Luc I, 5-25. Annonce à Zacharie
« Il y eut, aux jours d'Hérode roi de Judée, un prêtre nommé Zacharie, de la classe d'Abia, et son épouse était de la lignée d'Aaron et se nommait Élisabeth ; et tous deux étaient justes, se conduisant selon tous les commandements et prescriptions du Seigneur, sans reproche. »
L'Écriture divine nous apprend que chez ceux qui méritent l'éloge il convient de louer non seulement leurs mœurs, mais encore leurs parents : ainsi est-ce à la manière d'un héritage transmis qu'une pureté sans tache distinguera ceux que nous voulons célébrer. De fait, à quoi vise en cet endroit l'évangéliste sacré ? Ne veut-il pas revendiquer pour S. Jean-Baptiste la noblesse des parents, des prodiges, de la vie, de la fonction, du martyre ? C'est ainsi qu'est célébrée Anne, mère de Samuel le saint, qu'Isaac a reçu de ses parents la noblesse de la piété, puis l'a léguée à ses descendants.
Donc Zacharie est prêtre, et non seulement prêtre, mais encore de la classe d'Abia, ce qui le distingue parmi les plus anciennes familles. « Et son épouse, est-il dit, était de la lignée d'Aaron. » Ce n'est donc pas seulement à ses parents, mais à ses ancêtres mêmes que remonte la noblesse de S. Jean, non pas rehaussée par le pouvoir de ce monde, mais vénérable par un lignage religieux. Il fallait de tels ancêtres au héraut du Christ : ainsi prêcherait-il, non pour l'avoir soudain conçue, mais comme l'ayant reçue de ses ancêtres, comme infuse par droit de naissance, la foi en la venue du Seigneur.
« Ils étaient tous deux justes, se conduisant selon tous les commandements et prescriptions du Seigneur, sans reproche. » Que répliqueront à cela ceux qui, cherchant excuse à leurs péchés, pensent que l'homme ne peut demeurer sans pécher fréquemment, et utilisent ce verset, qui est écrit en Job : « Personne n'est exempt de souillure, pas même s'il n'a qu'un jour de vie ; et sur terre il a encore de longs mois à passer » (Job, XIV, 4, Septante) ? Voici comment leur répondre : d'abord qu'ils précisent ce que veut dire être sans péché ; est-ce n'avoir absolument jamais péché, ou avoir cessé de pécher ? S'ils pensent qu'être sans péché, c'est avoir cessé de pécher, je suis de leur avis, car « tous ont péché et ont besoin de la gloire de Dieu » (Rom., III, 23). Mais s'ils nient qu'ayant corrigé ses anciens égarements pour passer à un genre de vie où l'on évite le péché, on puisse s'abstenir de manquements, je ne saurais me ranger à leur opinion ; car nous lisons que « le Seigneur a aimé l'Église au point de se la présenter glorieuse, sans tache ni ride ni rien de semblable, mais sainte et immaculée » (Éphés., V, 25, 27). Car l'Église étant recrutée parmi les Gentils, donc parmi les pécheurs, comment, faite de souillés, peut-elle être immaculée, sinon parce que d'abord la grâce de Dieu l'a purifiée du péché, puis parce que, s'imposant une vie sans péché, elle se préserve des fautes ? Ainsi elle n'est pas dès le début sans tache — c'est chose impossible à la nature humaine — mais par la grâce de Dieu et par son genre de vie, ne péchant plus, elle en vient à apparaître sans tache.
Et ce n'est pas sans raison qu'on les dit « justes devant Dieu, se conduisant selon les commandements et prescriptions du Seigneur », ce qui implique le Père tout-puissant et le Fils. C'est le Fils qui a porté la Loi, imposé les préceptes : à son tour le saint évangéliste le déclare.
