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7e dimanche du temps ordinaire B
Évangile
Évangile de Jésus Christ selon saint Marc 2,1-12
Jésus était de retour à Capharnaüm, et la nouvelle se répandit qu’il était à la maison. Tant de monde s’y rassembla qu’il n’y avait plus de place, même devant la porte. Il leur annonçait la Parole. Arrivent des gens qui lui amènent un paralysé, porté par quatre hommes.
Homélie
Le Christ pardonne les péchés
Homélie de saint Jean Chrysostome († 407)
Homélies sur l’évangile de Matthieu, 29, 2 ; PG 57, 359-360.
Les Juifs professaient que Dieu seul peut remettre les péchés. Jésus, avant même de remettre les péchés, a révélé les secrets des cœurs, montrant par là qu’il possédait aussi cet autre pouvoir réservé à Dieu. Évidemment, les scribes se gardaient bien de dévoiler leurs pensées. Or, quelques scribes se disaient : Cet homme blasphème. Mais Jésus, connaissant leurs pensées, leur dit : Pourquoi avez-vous en vous-mêmes des pensées mauvaises (Mt 9, 3-4) ?
Aussi bien, il ne revient à personne d’autre qu’à Dieu de connaître les secrets des cœurs. C’est ce que dit le prophète : Toi seul, tu connais les secrets des humains (2 Ch 6,30). Il est encore écrit : Dieu, toi qui scrutes les cœurs et les reins (Ps 7,10). <> Jésus révèle donc sa divinité et son égalité avec le Père en dévoilant aux Juifs le fond de leur cœur, et en divulguant des pensées qu’ils n’osent pas déclarer ouvertement par crainte de la foule. Et il fait cela avec beaucoup de douceur, en posant la question : Pourquoi avez-vous en vous-mêmes des pensées mauvaises ?
À tout prendre, si quelqu’un avait lieu de ne pas être satisfait, c’était bien le paralytique. Il aurait pu manifester sa déception au Christ en lui disant : "Soit ! Tu es venu pour soigner une autre maladie et guérir un autre mal. Mais quelle preuve aurai-je que mes péchés sont pardonnes ?" Or, il ne dit rien de tel, mais il se confie à celui qui a le pouvoir de le guérir.
Alors les Juifs, terriblement jaloux, se mettent à comploter contre le bien des autres. C’est pourquoi Jésus les réprimande, mais avec une extrême douceur : "Si donc, veut-il dire, vous refusez d’ajouter foi à ce que je viens de dire et que vous taxiez mes paroles d’orgueil, voici que je les confirme en dévoilant vos secrets. Et je vous apporte encore une autre preuve : Voyez, je vais montrer mon pouvoir sur ce corps paralysé ! "
Par ailleurs, dans les premières paroles qu’il adresse au paralytique, Jésus n’affirme pas clairement qu’il agit de sa propre autorité. Il ne dit pas : "Je te pardonne tes péchés", mais : Tes péchés sont pardonnes (Mt 9,2). Ensuite, lorsque les scribes l’y contraignent, il déclare sans ambiguïté que ce pouvoir lui appartient : Pour que vous sachiez, dit-il, que le Fils de l’homme a le pouvoir, sur terre, de pardonner les péchés... (Mt 9,6).
D’ailleurs, avant même de guérir l’infirme, il avait posé cette question aux scribes : Qu’est-ce qui est le plus facile ? De dire : Tes péchés sont pardonnes, ou bien de dire : Prends ta civière et rentre chez toi (Mt 9,5-6) ? Autrement dit : "Qu’est-ce qui vous semble le plus facile ? De montrer son pouvoir sur un corps inerte, ou de pardonner à une âme ses fautes ?" C’est évidemment de guérir un corps, car le pardon des péchés dépasse cette guérison autant que l’âme est supérieure au corps. Mais puisque l’une de ces œuvres est visible, et l’autre pas, je vais accomplir également l’œuvre qui est visible et moindre, pour prouver celle qui est plus grande et invisible.
