III. JEAN EST-IL RESSUSCITÉ DANS LA PERSONNE DE JÉSUS ?
En ce temps-là, Hérode le tétrarque, entendit parler de Jésus, et il dit à ses serviteurs : “ Cet homme, c'est Jean le Baptiste. ”
De même chez Marc, de même chez Luc !
Que signifie l'affirmation d'Hérode et de certains Juifs ?
Diverses étaient les opinions des Juifs sur les réalités (de la foi) ; les unes étaient erronées : telles celles que professaient les Sadducéens sur la résurrection des morts, qui pour eux ne ressuscitaient pas, et sur les anges, car ils niaient leur existence, mais interprétaient de façon allégorique seulement les Écritures qui les concernaient et qui ne contenaient, disaient-ils, aucune vérité historique ; les autres étaient justes, comme celles qu'enseignaient les Pharisiens sur la résurrection des morts, car ils affirmaient qu'ils ressuscitaient. L'objet de notre recherche à propos de ce texte est donc de savoir si telle était l'opinion, concernant l'âme humaine, que soutenaient, de façon erronée d'ailleurs, Hérode et certains parmi le peuple : ce Jean qu'il avait fait mourir peu auparavant, était-il ressuscité d'entre les morts, après sa décapitation, et portait-il un autre nom, se faisant appeler maintenant Jésus et bénéficiant des mêmes puissances qui, autrefois, agissaient dans la personne de Jean ? Or comment pourrait-il être vraisemblable que cet homme, tellement connu de tout le peuple et célèbre dans toute la Judée, dont on disait qu'il était “ fils de l'artisan ” et de Marie, qu'il avait tels et telles pour frères et sœurs, n'était autre que Jean, dont le père était Zacharie et la mère Élisabeth, qui n'étaient pas des inconnus parmi le peuple ? Il est probable que les gens du peuple qui croyaient, à propos de Jean, qu'“ il était réellement un prophète ”, et qui se trouvaient en si grand nombre que les Pharisiens eurent peur — car ils ne voulaient pas avoir l'air de dire une parole qui déplût au peuple — de répondre à la question : “ Est-ce que son baptême venait du ciel ou des hommes ? ” n'ignoraient pas qu'il fût le fils de Zacharie. Certains même avaient peut-être eu vent de ce qui concernait la vision dans le temple, quand Gabriel était apparu à Zacharie. Comment serait-elle donc vraisemblable, qu'il s'agisse d'Hérode ou de certaines gens du peuple, l'erreur qui eût consisté à croire que Jean et Jésus n'avaient pas été deux personnages distincts, mais un seul et unique Jean, ressuscité des morts après sa décapitation et nommé Jésus ?
On dira peut-être que l'erreur de la métensomatose fit croire à Hérode et à certaines gens du peuple que celui qui, par sa naissance, avait été Jean autrefois, était revenu de chez les morts et revivait dans la personne de Jésus. Mais cette erreur n'a aucune vraisemblance, elle non plus, étant donné l'intervalle qui sépare la naissance de Jean de celle de Jésus et qui n'a pas dépassé six mois. L'opinion d'Hérode était bien plutôt la suivante : “ les puissances qui avaient agi ” dans la personne de Jean étaient passées dans celle de Jésus et expliquaient qu'on l'eût regardé, parmi le peuple, comme Jean le Baptiste. Et l'on pourrait faire le raisonnement suivant : de même que c'est à cause de “ l'esprit et de la puissance d'Élie ”, et non pour sa personne même, qu'il est dit de Jean : “ Cet homme est Élie, celui qui doit venir ”, car l'esprit d'Élie et la puissance qui était en lui sont passés dans la personne de Jean, de même Hérode croyait que les puissances de Jean, qui s'étaient manifestées dans le rite du Baptême et dans son enseignement — “ Jean n'ayant accompli, en effet, aucun signe ” —, se manifestaient en Jésus par ses prodigieux miracles. Or ajoutera qu'ils ont émis une semblable supposition ceux qui ont dit qu'en Jésus Élie était apparu, ou bien qu'“ un prophète, parmi les anciens, était ressuscité ”. Ne mérite aucun examen l'opinion de ceux qui disaient que Jésus “ était un prophète, comme n'importe lequel des prophètes ”. Aussi est-elle erronée la parole écrite au sujet de Jésus, qu'elle soit d'Hérode ou qu'elle ait été prononcée par certains. Au contraire je crois plus proche de la vraisemblance le rapprochement entre l'opinion que Jean est venu “ avec l'esprit et la puissance d'Élie ”, et ce qui est maintenant conjecturé par quelques-uns au sujet de Jean et de Jésus.
