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LE COMPLOT CONTRE JÉSUS

 

Quelques-uns d'entre eux allèrent trouver les pharisiens et leur racontèrent ce que Jésus avait fait.

 

LES DENONCIATEURS N'AVAIENT PAS VU LA RESURRECTION DE LAZARE

 

Le texte comporte une ambiguïté ceux qui sont allés trouver les pharisiens et leur ont raconté ce que Jésus avait accompli faisaient-ils partie du grand nombre de Juifs qui, après avoir vu ce qu'il avait fait, avaient cru en lui ? et voulaient-ils, par leur récit concernant Lazare, confondre ceux-là même qui étaient mal disposés envers Jésus ou étaient-ce les autres, étrangers au grand nombre devenu croyant, n'ayant pas été incités à croire en Jésus par ce qui était arrivé ? ce pourquoi ils excitaient, autant qu'ils le pouvaient, les pharisiens contre lui, pour réveiller leur zèle pervers par l'histoire de Lazare. Il me semble que c'est plutôt cela que l'évangéliste veut faire comprendre. C'est aussi pour ce motif que vient à la suite le texte “ Les grands prêtres et les pharisiens réunirent alors ” et la suite. En grand nombre étaient donc, d'après lui, ceux qui avaient cru parce qu'ils avaient vu ce qui était arrivé à Lazare et, pour ainsi dire, en plus petit nombre ceux qui n'étaient pas dans ce cas, d'après ce qu'il affirme, en disant “ Quelques-uns d'entre eux allèrent ” et la suite. Prends garde aussi à ce que je vais dire, si cela peut nous inciter à donner notre adhésion, car il n'est pas écrit : “ Ainsi un grand nombre des Juifs, venus trouver Marie et ayant vu ce que Jésus avait fait, crurent en lui ”, mais il est écrit “ Ainsi un grand nombre de Juifs, ceux qui étaient venus trouver Marie et avaient vu ce que Jésus avait fait, crurent en lui ”. C'est surtout à cause du sens spirituel que je suis porté à me demander si tous ceux qui ont vu, c'est-à-dire qui ont contemplé et compris ce que Jésus avait fait, crurent en lui, quant à ceux qui allèrent trouver les pharisiens et leur racontèrent ce que Jésus avait fait, puisqu'il n'est pas attesté qu'ils ont vu, peut-être n'avaient-ils pas le (privilège) mentionné à la louange des croyants, celui d'“ avoir vu ”. S'ils avaient vu, eux aussi, on aurait pu écrire en effet, que certains d'entre eux allèrent trouver les pharisiens et leur dirent ce qu'ils avaient vu Jésus faire ou ce qu'ils avaient vu et que Jésus avait fait. Dans le cas présent, les mots “ ils avaient vu ” ne leur sont absolument pas appliqués, au contraire des croyants, qui étaient aussi venus trouver Marie, avaient vu ce que Jésus avait fait et pour qui, à mon avis, il dit ces mots : “ Mais j'ai parlé à cause de la foule qui m'entoure, pour qu'ils croient que c'est toi qui m'as envoyé.” A ce propos, considère en même temps si tu peux dire de ceux qui vinrent trouver Marie, virent ce que Jésus avait fait et crurent en lui, qu'ils constituaient à eux seuls, puisqu'ils étaient nombreux, la foule qui entourait Jésus et pour laquelle il dit ceci : “ Père, je te rends grâces de m'avoir exaucé ; moi, je savais que tu m'exauces toujours.” En effet s'il le dit “ à cause de la foule qui l'entourait ”, pour qu'ils crussent que le Père l'avait envoyés, lorsqu'il parla, il le fit dans ce but, pour que la foule qui l'entourait crût ; si, d'autre part, aucun d'eux n'avait dû croire au Père, il n'aurait pas dit, à la manière de n'importe quel homme qui ignore l'avenir : “ Mais (j'ai parlé) à cause de la foule qui m'entoure, pour qu'ils croient que c'est toi qui m'as envoyé ” ; ceux qui sont venus trouver Marie, qui ont vu ce que Jésus avait fait et qui ont cru en lui, constituaient peut-être à eux seuls la foule qui entourait Jésus et les autres n'ont pas vu ce qu'il avait fait et ne l'entouraient pas.

 

Les grands prêtres et les pharisiens réunirent donc le sanhédrin ; ils disaient : Que ferons-nous puisque cet homme accomplit beaucoup de signes ? si nous le laissons faire, tous croiront en lui, les Romains viendront et ils prendront notre “lieu” et notre nation.

 

LA DELIBERATION DES GRANDS PRÊTRES ET DES PHARISIENS

 

1 Leurs craintes

 

Au sens littéral, les pharisiens et les grands prêtres voyaient que, vu l'importance des miracles prodigieux accomplis par Jésus, tout le peuple juif risquait d'être gagné à la foi en lui et, une fois gagné, de dédaigner le culte corporel des lévites et des prêtres célébré au “ lieu ”, de sorte que ce serait un prétexte — puisque les Juifs n'entoureraient plus ce “ lieu ” d'honneurs — pour que, par l'action du Sauveur, passent au pouvoir des Romains ce que les Juifs considèrent comme le “ lieu ” saint et toute la nation des Juifs, qui ne voudraient plus maintenir à tout prix l'affirmation de leur identité de Juifs. Puis, comme ils préféraient le culte, le “ lieu ” et la persistance du peuple à tout ce que l'on pourrait considérer comme leur étant supérieur, pour ce motif, ils cherchèrent des mesures à prendre contre Jésus pour l'empêcher de vivre. C'est de même, à mon avis, pour rabaisser sa gloire qu'ils utilisèrent aussi l'expression “ cet homme ” ; car ils n'ajoutaient pas foi à ce qu'il avait dit auparavant de son identité divine, lorsqu'ils avaient voulu le lapider sous prétexte de blasphème, en lui disant : “ Toi, qui es un homme, tu te fais Dieu ” ; c'est alors qu'il leur avait fait une réponse digne de son amour des hommes, en enseignant qu'à quiconque s'adresse la parole de Dieu, Dieu donne le nom de dieu, car la prophétie de l'Écriture qui le déclare ne peut être ni réfutée ni annulée.

