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EXPLICATION DU PSAUME CXXI
« JE ME SUIS RÉJOUI, LORSQU'ON M'A DIT : NOUS IRONS DANS LA MAISON DU SEIGNEUR. »
ANALYSE
1. Le Psalmiste nous montre les avantages des épreuves par l'exemple de la captivité des Juifs. Eux, qui auparavant ne voulaient pas entendre la parole sainte et qui priaient avec dégoât, se réjouissent d'apprendre qu'ils reverront la maison du Seigneur.
2. C'est qu'il y avait pour eux de grands avantages dans la nécessité où ils étaient de monter à Jérusalem pour les grandes solennités : les principaux étaient d'entretenir entre tous l'esprit de charité, et de conserver parmi eux la connaissance du vrai Dieu et le souvenir des merveilles opérées en leur faveur. En retour, Dieu les récompense par ses bénédictions les plus abondantes.
 
1. Voilà une parole qu'on n'aime guère aujourd'hui. Qu'on soit invité à aller au cirque, au théâtre d'iniquités, on accourt en foule, mais s'il s'agit de la maison de prière, il y a bien des indifférents. Il n'en fut pas ainsi des Juifs : et, chose bien grave à observer, c'est que les Chrétiens paraissent plus négligents qu'eux. Mais d'où venaient aux Juifs de pareils sentiments ? Je l'ai déjà dit, ce fut la captivité qui les rendit meilleurs. — A dater de ce temps ceux qui auparavant abandonnaient avec dégoût, le temple et l'audition de la parole sainte pour courir sur les montagnes, sur les collines, dans les bois se livrer à toutes sortes d'infamies, se détachèrent de ce culte impie et depuis lors cette annonce les ranima, les excita, les fortifia et remplit leur âme de joie. Ils étaient encore tourmentés par la faim et parla soif, mais cette fois il ne s'agissait plus de pain ni d'eau, mais bien de la parole de Dieu dont ils étaient affamés et altérés. (Amos, VIII, 11.) Ainsi corrigés par le châtiment qu'ils venaient de subir, ils désiraient ardemment de recouvrer cette maison de Dieu qu'ils avaient perdue. Alors ils embrassaient jusqu'au sol lui-même, et ils s'écriaient : « Ces ruines ont été agréables à vos serviteurs et ils auront compassion de cette terre (Ps. CI, 15); » et encore : « Quand viendrai-je et quand paraîtrai-je devant la face de mon Dieu (Ps. XLI, 3) ? » ou bien : « Je me souviendrai de vous dans la terre du Jourdain, près d'Hermon, et de la petite montagne (Ibid. 7) ; » enfin : « Je me suis souvenu de ces choses et j'ai répandu mon âme au dedans de moi-même. » (Ib. 5.) Mais dites-nous quelles sont ces choses dont vous vous êtes souvenu : « C'est que je passerai dans le lieu du tabernacle admirable où paraît la gloire du Seigneur, et que j'irai jusqu'à la maison de mon Dieu. » (Ib. 5). C'est-à-dire, je verrai de nouveau les danses et les grandes assemblées, le culte de mon Dieu et ses cérémonies. « Mes pieds étaient fermes dans ton enceinte, ô Jérusalem {2) ! » Une (176) autre leçon porte : « Je me suis réjoui lorsqu'on m'a dit : Nous allons dans la maison du Seigneur. Nos pieds sont arrêtés à tes portes, ô Jérusalem ! » Quelle allégresse extraordinaire ! On croirait les voir déjà en possession de ce qu'ils souhaitent si ardemment, tant ils se réjouissent d'en parler, 'embrassent de leurs désirs la maison de prière et la ville sainte. C'est ainsi que Dieu a toujours coutume d'agir : quand nous ne savons pas apprécier les biens que nous possédons, il les arrache de nos mains, afin que la privation opère ce que l'usage n'a pu faire. Aussi les Juifs remis en possession de leur ville et de leur temple rendent de grandes actions de grâces pour avoir recouvré leur patrie. «Jérusalem qui est bâtie comme une ville (3) ; » ou bien : « Jérusalem bâtie comme une ville. »
Selon les Septante, il s'agit ici du temps qui a précédé la construction de Jérusalem et il faut traduire : « Jérusalem sera bâtie comme une ville. » — Selon un autre interprète, il est question de ce qui est arrivé après la captivité et on doit lire : « Nous avons recouvré a Jérusalem bâtie comme une ville. » Comme il régnait alors une solitude extrême dans la ville sainte qui n'offrait que des ruines, en sorte que ses tours rasées, ses murailles abattues ne présentaient plus que des vestiges de l'ancienne patrie, les Juifs, en voyant à leur retour une pareille désolation, se souviennent de la prospérité d'autrefois ; ils racontent les splendeurs du passé et rapportent comment a été réduite à un état si honteux, celle qui était autrefois magnifique et illustre, qui possédait un temple, des princes, des rois et des pontifes, qui était la plus belle et la plus ornée. Si vous doutez qu'il en fût ainsi, écoutez ce qui suit : « Jérusalem qui est bâtie comme une ville. » Donc, ce n'était plus une ville alors, et cette vérité ressort encore de ce qui suit : « Dont toutes les parties sont dans une parfaite union entre elles. » Ces paroles indiquent qu'avant la captivité il y avait des édifices nombreux, solides et bien disposés, en sorte qu'ils présentaient un ensemble compacte et harmonieux et servaient de retraite à une population immense. Et c'est ce qu'a voulu faire entendre un autre interprète quand il a dit de Jérusalem qu'elle était «parfaitement unie.» Voici d'autres attributs de Jérusalem qui proclament sa gloire : « C'est là que sont montées toutes les tribus, les tribus du Seigneur, comme les témoins et les députés d'Israël, pour y célébrer les louanges du nom du Seigneur (4). » Ce qui en effet faisait une des plus belles gloires de la cité, c'était moins sa grandeur et ses édifices, que parce qu'elle était le centre où tout aboutissait, soit qu'il s'agît d'un conseil, d'une assemblée sainte ou d'une délibération sur un sujet quelconque. C'est qu'en effet là était le temple où s'accomplissaient tous les rites, toutes les cérémonies ; là étaient les prêtres, les lévites, la demeure royale, le sanctuaire, les vestibules, et l'autel des sacrifices, et les fêtes, et les grandes assemblées, et les prières, et les lectures publiques, et pour tout dire en un mot, là résidait tout ce qui constituait la forme du gouvernement. Et voilà pourquoi toutes les tribus devaient s'y réunir principalement trois fois par an, aux fêtes publiques et solennelles de Pâques, de la Pentecôte et de la Scénopégie ou des Tabernacles. Et il n'était pas permis d'aller ailleurs. C'est donc pour célébrer cette prérogative glorieuse de Jérusalem que le Psalmiste s'écrie : «C'est là que sont montées toutes les tribus. » Ou, « que sont montés tous les sceptres, » selon une autre version. Et remarquez que le Prophète n'a pas dit simplement « toutes les tribus, » mais, « toutes les tribus du Seigneur. » Bien que toutes les tribus appartinssent au Seigneur, il ne leur était pas permis d'exercer clans leur pays les actes dont nous venons de parler. — C'était un privilège réservé à la métropole qui rassemblait tout et attirait tout à elle.
2. Il en était ainsi afin que les Juifs eussent une raison de connaître Dieu ; car, dispersés çà et là, ils auraient pu être portés à l'idolâtrie et s'engager dans le culte des fausses divinités. C'est pourquoi le Seigneur leur ordonna de s'assembler à Jérusalem pour y célébrer leurs fêtes, sacrifier et prier, afin que leurs dispositions au vagabondage et à t'impiété fussent ainsi limitées, comprimées et retenues. Tel est le sens de ces paroles : « Les tribus du Seigneur, comme les témoins et les députés d'Israël. » Que signifient ces « témoins d'Israël ? » C'est-à-dire, le témoignage le plus grand, la marque évidente de la Providence divine, en sorte qu'il n'était plus possible d'excuser ceux qui abandonneraient leur Dieu pour courir aux idoles, car le Seigneur ne pouvait pas donner une preuve plus éclatante de sa providence, de sa puissance et de sa sagesse. C'est là, en effet, qu'on lisait la Loi (177) contenant le récit des faits mémorables du passé et de l'histoire. Ce temps qu'ils passaient ensemble resserrait les liens de la charité qui les unissait. Les fêtes qu'on devait célébrer étaient un motif de réunion, et une plus grande crainte du Seigneur, une piété plus vive et d'autres biens innombrables résultaient de leur assemblée dans la ville sainte. « Pour y a célébrer les louanges du nom du Seigneur, » c'est-à-dire pour rendre grâces, adorer, prier, offrir des sacrifices qui les portaient à la piété et rendaient plus sûre l'observance des moindres détails de leur religion. « Car c'est là qu'ont été établis les trônes pour la maison de David (5). »
Voici encore une autre prérogative de la ville sainte, qui est d'être la demeure des rois. Car c'est le sens de ces paroles : « C'est là qu'ont été établis les trônes pour la maison de David, » ou « de la maison de David. » Jérusalem, en effet, était le centre d'une double principauté; la principauté des prêtres et celle des rois, qui étaient en quelque sorte inséparables, en sorte que la ville était ornée comme d'une double couronne et d'un double diadème. C'est là que résidaient les juges auxquels on déférait tout ce qui surpassait l'intelligence, de la multitude. Si, dans les autres villes, il avait été porté une sentence sur la justice de laquelle il y avait doute, la cause était déférée aux juges qui siégeaient à Jérusalem, comme il arrive dans les appels. Quand