72ème sermon de Saint Pierre Chrysologue
Ce que je vais vous dire en frémissant, ce que vous allez entendre en tremblant, ou plutôt ce à quoi vous allez être appelés, plonge les anges dans la stupeur, épouvante les Vertus. Les étoiles ne le saisissent pas, le soleil ne le voit pas, la terre ne le supporte pas, toute la création ne peut l’atteindre. Qu’y peut le cœur mortel ? Qu’y peut l’intelligence imbécile de l’homme ? Qu’y peut la faiblesse des sens humains ? Qu’y peut le souffle léger de la voix humaine ? Qu’y peut la langue humaine bientôt condamnée au silence ? Lorsque Paul a vu cela de façon invisible, il l’a révélé sans le révéler, en disant : L’œil n’a pas vu, l’oreille n’a pas entendu, et il n’est jamais monté dans le cœur de l’homme ce que Dieu a préparé pour ceux qui L’aiment. Quand Isaïe a commencé à en avoir la révélation, il se demandait si l’homme pourrait jamais y parvenir, même par la foi, en disant : Qui croira jamais à ce que nous avons entendu ? Quand Jérémie se fit une idée de la révélation divine, ses sens supérieurs ne supportèrent pas cet enfantement, disant : Je plains mon ventre, je plains mon ventre, et les sentiments de mon cœurs sont troublés. Habacuc exposait cela de bout en bout sous le souffle du Saint Esprit quand il disait : J’ai conservé, et mon ventre a été épouvanté au son du discours de tes lèvres. Et la frayeur est entrée dans mes os, et en-dessous de moi ma vertu s’est troublée. Soulevé par la vertu de Dieu, il sentit que sa propre vertu s’affaissait sous lui. Il serait trop long de poursuivre dans cette ligne du sacrement de la peur, et d’énumérer tout ce que les saints nous offrent d’exemples Le temps ne nous permet pas de nous attarder plus longtemps dans ce frisson sacré, et le violent désir de ceux qui sont en train de naître ne permet pas de retarder l’enfantement céleste. Je dis donc, et vous qui êtes encore dans le sein maternel, je vous interpelle d’une voix pénétrante, je vous instruis d’avance en une exhortation prévoyante, pour que vous invoquiez le Père avant de voir la mère, pour qu’avant les caresses maternelles, vous tendiez et vous vous hâtiez vers le royaume. Pour que vous veniez vers le pain du Père avant que vous vous suspendiez aux mamelles de votre mère. Que ne l’emporte sur vous aucun besoin personnel, aucune attache maternelle, aucune préoccupation mondaine ! Mais que tout en vous réponde et coopère au Père divin, à l’Auteur céleste !
Notre Père qui es aux cieux. Voici ce que j’avais peur de dire, voici ce qui me faisait trembler à la seule idée de le proférer, voici ce que la condition de la servitude personnelle ne permettait d’entendre à qui que ce soit parmi les anges ou les hommes, ne pouvait même soupçonner : qu’entre le ciel et la terre, la chair et Dieu, une association puisse tout d’un coup se former, de façon à ce que Dieu soit dans l’homme, et l’homme en Dieu. De façon à ce que le Seigneur se change en serviteur, et le serviteur en fils. De façon à ce que des liens de parenté s’établissent d’une façon ineffable entre la divinité et l’humanité. Et la considération que Dieu a envers nous est si grande qu’il est impossible de savoir ce qui doit étonner davantage la créature : est-ce le fait que Dieu a déposé sa divinité pour partager notre servitude ou qu’Il nous a emportés à la dignité de sa divinité ? Voilà pourquoi, ô homme, Il te harangue divinement Celui qui est enflammé d’un si grand amour de toi. Alors que tu es encore dans le ventre de ta mère, Il t’adopte comme fils par ta voix. Il ne veut pas seulement que tu sois libéré, mais que tu naisses. Il veut que sur cette nature qu’Il te donne en t’affranchissant, la conception de la servitude passée ne vienne déposer aucune souillure, aucune tache . Bienheureux êtes-vous, vous à qui il est donné de dominer avant de naître, de régner avant de vivre, de parvenir à la gloire du Dieu Père avant de connaître la bassesse de votre lignée ! L’église, heureuse mère, qui tourne son attention sur des gens comme vous, s’étonne d’avoir engendré, tout en demeurant vierge, des fils aussi