Et il est à propos de dire « justes devant Dieu » : car ceux qui sont justes devant l'homme ne sont pas tous également justes devant Dieu. Autre est le regard des hommes, autre celui de Dieu ; les hommes voient le visage, Dieu le cœur (I Sam., XVI, 7, Septante). Aussi peut-il arriver que tel, qui brigue les bonnes grâces du populaire, me paraisse juste et ne le soit pas devant Dieu, si sa justice n'est pas le fait d'une âme simple, mais est feinte par adulation : ce qui s'y cache, l'homme ne peut le démêler. Le parfait mérite est donc d'être juste devant Dieu, ce qui fait dire à l'Apôtre : « Sa louange ne vient pas des hommes, mais de Dieu. » (Rom., II, 29.) Heureux vraiment celui qui aux yeux de Dieu est juste ; heureux celui de qui le Seigneur daigne dire : « Voici un véritable Israélite, en qui il n'y a pas de dissimulation » (Jn, I, 47) : car le véritable Israélite est celui qui voit Dieu, qui sait que Dieu le voit et qui lui dévoile les secrets de son cœur. On n'est vraiment parfait que si l'on est reconnu par Celui qui ne peut être trompé ; car « les jugements du Seigneur sont vrais » (Ps. 18, 9) et les jugements des hommes souvent sont erronés, au point qu'ils attribuent souvent aux injustes le mérite de la justice, tandis que le juste est poursuivi de leur haine ou sali de leur mensonge. « Le Seigneur, Lui, connaît les voies des hommes sans tache » (Ps. 36, 18) ; II ne prend pas pour un pécheur celui qui est louable, ni pour louable le pécheur, mais juge chacun à la mesure des mérites qui lui appartiennent ; II apprécie à la fois la pensée et l'acte. Les jugements divins mesurent le mérite du juste aux dispositions de son âme, non au résultat tel quel de ses actes ; car souvent la bonne intention est défigurée en aboutissant à un acte répréhensible, tandis qu'une pensée mauvaise est voilée par la belle apparence d'un acte. Mais le bien même que vous aurez pu faire, le jugement divin, si votre calcul était pervers, ne saurait l'approuver ; car il est écrit : « À juste titre vous poursuivez ce qui est juste » (Deut., XVI, 20) ; or, s'il n'était pas possible de faire injustement acte juste, on n'eût jamais dit : « À juste titre vous poursuivez ce qui est juste. » Et certes le Sauveur Lui-même nous a enseigné qu'on peut faire injustement un acte juste, en disant : « Quand vous ferez l'aumône, ne faites pas sonner de la trompette devant vous » (Matth., VI, 2) et « quand vous priez, ne soyez pas comme les hypocrites » (Ib.t 5). C'est un bien que la miséricorde, c'est un bien que la prière ; mais on peut le faire injustement, si c'est par gloriole que l'on donne au pauvre afin d'être vu des hommes.
Aussi le saint évangéliste dit-il qu'ils étaient non seulement « justes devant Dieu et se conduisant selon tous les commandements et prescriptions du Seigneur », mais encore se conduisant « sans reproche ». Cela cadre à merveille avec la parole prophétique dont a usé Salomon le saint dans les Proverbes : « Veillez, dit-il, à bien faire toujours devant Dieu et devant les hommes » (Prov., III, 4). On est donc sans reproche quand il y a accord entre la bonté de l'intention et celle de l'acte. Souvent d'ailleurs une justice trop raide excite les plaintes des hommes.
Mais notez soigneusement l'à-propos du choix des mots, la convenance de leur ordonnance : « Ils se conduisaient, est-il dit, selon tous les commandements et prescriptions du Seigneur. » En premier lieu le commandement ; puis la justification : ainsi, quand nous obéissons aux commandements célestes, nous marchons selon les commandements du Seigneur ; lorsque nous jugeons, et jugeons comme il faut, il apparaît que nous observons les justices du Seigneur.
C'est donc un éloge complet que celui qui embrasse la race, la conduite, la fonction, l'activité, le jugement : la race par les ancêtres, la conduite par l'équité, la fonction par le sacerdoce, l'activité par le commandement, et par la justice le jugement.
« Or il advint, comme Zacharie s'acquittait des fonctions sacerdotales d'après le tour de sa classe, selon la coutume des prêtres, que le sort le désigna pour offrir l'encens en entrant dans le temple du Seigneur ; et tout le peuple était en prières au-dehors à l'heure de l'encens. »
Il semble qu'ici S. Zacharie soit indiqué comme souverain pontife : car celui-ci, comme nous le lisons, du premier tabernacle dans lequel les prêtres entraient continuellement pour accomplir leurs fonctions, passait une fois par an seulement dans le temple : « Dans le second sanctuaire, une seule fois par an le seul grand-prêtre (pénètre), et avec le sang qu'il offre pour lui et pour les fautes du peuple » (Héb., IX, 7). C'est là ce souverain prêtre que l'on demande encore au sort, parce qu'on ignore encore le véritable : s'il est tiré au sort, c'est que le jugement humain ne le peut discerner. C'est donc Celui-là que l'on recherchait et un autre en était la figure. Celui qu'on recherchait, c'est le prêtre véritable et éternel, à qui il est dit : « Vous êtes prêtre pour l'éternité » (Ps. 109, 4) : Lui qui, non par le sang des victimes, mais par son propre sang, devait réconcilier son Père, Dieu, avec la race humaine. Mais alors le sang était versé en figure, en figure le prêtre était ordonné ; maintenant que la vérité est venue, laissons la figure, suivons la vérité.
Alors aussi il y avait un tour de rôle, maintenant c'est la perpétuité. Il y avait, oui décidément il y avait quelqu'un dont on tenait la place.
