Etant parti de là, Jésus vint près de la mer de Galilée ; et montant sur une montagne, Il S'y assit.
Et cum transisset inde Jesus, venit secus mare Galilææ : et ascendens in montem, sedebat ibi.
Καὶ μεταβὰς έκει̃θεν ό 'Iησου̃ς η̃λθεν παρὰ τὴν θάλασσαν τη̃ς Γαλιλαίας καὶ άναβὰς είς τὸ όρος έκάθητο έκει̃
15.29. — Quum transisset inde, c’est-à-dire, d’après les versets 21 et 22, « a finibus Tyri et Sidonis ». — Venit secus mare Galilææ. Saint Marc, dont le récit est plus explicite, Mc. vii, 31, rapporte que Jésus, « quittant le territoire de Tyr, s’en vint par Sidon auprès de la mer de Galilée, en traversant la Décapole » : ce qui suppose un voyage considérable, accompli en forme de demi-cercle dans les régions septentrionales de la Palestine. Voir notre commentaire sur saint Marc. — Ascendens in montem, en grec, τὸ όρος comme de coutume, cf. v, 1 ; xiv, 23, l’article désignant la montagne spéciale sur laquelle Jésus-Christ s’installa avec ses disciples. C’était à l’Est du lac.
Alors des foules nombreuses s'approchèrent de Lui, ayant avec elles des muets, des aveugles, des boiteux, des estropiés et beaucoup d'autres malades ; et elles les jetèrent à Ses pieds, et Il les guérit :
Et accesserunt ad eum turbæ multæ, habentes secum mutos, cæcos, claudos, debiles, et alios multos : et projecerunt eos ad pedes ejus, et curavit eos,
καὶ προση̃λθον αύτω̣̃ όχλοι πολλοὶ έχοντες μεθ'' έαυτω̃ν χωλούς, τυφλούς, κωφούς, κυλλούς, καὶ έτέρους πολλούς, καὶ έρριψαν αύτοὺς παρὰ τοὺς πόδας του̃ 'Iησου̃ καὶ έθεράπευσεν αύτούς·
15.30. — Et accesserunt… Le divin Maître, qui avait joui pendant quelques semaines de la solitude promise autrefois à ses Apôtres, cf. Marc vi, 31, retrouve bientôt son cortège accoutumé, dès qu’il est de retour dans ces contrées où il est plus connu et où il lui serait impossible de demeurer caché. L’empressement dut cette fois être d’autant plus considérable qu’on avait été privé du Sauveur depuis un certain temps. — Habentes secum multos… Les multitudes qui accourent auprès de lui de toutes les directions se présentent avec leur accompagnement ordinaire de malades et d’infirmes. On signale pour la première fois une catégorie spéciale d’infortunés qui viennent implorer la pitié du Thaumaturge, les κυλλούς, debiles de la Vulg., ceux qui étaient estropiés des pieds ou des mains. L’Évangéliste emploie une expression pittoresque pour décrire l’empressement, la précipilation même qui régnait alors dans l’entourage de Jésus : projecerunt eos ante pedes ejus. Comme il y avait beaucoup de malades, c’était, à qui ferait passer le plus promptement le sien, parce que l’on craignait que Notre-Seigheur ne se retirât avant de les avoir tous guéris. Peut-être saint Matthieu voulait-il aussi représenter la foi vive qui animait le peuple ; « quia eos (ægros) arbitrio ipsius relinquebant ac nihil dubitabant quin sanare eos posset[639] ». — Et curavit eos. Parmi les guérisons qui furent opérées alors, saint Marc, mentionne plus spécialement celle d’un sourd-muet qui eut de fait un caractère extraordinaire[640].
de sorte que les foules étaient dans l'admiration, voyant les muets parler, les boiteux marcher, les aveugles voir ; et elles glorifiaient le Dieu d'Israël.
ita ut turbæ mirarentur, videntes mutos loquentes, claudos ambulantes, cæcos videntes : et magnificabant Deum Israël.
ώστε τοὺς όχλους θαυμάσαι βλέποντας κωφοὺς λαλου̃ντας κυλλοὺς ύγιει̃ς χωλοὺς περιπατου̃ντας καὶ τυφλοὺς βλέποντας· καὶ έδόξασαν τὸν θεὸν 'Iσραήλ
15.31. — Ita ut turbæ. L’écrivain sacré relève l’admiration qu’avait excitée parmi le peuple cette série de prodiges plus nombreux que de coutume : l’enumération qu’il fait ensuite, mulos loquentes, etc., forme un petit tableau plein de vie, dont la réalité devait, on le comprend, exciter à un haut degré l’enthousiasme de tous les témoins. — Magnificabant. Quelques manuscrits grecs ont l’imparfait, έδόξαζον, comme la Vulgate ; le « textus receptus » emploie l’aoriste, έδόξασαν. — Deum Israel, Jéhova, en tant qu’il était le Dieu national des Juifs. La foule le glorifie, parce qu’elle sait bien que de lui seul peut venir la puissance surnaturelle qui se manifeste en Jésus.