 

2. Le complot échouera et sera la cause de la réalisation de leurs craintes

 

Dans les paroles des pharisiens et des grands prêtres on peut relever l'incohérence et l'aveuglement dus au vice : de l'incohérence, puisqu'ils attestaient à la fois qu'il avait accompli de nombreux signes et qu'il était possible de comploter contre l'auteur de pareils signes, comme s'il n'avait rien pu faire pour lui-même en cas de complot ; de l'aveuglement, cette même attitude ne l'était pas moins, car il était naturel que l'auteur de nombreux signes fût supérieur au complot de ceux qui ne voulaient pas le laisser agir ; à moins que, tout en croyant qu'il accomplissait des signes, ils aient supposé que ceux-ci ne provenaient pas d'une puissance divine, de sorte que, pour ce motif, il n'aurait eu ni tout pouvoir, ni celui d'échapper à leur complot. Car ils avaient pour but de ne pas le laisser agir, s'imaginant par là faire obstacle à la fois à ceux qui croiraient en lui et aux Romains, qui allaient prendre leur “ lieu ” et leur nation. Mais puisque “ le Seigneur disperse les projets des nations et réduit à néant les raisonnements des peuples ”, il n'en arriva pas moins qu'eux ne le laissèrent pas agir et que Dieu le ressuscita, le laissa agir, que toutes les nations lui furent soumises et que les Romains, étant venus, prirent leur “ lieu ”. Ou se trouve, en effet, ce qu'ils appellent le sanctuaire. Ils ont aussi pris la nation, les chassant hors de leur lieu et les autorisant à peine à demeurer, même dans la diaspora, la ou ils veulent. S'il faut aussi se risquer à l'interprétation spirituelle des événements relatés dans ces textes, nous dirons que les nations ont pris la place (le lieu) des hommes de la circoncision, “ car, par leur chute, le salut est parvenu aux nations au point de les rendre jaloux ” et (le nom de) Romains fut utilisé pour les nations, les gouvernés étant nommés d'après les gouvernants. Et la nation fut prise par ceux des nations, car le peuple devint non peuple, les descendants d'Israël ne sont plus Israël et le germe n'est pas parvenu à ce qu'ils soient enfants, le motif de cela, ce sont les nombreux signes de Jésus et le fait que le Père l'a laisse faire, lui qui est devenu plus fort que le complot des grands prêtres et des pharisiens qui tenaient conseil contre lui . Or, des grands prêtres et tout le culte corporel des Juifs, ainsi que des pharisiens et tout l'enseignement littéral de la Loi complotent contre Jésus, (qui est) la venté, et la figure veut, pour subsister, empêcher la manifestation de la vérité, tout comme — et selon le même principe — la chair a des désirs contraires à ceux de l'esprit. Mais, étant plus puissant, l'esprit, dont les désirs sont contraires à ceux de la chair, le véritable pontificat de notre Sauveur et son enseignement spirituel mettent fin au sanhédrin des grands prêtres et des pharisiens qui tiennent conseil contre lui. Il faut admettre que cela se passe maintenant encore, ce qu'on peut voir en ceux qui veulent même abolir l'enseignement spirituel de Jésus au moyen de la persistance du judaïsme corporel.

 

L'un d'eux, Caïphe, étant grand prêtre cette année-là, leur dit : Vous, vous n'y entendez rien et vous ne réfléchissez pas qu'il est de notre intérêt qu'un seul homme meure pour le peuple et que la nation ne périsse pas tout entière. Il ne dit pas cela de lui-même, mais, étant grand prêtre cette année-là, il prophétisa que Jésus allait mourir pour la nation et non pour la nation seulement, mais encore afin de rassembler dans l'unité les enfants de Dieu dispersés.

 

LA PROPHÉTIE DE CAÏPHE

 

1. Quiconque prophétise n'est pas prophète

 

Ce n'est pas parce que quelqu'un prophétise qu'il est prophète. Caïphe, par exemple, étant grand prêtre cette année-là, prophétisa que Jésus allait mourir pour le peuple, et non pour le peuple seulement, mais encore afin de rassembler dans l'unité les enfants de Dieu dispersés ; et assurément il n'était pas prophète. Si Balaam a lui aussi proclamé la prophétie relatée au Livre des Nombres, en disant : “ La parole que Dieu me mettra dans la bouche, je la proclamerai ” et en faisant l'annonce qui commence par ces mots : “ Il m'a fait venir de Mésopotamie ” et la suite, il est clair qu'il n'était pas prophète : il est écrit, en effet, qu'il était devin. Donc, si quelqu'un est prophète, il prophétise dans tous les cas, mais si quelqu'un prophétise, il n'est pas dans tous les cas prophète. Comme si, à propos d'une autre qualité supérieure, je disais quelque chose comme si quelqu'un est juste, il recherche ce qui est juste, mais ce n'est pas parce que quelqu'un recherche ce qui est juste qu'il est juste, ce que tu comprendras en fixant ton attention sur le précepte “ Qu'avec justice il recherche ce qui est juste ”, s'il est vrai que ce n'est pas inutilement que l'expression “ avec justice ” précède l'injonction “ qu'il recherche ce qui est juste ”. Car il est possible, d'après moi, de rechercher ce qui est juste, mais sans justice en accomplissant, en effet, pour être loué des hommes, une œuvre en soi opportune, en faveur des pauvres par exemple, on accomplit une œuvre juste, non point à la suite d'une propension à la justice, mais par vaine gloire. Je pense que par analogie avec ce verset “ Qu'avec justice il recherche ce qui est justes ”, on pourrait dire également Qu'avec prudence il recherche ce qui est prudent , qu'avec courage il recherche ce qui est courageux , qu'avec sagesse il recherche ce qui est sage , et de même pour les autres vertus. Nous avons dit cela pour comparer à un comportement semblable celui de quiconque prophétise sans être prophète. C'est pour ce motif, à mon avis, que dans les prophéties il est constamment dit des prophètes “ Le prophète Jérémie dit ” et d'autres choses analogues. Or les experts en lexicologie affirment que ce n'est pas parce que quelqu'un s'est un peu mêlé de médecine ou de ce qui contribue à la santé qu'il est médecin, ni parce que quelqu'un s'est un peu mêle d'architecture qu'il est architecte.

 

2 La perversité de Caïphe d'après les évangélistes

 

D'après ce qui est écrit de Caïphe, qui fit une prophétie au sujet du Sauveur, il faut reconnaître qu'une âme perverse reçoit parfois la capacité de prophétiser. La perversité de Caïphe, qui était grand prêtre l'année ou notre Sauveur accomplit dans sa passion son dessein en faveur des hommes, est en effet dénoncée par les évangélistes

 

Matthieu

 