Ainsi donc on tirait au sort le prêtre qui entrerait dans le temple. Et si, au temps des figures, nul ne pouvait l'assister, n'était-ce pas un signe qu'un prêtre allait venir dont le sacrifice ne serait pas du commun des autres : Celui qui ne sacrifierait pas pour nous en des temples faits de main d'homme, mais dans le temple de son corps éliminerait nos péchés ?
Donc on tirait au sort le prêtre. C'est pour cela peut-être que les soldats ont tiré au sort les vêtements du Seigneur (Lc, XXIII, 34) : car le Seigneur se disposait à présenter pour nous dans son temple son sacrifice, et pour Lui également le recours au sort devait accomplir le précepte de la Loi (c'est pour cela qu'il a dit : « Je suis venu non pas détruire la Loi, mais l'accomplir ») : on verrait par là que c'était Lui qu'attendait l'Ancien Testament et que désignait le choix de Dieu. D'ailleurs, sur l'apôtre Mathias également le sort est tombé, pour que le choix d'un apôtre ne parût pas en désaccord avec le précepte de la Loi ancienne.
« Or un ange lui apparut, debout à droite de l'autel de l'encens ». Ce n'est pas sans raison que l'ange apparaît dans le temple : enfin est annoncée la venue du prêtre véritable et se prépare le sacrifice céleste dont les anges feront le service.
Et l'on dit bien qu'il apparut à celui qui l'aperçut soudainement. D'ailleurs c'est la tournure spéciale qu'aimé à employer pour les anges ou pour Dieu l'Écriture divine, et par laquelle ce qu'on ne saurait prévoir est dit apparaître ; vous lisez en effet : « Dieu apparut à Abraham près de l'yeuse de Mambré » (Gen., XVIII, 1). Celui qu'on ne pressentait pas jusque-là mais qui se rend soudainement visible est réputé apparaître. On ne voit pas, en effet, de la même manière les objets sensibles et Celui de la volonté duquel il dépend d'être vu, dont la nature fait qu'on ne le voit pas, la volonté qu'on le voit ; car s'il ne le veut pas, on ne le voit pas ; s'il le veut, on le voit. Dieu est apparu à Abraham parce qu'il l'a voulu ; à tel autre, ne le voulant pas, II n'est pas apparu. De même Étienne, étant lapidé par le peuple, a vu le ciel s'ouvrir ; il a aussi vu Jésus debout à la droite de Dieu (Act., VII, 55), et le peuple ne le voyait pas. Isaïe a vu le Seigneur des armées (Is., VI, 1), mais nul autre n'a pu le voir, parce qu'il est apparu à qui il Lui a plu.
Mais pourquoi parler des hommes, quand nous lisons au sujet des vertus et puissances célestes elles-mêmes que « personne n'a jamais vu Dieu » (Jn, I, 18) ? Et on ajoute, ce qui dépasse les puissances célestes : « Le Fils unique, qui est dans le sein du Père, nous l'a Lui-même révélé » (Ib.). Il faut donc nécessairement admettre, si personne n'a jamais vu Dieu le Père, que c'est le Fils qui s'est montré dans l'Ancien Testament, et les hérétiques doivent renoncer à le faire commencer à partir de la Vierge, puisqu'avant de naître de la Vierge II s'est montré. En tout cas on ne saurait contester que le Père, ou le Fils, ou même l'Esprit Saint, si toutefois l'Esprit Saint est visible, se manifestent selon l'apparence choisie par leur volonté et non façonnée par leur nature, puisque l'Esprit Saint lui-même, nous le savons, s'est fait voir en forme de colombe. Et si personne n'a jamais vu Dieu, c'est que la plénitude de la divinité qui habite en Dieu n'a été aperçue de personne : personne ne l'a saisie par la pensée ou le regard ; car « a vu » doit s'entendre de l'un et de l'autre. Aussi bien, en ajoutant : « Le Fils unique Lui-même l'a révélé », ce sont les âmes plutôt que les corps dont on indique le regard : l'apparence se voit, la puissance se révèle ; l'une est saisie par les yeux, l'autre par l'âme.
Mais pourquoi parler de la Trinité ? Le Séraphin est apparu quand il l'a voulu, et Isaïe seul a entendu sa voix (Is., VI, 6). L'Ange aussi est apparu, il est là en ce moment , mais on ne le voit pas ; car il n'est pas en notre pouvoir de le voir, mais en son pouvoir d'apparaître. Pourtant, si nous n'avons pas le pouvoir de le voir, la grâce est là pour nous obtenir le moyen de le voir. Aussi celui qui avait la grâce a-t-il obtenu cette faculté ; nous n'obtenons pas, nous, cette faculté, parce que nous n'avons pas la grâce pour voir Dieu.
