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2. — La consécration messianique de Jésus.

Mt 3.12–4.11.

Quoique préparé à ses fonctions publiques par la longue retraite de Nazareth, Jésus n’en commencera néanmoins l’exercice qu’après avoir reçu une consécration solennelle. Sa consécration sera double : il y aura l’inauguration du baptême et l’inauguration de la tentation. La première lui conférera en quelque sorte ses titres officiels, la seconde le fera passer par le creuset de l’épreuve : elles attesteront l’une et l’autre qu’il est vraiment le Messie selon le cœur de Dieu.

1° Le baptême de Notre Seigneur Jésus-Christ.

Mt 3.13-17. — Parall. Mc 1.9-11 ; Lc 3.21-22.

Cette mystérieuse cérémonie, dont nous essaierons plus bas d’indiquer les motifs, ouvre la vie messianique de Jésus. Homme privé avant de l’avoir subie, il agit ouvertement comme Messie après son baptême. Car, selon la belle parole de saint Justin, « bien que le Christ soit né et qu’il habite en quelque endroit, il est inconnu et il ne possède aucun pouvoir jusqu’à ce qu’Élie l’ait consacré par l’onction et l’ait ainsi manifesté à tous[189] ». C’est donc à une seconde Épiphanie que nous allons assister, ainsi que l’Église nous le montre en honorant au même jour le mystère de la Visite des Mages et le mystère du baptême de Notre Seigneur.

Alors Jésus vint de la Galilée au Jourdain, auprès de Jean, pour être baptisé par lui.

Tunc venit Jesus a Galilæa in Jordanem ad Joannem, ut baptizaretur ab eo.

Τότε παραγίνεται ό 'Iησου̃ς άπὸ τη̃ς Γαλιλαίας έπὶ τὸν 'Iορδάνην πρὸς τὸν 'Iωάννην του̃ βαπτισθη̃ναι ύπ' αύτου̃

3.13. — Tunc, c’est-à-dire au temps où Jean-Baptiste prêchait et baptisait. Mot solennel, qui annonce un grave changement dans l’histoire évangélique et dans l’existence du Sauveur. Deux notes chronologiques qui nous seront fournies l’une par saint Luc, Lc 3.23, l’autre par saint Jean, Jn 2.13 et ss., nous aideront plus tard à fixer d’une manière au moins approximative la date de cet événement. Jésus étant né l’an de Rome 749, et ayant environ trente ans (« quasi annorum triginta », saint Luc, l.c.) au moment de son baptême, sa vie publique dût commencer en 780, quelques mois après celle du Précurseur. — Venit Jesus. Ce voyage du divin Rédempteur fut assurément, à cause de ses conséquences pour le salut du monde, la démarche la plus importante qu’il eût faite, depuis celle qui l’avait conduit du ciel dans le sein virginal de Marie. — A Galilæa. Saint Marc est plus précis : « a Nazareth Galilææ », Mc 1.9. — In Jordanem. Le quatrième évangéliste nous aurait conservé, d’après quelques interprètes, le nom du lien qui servit de théâtre au baptême du Sauveur ; « Hæc