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6° Seconde parabole du royaume des cieux : l’ivraie, ℣℣. 24-30.

Il leur proposa une autre parabole, en disant : Le royaume des cieux est semblable à un homme qui avait semé du bon grain dans son champ.

Aliam parabolam proposuit illis, dicens : Simile factum est regnum cælorum homini, qui seminavit bonum semen in agro suo :

̋Αλλην παραβολὴν παρέθηκεν αύτοι̃ς λέγων, ̔Ωμοιώθη ή βασιλεία τω̃ν ούρανω̃ν άνθρώπω̣ σπείροντι καλὸν σπέρμα έν τω̣̃ άγρω̣̃ αύτου̃

13.24. — Aliam parabolam… Tandis que la parabole du semeur nous a été conservée par les trois synoptiques, celle-ci ne se rencontre que dans le premier Évangile. Elle partage avec la précédente l’honneur d’avoir été interprétée par Notre-Seigneur Jésus-Christ. Cf. ℣. 36-43. Elles s’unissent d’ailleurs étroitement l’une à l’autre par les leçons qu’elles renferment. Si la première nous apprend qu’une partie considérable de la semence évangélique est perdue, parce qu’elle tombe sur un mauvais terrain, la seconde nous montre que, même sur la bonne terre, tout ne prospère pas à souhait, mais que là aussi le mal croît a côté du bien. La première nous a fait voir comment la parole divine parvient aux hommes et comment ils la reçoivent ; la seconde raconte les progrès de cette semence toute céleste et les dangers qui accompagnent son développement extérieur. — Proposuit illis. « Illis » se rapporte aux foules qui entouraient Jésus, cf. ℣℣. 2, 36 et devant lesquelles furent prononcées les trois premières paraboles. Les ℣℣. 10-23 sont comme nous l’avons dit, une intercalation anticipée : le pronom ne retombe donc pas uniquement sur les disciples de Jésus. — Simile factum est, ώμοιώθη : formule dont Jésus-Christ se sert fréquemment pour introduire ses paraboles ; cf. Mt 18.23 ; 22.2 ; 25.1 ; etc. « Le royaume de Dieu est semblable », ou, selon d’autres, « est devenu semblable ». — Homini. Le royaume messianique ne ressemble pas précisément à cet homme, mais à tout l’incident qui va suivre et dans lequel il jouera le rôle principal : c’est donc là une tournure impropre, employée ici et en d’autres endroits, cf. ℣. 45, etc., par abréviation. — Qui seminavit. La Vulgatie a lu σπείραντι, au participe aoriste, tandis que le texte grec porte communément σπείροντι, au présent. — Bonum semen : le contexte suppose que ce grain avait été choisi, épuré, de manière à être sans aucun mélange au moment où il fut confié à la terre. Dans le royaume du Christ, il se passe quelque chose de semblable à l’action a’un cultivateur qui sème d’excellent blé dans son champ.

Mais, pendant que les hommes dormaient, son ennemi vint, et sema de l'ivraie au milieu du blé, et s'en alla.

cum autem dormirent homines, venit inimicus ejus, et superseminavit zizania in medio tritici, et abiit.

έν δὲ τω̣̃ καθεύδειν τοὺς άνθρώπους η̃λθεν αύτου̃ ό έχθρὸς καὶ έσπειρεν ζιζάνια άνὰ μέσον του̃ σίτου καὶ άπη̃λθεν

