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VII. JÉSUS AU PAYS DE TYR ET DE SIDON

 

Pourquoi Jésus a-t-il quitté Génésareth ?

 

Puis Jésus quitta ces lieux et se relira dans la région de Tyr et de Sidon. Et voici qu'une femme, une Chananéenne..

 

Quel pays a-t-il quitté, sinon la terre de Génésareth dont il a été question plus haut : “ Et, après la traversée, ils vinrent dans la terre de Génésareth ” ? Peut-être est-il parti parce que les pharisiens se scandalisaient en l'entendant dire que “ ce n'était pas ce qui entrait, mais ce qui sortait qui souillait l'homme ”. Mais qu'il lui soit arrivé, parfois, de s'en aller à cause de ceux qu'il soupçonnait de comploter contre lui, c'est prouvé par les mots : “ Ayant appris que Jean avait été livré, il se retira en Galilée. ” C'est peut-être la raison pour laquelle Marc, lui aussi, quand il rédige ce récit, dit : “ Jésus se leva et partit pour la région de Tyr. Une fois entré dans la maison, il voulut que personne ne le sût. ” Ce sont vraisemblablement les pharisiens, scandalisés par son enseignement, qu'il fuyait, car il attendait, pour souffrir, le moments plus favorable et fixé de manière précise. Quelqu'un dira peut-être que Tyr et Sidon ont été choisies pour signifier les nations ; ainsi il se retire d'Israël pour venir dans le pays des nations. Or, quand on parle de Tyr chez les Hébreux, on dit : “ Sor ”, qui signifie “ Rassemblement ”. De même le nom hébreu de Sidon se traduit par : “ Chasseurs ”. C'est bien parmi les nations qu'il y a les “ chasseurs ”, les puissances mauvaises, et chez elles se rassemblent en grand nombre les gens qui vivent dans le mal et les passions. Ayant donc quitté Génésareth, Jésus s'est retiré d'Israël, et il est venu, non pas à Tyr et à Sidon, mais dans “ une partie ” du pays de Tyr et de Sidon, parce que pour l'instant les gens de ces nations croient “ en partie ” seulement, car, s'il avait pénétré totalement Tyr et Sidon, personne n'y serait demeuré incroyant. Selon Marc, “ Jésus, s'étant levé, entra dans la région de Tyr, “le rassemblement des nations ”, afin que, parmi les gens de ce territoire, ceux qui croyaient pussent être sauvés quand ils en seraient sortis. Prête attention en effet aux mots : “ Voici qu'une femme, une Chananéenne, sortant de ces territoires ”, poussa des cris en disant : “ Pitié pour moi, Seigneur, Fils de David ; ma fille est mise à mal par un démon. ” Et, à mon avis, si elle n'était pas sortie de ces territoires, elle n'aurait pas pu pousser, à l'adresse de Jésus, ces cris jaillis “ d'une grande foi ”, comme il en a témoigné. Et “ selon la proportion de sa foi ”, on sort du territoire des nations, que “ le Très-Haut, quand il a divisé les nations, a établies au nombre des fils d'Israël ”, leur interdisant de le dépasser.

 

Approche mutuelle de Jésus et de la Chananéenne

 

D'ailleurs ici il est question des territoires de Tyr et de Sidon, alors que, dans l'Exode, il s'agit des territoires de Pharaon, dans lesquels, est-il dit, se produisent les fléaux contre les Égyptiens. Et il faut sûrement croire que chacun d'entre nous, quand il est pécheur, se trouve dans le territoire de Tyr ou de Sidon, ou du Pharaon et de l'Égypte, ou bien de n'importe quel pays étranger à l'héritage de Dieu, mais que, quand il quitte le mal, faisant retour à la vertu, il sort de ces territoires où règne le péché, et se hâte vers les territoires qui sont la part de Dieu, qui d'ailleurs ne sont pas tous semblables, comme le verront ceux qui sont capables d'établir un rapprochement entre ce qui est du partage et de l'héritage d'Israël et la loi spirituelle. Remarque aussi cette sorte de marche de Jésus à la rencontre de la femme de Chanaan : car il semble se diriger vers la région de Tyr et de Sidon, quand “sortie de ces territoires, elle pousse des cris et dit : “ Pitié pour moi, Seigneur, Fils de David. ” Elle était Chananéenne, mot qui se traduit par “ disposée à l'avilissement ”. Les justes sont disposés au royaume des cieux et à l'élévation dans le royaume de Dieu, mais les pécheurs sont disposés à l'avilissement de leur méchanceté et des actions qu'elle leur fait commettre — car ils s'y disposent eux-mêmes — ainsi que du péché qui règne “ dans leur corps de mort ”. Cependant la Chananéenne, en quittant ces territoires, quittait cette disposition à l'avilissement, quand elle poussait des cris et disait : “ Pitié pour moi, Seigneur, Fils de David. ”