in Bethania facta sunt trans Jordanem, ubi erat Joannes baptizans », Jn 1.23. Mais ce n’est là qu’une conjecture incertaine. Le village de Béthanie, appelé aussi Béthabara, était situé au sud de la Pénée, à peu près en face de Jéricho. — Ut baptizaretur ab eo. Nous avons dans ces mots le motif du voyage entrepris alors par Jésus ; mais quel pouvait bien être celui de l’acte même auquel il se soumit en arrivant auprès du Précurseur ? Il n’avait pas besoin de pénitence ; pourquoi donc en accepter le symbole ? Saint Jean-Baptiste a résolu en partie la question par cette parole significative : « Ut manifestetur in Israël, propterea veni ego in aqua baptizans » ; Jn 1.31. Ainsi, le baptême du Christ était destiné à le manifester solennellement au monde. Mais ce rite avait encore d’autres raisons d’être. Le Verbe divin s’était incarné pour expier les péchés du monde, et, bien que son œuvre de rédemption ait commencé dès le premier instant de son Incarnation, on peut dire néanmoins qu’elle eut un caractère tout particulier, plus complet, à partir de sa vie publique. Or, d’après la théologie, « l’expiation des péchés embrasse deux éléments, la pénitence et le châtiment ; le premier consiste dans les sentiments du cœur, le second dans la satisfaction proprement dite. L’expiation comprend donc, en définitive, les sentiments et les actes, la disposition et l’exécution. Ici, au baptême, le Christ nous apparaît comme pénitent ; sur la croix, nous le verrons satisfaire pour la dette de l’humanité dont il a daigné se charger. Le baptême et la mort sont donc le commencement et la fin de son œuvre de réconciliation. En recevant l’eau du baptême, il manifestait la disposition où il était de porter et d’expier le fardeau du genre humain ; par le baptême de sang, sur la croix, sa disposition s’est transformée en acte. L’acceptation du baptême était par conséquent une acceptation formelle du rôle messianique[190] ». « Decebat ut vel in primo actu vitæ suæ publicæ se sisteret tanquam peccatorem et sensa poenitentiæ indueret, quemadmodum in fine vitae pœnam peccati sustinuit in cruce », Van Steenkiste. Ainsi le baptême n’est pas seulement, de la part de Notre Seigneur Jésus-Christ, un pur accommodement a un usage qui existait alors ; il a pour lui un but réel, une signification profonde ; c’est en quelque sorte le vœu de sa future immolation. — Saint Ambroise et après lui saint Thomas attribuent encore un motif secondaire au baptême du Sauveur : « Baptizatus est Dominus non mundari volens, sed mundare aquas, ut ablutæ per carnem Christi, qui peccatum non cognovit, baptismatis vim haberent, et ut sanclificatas aquas relinqueret postmodum baptizandis[191] ».

