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ième sermon de Saint Pierre Chrysologue
Cette condition mortelle, cet organisme terrestre, cette substance argileuse, que la vie et que la mort inquiète, qui est rompue au labeur, rongée par les peines, en un mot, la nature sujette à la pourriture et à la poussière ne peut comprendre, n’a pas ce qu’il faut pour estimer à sa juste valeur ce qu’elle est forcée aujourd’hui de confesser, et qu’elle n’ose rejeter, bien qu’elle ait une peur bleue de le croire. La fragilité humaine ne peut pas découvrir comment elle a pu mériter une si grande gratuité des dons de Dieu, et la munificence de ses promesses. Je pense que le prophète Habacuc n’a pas eu de difficulté à prévoir cela par la vue de l’esprit lorsque, sous le coup d’une si grande commotion, il fut agité de frayeur par ce qu’il avait entendu. Il a dit : Seigneur, j’ai entendu ta parole, et j’ai eu peur. J’ai considéré tes œuvres, et j’ai été épouvanté. Il a eu peur de ce qu’il a entendu non seulement parce qu’un si grand prophète avait entendu parler le Seigneur, mais parce qu’alors le serviteur a découvert que son Seigneur s’était converti à lui ; et il L’a entendu parler en Père. Il n’a pas été terrorisé en contemplant le cosmos qui forme une harmonie à partir d’éléments dissonants et hétéroclites, mais parce qu’en considérant les œuvres d’une telle miséricorde envers lui, il a tremblé et frémi d’admiration. J’ai considéré tes œuvres, et j’ai été épouvanté. Le serviteur qui avait perdu l’espoir se voit avec stupeur adopté comme un fils. Pour que vous ayez une idée de l’estime et de la vénération que vous devez avoir envers la prière que la Divinité aujourd’hui vous communique et vous infuse, le prophète ose se libérer de la peur qu’avait provoquée en lui la perception des dons célestes. Voyez ce qu’il dit ensuite : J’ai conservé, et mon ventre s’est épouvanté en entendant le discours de tes lèvres. Après qu’il eut réalisé la largesse du don divin, il s’est surveillé lui-même, pour ne pas avoir une fois de plus, comme dans le paradis, à se combattre comme un ennemi, un adversaire, un voleur. Il devint un plus vigilant, un plus vaillant gardien de lui-même, lui qui, après un si grand désastre, conserve un trésor céleste dans des vases fragiles. Et mon ventre a été terrorisé. Ce que ce Prophète appelle ventre, c’est le cœur. Le cœur se nourrit et se remplit de ce que lui apporte les sens, comme le ventre se nourrit d’aliments. Et mon ventre a été épouvanté en entendant le discours de tes lèvres. Si c’est l’intelligence du cœur qui a placé ces mots dans sa bouche, qui a donné à ses lèvres ces paroles, pourquoi ses vœux, pourquoi ses désirs, pourquoi les supplications qu’il s’apprêtait à faire l’ont-ils terrorisé ? Parce que ce n’était pas à l’instigation de son cœur qu’il parlait, mais sous l’inspiration de l’Esprit divin. Ecoute Paul qui dit : Le Seigneur a envoyé l’Esprit de son fils dans nos cœurs, qui crie Abba, Père. Quand le message pénétrait à l’intérieur, il était renversé d’avoir tant mérité, et son cœur battait à tout rompre. Ce n’est pas pour rien qu’il ajoute : Et la crainte entra dans mes os, parce que les viscères elles-mêmes du prophètes étaient atteintes. Et en-dessous de moi, se trouble ma force. Que veut dire : en dessous de moi ? Jusqu’à ce que la grâce ait élevé ce même homme vers le haut, il gisait en dessous par sa nature primitive, et la vertu terrestre ne pouvait pas supporter la vertu céleste. Le mont Sinaï fumait déjà avant que Dieu ne descende sur la montagne pour donner la loi. Qu’aurait pu faire la chair quand Dieu est descendu dans la chair, pour communiquer la grâce à la chair ? Le Père est venu parce que l’homme ne supportait pas Dieu, le serviteur le Seigneur. Et parce qu’Il est fidèle à sa parole Celui qui a dit : J’ai ouvert ta bouche, et je l’emplirai. Ouvrez donc maintenant vos bouches, pour que Lui-même les remplisse d’une telle prière, d’une telle supplication.
