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77ème Sermon de Saint Pierre Chrysologue
 C’est un indice pleinement satisfaisant de parfaite dévotion qu’au temps de la passion, toute la création ait souffert avec son Créateur. Quelle chair n’a pas été ébranlée quand la terre a tremblé ? Quel esprit n’a pas été paralysé par l’effroi, quel savant n’a pas défailli quand le soleil s’est couché avant l’heure, quand la lumière du jour s’est enfuie ? Nos viscères à nous aussi, mes frères, ont reposé dans la tombe, notre cœur est mort avec Lui, notre sermon a été enseveli avec son Auteur, pour que, maintenant, il ressuscite à Sa plus grande gloire. Voilà la cause de mon silence, voilà la raison du pieux retard apporté à ce que je vous dois. Il ne faut pas s’étonner, mes frères, si, dan sa prévoyance, mon sermon, avec tout le respect de l’amour, a suivi son Libérateur jusque dans les enfers, parce que, sans cela, je n’aurais rien eu à vous rembourser à vous qui êtes de si grands et de si nombreux créanciers . Que si celui qui est chargé de recouvrer l’argent, en homme cupide et avide, se plaint du retard apporté au remboursement, qu’il cesse d’incriminer l’échéance, parce que la richesse de mon Seigneur haussera le taux d’intérêt, et paiera l’emprunt son poids d’or. Que nous absolve la large reconnaissance de la studieuse lecture évangélique, nous que la nécessité d’un tel devoir a réduits et conduits à cette dette envers vous.
 Le soir du sabbat, qui devint lumineux à la première heure du sabbat. Quand le Seigneur est ressuscité, ce n’est pas seulement le droit de la nature humaine qui a été renversé, mais l’ordre de la création lui-même a été de façon spectaculaire, bouleversé. Le soir du sabbat qui est lumineux. Voici qu’à la résurrection du Christ, le soir ne s’enténèbre pas, mais émet de la lumière. Et ce qui avait coutume d’être le début de la nuit devint le prélude de la lumière. Le soir du sabbat qui brille à la première heure du sabbat. Comme la mortalité a été changée en immortalité, comme la corruption est devenue incorruptible, comme la chair s’est muée en Dieu, les ténèbres se sont métamorphosées en lumière. Pour que la nuit elle-même se réjouisse de ne pas avoir péri, mais d’avoir été transformée, elle qui a été privée plus de l’obscurité que du temps de la nuit, qui a été assez heureuse pour perdre l’esclavage de l’alternance nocturne, afin de progresser et de faire irruption vers la liberté de la lumière perpétuelle, au dire du Prophète : Et la nuit est mon illumination dans mes délices. Le soir qui brille à la première heure du sabbat. Le sabbat se réjouit d’être devenu secondaire, lui que la loi condamnait à la torpeur du loisir. Et par la primauté reconnue au jour du Seigneur, l’inertie de l’observance judaïque, qui rendait étrangère à la vertu salvifique, est merveilleusement poussée à accomplir les œuvres de la vertu divine, selon la parole du Seigneur : Il n’est pas permis le jour du Sabbat de travailler des champs, de porter secours aux affligés, de donner la vue aux aveugles, et la vie aux morts ? Et en restreignant aux seules méditations de la sainte loi l’emploi du jour du Sabbat donné par Dieu, ils ne faisaient que favoriser l’esclavage du ventre.
 Marie Madeleine vint, et l’autre Marie. Une vint par un nom qu’on lit appartenir à des personnes différentes. Marie vint, et l’autre Marie. L’unité du nom symbolise une seule personne en deux personnes, et la diversité des personnes nous fait comprendre la mutation qu’a connue la femme. Elle vint, non elles vinrent. Et quand l’évangéliste parle d’une autre, dans l’une et l’autre il désigne la même, en un langage mystique, afin de démontrer que l’une est venue avant la foi et que l’autre reviendra après la foi. La femme est venue, mais Marie retourne. Elle vient celle qui a apporté la mort, elle revient celle qui a engendré la Vie. Adam vient, celui qui nous a conduits aux enfers, elle revient des enfers celle qui a reçu le Christ. Marie vint et l’autre Marie. Pourquoi? Pour voir le sépulcre, non pour chercher le Seigneur. Seulement pour voir le sépulcre, l’épitaphe de son crime, la preuve de sa triste trahison, de sa présomption diabolique, le seau de sa quête bestiale présomptueuse avec le démon, pour récupérer la foi là où l’accablait l’opprobre perpétuel de sa prévarication.