À ce moment-là, Jésus a témoigné par ses œuvres qu’il est, comme l’a dit Jean Baptiste, celui qui enlève les péchés du monde (cf. Jn 1,29).
Prière
Accorde-nous, Dieu tout-puissant, de conformer à ta volonté nos paroles et nos actes dans une inlassable recherche des biens spirituels. Par Jésus Christ.
ou bien
Par nos seules forces, Seigneur Dieu, nous sommes incapables de parvenir jusqu’à toi. Suscite-nous des compagnons débordants de foi, qui nous permettent, malgré notre paralysie, de marcher vers le pardon que tu offres à tous les hommes. Par Jésus Christ.


8e dimanche du temps ordinaire B
Évangile
Évangile de Jésus Christ selon saint Marc 2,18-22
Comme les disciples de Jean Baptiste et les pharisiens jeûnaient, on vient demander à Jésus : "Pourquoi tes disciples ne jeûnent-ils pas, comme les disciples de Jean et ceux des pharisiens ?" Jésus répond : "Les invités de la noce pourraient-ils donc jeûner, pendant que l’Époux est avec eux ?"
Homélie
Le Christ, époux de l’Église
Homélie de saint Paschase Radbert († 860)
Commentaire sur l’évangile de Matthieu, 10, 22 ; CCM 56 B, 1072-1073.
Une union si étrange et extraordinaire a eu lieu lorsque le Verbe s’est fait chair dans le sein de la Vierge et a ainsi habité parmi nous (Jn 1,14). De même que tous les élus sont ressuscites dans le Christ lorsqu’il est ressuscité, de même ces noces ont été célébrées en lui, et l’Église a été unie à l’Époux par les liens du mariage quand l’Homme-Dieu a reçu en plénitude les dons de l’Esprit Saint et que toute la divinité est venue habiter dans son corps.
En vertu de cette alliance, l’Épouse, comme je l’ai dit, a vraiment reçu en cadeau les arrhes de ces dons de l’Esprit Saint qui a demeuré tout entier dans le Christ. Celui-ci est devenu homme par l’Esprit Saint et, en sa qualité d’Époux, il est sorti du sein de la Vierge, qui fut en effet sa chambre nuptiale. Mais l’Église, en renaissant de l’eau dans le même Esprit, devient un seul corps dans le Christ, si bien que les deux ne font plus qu’une seule chair (Mt 19,5), ce qui, par rapport au Christ et à l’Église, est un grand mystère (Ep 5,31).
Et ce mariage dure depuis le début de l’Incarnation du Christ jusqu’au moment où le Christ lui-même reviendra, en sorte que tous les rites de l’union nuptiale soient accomplis. Alors, ceux qui seront prêts, et qui auront rempli comme il le faut les conditions d’une si grande union, feront, pleins de respect, leur entrée avec lui dans la salle des noces éternelles.
En attendant, l’Épouse promise au Christ est amenée à son Époux, et elle fait alliance avec lui, chaque jour, dans la foi et la tendresse, jusqu’à ce que lui-même revienne. Voilà pourquoi Paul disait : Je vous ai fiancés, en effet, à un Époux unique, comme une vierge pure à présenter au Christ (2 Co 11,2). Ainsi, une seule épouse et femme, promise au Christ, s’attachera-t-elle à lui lorsque l’Église, venue des Juifs aussi bien que des Gentils, sera rassemblée dans l’unité. Car tous les saints de l’Ancien Testament qui ont vécu depuis le commencement du monde, et qui ont tous cru que le Christ viendrait dans la chair pour sauver l’humanité, ont part à ces noces qu’ils avaient vues par la foi, fût-ce de loin. Voilà pourquoi l’Écriture dit : Il envoya ses serviteurs pour appeler les invités à la noce (Mt 22,3). Car le Christ avait déjà invité tous ceux qu’il a appelés, puisque tous, depuis Abel le juste, avaient été inspirés par Dieu et attendaient la venue du Christ.