Notre Père qui es aux cieux. Où sont ceux qui se méfient de la promesse de Dieu ? Voyez comme elle est rapidement récompensée la confession de la foi : dès que tu as confessé Dieu comme le Père d’un Fils unique, tu es toi-même adopté comme fils de Dieu le Père, pour que tu sois héritier du ciel, toi qui avais été exilé du paradis et de la terre. Et c’est pourquoi tu l’appelles maintenant notre Père qui es aux cieux. Parce que tu as eu un autre père qui t’avait fait ramper dans la vase, qui t’avait amené et incarcéré dans les cachots de l’enfer. Celui qui redemande un Père à la nature céleste qu’il ne demande pas un père à la poussière, qu’il n’accorde aucun droit en lui à ce qui est vil. Et celui qui se croit fils de Dieu, qu’il réponde à une telle filiation par ses actes, pas sa vie, par ses mœurs, par son honnêteté, de peur que, redescendant vers les choses terrestres, il ne fasse injure à un tel père. Que ton nom soit sanctifié Si le nom du Christ donne la vue aux aveugles, la course aux boiteux, la guérison aux malades de différentes maladies, la vie aux morts, et te sanctifie, totalement, toi qui es sa créature, pourquoi demandes-tu qu’il soit sanctifié ? Parce que par le Christ tu es appelé chrétien. E tu pries pour que la prérogative d’un tel nom soit corroborée par tes mérites subséquents. Que ton règne arrive. Il demande la dévotion, Il exige les désirs, Il requiert les vœux Celui dont l’avènement du règne dépend de sa seule puissance. Il est fidèle ce soldat, qui a soif de la présence de son Roi, qui espère qu’il règnera, qui désire vivement et intensément qu’il triomphe. . Mais ici tu demandes qu’il advienne qu’Il règne en toi, toi en qui le diable a tenu et exercé la principauté, la mort son empire et l’enfer sa puissance. Prions donc, mes très chers, pour que le Christ règne toujours dans son soldat, et que le soldat triomphe toujours dans son roi. Que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel. Bienheureux le jour qui associera et ajustera les volontés terrestres aux célestes, pour qu’entre des substances disparates existe une seule et même volonté. On peut parler de paix stable, d’union sans heurt, de persévérance dans la grâce quand, sur l’ordre d’un seul Seigneur, une famille aux tempéraments divers devient une par la volonté et le sentiment.
Donne-nous aujourd’hui notre pain quotidien. Après le pain du royaume céleste, qui demande un pain terrestre ? Mais à chaque jour, Il veut que nous demandions le viatique du pain dans le sacrement de son corps, pour qu’Il nous conduise au jour éternel et à la table elle-même du Christ. Pour que ce dont nous avons eu ici-bas l’avant-gout nous nous en rassasions complètement et en plénitude. Et pardonnez-nous nos dettes comme nous pardonnons à nos débiteurs. Celui qui demande ainsi et qui ne remet pas les dettes, c’est sa prière même qui le condamne. Celui qui demande qu’on lui donne et qu’on lui remette dans la mesure même où il donne et remet, contracte avec Dieu un pacte, signe avec Dieu un contrat. Que chacun exige qu’on ne lui rende que ce qu’il aura accordé aux autres. Elles doivent être remises les dettes, mes frères, non seulement d’argent, mais de toutes les fautes, de tous les crimes, de quelle nature qu’elles soient. Quelle que soit la grandeur de l’offense, quand quelqu’un t’aura offensé, pardonne. Et ne nous induis pas en tentation. Nous sommes forcées, mes frères, de demander cela des milliers de fois de multiples façons, pour que la fragilité n’ose pas présumer pouvoir tenir le coup à elle seule, ni compter sur ses propres forces. Car la présomption pourrait la faire tomber dans le combat, et à la fin, un Dieu offensé pourrait livrer aux tentations ceux qu’il abandonne. Mais délivre-nous du mal. Il fait preuve de suffisamment d’humilité, et ne présume pas pouvoir se sauver par lui-même celui qui implore d’être libéré par Dieu du mal. Signez-vous !