 Et voici que se fit un grand tremblement de terre. Si la terre a tremblé ainsi quand le Seigneur est ressuscité pour le pardon des siens, elle chancellera de la même façon quand le Seigneur se lèvera pour punir les méchants, au dire même du Prophète : La terre a tremblé et vacillé quand le Seigneur s’est relevé pour le jugement. Et qui n’a pas pu supporter la présence d’un ange, d’un compagnon de service, comment pourra-t-il supporter le Dieu Juge ? Voici que le salut est réparé aux même lieux où avait péri le salut humain. La première femme l’avait perdu dans la perfidie, l’autre la retrouvé dans la foi. Elle est la première à courir vers le Destructeur de la mort, celle qui avait été la première à courir vers l’auteur de la mort. Elle est la première à entendre parler l’ange celle qui avait été la première à converser avec le démon.
 L’ange du Seigneur descendit du ciel, et s’avançant, renversa (ou roula par en arrière ou déroula)  la pierre, puis s’assit sur elle. Il ne se comporta pas ainsi pour aider à la résurrection du Seigneur, mais pour la révéler. Le Seigneur avait dit : J’ai le pouvoir de déposer ma vie, et j’ai le pouvoir de la reprendre. L’ange nous ouvre ce qui était fermé, il rend accessible ce qui était caché, mais il ne rend pas à lumière son Auteur qui n’était déjà plus dans le sépulcre. Et il amène à la foi de la résurrection ses compagnons de service qui étaient immobilisés dans l’obscurité du doute. Il témoigne lui-même, en disant : Il n’est pas ici. Il est ressuscité. Il renversa la pierre, et s’assit sur elle. Pourquoi ne l’a-t-il pas roulée au lieu de la rouler par en arrière (dérouler) où de la renverser ? Pour que la pierre que la perfidie judaïque avait roulée par manière de disgrâce et de scandale, l’ange la déroule dans une vue de foi et de salut, selon le mot du Prophète : Voici que je pose en Sion une pierre d’achoppement, une pierre de scandale. La pierre est donc roulée en arrière, pour qu’il déroule la mort, l’enroulé (le serpent) qui avait claustré la vie. Vous verrez votre vie suspendue devant vos yeux, et vous ne croirez pas.
 Et il s’assit sur elle. Non pour se reposer de sa fatigue, mais pour montrer que c’est lui qui préside sur le sépulcre sacré et vivifiant. Et le ministre d’un devoir céleste déclarait par le moyen d’une telle session que la mort avait été détruite. Et le répondant témoignait, de sa chaire de vérité, que c’était Dieu qui avait souffert, que Celui qui avait eu comme réceptacle les misères de notre corps était de condition divine, était Dieu. A quoi bon en dire davantage, mes frères ? Il s’assoie, parce qu’aucun ange ne s’est jamais éloigné d’un si vénérable sépulcre. Les gardes tremblaient de peur, et devinrent comme morts. La terreur qui a abattu des criminels leur fait bientôt reprendre conscience. Si ce sont des innocents qui se réveillent, c’étaient des injustes et des impies que possédaient la terreur et la mort. Son aspect était comme celui de l’éclair, et ses vêtements étaient semblables à de la neige. Que vient faire le vêtement là il n’y a pas de nudité ? A quoi bon un linge là où il n’y a pas de nécessité de se couvrir ? Mais l’ange, mes frères, préfigure ainsi notre condition, notre forme, note ressemblance au moment de la résurrection, quand sera restitué à l’homme tout l’éclat de son corps. C’est le Seigneur qui le dit : Alors les justes brilleront comme le soleil dans le royaume de leur Père.
