, ni de la tradition en tant qu’elle remonte à Dieu, mais de traditions abusives, inventées par les hommes. 2° Il ne parle pas de traditions concernant le dogme et la morale, ou du moins s’y rattachant, mais de coutumes purement disciplinaires, qui sont opposées à la morale. 3° La tradition, telle que l’entend l’Église romaine, n’est autre chose que la parole divine développée, expliquée. Du reste, nous mettons nos adversaires au défi de citer une seule de nos traditions catholiques qui soit opposée le moins du monde à la parole de Dieu.

Car Moïse a dit : “ Honore ton père et ta mère ” ; et : “ Que celui qui maudira son père ou sa mère soit puni de mort ”.
Moyses enim dixit : Honora patrem tuum, et matrem tuam. Et : Qui maledixerit patri, vel matri, morte moriatur.
Μωση̃ς γὰρ εί̃πεν Τίμα τὸν πατέρα σου καὶ τὴν μητέρα σου καί ʻO κακολογω̃ν πατέρα ή μητέρα θανάτω̣ τελευτάτω

7.10.Moyses enim dixit. Jésus va démontrer, VV. 10-14, par un frappant exemple emprunté à la casuistique juive, et rapproché des commandements de Dieu, la justesse de l’accusation qu’il a lancée à trois reprises contre ses ennemis. On verra quels étaient les résultats immoraux produits par la substitution des coutumes pharisaïques à la Thora. Les textes cités par Jésus sont empruntés à l’Exode, Ex 20.12, et au Deutéronome, Dt 5.16 : ils concernent le quatrième précepte du Décalogue, qu’ils proposent d’abord d’une manière positive, Honora…, puis négativement, Qui maledixerit…

Mais vous dites, vous : “ Si un homme dit à son père ou à sa mère : Tout corban (c’est-à-dire, don) que je fais vous profitera ”,vous ne le laissez rien faire de plus pour son père ou sa mère,
Vos autem dicitis : Si dixerit homo patri, aut matri, Corban (quod est donum) quodcumque ex me, tibi profuerit :et ultra non dimittitis eum quidquam facere patri suo, aut matri,
ύμει̃ς δὲ λέγετε 'Eὰν είπη̣ άνθρωπος τω̣̃ πατρὶ ή τη̣̃ μητρί Κορϐα̃ν ό έστιν Δω̃ρον ὸ έὰν έξ έμου̃ ώφεληθη̣̃ς καὶ ούκέτι άφίετε αύτὸν ούδὲν ποιη̃σαι τω̣̃ πατρὶ αύτου̃ ή τη̣̃ μητρί αύτου̃,

7.11. et 12.Vos autem. Vous, par opposition à Moïse, c’est-à-dire par opposition à Dieu dont Moïse était le représentant. — Si dixerit homo… Corban. Saint Marc a seul conservé ce mot hébreu, qui apparaît souvent dans les livres du Lévitique et des Nombres, mais qu’on ne rencontre que deux fois dans l’Ancien Testament en dehors du Pentateuque (Ez 20.28 ; 40.43). Les Rabbins l’emploient très fréquemment. Il servait à désigner toute sorte d’offrandes religieuses et même, d’après l’historien Josèphe, les personnes qui se dévouaient au service du Seigneur[336]. — Quod est donum. L’Évangéliste indique entre parenthèses à ses lecteurs non juifs la signification de קרבן. Josèphe, dans l’endroit que nous venons de citer, en donnait une interprétation identique : δω̃ρòν δὲ του̃το (le mot Corban) σημαίνει κατὰ ʻEλλήνων γλώττην. — Tibi profuerit. Les difficultés grammaticales que présente le texte grec et leurs solutions sont ici à peu près les mêmes que pour le passage parallèle de saint Matthieu, Mt 15.5,6. Nous pouvons suppléer έστί ou έστω après κορϐα̃ν et traduire : C’est Corban, ou bien, Que ce soit Corban, tout ce avec quoi je pourrais te secourir ! Nous pouvons admettre aussi une aposiopèse qui laisserait la phrase en suspens : Vous dites : Si quelqu’un dit à son père ou à sa mère, Tout ce que j’offrirai en Corban vous profitera…, et vous ne lui permettez plus de faire quoi que ce soit pour son père ou sa mère. Nous avons démontré dans notre commentaire sur Mt 15.5, que la première de ces deux interprétations est la plus vraisemblable. — Saint Ambroise stigmatise en ces termes des chrétiens de son temps qui voulaient faire passer le Corban pharisaïque dans l’Église du Christ : « Dicis te, quod eras parentibus collaturus, Ecclesiæ velle conferre. Non quærit donum Deus de fame parentum. Multi, ut prædicentur ab hominibus, Ecclesiæ conferunt quæ suis auferunt, quum misericordia a domestico progredi debeat officio[337] ».