ils avaient prononcé, on ne pouvait plus en revenir. C'est ainsi qu'il en était autrefois, mais aujourd'hui quel spectacle navrant ! partout la solitude et des ruines ; on aperçoit quelques restes d'édifices ravagés par le feu, d'une apparence misérable, tristes vestiges et souvenirs bien minimes d'une grandeur qui n'est plus. Aussi le Prophète ne termine-t-il pas son discours par cet affligeant tableau, mais il rappelle les Juifs à des espérances plus joyeuses en leur disant : « Demandez tout ce qui peut contribuer à la paix de Jérusalem (6). » Que signifient ces paroles : « Demandez tout ce qui peut contribuer à la paix de Jérusalem ? » C'est-à-dire priez, sollicitez. Une autre leçon porte : « Embrassez, » ou, « saluez Jérusalem. » En d'autres termes : Demandez à ce qu'elle revienne à son ancienne prospérité, afin qu'elle soit à l'abri des guerres fréquentes et que désormais elle jouisse de la sécurité. Si tel n'est point le sens de ces paroles, elles sont une prédiction, et alors « demandez tout ce qui peut contribuer à la paix de Jérusalem, » indique qu'elle jouira de la paix. « Et que ceux qui l'aiment, ô ville sainte, soient dans l'abondance, » ou bien, « qu'ils soient en paix ; » ou bien encore, « qu'ils soient dans la prospérité. » C'est là une grande source de bonheur, que non-seulement les biens soient dans Jérusalem, mais que ceux qui l'aiment puissent en jouir. C'est le contraire qui arrivait autrefois. Car ceux qui la haïssaient et qui l'opprimaient étaient les plus puissants, les plus célèbres et les plus illustres et ils triomphaient facilement. Mais maintenant ceux qui la chérissent seront dans une grande sécurité, ainsi que ceux qui font cause commune avec elle. Par ces derniers, le Psalmiste entend ceux qui devaient soutenir son parti, ou ses propres habitants. « Que la paix soit dans tes forteresses. » ou « dans ton avant-mur, » ou bien, « dans tes remparts (7). » Dans tes forteresses, c'est-à-dire dans ta substance, dans ceux qui t'habitent, dans ta prospérité. Comme la guerre est chose pernicieuse et que c'est ce qui l'a perdue, il lui souhaite la paix, « et l'abondance dans tes tours, » ou bien, « dans les palais. » Selon un autre interprète le Psalmiste souhaite à Jérusalem « la félicité » ou « le repos. » Il ne prédit pas seulement sa future délivrance des maux, mais la possession de biens innombrables, la paix, l'abondance, la fertilité. De quel prix, en effet, peut être la paix pour ceux qui vivent dans la pauvreté, la faim et la misère ? A quoi sert l'abondance dans les périls de la guerre ? C'est pourquoi le Prophète prédit ces deux biens à la fois : l'abondance et la paix qui permettra d'en jouir. — « A cause de mes frères et de mes proches (8). » Ou il s'agit des voisins qui se sont réjouis de la chute des Juifs, et il souhaite la paix afin qu'à leur tour ils soient confondus et qu'ils reconnaissent la puissance de Dieu ; ou, par ses frères il entend ceux qui habitent la ville, et dans ce dernier cas il veut dire : A cause de mes frères et de mes proches je prie pour la paix afin qu'ils respirent enfin, maintenant que le malheur les a rendus meilleurs.
« J'ai parlé de paix pour toi, ô Jérusalem ! — J'ai cherché à te procurer toutes sortes de biens à cause de la maison du Seigneur, notre Dieu (9). » Une autre version porte : « Je parlerai afin que la paix soit au milieu de toi. » Comme le Psalmiste avait dit : « A (178) cause de mes frères et de mes proches, » il a voulu montrer qu'il n'appuyait pas sa prière sur leurs mérites, mais qu'il souhaitait seulement de les voir comblés d'un plus grand bienfait, et voilà pourquoi il a ajouté : « A cause de la maison du Seigneur, notre Dieu.» C'est-il dire, par sa gloire je souhaite la paix, afin que son cule soit de nouveau rétabli et sa doctrine répandue partout. Comme il y avait des Juifs qui étaient nés au temps de la captivité, tandis que les autres avaient été témoins du départ et du retour ; quand ils s'étaient acquittés de leurs devoirs envers Dieu, ils s'entretenaient ensemble du passé, et les anciens parlaient et de leur félicité d'autrefois, et de la prospérité dont, ils avaient joui et qu'ils avaient perdue. Admirons aussi comment le Psalmiste réprime l'arrogance des Juifs : Dans la crainte qu'ils ne s'imaginent qu'ils ont suffisamment expié leurs fautes, puisqu'ils ont recouvré leurs biens, il leur apprend que c'est à cause de la gloire de Dieu qu'ils sont de retour dans leur patrie, afin que cette connaissance leur procure la sécurité et les préserve du péché qui leur attirerait de nouveau les mêmes châtiments.