 L’ange répondant dit aux femmes : N’ayez pas peur, vous autres. Je sais que c’est Jésus qui a été crucifié que vous cherchez. Elles cherchaient encore Celui qui avait été crucifié et qui était mort, dont la tempête sauvage de la passion avait troublé la foi. Et le poids de la tentation les avait tellement courbées qu’elles continuaient à demander au sépulcre le Seigneur du ciel. Il n’est pas ici. Selon Sa capacité de demeurer dans un lieu. Car il est ici du fait même qu’Il est partout, et qu’Il n’est pas renfermé par des murs. Venez voir le lieu où avait été posé le Seigneur. L’ange invite les femmes à venir voir, pour que le lieu du corps sacré purifie les yeux que l’aspect de l’arbre interdit avait maculés, quand le démon les avait fermés. Elles entrent dans le sépulcre, pour que leur foi ensevelie avec le Seigneur ressuscite toute entière pour le salut éternel. Si nous avons été plantés avec Lui à la ressemblance de sa mort, nous le serons aussi à la ressemblance de sa résurrection. Dites, en vous en allant, à ses disciples : Maintenant que tu es guérie, femme, retourne à l’homme, et persuade-le de la foi, toi qui lui a infusé la perfidie. Rapporte à l’homme la preuve de la résurrection du Seigneur toi qui t’étais constituée conseillère de la tentation et de la ruine.


78ème Sermon de Saint Pierre Chrysologue
(la septième manifestation du Christ faite aux disciples à la mer de Tibériade)
 Après cet ouragan de la passion du Seigneur qui était tout à fait inouï dont le monde n’avait jamais entendu parler, que les enfers n’ont pu supporter, et qui a fait trépider le ciel, le Seigneur vint à la mer de Tibériade, et Il repéra ses disciples ballotés par les flots au milieu des ténèbres de la nuit. Après la fuite du soleil, à quoi peut bien servir le brillant de la lune ? Quelle consolation restait-il encore aux étoiles à apporter pour les ténèbres de la nuit ? La terre n’était plus qu’une confuse obscurité, qui aveuglait non seulement le regard corporel, mais la vue de l’esprit. Elle ne permettait pas de gagner le littoral de la foi, ni d’entrer dans le port du salut, ni de rejoindre d’autres navigateurs. Le matin venu dit l’évangéliste, Jésus se tenait debout sur le rivage, mais les disciples ne connurent pas que c’était Jésus. Toute la création avait fui l’injure commise envers le Créateur. De toute évidence, le meurtre du Seigneur avait mobilisé le monde entier, qui savait très bien qu’il appartenait à toute la maisonnée de venger l’assassinat du Dominateur, que la scélératesse des esclaves avait perpétré. C’est pour cela que, la terre, privée de ses fondations, tremblait; que le soleil s’était éclipsé pour ne rien voir; que le jour s’était éloigné pour ne pas y prendre part. Les pierres, à qui la nature ne permettait pas de se déplacer, se sont infligé une nouvelle blessure en se fissurant, dénonçant le forfait par le son seulement puisqu’elles ne le pouvaient pas par la voix. Quand l’enfer vaincu vit le Juge en personne parvenir jusqu’à lui, il laissa partir en se lamentant ceux qu’il retenait. C’est alors que les choses inanimées annoncèrent aux vivants que les morts, que le monde croyait anéantis, ressusciteraient avec leurs âmes dotées de leurs corps. Quand donc la belle ordonnance du cosmos sombrait dans la confusion, et quand elle croyait que la mort de son Auteur l’avait ramenée aux ténèbres primitives et au chaos antique, subitement le Seigneur, par la lumière de Sa résurrection, rappelle le jour, et réforme l’univers en un tout organisé et ordonné, pour redresser en même temps que Lui, pour Sa gloire, le monde equ’Il avait vu compatir à Ses souffrances. L’évangéliste dit : Le matin étant arrivé. Ce qui veut dire : une fois traversée la nuit de la passion. Jésus se tenait sur le rivage. Pour replacer toutes choses dans leurs bornes antiques, pour apporter la certitude dans le doute, pour enrayer le sort, pour harmoniser le disparate, et par sa seule station, stabiliser les fondements eux-mêmes de la terre qui avaient été ébranlés. Pour que le monde qui s’était enfui pour ne pas voir l’injure faite à son Auteur, Lui apporte le tribut de son hommage . Jésus se tenait sur le rivage. Pour que, par sa station, il ramène à la fidélité de la foi en Lui son Eglise d’abord et avant tout, dans laquelle Ses disciples étaient ballotés par les vagues de la mer. Et enfin, parce