Et quoi d'étonnant si, en ce monde, le Seigneur n'est vu que lorsqu'il le veut ? À la résurrection même II n'est donné de voir Dieu qu'à ceux qui ont le cœur pur ; aussi « bienheureux les cœurs purs, car ce sont eux qui verront Dieu » (Matth., V, 8). Que de bienheureux II avait énumérés déjà ! Et pourtant II ne leur avait pas promis la faculté de voir Dieu. Si donc ceux qui ont le cœur pur verront Dieu, assurément les autres ne le verront pas : car les indignes ne verront pas Dieu, et celui qui n'a pas voulu voir Dieu ne peut voir Dieu.
Ce n'est pas dans un lieu que l'on voit Dieu, mais par un cœur pur. Ce ne sont pas les yeux du corps qui cherchent Dieu ; II n'est pas embrassé par le regard, ni atteint par le toucher, ni entendu en conversation, ni reconnu à sa démarche. On le croit absent, on le voit ; II est présent, et on ne le voit pas. D'ailleurs, les Apôtres mêmes ne voyaient pas tous le Christ ; aussi dit-II : « Depuis si longtemps que je suis avec vous, vous ne me connaissez pas encore » ( Jn, XIV, 9) ! Quiconque en effet a connu « quelle est la largeur et la longueur et la hauteur et la profondeur, et, supérieure à la science, la charité du Christ » (Éphés., III, 18-19), celui-là a vu aussi le Christ, a vu aussi le Père. Car nous autres, ce n'est plus selon la chair que nous connaissons le Christ (II Cor., V, 16), mais selon l'esprit : « L'esprit qui est devant notre face, c'est le Seigneur Christ » (Lam., IV, 20, Septante) : qu'il daigne, en sa miséricorde, nous combler de toute la plénitude de Dieu, afin que nous puissions le voir !
Si donc l'Ange apparut à Zacharie, « à droite de l'autel de l'encens », c'est qu'il apparut quand il le voulut et n'apparut pas tant qu'il ne le voulut pas.
Or, il apparut à droite de l'autel de l'encens parce qu'il apportait la marque de la divine miséricorde ; car « le Seigneur est à ma droite pour que je ne sois pas ébranlé » (Ps. 15, 8), et ailleurs : « Le Seigneur est votre protection sur votre main droite » (Ps. 120, 5). Et plût à Dieu que nous aussi, quand nous encensons les autels, quand nous présentons les sacrifices, nous soyons assistés par l'ange, ou mieux qu'il se rende visible ! Car on ne peut douter que l'ange soit là quand le Christ est immolé ; « en effet c'est le Christ qui a été immolé comme notre Pâque » (I Cor., V, 7).
Ne craignez pas que votre cœur se trouble à la vue de l'ange — car nous sommes troublés et hors de notre sens quand nous sommes saisis par la rencontre de quelque puissance supérieure — ce même ange qui vient à nous pourra nous affermir, comme il a affermi l'âme d'abord troublée de Zacharie en lui disant : « Ne craignez pas, Zacharie, car voici que votre prière est exaucée, et votre épouse Élisabeth enfantera un fils, et vous lui donnerez le nom de Jean ; ce sera une joie pour vous, et beaucoup se réjouiront de sa naissance. ». Les bienfaits divins sont toujours pléniers, débordants, non pas restreints à un petit nombre, mais amoncelés dans une abondante accumulation de biens : ici on promet d'abord à la prière son fruit, puis la maternité d'une épouse stérile, puis la joie de beaucoup, la grandeur dans la vertu, un prophète du Très-Haut ; et même, pour que nulle hésitation ne subsiste, on désigne le nom de celui qui va venir. Avec de tels dons, qui débordent le désir, il est juste que la défiance soit punie par le mutisme : nous l'expliquerons dans la suite.
Il y a une joie toute spéciale à l'origine et dans la naissance des saints : c'est qu'un saint n'est pas seulement le bonheur de ses parents, mais encore le salut pour beaucoup ; ainsi ce passage nous apprend-il à nous réjouir de la naissance des saints.
C'est aussi un avertissement aux parents de rendre grâces de la naissance non moins que des mérites de leurs fils : car Dieu ne fait pas un médiocre présent quand il accorde les enfants qui continueront la race, les héritiers qui succéderont. Lisez comme Jacob se réjouit d'avoir engendré ses douze fils. Abraham reçoit un fils, Zacharie est exaucé : c'est donc un don de Dieu que la fécondité des parents. Ainsi que les pères rendent grâces d'avoir engendré, les fils d'avoir été engendrés, les mères de la récompense honorable du mariage, car leurs enfants sont la solde de leur service. Que la terre fleurisse à la louange de Dieu parce qu'elle est cultivée, le monde parce qu'il est connu, l'Église parce que s'augmente le nombre du peuple fidèle.