Car Matthieu dit “Alors l'un des douze, nomme Judas Iscariote, étant allé vers les grands prêtres, leur dit Que voulez-vous me donner et moi je vous le livrerai Et eux versèrent trente pièces d'argent ” et, un peu plus loin, il dit “Voici donc qu'arriva Judas, l'un des douze, et, avec lui, une foule nombreuse armée de glaives et de bâtons, envoyée par les grands prêtres et les anciens du peuple ” Nous pensons donc que, parmi ces grands prêtres, se trouvait aussi Caïphe, puisqu'il est atteste qu'il était grand prêtre cette année-là Apres cela, Matthieu dit clairement “Ceux qui avaient arrête Jésus l'emmenèrent chez Caïphe, le grand prêtre, ou se réunirent les scribes et les anciens ”, ajoutant un peu plus loin. “Le grand prêtre et le sanhédrin cherchaient un faux témoignage contre Jésus afin de le mettre à mort, et ils n'en trouvaient pas, bien que beaucoup de faux témoins se fussent présentes Finalement, il s'en présenta deux qui dirent Cet homme a déclaré "Je peux détruire le temple de Dieu et le rebâtir en trois jours " S'étant levé, le grand prêtre dit à Jésus Tu ne réponds rien ? Quel témoignage ces hommes rendent contre toi ? Mais Jésus se taisait Le grand prêtre lui dit Je t'adjure, par le Dieu vivant, de nous dire si c'est toi le Christ, le fils de Dieu Jésus lui répondit : Tu l'as dit, du reste, je vous le dis, vous verrez désormais le Fils de l'homme siéger à droite de la puissance et venir sur les nuées du ciel. Alors le grand prêtre déchira ses vêtements, en disant Il a blasphémé, qu'avons-nous encore besoin de témoins voici que vous venez d'entendre son blasphème. Que vous en semble ? Ils répondirent Il mérite la mort ”. (Matthieu ajoute) plus loin, après d'autres récits “ Aux accusations des grands prêtres et des anciens il ne répondit rien ”. Et, encore un peu plus loin “ Mais les grands prêtres et les anciens persuadèrent les foules de réclamer Barrabas et de faire périr Jésus ”. Puis, après la résurrection du sauveur, pendant que s'en allaient Marie Madeleine et l'autre Marie “ Voici que quelques hommes de la garde vinrent en ville rapporter aux grands prêtres tout ce qui s'était passe Apres s'être rassembles avec les anciens et avoir tenu conseil, ils donnèrent une forte somme aux soldats en disant Dites Ses disciples sont venus de nuit pour le dérober pendant que nous dormions, si cela parvient aux oreilles du gouverneur, nous le fléchirons et nous ferons en sorte que vous ne soyez pas inquiètes ”

 

Luc

 

Luc écrit “Satan entra en Judas, surnomme Iscariote, qui était du nombre des douze, et celui-ci alla conférer avec les grands prêtres et avec les officiers (du temple) sur la manière de le leur livrer ” Puis, un peu plus loin, il dit “ Jésus déclara aux grands prêtres, aux officiers du temple et aux anciens qui étaient venus contre lui. Vous êtes sortis avec des glaives et des bâtons comme pour un brigand ” et, après quelques lignes “ S'étant saisis de lui, ils l'emmenèrent et le firent entrer dans la maison du grand prêtre ”, et, encore un peu plus loin “ Debout, les grands prêtres et les scribes l'accusaient avec véhémence ”. Et, de nouveau un peu plus loin “ Lorsqu'il fit jour, le conseil des anciens du peuple, les grands prêtres et les scribes se réunirent, et ils le firent comparaître devant leur sanhédrin ”

 

Marc

 

Quant à Marc, il dit “Judas Iscariote, l'un des douze, alla trouver les grands prêtres afin de le leur livrer. Ils l'écoutèrent avec joie et promirent de lui donner de l'argent ” et, un peu plus loin “ Comme Jésus parlait encore, survint Judas Iscariote, l'un des douze, et avec lui, une foule nombreuse avec des glaives et des bâtons, venant de la part des scribes, des pharisiens et des anciens ”, et, quelques lignes plus loin “ Ils emmenèrent Jésus chez Caïphe, le grand prêtre, et tous les grands prêtres, les scribes et les anciens se réunirent ”. Et, encore un peu plus loin “ Le grand prêtre, s'étant levé, interrogea Jésus, disant “ Tu ne réponds rien ? Quel témoignage ces hommes portent-ils contre toi ? Mais lui se taisait et ne répondait rien. Et le grand prêtre l'interrogea à nouveau, pour la seconde fois, disant Es-tu le Christ, le Fils du Béni ? Jésus répondit en disant Tu l'as dit, je le suis, et vous verrez le Fils de l'homme siéger à droite de la puissance et venir sur les nuées du ciel. Le grand prêtre déchira aussitôt ses vêtements ”. Puis, après quelques lignes “ De bon matin, les grands prêtres tinrent conseil avec les anciens, les scribes et tout le sanhédrin et, après avoir ligote Jésus, ils l'emmenèrent au palais et le livrèrent à Pilate ” Puis, un peu plus loin “Les grands prêtres portaient beaucoup d'accusations contre lui, mais lui ne répondait rien ”

 

Jean

 

Jean dit “ Ils menèrent Jésus de chez Caïphe au prétoire ”. Nous avons expose cela longuement pour prouver, par de nombreux témoignages de tous les évangélistes, la profusion de la perversité de Caïphe et que, tout en combattant contre Jésus, il n'en prophétisait pas moins, car il a prophétisé, Jean nous l'a clairement enseigne

 

3 Caïphe n'a pas prophétise par l'Esprit-Saint

 

Tu chercheras si, lorsque quelqu'un prophétise, il prophétise forcement par l'Esprit-Saint, même si, pour certains, notre texte ne paraît impliquer aucune recherche. Mais comment ne vaudrait-il pas la peine de faire cette recherche, s'il est vrai que, après le péché contre Urie, David, craignant que le Saint-Esprit ne lui fût enlevé, dit “ Ne m'enlève pas ton Esprit-Saint ” ? Si quelqu'un fait aussi intervenir le verset “ Car saint est l'Esprit qui nous éduque, il fuira la fausseté et s'éloignera des raisonnements insensés ”, il pensera qu'il est clairement prouvé que l'Esprit-Saint fuit loin de l'âme qui a été faussée, même s'il s'y trouvait auparavant, avant la fausseté et le péché. Il vaut donc la peine de se poser, au sujet du Saint-Esprit, la question suivante peut-il se trouver même dans une âme pécheresse ? par conséquent, s'il est vrai que “ nul ne peut dire Jésus est Seigneur, si ce n'est dans l'Esprit-Saint ” et d'autre part que, même parmi les pécheurs, beaucoup éprouvent à l'égard de Jésus les sentiments que l'on a pour un Seigneur, cela ferait dire que l'Esprit-Saint résiderait aussi en eux.

Et, parce que ceux qui pèchent après l'avoir reçu ne peuvent obtenir de pardon, c'est peut-être pour ce motif que, de ceux qui ont commis un péché avant (d'avoir reçu) le Saint-Esprit, il est dit ceci “ Tout péché et tout blasphème sera pardonne aux fils des hommes ” et, de ceux qui sont tombes après avoir reçu le Saint-Esprit, cela. “ Quiconque blasphème contre le Saint-Esprit n'obtient de pardon ni dans ce siècle ni dans le siècle à venir ”. Par ses actes et par ses paroles peccamineuses il blasphème, en effet, contre l'Esprit-Saint présent, celui qui péché maigre cette présence dans son âme. C'est en ce sens, dira-t-on, qu'il faut entendre également ce que l'Epître aux Hébreux rapporte en ces termes “ Il est impossible que ceux qui, après avoir été une fois illuminés, avoir goûté au don céleste, être devenus participants de l'Esprit-Saint, avoir goûte l'excellence de la parole de Dieu et les puissances du monde à venir, retombent, soient renouvelés et amenés à la repentance, eux qui, pour leur part, crucifient à nouveau le Fils de Dieu et le bafouent publiquement ”. Remarque, en effet, dans ce texte, les mots “ devenus participants de l'Esprit-Saint ”