nombreux que vous et d’une aussi grande qualité. Cet enfantement a été autrefois annoncé à l’avance par des exemples. Jacob, dans le sein de sa mère, lutte avec son frère, et lui ravit aussi les triomphes. Dans le sein de Thamar, des jumeaux luttent pour la suprématie, retardent la naissance, et ne désirent pas voir la lumière avant de vaincre. Jean exulte et accourt vers son Auteur avant d’être sorti du sein de sa mère. Si les rejetons humains luttent pour Dieu avant de naître de leurs parents, avant de vivre pour le siècle, qu’y a-t-il d’étonnant si les germes divins de l’Eglise, si les rejetons divins qui sont encore dans le sein de leur mère confessent qu’ils sont un germe céleste ? Notre Père qui es aux cieux. La stupeur s’empare de nous. Le Christ, du sein du Père, appelle la mère, et la reconnaît sur la terre . Et l’homme, du sein de sa mère, appelle le Père, et Le confesse dans les cieux. Notre Père qui es aux cieux. Comment la grâce a-t-elle pu tout d’un coup te tirer en avant ? Comment la nature céleste a-t-elle pu s’emparer de toi ? De façon à ce que, encore placé sur la terre et dans la chair, tu ignores la chair et la terre en disant : Notre Père qui es dans les cieux. Celui donc qui confesse et croit être le fils d’un tel Père, que sa vie réponde à sa naissance, que ses mœurs fassent honneur à son Père, et qu’il démontre par ses pensées et ses actions qu’il a obtenu la nature céleste. Que ton nom soit sanctifié. Nous portons aussi le nom de celui auquel nous commençons à être apparenté. Et c’est pourquoi nous demandons, qu’en nous, perdure la sanctification d’un tel nom, l’honneur et la prérogative du nom, que l’élévation d’un tel Dieu a sublimé. Que ton règne arrive. Ce n’est pas à Lui que nous demandons cela, Lui à qui n’a jamais fait défaut le règne, qui est Lui-même personnellement le Règne, et qui contient toute la puissance de son règne. Mais nous, qu’Il veut voir parvenir à la gloire promise du règne, Il nous avertit de Le désirer de tous nos vœux, Il veut que nous le pourchassions avec toutes les forces de notre esprit. Autant il est téméraire celui qui veut justifier rationnellement l’adoption filiale, autant il est amorphe celui qui ne se réjouit pas, n’exulte pas, ne s’époumone pas à crier quand il se dirige vers le règne et y parvient. Que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel. Comme elle se fait dans ciel, qu’elle se fasse sur la terre ! Tout est déjà le ciel, l’esprit de Dieu agit en tous, tous sont dans le Christ et le Christ est dans tous quand tous ne goûtent et ne font que la volonté de Dieu. Alors tous sont une même chose, et qui plus est, un seul est tous quand l’Esprit de Dieu vit seul en tous. Donne-nous aujourd’hui notre pain quotidien. Que Dieu soit béni par le jour à chaque jour ! Nous parlons du Pain quotidien qui est inépuisable. Le Pain qui dure toujours est celui qui est descendu du ciel. Je suis le pain qui est descendu du ciel. Il est donc le Pain de la béatitude parfaite. Aujourd’hui. i.e. dans la vie présente, nous commençons déjà à vivre de la nourriture de ce Pain dont nous nous rassasierons dans le futur, à perpétuité, ce qui veut dire à chaque jour. Et remettez-nous nos dettes comme nous les remettons à nos débiteurs. Il a assez de pouvoir l’homme miséricordieux, qui entre en conflit avec Dieu pour un clignement d’œil, s’il désire qu’on lui donne autant qu’il a donné. Homme, que le pardon soit toujours dans ton cœur si tu ne veux pas redouter les crimes. Et ne nous induis pas en tentation. Ceci demande une interprétation, parce que la tentation du démon, qui précède et qui est amère, est l’instrument de Dieu. Tant que nous serons contenus dans ce corps fragile, il est nécessaire que nous priions pour qu’Il n’ouvre pas en nous une porte à la tentation, et pour qu’Il ne donne pas au démon accès à notre âme. Mais délivre-nous du mal. Que le Seigneur notre Dieu Lui-même nous libère du mal, et nous fasse parvenir à toute sorte de bien, Lui qui vit et règne Dieu maintenant et toujours, et dans l’infinité des siècles et des siècles. Amen.