qu’Il les avait trouvés spoliés de la vertu de la foi, et qu’Il s’était rendu compte que le découragement les avait vidés de toute vigueur virile, Il les semonça en les appelant enfants, quand Il leur dit : Enfants, avez-vous quelque chose à manger  ? Là était Pierre, qui l’avait renié, Thomas qui avait douté, Jean qui avait fui. Il ne s’adresse pas à eux comme à de braves soldats, mais comme à des enfants. Et ceux qu’il ne considérait pas idoines au combat, Il les invita au repas, comme des êtres chétifs, en leur disant : Enfants, avez-vous quelque chose à manger ? Pour que l’hospitalité les ramène à la grâce, le pain à la confiance, le poisson à la foi. Ils n’auraient pas cru que Son corps ressuscité était réel s’il ne L’avaient vu manger comme mange un être humain. C’est pour cela que la Satiété absolue demande de la nourriture. Le Pain lui-même mange, car ce n’est pas de nourriture qu’Il a toujours faim, mais de la charité des Siens. Enfants, avez-vous quelques chose à manger ? Ils lui répondirent : non. Et que pouvaient-ils bien avoir eux qui n’avaient pas le Christ à leurs côtés, qui ne voyaient pas encore de leurs yeux le Christ se tenant debout devant eux ? Les disciples ne connurent pas que c’était Jésus. Il leur dit : Jetez le filet à droite, et vous trouverez. Il renvoie à la droite ceux que le trouble de la passion avait déportés à gauche. Ils jetèrent leur filet, et ne purent le tirer à cause du grand nombre de poissons. Ils ont jeté le filet à droite, ils l’ont jeté du côté viril, mais comme ils n’étaient encore que des enfants, ils ne purent pas le tirer. Ils comprirent par le poids lui-même, par l’afflux des poissons au commandement du Seigneur que cette capture n’était pas le résultat de l’expertise humaine. Le disciple que Jésus aimait dit : C’est le Seigneur. Celui qui aime est le premier à voir, parce que le regard de l’amour saisit toujours avec plus d’acuité, et celui qui aime ressent toujours avec plus de vivacité. Quand Pierre entendit. Les évènements récents avait tellement ralenti l’esprit de Pierre qu’un autre à fait connaître le Seigneur à celui qui avait l’habitude de l’annoncer. Où est donc sa profession singulière de foi ? Tu es le Christ, le fils du Dieu vivant. Où est-elle allée ? C’est de la maison de Caïphe, le prince des Juifs qu’elle s’est enfuie. Il a vu son Seigneur en retard celui qui avait été prompt à écouter les insinuations d’une servante. Quand il entendit que c’état le Seigneur, il se ceignit de sa tunique car il était nu. Il est étonnant de constater, mes frères, que, quand le Seigneur a été capturé, Jean a abandonné son vêtement, et Pierre s’est trouvé nu. Car c’est la fuite qui a habillé Jean et la négation qui a dénudé Pierre. Il est étonnant mes frères, il est même très étonnant qu’il soit nu dans le navire et habillé dans la mer, car l’innocence n’est jamais nue et la culpabilité se dissimule derrière un habit. Pierre maintenant, après sa faute, s’empresse, comme Adam, de couvrir sa nudité, eux qui furent tous les deux, avant la faute, revêtus de la sainte nudité. Il se ceignit de sa tunique et sauta dans la mer. Pour que la mer nettoie ce que la négation avait pollué. Il se jeta à la mer. Pour qu’il soit le premier à revenir celui qui, dans la hiérarchie ecclésiastique, avait reçu la primauté. Et il s’est ceint de sa tunique. Il s’est ceint d’une tunique celui qu’un autre devait ceindre pour la passion du martyre, d’après la parole du Seigneur : Un autre te ceindra et t’amènera là où tu ne voudras pas. Les autres disciples vinrent par le bateau, car ils n’étaient pas loin de la terre, de deux cent coudées environ, trainant le filet rempli de poissons. Les autres arrivent par le bateau, et trainent les poissons capturés, pour qu’ils relèvent des profondeurs et conduisent avec eux-mêmes par un travail fidèle l’Église agitée par les tempêtes du siècle, et ceux que le filet évangélique ravira pour la lumière surnaturelle. Ils n’étaient pas éloignés de la terre. Ils n’étaient pas loin de la terre des vivants ceux que la disparition des choses présentes avait déjà rapproché des choses futures. D’environ deux cents coudées. Celui qui veut réunir le salut et la vie des deux peuples provenant des Juifs et des Gentils double le chiffre cent. Ce qui reste de la lecture, nous le traiterons, Dieu aidant, dans le sermon suivant.