Prière
Fais que les événements du monde, Seigneur, se déroulent dans la paix, selon ton dessein, et que ton peuple connaisse la joie de te servir sans inquiétude. Par Jésus Christ.
ou bien
Seigneur Jésus Christ, tu as été enlevé à nos yeux de chair, mais tu restes auprès de nous car tu nous sauves. Que la nouveauté de ton salut ne cesse de faire notre joie, en attendant la vie bienheureuse où tu nous combleras de ta présence. Par Jésus Christ.


9e dimanche du temps ordinaire B
Évangile
Évangile de Jésus Christ selon saint Marc 2,23-3,6 ou 2,23-28
Un jour de sabbat, Jésus marchait à travers les champs de blé ; et ses disciples, chemin faisant, se mirent à arracher des épis. Les pharisiens lui disaient : "Regarde ce qu’ils font le jour du sabbat ! Cela n’est pas permis."
Homélie
Le jour du Seigneur
Sermon d’Eusèbe d’Alexandrie († 6e siècle ?) sur le dimanche
Sermons sur le dimanche, 16, 1-2 ; PG 86,1, 416-421.
Écoute, mon enfant, je vais t’exposer les raisons pour lesquelles la tradition de garder le dimanche et de nous abstenir de travailler nous a été transmise.
Lorsque le Seigneur confia le sacrement aux disciples, il prit le pain, prononça la bénédiction, le rompit et le donna à ses disciples, en disant : "Prenez, mangez : ceci est mon corps, rompu pour vous en rémission des péchés." De même, il leur donna la coupe en disant : "Buvez-en tous : ceci est mon sang, le sang de l’Alliance Nouvelle, répandu pour vous, et pour la multitude en rémission des péchés. Faites cela en mémoire de moi " (cf. Mt 26,26-27 ; 1 Co 11,24).
Le jour saint du dimanche est donc celui où l’on fait mémoire du Seigneur. C’est pourquoi on l’a appelé "le jour du Seigneur". Et il est comme le seigneur des jours. En effet, avant la Passion du Seigneur, il n’était pas appelé "jour du Seigneur", mais "premier jour".
En ce jour, le Seigneur a établi le fondement de la résurrection, c’est-à-dire qu’il a entrepris la création ; en ce jour, il a donné au monde les prémices de la résurrection ; en ce jour, comme nous l’avons dit, il a ordonné de célébrer les saints mystères. Ce jour a donc été pour nous le commencement de toute grâce : commencement de la création du monde, commencement de la résurrection, commencement de la semaine. Ce jour, qui renferme en lui-même trois commencements, préfigure la primauté de la sainte Trinité.
La semaine comporte évidemment sept jours : Dieu nous en a donné six pour travailler, et il nous en a donné un pour prier, nous reposer et nous libérer de nos péchés. Si donc nous avons commis des fautes durant ces six jours, nous pouvons les réparer le dimanche et nous réconcilier avec Dieu.
Rends-toi donc de grand matin à l’église de Dieu, approche-toi du Seigneur pour lui confesser tes péchés, apporte-lui ta prière et le repentir d’un cœur contrit. Sois présent pendant toute la sainte et divine liturgie, achève ta prière, ne sors pas avant le renvoi de l’assemblée.
Contemple ton Seigneur, tandis qu’il est partagé et distribué sans être détruit. Et si ta conscience est pure, avance-toi et communie au corps et au sang du Seigneur. Si, au contraire, elle te condamne pour de coupables et mauvaises actions, interdis-toi de communier jusqu’à ce que tu l’aies purifiée par le repentir. Reste jusqu’à la fin de la prière et ne sors pas de l’église avant qu’on ne t’ait renvoyé. Rappelle-toi le traître Judas : il n’a pas achevé sa prière avec les autres, ce qui a été le début de sa perte.
Ce jour-même, comme nous l’avons souvent répété, t’a été offert pour la prière et pour le repos. Voici donc le jour que fit le Seigneur, qu’il soit pour nous jour de fête et de joie (Ps 117,24) ! Rendons gloire à celui qui est ressuscité en ce jour, ainsi qu’au Père et au Saint-Esprit, maintenant et toujours et dans les siècles des siècles. Amen.