Pour soutenir l'opinion contraire, à savoir que, même si Caïphe a prophétisé, l'Esprit-Saint n'en était pas moins absent de lui, on pourrait citer ce verset “ Il n'y avait, en effet, pas encore d'Esprit, car Jésus n'avait pas encore été glorifié ”. S'il est vrai qu'avant la glorification de Jésus il n'y avait pas d'Esprit, même pas sur les apôtres, à combien plus forte raison n'était-il pas sur Caïphe. Or, au moment de sa résurrection, le Sauveur souffla sur ses disciples et leur dit “ Recevez l'Esprit-Saint ” et la suite. C'est par conséquent avec hardiesse que l'on ajoutera ce qui va suivre pour (montrer) que ce n'est pas par le Saint Esprit que Caïphe à prophétise on dira également que même de mauvais esprits peuvent rendre témoignage à Jésus et prophétiser à son sujet ou (simplement) lui rendre témoignage, comme celui qui dit “ Nous savons qui tu es, le saint de Dieu ”, et ceux qui le supplient de ne pas leur ordonner de s'en aller dans l'abîme et qui disent “ Es-tu venu nous faire périr ”

 

D'autres esprits inspirent la prophétie

 

L'esclave habitée par un esprit python

 

Il est encore écrit dans les Actes des apôtres “Tandis que nous nous rendions à la prière, il arriva que vint à notre rencontre une jeune esclave qui avait un esprit python et qui, par sa divination, procurait un revenu considérable à ses maîtres. Celle-ci, nous ayant suivis, Paul et nous-mêmes, se mit à crier, disant “ Ces hommes sont des serviteurs du Dieu très haut, ils nous annoncent une voie de salut ”. Celui qui fait usage de ce texte dira donc que le discours du python n'est en rien inférieur à une prophétie, puisqu'il rend témoignage aux apôtres et engage aussi ses auditeurs à croire en la “ voie du salut ”, qu'ils proclament.

 

Balaam

 

Et, puisque nous avons aussi cité les aventures de Balaam, examine si l'on peut également dire de lui qu'il a parlé non sous l'inspiration de Dieu, mais sous celle d'un ange (L'Écriture) dit, en effet “ L'ange de Dieu se posta sur le chemin en accusateur Et lui, il avançait, monté sur son ânesse, et ses deux serviteurs avançaient avec lui. L'ânesse, voyant l'ange de Dieu posté en travers du chemin, son glaive nu à la main, s'écarta du chemin et se mit à marcher à travers champs Et Balaam frappa l'ânesse de son bâton pour la ramener sur le chemin, et l'ange de Dieu se posta dans les sillons des vignes, une barrière d'un côté, une barrière de l'autre ” Puis, un peu plus loin “ Apercevant l'ange de Dieu l'ânesse s'assit sous Balaam ” Et, encore un peu plus loin “ L'ange de Dieu lui dit : Pourquoi as-tu frappé ton ânesse pour la troisième fois. Vois donc, c'est moi qui suis sorti pour m'opposer à toi, car ton chemin n'est pas droit devant moi, en m'apercevant, ton ânesse s'est écartée de moi pour la troisième fois, si elle ne s'était pas écartée de moi, je t'aurais tué maintenant, et elle, je l'aurais épargnée Et Balaam dit à l'ange Seigneur, j'ai péché, car je ne savais pas que c'était toi qui te postais en travers du chemin pour me rencontrer, maintenant, si cela te déplaît, je vais faire demi-tour Et l'ange de Dieu dit à Balaam : Va avec tes hommes, mais la parole que je te dirai, veille à la répéter ”. Remarque, en effet, que c'est un ange qui dit “ La parole que je te dirai, veille à la répéter ”. Mais tu diras que, peu après, c'est Dieu qui apparut à Balaam et que Balaam lui dit “ J'ai disposé les sept autels et j'ai fait monter un veau et un bélier sur chaque autel Et Dieu mit une parole dans la bouche de Balaam et dit : Après être retourné auprès de Balaac, tu parleras ainsi ”. Et toi, note bien comment l'un et l'autre est vrai, la parole de l'ange en ce verset “ Quoi que je te dise, veille à le répéter ”, et le récit de l'Écriture quand elle dit “ Dieu mit une parole dans la bouche de Balaam et dit ” Quant à “ Un esprit de Dieu vint sur lui ”, nous l'avons marqué d'un obèle, car nous n'avons trouvé ni cela ni rien de semblable dans les autres éditions. Et il dit de nouveau, un peu plus loin “ Dieu vint à la rencontre de Balaam, mit une parole dans sa bouche et dit Retourne auprès de Balaac, voici ce que tu lui diras ”

 

Saul et les faux prophètes d'Achab

 

Au sujet de tout cela, le (commentateur) audacieux relèvera qu'il est dit de Saul également “ Un mauvais esprit de Dieu l'étouffait ” En outre, “ un esprit de mensonge ” sortit et se mit “ dans la bouche de tous les prophètes ” d'Achab après que, à la demande du Seigneur “ Qui trompera Achab ” un esprit de mensonge fut sorti et eut dit “ Moi, je le tromperai ”. A propos de notre passage il fallait donc étudier cela, pour autant qu'on est capable d'examiner par soi-même quelles conséquences tirer des textes cites, pour saisir la manière dont Caïphe à prophétisé Et peut-être faut-il encore ajouter cette remarque sur sa prophétie puisqu'il n'était pas saint, bien qu'il prophétisât, (il n'a pas prophétisé sous l'inspiration de l'Esprit-Saint). Tout comme il vaut la peine de chercher comment Caïphe a prophétisé, tu chercheras, de même, au Premier livre des Règnes, comment ont prophétisé les émissaires de Saul, envoyés auprès de David, et Saul après eux. Il est écrit, en effet “ On vint annoncer à Saul Voici que David est à Avoth de Rama Et Saul envoya des émissaires pour se saisir de David, ils virent l'assemblée des prophètes, et Samuel était debout à leur tête. Et un esprit du Seigneur vint sur les émissaires de Saul et ils prophétisèrent, eux aussi. On l'annonça à Saul et il envoya d'autres émissaires et ils prophétisèrent, eux aussi. Et Saul se mit en colère, il se rendit à Armathaim, vint jusqu'au grand puits sur la route de Sophim, puis il s'informa, en disant Ou sont Samuel et David ? Et on lui dit : Voici qu'ils sont à Avoth de Rama. Alors il se rendit de la à Avoth de Rama Et un esprit de Dieu vint sur lui, il marchait et, tout en marchant, il prophétisait, jusqu'à ce qu'il parvînt à Avoth de Rama. Il enleva ses vêtements et prophétisa devant Samuel et il tomba nu (sur le sol et y demeura) tout ce jour et toute la nuit. C'est pourquoi on disait Saul fait-il aussi partie des prophètes ”. Il était nécessaire, je pense, de citer également cela pour montrer comment des pécheurs prophétisent et si c'est sous l'impulsion du Saint-Esprit ou d'une autre puissance non mensongère — pour autant qu'ils rendent témoignage à la vérité.