79ème Sermon de Saint Pierre Chrysologue
 Après avoir parcouru les récits de Matthieu et de Marc sur la résurrection, enquérons-nous maintenant de ce que le très bienheureux Luc nous rapporte. A la toute pointe du jour du sabbat, les femmes vinrent ensemble au monument, portant les aromates qu’elles avaient préparées. Nous avons dit plusieurs fois que ce qui est arrivé lors de la résurrection du Christ était une figure de ce qui arrivera à la nôtre. L’enchaînement de faits vécus par le Christ que nous présente le récit de l’évangéliste vaut plus par sa signification mystique que par sa nouveauté. La première heure du sabbat. C’est une bonne chose que ça ait eu lieu à la première heure, car le jour de la résurrection n’en connaît pas d’autre. La mère de la lumière éternelle ignore le temps de la nuit. Le jour éternel brille éternellement. La lumière des ressuscités ne peut pas mourir. La lumière qui abolit la nuit ne peut pas être éteinte. Elles vinrent au monument portant les aromates qu’elles avaient préparées. Et elles trouvèrent que la pierre avait été roulée par en arrière près du tombeau. Et entrant, elles ne trouvèrent pas le corps du Seigneur Jésus. Pourquoi celles qui avaient fui loin du sépulcre ont-elles maintenant l’audace d’y retourner ? Ces intrépides reviennent au monument funèbre qui inspire de la terreur. Elles assaillent avec confiance la tristesse du sépulcre. Et n’ayant pas trouvé le Seigneur, elle Le cherchent avec soin, et persistent sans se décourager. Ne les trouble pas non plus l’obstacle supplémentaire de la nuit qui, engendrant les ténèbres, ajoute à la peur. Mes frères, la femme, cause du mal, auteur du péché, voie de la mort, épitaphe du sépulcre, porte de l’enfer, est elle-même la nécessité entière de la lamentation. C’est à cause de cela qu’elles sont larmoyantes de naissance, qu’elles sont sujettes aux grandes tristesses, qu’elles sont adonnées aux gémissements, et autant elles sont fortes pour se lamenter, autant elles sont faibles physiquement. Et autant elles sont impropres aux travaux épuisants, autant elles sont disposées à pleurer. De là vient qu’elles triomphent des armes par les pleurs, de là vient qu’elles fléchissent les gouvernements par leurs larmes, que par leurs lamentations elles paralysent toute la force des hommes. Il n’est donc pas surprenant si les femmes apparaissent ici plus empressées que les apôtres à se rendre au lieu des lamentations, aux funérailles, au sépulcre, pour rendre le dernier hommage au corps du Seigneur. La première à courir vers le lieu des lamentations est celle qui a été la première à courir vers la chute. Elle a précédé l’homme au sépulcre celle qui l’avait précédé vers la mort. Elle devient la messagère de la résurrection celle qui avait été la porte-parole de la mort. Et celle qui avait apporté à l’homme l’annonce d’une si grande ruine est celle qui offre aux hommes la nouvelle d’un grand salut. Ce n’est pas ici un renversement des rôles, mais une préséance d’ordre mystique. Les apôtres ne sont pas placés après les femmes, mais sont réservés pour de plus grandes choses. Les femmes rendent les derniers honneurs au Christ, les apôtres endurent les souffrances du Christ. Elles portent des aromates, eux des coups de fouet. Elles entrent dans le sépulcre, eux dans une prison. Elles se hâtent pour rendre les derniers honneurs, eux courent à toute vitesse vers les chaînes. Elles versent de l’huile, eux versent leur sang. Elles sont stupéfiées par la mort, eux lui tendent les bras. Que dire de plus? Elles demeurent, elles, dans leurs maisons, eux affrontent les armées ennemies, comme des soldats courageux qui font la démonstration de leur fidélité dans l’adversité, de leur vertu dans les labeurs, de leur patience dans les injures, de leur mépris de la mort dans les périls, de leur endurance dans les blessures, de leur zèle dans les souffrances, de leur constance dans la lacération des viscères. Les femmes apportent donc au Christ leurs larmes, les apôtres, après avoir triomphé du démon et vaincu les ennemis, offrent au Christ la victoire et le triomphe.