Essayez de comprendre, mes fils, la grandeur de la gloire et de la puissance des parfaits et des forts, quand une si grande vertu se découvre dans notre conception et une si grande majesté dans notre naissance. Celui qui n’est pas encore né appelle le père, sollicite la sainteté, demande le règne, donne des droits à la terre, accorde les volontés terrestres aux volontés célestes, et exige déjà dans son zèle la récolte annuelle pour les travaux agricoles futurs. Donne-nous notre pain quotidien. Bienheureux êtes-vous vous qui avez commencé à vaincre avant de combattre, à vivre avant de triompher, à parvenir aux entrepôts du père avant de rejoindre le sein maternel. Qui vous êtes nourris de légumes avant de sucer le lait, qui avez chanté à pleins poumons l’hymne de la victoire avant de vagir et de gazouiller dans le berceau. Ce que dit l’Apôtre n’est que trop vrai : la faiblesse de Dieu est plus forte que les hommes. Qui trouvera les mots pour célébrer le sacrement (le baptême) par lequel la Vierge mère (l’Eglise) enfante dans tout l’univers à chaque jour, sans abandonner à la peine ceux qui viendront après, mais les envoie avant elle à la gloire éternelle.
69ième sermon de Saint Pierre Chrysologue
Est-ce que tu penses que le cœur mortel est capable de comprendre la grandeur de la charité que le Seigneur nous porte ? Est-ce que tu penses que l’esprit qui est écrasé par le poids du corps terrestre comprend et sent l’amour divin à notre égard ? Car tout ce qui dans le ciel luit, brille et resplendit en fait d’ornementation, tout ce qui sur la terre embaume dans les fleurs, a de la saveur dans les fruits, tout ce qui nous réjouit dans les animaux a été fait pour que nous l’aimions, pour que tout cela soit affecté à notre service. Mais bien que ce soit de grandes choses, elles sont trop petites pour être pour nous un signe de l’amour divin à notre endroit. Les principautés dans les cieux, les puissances célestes, les dominations sublimes militent en notre faveur, remplissant leur devoir en montant la garde sans se lasser. Mais ces choses sont encore trop infimes et insignifiantes pour nous faire comprendre l’intérêt que Dieu nous porte ; elles sont d’autant plus négligeables que la créature est inférieure au Créateur. Le Dieu dont on ne peut contempler le visage, qui échappe à la vue, que les sens ne peuvent appréhender, qui est inaccessible à l’esprit, qui ne peut être connu pleinement par la parole, combien de fois, avec quelle insistance, de combien de façons diverses, ne s’est-Il pas adapté à nos différents blocages ? Comme Il se prête à la communion humaine, comme il s’abandonne à la familiarité humaine, quand Il nous rend participants de sa prise de décision, et quand, voulant châtier le monde, Il nous avertit de l’imminence du déluge; et quand Il place tout l’univers, sous sa garde, dans la semence minuscule de l’arche. Quand il vient vers Abraham comme hôte, invité, Il avance avec courtoisie, ne repousse pas ce qu’on lui offre, accepte les mets comme s’Il était affamé et exténué, et comme s’Il souffrait de la solitude, Il reçoit et accepte la compagnie humaine. Il en est résulté que les membres morts du vieillard sont revenus à la vie aussitôt, que les viscères rabougris de la vieille stérile se sont assainis, et que la nature ensevelie dans un cadavre vivant, s’étant réveillée, a ressuscité son auteur, et, une fois le temps de la génération passé, en a engendré plusieurs par un seul qu’elle croyait son créateur. Pour Moïse, un Dieu igné se met en forme de boule dans le buisson. Il discute ensuite avec son esclave de ce qu’il y a à faire, s’affaire à différents prodiges en Egypte, et se manifeste au moindre signe de celui qui Lui est asservi. Il inflige des fléaux, ou les annule. Et la grandeur qu’il possédait dans la mer, à quel point Il l’a donnée à l’homme, le service obséquieux de l’onde vengeresse le démontre, lorsque, l’abime asséché, elle fléchit devant les pieux, et les vagues s’étant solidifiées, elle prépare un mur, dressant ainsi un rempart pour ceux qui devaient être libérés; et de toute la force de sa nature, elle reflue pour triompher d’un ennemi très cruel. Et, partageant la vie de camp des Israélites dans une étonnante camaraderie, Il frappe un grand nombre de peuples tantôt par la foudre, tantôt par la grêle. Il les abat parfois au seul son de la trompette, pour que sans conflit, sans blessures, Il dirige vers la victoire les armées qu’Il précède. Il a exaucé les désirs et les vœux de chacun en particulier, a répondu sans retard aux interrogations. Il a révélé des secrets, a prédit les évènements à venir, et a fait trouver ce que l’on recherchait. Il a accordé le règne, a donné la prospérité, a modéré les pluies, a rendu les terres fertiles. Il a honoré les époux par une progéniture abondante.