Et ce n'est pas en vain que, dès le début de la Genèse, l'ordre de Dieu crée le lien du mariage : n'est-ce pas pour ruiner l'hérésie ? Dieu a si bien agréé le mariage qu'il en a noué le lien ; II l'a si bien récompensé que, lorsque la stérilité refusait les enfants, la bonté de Dieu les a accordés. « Et il sera grand devant le Seigneur. » Ce n'est pas le corps, mais l'âme, dont la grandeur est ici annoncée. Il existe au regard du Seigneur une grandeur de l'âme, une grandeur de la vertu ; il existe aussi une petitesse de l'âme et une enfance de la vertu. Pour l'âme comme pour le corps nous calculons les âges non pas à raison du temps, mais selon le degré de vertu : l'homme fait, dirons-nous, est celui qui est exempt des erreurs de l'enfance et n'éprouve plus l'inconstance de l'adolescence, son âme étant à maturité ; petit au contraire, celui qu'on n'a pas encore vu réaliser un progrès quelconque dans la vertu. D'où ce texte de Jérémie, quand le Seigneur prend pitié d'Éphraïm pleurant et déplorant ses péchés : « Dès ma jeunesse, dit-il, Éphraïm est mon fils très aimé, enfant dans ses jouissances » (Jér., XXXI, 20) : car s'il n'avait été enfant dans ses jouissances, il n'eût jamais péché. Et il a bien dit les deux choses : dans les jouissances, et enfant ; il y a l'enfant qui ne pèche pas : « Voici mon enfant que j'ai choisi » (Is., XLIII, 10). Ainsi c'est par les jouissances qu'a péché celui que le Seigneur avait formé ignorant de l'erreur. Si donc il n'avait pas été enfant dans les jouissances, et s'il avait progressé et pris de l'âge en vertu jusqu'à être homme fait, jamais il ne serait tombé ni n'aurait eu besoin d'implorer le pardon de ses fautes, ayant plutôt lieu d'espérer la récompense de ses mérites. C'est encore ce que le Seigneur semble exprimer dans l'Évangile, quand II dit : « Gardez-vous de mépriser un seul de ces petits » (Matth., XVIII, 10) : mais réservons le surplus pour cet endroit l.
Donc le petit s'oppose au grand ; et puisque, selon l'Apôtre, le petit est sous les éléments — « tant que nous étions enfants, nous étions sous les éléments de ce monde » (Gal., IV, 3) — le grand surpasse donc les éléments du monde. Ainsi Jean sera grand, non par la force corporelle, mais par la grandeur d'âme. Aussi bien il n'a pas reculé les frontières de quelque empire, il n'a pas aspiré à quelque triomphe avec les dépouilles conquises à la guerre ; mais, ce qui est plus grand, prêchant dans le désert, il a terrassé les jouissances humaines et la mollesse de la chair par la grandeur et la force de son âme. Il fut donc petit selon le monde, grand par l'esprit. Finalement, puisqu'il était grand, la vie même n'a pu le retenir à ses appâts : le désir de vivre ne lui a pas fait modifier la fermeté de sa sentence.
« Et il sera rempli de l'Esprit Saint dès le sein de sa mère. »
II n'est pas douteux que cette promesse de l'ange soit véridique, puisque S. Jean, avant de naître, habitant encore le sein de sa mère, a manifesté le bienfait de l'Esprit qu'il avait reçu. En effet, tandis que ni son père ni sa mère n'avait accompli auparavant aucune merveille, en tressaillant au sein de sa mère il a annoncé la venue du Seigneur. C'est ce que vous lisez : quand la Mère du Seigneur vint à Élisabeth, celle-ci lui dit : « Voici qu'au moment même où votre salut atteignait mes oreilles, l'enfant a tressailli dans mon sein » ; il n'avait pas encore l'esprit de vie, mais l'Esprit de grâce. Aussi bien nous avons pu constater ailleurs la réalité de la vie précédée par la grâce qui sanctifie, puisque le Seigneur a dit : « Avant de te former dans les entrailles, je te connaissais et, avant que tu ne sortes du sein, je t'ai sanctifié et t'ai établi prophète parmi les peuples » (Jér., I, 5). Autre est l'esprit de cette vie, autre celui de la grâce : celui-là prend son principe à la naissance, expire à la mort ; celui-ci n'est pas limité par les temps ou les âges, ni éteint par le trépas, ni éclos du sein maternel. Aussi bien sainte Marie remplie du Saint-Esprit a prophétisé, Élisée a ranimé le cadavre d'un homme mort au contact de son corps (II Rois, XIII, 21), et Samuel déjà mort n'a pas, au témoignage de l'Écriture, gardé le silence sur l'avenir (I Sam., XXVIII, 16 sqq.) 34. « Et il sera rempli de l'Esprit Saint » : à qui possède l'Esprit de grâce rien ne manque, et celui qui reçoit l'Esprit Saint a la