 Il est vrai, et personne ne le conteste, il est vrai qu’on rapporte que les apôtres n’ont pas cru à ce que leur racontait les femmes de la résurrection du Christ, et qu’ils ont considéré qu’elles déliraient. Il se méfie du merveilleux qu’on lui rapporte celui qui croit a des choses plus merveilleuses encore.  . Il ne peut pas être trompé celui qui ne croit pas à la légère. Il est peu futé celui qu’une première désillusion ne rend pas plus circonspect. Le soldat novice court affronter l’ennemi, sans connaître la cause de la guerre, et sans rien savoir de la force de son ennemi. Mais l’expérience, non l’indolence, fait avancer le vétéran à pas comptés. Ainsi Adam le novice est vite tombé quand il s’est empressé de croire. Et pendant qu’il donnait facilement son assentiment à ce que lui proposait la femme, il s’est livré, lui et ses successeurs, au pire des ennemis. Pierre le vétéran n’a pas facilement écouté les racontars de la femme. Il n’a cru que tardivement à ce qu’annonçaient les femmes, pour prendre le temps de réfléchir comme un vétéran, et ne pas se précipiter comme un enfant. La preuve en est que quand deux des disciples qui, après la résurrection, ont mérité d’avoir Jésus comme compagnon de route, revinrent annoncer qu’ils avaient vu le Seigneur, les apôtres jugèrent en homme ce qu’ils entendirent, et ne le taxèrent pas de délire. Ces deux disciples donnèrent des oreilles, façonnèrent des bouches, ouvrirent les yeux, frappèrent à la porte des cœurs, et ce qu’ils dirent ils le rendirent tellement accessible aux sens, que, après l’ardeur excessive du doute et de l’hésitation, les assoiffés burent la parole du fleuve de la foi, que la langue de leurs collègues leur versait. Comme des coupes d’eau froide tempèrent l’ardeur de la soif et rafraîchissent, ainsi l’annonce d’une grande joie réjouit plus l’esprit après l’annonce d’un grand malheur. Mes frères, qui peut comprendre les causes de la naissance du Seigneur ? Qui mérite d’estimer à sa juste valeur l’affaire de la résurrection du Christ ? Ne le pourra que celui qui a reçu de Dieu la grâce d’y penser, de le comprendre, d’en saisir tout le sens. Que le Créateur du monde soit créé par un enfantement féminin; que le Seigneur du monde figure parmi la servitude humaine; que le Pasteur de tous ait besoin de pâture; que soit adjugé aux coupables Celui qui pardonne à tous; qu’Il soit puni en étant privé de la vie du monde Celui qui meurt pour ressusciter les morts; que Celui qui renferme tout soit enfermé dans un sépulcre; que le Seigneur des cieux soit trouvé dans les enfers. Que celui qui peut comprendre ces choses, ne se scandalise pas, mais cherche les raisons profondes des hésitations, des atermoiements, des craintes, des fuites, des subterfuges des apôtres. Donc, frères, ne nous étonnons pas, nous qui jusqu’à maintenant n’avons pas cru, que les Apôtres aient douté, qu’ils aient mis tant de temps à croire. Mais prions pour que nous méritions de comprendre ces choses dans la mesure où nous le donnera Celui qui accorde gratuitement à l’homme de comprendre. Ce qui reste de ce récit à commenter, nous le poursuivrons, avec l’aide de Dieu, dans le prochain sermon.