Pour nous, qui sommes instruits de ces choses, faisons tous nos efforts pour ne pas tomber ; et, s'il nous est arrivé de commettre le mal, appliquons-nous à nous relever promptement, et à ne pas retomber de nouveau dans la crainte d'encourir la menace qui fut faite au paralytique : « Vous voilà guéri, ne péchez plus à l'avenir, de peur qu'il ne vous arrive quelque chose de pis. » (Jean, V, 14.)En parlant ainsi, Notre-Seigneur a voulu exhorter les bons à se conserver avec soin dans la vertu et ceux qui sont délivrés de leurs péchés à persévérer dans leur conversion, afin que tous ensemble nous obtenions les biens célestes. Puissions-nous en jouir tous, par la grâce et la miséricorde de Notre-Seigneur Jésus-Christ, à qui soient la gloire et la puissance, dans les siècles des siècles ! Ainsi soit-il.


EXPLICATION DU PSAUME CXXII
1. « J'AI ÉLEVÉ MES YEUX MAIS VOUS QUI HABITEZ DANS LES CIEUX. »
ANALYSE
Dieu, quelque part qu'on l'invoque, exauce toujours nos prières. Mais c'est à la condition qu'on s'abandonnera ! lui sans réserve, n'ayant d'autre espérance que dans son secours. Il faut surfont se présenter à lui avec les sentiments de l'humilité la plus profonde, car il ne hait rien tant que l'orgueil.
 
On voit briller partout l'heureux fruit de la captivité, car ceux qui étaient attachés aux choses temporelles et qui mettaient leur confiance dans les Assyriens et les Egypliens, aussi bien que dans la puissance de leurs murailles et la quantité de leurs richesses, ont abandonné toutes ces espérances, pour se réfugier sous la main invincible du Seigneur, en laquelle seule ils espèrent, l'esprit tourné en haut et détaché des choses de ce monde. Comme ils ne peuvent plus aller, selon leur coutume, dans le temple qui a été détruit, ils invoquent enfin le Dieu du ciel. Quand nous disons qu'il habite dans le ciel, nous ne prétendons pas qu'il puisse être circonscrit dans un lieu : loin de nous une pareille idéel car il remplit tout. Mais c'est que le ciel est plus spécialement le siège de sa puissance et le lieu de son repos. N'est-il pas écrit aussi qu'il demeure parmi les hommes ? « J'habiterai en eux et je m'y promènerai. » (II Cor. VI, 16.) Donc, pendant que les Juifs demeuraient parmi les barbares, ils reçurent une grande leçon, car dans le dénuement où ils étaient, de toutes les choses de la vie, ils virent clairement comment Dieu, quelque part qu'on l'invoque, exauce promptement nos prières. Comme le rayon d'un nouveau genre de vie allait briller bientôt à leurs regards, le Prophète prélude aux événements futurs en soulevant peu à peu et d'une manière énigmatique le voile qui les cache.
« Comme les yeux des serviteurs sont attachés sur les mains de leurs maîtres et comme les yeux de la servante le sont sur les mains de sa maîtresse, de même nos yeux sont fixés vers le Seigneur notre Dieu, en attendant qu'il ait pitié de nous (2). » Ici encore, quelle piété ferme et solide ! Ils n'ont pas une espérance d'un instant, mais ils y demeurent constamment attachés et comme enchaînés. Aussi, par l'exemple qu'ils ont apporté, ils veulent nous faire comprendre qu'ils D'espèrent pas d'autre assistance ni d'autre secours, et que c'est vers Dieu seul qu'ils tournent leurs regards. C'est ainsi que la servante et le serviteur n'ont d'autre ressource pour préparer la nourriture, les vêtements et les autres choses (180) nécessaires que d'avoir recours à leurs maîtres. Ils ne se retirent point, ils attendent jusqu'à ce qu'ils aient reçu ce qu'il faut,, et après avoir reçu, ils rendent grâces, c'est là un devoir auquel ils ne manquent jamais. Voilà pourquoi le Psalmiste, pour nous faire comprendre que les Juifs ont les yeux tournés vers le Seigneur, et cela assidûment, qu'ils n'ont pas d'autre espérance et qu'ils sont tellement attentifs à attendre son secours qu'ils le regardent seul comme l'auteur de tout bien, a rappelé l'exemple de la servante et des serviteurs.