Or Jésus, ayant appelé Ses disciples, leur dit : J'ai pitié de cette foule ; car il y a déjà trois jours qu'ils restent avec Moi, et ils n'ont rien à manger ; et Je ne veux pas les renvoyer à jeun, de peur qu'ils ne défaillent en chemin.
Jesus autem, convocatis discipulis suis, dixit : Misereor turbæ, quia triduo jam perseverant mecum, et non habent quod manducent : et dimittere eos jejunos nolo, ne deficiant in via.
ʻO δὲ 'Iησου̃ς προσκαλεσάμενος τοὺς μαθητὰς αύτου̃ εί̃πεν Σπλαγχνίζομαι έπὶ τὸν όχλον ότι ήδη ήμέρας τρει̃ς προσμένουσίν μοι καὶ ούκ έχουσιν τί φάγωσιν· καὶ άπολυ̃σαι αύτοὺς νήστεις ού θέλω μήποτε έκλυθω̃σιν έν τη̣̃ όδω̣̃
15.32. — Convocatis discipulis. « Vult pascere quos curavit. Convocat quoquediscipulos suos et quod facturus est loquiiur, ut ex confabulatione intelligant signi magnitudinem, respondentes se panes in eremo non habere ». II est touchant de voir Jésus, la Sagesse incarnée, tenir conseil avec ses Apôtres touchant le moyen de soulager ce pauvre peuple, qui allait bientôt éprouver les souffrances de la faim, si on ne lui venait promptement en aide. Les disciples étaient sans doute dispersés parmi la foule : c’est pourquoi il est dit que Jésus les convoqua. — Dixit. Par quelques paroles d’une délicatesse toute divine, le Sauveur expose et met pour ainsi dire en délibération le point spécial qui occupe sa pensée. — Misereor turbæ. Le cœur du bon Pasteur apparaît tout entier dans ce mot qui exprime si bien la sympathie et la tendresse, σπλαγχνίζομαι — Quia triduo jam. Il y avait donc trois jours que Jésus était envahi constamment par la multitude ; mais ce n’est point pour lui-même qu’il s’en souvient, c’est à cause d’elle, craignant qu’elle n’ait à souffrir bientôt d’un séjour aussi prolongé dans un lieu désert. — Non habent quod manducent. Les provisions que chacun avaient apportées étaient entièrement consommées. Il est touchant de remarquer que la foule ne semble pas s’en apercevoir, ni en redouter les inconvénients. Elle est si bien auprès de Jésus qu’elle cesse de songer aux besoins matériels : c’est pourquoi le bon Maître daigne prendre l’initiative en sa qualité de père de famille. — Dimittere jejunos nolo : je ne veux absolument pas. Il ne peut se faire à cette idée. II craindrait ne deficiant in via : comme on était en plein désert d’après le ℣. 33, le peuple aurait dû, sans le miracle de Notre-Seigneur, aller très loin chercher des vivres et beaucoup de personnes auraient pu se trouver mal le long du chemin.
Les disciples Lui dirent : Comment donc trouverons-nous, dans ce lieu désert, assez de pains pour rassasier une si grande foule ?
Et dicunt ei discipuli : Unde ergo nobis in deserto panes tantos, ut saturemus turbam tantam ?