80ème Sermon de Saint Pierre Chrysologue
(La résurrection du Christ, et la deuxième manifestation faite aux femmes en revenant du monument)
 Puisque dans le sermon précédent nous avons commenté en quelques morts la première partie de la lecture, écoutons donc ce qui se rapporte à ce qui suit : Répondant, l’ange dit aux femmes : Ne craignez pas, vous autres, car je sais que c’est Jésus qui a été crucifié que vous recherchez. Il n’est pas ici, car il est ressuscité comme il l’a dit. Venez voir le lieu où le Seigneur avait été placé. Penses-tu que l’absence de Pierre, de Jean et des autres disciples est blâmée, que leur inertie leur est reprochée par le seul fait qu’à la résurrection du Christ, les femmes, après avoir veillé toute la nuit, accourent avec ferveur, les premières, et toutes seules ? Le rôle des hommes est-il flétri, parce que l’infirmité féminine les a devancés à la gloire de la résurrection ? Loin de nous cette pensée, mes frères. Ce n’est pas le fuit du hasard; il y a une raison à cela. C’est un mystère, non une pure coïncidence. Cela ne provient pas de leur faute, mais d’un dessein providentiel. Car la femme ici, ne précède pas l’homme mais le suit, puisque c’est l’homme qui ressuscite dans le Christ. Comprends donc que Pierre n’a pas cédé la préséance aux femmes, mais au Christ; non à la servante, mais au Seigneur; à un sacrement, non au sommeil; à un décret d’en Haut, non à la crainte. Tout bien considéré, l’homme était dans le Christ quand l’ange vint vers les femmes. De telle sorte que, autant le Seigneur l’emporte sur l’ange, autant l’homme a préséance sur la femme en dignité. N’ayez pas peur, vous autres. Ce qui revint à dire : Qu’il craigne le Juif qui L’a trahi, qu’il craigne Pilate qui L’a condamné, le soldat qui s’est moqué de Lui, les impies qui L’ont crucifié, les cruels qui Lui ont présenté la coupe amère, les barbares qui ont investi le sépulcre, les perfides qui ont acheté le mensonge et vendu la vérité, et ceux qui, au lieu de pleurer de L’avoir tué, poussent l’inhumanité jusqu’à s’attrister de Sa résurrection. Mais vous, il convient que vous vous réjouissiez, non que vous craigniez, car Il est ressuscité Celui que vous recherchiez mort; Il vit Celui dont vous pleuriez l’assassinat. Je sais que c’est Jésus qui a été crucifié que vous cherchez. Ce qui signifie : Pourquoi cherchez-vous le Vivant parmi les morts ? Pourquoi cherchez-vous la Vie dans le sépulcre? Allez plutôt à la rencontre du Vivant. Cessez d’accourir en groupe pour Lui rendre les derniers honneurs. Je sais que c’est Jésus qui a été crucifié que vous cherchez. Il n’est point ici. C’est ainsi qu’a parlé l’ange, car il n’a pas ouvert le sépulcre pour qu’en sorte le Christ, qui n’y était déjà plus, mais pour démontrer que le Christ n’était pas là. Il est ressuscité, comme Il l’a dit. C’est la même vertu qui possède la double puissance de ressusciter les morts et de prédire l’avenir. Venez voir le lieu où avait été placé le Seigneur. Venez, femmes, venez! Voyez où vous avez posé Adam; où vous avec enseveli l’homme; où vous avez refoulé l’homme par votre conseil, par lequel vous avez fait que le Seigneur git ici pour ses esclaves. Et comprenez que l’immensité de la grâce correspond à l’immensité de l’injustice commise envers le Seigneur. Venez voir le lieu où le Seigneur avait été posé. La vertu angélique atteste que c’est le Seigneur qui a été crucifié, et l’infirmité humaine ergote : est-ce bien le Seigneur qui est ressuscité ? Le Christ a assumé les passions humaines, sans rien perdre de Sa divinité. Et retournez vite dire aux disciples qu’Il est ressuscité, et voici qu’Il vous précédera en Galilée. Là, vous le verrez. Les apôtres, ici, ne sont pas placés après les femmes, mais la femme est disculpée en apportant le message de la vie et de la résurrection, elle qui avait apporté le message de la mort et de la ruine. Et sortant rapidement du monument avec crainte et une grande joie. Les femmes entrent dans le sépulcre pour devenir participantes de l’ensevelissement, pour s’associer à Sa passion. Elles sortent du sépulcre pour ressusciter dans la foi, avant de ressusciter dans la chair. Sortant avec crainte et une grande joie. Mais où est donc le ne-craignez-pas  ? Car la crainte n’a pas été enlevée, mais changée. La crainte qui provenait de la faute s’était éloignée, mais la crainte respectueuse demeurait. La crainte mauvaise, qu’avait fait naître le péché, a cédé la place à la bonne crainte révérencielle. Elles avaient perdu l’Adam qui leur avait été donné, et elles craignaient de perdre Celui qui leur était rendu. Avec crainte et grande joie. Il est écrit : Servez le Seigneur avec crainte, et exultez en lui en tremblant. Avec crainte et grande joie. Parce que la crainte sainte du Seigneur perdure dans les siècles des siècles.