annulant la parole de Dieu par votre tradition que vous avez établie ; et vous faites encore beaucoup d’autres choses semblables ».
rescindentes verbum Dei per traditionem vestram, quam tradidistis : et similia hujusmodi multa facitis.
άκυρου̃ντες τὸν λόγον του̃ θεου̃ τη̣̃ παραδόσει ύμω̃ν ή̣̃ παρεδώκατε· καὶ παρόμοια τοιαυ̃τα πολλὰ ποιει̃τε

7.13.Rescindentes verbum Dei. Il n’était pas possible d’alléguer un plus frappant exemple du renversement de la Loi divine par les traditions des hommes. Aussi Jésus peut-il répéter victorieusement, pour la quatrième fois, son assertion du V. 7, non sans appuyer sur les mots traditionem vestram, quam tradidistis. En ajoutant : Et similia…, il montre qu’il a signalé seulement un trait en faveur de sa thèse, mais que, s’il eût voulu multiplier les faits semblables, il n’aurait eu que l’embarras du choix, tant la morale pharisaïque les multipliait sur tous les points de la conduite pratique.

Alors, appelant de nouveau la foule, il lui disait : « Écoutez-moi tous, et comprenez.
Et advocans iterum turbam, dicebat illis : Audite me omnes, et intelligite.
Καὶ προσκαλεσάμενος πάντα τὸν όχλον έλεγεν αύτοι̃ς Άκούετέ μου πάντες καὶ συνίετε

7.14.Advocans iterum turbam. La Recepta grecque porte πάντα τὸν όχλον, toute la foule ; mais des témoins sérieux ont la variante πάλιν τὸν όχλον, qu’a suivie la Vulgate. À l’arrivée des Pharisiens et des Scribes, la foule qui entourait Jésus s’était respectueusement écartée. Jésus, après avoir réduit ses adversaires au silence, la rappelle auprès de lui pour lui donner une instruction importante. « Il lui présente la substance du débat dans une de ces formules à forme tranchante, quelquefois paradoxale et plus ou moins figurée, au moyen desquelles il savait si bien éveiller la réflexion[338] ».

Il n’y a rien au dehors de l’homme, qui, entrant en lui, puisse le souiller ; mais ce qui sort de l’homme, c’est là ce qui souille l’homme.
Nihil est extra hominem introiens in eum, quod possit eum coinquinare, sed quæ de homine procedunt illa sunt quæ communicant hominem.
ούδέν έστιν έξωθεν του̃ άνθρώπου είσπορευόμενον είς αύτὸν ὸ δύναται αύτόν κοινω̃σαι άλλὰ τὰ έκπορευόμενά άπ’ αύτου̃, έκει̃νά έστιν τὰ κοινου̃ντα τὸν άνθρωπον