Mais Jean L'écartait, en disant : C'est moi qui dois être baptisé par Vous, et Vous venez à moi !

Joannes autem prohibebat eum, dicens : Ego a te debeo baptizari, et tu venis ad me ?

ό δὲ 'Iωάννης διεκώλυεν αύτὸν λέγων, 'Eγὼ χρείαν έχω ύπὸ σου̃ βαπτισθη̃ναι καὶ σὺ έρχη̣ πρός με

3.14. — Après ces détails préliminaires, nous arrivons au récit des circonstances qui accompagnèrent le baptême de Jésus. Elles consistent : 1° en un dialogue remarquable qui eut lieu entre le Baptiste et le Baptisé, ℣℣. 14 et 15 ; 2° en plusieurs manifestations extraordinaires qui suivirent immédiatement la cérémonie, ℣. 16 et 17. — 1° Le dialogue ne nous a été conservé que par le premier évangéliste ; il se compose d’une objection faite au Christ par le Précurseur, ℣. 14, et de la réponse de Jésus, ℣. 15. Les deux Testaments figurés par nos saints personnages semblent y changer de rôle ; ici, en effet, Jean représente la liberté de la Nouvelle Alliance, Jésus la sévérité de l’Ancienne. — Joannes autem, prohibebat eum. Il l’empêchait, διεκώλυεν, du geste, de la voix, du regard. Cette, expression suppose des efforts sérieux, extérieurs, pour dissuader Jésus. Jean-Baptiste ne fait des difficultés, relativement à son baptême, qu’à deux sortes de personnes, aux sectaires juifs et au Sauveur ; à celui-ci parce qu’il est au-dessus, de ce rite qui est indigne de lui, à ceux-là parce qu’ils ne sont pas dignes de recevoir le signe de la purificalion. — Ego debeo, mieux, « opus habeo », χρείαν έχω. « Si alter nostrum omnino baptizandus sit, ego potius abs te, ut dignissimo, baptismum petere debui », Grotius. — Et tu venis ad me. Jean et Jésus se tiennent en face l’un de l’autre comme autrefois leurs mères, cf. Lc 1.40 et suiv., et le langage du premier rappelle vivement celui d’Élisabeth. « Et unde hoc mihi, disait-elle à Marie, ut veniat mater Domini mei ad me ? » Le Précurseur comprend qu’il y a une sorte d’inconvenance pour lui à baptiser Celui dont il ne mérite pas même de porter les chaussures Ne serait-ce point sortir de son rôle ? En effet, « quod minus est a meliore benedicitur », He 7.7. La pureté éminente de Jésus et le baptême « in poenitentiam » lui semblent être deux choses contradictoires : Vous êtes saint, vous ne pouvez pas être baptisé, surtout par moi qui suis un pécheur. L’objection de saint Jean est donc aussi simple que légitime ; elle a pourtant occasionné une difficulté assez grave qui aurait même, d’après les Critiques rationalistes, le caractère d’une véritable contradiction. La narration de saint Matthieu suppose manifestement que le Précurseur connaissait Notre-Seigneur avant de le baptiser ; or, ce même Précurseur dit en propres termes d’après le quatrième Évangile, Jn 1.31 et suiv. : « Et ego nesciebam eum… » Comment expliquer ce oui et ce non ? Sans entrer dans le détail des solutions plus ou moins heureuses qui ont été proposées de divers côtés, nous nous bornerons à la réponse suivante. Il est très probable que Jean-Baptiste, à cette époque, connaissait déjà personnellement son cousin, et même qu’il l’avait vu à différentes reprises. De plus, il avait certainement appris de son père et de sa mère les prodiges qui avaient accompagné sa propre naissance et celle de Jésus, comme aussi le rôle que Dieu leur avait dès lors assigné à l’un et à l’autre. Voilà pourquoi, au moment où Jésus s’approche de lui pour être baptisé, il s’écrie dans le sentiment de son indignité : « Ego a te debeo », etc. Toutefois, il ne le connaissait pas encore d’une manière officielle, si l’on peut s’exprimer ainsi. En tant que Précurseur, Jean-Baptiste a reçu de Dieu la promesse d’un signe qui lui manifestera le Messie, cf. Jn 1.33 ; avant d’avoir vu ce signe, il pourra bien connaître le Messie pour son propre compte, mais il ne le connaîtra pas comme Précurseur, de façon à pouvoir déclarer ouvertement à la foule qu’il est le Christ promis. Telle est l’opinion commune des interprètes. D’autres supposent, mais avec moins d’autorité, qu’au moment de baptiser Jésus, saint Jean ne le connaissait réellement pas, mais qu’il fut alors saisi d’un pressentiment prophétique qui lui dicta les humbles paroles contenues dans le ℣. 44.

Mais Jésus, répondant, lui dit : Laisse faire maintenant ; car c'est ainsi qu'il convient que nous accomplissions toute justice. Alors Jean Le laissa faire.

Respondens autem Jesus, dixit ei : Sine modo : sic enim decet nos implere omnem justitiam. Tunc dimisit eum.

άποκριθεὶς δὲ ό 'Iησου̃ς εί̃πεν πρὸς αύτόν, ̋Αφες άρτι ούτως γὰρ πρέπον έστὶν ήμι̃ν πληρω̃σαι πα̃σαν δικαιοσύνην τότε άφίησιν αύτόν