Prière
Seigneur notre Père, nous en appelons à ta providence qui jamais ne se trompe en ses desseins : tout ce qui fait du mal, écarte-le, et donne-nous ce qui peut nous aider. Par Jésus Christ.
ou bien
Seigneur notre Dieu, les lois que tu nous donnes ne cherchent pas à écraser l’homme mais à l’épanouir en vérité. Garde-nous du légalisme qui fait passer le précepte avant la miséricorde, et accorde-nous de vivre pleinement dans la liberté de ton Esprit. Par Jésus Christ.


10e dimanche du temps ordinaire B
Évangile
Évangile de Jésus Christ selon saint Marc 3,20-35
Jésus entre dans une maison, où de nouveau la foule se rassemble, si bien qu’il n’était pas possible de manger. Sa famille, l’apprenant, vint pour se saisir de lui, car ils affirmaient : "Il a perdu la tête."
Homélie
Le Christ, vainqueur du Mal
Homélie pascale attribuée à saint Jean Chrysostome († 407)
Homélies pascales, 51, 1-3 , SC 187, 318-322
Les signes de la résurrection du Seigneur sont clairs : la ruse a cessé, la jalousie a été bannie, la querelle a été foulée aux pieds, la paix est en honneur et la guerre a pris fin. Nous ne pleurons plus sur Adam, lui qui fut formé le premier (1 Tm 2,13), mais nous glorifions le second Adam (1 Co 15,47). Nous ne blâmons plus Ève, la désobéissante (Gn 3,6), mais nous disons bienheureuse Marie, la mère de Dieu. Nous ne nous détournons plus de l’arbre, mais nous portons la croix (Lc 14,27) du Seigneur. Nous ne redoutons plus le serpent (Gn 3,1), mais nous révérons l’Esprit Saint. Nous ne descendons plus en terre, mais nous remontons aux cieux. Nous ne sommes plus exilés du Paradis (Gn 3,23-24), mais nous vivons auprès d’Abraham (Lc 16,22). Nous n’entendons plus dire comme les Juifs : J’ai rendu ton jour semblable à la nuit (Os 4,5), mais nous chantons, dans un sens spirituel : Voici le jour que fit le Seigneur, qu’il soit pour nous jour de fête et de joie (Ps 117,24) !
Pourquoi ce chant ? Parce que le soleil n’est plus obscurci (Mt 27,45), mais que tout s’illumine. Parce que le voile du Temple n’est plus déchiré (Mt 27,51), mais que l’Église est reconnue. Parce que nous ne tenons plus des rameaux de palmier (Jn 12,13), mais que nous portons les "nouveaux illuminés."
Voici le jour que fit le Seigneur, qu’il soit pour nous jour de fête et de joie. Voici le jour, celui-ci et non un autre, car il n’y a qu’une reine et une multitude de princesses (La fête de Pâques, comparée à une reine, l’emporte en dignité sur toutes les autres fêtes, comparées a des princesses.). Voici le jour, le jour du Seigneur, jour triomphal, consacré par la coutume à la résurrection. C’est le jour où nous sommes parés de grâce et partageons l’agneau (Ex 12,8-11) spirituel, où l’on donne du lait(1 Co 3,2 ; 1 P 2,2) à ceux qui viennent de renaître, où le plan divin s’accomplit pour les pauvres.
Qu’il soit pour nous jour de fête et de joie, sans que nous courions dans les tavernes, mais en nous hâtant vers les sanctuaires, sans que nous honorions l’ivresse, mais en aimant la tempérance <>, sans que nous nous amusions sur les places, mais en chantant des psaumes dans nos maisons. Ce jour est celui de la résurrection, non des excès. Personne ne monte au ciel en dansant. Personne en état d’ivresse ne se tient auprès d’un roi. Que personne donc parmi nous ne déshonore ce jour !