 

Diversité des gens qui approchent de Jésus

 

Recherche en les confrontant, dans les évangiles, quels sont ceux qui le nomment “ fils de David ”, comme cette femme et les aveugles de Jéricho, ceux qui le nomment “ fils de Dieu ”, d'ailleurs sans ajouter “ vraiment ”, comme les possédés qui lui disent : “ Qu'avons-nous de commun avec toi, fils de Dieu ? ” et ceux qui ajoutent “ vraiment ”, comme ceux qui, dans la barque, l'adorent et lui disent : “ Tu es vraiment le fils de Dieu. ” Car je crois à l'utilité de cette confrontation pour que tu voies les différences entre ceux qui approchent Jésus : ceux qui viennent à lui comme à l'être “ né de la race de David, selon la chair ”, ceux qui voient en lui un être “ établi fils de Dieu dans la puissance et selon l'esprit de sainteté ”, et, parmi eux, ceux qui ajoutent “ vraiment ” et ceux qui ne le font pas. Remarque ensuite que la Chananéenne le supplie, non pas pour son fils — il n'apparaît pas du tout qu'elle en ait un —, mais pour sa fille mise à mal par un démon, tandis qu'une autre mère, qui va ensevelir son fils, le reçoit plein de vie”. De son côté le chef de la synagogue prie pour sa fille de douze ans, qui, dit-il, est morte, et l'officier royal pour son fils, disant qu'il est encore malade et va mourir. Donc la fille possédée et le fils mort avaient tous deux leur mère, tandis que la fille morte et le fils malade à en mourir étaient les enfants de deux pères, dont l'un était chef de la synagogue et l'autre officier royal. Je suis persuadé que ces détails contiennent des enseignements sur les différentes sortes d'âmes que Jésus soigne en leur donnant la vie. Et toutes les guérisons que Jésus accomplit parmi le peuple, comme les évangélistes les ont racontées, ont eu lieu à ce moment-là, surtout pour que ceux qui “ ne croient que s'ils voient des signes et des prodiges ” eussent la foi ; mais les événements de cette époque étaient le symbole de ce qui est chaque fois réalisé par la puissance de Jésus. Car il n'y a pas d'époque où ce qui est écrit ne se réalise pas, en tous points, grâce à la puissance de Jésus et selon le mérite de chacun.

 

Les enfants et les petits chiens

 

Or, de par sa race, la Chananéenne ne méritait même pas une réponse de la part de Jésus, qui confesse que “ son Père ne l'a envoyé qu'aux brebis perdues de la maison d'Israël ”, à la race perdue des âmes clairvoyantes. Mais, en raison de son libre arbitre et parce qu'elle s'est prosternée devant Jésus, Fils de Dieu, elle obtient une réponse qui lui révèle sa naissance indigne et lui montre ce qu'elle vaut, car elle ne méritait que des miettes, comme un petit chien, et non des pains. Mais, quand elle tend sa libre volonté et accepte la parole de Jésus, qu'elle réclame d'avoir droit au moins aux miettes, comme un petit chien, car elle reconnaît comme ses maîtres ceux qui sont de race supérieure, elle obtient alors une deuxième réponse qui rend témoignage à la grandeur de sa foi et lui promet l'accomplissement de ce qu'elle veut. C'est par analogie, à mon avis, avec la “ libre Jérusalem d'en-haut ”, mère de Paul et de ses semblables, qu'il faudra comprendre la Chananéenne, mère d'une fille mise à mal par le démon, représentant la mère de toute âme ainsi éprouvée. Et demande-toi s'il est déraisonnable qu'il y ait beaucoup de pères et beaucoup de mères qui ressemblent aux pères d'Abraham, vers lesquels s'en allait le patriarche, et à la Jérusalem Mère, pour reprendre les mots de Paul parlant de lui-même et de ses semblables.