plénitude des plus grandes vertus. Enfin, est-il dit, « il ramènera de nombreux enfants d'Israël au Seigneur leur Dieu ». Que S. Jean ait converti bien des cœurs, les attestations n'en manquent pas. Sur ce point nous avons l'appui des Écritures, prophétiques et évangéliques ; car « une voix crie dans le désert : préparez le chemin au Seigneur, redressez ses sentiers » (Is., XL, 3), et la recherche du baptême par les foules montre qu'il se produisit un mouvement considérable de conversions dans le peuple. Or, en croyant à Jean, on croyait au Christ : car ce n'est pas lui-même, mais le Seigneur que prêchait le Précurseur du Christ. Aussi « il précédera la présence du Seigneur dans l'esprit et avec la vertu d'Élie ». Rapprochement heureux : car jamais il n'y a esprit sans vertu ni vertu sans esprit. Peut-être aussi « dans l'esprit et avec la vertu d'Élie » parce qu'Élie le saint a possédé une grande vertu et grâce : vertu pour détourner de l'impiété vers la foi l'âme des peuples, vertu d'abstinence et de patience, et esprit de prophétie. Élie était au désert, Jean au désert ; celui-là fut nourri par les corbeaux, celui-ci, dans les halliers, refoula tous les attraits du plaisir, préféra l'austérité et méprisa le luxe. L'un n'a pas cherché la faveur du roi Achab, l'autre a dédaigné celle d'Hérode. L'un a séparé les eaux du Jourdain, l'autre en a fait un bain sauveur. Celui-ci vit avec le Seigneur sur terre, celui-là apparaît avec le Seigneur dans la gloire. Celui-ci précède le premier avènement du Seigneur, celui-là le second. L'un a fait tomber la pluie sur la terre depuis trois ans desséchée, l'autre au bout de trois ans a baigné la terre de notre corps des eaux de la foi. Vous me demanderez : quels sont ces trois ans ? « Voici, est-il dit, trois ans que je viens chercher des fruits sur ce figuier et je n'en trouve pas » (Lc, XIII, 7). Il fallait un nombre mystérieux pour donner le salut aux peuples : un an pour les patriarches — car enfin la récolte en hommes de cette année-là a été telle qu'il n'en fut jamais depuis sur terre — un autre pour Moïse et le reste des prophètes, le troisième à la venue du Seigneur et Sauveur : « Voici l'année favorable du Seigneur et le jour de la récompense » (Lc, IV, 19). De même le père de famille qui avait planté une vigne n'a pas envoyé qu'une fois recueillir les fruits, mais bien souvent : il a envoyé d'abord des serviteurs, une seconde fois d'autres serviteurs, en troisième lieu son Fils.
Jean est donc venu dans l'esprit et avec la vertu d'Élie, car l'un ne peut aller sans l'autre, comme nous le verrons encore dans la suite, quand il sera dit : »L'Esprit Saint viendra sur vous et la vertu du Très-Haut vous couvrira de son ombre » (Lc, I, 35).
Mais peut-être ce passage nous concerne-t-il et concerne-t-il les Apôtres. Car lorsqu'Élie partagea le courant (Il Rois, II, 14), le retour des eaux du fleuve vers leur source — selon le texte de l'Écriture : « Le Jourdain revint en arrière » (Ps. 113, 5) — signifiait les mystères à venir du bain sauveur, par lesquels les baptisés sont, comme des enfants, ramenés du mal à leur nature primordiale. Pourquoi encore le Seigneur lui-même a-t-il promis à ses Apôtres de leur accorder la vertu de l'Esprit ? « Vous recevrez, dit-il, la vertu par la venue en vous de l'Esprit Saint » (Act., 1,8), et, dans la suite « il se fit soudain un bruit venant du ciel, comme un souffle emporté avec grande puissance » (Act., II, 2) ; oui, grande puissance, car « c'est le souffle de ses lèvres qui a fait toute leur force » (Ps. 32, 6), et cette force est celle que les Apôtres ont reçue du Saint-Esprit.
Il est également vrai que S. Jean marchera devant le Seigneur, précurseur par sa naissance et précurseur par sa mort. Et peut-être ce mystère s'accomplit-il aujourd'hui encore dans notre vie présente. Il y a comme une vertu de Jean qui vient d'abord en notre âme, quand nous sommes près de croire au Christ, pour préparer à la foi les chemins de notre âme et faire de la piste tortueuse de cette vie les voies droites de notre pèlerinage, de peur que nous ne tombions dans quelque ravin d'erreur : ainsi toutes les vallées de notre âme pourront être comblées par des fruits de vertu, et toute élévation des dignités de ce monde se prosternera devant le Seigneur dans une humble crainte, sachant que rien ne peut être élevé de ce qui est fragile.