 

Les devins des Philistins et la pythonisse d'Endor

 

On trouve, en outre, toujours au Premier livre des Règnes, les devins des idoles qui révèlent ce qu'il faut faire de l'arche et que, puisque des vaches qui n'ont enfanté qu'une seule fois suivent la route de Josué le Bethsamite, cela signifie que c'est Dieu qui a envoyé le fléau aux Philistins. Dans de telles circonstances, il ne faut pas non plus passer sous silence l'épisode de la voyante et de Samuel, dont Saul apprit qu'il allait périr le lendemain avec ses fils. L'exacte vérité en ces matières sera perçue par l'homme capable de distinguer entre les diverses puissances, mauvaises et bonnes et, s'il y en a d'intermédiaires, entre celles-là également.

 

5 Caïphe a-t-il été inspiré par un mauvais esprit ?

 

D'autre part, celui qui veut que ce soit sous l'inspiration d'une puissance mauvaise que Caïphe ait prophétise, dira qu'il n'y a rien de paradoxal à ce qu'une puissance mauvaise ait tenu ces propos, puisque même le diable ne se trouve pas ignorer complètement que Jésus est le Fils de Dieu d'après ce que les textes des évangélistes lui font dire au Seigneur. Il dira aussi qu'une certaine perversité se manifeste en la puissance qui incite à faire cette prophétie au sujet du Sauveur son but était, en effet, non de susciter la foi chez les auditeurs, mais d'exciter contre Jésus les grands prêtres et les pharisiens (qui siégeaient) au sanhédrin, afin qu'ils le mettent à mort ce qui n'était pas agir selon le Saint-Esprit.

Vois, en effet, si en disant “Vous rie savez pas et vous ne réfléchissez pas qu'il est de notre intérêt qu'un seul homme meure pour le peuple et que la nation ne périsse pas tout entière ”, Caïphe, ou ce qui le pousse à prophétiser, ne veut pas inciter ses auditeurs à mettre Jésus à mort.

Dit-il vrai ou ment-il, celui qui affirme “ Il est de notre intérêt ” ? car ces mots étaient une partie de sa prophétie .S'il dit vrai, Caïphe est sauvé par la mort de Jésus pour le peuple, ainsi que les membres du sanhédrin qui combattent Jésus et ils obtiennent ce qui est de leur intérêt, mais, s'il est absurde de dire que Caïphe et les membres du sanhédrin hostiles à Jésus sont sauvés et que, par la mort de Jésus, ils ont obtenu ce qui était de leur intérêt, il est évident que ce n'était pas un esprit saint qui le poussait à dire cela , car un esprit saint ne ment pas.

 

6 La prophétie est vraie : Jésus est mort pour tous

 

Celui qui veut que l'esprit qui a poussé Caïphe ait dit vrai en ceci également, je veux dire en affirmant “ Il est de notre intérêt qu'un seul homme meure pour le peuple ”, entendra en un sens plus profond les mots “ Il est de notre intérêt ” à cause de la doctrine sur la fin, il utilisera en même temps le verset “Afin que, par la grâce de Dieu — ou sans Dieu —, il goûte la mort pour tous ”, et il sera attentif à ceci “ pour tous ” et à cela “ sans Dieu pour tous ”. Il utilisera en même temps ce verset-là “ Lui qui est le Sauveur de tous les hommes, et surtout des croyants ”, car c'est lui “ l'Agneau de Dieu qui ôte le péché du monde ”, et il comprendra que sont enlevés les pèches du monde, au sens propre, et non d'une partie du monde. Celui qui prétend que l'affirmation “ Il est de notre intérêt qu'un seul homme meure ” est vraie, dira aussi que tout en ce passage est une prophétie véridique, à commencer par ces mots “ Vous n'y entendez rien ”, en effet, ils n'y entendaient rien, les pharisiens et les grands prêtres qui n'ont pas reconnu Jésus, qui est la vérité, la sagesse, la justice et la paix, “ car c'est lui notre paix ”. Mais ils ne réfléchissaient pas non plus — ces gens qui n'y entendaient rien — comment il était de leur intérêt, à eux aussi que cet unique-là meure pour le peuple, en tant qu'il est homme, car Jésus qui meurt est un homme. C'est pourquoi il dit aussi lui-même “ Maintenant, vous cherchez à me faire mourir, moi, un homme qui vous à dit la vérité ”. Et puisque c'est un homme qui meurt ce n'était pas un homme que la vérité, la sagesse, la paix, la justice, ni celui dont il est écrit “ Le Logos était Dieu ”, il n'est pas mort le Dieu Logos, la vérité, la sagesse, la justice, car l'image du Dieu invisible, le premier-né de toute création n'est pas accessible à la mort. Or il est mort pour le peuple, cet homme, le plus pur de tous les vivants, qui a ôté nos péchés et nos infirmités ; il était capable, en effet, de prendre sur lui tout le péché du monde entier pour le détruire, l'anéantir, le faire disparaître, car il n'a pas commis de péché, il ne s'est pas trouvé de fraude en sa bouche, il n'a pas connu de péché. C'est aussi pour ce motif, je pense, que Paul a parlé ainsi : “ Lui qui n'a pas connu de péché, il l'a fait péché pour nous, afin que nous soyons, nous, justice de Dieu en lui ” ; car il l'a fait péché, lui qui ne connaissait pas le péché, puisque lui qui n'avait péché en rien a pris sur lui les péchés de tous et, s'il faut parler hardiment, il est devenu les balayures du monde et le rebut de tous, bien plus que ses apôtres qui disent : “ Nous sommes devenus comme les balayures du monde, le rebut de tous jusqu'à ce jour. ”

 

7. Jésus seul pouvait donner sa vie pour tous

 