La mort du dernier des prophètes
Mais puisque nous avons appris premièrement qu'après la tentation, le Sauveur “ ayant entendu dire que Jean avait été livré, se retira en Galilée ”, deuxièmement que Jean, alors en prison, renseigné sur ce qui concernait Jésus, envoya deux de ses disciples lui dire : “ Es-tu celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre ? ”, troisièmement enfin, qu'Hérode avait dit de Jésus “ qu'il était Jean le Baptiste, car celui-ci était ressuscité des morts ”, et comme, d'autre part, on ne nous a donné aucune indication préalable sur la manière dont le Baptiste était mort, Matthieu se devait de nous le raconter maintenant, ainsi que Marc dont le récit est presque le même ; quant à Luc, il a passé sous silence la plupart des détails qui chez eux concernent cet événement.
Voici donc le texte de Matthieu : En effet Hérode s'était emparé de Jean et l'avait fait charger de chaînes dans sa prison.
À ce propos, il me semble que, de même que “ la loi et les prophètes ont duré jusqu'à Jean ”, et qu'après lui prit fin la grâce prophétique venue des Juifs, de même le pouvoir de ceux qui avaient régné sur le peuple, jusqu'à posséder le droit d'exécuter les condamnés à mort, a duré jusqu'à Jean, et, après l'injuste exécution du dernier des prophètes par Hérode, le roi des Juifs fut privé du pouvoir de mettre à mort. Car si Hérode n'en avait pas été privé, ce n'est pas Pilate qui aurait prononcé contre Jésus la sentence de mort, mais Hérode y aurait suffi, après délibération, sur cette affaire, des grands prêtres et des anciens du peuple. C'est à ce moment-là, je pense, que s'accomplit la parole de Jacob à Juda, disant : “ Le chef ne sortira pas de Juda, ni celui qui gouverne d'Israël, jusqu'à ce que vienne celui à qui ce rôle a été réservé, étant lui-même l'attente des nations. ” Peut-être aussi ce pouvoir a-t-il été retiré aux Juifs quand la providence divine fournit, par l'enseignement du Christ, la pâture à son peuple, afin que, même si les Juifs lui faisaient opposition, leur pouvoir n'allât pas jusqu'à mettre à mort les croyants, sous prétexte que c'était conforme à la loi.
Donc Hérode “ s'étant emparé de Jean, le fit charger de chaînes et emprisonner ”, accomplissant un geste qui signifiait, dans la mesure de son pouvoir et de la méchanceté du peuple, l'enchaînement et l'emprisonnement de la parole du prophète, qu'il empêchait désormais de demeurer librement le héraut de la vérités, comme il l'était autrefois. Cela, Hérode l'accomplit “ à cause d'Hérodiade, la femme de son frère Philippe ; car Jean lui disait : il ne t'est pas permis de l'avoir ”. Ce Philippe était “ tétrarque de l'Iturée et du pays de Trachonitide ”. Or certains pensent que Philippe était mort, ne laissant qu'une fille, et qu'Hérode avait épousé “ Hérodiade, la femme de son frère ”, alors que la loi permettait ces sortes d'union, quand il n'y avait pas d'enfant mâle. Mais nous, en l'absence de toute preuve concernant la mort de Philippe, nous concluons que le geste d'Hérode fut une faute encore plus grave et contraire à la loi, car il prit chez lui la femme d'un frère encore en vie.