3.15. — Respondens autem Jesus. Dans cette réponse, nous avons la seconde parole évangélique de Notre-Seigneur Jésus-Christ ; la première, que celle-ci rappelle par sa profondeur, avait été prononcée par le Sauveur encore enfant, lorsque Marie et Joseph le retrouvèrent dans le temple, au milieu des Docteurs ; Cf. Lc 11.49. — Sine modo, non pas « noli nunc quærere uter major minorve sit » (Wahl), ce qui donnerait une grande fadeur à la pensée, mais : Souffrez-le pour un moment. « Non enim perpetuo ita erit, inquit ; sed in eo statu me videbis quo desideras ; at nunc sustine », saint Jean Chrysostôme, Hom. in Matth. h.l. Jésus reconnaît au fond la valeur de l’objection du Précurseur : celui-ci a raison à son point de vue, mais qu’il se tranquillise ; leurs relations actuelles ne sont que transitoires, car le Messie prendra bientôt la place qui lui convient. — Puis, Jésus ajoute, indiquant le motif qui les porte à changer de rôle pour cette fois : Sic enim, etc. Ne convient-il pas que nous accomplissions l’un et l’autre toute justice ? Decet ; Jésus ne dit pas δει̃, ni χρείαν έχω, comme tout à l’heure Jean-Baptiste, ℣. 14, mais simplement πρέπον έστί. Le baptême n’est point pour lui d’une absolue nécessité ; ce n’est qu’une simple convenance, quoique une convenance du plus haut degré. — Nos. Cette convenance atteignait les deux interlocuteurs, « me suscipiendo, te dando baptismum », Maldonat. Et pourquoi les atteignait-elle si rigoureusement ? Parce qu’elle faisait partie de la « justice », et qu’ils devaient l’un et l’autre ne rien négliger sous ce rapport. — Omnem justitiam. Mais quelle est cette justice qui nous est représentée comme distincte du devoir proprement dit, et dont la non-exécution serait pourtant fâcheuse ? Il ne faut pas la confondre, comme il est souvent arrivé, avec les prescriptions légales et divines, τó νομιχòν, משפט ; dans ce cas, Jésus aurait dit « oportet » et non « decet ». Elle est plutôt synonyme de Perfection, « quidquid ullam æqui atque honesti habet rationem », Erasme ; et l’on comprend alors que Jésus tienne tant à y satisfaire, bien qu’il n’y ait pas pour lui une stricte obligation. — Turic dimisit eum ; en grec άφίησιν : la vraie traduction serait donc « sinit ilium », ou « admittit eum ». Jean-Baptiste a saisi la force de la raison qui vient de lui être présentée avec un mélange si parfait de grâce et de majesté : ses scrupules sont réduits au silence ; du moins il fait violence à son impression personnelle pour céder à l’autorité de son Maître, et il procède à la cérémonie du baptême. Mais quel sublime conflit d’humilité entre le Fils de Dieu et le plus grand des enfants des hommes ! Et c’est un motif de plus grande perfection qui y met un terme !

Or Jésus, ayant été baptisé, sortit aussitôt hors de l'eau. Et voici que les cieux Lui furent ouverts, et il vit l'Esprit de Dieu qui descendait comme une colombe, et qui vint sur Lui.
Et voici qu'une voix du Ciel disait : Celui-ci est Mon Fils bien-aimé, en qui Je Me suis complu.

Baptizatus autem Jesus, confestim ascendit de aqua, et ecce aperti sunt ei cæli : et vidit Spiritum Dei descendentem sicut columbam, et venientem super se.
Et ecce vox de cælis dicens : Hic est Filius meus dilectus, in quo mihi complacui.

καὶ βαπτισθεὶς ό 'Iησου̃ς άνέβη εύθὺς άπὸ του̃ ύδατος· καὶ ίδού, άνεώ̣χθησαν αύτω̣̃ οί ούρανοί καὶ εί̃δεν τὸ πνευ̃μα του̃ θεου̃ καταβαι̃νον ώσεὶ περιστερὰν καὶ έρχόμενον έπ' αύτόν·
καὶ ίδού, φωνὴ έκ τω̃ν ούρανω̃ν λέγουσα Ού̃τός έστιν ό υίός μου ό άγαπητός, έν ώ̣̃ εύδόκησα