73ème sermon de Saint Pierre Chrysologue
La fête d’aujourd’hui, frères très chers, ne se confond pas avec les choses anciennes, ni ne conserve la chair de l’agneau pour le lendemain. Mais le passé, pourtant, communie avec le présent en une dévotion solennelle ; et notre Pâques, au retour de la fête de Pâques, s’unit à l’ancienne et sèvre l’enfance par une nouvelle génération. Comme le dit l’Apôtre : Les choses anciennes sont passées, et voici que sont faites de nouvelles choses. L’année du Seigneur se parfait au cours des saisons, mais ne vieillit pas. Elle parcourt le même cycle tant qu’elle ne nous a pas amenés au jour de la rétribution. La solennité pascale d’aujourd’hui nous éloigne du lait qui nous a nourris, pour que, nous sustentant avec une nourriture plus solide, nous nous fortifiions au point de devenir un homme parfait dans le Christ. Nous savons par le récit de la divine histoire que, quand Isaac a été sevré, Abraham a fait un grand banquet, et a mis toute la maisonnée en liesse. Si le rejeton de la vieillesse, si le fils unique de la stérile, a su émouvoir le cœurs des parents et des serviteurs au point de les faire danser en rond et en chœur, au son des cithares et des tambourins qui jouaient de concert avec les psaltérions, à plus forte raison convient-il que nous exultions aujourd’hui en hymnes spirituels et en cantiques, quand la fécondité universelle de la vierge est sevrée dans le germe. Anne, stérile comme Sara, avec les larmes de ses prières, a arrosé l’aridité de son corps et de la nature tant qu’une longue période de sa vie lui déniait la postérité. Mais dès qu’il fut sevré, elle rendit à Dieu comme un don divin Samuel, qu’elle avait reçu de Dieu comme un don divin; et porta sa joie jusqu’à la plénitude de son expression en offrant des victimes sacrificielles pour sa libération. A plus forte raison nous faut-il immoler un sacrifice de louange, accomplir nos vœux, faire brûler l’encens de suavité, et avec toute la graisse des holocaustes, immoler des victimes à Dieu Père, quand la vierge mère présente au Père sur toute la terre des enfants nourris et sevrés, aussi nombreux qu’il y a d’étoiles, pour que soit accomplie cette prophétie : Tu béniras le cycle annuel de ta bénignité, et la fécondité remplira tes champs. Que personne donc ne croie inutile cette fête du mystère de notre salut, ni ne s’imagine devoir coudre une nouvelle pièce d’étoffe sur un vieux vêtement, là où, à la nouveauté chrétienne, nous n’unissons rien de la vétusté judaïque, sachant, comme le dit l’Apôtre, que le Christ nous a soumis la créature. Mais haussons la connaissance divine de la vertu céleste jusqu’à progresser sans cesse, pour que ceux qui viennent de naître soient imbus de ce qu’ils doivent faire, et pour que ceux qui sont nés auparavant apprennent quelle action de grâce ils doivent rendre à Dieu pour leur perfectionnement. Que ceux qui viennent de naître se suspendent au cou de notre mère l’Eglise, et avec une piété totale s’allaitent à ses mamelles . Et qu’avec leurs tendres gosiers, ils ingurgitent la nourriture de l’innocence. Que leur méditation les amène à étendre leurs bras pour l’œuvre sainte. Qu’ils s’efforcent de fortifier pour la course de la foi leurs pieds défaillants. Faut-il abandonner ceux qui sont déjà nourris, pour que ne les régissent pas la sollicitude du Père, la main du Père, la volonté du Père ? Faut-il voir à ce qu’ils soient munis de la pensée de la mère, de la foi de la mère, pour qu’ils perçoivent et suivent non seulement les avis salutaires de la prudence humaine, mais divine ? Ainsi Jacob, timide de lui-même, mais rendu audacieux par le conseil de sa mère, s’est avéré plus mystique que rusé quand il a cherché à s’emparer avant le temps de la bénédiction paternelle. Il n’a pas menti en prétendant être l’aîné, car est premier celui qu’engendre la grâce céleste, non la nature mortelle. Sous une peau de bouc, c’est nous qu’il représentait, nous qui, exhortés par notre mère l’église, nous revêtons du vêtement d’un corps mortifié pour mourir au péché; et pour que nous exhalions l’odeur du jus et de la fécondité des champs, grâce aux fruits continuels de nos confessions, jusqu'à ce que nous moquant, en vue de notre salut, de la cécité israélite, nous recevions la bénédiction paternelle dans le secret de notre foi, selon le dire de l’Apôtre : L’aveuglement d’Israël a eu lieu jusqu’à ce qu’entre la plénitude des Gentils.