Quant au fait fréquent : lorsque régnaient en maîtres sur la race des humains des fléaux tels que pestes , calmes plats funestes, famines, ces calamités prirent fin comme si l'esprit mauvais qui les suscitait était anéanti, parce que quelqu'un s'était livré lui-même pour le bien commun, beaucoup de récits des Grecs et des barbares circulent à ce sujet, qui ne rejettent ni ne répudient l'idée d'une telle intervention. Ces histoires sont-elles vraies ou non ? ce n'est pas le moment de le déterminer par un examen approfondi. Cependant, que quelqu'un soit capable pour le monde entier, pour que le monde tout entier soit purifié, d'accepter pour sa purification de mourir pour lui — car le monde aurait péri si lui ne l'avait pas accepté —, on ne l'a jamais entendu dire et on ne peut pas l'entendre dire : seul Jésus a pu, sur la croix subie pour tous sauf Dieu, prendre sur lui le fardeau du péché de tous et le porter grâce à sa grande vigueur. Lui seul, en effet, savait porter l'infirmité, comme le dit le prophète Isaïe en ces termes : “ Un homme dans la souffrance, sachant porter l'infirmité.” C'est lui, assurément, qui a pris nos péchés, qui a été rendu infirme à cause de nos iniquités, et le châtiment, qui nous était dû pour que nous soyons corrigés et recouvrions la paix, est tombé sur lui. Car c'est ainsi que j'entends ces mots : “ Le châtiment de notre paix sur lui.” Et, puisque “ nous avons été guéris par sa meurtrissure ”, nous qui avons été guéris lorsque vint sur lui la meurtrissure due à la croix, nous dirions peut-être ceci : “ Qu'il ne m'arrive pas de me glorifier d'autre chose que de la croix du Seigneur Jésus-Christ, par laquelle le monde est crucifié pour moi et moi pour le monde.” Ce Jésus, le Père l'a livré pour nos péchés et, à cause d'eux, “il a été emmené comme une brebis à la boucherie et comme un agneau muet devant le tondeur ”. Par son abaissement, lorsqu'“ il s'est abaissé lui-même, se rendant obéissant jusqu'à la mort et à la mort de la croix ”, la condamnation a été supprimée ; car c'est ainsi que je comprends le passage “ Par l'abaissement, sa condamnation a été supprimée ”, comme si la suite du texte était “ Par son abaissement, la condamnation a été supprimée ”. Or lui, c'est par les iniquités du peuple de Dieu qu'il a été mené à la mort. Cet homme est donc mort pour le peuple et, grâce à lui, toute la nation n'a pas péri. Examine si tu peux prendre le terme de “peuple” pour ceux de la circoncision et celui de “nations” pour les autres. Car cet homme est mort non seulement pour le peuple, mais aussi pour que toute la nation ne périsse pas, comme s'il avait dit que ne périssent ni celle qu'on appelle la nation ni tous ceux des nations.

 

8 Caïphe ne parla pas de lui-même

 

A la suite de cela viennent les mots “ Il ne dit pas cela de lui-même ”, par lesquels nous apprenons, je pense, que certaines choses, nous autres hommes, nous les disons de nous-mêmes, sans qu'aucune puissance ne nous incite à parler, et d'autres, comme si une puissance nous soufflait et nous suggérait nos paroles, même si nous ne sommes ni complètement hors de nous-mêmes, m inconséquents avec nous-mêmes, mais paraissons logiques dans ce que nous disons. Mais il peut arriver que, tout en étant conséquents avec nous-mêmes dans la manière dont nous parlons, nous ne soyons pas conscients du sens de nos paroles ainsi, dans le cas présent, le grand prêtre Caïphe ne parlait pas de lui-même et n'avait pas l'intelligence de ce qu'il disait, en tant que c'était une prophétie. Chez Paul aussi, il y à des docteurs de la Loi “ qui ne comprennent ni ce qu'ils disent ni ce dont ils parlent avec assurance ”. Mais tel n'est pas le sage, dont Salomon dit dans les Proverbes “ Le sage comprendra les paroles de sa bouche et portera l'intelligence sur ses lèvres ” . Il me semble en outre que les circonstances sont parfois la cause de la prophétie comme présentement, pour Caïphe aussi, le fait d'être grand prêtre l'année ou Jésus allait mourir pour le peuple, afin que la nation ne pérît pas tout entière en effet, alors qu'il y avait également d'autres grands prêtres, comme il ressort de ce que nous avons cité, aucun ne prophétisa, mais seulement le grand prêtre de l'année ou Jésus allait souffrir. Ce sont de même les circonstances qui firent prophétiser les émissaires de Saul envoyés auprès de David et Saul lui-même, comme si le fait de chercher David avait été effectivement la cause de leur prophétie, mais d'une prophétie telle qu'elle est rapportée. Mais aussi Balaam n'aurait pas “ pris la parole pour dire ceci. Il m'a fait venir de Mésopotamie ” et la suite, s'il n'avait pas vu camper Israël, et, c'est parce qu'il ne cessait de tourner ses regards vers une autre partie du camp que la nouveauté de ce qu'il voyait le poussait à parler d'Israël.

 

9. Nation et enfants de Dieu dispersés

 

Jésus allait donc mourir pour la nation qui différait des enfants de Dieu dispersés, comme il est clair d'après ces mots : “ Jésus allait mourir non pour la nation seulement, mais encore afin de rassembler dans l'unité les enfants de Dieu dispersés.”. Quels sont donc ces enfants de Dieu, différents de la nation ? il est temps de le chercher maintenant. A ce propos, ceux qui imaginent des natures différentes diront que les enfants de Dieu ce sont les spirituels à leur manière, qui ne jugent pas spirituellement tous les hommes. Dire cela est, en effet, logique de la part de ceux qui croient à l'existence de natures (différentes), ainsi que de concevoir les spirituels contrairement au sens que leur donne l'Apôtre, qui enseigne que “ le spirituel juge de tout et n'est jugé par personne ”. Il s'ensuit que celui qui ne juge pas de tout n'est pas spirituel ou n'est pas encore spirituel. Mais encore, puisque le spirituel n'est jugé par personne, si quelqu'un est jugé par quelque autre, il n'est pas spirituel ou n'est pas encore spirituel. Peut-être vaudrait-il mieux dire que devient spirituel, sans l'avoir été auparavant, celui qui est, désormais et au sens propre, fils de Dieu. Quels sont donc ceux qui sont appelés présentement enfants de Dieu, si ce ne sont pas les spirituels des partisans des différentes natures ? il est temps de l'examiner. Vois si tu peux considérer comme enfants de Dieu dispersés et différents de la nation ceux qui étaient déjà justes en Dieu quand ces paroles furent prononcées, que ce soient les patriarches, les prophètes, ou d'autres élus de Dieu qui s'étaient endormis, ou même ceux qui, des ce moment-là, étaient en bonne santé, parce qu'il y avait, en effet, des gens en bonne santé, qui n'étaient pas malades, Jésus dit “Ce ne sont pas les bien portants qui ont besoin de médecin, mais les malades ” et, parce qu'il y avait des justes, il affirme “ Je ne suis pas venu appeler des justes mais des pécheurs à la repentance ”. Jésus allait donc mourir pour la nation, afin qu'elle ne pérît pas, ainsi que pour les enfants de Dieu qui étaient dans la dispersion, afin qu'ils soient rassembles dans l'unité et qu'ainsi ils deviennent un troupeau, un pasteur c'est alors, je pense, que sera accomplie la prière du Sauveur disant : Comme moi et toi, nous sommes un, qu'eux aussi soient un en nous. S'il reste encore quelque chose de plus profond à dire d'Israël, non de sa nature, mais de sa race, dont il est écrit “ Israël est mon fils premier-né ” et qui est tombé dans la dispersion, tu le chercheras toi-même ce seraient alors eux les enfants de Dieu disperses pour qui Jésus allait mourir, afin de les rassembler dans l'unité.