Mais Il a considéré que ce serait bien peu de chose de montrer son affection envers nous en faisant prospérer nos entreprises, s’Il ne nous aidait pas dans nos calamités. Après toutes ces choses, Il entre, pauvre, dans son monde, gît dans un berceau comme homme, implore par son vagissement. Il demande, Il exige la piété que Lui-même t’a accordée. Le Père de tous se sert de toi comme parent; Celui à qui toute grandeur est soumise se soumet à toi; Il a craint Celui que craint ce qui est à craindre. Il a fui Celui auprès de qui tous viennent chercher un refuge. L’Arbitre du ciel est un hôte dans les maisons des pécheurs. Il se repait de pains celui qui pait tout le monde. A quoi bon en dire davantage ? Le Père tout-puissant est retenu par le temps; le fondateur de la terre comparait devant le tribunal humain. Il est jugé Celui qui accorde libéralement à l’humanité le pardon; Il est puni Celui qui donne et restitue la vie. La Résurrection de tous est ensevelie, pour que l’esprit abâtardi de l’homme, et son intelligence paresseuse ait dans la mort de Dieu la preuve de l’amour que Dieu lui porte, s’il n’avait pas encore compris, senti la charité de Dieu envers lui par les nombreux bienfaits de Dieu précités. Celui donc qui a fait l’être, qui a donné de vivre, a enseigné aussi à prier, parce qu’Il a voulu tout disposer Celui qui a voulu être supplié par sa prière à Lui.
Notre Père qui es aux cieux. Voici, ô homme, que, par ta voix, Il t’adopte comme fils pour te faire cohéritier avec Lui de Dieu Père, quand Il dit : Notre Père. Ce qui était une faveur, Il a voulu en faire un droit, d’après cette parole : Et à tous ceux qui L’ont reçu, Il a donné le pouvoir d’être fils de Dieu. Et pourtant Il commande qu’on le dise, pour que l’adoption filiale soit due à la générosité de Celui qui donne plutôt qu’à la témérité de la présomption. Qui es aux cieux. Non qu’Il ne soit pas sur la terre, mais c’est parce qu’Il veut que toi qui invoques déjà ton Père céleste, tu tendes et te diriges vers la nature céleste, pour que notre vie réponde à une telle génération, et de peur ne dégénèrent les mœurs terrestres que la nature céleste a données et octroyées. Que ton nom soit sanctifié. Non qu’Il ait besoin d’être sanctifié par ta prière le nom qui te sanctifie, mais parce que tu as reçu du nom du Christ le nom de chrétien. Mais puisque par le nom du Christ, tu es appelé chrétien, il te faut demander que, par tes actions, ce nom soit sanctifié et soit honoré en toi. Car comme le bon renom des vertus concourt à la glorification du nom, ainsi l’infamie de celui qui fait le mal rejaillit de façon injurieuse sur le nom, comme le dit l’Apôtre : Le nom de Dieu à cause de vous est blasphémé chez les Gentils. Et en toute vérité, mes fils, le gentil déroge à ce qu’exige l’honneur de la foi toutes les fois qu’il voit le Chrétien vivre autrement qu’il professe et dit. Que ton règne vienne. Non pour qu’advienne à Dieu un règne qu’Il détient depuis toujours, mais tu demandes qu’il arrive à toi, toi qui ne le possèdes pas, et pour que tu perçoives ce que dans son affection Dieu t’a promis, quand Il a dit : Venez les bénis de mon Père, recevez le royaume qui vous a été préparé depuis la fondation du monde. Venez, bénis ! Il n’a pas dit : Venons ! Il a dit recevez, Il n’a pas dit recevons ! Que personne ne s’étonne si même celui qui n’est pas encore né l’appelle Père. Car si Jean exulte, si Jacob lutte avec quelqu’un dans le sein de sa mère, que celui qui a la prudence nécessaire estime ce que peut la nature divine, si la conception humaine peut tant par Dieu.