74ème sermon de Saint Pierre Chrysologue
Frères très chers, il arrive parfois que la fatigue des veilles et que l’épuisement qu’apporte le jeûne nous font taire, et nous contraignent à gagner le silence. Mais aujourd’hui, nous sommes de retour pour le sermon sur la résurrection du Seigneur. Si c’est une chose divine que le Christ soit né d’une vierge, combien plus divine encore est sa résurrection d’entre les morts ! Que ce qui est divin ne soit donc pas reçu par une oreille humaine! Le soir du sabbat, comme le premier jour de la semaine commençait à poindre. Le soir du sabbat. Le jour du siècle ne le connaît pas, le monde n’en a pas l’expérience. Le soir finit, mais le jour ne commence pas. Le soir enténèbre, il n’éclaire pas. Il ne se métamorphose pas en aurore, parce qu’il ignore la naissance de la lumière. Le soir, mère de la nuit, enfante le jour. La nuit bouleverse sa routine quand elle reconnaît son Auteur : la nouveauté du mystère la fait briller de tous ses feux. Elle s’essouffle à servir le Créateur, non le temps. Le soir du Sabbat, comme le premier jour de la semaine commençait à poindre, Marie-Madeleine et l’autre Marie vinrent visiter le sépulcre. La femme court tardivement au sépulcre pour recevoir le pardon, elle qui avait de bonne heure couru vers la faute. C’est le soir qu’elle cherche le Christ, celle qui reconnaissait avoir perdu Adam le matin. Marie vint et l’autre Marie voir le sépulcre. Celle qui, au paradis, avait contracté le virus de la perfidie, se hâte d’aller chercher la foi au sépulcre. Elle entreprend de ravir la vie à la mort celle qui avait ravi la mort à la vie. Marie vint. Ce nom est celui de la mère du Christ. La mère vient donc en son nom, la femme vient, pour qu’elle devienne la mère des vivants, celle qui était devenue la mère des mourants; pour que soit accompli ce qui avait été imploré : Voilà la mère de tous les vivants. Marie vint et l’autre Marie. Il ne dit pas elles vinrent, mais elle vint. Elle vint elle-même mais dans une autre. Une autre vint, mais c’était elle-même. Pour que la femme soit transformée par la vie, non par le nom; par la vertu, non par le sexe; et pour que soit la messagère de la résurrection celle qui avait été l’entremetteuse de la faute et de la ruine. Marie vint voir le sépulcre. Pour que la vue du sépulcre répare celle que la vue de l’arbre avait désaxée; et que l’aspect salutaire du tombeau relève celle que l’aspect charmant de l’arbre avait prostrée. Voici que se fit un grand tremblement de terre, car un ange du Seigneur descendit du ciel. La terre a tremblé non parce qu’un ange est descendu du ciel, mais parce que le Dominateur est monté des enfers. Voici que se fit un grand tremblement de terre. Le chaos s’ébranle, les plaques tectoniques se fendent, la terre titube, les masses volcaniques frémissent, les fondements de la terre craquent, le tartare tressaille, les enfers sont sur un pied d’alerte. Le sort de la mort est scellé quand, en se dirigeant vers les coupables, elle tombe sur le Juge; quand elle porte la guerre sur le Seigneur en voulant établir sa domination sur les esclaves; quand elle se précipite sur Dieu en voulant assaillir les hommes. C’est en toute justice donc que périt la loi du tartare, que sont abrogés les droits de l’enfer, que le pouvoir de la mort est aboli. Et en punition de sa témérité, Il a ressuscité les morts; et pour injurier celui qui en était le spectateur, Il a rendu les corps. L’homme retrouve son intégrité, la vie est réparée, et tout s’est accompli par la grâce, parce qu’en s’en prenant à l’Auteur de la vie, la mort a outrepassé ses droits. Voici que se fit un grand tremblement de terre. C’est maintenant qu’il a lieu le tremblement de terre ! O ! Si une légère tornade avait alors abattu l’arbre de la mort ! O si une nuée de fumée avoir alors embrouillé le regard de cette femme ! O si un nuage noir avait entaché la beauté de la pomme létale ! O si la main qui touchait des choses défendues avait trembloté ! O si la nuit injuste avait enténébré le jour du péché, elle aurait alors enlevé les lamentations du monde, et ce qui les accroit, la mort, et finalement l’injure faite au Créateur. Les douceurs de la vie favorisent les vices, les plaisirs mènent aux crimes, mais l’austérité et la force précèdent les vertus. Car un ange descendit d u ciel. A la résurrection du Christ, à la disparition de la mort, les relations sont rétablies entre le Ciel et la terre, Et la femme qui, avec le démon, eut un entretien mortel, a eu avec l’ange un colloque vital. Car l’ange du Seigneur descendit du ciel et renversa la pierre. Il ne dit pas qu’il fit rouler la pierre, mais qu’il la renversa, car ce qui était enroulé (le serpent) a été témoin de la mort, mais ce qui a été renversé (la pierre) a attesté la résurrection. Bienheureuse pierre qui mérita de dévoiler et de voiler le Christ ! Bienheureuse qui