13.25. — Quum autem dormirent homines. Expression pittoresque pour désigner le temps de la nuit. Nous dirions de même : Quand tout le monde dormait. Il ne s’agit donc pas exclusivement ici des serviteurs du fermier, ni d’une négligence coupable de leur part. « Quum dormirent homines, non dicit custodes (ou « servi » comme au ℣. 28) ; si enim dixisset custodes, intelligeremus negligentiam custodum accusari ; sed dicit homines, ut inculpabiliter intelligamus, naturali somno occupatos ». Cajetan in h.l. C’est pendant la nuit, à la dérobée par conséquent et à l’insu de tous, que fut commise la mauvaise action qui va suivre. Le divin Maître n’a pas voulu dire autre chose. — Superseminavit, heureuse expression pour indiquer de secondes semailles pratiquées peu de temps après d’autres, dans un même champ. — Zizania ; plante nommée ζιζάνιον, plur. ζιζάνια, par les Grecs, Zawân par les arabes, et Zônim, זוניבו, par le Talmud. Il s’est formé une double opinion parmi les linguistes relativement à cette appellation, les uns lui donnant une origine sémitique[499], les autres la croyant dérivée du grec et adoptée par les langues orientales, ce qui paraît aujourd’hui plus probable. L’herbe ainsi désignée ne doit pas différer du « Lolium temulentum », ou ivraie, qu’on rencontre presque à chaque pas en Palestine non moins que dans nos contrées. Les graines qu’elle produit, assez semblables à celles du froment, mais en général de couleur noirâtre, sont depuis longtemps renommées pour leurs dangereux effets. Mêlées en partie notable à la nourriture, elles causent le vertige, des convulsions et même la mort : de là l’épithète d’« infelix » que Virgile donne à l’ivraie[500]. — Et abiit. Après avoir réussi à accomplir son œuvre pleine de malice, il se hâte de disparaître. Les actes de ce genre ne sont inouïs, paraît-il, ni en Orient, ni même en Occident. Le Dr Robert assure que plus d’un cultivateur indien a vu son champ gâté de la sorte, et pour de longues années, dans l’intervalle d’une nuit[501]. Le Rév. H. Alford raconte dans son commentaire qu’il eut à souffrir lui-même d’une méchanceté du même genre à Gaddesby, comté de Leicester. Ce qui prouve que la malice du monde n’a pas changé.

Lorsque l'herbe eut poussé, et produit son fruit, alors l'ivraie parut aussi.

Cum autem crevisset herba, et fructum fecisset, tunc apparuerunt et zizania.

ότε δὲ έβλάστησεν ό χόρτος καὶ καρπὸν έποίησεν τότε έφάνη καὶ τὰ ζιζάνια

13.26. — Quum crevisset herba, ό χόρτος, l’herbe déterminée par le récit, c’est-à-dire le blé et l’ivraie tout ensemble. — Et fructum fecisset : les deux sortes d’herbe montent peu à peu et produisent chacune son épi. — Tunc apparuerunt… Jusqu’à ce moment, il n’avait pas été possible de les distinguer ; le champ paraissait. rempli de bon froment : maintenant on voit qu’il contient aussi une grande quantité de mauvaise herbe. Ce trait est tout a fait conforme à la nature de l’ivraie et à sa ressemblance parfaite avec le froment durant toute la période de leur croissance : tant que leur développement n’est pas complet, l’oeil le plus exercé les confondrait neuf fois sur dix ; mais, dès que l’épi est sorti de la gaine, un enfant les distingue sans peine. Si Jérôme avait noté ce fait de ses propres yeux : « Inter triticum et zizania, quod nos appellamus lolium, quandiu herba est et nondum culmus venit ad spicam, grandis similitudo est, et in discernendo aut nulla aut perdifficilis distantia[502] ».

Et les serviteurs du père de famille, s'approchant, lui dirent : Seigneur, n'avez-vous pas semé du bon grain dans votre champ ? D'où vient donc qu'il y a de l'ivraie ?

Accedentes autem servi patrisfamilias, dixerunt ei : Domine, nonne bonum semen seminasti in agro tuo ? unde ergo habet zizania ?

προσελθόντες δὲ οί δου̃λοι του̃ οίκοδεσπότου εί̃πον αύτω̣̃ Κύριε ούχὶ καλὸν σπέρμα έσπειρας έν τω̣̃ σω̣̃ άγρω̣̃ πόθεν ου̃ν έχει τὰ ζιζάνια

13.27. — Accedentes autem… Les serviteurs s’aperçoivent du fâcheux mélange qui apparait maintenant dans le champ de leur Maître et, ne pouvant en comprendre l’origine, ils s’adressent directement au père de famille pour qu’il veuille bien éclaircir ce mystère. — Nonne bonum semen… Ils savent combien il est soigneux et vigilant : évidemment, il n’a pu semer dans son champ qu’un excellent grain ; leur étonnement n’en devient que plus grand, le fait que plus inexplicable.

Il leur répondit : C'est l'homme ennemi qui a fait cela. Ses serviteurs lui dirent : Voulez-vous que nous allions l'arracher ?

Et ait illis : Inimicus homo hoc fecit. Servi autem dixerunt ei : Vis, imus, et colligimus ea ?