Sans doute cette mère, que représente la Chananéenne, est-elle sortie des territoires de Tyr et de Sidon, dont la situation géographique était symbolique, s'est approchée du Sauveur et l'a supplié et le supplie encore en ces termes : “ Pitié pour moi, Seigneur, Fils de David : ma fille est mise à mal par un démon. ” Ensuite, s'adressant à la fois à ceux du dehors et aux disciples, au moment nécessaire, il répondit : “ J'ai été envoyé...”, nous apprenant qu'il y a des âmes d'élite, intelligentes et clairvoyantes, qui sont perdues, représentées par les brebis de la Maison d'Israël, et je pense que les gens trop simplistes, croyant que ces termes s'appliquent à “ l'Israël selon la chair ”, se verront contraints d'admettre que notre Sauveur n'a été envoyé par son Père qu'à ces Juifs perdus. Mais nous, qui nous flattons de dire en toute vérité : “ Bien qu'autrefois nous ayons connu le Christ selon la chair, maintenant au contraire nous ne le connaissons plus ainsi ”, nous savons que la tâche principale du Logos est de sauver les âmes les plus pénétrantes ; en effet elles se trouvent dans une plus grande familiarité avec lui que celles dont la vue est plus faible. Mais puisque “ les brebis perdues de la maison d'Israël ”, excepté “ le reste, selon l'élection de la Grâce ”, ont refusé de croire au Logos, il a choisi pour cette raison “ ce qu'il y a de fou dans le monde ”, les gens étrangers à Israël, les non-clairvoyants, “ pour confondre les sages d'Israël ”, et “ ce qui n'est pas ”, il l'a appelé race à l'esprit pénétrant, lui livrant ce qui lui était accessible, “ la folie du message ”, et consentant à sauver ceux qui y croiraient, afin de confondre “ ce qui est ”, “ se ménageant la louange sur les lèvres des enfants et des nourrissons ”, puisque les autres sont devenus ennemis de la vérité.

La Chananéenne vint donc se prosterner devant Jésus, en tant que Dieu, et dit : “ Seigneur, viens à mon aide. ” Et il lui répondit : “ Il n'est pas permis de prendre le pain des enfants et de le jeter aux petits chiens. ” On pourra se demander aussi ce que signifie cette parole : car qu'il y ait eu une quantité mesurée de pains, si bien qu'il était impossible d'en nourrir à la fois les enfants et les petits chiens de la maison, ou qu'il se soit agi de pains de luxe soigneusement préparés, si bien qu'il n'était pas raisonnable de donner à manger aux petits chiens les pains des enfants préparés luxueusement, il s'agit d'hypothèses inexactes, étant donné la puissance de Jésus, capable de donner leur part aussi bien aux enfants qu'à ceux que le texte nomme les petits chiens. Considère donc si, pour expliquer ces mots : “ Il n'est pas permis de prendre le pain des enfants ”, il faut dire que “ celui qui s'est anéanti en prenant la forme d'un esclave ” n'a emporté qu'une quantité mesurée de puissance, conforme à la capacité des réalités de ce monde ; et quand une part de cette puissance sortait de lui, il s'en apercevait, comme le prouve le passage : “ Quelqu'un m'a touché ; j'ai senti en effet qu'une puissance était sortie de moi ”. ” Il ménageait donc cette quantité mesurée de puissance, donnant davantage aux âmes d'élite désignées sous le nom de fils, et moins aux autres qui n'avaient pas cette qualité, comme de petits chiens. Mais bien qu'il en fût ainsi, néanmoins là où il trouva une grande foi, il donna le pain des enfants, comme à un enfant, à celle qui, par sa naissance inférieure en Chanaan, se trouvait être un petit chien. Peut-être aussi que, parmi les paroles de Jésus, il y a des pains qu'il n'est permis de donner qu'aux plus spirituels, car ce sont les enfants, et d'autres paroles, semblables aux miettes du grand festin, tombées de la table des gens de naissance supérieure et des maîtres, laissées à la disposition de certaines âmes, car elles sont les chiens. Il est écrit aussi dans la loi de Moïse, au sujet de certains aliments, qu'il faut les jeter “ au chien ”, car l'Esprit-Saint a eu soin d'ordonner que certaines nourritures fussent abandonnées aux chiens.