n’a pas moins ouvert les cœurs que le sépulcre ! Bienheureuse qui donne la foi en la résurrection ! Qui atteste que la chair divine a ressuscité ! Ici, l’ordre des choses est renversé: ce n’est pas un mort que ce sépulcre dévore mais la mort; la maison de la mort devient la demeure de la vie; une nouvelle forme d’utérus conçoit un mort et enfante un vivant. Car l’ange du Seigneur descendit du ciel, et, s’avançant, il renversa la pierre, et s’assit sur elle. Quelle raison l’ange avait-il de s’asseoir, lui qui ne pouvait se fatiguer ? Mais il siégeait en tant que docteur de la foi, en tant que professeur de la résurrection. Il était assis sur la pierre, pour que la solidité du siège donne aux croyants la fermeté. L’ange posait sur la pierre les fondements de la foi, sur laquelle le Christ allait fonder son église. Car Il a dit : Tu es pierre et sur cette pierre, je bâtirai mon église. Son aspect était comme celui de l’éclair, et ses vêtements étaient semblables à la neige. L’éclair ne suffit pas à l’ange, et quel besoin la nature céleste a-t-elle d’un vêtement ? Mais une telle splendeur témoignait de l’aspect et de la forme de notre résurrection, parce que ceux que le Christ ressuscite sont transmutés dans la gloire du Christ. Les gardes tressaillirent d’effroi, et devinrent comme morts. Malheureux sont ceux que percute la peur de la mort quand la sécurité de la vie est rendue. Mais les ministres de la cruauté, les exécuteurs de la perfidie étrangère, comment pouvaient-ils avoir confiance dans le ciel ? Ils investissaient le sépulcre, bloquaient la porte à la résurrection, et faisaient bonne garde pour que la vie ne puisse y entrer et que la mort ne puisse y périr. C’est avec raison que l’arrivée de l’ange les a frappés et jetés par terre. La mortalité misérable et toujours ennemie d’elle-même se débat pour ne pas ressusciter. Il convenait d’ouvrir le sépulcre et d’apporter tout ce qui facilitait la résurrection pour que le fait apparaisse dans tout ce qu’il avait de prodigieux, pour que l’espoir naisse de cet exemple, pour que la réalité soit retournée en sens contraire, pour que naisse la foi dans la vie à venir. C’est le comble de la folie à l’homme de ne pas croire dans ce qui constitue ses rêves les plus chers. Que suffise aujourd’hui ce que nous avons dit des gardes. Pour n’être pas trop long aujourd’hui, nous dirons plus tard ce sur quoi porte notre foi, avec l’aide de Notre-Seigneur Jésus-Christ qui vit et règne avec le Père, Dieu pendant les siècles des siècles.
75ème sermon de Saint Pierre Chrysologue
Autant pour vous que pour moi ce sermon est celui d’un pèlerin. Mais priez, mes frères, que, puisque Dieu m’a rendu à vous, il daigne me redonner la prédication. Vous avez entendu l’évangéliste qui disait : Le soir du sabbat, comme le premier jour de la semaine commençait à poindre. Qu’est-ce que le gros bon peut bien comprendre ici ? Qu’est-ce que saisit ici la sagesse humaine ? Un soir lumineux ? Le soir ne finit pas en ébauchant le jour ; il n’enfante pas la lumière mais les ténèbres. Mais ici l’Auteur des éléments bouleverse l’ordre des éléments, pour que dans la résurrection du Seigneur, tu ne vois que du divin, et rien d’humain. A la résurrection du Christ, le soir est lumineux pour les fidèles, et le jour s’enténèbre pour les infidèles. Pour les disciples, la nuit est changée en jour; pour les Juifs, le jour est converti en nuit. A partir de la sixième heure, les ténèbres couvrirent la terre entière jusqu’à la neuvième heure. De façon à ce que le jour se soit obscurci en plein midi, pour que s’accomplisse ce qui avait été écrit : Le soleil se couchera pour eux le midi. Il se couchera pour les Juifs, et aussi pour nous. La nuit sera illuminée comme le jour. Le soir qui sombre dans des ténèbres profondes, se magnifie et se sublime en lumière; et de toute sa splendeur, il remplit les cœurs des mortels du Christ ressuscité des enfers. Le soir du sabbat. Parce que le Sabbat est ennobli par le Christ, non détruit. Je ne suis pas venu pour détruire la loi, mais pour la porter à sa perfection. Le sabbat est illuminé pour qu’il scintille le dimanche, pour que brille dans l’église ce qui dans la synagogue avait été assombri par les Juifs obscurantistes. Marie Madeleine vint et l’autre Marie visiter le sépulcre. Les femmes précèdent les apôtres dans le ministère, celles qui, par le sexe, viennent après les hommes, et selon la hiérarchie, après les disciples. Leur conduite ne rend pas les Apôtres moins zélés, puisque ce qu’elles ont apporté au sépulcre du Seigneur ce n’est pas la condition féminine, mais un type de l’Eglise. Marie et Marie, l’autre étant semblable à elle-même, et elle-même semblable à l’autre. L’autre Marie qui est la même c’est Marie, la mère du Christ. Un seul nom se dédouble en deux femmes, parce que, ici, l’Eglise qui vient de deux peuples, est une seule et même église