Remarquez comment ceux qui, avant leurs malheurs, avaient besoin d'être excités à recourir à Dieu et qui recevaient ces exhortations avec ennui et dégoût, sont devenus meilleurs. C'est à un point que maintenant ils ne veulent plus se passer de lui ; mais fidèles à son service ils l'invoquent jusqu'à ce qu'il ait pitié d'eux. Ils ne disent pas : En attendant qu'il nous ait satisfaits ou récompensés, mais, «Jusqu'à ce qu'il ait pitié de nous. » Vous donc, chrétiens, persévérez avec constance dans vos prières, que vous receviez ou non ce que vous demandez, et quand même vous ne seriez pas exaucés tout de suite, ne vous retirez point, vous le serez plus tard. Si la persévérance de la veuve fléchit ce juge cruel dont parle l'Évangile (Luc, XVIII), quelle excuse feront valoir ceux qui sont si portés au découragement, à la paresse, au silence ? N'avez-vous pas remarqué comme les servantes sont sous la dépendance de leurs maîtresses, fixant sur elles leurs pensées et leurs regards ? Qu'il en soit de même pou nous à l'égard de Dieu. Attachons-nous à lui seul, et mettant tout le reste de côté, soyons au nombre de ses serviteurs. Alors, tout ce qui nous sera utile, nous l'obtiendrons sûrement.
« Ayez pitié de nous ; Seigneur, ayez pitié de nous, parce que nous sommes remplis de confusion et dans le dernier mépris (3). En « effet, notre âme est toute remplie (4). » Voilà bien le langage du coeur contrit. Les Juifs s'appuient sur la miséricorde du Seigneur pour demander leur salut, et cette miséricorde ils ne croient point la mériter, alors ils invoquent les grands châtiments qu'ils ont endurés, selon ce mot de Daniel : « Nous sommes réduits à un plus petit nombre que toutes les autres nations qui sont sur la terre. » (Dan. III, 37.) Ils s'écrient dans leurs prières : Nous avons enduré la dernière misère, nous avons été dé
pouillés de notre patrie et de notre liberté, conduits en esclavage chez tes barbares, depuis longtemps nous vivons dans l'opprobre, consumés par la faim, la soif et les privations de toutes sortes, nous n'avons cessé d'être conspués, foulés aux pieds ; épargnez-nous donc, ayez donc pitié de nous. Mais que signifient ces mots : « Notre âme est toute remplie ? » C'est-à-dire, notre âme a été fondue, anéantie par la grandeur de nos maux. Il y en a que l'excès du malheur trouve courageux, mais il n'en a pas été de même pour nous, l'affliction nous est insupportable et nous abat. C'est ainsi que Dieu leur fait payer par l'adversité l'abus qu'ils ont fait des honneurs, car il a coutume d'agir de la sorte en toute circonstance. Ainsi, avait-il puni Adam en le chassant du paradis terrestre, pour avoir abusé des avantages de ce séjour, et Eve trouva dans la servitude et la dépendance le remède à la faute qu'elle avait commise en voulant s'égaler à Dieu. De même, les Juifs que la liberté et une longue sécurité dans leurs foyers avaient rendus pervers et dissolus furent corrigés par l'excès contraire. Et maintenant qu'ils implorent la miséricorde de Dieu, ils lui disent : « Notre âme est toute remplie de confusion, étant devenue un objet d'opprobre aux riches et de mépris aux superbes. » Une autre version porte : « Notre âme est bien rassasiée des blâmes de ceux qui sont dans l'abondance et des mépris des superbes ; » une troisième : « des railleries des arrogants, » ou bien, « du mépris de ceux qui sont dans l'abondance. » Mais toutes ces expressions ont le même sens et nous montrent les Juifs déplorant leur malheur en disant : « Notre âme est rassasiée de mépris. »
Les Septante renferment un autre sens que voici : Puissent nos maux, en accablant nos ennemis, leur faire éprouver ce qu'ils nous ont fait et rabattre ainsi leur force et leur orgueil ! C'est du reste, ce que nous voyons fréquemment., car le Seigneur a coutume d'abaisser les esprits superbes et d'humilier ceux qui s'élèvent., afin de les détourner de la voie qui les conduirait à leur perte. C'est qu'il n'y a rien de pire que l'orgueil. C'est là, en effet, que sont venues les tentations et les peines, la mort et tous les malheurs qui nous accablent, de là les souffrances et les maladies qui sont comme autant de freins destinés à réprimer l'âme superbe et enflée par l'orgueil. Ne vous (181) troublez donc pas, mes très-chers, lorsque vous êtes tentés, mais souvenez-vous de cette parole du Prophète : « Il est bon que vous m'ayez humilié, afin que j'apprenne vos ordonnances pleines de justice. » (Ps. CXVIII, 71.) Recevez le malheur comme un remède et sachez profiter de la tentation, alors vous pourrez acquérir une plus grande tranquillité. Puissions-nous en être trouvés dignes, par la grâce et la miséricorde de Notre-Seigneur Jésus-Christ, à qui soient la gloire et l'empire dans les siècles des siècles ! Ainsi soit-il.