7.15.Nihil est extra hominem… Principe d’une importance extrême pour la vie spirituelle, et montrant à l’homme, d’une part ce qui le rend impur, de l’autre ce qui est incapable de le souiller. Jésus l’expose sous la forme d’une antithèse frappante et d’une image familière. — 1° En général, et à moins de circonstances extraordinaires, les choses dont l’homme fait sa nourriture n’ont aucune influence sur sa condition morale. Peu importe qu’il absorbe tel ou tel mets, tel ou tel reuvage ; il importe moins encore qu’il se mette à table sans s’être auparavant lavé les mains. Ce sont là des faits qui se passent en dehors de son âme : ils ne sauraient donc le rendre impur et profane. — 2° Sed quæ de homine… Il n’en est pas de même de ce qui sort de l’homme : cela (illa sunt avec emphase), faisant partie de son être le plus intime, peut contribuer à le souiller. Pour le moment, le Sauveur se contente de promulguer cette profonde vérité : il en fera dans quelques instants l’exégèse à ses disciples, VV. 18-23. Saint Matthieu l’exprime à peu près dans les mêmes termes, mais avec une légère nuance qui la rend plus claire et plus saillante. Au lieu des notions générales « introiens in eum, de homine procedunt », il a ces mots qui développent l’image : « Quod intrat in os, quod procedit ex ore ». Voyez le commentaire de Mt 15.11. Mais de même que, dans le premier Évangile, « os » était pris successivement en deux sens distincts, d’abord au propre, puis au figuré, de même, dans saint Marc, la locution « entrer dans l’homme » exprime un fait réel, tandis que « sortir de l’homme » doit se prendre au moral. Le Sauveur joue sur cette variété d’acceptions. — Le verbe communicant a la même signification que coinquinant. Cf. le V. 2 et l’explication. Du reste, c’est le même mot qui est répété à deux reprises dans le texte grec : κοινω̃σαι, τὰ κοινου̃ντα. — Il est peu probable que le V. 15 ne soit, comme on l’a dit, que le sommaire, en quelque sorte le texte, d’un long discours prononcé dans cette circonstance par Notre-Seigneur.

Que celui qui a des oreilles pour entendre, entende ».
Si quis habet aures audiendi, audiat.
Εί τις έχει ώ̃τα άκούειν, άκουέτω

7.16.Si quis habet aures… Ce verset est omis dans plusieurs manuscrits importants (B, L, Sinait. Et quelques minuscules). Néanmoins, il est trop appuyé partout ailleurs pour n’être qu’une interpolation. La formule qu’il contient, souvent répétée par Jésus, est destinée à attirer la réflexion des auditeurs sur le grand principe qu’ils venaient d’entendre. Elle équivaut aux paroles « Audite me omnes et intelligite », qui avaient précédé la mention de ce principe, V. 14.

Et lorsqu’il fut entré dans une maison, loin de la foule, ses disciples l’interrogèrent sur cette parabole.
Et cum introisset in domum a turba, interrogabant eum discipuli ejus parabolam.
Καὶ ότε είση̃λθεν είς οί̃κον άπὸ του̃ όχλου έπηρώτων αύτὸν οί μαθηταὶ αύτου̃ περὶ τὴς παραϐολής

7.17.Quum introisset in domum. Saint Marc a seul conservé ce détail : il omet néanmoins un dialogue intéressant qui, d’après le premier Évangéliste, Mt 15.12-14, eut lieu entre Jésus et les siens, immédiatement après qu’ils se furent séparés de la foule. — Interrogabant eum discipuli. Toujours d’après saint Matthieu, Mt 15.15, ce fut saint Pierre qui adressa cette demande à Notre Seigneur au nom du collège apostolique. Ici, comme en d’autres occasions du même genre (voyez la note de Mc 6.50), le prince des Apôtres supprimait modestement son nom dans les récits qu’il faisait de la Vie de Jésus aux Romains et à saint Marc lui-même. Mais saint Matthieu, témoin oculaire, a pris soin de le noter. — Parabolam. Le mot parabole est employé dans un sens large, pour désigner, selon la definition donnée en cet endroit par Théophylacte, une sentence obscure et énigmatique, telle qu’était la parole du V. 15. La bonté avec laquelle Jésus avait daigné expliquer autrefois à ses disciples les paraboles du royaume des cieux (cf. Mc 4.10 et ss.) leur fait justement espérer qu’il viendra encore, dans le cas présent, au secours de leur intelligence.