figurée en deux peuples, i.e., les Gentils et les Juifs : parce que les premiers sont les derniers et les derniers les premiers. Marie vient au sépulcre, elle vient à l’utérus de la résurrection : elle vient à l’enfantement de la vie, pour que le Christ naisse de nouveau du sépulcre de la foi, Lui qui avait été engendré du ventre de la chair; et que le sépulcre scellé rende à la vie éternelle Celui que la virginité scellée avait apporté à la vie présente. Si c’est un prodige inouï de la divinité d’avoir maintenu inviolée la virginité après l’enfantement, ce n’est pas un prodige moins étonnant d’être sorti avec un corps d’un sépulcre hermétique. Tu vois qu’elles étaient venues non pour s’enquérir du Seigneur mais du sépulcre. Elles ne cherchaient pas parmi les morts Celui qui était vivant, elles qui croyaient déjà que le Seigneur était ressuscité. Car l’ange du Seigneur descendit du ciel, et s’avançant, renversa la pierre. Il a renversé la pierre non pour faciliter l’évasion de Jésus, mais pour montrer au monde que le Seigneur était déjà ressuscité. Pour donner à ses compagnons de service la foi suffisante pour croire, non pour aider le Seigneur à ressusciter. Il renverse la pierre. Est déroulé (ou renversé) en vue de la foi ce qui avait été enroulé en vue de la perfidie. Il renverse la pierre (ou déroule). Pour que le titre de la vie soit le même que celui qu’avait accepté de tenir le gardien de la mort. Priez mes frères pour que l’ange descende maintenant, et qu’il renverse toute la dureté de notre cœur; qu’il défenestre nos sens et qu’il atteste à nos esprits que le Christ est ressuscité. Car comme le cœur est un ciel là où vit et règne le Christ, de la même façon il est un sépulcre là où le Christ est mort et enseveli. On croit que la mort du Christ a eu lieu mais qu’elle a passé outre, qu’elle est allée au-delà. . Le Christ homme a souffert, est mort et a été enseveli. Le Christ Dieu est, vit, règne, demeure et continue à être. Ecoute l’Apôtre qui dit : Même si nous avons connu le Christ selon la chair, nous ne le connaissons plus maintenant ainsi. Ce qui est mort au péché est mort une seule fois. Ce qui vit vit en Dieu. Ce qui veut dire que Dieu vit. Et s’avançant, il renversa la pierre et s’assit dessus. Il s’est assis pour enseigner la résurrection, non pour se reposer d’une fatigue. La nature céleste ignore la lassitude, ne connaît pas le labeur. Mais la pierre est devenue le siège d’une catéchèse évangélique, la chaire de la doctrine céleste, l’école de la vie, parce que les Juifs en avaient fait la porte de la mort, le service de la cendre, la tristesse du silence. Son aspect était comme l’éclair et ses vêtements étaient semblables à de la neige. La clarté du visage est distincte de la blancheur des vêtements, et la face est comparée à un éclair, tandis que le vêtement de l’ange est comparé à de la neige, parce que l’éclair vient du ciel et la neige de la terre. Ecoute le Prophète qui dit : Louez de la terre le Seigneur feu, grêle et neige. Dans la face de l’ange donc, est conservée la clarté de la nature céleste; dans le vêtement, est figurée la grâce de la communion avec l’humanité. Et l’aspect de l’ange qui parle est adouci pour que les yeux charnels supportent facilement la clarté tamisée des vêtements, et que dans l’éclat du visage ils craignent et révèrent le messager de l’Auteur. Les gardes tressaillirent d’effroi. Pourquoi sont-ils épouvantés ? Parce qu’ils Le gardaient avec le fanatisme de la cruauté plutôt qu’avec la déférence respectueuse de la piété. Il saccage, il détruit, mais ne peut pas demeurer stable celui que la conscience a détrôné et que le crime pousse à l’agitation. Voilà pourquoi l’ange culbute les impies, converse avec les pieux et les console. N’ayez pas peur, vous autres ! Ce qui veut dire : que les autres craignent ! Que ceux qui cherchent le Christ ne craignent pas, mais que craignent ceux qui Le persécutent ! Ne craignez pas vous autres, car je sais que le Jésus que vous cherchez est ressuscité. Il n’est point ici. Ce qui signifie : je suis venu pour vous instruire, vous, non pour exhumer Celui qui est le Créateur du monde et son Concepteur. Il n’est pas ici. Il est ressuscité comme Il l’a dit. Vous voyez que l’ange était venu pour que le serviteur confirme par des faits ce que le Seigneur avait prédit en paroles; et pour qu’il enseigne qu’Il détient la clef de la vie et de la mort Celui qui avant sa mort, avait prédit sa résurrection. Car Celui qui pouvait savoir savait aussi se mettre en garde contre la mort; mais Celui qui pouvait vaincre a méprisé la défaite, parce que la gloire du Ressuscité a enseveli l’ignominie du mourant. Nous traiterons de ce qui suit, mes frères, dans le sermon suivant, parce que la fatigue encore toute fraîche du voyage, que nous avons fait récemment, nous interdit de prolonger et de développer davantage ce sermon.