EXPLICATION DU PSAUME CXXIII
1. « SI LE SEIGNEUR N'AVAIT ÉTÉ AVEC NOUS. »
ANALYSE
1. L'homme a deux grands ennemis à combattre : le démon et ses semblables. Le premier est terrible, comme il l'a bien fait voir par la manière dont il a traité Job dans sa personne et dans tous ses biens. Les hommes ne sont pas moins à craindre, car l'homme livré à la colère est pire qu'un animal sauvage ; cette passion le rendant aveugle et insensé : notre saint nous donne les remèdes pour la guérir.
2. Mais la protection divine. est plus que suffisante pour nous garder et quels que soient le nombre et la fureur de ceux qui cherchent à nous nuire, elle saura bien nous sauver. Quant à Satan, notre Sauveur l'a vaincu et désarmé, et il n'y a que les 1âches qui lui cèdent la victoire. Aussi, sommes-nous sans excuse si nous ne profitons pas des armes spirituelles qu'il nous a laissées et qui doivent nous assurer infailliblement la victoire.
 
1. Ce que j'ai dit souvent, je le répète en ce moment et je le répéterai encore, à savoir, que la captivité offre un grand enseignement et qu'elle peut ramener à la sagesse tout esprit attentif. Voyez, en effet, ceux qui se précipitaient vers les idoles, qui méprisaient Dieu et qui s'adonnaient à l'impiété, que disent-ils après leur captivité ? En quels termes attribuent-ils leur salut à lieu ? Le Prophète lui-même, comme un excellent conseiller, leur ordonne de répéter souvent les mémés choses. Il commence donc par parler le premier, après quoi il leur commande, comme un maître à ses disciples, de redire après lui : « Qu'Israël dise maintenant : Si le Seigneur n'avait été avec nous lorsque les hommes s'élevaient contre nous, ils auraient pu nous dévorer tout vivants. » (182) Ils s'étaient vus sans armes, dépouillés de tout, captifs et esclaves ; récemment délivrés de leurs maux, ils avaient une ville qui n'était pas environnée de murailles, ce n'était pas même une ville, et ainsi après leur retour ils étaient comme une proie sans défense. Mais Dieu leur servit de rempart et de citadelle. Disons, nous aussi, en ce moment : « Si le Seigneur n'avait été avec nousÖ nos ennemis auraient pu nous dévorer tout vivants. Que n'aurait pas fait, en effet, le diable, notre ennemi, si le Seigneur n'eût été pour nous ? Écoutez ces paroles du Sauveur à Pierre : « Simon, Simon, Satan a demandé souvent à vous cribler, comme on crible le froment, mais j'ai prié pour vous, afin que votre foi ne défaille point. » (Luc, XXII, 31.) C'est une bête méchante et insatiable, et si elle n'était continuellement réprimée, elle sèmerait partout le désordre et la destruction. Dieu ne lui lâcha qu'un instant la bride contre le saint homme Job, et il renversa sa maison de fond en comble, disloqua son corps et fit comme une affreuse tragédie, en détruisant ses richesses, en tuant ses enfants, en faisant sortir de sa chair des vers en abondance, en soulevant contre lui sa femme, ses amis, ses ennemis, jusqu'à ses serviteurs qui l'accablaient de leurs reproches. Il nous anéantirait nous-mêmes si le Seigneur ne le retenait par mille moyens. C'est pourquoi le Psalmiste s'écrie : « Si le Seigneur n'avait été avec nous. » Les Juifs étaient en petit nombre et méprisés, et à peine de retour ils avaient à supporter de nombreuses attaques. Or, la sagesse de Dieu se montrait encore, en ce qu'il ne leur donnait pas la sécurité subitement et d'un seul coup, ruais à la longue et par degrés, afin de les maintenir dans la connaissance de son saint nom, et de ne pas laisser passer sans fruit la leçon qu'ils avaient reçue dans leur captivité. Comme la délivrance des maux a pour effet de rendre les hommes plus négligents, le Seigneur, tout en leur accordant les biens, permet qu'ils soient constamment tentés, afin qu'ils trouvent, dans les épreuves, un exercice continuel de la sagesse. Cependant, il ne les laisse pas toujours dans l'affliction, car ils succomberaient ; ni dans le repos et la prospérité, pour les préserver du relâchement ; mais il les sauve en les faisant passer par des vicissitudes sans fin.