Pourquoi Jean est-il mort ?
C'est pourquoi, investi de la liberté de langage prophétique, et sans se laisser effrayer par la dignité royale d'Hérode, Jean refuse de céder à la peur de la mort et de se taire devant une si grande faute et, rempli d'une pensée divine, dit à Hérode : “ Il ne t'est pas permis de l'avoir chez toi, car il ne t'est pas permis d'avoir la femme de ton frère. ” Alors “ Hérode s'empara de Jean, le fit charger de chaînes et emprisonner ”, mais il n'osa pas tuer tout à fait “ la parole prophétique ”, ni la faire disparaître du milieu du peuple ; mais la femme du roi de Trachonitide, qui représente la doctrine méchante et l'enseignement pervers, avait donné le jour à une fille de même nom qu'elle ; la vue de ses mouvements gracieux enchanta Hérode, car il aimait les choses de la génération, et ainsi elle a causé la disparition parmi le peuple de toute tête prophétique. Jusqu'ici, je crois que les mouvements du peuple juif, qui semblent conformes à la loi, sont ceux-là mêmes de la fille d'Hérodiade. Pourtant la danse d'Hérodiade était tout le contraire d'une danse sainte, qu'on ne peut refuser de danser sans entendre ensuite ce reproche : “ Nous avons joué de la flûte pour vous et vous n'avez pas dansé. ” Et c'est pour un anniversaire qu'ils dansent, tandis que règne sur eux une doctrine impie, et pour que leurs mouvements plaisent à cette doctrine. Or l'un de nos prédécesseurs, étudiant le récit de l'anniversaire de Pharaon rapporté par la Genèse, a expliqué que seul le méchant, car il se complaît dans les choses de la génération, fête l'anniversaire. Pour nous, stimulés par l'indication de cet auteur, nous n'avons, dans nos recherches scripturaires, découvert aucun juste célébrant un anniversaire. Car Hérode est plus injuste que Pharaon ; en effet si ce dernier met à mort, pour son anniversaire, son grand panetier, c'est Jean que tue Hérode, alors que “ personne de plus grand que lui ne s'est levé, parmi ceux qui sont nés de la femme ”, et que le Sauveur parle de lui en ces termes : “ Mais pourquoi êtes-vous allés ? Pour voir un prophète ? Oui, je vous le dis, et plus qu'un prophète. ” Cependant il faut remercier Dieu de ce que, malgré la disparition de la grâce prophétique du milieu du peuple, une grâce supérieure à toutes celles des prophètes a été répandue sur les nations par Jésus, notre Sauveur, “ qui est devenu libre parmi les morts ”. Car “ s'il a été crucifié, en raison de sa faiblesse, il vit cependant grâce à la puissance de Dieu ”.
