L’évangéliste, dans cette courte introduction, expose les circonstances de temps et de lieu parmi lesquelles Jésus inaugura son enseignement sous la forme de paraboles.
Ce même jour, Jésus, étant sorti de la maison, S'assit au bord de la mer.
In illo die exiens Jesus de domo, sedebat secus mare.
'Eν δὲ τη̣̃ ήμέρα̣ έκείνη̣ έξελθὼν ό 'Iησου̃ς άπὸ τη̃ς οίκίας έκάθητο παρὰ τὴν θάλασσαν·
13.1. — In illo die, c’est-à-dire le jour où s’étaient passés les événements racontés au chapitre qui précède, du moins à partir du ℣. 22. Jésus-Christ nous fera comprendre lui-même un peu plus bas, ℣. 11 et ss., le rapport qui existe entre l’endurcissement volontaire d’une grande partie des Israélites à son égard et la nouvelle méthode de prédication qu’il adopta ce jour-là même. — Exiens de domo : probablement de la maison où, d’après saint Marc[478], Jésus avait répondu avec tant de succès aux accusations de ses ennemis. Selon d’autres, de sa propre maison de Capharnaüm. — Sedebat seem viam : un de ces traits pittoresques dont les Évangiles sont remplis. Sur les bords de ce beau lac de Tibériade, témoins des plus touchants épisodes de l’histoire évangélique, le divin Maître, entouré du cercle, intime de ses disciples, est venu chercher un peu de repos après la joûte laborieuse à laquelle nous venons d’assister. Mais son repos ne sera pas de longue durée.
Et des foules nombreuses s'assemblèrent autour de Lui, de sorte qu'Il monta dans une barque, et S'assit ; et toute la foule se tenait sur le rivage.
Et congregatæ sunt ad eum turbæ multæ, ita ut naviculam ascendens sederet : et omnis turba stabat in littore,
καὶ συνήχθησαν πρὸς αύτὸν όχλοι πολλοί ώστε αύτὸν είς τὸ πλοι̃ον έμβάντα καθη̃σθαι καὶ πα̃ς ό όχλος έπὶ τὸν αίγιαλὸν είστήκει
13.2. — Et congregatæ sunt ad eum… La foule avide de le voir et de l’entendre, qui l’avait naguère en quelque sorte cerné dans la maison où il se trouvait[479], se retrouve bientôt auprès de lui sur le rivage. Comprenant ce que ce bon peuple désirait, mais ne pouvant adresser commodément la parole à un auditoire compacte, qui le pressait de toutes parts, il prend une résolution soudaine. Une barque était là, près du rivage (le texte grec la détermine par l’article, τὸ πλοι̃ον) : il y monte et s’assied dans cette chaire improvisée, aussi poétique que le tour nouveau qu’il allait donner à sa doctrine. — Et omnis turba stabat. Cependant la foule se range en face de lui sur la rive, se tenant respectueusement debout selon la coutume ancienne, tandis que le Maître était assis. Le Talmud raconte avec douleur que l’usage de s’asseoir pour entendre l’explication de la Loi commença quelque temps après la mort de Gamaliel, preuve, dit-il, que la maladie avait envahi le monde !
Et Il leur dit beaucoup de choses en paraboles, et ces termes :
et locutus est eis multa in parabolis, dicens :
καὶ έλάλησεν αύτοι̃ς πολλὰ έν παραβολαι̃ς λέγων,
13.3a. — Et locutus est. Théophylacte, faisant allusion à la situation extérieure, telle qu’elle a été décrite par l’Évangéliste, compare gracieusement Notre-Seigneur Jésus-Christ à un pêcheur extraordinaire qui, avec le filet de sa parole, pêche du sein de la mer les poissons réfugiés sur le rivage. — Multa in parabolis. « Multa », c’est-à-dire, les sept paraboles du royaume des cieux exposées par saint Matthieu à la suite de cette petite introduction, et aussi la parabole de la graine jetée en terre, conservée par saint Marc[480]. Car tout porte à croire que Notre-Seigneur exposa, de suite et dans la même journée, cette série entière de paraboles. Cela ressort en premier lieu de l’union étroite qui existe entre elles au point de vue du sujet : la seconde explique la première, la troisième se rattache de la même manière à la seconde pour l’éclaircir et la développer, et il en est ainsi jusqu’à la septième, qui complète et achève toutes les autres. C’est une chaîne continue dont tous les anneaux se tiennent : il n’est guères vraisemblable que ses différentes parties auront été formées à des époques séparées, comme on pourrait le supposer d’après le récit de saint Luc[481]. L’unité frappante qui règne entre les paraboles montre donc qu’elles furent en quelque sorte coulées d’un seul jet. De plus, saint Matthieu montre lui-même d’un bout à l’autre de ce chapitre qu’il a voulu suivre un ordre strictement chronologique : on le voit par le soin qu’il a pris de relier aux versets 1 et 3 toutes les sections dont se compose son récit[482]. À quoi bon tous ces points de raccord s’il eût sacrifié ici la suite des événements à celle des choses ?