 

A partir de ce jour-là, ils délibérèrent donc de le mettre à mort.

 

IL N'EST PAS EXCLU QUE L'ESPRIT-SAINT — OU UN ESPRIT SAINT — AIT INSPIRE CAIPHE

 

Apres avoir réuni le sanhédrin et s'être mis à étudier le cas de notre Sauveur et la manière dont ils devaient le traiter, les grands prêtres et les pharisiens, ayant entendu le discours de Caïphe, que nous avons cité, et exacerbés par ses paroles, délibérèrent de mettre le Seigneur à mort. Tu chercheras donc sous l'influence de quel esprit Caïphe prophétisa que Jésus allait mourir pour la nation si l'Esprit-Saint à agi même en un tel homme et à inspiré la délibération hostile à Jésus ou si ce n'est assurément pas lui, mais si un autre esprit, susceptible de parler même en l'impie et d'exciter contre Jésus ceux qui lui ressemblent, n'en discernait pas moins quelque chose de ce qui concerne Jésus, d'après ce que nous venons d'examiner selon nos capacités. Toutefois, si quelqu'un veut soutenir que le Saint-Esprit fut apparemment à l'origine de la décision de mettre Jésus à mort que prirent les grands prêtres et les pharisiens, à l'instigation des paroles de Caïphe, il affirme qu'une telle action n'est pas incompatible avec la sainteté Jésus lui-même, en effet, n'a rien fait d'indigne de lui lorsqu'il vint pour la chute et le relèvement d'un grand nombre en Israël et lorsqu'il dit “ Moi, je suis venu pour un jugement en ce monde, pour que les non-voyants voient et que les voyants deviennent aveugles ”. Car tout comme nous avons besoin d'une parole de sagesse pour démontrer que celui qui reconnaît être venu demeurer en ce monde pour un jugement n'a rien fait d'indigne de lui, ainsi pour qu'(il devienne clair que c'est) à la suite des paroles du Saint-Esprit par l'intermédiaire de Caïphe, que les grands prêtres et les pharisiens ont délibère de mettre Jésus à mort. Au sujet du verset “ Je suis venu pour un jugement en ce monde ”, nous avons sans doute dit dans le commentaire de ce passage, tout ce que nous pouvions , quant à celui qui nous est proposé maintenant, on pourrait dire à peu près ceci de même que le sens sacré des Écritures, proclame pour le profit de qui cherche à en profiter, est calomnie par ceux qui l'interprètent dans le plus mauvais sens au point de paraître présenter, à ceux qui proclament bien haut l'iniquité, des prétextes en vue de l'élaboration de leur doctrine impie, de même, pour la prophétie prononcée par Caïphe au sujet de notre Sauveur — prophétie véridique en ce qu'il est de notre intérêt qu'un seul homme meure pour le peuple et que la nation ne périsse pas tout entière —, c'est parce que les pharisiens et les grands prêtres l'ont mal comprise et lui ont attribué un autre sens, selon l'intention du conseil donné par Caïphe, qu'ils délibérèrent, à partir de ce jour-là, de mettre Jésus à mort. Cela, je le dis d'après ce qui s'accorderait avec l'interprétation selon laquelle ce serait un esprit saint qui aurait prophétisé par l'intermédiaire de Caïphe, sans démontrer absolument qu'il en est ainsi et laissant aux lecteurs le soin de juger ce qu'il faut admettre au sujet de Caïphe, qui aurait été traité d'une manière dérisoire par l'Esprit.

 

C'est pourquoi Jésus ne circula plus ouvertement parmi les Juifs ; mais il se retira dans la région proche du désert, dans une ville du nom d'Ephraïm, et il y demeura avec ses disciples.

 

LA RETRAITE DE JÉSUS

 

1. Il nous apprend à ne pas chercher le martyre

 

Cet épisode et d'autres semblables ont été notés, je pense, parce que le Logos voulait nous détourner de nous précipiter, avec trop d'ardeur et sans réfléchir, dans le combat jusqu'à la mort pour la vérité et dans le martyre. Il est bon, en effet, lorsqu'on est entraîné dans le combat de la confession de Jésus, de ne pas reculer devant la confession et de ne pas hésiter à mourir pour la vérité. Mais il n'est pas moins bon de ne fournir aucune occasion à une pareille épreuve et de l'éviter de toute manière, non seulement à cause de notre incertitude sur l'issue d'un tel combat, mais encore de peur que, pour des hommes qui ne se seraient pas effectivement rendus coupables d'avoir versé notre sang — si, en faisant ce qui dépendait de nous, nous avions évité ceux qui nous poursuivaient à mort —, nous ne soyons l'occasion de devenir plus pécheurs et plus impies et d'avoir à subir, à cause de nous, un châtiment plus sévère et plus rigoureux, si, par égoïsme et sans considérer également leur intérêt, nous nous livrons au massacre, sans que la nécessité nous y contraigne. S'il est vrai, en effet, que quiconque est pour autrui une occasion de péché — du fait qu'il a lui-même incité le pécheur à commettre ce péché — sera puni pour le péché commis à cause de lui par un être humain, comment celui qui pouvait détourner tel individu de devenir dénonciateur de chrétien, intriguant contre la religion de Jésus, loin de l'en détourner, l'y a même stimulé, comment n'aurait-il pas à rendre compte également du péché de cet homme, même si, pour son ardeur au martyre et son courage dans le martyre, il mérite honneur et récompense de la part du Dieu qu'il a honoré et du Sauveur qu'il a confessé.

Que ces choses aient été écrites pour nous, afin que, ayant Jésus pour modèle, nous devenions, en cela également, ses imitateurs, ce sera prouvé par l'Écriture qui dit “ Ils cherchaient à se saisir de lui et nul ne mit la main sur lui parce que son heure n'était pas encore venue ” Car, de même que, bien qu'il fût présent, d'après notre texte, et n'eût pas fui, nul ne mit la main sur lui pour ce motif, à savoir que son heure n'était pas encore venue, de même, et sans avoir à nous retirer à l'écart, nous ne risquons pas d'être arrêtes, nous non plus, tant que l'heure n'en est pas encore venue. C'est pourquoi il s'agit d'entendre non seulement cet ordre “ S'ils vous pourchassent dans telle ville, fuyez dans telle autre ” et la suite, mais encore le fait que lorsque les grands prêtres et les pharisiens eurent délibère de le mettre à mort, Jésus, suivant la prudence, ne circula plus ouvertement parmi les Juifs, mais il partit, non pour une autre ville pleine de monde, mais pour une ville à l'écart. Il est écrit, en effet “ C'est pourquoi Jésus ne circula plus ouvertement parmi les Juifs, mais il se retira loin de la, dans la région proche du désert, dans une ville du nom d'Ephraïm ”. Et il ne s y retira pas seul, mais sans laisser aucun prétexte à ceux qui le cherchaient, il prit aussi ses disciples avec lui “ et il y demeura avec ses disciples ”. Tel est aussi le récit de l'évangile selon Matthieu : “ Ayant appris que Jean avait été livré, il s'éloigna en direction de la Galilée ; abandonnant ensuite Nazareth, il vint habiter Capharnaüm au bord de la mer, à la limite de Zabulon et de Nephtali.” Puis, arrivé au moment d'être arrêté, il veilla — de peur de subir cela de son propre chef — à n'être trouvé ni à Jérusalem ni au temple, où il avait souvent enseigné, ni en un autre lieu du même genre ; “ il s'en alla, en effet, avec ses disciples au-delà du torrent du Cédron, là où il y avait un jardin où il entra, lui-même et ses disciples ”. Ainsi, il s'éloigna à ce moment-là et ne se montra pas en public, de sorte que les grands prêtres et les pharisiens, qui voulaient se saisir de lui, eurent besoin de Judas qui, parce qu'il avait été son disciple, était également au courant des lieux où il se retirait. C'est pourquoi, à ce moment-là, “ Judas, emmenant la cohorte et des gardes fournis par les grands prêtres et les pharisiens, y vient avec des lanternes, des torches et des armes ”.