« Et Zacharie dit à l'ange : Comment le saurai-je ? Je suis vieux, et mon épouse est avancée en âge. Et l'ange lui répondit en ces termes : Je suis l'ange Gabriel, qui me tiens en présence du Seigneur, et j'ai été envoyé pour te faire cette annonce. Et tu vas être muet, ne pouvant parler, jusqu'au jour où tout cela se réalisera, pour n'avoir pas voulu croire à ma parole, laquelle s'accomplira en son temps. »
Le manque de foi du prêtre est châtié par le silence, et la foi des prophètes attestée par leur parole. « Crie, est-il dit. Et j'ai dit : Que crier ? Toute chair est de l'herbe » (Is., XL, 6). Vous voyez l'ordre donné, l'empressement à obéir, l'attitude qui interroge, l'obéissance qui rend l'oracle. Il croyait quand il demandait que crier et, parce qu'il croyait, il a prophétisé. Mais Zacharie, n'ayant pas cru, n'a pu parler, mais « il leur faisait des signes et il demeura muet ». Ce mystère n'est pas pour un seul, ni pour un seul le silence. Le prêtre se tait, le prophète se tait. Si je ne me trompe, en un seul c'est la voix de tout le peuple qui est muette, puisqu'on un seul c'était tout le peuple qui parlait à Dieu par Moïse. La cessation des sacrifices et le silence des prophètes, voilà le mutisme du prophète et le mutisme du prêtre. « J'ôterai, est-il dit, la puissante vertu, le prophète et le conseiller » (Is., III, 1, 3). Et de fait il leur a ôté les prophètes en leur ôtant la parole qui avait coutume de parler dans les prophètes, et réellement il leur a ôté la vertu quand la vertu de Dieu s'est retirée d'eux ; il leur a ôté le conseiller quand « l'Ange du grand conseil » (Is., IX, 6) les a quittés ; il leur a ôté la voix, car la voix est pour la parole, non la parole pour la voix et, si cette parole n'agit pas en nous, la voix ne rend aucun son. La voix, c'est Jean, « voix qui crie dans le désert » ; le Christ est la parole : c'est cette parole qui agit et, dès lors, quand elle a cessé d'agir, soudain muette et privée d'inspiration, la langue de l'âme, pour ainsi dire, s'est tue. La Parole de Dieu est venue à nous et en nous ne se tait pas ; aussi bien le Juif ne peut plus dire ce que peut dire le chrétien : « Vous cherchez à mettre à l'épreuve Celui qui parle en moi, le Christ » (II Cor., XIII, 3).
« Et il leur faisait des signes. »
Zacharie demeura donc muet, et il leur faisait des signes. Qu'est-ce que le signe, sinon un geste du corps sans parole, qui s'efforce d'indiquer mais n'exprime pas la volonté ? C'est, lorsque les approches de la mort ont fait perdre la parole, le langage muet des mourants. Ne trouvez-vous pas que cela ressemble au peuple des Juifs ? Il est déraisonnable au point de ne pouvoir rendre raison de ses actes ; parvenu à l'ultime effacement de l'espoir qui le faisait vivre, il a perdu la parole qu'il avait et, par les gestes d'un corps chancelant, il voudrait formuler le signe de la parole, non la parole. Muet donc est ce peuple, sans raison, sans parole. Pourquoi en effet regarder celui qui ne sait parler comme plus muet que celui qui ignore le mystère ? Il y a certes un langage des œuvres et un cri de la foi, selon ce que nous lisons : « Le sang de ton frère crie vers moi » (Gen., IV, 10). Et celui-là crie, qui dans son cœur crie tout le jour (Ps. 87, 10). Qui a perdu le cri du cœur a perdu celui de la langue : car si l'on ne garde le discernement de la foi, comment garder celui des mots ? Moïse avait dit d'abord qu'il ne pouvait parler ; mais après l'avoir dit, il a reçu la parole et répandu l'éclat de ses œuvres bonnes. Ainsi, comme Moïse a été figure du peuple et figure de la Loi, de même aussi Zacharie s'est tu.
Il faut remarquer la convenance de chaque détail : la parole existe dans le sein, la Loi est silencieuse ; Jean est nommé et Zacharie parle ; la parole est proférée, la Loi est déliée ; mais la délivrance de la Loi, c'est l'expression de la parole : aussi celui qui a dit la parole parle, même s'il ne parlait pas auparavant. L'ange ordonne à Zacharie de se taire, l'ange enlève la parole aux Juifs : car c'est un ordre d'autorité non pas humaine mais divine, que nul ne parle à Dieu s'il ne croit pas au Christ. Ainsi croyons afin de parler ; que le Juif croie afin de parler. Parlons spirituellement des mystères ; comprenons le sens des sacrifices anciens, les énigmes des prophètes. Est muet celui qui ne comprend pas la Loi, est muet celui qui ne comprend pas l'enchaînement des divines Écritures ; car notre voix, c'est notre foi. Aussi « j'aime mieux dire à l'assemblée cinq mots avec mon intelligence, afin d'instruire les autres, que dix mille mots en langue » (I Cor., XIV, 19) ; car les langues « sont un signe non pour les croyants mais pour les infidèles, tandis que la prophétie n'est pas pour les infidèles mais pour les croyants » (Ib., 22).