Regarde aussi ce peuple, chez lequel aliments purs et impurs sont examinés, tandis qu'il méprise la prophétie présentée sur un plateau, en guise de nourriture. Le chef de la prophétie, les Juifs ne l'ont plus, car ils rejettent l'annonce capitale de toute prophétie, le Christ Jésus. Et la décapitation du prophète est causée par un serment, dont il eût mieux valu qu'il fût enfreint que respecté. Il n'y a pas de comparaison, en effet, entre la faute qui consiste à prêter un serment à la légère et à violer ce serment, en raison de sa légèreté, et la faute qui consiste à assassiner un prophète, par fidélité au serment. Ce n'est d'ailleurs pas le seul motif de cette décapitation, il y avait aussi les convives, à qui la mort du prophète tenait plus à cœur que sa vie. Sur les lits de festin, ils mangent en compagnie de la doctrine perverse qui règne sur les Juifs, ces gens qui se réjouissent en l'honneur de sa naissance. Peut-être utiliseras-tu un jour ce texte ingénieusement à l'adresse de ceux qui prêtent un serment à la légère et veulent le respecter, malgré son impiété, en leur disant que tout serment n'est pas bon à tenir, ainsi celui d'Hérode. Remarque en outre que ce n'est pas au grand jour, mais dans le secret d'une prison, qu'Hérode fait mettre Jean à mort ; et de fait ce n'est pas au grand jour que le peuple des Juifs d'aujourd'hui renie les prophéties, mais il les renie autant que possible dans le secret et son incrédulité à leur égard est démasquée. Car s'ils croyaient en Moïse, ils auraient cru en Jésus, et de même, s'ils croyaient aux prophètes, ils auraient adhéré à celui que ces derniers ont prophétisé. Mais, refusant de croire en lui, c'est en eux aussi qu'ils refusent de croire, et ils décapitent, après l'avoir enfermée dans une prison, “ la parole prophétique ”, ne conservant plus qu'une parole-cadavre, mutilée, qui n'a plus aucune partie saine, car ils ne la comprennent pas. Nous au contraire, nous possédons Jésus intact, car elle a été accomplie la prophétie qui dit de lui : “ Pas un de ses os ne sera brisé. ”
Jésus fuit la persécution
“ Les disciples ” de Jean vinrent “ ensevelir ” ses restes, puis “ allèrent porter la nouvelle à Jésus. Celui-ci se retira dans un lieu désert ”, les nations ; et, après la disparition des prophètes, des foules l'accompagnèrent, venues des villes de partout. À la vue de leur nombre, “ il fut pris de pitié et guérit leurs malades ”, après quoi, “ il nourrit ”, avec les morceaux bénits et largement suffisants de quelques pains, ceux qui l'avaient suivi.
“ Alors, à cette nouvelle, Jésus se retira, en barque, pour se rendre dans une contrée déserte, à l'écart. ”
Le texte nous apprend qu'il faut échapper, dans la mesure où nous le pouvons, aux persécuteurs et à “ l'attente ” des complots qui, à cause du Logos, sont dirigés contre nous ; ce serait là en effet l'attitude la plus conforme au bon sens, alors que, quand il est possible de se tenir loin du danger, il y a légèreté et témérité à aller à sa rencontre. Qui d'ailleurs hésiterait à esquiver de tels dangers, puisque Jésus non seulement se retira à la suite de ce qui était arrivé à Jean, mais nous a donné aussi cet enseignement : “ S'ils vous poursuivent dans telle ville, fuyez dans une autre. ” Ainsi donc, si l'épreuve survient sans que nous y soyons pour rien, il est nécessaire de l'affronter avec beaucoup de courage et d'assurance ; pourtant s'il est possible de l'esquiver, il y aurait témérité à ne pas le faire. Mais puisque, après cette explication, il faut aussi étudier le passage dans un sens spirituel, disons que, la prophétie ayant été persécutée et anéantie chez les Juifs, parce que chez eux les choses de la génération sont en honneur, et pour récompenser de vaines gesticulations, qui furent, si l'on en juge d'après la vérité, dépourvues de grâce et d'harmonie, mais selon l'opinion du chef des méchants et de ses convives, gracieuses et plaisantes pour eux, Jésus se retire de ce pays dans lequel la prophétie a été persécutée et condamnée. Il se retire dans la contrée vide de Dieu, parmi les nations, afin que le Logos de Dieu, une fois la royauté enlevée à ces gens-là et donnée “ à une nation qui en tire du fruit' ”, se trouve au milieu de ces nations et que, grâce à lui, soient “ plus nombreux les enfants de la femme délaissée ”, celle à qui l'on n'a enseigné ni la loi ni les prophètes, que ceux “ de la femme qui a un mari ”, la loi.