Et il leur dit : « Est-ce ainsi que vous avez vous-mêmes si peu d’intelligence ? Ne comprenez-vous pas que tout ce qui, du dehors, entre dans l’homme, ne peut le souiller,parce que cela n’entre pas dans son coeur, mais va dans son ventre, puis est rejeté dans le lieu secret, ce qui purifie tous les aliments ?
Et ait illis : Sic et vos imprudentes estis ? Non intelligitis quia omne extrinsecus introiens in hominem, non potest eum communicare :quia non intrat in cor ejus, sed in ventrum vadit, et in secessum exit, purgans omnes escas ?
καὶ λέγει αύτοι̃ς Ούτως καὶ ύμει̃ς άσύνετοί έστε ού νοει̃τε ότι πα̃ν τὸ έξωθεν είσπορευόμενον είς τὸν άνθρωπον ού δύναται αύτὸν κοινω̃σαι ότι ούκ είσπορεύεται αύτου̃ είς τὴν καρδίαν άλλ’ είς τὴν κοιλίαν καὶ είς τὸν άφεδρω̃να έκπορεύεται καθαρίζον πάντα τὰ βρώματα

7.18. et 19. — La réponse du divin Maître commence par un reproche que nous avons déjà rencontré en des circonstances analogues. Cf. Mc 4.13. — Sic et vos. Même vous ! Vous, qui auriez dû comprendre sans peine ce qui concerne l’homme intérieur ! — Imprudentes ; dans le grec, άσύνετοί, « sine intellectu ». — Jésus, reprenant ensuite son aphorisme, considère isolément les deux parties qui le composent, et en explique les expressions les plus difficiles. Ire partie, VV. 18 et 19. Comment un mets, un breuvage, choses tout extérieures à l’homme, pourraient-ils salir son âme, avec laquelle ils n’ont aucun rapport ? — Non intrat in cor ejus. Manger et boire sont des phénomènes purement physiques. C’est dans l’estomac, non dans le cœur, que pénêtre la nourriture. Là, elle est soumise à des opérations dans lesquelles l’homme moral ne joue pas le moindre rôle. Après que ses parties assimilables ont été absorbées, ses éléments les plus grossiers sont rejetés par la nature (secessus, le lieu secret ; άφεδρω̃ν, « latrina, cloaca »). Par là, continue le Sauveur, le reste des aliments est purifié et peut entrer sans inconvénients dans l’organisation humaine. Ainsi donc, la nutrition est un phénomène physiologique, étranger à la religion : on mange et l’on digère, cela ne touche en rien à la partie spirituelle de l’homme. — Quelle étonnante simplicité de langage ! Mais en même temps, quelle clarté jetée sur la question du pur et de l’impur ! Cependant, « quelques-uns ont abusé des paroles… : Ce n’est pas ce qui entre dans le corps qui souille l’âme, prétendant que mal à propos l’Église avait interdit l’usage de la viande en certains temps, et prescrit des jeûnes et des abstinences particulières en d’autres. Mais elle n’a jamais fait ces défenses dans la croyance que ces créatures fussent mauvaises : elle les défend dans la vue de faire pratiquer à ses enfants la vertu de pénitence et de mortification… Elle est fort convaincue que toute créature de Dieu est bonne en elle-même, et qu’on peut en user avec action de grâces. Cf. 1Ti 4.4. Mais, aussitôt qu’une autorité légitime en a interdit l’usage, la chose devient par là défendue : la désobéissance et l’intempérance de celui qui en use contre les lois souillent son âme, et la rendent coupable aux yeux du Créateur et de Jésus-Christ, chef de l’Église ». Calmet. À ce point de vue, le protestant Stier a raison de dire que « ce qu’on mange ou qu’on boit n’est pas une chose complètement indifférente, car cela aussi provient du cœur et agit dans le cœur[339] ».

Mais, disait-il, ce qui sort de l’homme, c’est là ce qui souille l’homme.
Dicebat autem, quoniam quæ de homine exeunt, illa communicant hominem.
έλεγεν δὲ ότι Τὸ έκ του̃ άνθρώπου έκπορευόμενον έκει̃νο κοινοι̃ τὸν άνθρωπον

7.20.Dicebat autem… Jésus développe dans les VV. 20-24 la seconde moitié de son aphorisme. Cf. V. 15. Il est étrange que l’Évangéliste, qui emploie si volontiers le langage direct là où les autres synoptiques usent du discours indirect, se contente ici de raconter les paroles du Sauveur au lieu de les citer. Cependant l’on pourrait, conformément à plusieurs éditions du texte grec, placer deux points après « autem », et regarder la conjonction quoniam (ότι) comme récitative. Alors le verbe « dicebat » serait une de ces transitions propres à saint Marc dont nous avons rencontré un récent exemple (V. 9), et le discours redeviendrait direct. Telle est, croyons-nous, la véritable interprétation.