« Ils auraient pu nous dévorer tout vivants.» Quelle cruauté dans leurs ennemis ! Ce sont des hommes qui montrent une férocité égale à celle des bêtes sauvages. Que dis-je ? Elle la surpasse même puisqu'elle s'exerce centre leurs semblables. Après son premier choc, l'animal se calme et se retire ; repoussé, il ne revient pas à la charge ; mais quand les hommes ont échoué dans leurs projets pervers, ils attaquent de nouveau, et ils se montrent avides de sang. Telle est la colère insensée, tels sont l'ardeur et le feu que cette passion allume dans l'âme. Comment guérir cette maladie ? Songeons à ce que nous sommes, réfléchissons à la mort et à ceux qui nous quittent tous les jours, méditons sur notre nature ; nous ne sommes que cendre et poussière. Si la beauté de votre visage vous fait encore illusion, allez visiter les tombeaux et les cercueils de vos pères, contemplez-les dans leur repos, et en voyant cette poignée de terre, vous trouverez une grande occasion de vous abaisser. Ne trouvez pas ce langage trop sévère. De même que ceux qui out eu la fièvre ont besoin d'un air pur après leur guérison, ainsi ceux que les passions poussent à la folie, trouveront dans les tombeaux, comme dans une demeure très-salutaire, un remède à de nombreuses maladies. La vue seule d'une urne suffit, en effet, pour abaisser les plus arrogants. Transportez-vous ensuite, par la pensée, à ce jour terrible du jugement dernier, où personne ne prendra votre défense ; songez aux questions qui vous seront adressées, au compte que vous aurez à rendre, à ces supplices où il n'y a plus de soulagement à espérer, Ces réflexions seront comme un charme qui calmera vos passions. Voyez aussi, parmi les hommes, ceux qui, dans la vie présente, ont passé de la richesse à la pauvreté, de la gloire à l'ignominie, et si vous éprouvez encore de la colère, que ce ne soit pas contre votre semblable, mais contre l'esprit du mal. Voilà de quoi vous fâcher. Ne vous réconciliez jamais avec lui, tournez et épuisez contre lui toute votre fureur, c'est contre lui qu'il faut diriger vos coups et lui faire une guerre acharnée. « Lorsque leur fureur s'est irritée contre nous, sans doute alors les eaux nous auraient submergés (4), un torrent aurait été amené sur notre âme. Assurément notre âme eût trouvé cette inondation insupportable.» L'eau et le torrent marquent ici la grande colère des ennemis des Juifs. L'eau, en effet, se précipite (183) en désordre, entraînant avec une grande force et une grande violence tout ce qu'elle rencontre. Il ne s'agit pas seulement ici de l'invasion des maux, mais de leur peu de durée.
2. Ne nous décourageons donc pas quand le malheur fond sur nous. Ce n'est qu'un torrent qui se précipite, une nuée qui passe. S'agit-il de quelque chose de fâcheux ? cela aura une fin ; de quelque chose de difficile ? cela ne durera pas toujours. S'il en était autrement, la nature n'y suffirait pas. Mais, direz-vous, un grand nombre sont entraînés par le torrent. Sans doute. Mais la cause en est moins clans sa violence que dans la lâcheté de ceux qui se laissent abattre trop facilement. Afin donc que le torrent ne nous entraîne pas et que nous puissions marcher d'un pas ferme jusque dans ses plus grandes profondeurs, sondons-le et saisissons l'ancre divine, pour n'avoir plus à redouter aucun naufrage. Un torrent n'est terrible que pour un temps, bientôt après il s'apaise d'une manière étonnante : « Les eaux nous auraient submergés. » Selon une autre version : « Alors les eaux nous auraient inondés en passant sur notre âme comme un torrent, et notre âme eût trouvé cette inondation insurmontable ; » ou bien : « Alors les superbes auraient passé sur notre âme comme un torrent. » Admirons la grandeur du secours de Dieu et comment, au milieu de tant de maux, il ne permet pas que ses enfants soient submergés. En effet, s'il laisse augmenter les maux, ce n'est pas pour nous accabler, mais pour nous éprouver davantage et faire éclater sa puissance. Les superbes, dont il est ici question, sont les ennemis qui, tout en se précipitant sur les Juifs avec plus de violence qu'un torrent quelconque ou qu'une inondation insurmontable, ne leur ont fait aucun mal. La cause en est dans la protection de Dieu, dans son assistance divine et son secours invincible. Aussi, après avoir dit qu'il a été délivré des maux, il nomme son libérateur et il le comble de louanges. « Béni soit le Seigneur qui ne nous a pas laissés en proie à leurs dents (5) ! Car notre âme a été arrachée de leurs mains comme un passereau du filet des chasseurs. »