Le Logos parmi les nations
Mais quand, auparavant, le Logos était chez les Juifs, il n'y était pas dans les mêmes conditions que chez les nations ; aussi est-il dit que c'est dans une barque, c'est-à-dire dans son corps, “ qu'il est allé dans le pays désert, à l'écart ”, après la nouvelle du meurtre du prophète. Arrivé dans ce lieu désert, il s'y trouvait “ à l'écart ”, parce que sa parole y était isolée et que son enseignement allait à l'encontre des coutumes et des idées reçues parmi ces nations. Alors les foules de ces nations, apprenant que le Logos était venu habiter dans leur désert et qu'il s'y trouvait “ à l'écart ”, comme nous l'avons dit plus haut, vinrent se mettre à sa suite, quittant leurs propres cités, chacun abandonnant les coutumes superstitieuses de sa patrie et adhérant à la loi du Christ. Mais c'est à pied et non en barque qu'ils le suivaient, car c'est non pas avec leur corps, mais avec leur âme nue et leur libre arbitre, persuadé par le Logos, qu'ils suivaient l'image de Dieu. Et voilà que Jésus sort à leur rencontre, car ils ne sont pas capables de venir à lui, afin que, mêlé à ceux “ du dehors ”, il introduise ces gens “ du dehors ” à l'intérieur. Et elle est nombreuse cette foule “ du dehors ”, à la rencontre de laquelle sort le Logos de Dieu ; répandant sur elle la lumière de sa visite, il la vit et, les voyant davantage dignes de pitié, parce qu'il se trouvait au milieu de gens de cette sorte, lui, l'incapable de souffrance souffrit à cause de son amour pour les hommes, l'émotion le prenant aux entrailles, et non seulement il fut ému, mais aussi il guérit leurs malades atteints de maladies diverses et variées, venues du mal.
Les maladies de l'âme
Si tu veux voir de quel genre sont les maladies de l'âme, observe, je t'en prie, les avares, les orgueilleux, les pédérastes et quiconque est amateur de femmes, car c'est parce qu'il a vu ces gens-là parmi les foules et qu'il a été ému à leur sujet, qu'il les a guéris. Pourtant il ne faut pas considérer toute faute comme une maladie, mais seulement celle qui a attaqué la totalité de l'âme. C'est ainsi qu'on peut voir les avares tout entiers tendus vers l'argent, qu'ils veulent garder, entasser ; les orgueilleux vers la gloriole, car ils restent bouche bée en attendant la louange de la masse et du vulgaire. Tu raisonneras de la même manière à propos des autres maladies que nous avons nommées, et d'autres encore qui leur ressemblent. Or puisque, expliquant le passage : “ Il guérit leurs malades ”, nous avons dit que tout péché n'était pas une maladie, il vaut la peine de chercher dans l'Écriture des conseils concernant cette différence. De fait, l'Apôtre, s'adressant aux Corinthiens coupables de divers péchés, écrit : “ C'est pourquoi, parmi vous, beaucoup sont faibles et malades, et un assez grand nombre sont morts. ” Remarque en effet, dans ce texte, le “ et ” conjonction, qui lie, et entremêle les uns aux autres les différents péchés, si bien qu'il y a des faibles, d'autres, malades, sont plus que faibles, et les autres, différents des deux catégories précédentes, sont morts. Car ceux qui, à cause de l'impuissance de leur âme, se laissent glisser vers quelque faute, sans être totalement esclaves d'un genre de péché, comme le sont les malades, ne souffrent que de faiblesse. Ceux qui “ de toute leur âme, de tout leur cœur et de toute leur pensée ”, au lieu d'aimer Dieu, aiment l'argent, la gloriole, les femmes de mauvaise vie, les jeunes garçons, ceux-là sont atteints d'un mal plus grave que la faiblesse et sont malades. Mais ils sont morts ceux qui, alors qu'ils devraient être attentifs et vigilants spirituellement, ne le sont pas, par suite de leur extrême négligence, endorment leur libre