ό δὲ έφη αύτοι̃ς 'Eχθρὸς άνθρωπος του̃το έποίησεν οί δὲ δου̃λοι εί̃πον αύτω̣̃ Θέλεις ου̃ν άπελθόντες συλλέξωμεν αύτά

13.28. — Inimicus homo hoc fecit. Le Maître devine sans peine de quel côté doit provenir le mal : c’est son ennemi qui s’est rendu coupable d’un pareil méfait, désireux de satisfaire ainsi un noir projet de vengeance. — Servi autem dixerunt. Ces bons serviteurs font preuve d’un vrai zèle pôur les intérêts du père de famille : ils s’offrent courageusement pour aller arracher une à une les mauvaises herbes qui remplissent le champ, ce qui ne serait pas une petite peine. — Vis imus, on grec θέλεις ού̃ν άπελθόντες… « Vis ergo euntes… » ; ού̃ν, puisqu’il en est ainsi. — Colligimus, le grec emploie le conjonctif délibératif, συλλέξωμεν, qui donne plus de vigueur à la phrase.

Et il dit : Non, de peur qu'en arrachant l'ivraie, vous ne déraciniez en même temps le blé.

Et ait : Non : ne forte colligentes zizania, eradicetis simul cum eis et triticum.

ό δέ έφη, Ού μήποτε συλλέγοντες τὰ ζιζάνια έκριζώσητε άμα αύτοι̃ς τὸν σι̃τον

13.29. — Et ait : Non. Le Maître n’accepte pas leurs offres de service. Cependant, « zelus quem habent contra zizania non reprehenditur ; sed tamen in ordinem redigitur[503] ». Leur zèle, en effet, quelque grand et quelque désintéressé qu’il fût, était loin d’étre bien éclairé, comme le leur indique le père de famille en motivant son refus. — Ne forte eradicetis simul… Le danger ne venait plus de la difficulté de distinguer les deux plantes l’une de l’autre, puisque, d’après ce que nous avons dit, l’ivraie se manifestait maintenant avec la différence qui la caractérise, (« apparuerunt et zizania », ℣. 26) ; il venait de la difficulté d’arracher la mauvaise herbe sans endommager la bonne. On a remarqué, en effet, dans les champs où l’ivraie et le froment poussent côte à côte, que leurs racines s’entremêlent et s’enlacent, de telle sorte qu’il est impossible d’extraire l’ivraie sans nuire au blé d’une manière considérable.

Laissez-les croître l'un et l'autre jusqu'à la moisson, et, au temps de la moisson, je dirai aux moissonneurs : Arrachez d'abord l'ivraie, et liez-la en bottes pour la brûler ; mais amassez le blé dans mon grenier.

Sinite utraque crescere usque ad messem, et in tempore messis dicam messoribus : Colligite primum zizania, et alligate ea in fasciculos ad comburendum : triticum autem congregate in horreum meum.

άφετε συναυξάνεσθαι άμφότερα μέχρι του̃ θερισμου̃ καὶ έν τω̣̃ καιρω̣̃ του̃ θερισμου̃ έρω̃ τοι̃ς θερισται̃ς Συλλέξατε πρω̃τον τὰ ζιζάνια καὶ δήσατε αύτὰ είς δέσμας πρὸς τὸ κατακαυ̃σαι αύτά τὸν δὲ σι̃τον συναγάγετε είς τὴν άποθήκην μου

13.30. — Sinite utraque… Après avoir rejeté le projet imparfait de ses serviteurs, le Maître en propose un autre qui produira le même résultat, sans présenter aucun inconvénient. Il faut laisser croître et mûrir l’ivraie à côté du froment jusqu’à l’époque de la moisson. Alors les deux plantes sont plus distinctes que jamais, et, lorsqu’elles ont été tranchées ensemble par la faucille, il est aisé de les séparer sans nuire aucunement au bon grain. — Dicam messoribus. L’ordre que ce cultivateur intelligent donnera aux moissonneurs se décompose en trois parties. Ils devront, en premier lieu, mettre à part toute l’ivraie ; cela fait, ils la lieront en gerbes destinées à être toutes jetées au feu, excellente précaution qui anéantira les mauvaises graines qu’elle contient ; enfin ils amasseront le blé dans les greniers de la ferme, après l’avoir battu dans le champ même, suivant la mode orientale. Grâce à ces sages précautions, on aura une récolte très pure, en dépit des machinations perfides de l’homme ennemi.

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