70ème Sermon de Saint Pierre Chrysologue
Toutes les paroles et toutes les actions de Dieu que l’on rapporte sont prodigieuses et stupéfiantes; elles inspirent de la crainte aux mortels et de la frayeur aux anges. Mais rien ne stupéfie plus le ciel, n’effraie plus la terre, n’épouvante davantage l’ensemble de la création, que ce que vous allez entendre aujourd’hui de notre bouche. Le serviteur ose donner le nom de Père à son Seigneur; le coupable appelle son juge géniteur; par sa propre voix, la condition terrestre s’adopte fils de Dieu. Celui qui a perdu les biens terrestres se considère héritier de la divinité. Mais nous osons proclamer le mystère, car ce n’est pas la présomption de la part de celui qui le dit mais l’autorité de Celui qui l’ordonne qui nous y pousse. Celui qui veut qu’aujourd’hui nous parlions ainsi est Celui qui veut que nous priions ainsi. Et pourquoi s’étonner que Dieu ait consacré les hommes en les adoptant comme ses fils quand Il s’est donné aux hommes et est devenu leur fils ? Il a transféré la nature de la chair dans la nature divine quand Il a ravalé la divinité à la nature humaine. Il s’est donné dans les cieux l’homme comme cohéritier quand Il s’est rendu participant des choses terrestres, Qu’est-ce qu’Il a refusé d’assumer pour l’amour de l’homme, quel fardeau, Lui qui s’est chargé de tout ce qui était humain, même du péché, et même de la mort ? Ou comment ne rendra-t-Il pas l’homme participant de sa prospérité Celui qui s’est associé à l’homme dans ses adversités ? Homme, retourne à Dieu qui t’aime tellement ! Et donne-toi tout entier à la gloire de Celui qui s’est pour toi livré totalement au déshonneur. Et appelle avec confiance Père Celui que tu découvres tien par un si grand amour, puisque tu sens, que tu comprends qu’Il a t’a engendré.
Notre Père. Que personne ne s’étonne que celui qui n’est pas encore né (le catéchumène) appelle Dieu son Père. Ce qui naîtra bientôt est déjà né de Dieu; ce qui sera est déjà fait par Dieu. Ce qui sera a déjà été. (Eccl)) C’est pour cela que saint Jean reconnut son Auteur dans le sein maternel, et il devint un messager pour sa mère avant d’avoir été conscient d’être en vie. Voilà pourquoi on lit que Jacob a balbutié avant de naître, qu’il a triomphé avant de vivre. Voilà pourquoi appartiennent déjà à Dieu ceux qui n’existent pas encore, eux qui ont été élus avant la constitution du monde. Qui es aux cieux. Non de façon à ne pas être sur la terre, mais pour que le mot cieux te fasse comprendre que tu es un germe céleste. Et si tu reconnais que tu es fils de Dieu, vis en fils de Dieu, pour que tu puisses dédommager, récompenser un tel Père par tes actes, ta vie, tes vertus. Que ton nom soit sanctifié. Parce que le Christ t’appelle chrétien, tu demandes que la prérogative d’un si grand nom soit sanctifiée en toi. Parce que le nom de Dieu qui en lui-même et par lui-même est saint est sanctifié en nous par nos bonnes actions, ou est blasphémé chez les païens par nos mauvaises actions. Que ton règne arrive. C’est Lui qui a dit : Le royaume de Dieu est à l’intérieur de vous. S’il est à l’intérieur de nous, pourquoi demandons-nous qu’il arrive ? Il existe en nous dans la foi, dans l’espérance et dans l’attente, mais nous prions pour qu’il vienne en toute réalité. Qu’il vienne en nous, mais non dans Celui qui règne conjointement avec son Père, car Il règne toujours avec le Père. Mais qu’il vienne en nous ! Venez les bénis de mon Père, et recevez le royaume qui vous a été préparé depuis l’origine du monde ! Nous disons que ton règne arrive Il règnera en nous à partir du moment où la mort cessera de régner en nous, où le péché cessera de régner. L’Apôtre dit que la mort a régné d’Adam jusqu’à Moïse. Et ailleurs : Que le péché ne règne pas dans votre corps mortel ! Que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel. Maintenant, sur la terre, beaucoup de choses arrivent pas la volonté du démon, par la malice du siècle, par la convoitise de la chair. Au ciel, au contraire, rien ne se fait en dehors de la volonté de Dieu. Nous demandons donc que le diable une fois paralysé, le monde renouvelé, le corps transformé, l’empire de la mort détruit, la domination du péché abolie, une seule et même volonté, celle de Dieu, existe au ciel et sur la terre, en Dieu et dans les hommes.