Voici le jour où Adam a été libéré, où Ève a été délivrée de son affliction (Gn 3,16). Voici le jour où la mort féroce a frémi, où la résistance des blocs de pierre (Mt 27,51) a été brisée et anéantie, les verrous des tombeaux (Mt 27,52) mis en pièces et enlevés. Voici le jour où les corps (Mt 27,53) de ceux qui étaient morts depuis longtemps ont été rendus à leur vie antérieure, où les lois sévères des puissances souterraines, jusqu’alors immuables, ont été abolies, où les cieux se sont ouverts (Mt 3,16) quand le Christ notre Seigneur est ressuscité. Voici le jour où l’arbre verdoyant et fertile de la résurrection a étendu ses branches sur le monde entier pour le bien de la race humaine, comme dans un jardin où les lis des nouveaux illuminés ont grandi, où les ruisseaux des pécheurs se sont desséchés. Voici le jour où la force du diable a été paralysée, où les armées des démons ont été balayées.
 
Voici donc ce jour que fit le Seigneur, qu’il soit pour nous jour de fête et de joie, avec la grâce du Christ illuminant par sa résurrection le monde entier qui habitait les ténèbres et l’ombre de la mort (Lc 1,79). À lui, au Père et au Saint-Esprit, gloire et adoration pour les siècles des siècles. Amen.
Prière
Seigneur, source de tout bien, réponds sans te lasser à notre appel : inspire-nous ce qui est juste, aide-nous à l’accomplir. Par Jésus Christ.
ou bien
Seigneur notre Dieu, tu as envoyé ton Fils dans le monde pour combattre le péché et les puissances mauvaises. Délivre-nous de tout mal, aide-nous à faire ta volonté, pour que nous devenions en vérité frères et sœurs de Jésus Christ, notre Seigneur. Lui qui règne.


11e dimanche du temps ordinaire B
Évangile
Évangile de Jésus Christ selon saint Marc 4,26-34
Parlant à la foule en paraboles, Jésus disait : "Il en est du règne de Dieu comme d’un homme qui jette le grain dans son champ : nuit et jour, qu’il dorme ou qu’il se lève, la semence germe et grandit, il ne sait comment. "
Homélie
au choix (autre) :
La graine devient un grand arbre
Homélie de saint Pierre Chrysologue († 450)
Sermon 98, 1-2 4-7, CCL 24 A, 602-606.
Mes frères, vous avez appris aujourd’hui comment le Royaume des cieux, dans toute sa grandeur, est comparé à une graine de moutarde. <> Le Royaume des cieux, dit le Seigneur, est comparable à une graine de moutarde (Mt 13,31). <> Est-ce là tout ce que les croyants espèrent ? Est-ce là tout ce que les fidèles attendent ? Est-ce là le bonheur auquel les vierges parviennent après une longue pratique de la virginité ? Est-ce là la gloire à laquelle aspirent les martyrs, lorsqu’ils versent jusqu’à la dernière goutte de leur sang ? Est-ce là ce que l’œil n’a pas vu, ce que l’oreille n’a pas entendu, ce qui n’est pas monté au cœur de l’homme (1 Co 2,9) ? Est-ce là ce que promet l’Apôtre et qui est tenu en réserve dans l’ineffable mystère du salut, pour ceux qui aiment ?
Mes frères, ne nous laissons pas facilement déconcerter par les paroles du Seigneur. Si, en effet, la faiblesse de Dieu est plus forte que l’homme, et si la folie de Dieu est plus sage que l’homme (1 Co 1,25), cette toute petite chose, qui est le bien de Dieu, est plus splendide que toute l’immensité du monde.
Puissions-nous seulement semer dans notre cœur cette graine de moutarde, de sorte qu’elle devienne le grand arbre de la connaissance, s’élevant de toute sa hauteur pour élever notre pensée jusqu’au ciel, et déployant toutes les branches de la science. Son fruit brûlant réchaufferait notre bouche de son goût vivifiant, son grain allumerait en nous un feu qui enflammerait notre cœur et, en savourant le fruit de cet arbre, nous cesserions de dédaigner ce qui nous était inconnu.