καὶ λέγουσιν αύτω̣̃ οί μαθηταί αύτου̃, Πόθεν ήμι̃ν έν έρημία̣ άρτοι τοσου̃τοι ώστε χορτάσαι όχλον τοσου̃τον
15.33. — Et dicunt discipuli. En établissant l’état des choses, Jésus-Christ n’a pas dit un mot du prodige qu’il a le dessin d’accomplir. On dirait qu’il voulait s’en faire suggérer extérieurement la pensée. Mais il s’adresse à de bien mauvais conseillers : les Apôtres en effet ne sont frappés que d’un point, l’impossibilité complète où ils sont de nourrir une telle foule en un tel lieu. — Unde ergo… Comme ils appuient sur chaque parole ! Dans le désert, une assez grande quantité de pain, rassasier une foule si considérable, et surtout nobis : qu’y pouvons-nous, Seigneur ? Où est leur foi ? Ne semblent-ils pas dire comme autrefois leurs ancêtres incrédules : « Numquid poterit Deus parare mensam in desertor[641] ». Les voilà en apparence aussi perplexes que s’ils n’eussent pas assisté à une scène semblable quelques mois ou quelques semaines auparavant ! De cette réflexion réellement surprenante des Apôtres, et de la ressemblance indéniable qui existe entre les deux multiplications des pains, les rationalistes ont cru pouvoir conclure qu’il n’y eut en réalité qu’un seul fait, lequel fut ensuite dédoublé par suite d’une confusion survenue de bonne heure dans les documents qui servirent de source aux évangélistes. Mais on irait loin avec de tels principes. La distinction des deux événements est démontrée aussi clairement que possible. Les narrateurs les séparent ; c’est donc qu’ils furent séparés dès leur origine : comment en effet des historiens dont l’un, saint Matthieu, avait été témoin oculaire, l’autre, saint Marc, témoin auriculaire, auraient-ils pu se tromper si grossièrement sur une chose des plus simples. De plus, malgré leur ressemblance générale, les deux incidents diffèrent l’un de l’autre sur presque tous les points. La localité n’est plus la même : précédemment Jésus se trouvait au N.-E. du lac, auprès de Bethsaïda-Julias ; maintenant il est à l’Ε., sur le territoire de la Décapole. La date n’est pas la même un temps plus ou moins considérable s’écoula entre les deux miracles. Les détails ne sont pas les mêmes : ici c’est Jésus qui prend l’initiative, là c’étaient les disciples qui attiraient son attention sur le manque de vivres, cf. xiv, 10 ; on a sept pains au lieu de cinq, quatre mille hommes à nourrir au lieu de cinq mille ; on recueille sept corbeilles au lieu de douze. Enfin l’issue n’est pas la même, puisque après le premier prodige nous trouvions une marche de Jésus sur les eaux et la cessation miraculeuse d’une tempête, tandis qu’après le second nous voyons le Sauveur s’embarquer et gagner simplement la rive occidentale. — Ajoutons que Notre-Seigneur lui-même distingue nettement les deux prodiges. Cf. xvi, 9–10 ; Marc, viii, 19. Assurément, l’embarras des Apôtres est extraordinaire ; mais savaient-ils s’il plairait à leur Maître de renouveler une seconde fois le même miracle ? Jésus n’agissait pas toujours d’une façon identique dans des situations analogues ; il pouvait donc avoir cette fois ses moyens spéciaux qu’ils ne soupçonnaient pas. N’osant l’interroger, n’osant lui rappeler ce qu’il a fait précédemment pour nourrir la foule, ils font afin de se tirer d’embarras, une réponse vague qui n’indique en aucune manière un manque réel de foi, puisqu’ils mentionnent seulement leur propre impuissance et point celle de Jésus. Et puis, eussent-ils momentanément oublié le premier miracle, n’est-ce pas bien là l’histoire du cœur humain qui cesse si vite de se rappeler, à chaque danger, les délivrances antérieures dont il a été l’objet de la part de Dieu ? Jéhova ouvre un passage aux Israélites à travers la mer Rouge : à peine arrivés sur l’autre rive, ils murmurent parce qu’ils ne trouvent pas d’eau douce et ils se demandent si le Seigneur est réellement avec eux. Il leur envoie des cailles en abondance et, quelque temps après, Moïse lui-même doute que Dieu puisse fournir de la viande à toute cette multitude ! Le même cas pouvait très bien se présenter pour les Apôtres qui étaient encore faibles dans la foi ; cf. xvi, 8.
Et Jésus leur dit : Combien avez-vous de pains ? Ils Lui dirent : Sept, et quelques petits poissons.
Et ait illis Jesus : Quot habetis panes ? At illi dixerunt : Septem, et paucos pisciculos.
καὶ λέγει αύτοι̃ς ό 'Iησου̃ς Πόσους άρτους έχετε οί δὲ εί̃πον, ʻEπτά καὶ όλίγα ίχθύδια
15.34. — Quot habetis. Sans prendre garde à leur réponse, Jésus va droit au fait el introduit directement les préliminaires du prodige.
Alors Il ordonna à la foule de s'asseoir par terre.
Et præcepit turbæ ut discumberent super terram.
καὶ έκέλευσεν τοι̃ς όχλοις άναπεσει̃ν έπὶ τὴν γη̃ν
15.35. — Discubuerunt. Cf. xiv, 19. Le grec emploie ici le verbe άναπίπτω, au lieu de άνακλίνω.
Et prenant les sept pains et les poissons, et rendant grâces, Il les rompit, et les donna à Ses disciples ; et les disciples les donnèrent au peuple.
Et accipiens septem panes, et pisces, et gratias agens, fregit, et dedit discipulis suis, et discipuli dederunt populo.