Que d'autres conjecturent, étrangers qu'ils sont à la doctrine de l'Église, que les âmes passent des corps des hommes dans des corps de chiens, selon leur méchanceté diverse ! Pour nous, qui ne découvrons d'aucune manière cette pensée dans l'Écriture divine, nous disons qu'il y a un passage de la condition des plus spirituels à celle des moins spirituels, et qu'on le subit quand on est trop insouciant et négligent ; il arrive de même qu'une volonté libre qui est non spirituelle, parce qu'elle a négligé le Logos, redevient spirituelle par sa conversion, comme celui qui a été un petit chien, se contentant de “ manger des miettes qui tombaient de la table de ses maîtres ”, parvient à la condition d'enfant. Car la vertu contribue grandement à faire de nous des enfants de Dieu, mais le mal, la fureur des paroles violentes et l'impudence, à nous faire traiter de chiens, selon la parole de l'Écriture. Et tu interpréteras de la même manière les autres noms empruntés aux êtres privés de raison. Cependant celui à qui l'on reproche d'être un chien, qui ne s'indigne pas de s'entendre juger indigne du pain des enfants et, avec une totale résignation, prononce la parole de cette Chananéenne qui disait : “ Oui, Seigneur ; mais les petits chiens mangent les miettes qui tombent de la table de leurs maîtres ”, obtiendra la réponse la plus réconfortante, quand Jésus lui dira : “ Grande est ta foi ”, et accueillera une telle foi en déclarant : “ Qu'il soit fait comme tu le désires ” ; et ainsi lui-même sera guéri et, s'il a donné naissance à quelque fruit qui réclame la guérison, celui-ci à son tour se verra donner des soins.

 

VIII. LES FOULES SUR LA MONTAGNE

 

Les foules conduisent leurs malades à Jésus

 

Et Jésus s'éloigna de ce lieu — évidemment celui dont il a été dit plus haut qu'il faisait partie du territoire de Tyr et de Sidon —, il vint au bord de la Mer de Galilée que l'on nomme habituellement lac de Genesaris, de nouveau il gravit la montagne, et, une fois en haut, il s'assit.

 

On peut dire que cette montagne où Jésus est assis, ce ne sont pas seulement les bien-portants qui la gravissent, mais aussi, accompagnant les bien-portants, ceux qui souffrent de diverses infirmités. Et peut-être cette montagne, que Jésus a gravie et où il est assis, est-elle ce que l'on nomme plus communément l'Église, qui a été élevée dans les hauteurs, grâce au Logos de Dieu, au-dessus du reste de la terre et de ceux qui l'habitent ; là se rendent non pas les disciples, car ils ont abandonné les foules comme dans l'épisode des Béatitudes, mais des foules en grand nombre, dont le texte ne dit pas qu'elles soient elles-mêmes sourdes ou affligées de quelque infirmité, mais qui ont en leur compagnie des infirmes. Et en effet on peut voir, accompagnant ces foules qui gravissent la montagne où est assis le fils de Dieu, des gens devenus sourds à la proclamation de la parole, d'autres dont l'âme est aveuglée et qui ne voient pas la “ vraie lumière ”, des boiteux incapables de marcher selon la raison, et des estropiés incapables de travailler selon la raison. Donc tant que ces gens, affligés de ces infirmités dans leur âme et qui, avec les foules, gravissent la montagne où était Jésus, se trouvent loin “ des pieds de Jésus ”, ils ne sont pas guéris par lui ; mais quand, parce qu'ils sont affligés de telles infirmités, les foules les déposent à ses pieds, c'est-à-dire aux extrémités du corps du Christ, bien qu'ils en soient indignes par eux-mêmes, alors il les guérit.