76ème sermon de Saint Pierre Chrysologue
Dans le sermon précédent, nous avons dit que Marie et l’autre Marie ont été une figure de l’Eglise, qui provient de deux peuples. Voilà ce que nous voulons développer aujourd’hui dans ce qui suit, si vous avez l’amabilité de nous écouter attentivement. L’ange, répondant, dit : N’ayez pas peur, vous autres, car je sais que c’est Jésus qui a été crucifié que vous cherchez. Il n’est pas ici, car il est ressuscité comme il l’a dit. Venez, voyez le lieu où avait été déposé le Seigneur. L’ange enseigne le nom, nomme la croix, parle de la passion, reconnaît la mort, mais il confesse bientôt après la résurrection; sans tarder il confesse le Seigneur. En reconnaissant le Seigneur après tant de supplices, après le sépulcre, l’ange proclame sa servitude, et il convient que toute l’abjection de la passion est passée dans la gloire absolue de la résurrection. Pourquoi l’homme juge-t-il que Dieu s’est avili dans la chair, ou pourquoi pense-t-il que dans la passion Sa vertu a fait défaut ? Ou pourquoi croit-il que la Domination a été engloutie par la servitude ? L’ange fait bien de dire qu’Il a été crucifié, de montrer le lieu où Il avait été placé, pour qu’on ne croie pas que c’est un autre qui est ressuscité, et non Lui-même. En revenant dans la chair, le Christ rapporte les blessures, reprend les plaies des clous; et les témoins de son cops qui furent présents à l’outrage de la passion, Il en fait des signes de sa résurrection. Pourquoi l’homme pense-t-il qu’il reviendra dans une autre chair et non dans la sienne ? Et pourquoi le serviteur dédaigne-t-il sa chair quand le Seigneur n’a pas changé la sienne ? Reconnais o homme, que ce sera toi-même qui seras dans ta chair, de peur de ne plus être toi-même si tu ressuscitais dans une chair étrangère. L’ange a ajouté les paroles suivantes : Allez vite dire aux disciples que le Seigneur est ressuscité, et qu’Il vous précédera en Galilée. C’est là que vous le verrez. Ici, ce ne sont pas les femmes que l’ange envoie, mais l’église dans deux femmes. Il en envoie une seule pour qu’après avoir été envoyée, elle répande au long et au large la bonne nouvelle de la résurrection.
L’ange envoie ici l’épouse vers l’Epoux, car en s’en allant, le Seigneur vient à leur rencontre et les salue en leur disant : Je vous salue. Il accourt, et Il ne les terrifie pas par sa puissance, mais les prévient par l’ardeur de sa charité. Il ne les trouble pas par son autorité, mais les salue en vertu de la loi de l’époux. Il ne les écrase pas sous le poids de ses droits de Dominateur, mais les honore avec la dilection d’un participant au même héritage. Il salue. Je vous salue. Il avait dit Lui-même à ses disciples : Vous ne saluerez personne en route. Et pourquoi ici, sur la route, accourt-Il en fête pour saluer ? Il ne s’attend pas à être reconnu, Il n’exige pas d’être compris. Il n’admet pas d’être interrogé, mais Il s’engage tout entier dans la salutation. Il y va avec ferveur, et par sa salutation, contredit-Il son propre commandement ? Il le contredit, oui, Il le contredit, car Il a remporté la victoire sur tout, et la force de Son amour déborde. On peut dire aussi que dans l’église le Christ se salue, parce qu’Il l’a fait sienne, et ainsi, c’est son propre cœur qu’Il reçoit dans son corps, selon le mot de l’Apôtre : Et Il est la tête du corps qui est l’église. Cette salutation elle-même montre avec évidence que ces femmes demeurent une figure de l’église, parce que le Christ a cherché à convaincre ses disciples qui doutaient de la résurrection. Il a confirmé les hésitants, les a rappelés à la foi en leur montrant son côté, les plaies des clous, et en mangeant avec eux. Il avait donc raison de les appeler petits et enfants, quand Il leur a dit : Enfants, avez-vous quelque chose à manger ? Et ailleurs, il appelle femme Marie qui pleurait sur Lui comme sur un mort, et lui refuse la permission de Le toucher. Mais celles-ci, Il les trouve si parfaites, si croyantes, non effarouchées par la