καὶ λαβὼν τοὺς έπτὰ άρτους καὶ τοὺς ίχθύας εύχαριστήσας έκλασεν καὶ έδωκεν τοι̃ς μαθηται̃ς αύτου̃· οί δὲ μαθηταὶ τω̣̃ όχλω̣̃
15.36. — Et accipiens… Ces détails diffèrent à peine de ceux que nous avons rencontrés à la première multiplication des pains. La bénédiction est représentée ici par les mots gratias agens, εύχαριστήσας.
Tous mangèrent, et furent rassasiés ; et on emporta sept corbeilles, pleines des morceaux qui étaient restés.
Et comederunt omnes, et saturati sunt. Et quod superfuit de fragmentis, tulerunt septem sportas plenas.
καὶ έφαγον πάντες καὶ έχορτάσθησαν καὶ η̃ραν τὸ περισσευ̃ον τω̃ν κλασμάτων έπτὰ σπυρίδας πλήρεις
15.37. — Septem sportas. « In priore miraculo, ut numerus panum numero millium, sic numerus cophinorum respondit numero apostolorum ; in altero, numerus sportarum numero panum[642] ». Plus haut, xiv, 20, les corbeilles portaient le nom de « cophini », χόφινοι : actuellement, elles reçoivent celui de « sportæ », en grec σπύριδες. Ce changement n’est pas le produit d’un simple hasard, mais il indique une véritable différence. Laquelle ? c’est ce qu’on ne saurait dire au juste parce que les renseignements précis font défaut : un passage des Actes des Apôtres, Act. ix, 25, prouve cependant que la « sporta » devait avoir des dimensions beaucoup plus considérables que le « cophinus », puisqu’elle était capable de contenir un homme. Elle consistait sans doute en une sorte de hotte ou de grand panier.
Or ceux qui mangèrent étaient au nombre de quatre mille hommes, sans compter les enfants et les femmes.
Erant autem qui manducaverunt quatuor millia hominum, extra parvulos et mulieres.
οί δὲ έσθίοντες η̃σαν τετρακισχίλιοι άνδρες χωρὶς γυναικω̃ν καὶ παιδίων
15.38. — Extra parvulos… L’évangéliste avertit le lecteur, comme dans sa précédente narration, xvi, 24, qu’il ne fait pas entrer en ligne de compte les femmes et les jeunes enfants. Cette note a évidemment pour but de rehausser la grandeur du miracle.
Ayant ensuite renvoyé la foule, il monta sur une barque, et vint sur les confins de Magédan.
Et, dimissa turba, ascendit in naviculam : et venit in fines Magedan.
Καὶ άπολύσας τοὺς όχλους ένέβη είς τὸ πλοι̃ον καὶ η̃λθεν είς τὰ όρια Μαγδαλά
15.39. — Le repas achevé, Jésus congédie la foule, s’embarque avec ses disciples, et vient aborder in fines Magedan, c’est-à-dire sur le territoire de Magedan. Ce nom propre a été de tout temps pour les exégètes une source de sérieuses difficultés. En effet, 1° on ignore quelle était sa véritable prononciation, trois variantes principales existant dans les manuscrits et les versions : ainsi, tandis que l’Itala, la Vulgate et plusieurs Pères Latins ont « Magedan », le « textus receptus », la version copte et les Pères grecs ont Μαγδαλά ; d’un autre côté, plusieurs manuscrits grecs importants (B, D et Sinaït.), les traductions syrienne et arménienne lisent Μαγαδάν. 2° Pour augmenter encore l’obscurité, saint Marc, Marc viii, 10, mentionne, à propos du débarquement de Jésus, une localité toute différente, qu’il appelle Dalmanutha et qui n’est citée nulle part ailleurs. Il est probable cependant que Dalmanutha était simplement un hameau situé dans le voisinage de Magedan ou de Magdala. (Voir notre commentaire sur ce passage de saint Marc). 3° Le doute qui plane sur le nom propre s’étend, comme il est naturel, à la direction même du voyage de Jésus. Toutefois, Magédan étant un pays tout à fait inconnu, les critiques adoptent de préférence la leçon du texte grec, qui est appuyée d’ailleurs sur de graves autorités. Alors tout s’éclaircit, car le bourg de Magdala s’élevait certainement sur la rive occidentale du lac de Gennésareth, au Nord de Tibériade, à l’endroit où l’on voit aujourd’hui le village mahometan de Medjel. De la ville jadis florissante de sainte Marie-Madeleine, il ne reste que des ruines et quelques misérables masures : la situation est rendue pittoresque non seulement, par le voisinage du lac, mais encore par une énorme roche calcaire qui surplombe le village et au pied de laquelle coule un rapide et clair ruisseau.