Quel contraste entre la faiblesse des Juifs et la puissance de leurs ennemis. Ces derniers se précipitaient semblables à des bêtes féroces et à des lions prêts à se nourrir de leur chair, pleins de force et de colère ; eux, au contraire étaient plus faibles que le passereau. Mais les miracles de la puissance divine n'apparaissent jamais mieux que quand la faiblesse triomphe de la force insurmontable. Et puis, ce qui rendait ces embûches intolérables, ce n'était pas seulement la puissance redoutable des uns, leur colère, et leur soif de carnage, et fa faiblesse des, autres, leur petit nombre et leur peu de défense : mais, de plus, ces derniers étaient environnés de maux, comme enveloppés par les difficultés, et ayant de toutes parts des guerres à soutenir. Cependant, Celui qui est la puissance par excellence, dit le Psalmiste, et qui peut toujours sauver, quels que soient les maux et les périls dont on est environné, nous a délivrés avec une grande facilité. Tel est le sens de ces paroles : « Notre âme a été arrachée de leurs mains comme un passereau du filet des chasseurs. » ou « Le filet a été rompu et nous avons été délivrés (7). » Mais comment cela s'est-il fait ? C'est ce qu'indiquent les paroles suivantes : « Notre secours est dans le nom du Seigneur qui a fait le ciel et la terre (8). » Comme il est fort, comme il est puissant, Celui qui est venu à leur secours ! Il a même fait disparaître ce qui servait à dresser des embûches. Tout ce qui précède peut être pris dans le sens anagogique et doit s'entendre du diable et du genre humain. Nous y voyons comment le Seigneur a renversé et détruit les piéges de Satan depuis le jour où il a dit à ses disciples : « Foulez aux pieds les serpents et les scorpions et toute la puissance de l'ennemi de votre salut.» (Luc, IX, 19.) Il ne s'agit plus d'une guerre ouverte, la partie n'est pas égale, notre ennemi est renversé par terre et abattu, tandis que nous sommes debout, le dominant et le frappant de haut. Il est sans force, tandis que nous sommes pleins de vigueur. Comment se fait-il alors qu'il triomphe si souvent ? C'est l'effet de notre lâcheté et de la paresse de ceux qui dorment ; si vous vouliez résister il n'oserait pas vous attaquer de front. S'il triomphe de ceux qui s'endorment, ce n'est point à cause de sa puissance, mais de notre négligence. Qui ne triompherait d'un homme endormi, fût-on le plus faible de tous ? Le fort est enchaîné, tous ses filets sont rompus, sa puissance brisée, sa demeure renversée, ses armes sans effet. Que faut-il de plus ? Pouvez-vous encore le craindre ? Pourquoi trembler ? On nous ordonne de fouler aux pieds celui qui est déjà terrassé. (184) Encore une fois, pourquoi tremblez-vous ? pourquoi attendre pourquoi hésiter ? Oublions-nous clone quel est Celui qui nous doit secourir ? Non-seulement notre ennemi est devenu moins fort, mais notre secours est plus grand. Le triomphe de la chair a été arrêté, le poids du péché enlevé, et nous avons reçu la grâce du Saint-Esprit qui donne la force. « Ce qu'il était impossible que la loi fît, parce qu'elle était affaiblie par la chair, Dieu l'a fait, ayant envoyé son propre Fils revêtu d'une chair semblable à celle qui est sujette au péché; et par le péché commis contre ce même Fils, lorsqu'il a été conduit à la mort, il a condamné le péché qui régnait dans notre chair, afin due la justice de la loi soit accomplie en nous qui ne marchons pas selon la chair. » (Rom. VIII, 3, 4.) Il nous a assujetti la chair, il nous a donné pour armure le bouclier de la justice, la ceinture de la vérité, le casque du salut, l'épée de la foi, le glaive de l'esprit. Il nous a laissé des arrhes, en nous présentant sa chair pour nourriture, son sang pour breuvage ; il nous a offert sa croix comme une lance, mais une lance qui ne cède jamais. Il a lié notre ennemi, il l'a terrassé. Il ne nous reste donc plus d'excuse si nous sommes vaincus, et si nous cédons, nous n'avons plus de pardon à espérer. Nous avons en effet mille moyens de vaincre.
« Le filet a été rompu, » dit-il, « et nous avons été délivrés. Notre secours est dans le nom du Seigneur qui a fait le ciel et la terre. » Nous avons donc pour général et pour roi Celui qui a créé l'univers, et qui par sa seule parole a produit tant d'êtres, et cette masse de la terre, et cette immensité de l'espace. Point d'abattement donc, mais résistez courageusement, rien ne peut vous empêcher de triompher.
Sachant cela, mes bien-aimés, soyons sobres, combattons vaillamment, ne nous endormons pas, ruais après avoir préparé nos armes et raffermi notre courage, frappons notre ennemi avec ardeur, afin qu'après avoir remporté une victoire éclatante nous soyons mis glorieusement en possession du royaume des cieux. Puissions-nous l'obtenir, par la grâce et la miséricorde de Notre-Seigneur Jésus-Christ, à qui soient la gloire et l'empire, dans les siècles des siècles ! Ainsi soit-il.

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