Donne-nous aujourd’hui notre pain quotidien. On ne nous commande pas de demander le pain terrestre après le royaume céleste, car Il nous l’a interdit en disant : Ne vous inquiétez pas dans votre esprit de ce que vous mangerez et de ce que vous boirez. Mais parce qu’Il est lui-même le Pain qui descend du ciel, nous demandons et nous implorons de pouvoir nous nourrir sans interruption pendant toute l’éternité de ce pain que nous mangeons tous les jours. Aujourd’hui, i.e., dans la vie présente, nous demandons que la réception de ce pain au repas du saint autel fortifie notre corps et notre esprit. Et remettez-nous nos dettes comme nous les remettons à nos débiteurs. En parlant ainsi, ô homme, tu te fixes à toi-même le quota de l’indulgence et la mesure du pardon, car je retiens que tu demandes d’être pardonné dans la mesure où tu pardonnes. Pardonne donc totalement à celui qui t’a fait du tort, si tu veux ne rien devoir à Dieu à cause de tes nombreux manquements. Pardonne-toi à toi-même dans un autre, si tu veux éviter la loi du talion. Et ne nous induis pas en tentation. Dieu, est-il écrit, ne tente personne. Mais on dit qu’Il tente quand Il nous abandonne à nous-mêmes, lorsque nous nous jetons tête baissée dans les filets des tentations. C’est ainsi qu’Adam courut vers les pièges du tentateur quand il abandonna les préceptes de son Créateur. Il révèle ensuite d’où vient la tentation et qui est celui qui tente, par les mots suivants : Mais délivre-nous du mal. C’est-à-dire du diable, qui est l’auteur et l’origine de tout le mal. Le diable, par sa nature, était céleste, il est maintenant la méchanceté spirituelle. Il est plus âgé que le monde, passé maître dans l’art de tendre des traquenards et des guet apens, très expérimenté dans le harcèlement . de sa victime déjà blessée. Voilà pourquoi on ne dit pas qu’il est mauvais, mais qu’il est le mal, de qui provient tout le mal. C’est pourquoi l’homme, lié qu’il est par les chaînes de la chair, ne peut pas se libérer par ses propres forces. Il nous faut donc demander que Dieu nous délivre du diable, Lui qui a fait à la terre le don du Christ pour qu’Il vainque le diable. Que l’homme pousse des cris vers Dieu en demandant : Délivre-nous du mal, pour que nous soyons libérés d’un si grand mal par le seule victoire du Christ.
Notre Père qui es aux cieux. Le thème de la prière, l’objet de la demande, la norme de la supplication te les a procurés en peu de mots Celui-là même que tu dois supplier, pour que en tires la signification de la prière, que tu comprennes ce qui doit être demandé, que tu t’en serves comme d’un étalon pour juger ce que tu dois réclamer, et que dans un court modèle de prière, tu perçoives un très haut enseignement. Et en même temps parce que, pour t’inciter à l’amour, le Roi lui-même a rempli la fonction d’Avocat en dictant Lui-même les prières qu’Il avait à exaucer. Toute hésitation à demander a été enlevée. Bien plus, il faut demander avec une grande confiance ce qui est urgent, puisque Lui-même se lit dans les prières qui Lui font des demandes. La crainte n’a pas sa place, là où le fils demande des choses qui ont été sanctionnées par le Père interprète de la piété.
71ème Sermon de Saint Pierre Chrysologue
Mes très chers frères, Celui qui vous a donné de croire vous a donné aussi de prier, et la formule de la prière Il vous l’a rédigée en quelques mots. Quand Il demande quelque chose au Père, le fils n’a pas à se tourmenter pour savoir comment prier. Car comme la nécessité contraint le fils à demander, la charité pousse le Père à accorder La spontanéité du don du Père ne manifeste pas tant la nécessité qu’il y a à demander que ce qu’il faut demander, car le fils peut plaire à son Père en demandant ce qui est juste, et Lui déplaire en demandant des choses insensées. Ecoutez le Père, et croyez que vous êtes déjà fils, pour que vous puissiez obtenir sans faute ce que vous demanderez. Ce que vaut la foi, ce que peut la croyance, ce qu’est la confession, tout cela se découvre en vous. Voici que la confession trine de la Trinité vous arrache de la servitude terrestre pour vous élever à la filiation divine. La foi qui appelle Dieu Père vous a conquis aujourd’hui un Dieu qui est un Père. La parole qui confesse un Dieu Fils vous a adoptés comme fils de Dieu. La croyance qui proclame Dieu Esprit Saint vous a changés de la substance mortelle de la chair en la substance vivifiante du Saint Esprit. Qui pourra témoigner dignement d’une telle bienveillance? Dieu Père daigne avoir les hommes comme héritiers et Dieu Fils ne dédaigne pas d’avoir des esclaves comme cohéritiers. Dieu Esprit Saint rend la chair participante de la divinité, fait que le ciel devienne la possession des terriens; et ceux qui relèvent de la juridiction des enfers sont reçus au plus haut des cieux. L’Apôtre nous en apporte la preuve par ces mots : Ne savez-vous pas que nous jugerons les anges ? Appelez donc Dieu Père, et croyez que même si vous n’êtes pas encore nés, vous êtes quand même déjà désignés comme fils. Et mettez tout en œuvre pour que votre vie soit céleste, pour que vos mœurs soient divines, et que l’image de la divinité se reflète dans tout votre comportement. Parce que le Père céleste enrichit de dons divins ceux qui se montent dignes de leur naissance, et Il renvoie les dégénérés aux punitions de la servitude.