« Après ces jours, Élisabeth son épouse conçut et se tint cachée cinq mois ; elle disait : Qu'est-ce que le Seigneur a fait pour moi, au jour où il Lui a plu de mettre fin à ma honte parmi les hommes ? »
Les saints ont un grand souci de la réserve, au point que souvent ils éprouvent de la pudeur même de leurs désirs. C'est ce que nous remarquons ici pour sainte Élisabeth : elle désirait certes avoir des enfants, elle se tient cachée cinq mois. Pourquoi se cacher, sinon par pudeur ?
C'est que pour chaque fonction il est un âge assigné ; ce qui sied en un temps ne sied pas en un autre, et la différence des âges modifie souvent le caractère des actes. Il est pour le mariage lui-même un temps déterminé où il est honorable de songer aux enfants : dans la vigueur de l'âge, quand il y a espoir d'avoir des enfants, quand leur procréation est autorisée par l'exemple, quand l'union conjugale est objet de désir. Mais une fois arrivée la maturité de l'âge avancé, plus apte à régenter les enfants qu'à les engendrer, on a honte de porter les marques d'une union même légitime, de soutenir un fardeau qui est d'un autre âge, et d'entrailles gonflées d'un fruit hors de saison. Les vieillards en effet sont captifs de leur âge même, et une juste honte d'être intempestifs les retient de vaquer aux œuvres du mariage. Les adolescents eux-mêmes mettent souvent en avant le désir d'avoir des enfants et croient excuser la chaleur de leur âge par l'attrait d'engendrer : combien y a-t-il plus de honte pour les vieillards à faire ce que les adolescents rougissent d'avouer ! Et même les jeunes gens dont la crainte de Dieu calme et modère le cœur, renoncent souvent, dès qu'ils ont une postérité, aux œuvres de la jeunesse. Est-ce surprenant chez les humains, quand les animaux eux-mêmes nous disent, par leur conduite muette, qu'ils ont le souci d'engendrer, non le désir de s'accoupler ? Car une fois qu'ils sentent leur sein plus lourd et la semence reçue dans la terre des entrailles, ils ne se livrent plus au commerce charnel et ne cultivent plus l'abandon de l'amour mais les soins de la paternité. Les humains, eux, n'ont égard ni pour les enfants ni pour Dieu ; ils souillent ceux-là, ils irritent celui-ci. « Avant, dit-il, de te former dans les entrailles, je te connaissais, et dès le sein maternel je t'ai sanctifié » (Jér., I, 5). Pour contenir votre emportement, vous voyez pour ainsi dire les mains de votre Créateur façonnant l'homme dans les entrailles. Il travaille, et ce mystère sacré des entrailles, vous le profanez, vous, par votre passion ? Imitez du moins les bêtes, ou respectez Dieu. Et que dis-je, les bêtes ? La terre même se repose souvent de l'œuvre de génération et, si l'ardeur impatiente des hommes l'accable de semailles répétées, elle châtie la témérité du cultivateur, elle mue sa fécondité en stérilité. Ainsi les éléments eux-mêmes et les bêtes ont une honte naturelle à ne pas interrompre l'œuvre de génération.
C'est donc à juste titre que sainte Élisabeth rougissait de sa grâce, sans se reconnaître en faute. Bien qu'ayant conçu d'un homme — il n'est pas permis de penser autrement d'une naissance humaine — elle rougissait pourtant de l'âge où elle enfantait et en même temps se réjouissait de voir finir son affront : car c'est une honte pour les femmes de n'avoir pas la récompense des noces, puisque c'est leur seule raison de se marier. Elle se consolait donc en voyant son affront finir au prix de sa honte : cette honte dont j'ai parlé, la honte qu'elle avait à cause de son âge.
Tout ceci donne à entendre qu'ils n'avaient plus entre eux de relations conjugales : car si elle n'avait pas rougi du commerce d'un vieillard, elle n'eût pas rougi d'enfanter ; et pourtant elle rougit de son fardeau maternel, tant qu'elle en ignore le mystère religieux. Elle qui se cachait parce qu'elle avait conçu un fils, en vint à se féliciter d'enfanter un prophète. Elle rougissait auparavant, elle rend grâces ; elle doutait, la voilà affermie : « Car, dit-elle, dès que le son de votre salut a retenti à mes oreilles, la joie a fait tressaillir l'enfant dans mon sein. » Aussi a-t-elle poussé un grand cri lorsqu'elle a senti l'arrivée du Seigneur, parce qu'elle a cru à la sainteté de son enfantement ; il n'y avait pas sujet de honte, du moment que la naissance d'un prophète faisait foi que sa génération avait été accordée, non recherchée.