faiblesse de leur sexe, mais courant au mystère, recherchant le Seigneur de toute l’ardeur de leur foi, qu’Il se laisse aller à les saluer ainsi : Je vous salue. L’ange avait dit : Car je sais que vous cherchez Jésus qui a été crucifié. Et à celles qui Le cherchaient, le Christ a répondu : Je vous salue. A un autre endroit, Il n’a même pas donné à Marie l’autorisation de Le toucher. Ici, Il accorde la permission entière non seulement de le toucher, mais de le tenir : Elles s’avancèrent, et lui tinrent les pieds. Ces femmes tiennent les pieds du Christ, elles qui dans l’église tiennent le type de la prédication évangélique, et ont mérité de l’être par leur course. Et ainsi elles touchent dans la foi les vestiges de leur Sauveur pour qu’elles parviennent à tout l’honneur et à toute la gloire de la divinité. L’autre avait mérité d’entendre : Ne me touche pas, elle qui pleurait le Seigneur sur la terre, et qui Le cherchait mort dans le sépulcre, sans savoir qu’Il règne dans les cieux avec le Père. Ne me touche pas. Ne cherche pas à honorer par le toucher de la chair Celui que tu devrais n’atteindre que par le toucher de la foi. Et ne présume pas toucher uniquement comme homme sur la terre Celui que tu n’as pas encore le goût d’adorer comme Dieu dans le ciel. Que cesse ta préoccupation féminine, que tes soins féminins disparaissent, qu’une croyance virile monte dans ton cœur, que toute la capacité d’aimer de ton cœur désire mon ascension, pour que tu jouisses dans le ciel de la béatitude éternelle de mon toucher. Selon le mot du Prophète : Bienheureux l’homme qui reçoit de toi le secours. Il a préparé dans son cœur des ascensions. Celui qui n’est pas monté au ciel avec le Christ par la foi ne touche pas le Christ sur la terre. Le fait que la même Marie qui, établie maintenant au faîte de la foi, et élevée au sommet de l’Eglise, touche le Christ et le tienne de toute l’affection de la sainteté, est maintenant toute désespérée dans l’imbécillité de la chair et la faiblesse de la femme, et ne mérite pas de toucher son Auteur, tout cela ne nous cause aucun problème. Car l’une se rapporte à la figure, l’autre au sexe. L’une provient de la grâce divine, l’autre de la nature humaine. Car nous-mêmes, lorsque nous savons des choses divines, c’est un don de Dieu. Quand nous comprenons humainement, nous nous aveuglons nous-mêmes. C’est ainsi que le bienheureux Pierre connut le Christ quand il confessa le Fils de Dieu, le Père Le lui révélant. Quand il renia le Christ, il se ressentit de la cécité de la chair et en fut victime. Les Juifs achètent cher ou vendent en détail les biens d’autrui à un prix encore plus élevé, quand ils cherchent à monnayer les péchés, quand ils paient en argent comptant et récompensent les fautes, quand ils assoient solidement sur l’argent véreux ce qu’ils avaient ramassé par des crimes. C’est ainsi qu’ils se sont procuré Judas, traitre de son Seigneur, et qu’ils jaugèrent à prix d’argent la valeur du sang du Rédempteur du monde. C’est de cette façon que, pour le monde, ils ferment la foi du sépulcre ouvert. Pour que l’argent fasse du crime de la négation de la résurrection le crime des crimes. Ils donnèrent aux soldats une somme considérable d’argent en leur disant : dites que ses disciples sont venus de nuit, et l’ont dérobé pendant notre sommeil. Et si le procurateur en entend parler, nous le persuaderons et assurerons votre sécurité. Ayant reçu l’argent, ils firent comme on le leur avait dit. Et c’est cette interprétation qui s’est répandue chez les Juifs jusqu’à aujourd’hui. Chez les Juifs. Chez les chrétiens aussi ? Judée, la vérité que tu as éclipsée en Judée avec ton or, a brillé et resplendi dans le monde entier par la foi. Les disciples ont reçu le Christ, ils ne l’ont pas dérobé. Tu as tramé la perfidie, mais tu n’as pas confisqué la vérité. Judée, le Christ est ressuscité, toi, tu as perdu la survie. Que son sang retombe sur nous et sur nos enfants. Judée, le Christ vit, et toi, tu t’es tuée toi-même, toi et ta descendance.