 

Dans l'Église aussi s'opèrent les guérisons

 

Et quand tu vois, dans l'assemblée de ce qu'on nomme plus communément l'Église, rejetés derrière les derniers membres de cette Église, comme aux pieds du corps de Jésus, les catéchumènes qui se présentent, chacun avec sa surdité, son aveuglement, sa claudication, sa difformité, et qui, avec le temps, sont guéris conformément à la parole (de Jésus), tu n'aurais pas tort de dire que de tels hommes, après avoir gravi, avec les foules de l'Église, la montagne où était Jésus, ont été jetés à ses pieds, soignés par lui, si bien que la foule de l'Église s'émerveille devant une telle amélioration dans de si graves infirmités, et pourrait dire : “ Ceux qui, autrefois, étaient sourds-muets disent la parole de Dieu et les boiteux marchent ”, car elle s'accomplit non seulement dans ce qui est du corps mais aussi dans ce qui est de l'esprit, la prophétie d'Isaïe qui dit : “ Alors le boiteux bondira comme un cerf et la langue des muets sera déliée. ” Et si ce n'est pas par hasard que, dans ce texte, nous trouvons les mots : “ Le boiteux bondira comme un cerf ”, nous dirons qu'elle n'est pas inutile la comparaison entre le cerf, l'animal pur et ennemi des serpents, qui ne peut pas souffrir de leur venin, et ceux qui ont été autrefois boiteux et, grâce à Jésus, bondissent comme un cerf. Elle s'accomplit aussi, dans la mesure où l'on voit que les sourds-muets parlent, la prophétie qui dit : “ Et la langue des muets se déliera ”, ou mieux encore celle qui déclare : “ Vous, les sourds, entendez. ” Puis les aveugles voient, conformément à la prophétie qui, après avoir dit : “ Vous, les sourds, entendez ”, ajoute : “ Vous, les aveugles, recouvrez la vue et voyez. ” Et ils voient, les aveugles, quand, à la vue du monde, “ d'après la grandeur de la beauté des créatures, par analogie avec elles, ils contemplent leur auteur ”, et quand “ ils discernent ce qui de lui (Dieu) est invisible depuis la création du monde et qui est perçu grâce à ses œuvres ”, ce qui signifie que, grâce à leur attention, ils voient et comprennent clairement.

 

L'admiration des foules

 

“ À cette vue, les foules glorifiaient le Dieu d'Israël ”, et elles le glorifient dans la conviction que le Père de celui qui a guéri les gens dont nous venons de parler est le même Dieu que le Dieu d'Israël ; car “ il n'est pas seulement le Dieu des Juifs, mais aussi celui des nations ”. Faisons donc gravir, avec nous, la montagne ou Jésus est assis — son Église — à ceux qui veulent y monter avec nous, sourds-muets, aveugles, boiteux, estropiés et beaucoup d'autres, et déposons-les aux pieds de Jésus, pour qu'il les guérisse et que les foules éprouvent de l'admiration devant ces guérisons. Car il n'est pas écrit qu'une telle admiration soit le fait des disciples, bien qu'ils soient, à ce moment-là aussi, près de Jésus, comme le prouvent les mots : “ Jésus appela ses disciples et leur dit : J'ai pitié de la foule... ” et la suite

 

Les diverses manières de rejoindre Jésus

 

Peut-être que, si tu prêtais attention à ce texte . “ Des foules vinrent à lui en grand nombre ”, tu découvrirais que les disciples ne sont pas venus à lui à ce moment-là, mais qu'il y avait longtemps qu'ils s'étaient mis à sa suite et qu'ils l'accompagnèrent aussi sur la montagne Ceux qui l'y ont rejoint, ce sont des gens inférieurs aux disciples, qui alors, pour la première fois, viennent à lui, sans souffrir des mêmes maux que les infirmes qui les ont accompagnes dans la montée Observe, dans l'Évangile, quels sont, selon le texte, les anciens compagnons de Jésus, ceux qui l'ont rejoint, ceux qu'on lui a amenés, ceux parmi lesquels il faut distinguer des gens qui l'ont précédé et d'autres qui l'ont suivi et, parmi ceux qui l'ont rejoint, qui l'a rejoint dans sa maison, qui l'a rejoint alors qu'il se trouvait ailleurs. Ces recherches en effet te permettraient de nombreuses découvertes, dans la confrontation “ des sens spirituels avec d'autres sens spirituels ”, découvertes bien dignes de la sagesse si minutieuse des évangiles.