Comme le dit le Christ, le Royaume de Dieu est semblable à la graine de moutarde. <> Le Christ est le Royaume. À la manière d’une graine de moutarde, il a été jeté dans un jardin, le corps de la Vierge. Il a grandi et il est devenu l’arbre de la croix qui couvre la terre entière.
Après qu’il eut été broyé par la Passion, son fruit a produit assez de saveur pour donner du bon goût et de l’arôme, d’une manière égale, à tous les êtres vivants qui le touchent. Car, tant que la graine de moutarde demeure intacte, ses vertus restent cachées, mais elles déploient toute leur puissance quand la graine est broyée. De même le Christ a-t-il voulu que son corps fut broyé pour que sa force ne reste pas cachée.
Mes frères, il nous faut broyer cette graine de moutarde pour éprouver toute la force, figurée dans cette parabole. Le Christ est roi, car il est le principe de toute autorité. Le Christ est le Royaume, car en lui réside toute la gloire de son royaume. Le Christ est homme, car l’homme tout entier est renouvelé en lui. Le Christ est la graine de moutarde, l’instrument dont Dieu se sert pour faire descendre toute sa grandeur dans toute la petitesse de l’homme.
Que dirai-je encore ? Lui-même est devenu toute chose pour renouveler tous les hommes en lui. Le Christ homme a reçu la graine de moutarde qui est le Royaume de Dieu. Le Christ homme l’a reçue, alors que le Christ Dieu la possédait depuis toujours. Il a jeté la semence dans son jardin.
Le jardin est la terre cultivée qui s’est étendue au monde entier, labouré par la charrue de la Bonne Nouvelle. Il est clôturé par les bornes de la sagesse. Les Apôtres ont peiné pour en arracher toutes les mauvaises herbes. On prend plaisir à y contempler les jeunes pousses des croyants, les lis des vierges et les rosés des martyrs. Des fleurs y donnent toujours leur parfum.
Le Christ a donc semé la graine de moutarde dans son jardin. Elle a pris racine quand il a promis son Royaume aux patriarches, elle est née avec les prophètes, elle a grandi avec les Apôtres, et elle est devenue l’arbre immense qui étend ses innombrables rameaux sur l’Église, en lui prodiguant ses dons.
Prends les ailes d’argent de la colombe évangélique dont parle le prophète (cf. ps 67,14). Prends ses plumes brillantes sous l’éclat du soleil divin. Envole-toi dans ton vêtement d’or pour jouir d’un repos sans fin, désormais hors de l’atteinte des filets, parmi tant de magnifiques frondaisons. Sois assez fort pour prendre ainsi ton vol, et va habiter en sécurité dans cette vaste demeure !
ou bien

Le Christ, grain du Royaume de Dieu
Homélie attribuée à saint Jean Chrysostome († 407)
Homélies sur "Le Royaume de Dieu est semblable à un grain", 7 ; PG 64, 21-23.
Qu’y a-t-il de plus grand que le Royaume des cieux et de plus petit qu’un grain de moutarde ? Comment Jésus peut-il comparer ce Royaume infini à un minuscule grain de moutarde, qui occupe une si petite place ? Pourtant, quand nous examinons attentivement le Royaume des cieux et le grain de moutarde, nous découvrons combien la comparaison est juste et naturelle.
Le Royaume des cieux n’est évidemment rien d’autre que le Christ, puisque celui-ci dit de lui-même : Voilà que le règne de Dieu est au milieu de vous (Lc 17,21). Or, rien n’est plus grand que le Christ dans sa divinité, comme la parole du prophète peut nous l’apprendre : C’est lui qui est notre Dieu : aucun autre ne lui est comparable. Il a découvert les chemins de la connaissance, et il les a confiés à Jacob, son serviteur, à Israël, son bien-aimé. Ainsi la Sagesse est apparue sur la terre, elle a vécu parmi les hommes (Ba 3,36-38).