3.16 et 17. — 2° Les manifestations extraordinaires qui suivirent le baptême de Jésus furent au nombre de trois : le ciel s’ouvre, l’Esprit-Saint en descend sous la forme d’une colombe, une voix divine, se fait entendre. — Baptizatus autem : Jésus fut baptisé selon le rite accoutumé, c’est-à-dire par immersion. Les peintres et les sculpteurs font donc un contre-sens historique lorsqu’ils supposent, dans leurs représentations, que le baptême fut administré au Sauveur par effusion. Signalons en passant, puisque nous avons nommé les peintres, les tableaux d’Annibal Carrache, de Louis Carrache, de Nicolas Poussin, d’Albano, de Raphaël et les fresques de Pérugin et de Flandrin. — Confestim. Les autres baptisés restaient quelque temps dans le fleuve pour faire la confession de leurs péchés ; Jésus, qui n’avait pas de fautes personnelles à accuser, sort immédiatement du Jourdain, et vient, d’après une note importante de saint Luc, Lc 13.21, prier sur le rivage. — C’est alors qu’ont lieu les trois phénomènes que nous avons indiqués. — a. Les cieux ouverts, et ecce aperti sunt ei cœli. Saint Marc emploie une expression qui est encore plus pittoresque : εί̃δε σχιζομένονς τοὺς ούρανοὺς. Mais qu’est-ce à dire, les cieux ouverts ou déchirés ? Cela signifie, d’après Paulus, que le ciel, nuageux auparavant, se serait subitement éclairci ; d’après Kuinœl, qu’un orage aurait éclaté tout à coup ! Voilà bien de ces tours de force réalistes auxquels le rationalisme moderne ne nous a que trop accoutumés ; on en trouvera la refutation dans l’excellent ouvrage de M. Dehaut, l’Évangile expliqué, défendu, médité, t. 1, p. 461, 5e édit. Il est pourtant assez difficile de se faire une idée exacte de cette ouventure des cieux. Plusieurs exégètes, au sentiment desquels nous nous rallions volontiers, croient qu’elle eut lieu sous la forme « d’une lumière subite qui parut sortir du fond du ciel ou d’une nuée, comme quand on voit les éclairs ou la foudre fendre l’air et se faire jour à travers la nue », D. Calmet. Ainsi pensait déjà saint Justin : πυ̃ρ άνήφθη έν τω̣̃ 'Iορδάνω̣, Dial.c. Tryph. L’Évangile des Ebionites parle dans le même sens : καὶ εύθυς περιέλαμψεν τὸν τόπον φως μέγα ; Ap. Epiph. Hær. 30. « Ei », c’est-à-dire à Jesus ; ce « dativus commodi », comme l’appellent les grammairiens, équivaut à « eo spectante ». Le but de cette premièra apparition était de montrer que la colombe et la voix venaient véritablement du ciel. — b. Descente de l’Esprit-Saint. Et vidit Spiritum Dei… Le sujet du verbe est Jésus et non Jean-Baptiste ; Cf Mc 1.10 : « Et statim ascendens de aqua vidit… » Mais le Précurseur fut aussi témoin de ce miracle, ainsi qu’il l’atteste lui-même dans le quatrième Évangile : « Et testimonium perhibuit Joannes, dicens : Quia vidi Spiritum descendentem quasi columbam de cœlo et mansit super eum » ; Jn 1.32. Il faut prendre ces mots « vidit, vidi » dans leur acception ordinaire, de manière à leur faire désigner un phénomène extérieur et réel, et non pas seulement, comme le voulait Origène, une vision purement spirituelle et interne. — Descendentem sicut columbam. La particule ώσεὶ a occasionné un grand nombre de fausses interprétations, de nos jours surtout. On a fréquemment conclu de sa présence dans les quatre Évangiles que les écrivains sacrés voulaient simplement établir une comparaison entre la descente du Saint-Esprit rendu visible et le mouvement d’une colombe à travers les airs, par exemple « il vint rapide comme une colombe », Fritzsche ; « visus est fulgor non subito sed paulatim, ut colombæ solent, descendens », dit aussi Rosenmüller. Toutefois le « tertium comparationis » est la forme sous laquelle apparut l’Esprit-Saint, et nullement le mode de son apparition ; il descendit comme une colombe, c’est-à-dire sous la forme d’une colombe. Le texte très explicite de saint Luc, « descendit