Notre Père qui es aux cieux. La conscience servile succomberait, la condition terrestre s’effondrerait si ce n’était l’autorité elle-même du Père et du Saint-Esprit qui nous incite à nous exclamer ainsi. Dieu a envoyé l’Esprit de son Fils dans nos cœurs qui crie Abba Père. L’esprit s’épuise, la chair défaille à la pensée du divin, à moins que Celui qui ordonne ne réalise Lui-même ce qu’Il ordonne. Quand la mortalité peut-elle oser appeler Dieu Père ? Au moment où la vertu céleste anime notre cœur et notre âme. Notre Père qui es aux cieux. Homme, qu’as-tu de commun avec la terre, toi qui confesses que ton origine est céleste? Arbore donc une vie céleste dans la demeure terrestre ! Car si tes pensées s’inspirent de ce qui est terrestre, ta conduite entachera le ciel et injuriera ton Père céleste. Que ton nom soit sanctifié. Nous ne demandons pas que Dieu sanctifie son nom, puisque par sa sainteté ce nom sauve et sanctifie toute créature. Frères, voici le nom que redoutent les puissances célestes, que leur servitude reconnait en tremblant. Voici le nom qui donne le salut au monde perdu ! Mais nous demandons que, par nos actions, le nom de Dieu soit sanctifié en nous. Car quand nous agissons bien, le nom de Dieu est béni; il est blasphémé quand nous agissons mal. Ecoute l’Apôtre qui dit : Le nom de Dieu à cause de vous est blasphémé chez les nations. Nous demandons donc, nous demandons qu’autant que le nom de Dieu est saint, autant nous méritions que sa sainteté demeure en nos esprits. Que ton règne vienne. Nous demandons maintenant que le règne du Christ arrive, comme s’il n’avait pas toujours existé et n’était pas encore. Et où est donc ce royaume? Le royaume de Dieu est en vous. Il est en nous par la foi, mais nous supplions pour qu’il vienne en réalité. Mes frères, tant que le diable, par une grande diversité d’astuces et de fourberies, par son art multiforme de tromper, trouble l’ordre des choses, apporte de la confusion dans les sens et les mœurs de l’homme, sévit avec les idoles, incite aux sacrilèges, trompe par des augures, ment au moyen de la divination, séduit par des signes, se rit des humains avec l’astrologie, les amuse avec des spectacles, les attaque avec les vices, les blesse avec les péchés, les souille de crimes, et les conduit au désespoir, il éloigne de nous le royaume du Christ et nous en prive. Nous demandons donc qu’il vienne un temps où, après la chute de l’auteur d’un si grand mal, l’univers au complet, l’ensemble des créatures, règne et triomphe pour la gloire totale du seul Christ. Et qu’arrive ce qu’on, on demande après : que sur la terre comme au ciel, il n’y ait qu’une seule volonté, celle du Seigneur. Que la terre soit le ciel ! Que la vie soit Dieu ! Que le temps soit l’éternité ! Que la patrie soit le repos ! Que la fortune soit l’innocence ! Que l’honneur soit l’immortalité ! Que la gloire soit la chasteté ! Que Dieu soit tout !