Par ailleurs, qu’y a-t-il de plus petit que le Christ dans son incarnation, puisqu’il est devenu moindre que les anges et que les hommes ? Apprends-le de la bouche de David : Qu’est-ce que l’homme pour que tu penses à lui, le fils d’un homme, que tu en prennes souci ? Tu l’as voulu un peu moindre que les anges (Ps 8,5-6). L’interprétation qu’en donne Paul montre qu’il s’agit bien du Christ : Nous voyons Jésus abaissé un peu en-dessous des anges à cause de sa passion et de sa mort (He 2,9).
Comment se fait-il que le Christ soit en même temps le Royaume des cieux et le grain, qu’il soit à la fois grand et petit par rapport au Royaume ? Voici : sa miséricorde pour ceux qu’il a créés est si grande qu’il s’est fait tout à tous pour les gagner tous. Du fait de sa nature, il était Dieu comme il l’est encore et le sera toujours. Il est devenu homme en vue de notre salut. Quelle profondeur dans la richesse, la sagesse et la science de Dieu ! Ses décisions sont insondables, ses chemins sont impénétrables (Rm 11,33) !
Ô grain, par lequel le monde a été fait, les ténèbres dispersées, l’Église renouvelée ! Qu’elle est grande la force de ce grain suspendu à la croix ! Alors qu’il y était cloué, il a, par une simple parole, détaché du bois le larron pour le plonger dans les délices du paradis. De son flanc percé par la lance, ce grain a laissé couler une boisson d’immortalité pour les assoiffés. Ce grain, après qu’on l’eut descendu du bois et planté dans le jardin, a couvert toute la terre de ses branches. Ce grain, semé dans le jardin, a plongé ses racines jusqu’aux enfers. Il en a fait sortir les âmes et, en trois jours, les a emmenées au ciel. <> Le Royaume des cieux est comparable à un grain de moutarde qu’un homme a semé dans son champ (Mt 13,31). Sème ce grain de moutarde dans le jardin de ton âme <> et la parole du prophète vaudra aussi pour toi : Tu seras comme un jardin bien irrigué, comme une source où les eaux ne manquent jamais (Is 58,11).
Prière
Dieu tout-puissant, force de ceux qui espèrent en toi, sois favorable à nos appels : puisque l’homme est fragile et que sans toi il ne peut rien, donne-nous toujours le secours de ta grâce ; ainsi nous pourrons, en observant tes commandements, vouloir et agir de manière à répondre à ton amour. Par Jésus Christ.
ou bien
Seigneur notre Dieu, ton action en ce monde reste souvent cachée et tes serviteurs sont tentés par le découragement. Ranime en eux l’espérance et fait germer la semence que tu as jetée sur notre terre. Par Jésus Christ.


12e dimanche du temps ordinaire B
Évangile
Évangile de Jésus Christ selon saint Marc 4,35-41
Toute la journée, Jésus avait parlé à la foule en paraboles. Le soir venu, il dit à ses disciples : "Passons sur l’autre rive". <> Survient une violente tempête.
Homélie
Comment apaiser les tempêtes du cœur
Homélie de saint Augustin († 430)
Sermon 63, 1-3 ; PL 38, 424-425.
Je vais, avec la grâce du Seigneur, vous entretenir de l’évangile de ce jour. Je veux aussi, avec l’aide de Dieu, vous encourager à ne pas laisser la foi dormir dans vos cœurs au milieu des tempêtes et des houles de ce monde. Le Seigneur Jésus Christ exerçait sans aucun doute son pouvoir sur le sommeil non moins que sur la mort, et quand il naviguait sur le lac, le Tout-Puissant n’a pas pu succomber au sommeil sans le vouloir. Si vous le pensez, c’est que le Christ dort en vous. Si, au contraire, le Christ est éveillé en vous, votre foi aussi est éveillée. L’Apôtre dit : Que le Christ habite en vos cœurs par la foi (Ep 3,17). Donc le sommeil du Christ est le signe d’un mystère. Les occupants de la barque représentent les âmes qui traversent la vie de ce monde sur le bois de la croix. En outre, la barque est la figure de l’Église. Oui, vraiment, tous les fidèles sont des temples où Dieu habite, et le cœur de chacun d’eux est une barque naviguant sur la mer : elle ne peut sombrer si l’esprit entretient de bonnes pensées.