arbitre et s'assoupissent dans leurs raisonnements ; ce sont eux qui, “ dans le délire du rêve, souillent la chair, méprisent la Seigneurie, blasphèment les Gloires ”. Ces gens-là, parce qu'ils dorment demeurent, en face de la réalité, au milieu de phantasmes vains et semblables à des rêves, rejettent le vrai de l'état de veille et se laissent tromper par ces vains phantasmes. C'est d'eux qu'il est aussi question chez Isaïe, dans ce passage : “ De même que celui qui a soif rêve qu'il boit et se réveille avec la soif, car son âme a placé son espérance dans ce qui est vide, ainsi en sera-t-il de la richesse de toutes les nations, de ceux qui ont attaqué Jérusalem. ” Bien qu'on ait pu regarder comme une digression cette explication sur les différences entre faibles, malades et morts, appuyée sur le texte de l'Apôtre, dans l'Épître aux Corinthiens, que nous avons cité, nous avons fait cette digression parce que nous voulions démontrer quelle signification spirituelle on pouvait donner à ces mots : “ Et il guérit leurs malades. ”
On ne peut manger le pain qu'après avoir été guéri
Après cela, la Parole dit que le soir étant venu, ses disciples s'approchèrent de lui et dirent : “ L'endroit est désert et l'heure déjà avancée : congédie donc les foules pour qu'elles aillent dans les villages et s'achètent de quoi manger. ”
Remarque tout d'abord que, sur le point de donner les pains de bénédiction à ses disciples, pour qu'ils les servent aux foules, “ il a guéri leurs malades ”, afin que, une fois en bonne santé, ils eussent leur part de ces pains de bénédiction : car ceux qui sont encore malades ne sont pas capables de recevoir les pains de bénédiction de Jésus. Mais en outre, si quelqu'un, au lieu d'écouter la parole : “ Que chacun s'éprouve soi-même ” et qu'ainsi préparé “ il mange de ce pain ” et la suite, néglige cet avertissement et, dans l'état où il se trouve, prend part au pain et à la coupe du Seigneur, il devient faible ou malade, ou bien même, étourdi pour ainsi dire par la puissance de ce pain, il meurt.
ORIGÈNE
COMMENTAIRE SUR L'ÉVANGILE SELON MATTHIEU
LIVRE XI
IV. LA PREMIÈRE MULTIPLICATION DES PAINS (Matth. 14, 15-21)
Chap. 1. Les disciples veulent que Jésus congédie la foule
— 2. Les cinq pains et les deux poissons
— 3. Les hommes, les enfants et les femmes La place des convives de la multiplication des pains
V. LA NAVIGATION SUR LE LAC (Matth. 14, 22-36)
Chap. 4. La foule et les disciples
— 5. Jésus nourrit la foule avant de la congédier
Jésus est le compagnon de navigation
Nécessité des épreuves
— 6. L'épreuve est réservée à qui peut la porter
Cette traversée c'est la vie chrétienne
— 7. Cette traversée c'est la vie chrétienne (suite)
Guérisons dans le pays d'en face
VI. CONTROVERSE DE JÉSUS AVEC LES PHARISIENS ET LES
SCRIBES AU SUJET DE LA TRADITION DES ANCIENS
(Matth. 15, 1-20)
Chap. 8. À quel moment se situe cette controverse ? Reproches adressés aux disciples par les pharisiens et les scribes
— 9. Reproches de Jésus aux pharisiens et aux scribes
Le “ Corban ”
C'est une violation de la loi divine
Charité, justice et pureté d'intention
— 10. La malédiction à l'égard des parents
Tradition et commandement divin
— 11. Le livre est scellé pour les Juifs
Les Juifs ont perdu sagesse et prophétie
— 12. La morale de l'intention
— 13. Scandale et aveuglement des pharisiens
— 14. Le Dieu de l'évangile est-il différent de celui
de la loi ?
La lettre et l'esprit de la loi
Les aliments qui sanctifient
— 15. La souillure du cœur
VII. JÉSUS AU PAYS DE TYR ET DE SIDON (Matth. 15, 21-28)
Chap. 16. Pourquoi Jésus a-t-il quitté Génésareth ? Approche mutuelle de Jésus et de la Chananéenne
— 17. Diversité des gens qui approchent de Jésus Les enfants et les petits chiens.