 

2. Il fut pourtant arrêté parce qu'il le voulut

 

D'après ce passage de l'Évangile il est clair que, s'il n'avait pas voulu être pris, on ne l'aurait pas arrêté ; il fut arrêté parce qu'il s'abaissa lui-même et se rendit obéissant à l'égard de ceux qui l'arrêtaient, obéissant même jusqu'à la croix. En fait, lorsqu'il sortit du jardin et dit à ceux qui y venaient : “ Qui cherchez-vous ? Ils lui répondirent : Jésus de Nazareth.” Il leur dit : “ C'est moi. Ils eurent un mouvement de recul et tombèrent à terre ”.

Puis, après cela, parce qu'il voulait assumer l'économie de sa passion, il les interrogea de nouveau : “ Qui cherchez-vous ? Eux répondirent : Jésus de Nazareth ”.

Et, un peu plus loin : “ La cohorte, le tribun et les gardes des Juifs arrêtèrent Jésus”, qui le voulait, “ et ils le ligotèrent ”, lui qui se présentait de lui-même aux liens, car, s'il n'avait pas voulu souffrir, il aurait dit de nouveau “C'est moi” et ces hommes si nombreux auraient tous eu un mouvement de recul et seraient tombés à terre

 

3 Il a évité la persécution et les honneurs

 

De même qu'en cela il nous apprend à nous retirer en cas de persécution et de complot contre nous, de même pourrait-on découvrir qu'en d'autres circonstances il se retira également loin de ce que l'on considère dans le monde comme des biens, afin de nous apprendre par la à éviter aussi les honneurs du monde et les dignités qu'il comporte. Un jour, en effet, Jésus, “ sachant qu'on allait venir l'enlever pour en faire un roi, se retira sur la montagne ”, mais pas avec ses disciples, seul, pour ne pas leur fournir de prétexte, même pas à eux qui l'aimaient et qui, avec ceux qui voulaient le faire roi, auraient désire qu'il devînt désormais, et même à la manière du monde, leur roi.

 

4 Il a quitté les Juifs pour établir son Église dans une terre fertile

 

Voila pour le texte et pour l'enseignement littéral de l'Évangile sur le fait de se retirer à l'écart. Quant à l'interprétation spirituelle, on pourrait dire ceci autrefois Jésus circulait librement parmi les Juifs, lorsque, par l'intermédiaire des prophètes, la parole de Dieu avait droit de cité parmi eux Les mots “ Voici ce que dit le Seigneur ” constituaient, en effet, une libre parole de Jésus. Mais maintenant Jésus ne circule plus librement parmi les Juifs, il est parti, au contraire, loin de la, et il n'y à plus de parole de Dieu parmi les Juifs, étant parti loin de la — je veux dire de chez les Juifs —, il est venu dans la région proche du désert, dont il est dit “ Nombreux sont les enfants de la délaissée, plus nombreux que ceux de l'épouse ”, et à qui il est aussi déclaré “ Réjouis-toi, stérile, toi qui n'enfantes pas Élevé la voix et crie, toi qui ne connais pas les douleurs ”. C'est donc à Éphraïm, la ville proche du désert, que Jésus entra lorsqu'il ne circula plus librement parmi les Juifs. On traduit Éphraïm par “ fertilité ”, c'est le frère de Manassé, le “ peuple de l'oubli ”, qui est l'ainé. Car, après l'abandon du “ peuple de l'oubli ”, fut engendrée la “ fertilité ” venue des nations, lorsque Dieu “ fit des fleuves ” d'Israël “ un désert, des sources d'eau ” qui s'y trouvaient “ de la soif, de leur terre fertile de la saumure, à cause de la méchanceté des habitants ”, quant au “ désert ” des nations, “ il en fit des nappes d'eau et de leur terre aride des sources d'eau. Puis il établit là des affamés et ils constituèrent une ville pour s'y établir ”, l'Église, alors “ il ensemença des champs ” avec une semence qui tomba dans une terre bonne et propice et rapporta le centuple “ et il planta des vignes ” ses sarments, ce sont les disciples du Seigneurs qui ont aussi “ produit une récolte de fruit, et il les bénit et ils se multiplièrent beaucoup ”. Mais le Seigneur, qui sauve hommes et bêtes, ne fit pas non plus peu de cas des moins intelligents d'entre eux, il est écrit, en effet “Il n'amoindrit pas leur bétail ”. Et les Juifs “ devinrent moins nombreux, ils furent malmenés, accablés de détresse et de souffrance et le mépris se répandit sur” ceux dont Abraham avait fait “ des chefs, il les fit errer par des lieux impraticables et sans chemin ” Apres eux, “ Dieu aida le pauvre ” peuple venu des nations “ à sortir de la misère et il établit leur descendance comme des troupeaux ”, les anges “ verront qu'ils sont droits et ils se réjouiront et toute iniquité fermera la bouche ”. A ces prophéties mystérieuses fait suite, au Psaume “ Qui est sage il se souviendra de ces choses et ils comprendront les miséricordes du Seigneur ” C'est, en effet, parce que le Seigneur fait miséricorde à ceux des nations que le sage se souviendra de ces choses en comprenant les miséricordes du Seigneur. “Jésus ne circule donc plus librement parmi les Juifs, mais il est parti loin de la pour la région ” du monde entier, la région de l'Église “ qui est proche du désert, pour Éphraïm, la ville dite ” fertile, “ et il y est demeure avec ses disciples ”. Et jusqu'à maintenant Jésus est avec ses disciples près du désert, dans la ville du nom d'Éphraïm , car il est présent à la fertilité. Et, à la naissance de cet Éphraïm, celui qui l'a engendré, le Seigneur qui nous distribue le blé, pourrait dire, lui qui s'est humilié et s'est rendu obéissant jusqu'à la mort et jusqu'à la mort de la croix “ Dieu m'a fait grandir sur la terre de mon humiliation ”

 

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