 

Comparaison entre les deux multiplications des pains

 

19. Jésus appela ses disciples et leur dit...

 

Plus haut, à propos de l'épisode des pains semblable à celui-ci, et avant cet épisode, “ Jésus, ayant débarqué, vit une foule nombreuse, fut pris de pitié pour elle et guérit leurs malades. Le soir venu, les disciples vinrent à lui et lui dirent : L'endroit est désert et l'heure déjà avancée : congédie-les ”, et la suite ; mais ici, après la guérison des sourds-muets et des autres infirmes, il a pitié de la foule qui est restée trois jours avec lui et n'a pas de quoi manger. Dans l'autre passage, ce sont les disciples qui le supplient en faveur des cinq mille, ici il parle de lui-même des quatre mille. La première foule est nourrie le soir, après avoir passé la journée avec lui, ceux-ci, qui, sur son témoignage, “ sont restés trois jours avec lui ”, reçoivent du pain “ de peur qu'ils ne défaillent en route ”. La première fois, les disciples lui disent qu'“ ils n'ont que cinq pains et deux poissons ”, sans qu'il les interroge, ici il les interroge et ils répondent qu'ils ont “ sept pains et quelques petits poissons ”. La première fois, il ordonne aux foules de “ s'étendre ” et non de “ se laisser tomber ” sur l'herbe ; Luc lui aussi a écrit en effet : “ Étendez-vous ”, et Marc dit qu'“ il leur commanda à tous de s'étendre ” ; ici il ne donne aucun ordre mais “ il invite la foule à se laisser tomber (à terre) ”. La première fois également c'est dans les mêmes termes que les trois évangélistes disent qu'“ ayant pris les cinq pains et les deux poissons, il leva les yeux au ciel et les bénit ” ; ici, selon le texte de Matthieu et celui de Marc, “ Jésus rendit grâces et les rompit ”. La première fois, ils s'étendent sur l'herbe, ici ils se laissent tomber à terre. À toi de rechercher, à propos de ces récits, les changements opérés par Jean, qui, au sujet de la première scène, a écrit que “ Jésus dit : Faites que les gens se laissent tomber à terre ” et que, “ ayant rendu grâces, il donna à ceux qui étaient étendus, des morceaux de pain ” ; quant à la dernière scène, il l'a totalement passée sous silence.

 

Supériorité de la seconde foule sur la première

 

L'étude des différences entre les textes, qui concernent les pains, m'amène à penser que la dernière foule est supérieure à la première : c'est la raison pour laquelle elle est nourrie sur la montagne, l'autre dans un endroit désert, que ces gens sont restés trois jours avec Jésus, les autres un seul, au soir duquel ils ont été nourris. En outre, puisque le geste accompli spontanément par Jésus n'est pas le même que celui qu'il exécute, sur la demande des disciples, examine s'ils ne sont pas supérieurs, ceux qui ont reçu les bienfaits de Jésus qui les nourrit spontanément pour leur témoigner sa bienfaisance. Si, selon Jean, les pains dont il resta douze couffins étaient des pains d'orge et si rien de semblable n'est dit à propos des derniers, comment ne seraient-ils pas meilleurs que les premiers ? De la première foule, il guérit les malades, ici il guérit ceux qui accompagnent la foule et qui ne sont pas malades, mais aveugles, boiteux, sourds-muets, estropiés : aussi les quatre mille admirent-ils, alors qu'à propos des malades, rien de semblable n'a été dit. Ils sont supérieurs, à mon avis, ceux qui ont mangé des sept pains sur lesquels l'action de grâces a été prononcée, en comparaison de ceux qui ont mangé des cinq pains bénits ; de même ceux qui ont mangé de quelques petits poissons ; en comparaison de ceux qui ont mangé des morceaux des deux poissons, peut-être également ceux qui “ se sont laissés tomber à terre ”, en comparaison de ceux qui “ se sont étendus sur l'herbe ”. Les premiers, alors qu'il y avait moins de pains, en ont laissé douze couffins, ceux-ci, à partir d'un plus grand nombre, sept corbeilles, parce qu'ils étaient capables de recevoir davantage et des dons supérieurs. Peut-être aussi que les derniers ont gravi toutes les collines de terre pour s'y laisser tomber, les autres n'étant que “ sur l'herbe ”, uniquement sur leur propre chair, “ car toute chair est de l'herbe ”. Remarque en outre que Jésus ne veut pas congédier les derniers à jeun, de peur qu'ils ne défaillent, car ils seraient privés des pains de Jésus, et que, encore en marche vers leur “ demeure ” ils ne soient en détresse. Note les passages où il est question de congé de la part de Jésus, pour voir les différences entre ceux qu'il a congédiés, après les avoir nourris, et ceux qu'il a congédiés dans d'autres circonstances ; un exemple de quelqu'un qui a été congédié dans d'autres circonstances, c'est le passage : “ Femme, tu es ' congédiée ' de ta maladie. ” Par ailleurs, les disciples, ses habituels compagnons, Jésus ne les congédie pas, ce sont les foules qui ont mangé qu'il congédie. De la même manière les disciples, sans aucun mépris à l'égard de la Chananéenne, disent : “ Congédie-la, car elle crie derrière nous ”, mais il n'apparaît nullement que le Sauveur la congédie ; car il lui dit : “ Femme, grande est ta foi ; qu'il soit fait pour toi, comme tu le désires ”, il guérit sa fille “ à l'heure même ”, sans que pour autant le texte dise qu'il l'ait congédiée.