Il a ajouté : Donne-nous aujourd’hui notre pain quotidien. Après la paternité de Dieu, après la sainteté du nom divin, après le royaume du ciel, on nous ordonne de demander le pain quotidien. Le Christ n’est pas sujet à l’erreur; ses demandes ne sont pas contraires à ses commandements. C’est Lui-même qui a dit : Ne vous inquiétez pas dans vos esprits de ce que vous mangerez et de ce que vous boirez. Mais Il est Lui-même le Pain qui descend du ciel, qui a transformé la manne de la loi en la farine de la grâce. Le pain qui a été pétri dans la passion de la croix, qui a fermenté dans le sacrement de la grande miséricorde, et qui a reçu du sépulcre le lavement d’une légère aspersion. Il a été cuit par la chaleur de sa divinité et a terminé sa cuisson dans la fournaise de l’enfer. A chaque jour, il est apporté sur la table de l’Eglise, comme une nourriture céleste, est rompu en rémission des péchés, rassasie ceux qui le mangent et les nourrit pour la vie éternelle. Voilà le pain que nous demandons qu’on nous donne à chaque jour, jusqu’à ce que nous nous en délections perpétuellement, de jour en jour. Et remettez-nous nos dettes comme nous les remettons à nos débiteurs. Le pouvoir de pardonner est à ta portée, c’est en toi que se trouve la capacité d’oublier. C’est toi qui es établi auteur de la rémission des péchés. C’est en vain que tu demandes qu’on te pardonne, si tu dédaignes pardonner à autrui, car c’est toi qui détermines pour toi quelle est la mesure de la miséricorde. Ce que tu attends d’autrui en fait de miséricorde, commence par le faire aux autres. Et ne nous induis pas en tentation. La tentation, mes frères, est une engeance trompeuse, qui dans l’adversité, occulte ce qui va bien, et dans la prospérité occulte ce qui va mal. Elle entraîne l’ignorance humaine dans des chutes douloureuses. Nous demandons donc que l’impulsion des péchés ne nous fasse pas tomber dans les fosses des tentations. On dit que Dieu induit quand Il abandonne ceux qui courent vers les crimes. Mais délivre-nous du mal. Il désigne ici le méchant auteur du mal, le démon. Nous demandons donc que par ce seul secours, nous soyons à l’abri de tous les maux, ainsi que de l’auteur du mal.
Notre Père qui es aux cieux. Parmi ceux qui s’appellent fils, personne ne se propose de demeurer dans la condition sociale de l’esclavage. Tu es désigné aujourd’hui comme un germe divin, mais tu n’y es pas encore promu. Sache que c’est en espérance, non réellement que tu l’es devenu. Ecoute l’Apôtre : C’est en espérance que vous êtes sauvés. On n’espère pas voir les choses que l’on voit, car qui espère ce qu’il voit ? Si donc nous espérons ce que nous ne voyons pas, attendons-le patiemment. Aujourd’hui, c’est le jour de l’adoption. Aujourd’hui, c’est le jour de la promesse. Ecoute, crois, espère ! Crois en ton Créancier, qui t’a prêté à toi son débiteur. Espère qu’Il viendra bientôt Celui qui t’a longtemps supporté pour que tu viennes ! Donne des avances sur ce que tu as promis de rembourser, à Celui qui a d’avance annulé toutes tes dettes . Ou pourquoi trouves-tu difficile d’espérer en Dieu, quand tout le genre humain ne subsiste que grâce à l’espérance, ne vit que de foi ? Le cultivateur n’ensemencerait pas dans la sueur et l’essoufflement s’il n’espérait pas, en temps voulu, le fruit de son travail. Le voyageur ne se soumettrait pas aux fatigues d’un long périple s’il ne croyait pas parvenir à destination. Le marin n’affronterait pas les hasards de la mer s’il n’espérait pas que les profits subséquents compenseraient pour les décisions difficiles à prendre au cours du voyage. Le soldat n’exposerait pas toute la période de sa jeunesse au danger s’il n’espérait pas recevoir dans sa vieillesse des honneurs en abondance. Le fils ne supporterait pas le temps où le père fait peser sur lui son autorité s’il n’espérait pas hériter des biens paternels. Et toi, si tu te crois déjà fils de Dieu, selon le mot du Prophète Attends le Seigneur, agis virilement, et ton cœur trouvera du réconfort-. espère que tu obtiendras l’héritage de Dieu de l’attente de la foi et de la vertu de patience. Ecoute l’Apôtre : Nous sommes fils de Dieu, et ce que nous serons n’a pas encore été manifesté. Mais nous savons que quand Il apparaîtra, nous serons semblables à lui. Et de nouveau : Notre vie est cachée avec le Christ en Dieu. Quand apparaîtra le Christ, votre vie, vous aussi apparaîtrez alors avec Lui dans la gloire. Frères, heureux sont les fils de Dieu, parce qu’ils auront toutes choses en héritage, et le ravissement en Dieu leur fera oublier le malheur des temps.