Car c’est du dedans, du coeur des hommes, que sortent les mauvaises pensées, les adultères, les fornications, les homicides,les vols, l’avarice, les méchancetés, la fraude, les impudicités, l’oeil mauvais, le blasphème, l’orgueil, la folie.
Ab intus enim de corde hominum malæ cogitationes procedunt, adulteria, fornicationes, homicidia,furta, avaritiæ, nequitiæ, dolus, impudicitiæ, oculus malus, blasphemia, superbia, stultitia.
έσωθεν γὰρ έκ τη̃ς καρδίας τω̃ν άνθρώπων οί διαλογισμοὶ οί κακοὶ έκπορεύονται μοιχει̃αι, πορνει̃αι φόνοι κλοπαί πλεονεξίαι πονηρίαι δόλος άσέλγεια όφθαλμὸς πονηρός βλασφημία ύπερηφανία άφροσύνη·

7.21. et 22.Ab intus enim de corde… Pléonasme, pour mieux marquer l’opposition qui existe entre les deux parties de l’aphorisme commenté par Jésus. Le cœur est donc vraiment le laboratoire où se prépare tout ce qu’il y a de bon et de mauvais dans l’homme envisagé comme être moral. C’est ce que les Égyptiens exprimaient ingénieusement sur leurs fresques funéraires. Les hommes, jugés par Osiris après leur mort, y sont représentés par le cœur qui les animait autrefois, placé et pesé dans une balance, comme la source de leurs mérites et de leurs démérites. — Les mystiques et les exégètes anciens appuyaient sur ces mots du Sauveur une profonde réflexion. Dans la vie pratique, disaient-ils, on oublie qu’on porte en soi le germe de tous les crimes : nous rejetons trop souvent nos tentations sur le démon, pas assez sur notre propre cœur. « Arguuntur de hao sententia qui cogitationes malas immitti a diabolo putant, non ex propria nasci voluntate. Diabolus enim incentator et adjutor malarum cogitationum esse potest, auctor autem esse non potest ». Bède. Cf. Schegg[340]. — Dans l’énumération de saint Marc, qui est plus complète que celle de saint Matthieu, le Sauveur signale treize formes particulières du mal, comme ayant leur foyer au cœur de l’homme : les sept premières sont nommées au pluriel et désignent des actes, les six autres sont nommées au singulier (dans le texte grec) et paraissent représenter surtout des dispositions. Il ne règne pas d’ordre systématique proprement dit dans cette nomenclature. — Avaritiæ. L’expression grecque πλεονεξίαι a une signification plus étendue. Elle indique tous les moyens par lesquels l’homme attire à soi la créature, aux dépens du culte qu’il doit rendre à Dieu. — Oculus malus. Le mauvais œil, עין רע, est bien connu dans tout l’Orient, et même dans l’Europe occidentale où l’on redoute tant ses effets. Cf. Pr 23.6 ; 28.22 ; Mt 20.45. Il représente ici l’envie. — Stultitia, άφροσύνη, l’opposé de la σωφροσύνη, ou sagesse. « Causa cur insipientia extremo loco ponatur : quæ etiam reliqua omnia facit incurabiliora ». Bengel.

Tous ces maux sortent du dedans, et souillent l’homme ».
Omnia hæc mala ab intus procedunt, et communicant hominem.
πάντα ταυ̃τα τὰ πονηρὰ έσωθεν έκπορεύεται καὶ κοινοι̃ τὸν άνθρωπον

7.23. — Après cette énumération, Jésus répète la même pensée sous une forme générale : « Tous les maux que je viens de nommer proviennent évidemment de l’intérieur de l’homme ; évidemment aussi ils souillent l’homme ». Par conséquent, la vérité qu’il voulait démontrer est maintenant prouvée d’une manière rigoureuse. — La leçon qui se dégage de tout ce passage est bien claire. La nature humaine est foncièrement dépravée. De cette source délétère sortent des péchés sans nombre ; c’est donc l’homme intérieur qu’il faut régénérer. Des pratiques purement extérieures, telles que les ablutions auxquelles les Pharisiens attachaient tant d’importance, sont tout à fait insuffisantes pour obtenir ce résultat.

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