 Elle courrait l’annoncer à Ses disciples, et voici qu’accourt à elles Jésus en disant : Je vous salue. Jésus vient à la rencontre de ceux qui courent en toute fidélité, pour que ce qu’ils avaient cru par la foi, leurs yeux le reconnaissent; et que Sa présence raffermisse celles qui étaient encore troublées par ce qu’elles avaient entendu. Jésus va à leur rencontre en leur disant : Je vous salue. Il accourt en tant que Seigneur; Il salue en tant que Parent; Il les réconforte par son affection, tout en les maintenant dans le respect. Il salue, pour qu’elles ne fuient pas par crainte, mais servent par amour. Et puis elles avancèrent et tinrent ses pieds. Il a voulu être possédé Celui qui a supporté d’être touché. Elles avancèrent et tinrent ses pieds. Pour qu’elles sachent que l’homme est situé dans la tête du Christ, et elles, à ses pieds; et qu’il leur a été donné par le Christ de suivre l’homme, et non de le précéder. Il leur a dit : N’ayez pas peur. Ce que l’ange avait dit, le Seigneur le dit aussi. Pour que celles que l’ange avait rassurées, le Christ les raffermisse davantage. Mais allez et dites à mes frères d’aller en Galilée, que là, ils me verront. En ressuscitant des morts, le Christ a réassumé l’humanité, il ne l’a pas quittée. Il donne le nom de frères à ceux que Son corps s’est apparenté. Il appelle frères ceux qu’Il a adoptés, pour en faire des fils de son Père. Il appelle frères ceux que l’Héritier débonnaire a appelés à la dignité de cohéritiers. Mais voyez comment ressuscite l’impiété à la résurrection du Christ. Et quelques-uns des gardes arrivèrent à la ville, et annoncèrent aux Princes des Prêtres tout ce qui était arrivé. Mais eux se réunirent avec les anciens pour tenir conseil, et donnèrent une somme considérable aux soldats en leur disant : Dites que ses disciples sont venus de nuit, et qu’ils ont dérobé le corps pendant votre sommeil. Ceux qui donnent de l’argent, ne se procurent pas ce qui se perd, mais ce qui se conserve. Les Juifs achetèrent le Christ au vendeur Judas pour Le perdre. Maintenant, ils versent une somme considérable d’argent pour perdre la loi, le temple et la patrie. Des hommes sanguinaires et fourbes fixent le prix de la fausseté, mettent au point l’instrument de la perfidie, trament le vol à main armée de la vérité, et par un cruel trafic, ourdissent la fraude de la foi. Ils corrompent les militaires, et il appellent un vol le grand mystère de la résurrection. Ses disciples sont venus de nuit, et l’ont dérobé. Non contents d’avoir tué le Maître, ils s’évertuent à trouver des moyens de perdre les disciples; et font en sorte que la puissance du Maître soit le crime des disciples. Ses disciples sont venus de nuit, et l’ont dérobé. Il est évident que les soldats L’ont laissé échapper de leurs mains, et que les Juifs L’ont perdu. Mais les disciples ont recueilli leur Maître vivant, non mort; par la foi, non par le vol; par la vertu, non par la fraude; par la sainteté, non par le crime. Voilà pourquoi on les envoie en Galilée, pour qu’ils puissent Le voir, parce que dans le lieu de la perfidie, on ne peut pas voir Dieu. Il avait dit : Tout pouvoir m’a été donné au ciel et sur la terre. Qu’il se le soit donné à Lui-même, Il l’exprime par le témoignage de l’Apôtre : Dieu était dans le Christ se réconciliant à Lui-même le monde. Ce qu’Il possède depuis toujours avec le Père et le Saint-Esprit, le Fils de Dieu l’a partagé avec le Fils de la vierge, Dieu avec l’homme, la divinité avec la chair. Et c’est pourquoi Il dit : Allez, baptisez toutes les nations, au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Pour qu’une seule et même puissance recrée pour le salut ce qu’elle avait créé pour la vie. Et voici que je suis avec vous tous les jours, jusqu’à la consommation du siècle. Il est toujours avec nous Celui qui est toujours avec le Père, et Il vient à nous par cela même qu’Il a pris de nous. Que dire de plus, mes frères ! De ce qui naît, de ce qui souffre, de ce qui ressuscite, de ce qui est assumé, de tout cela, Il n’a aucun besoin : c’est pour notre salut.

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