Spiritus Sanctus corponali specie sicut colomba in ipsum », Lc 3.22, renverse ces opinions plus ou moins rationalistes, dont le but manifeste est de supprimer le miracle ou d’en diminuer l’étendue. La tradition écrite et monumentale est de même tout-à-fait formelle sur ce point. Si l’on demande maintenant pourquoi le Saint-Esprit s’est manifesté de préférence sous la forme d’une colombe, nous répondrons que, dans le langage symbolique des divines Écritures, cet oiseau nous est toujours présenté comme le type de la pureté, de la sainteté, de la douceur, par conséquent, comme le type des qualités qui conviennent si éminemment à l’Esprit de Jésus. « Nec incongrue ad indicanaum Agnum Dei venit columba, quia nihil melius agno convenit quam columba. Quod agnus in animalibus, hoc columba in avibus est. Summa utriusque innocentia, summa mansuetudo, summa simplicitas », saint Bern., Serm. 1, de Épiph. Saint Jean Chrysostôme, Hom. in h.l. nous ouvre une autre perspective : « In diluvio apparuit hoc animal ramum ferens olivæ et communem, orbis terrarum tranquillitatem annuntians, et nuno etiam columba apparet in baptismo, liberatorem nobis demonstrans ». En ce moment s’accomplirent les célèbres prophéties d’Isaïe, Is 11.2 : « Requiescet super eum Spiritus Domini ; spiritus sapientiæ et intellectus », etc. ; Is 59.1 ; « Spiritus Domini super me, eo quod unxerit Dominus me » ; Notre-Seigneur Jésus-Christ reçut visiblement l’onction de l’Esprit-Saint par laquelle il fut consacré Roi-Messie. — Et venientem super se. Saint Jean ajoute : « Et mansit super eum », Jn 1.32, montrant ainsi que ce fut une effusion permanente. — c. La voix céleste : Et ecce vox de cœlis. « Filius Dei, dit saint Hilaire, Can. ii, auditu conspectuque monstratur, plebique infidæ et prophetis inobedienti testimonium de Domino suo mittitur et contemplationis et vocis ». La voix qui se fit entendre au baptême du Christ fut de même nature que la voix de la Transfiguration, cf. Mt 17.5, que la voix du lundi ou du mardi saint, cf. Jn 12.28, voix véritable, distincte, articulée, qui semblait venir du ciel. — Hic est ; d’après saint Marc et saint Luc, la voix s’adresse directement à Jésus : « Tu es ». — Filius meus, ό υίός μου, tout à la fois au point de vue juif et au point de vue chrétien. Au point de vue juif cette appellation désigne simplement le Messie, qui était regardé comme le Fils de Dieu par excellence ; au point de vue chrétien, et d’après le sens métaphysique que nous ne saurons exclure de ce passage, elle affirme que Jésus possède vraiment la nature divine ; Cf. Ps 11.7. — In quo mihi complacui ; εύδόκησα au prétérit pour exprimer une complaisance absolue, éternelle, qui ne cesse jamais. N’est-ce pas là déjà ce qu’avait prédit le Seigneur, et presque dans les mêmes termes, par la bouche d’Isaïe ? « Ecce servus meus, suscipiam eum : electus meus, complacuit, sibi in illo anima mea ; dedi spiritum meum super eum », Is 42.4. — L’Esprit-Saint venait de se manifester ; dans les paroles prononcées par la voix du ciel, nous voyons les deux autres personnes de la divine Trinité, Le Père et le Fils, non moins clairement indiquées, ce qui faisait dire à un ancien auteur : « I ad Jordanem, et videbis Trinitatem ». Le Père choisit le Fils comme médiateur entre lui et les hommes, le Fils accepte cette grande mission, l’Esprit-Saint descend du ciel pour jouer le rôle de consécrateur dans cette ordination messianique. Mais cette révélation trinitaire, déjà, si lumineuse au jour du baptême personnel de Jésus, sera, devenue semblable à un soleil, de vérité, quand il instituera plus tard le sacrement du « lavacrum regenerationis » en disant à ses apôtres : « Allez, baptisez au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit », Mt 28.19 ; Cf. Thom. Summ., p. 3, q. 39, a. 8.

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