On t’a fait injure : c’est le vent qui te fouette ; tu t’es mis en colère : c’est le flot qui monte. Ainsi, quand le vent souffle et que monte le flot, la barque est en péril. Ton cœur est en péril, ton cœur est secoué par les flots. L’outrage a suscité en toi le désir de la vengeance. Et voici : tu t’es vengé, cédant ainsi sous la faute d’autrui, et tu as fait naufrage. Pourquoi ? Parce que le Christ s’est endormi en toi, c’est-à-dire que tu as oublié le Christ. Réveille-donc le Christ, souviens-toi du Christ, que le Christ s’éveille en toi. Pense à lui.
Que voulais-tu ? Te venger. As-tu oublié la parole qu’il a dite sur la croix : Père, pardonne-leur : ils ne savent pas ce qu’ils font (Lc 23,34) ? Celui qui s’était endormi dans ton cœur a refusé de se venger.
Réveille-le, rappelle-toi son souvenir. Son souvenir, c’est sa parole ; son souvenir, c’est son commandement. Et quand tu auras éveillé le Christ en toi, tu te diras à toi-même : "Quel homme suis-je pour vouloir me venger ? Qui suis-je pour user de menaces contre un homme ? Peut-être serai-je mort avant d’avoir pu me venger ? Et quand viendra pour moi le moment de quitter ce corps, si j’expire brûlant de haine et assoiffé de vengeance, celui qui n’a pas voulu se venger ne m’accueillera pas. Celui qui a dit : Donnez, et vous recevrez ; pardonnez, et vous serez pardonnes (Lc 6,37) ne m’accueillera pas. Je réprimerai donc ma colère, et mon cœur trouvera à nouveau le repos." Le Christ a commandé à la mer, et elle s’est calmée (cf. Mt 8,26).
Ce que je viens de vous dire au sujet des mouvements de colère doit devenir votre règle de conduite dans toutes vos tentations. La tentation surgit : c’est le vent qui souffle ; ton âme est troublée : c’est le flot qui monte. Réveille le Christ, laisse-le te parler. Qui donc est celui-ci, pour que même les vents et la mer lui obéissent (Mt 8,27) ? Quel est celui à qui la mer obéit ? À lui la mer, c’est lui qui l’a faite (Ps 94,5). Par lui, tout s’est fait (Jn 1,3). Imite plutôt les vents et la mer : obéis au Créateur. La mer entend l’ordre du Christ, vas-tu rester sourd ? La mer obéit, le vent s’apaise, vas-tu continuer à souffler ?
Que voulons-nous dire par là ? Parler, agir, ourdir des machinations, n’est-ce pas souffler, et refuser de s’apaiser au commandement du Christ ? Quand votre cœur est troublé, ne vous laissez pas submerger par les vagues. Si pourtant le vent nous renverse — car nous ne sommes que des hommes —, et qu’il excite les passions mauvaises de notre cœur, ne désespérons pas. Réveillons le Christ, afin de poursuivre notre voyage sur une mer paisible et de parvenir à la patrie.
Prière
Fais-nous vivre à tout moment, Seigneur, dans l’amour et le respect de ton saint nom, toi qui ne cesses jamais de guider ceux que tu enracines solidement dans ton amour. Par Jésus Christ.
ou bien
Qui es-tu donc, Jésus de Nazareth, pour que le vent et la mer t’obéissent ? Toi que le Père, Créateur de l’univers, a envoyé vaincre nos peurs et apaiser nos angoisses, augmente notre foi en ta puissance et fais-nous sentir ton secours. Toi qui règnes.

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