 

Voilà tout ce que notre étude sur les pages qui nous occupent nous a permis, pour l'instant, de découvrir.

 

 

 

ORIGÈNE

 

HOMÉLIES SUR Saint LUC

 

 

 

DÉBUT DU PROLOGUE COMPOSÉ PAR LE BIENHEUREUX JÉRÔME, PRÊTRE, POUR LES HOMÉLIES D'ORIGÈNE SUR L'ÉVANGILE DE LUC

 

Jérôme, à Paule et à Eustochium.

 

Il y a quelques jours, vous m'avez dit avoir lu certains commentaires sur Matthieu et Luc : dans le premier, la pensée, tout comme le style, manquait de mordant ; le second jonglait avec les mots tandis que les idées en étaient somnolentes. Aussi, méprisant pareilles fadaises, m'avez-vous demandé de traduire au moins le texte grec des 39 homélies sur Luc de notre cher Adamante. Entreprise désagréable et pareille à la torture que d'écrire en suivant le goût d'un autre et non le sien propre, comme le dit Cicéron. Je vais cependant tout de suite entreprendre cette tâche, puisque vous ne me demandez pas un travail trop au-dessus de mes moyens. Dire qu'autrefois, à Rome, notre sainte amie Blaesilla m'avait demandé de traduire dans notre langue les 26 tomes d'Origène sur Matthieu, les 5 sur Luc et les 32 sur Jean ! Mais cette œuvre, vous le savez bien, ne correspondait ni à mes forces, ni au temps dont je disposais, ni à mes possibilités de travail. Vous voyez tout ce que peuvent sur moi votre influence et vos désirs. J'ai un peu laissé de côté mes livres des Questions Hébraïques, pour dicter la traduction de cet ouvrage, que vous jugez utile, quel qu'il soit, qui n'est pas de moi mais d'un autre, d'autant que j'entends les croassements d'un corbeau de mauvais augure qui se pare de façon étrange du coloris de tous les oiseaux quand de lui-même il est tout ténébreux. J'avoue d'ailleurs, devançant les critiques de ce personnage, qu'Origène, dans ces homélies, est comme un enfant qui joue aux osselets ; autrement sérieuses sont les œuvres de sa maturité et de sa vieillesse.

Si je le trouve bon, si j'en ai la possibilité et si le Seigneur me permet de traduire en latin ces dernières œuvres, après avoir achevé l'ouvrage interrompu, vous pourrez voir, ou mieux par vous la langue romaine connaîtra combien de richesses elle a jusqu'ici ignorées, combien de richesses elle commence maintenant à découvrir. J'ai décidé, de plus, de vous faire parvenir dans quelques jours les commentaires sur Matthieu rédigés l'un par Hilaire, écrivain très brillant, et l'autre par le bienheureux Victorinus, le martyr, chacun dans un style différent mais sous l'inspiration du même Esprit. Ainsi vous n'ignorerez pas quelle ardeur les nôtres ont également dépensée jadis pour étudier l'Écriture Sainte.

Fin du Prologue.

Début des homélies d'Origène sur Luc, au nombre de 39, traduites par Eusèbe-Jérôme, prononcées le dimanche.

 

Début de la première homélie.

 

 

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