81ème Sermon de Saint Pierre Chrysologue
(de la cinquième manifestation du Christ, faite aux disciples en l’absence de Thomas)
Quand la Judée rebelle met tout son zèle à combattre son Créateur, et lève une main impie pour assassiner son Auteur, elle retire la paix de la terre, elle rompt l’harmonie existant entre les êtres, et casse le lien qui unit les éléments entre eux, Et ceci, d’une façon telle qu’elle renvoie la totalité du monde au chaos antique. Elle met en fuite le jour, envahit le territoire de la nuit, refuse la lumière aux ténèbres, et le ciel aux êtres. Elle fait trembler la terre, elle mêle les morts aux vivants, elle confond les enfers avec les cieux; et après avoir renversé l’ordre des choses, afin d’injurier le Créateur, elle ne laisse absolument rien subsister en fait de paix ou d’amour.
C’est pourquoi le Christ, de retour des enfers, s’exclame pour rendre la paix aux êtres : La paix soit avec vous ! Pendant qu’Il disait cela à ses disciples, Il se tenait debout au milieu d’eux, et leur dit : La paix soit avec vous ! C’est à dessein qu’Il a ajouté avec vous, parce que la terre avait retrouvé son assise, le jour était revenu, le soleil avait repris son cours, et l’ensemble du cosmos conservait l’ordre qui lui avait été rendu. Mais dans les disciples, la guerre faisait toujours rage, et le conflit entre la foi et la perfidie sévissait âprement en eux. Le tourbillon des passions ne heurtait pas autant la terre qu’elle heurtait les cœurs des disciples. Le tranchant de l’épée de l’incrédulité et de la croyance dévastait leurs âmes en une bataille acharnée. Les hordes de leurs pensées prenaient pied solidement dans leurs esprits, et les saillies d’espoir et de désespoir ébranlaient les cœurs les plus robustes. Les sens et les esprits des disciples oscillaient entre les signes miraculeux innombrables du Christ et les diverses péripéties de sa passion; entre les preuves de sa divinité et les défaillances de la chair; entre les dommages causés par sa mort et les dons qu’Il a faits pendant sa vie. Leur esprit maintenant était élevé au ciel, et leurs âmes trépignaient sur la terre. Et comme au plus profond de leur cœur, la tempête continuait à déferler, ils ne pouvaient trouver aucun havre de paix, aucun mouillage à l’abri du vent.. Ce que voyant, le Scrutateur des cœurs, le Christ, commanda aux vents, et donna des ordres aux orages. Lui qui peut à volonté transformer les tempêtes en bonace, Il ne tarda pas à les sécuriser par Sa paix : La paix soit avec vous ! C’est moi. N’ayez pas peur ! Je suis Celui qui a été crucifié, qui est mort et qui a été enseveli. Je suis Celui que fuit la mort, que redoutent les enfers. Le tartare, plein d’effroi, a confessé Dieu. Ne craignez pas ! Ne crains pas Pierre, d’avoir renié, Jean d’avoir fui, vous tous d’avoir déserté. Ne craignez pas à cause de ce que le manque de foi vous a fait penser et juger de Moi, de ce que même maintenant, vous ne croyez pas, tout en Me voyant. (Matt. Marc) Ne craignez pas, c’est moi ! Moi qui vous ai appelés par la grâce, qui vous ai élus dans ma bienveillance, qui vous ai soutenus paternellement, qui vous ai portés dans mon cœur, et que maintenant j’accueille par ma seule bonté, parce que le Père ne connaît pas les fautes quand Il reçoit le Fils, quand son affection les rend Siens de nouveau. Troublés et effarouchés, ils pensaient voir un esprit. Pourquoi ? Parce que le Christ était entré portes closes. Les disciples donc, épouvantés comme dans un cauchemar, attribuaient au Christ non la puissance de la nature divine, mais les limites de la nature humaine. Ils croyaient voir un fantôme. Car avec l’esprit de l’homme, Il avait passé au travers de la barrière de l’utérus, Il avait passé au travers des murs, pour que le corps enfermé pénètre dans un corps fermé. De la même façon, quand l’âme met fin à la vie, quand elle se retire du corps chéri qu’elle gouvernait avec lui en commun, elle n’est pas retenue par les verrous des portes, par des obstacles terrestres. La substance spirituelle ne peut pas être enfermée dans des ergastules. Comme le dit l’Ecriture : L’Esprit, tu ne sais d’où il vient, ni où Il va. Après la résurrection, après l’entrée du Seigneur à travers le mur, les disciples ne croyaient pas que le Seigneur avait réassumé la solidité de son corps, s’imaginant qu’Il était revenu dans un simple simulacre de la chair, comme les images corporelles ont coutume d’apparaître dans le sommeil. Ils croyaient voir un fantôme. Donc, comme nous l’avons dit, dans les disciples ne s’apaisaient pas la guérilla des pensées. Elle allait plutôt augmentant. Et le trouble de leurs esprits ne faisait que croître par la vision. Et ce qui devait fortifier la foi en la résurrection fournissait de nouvelles raisons de douter. Ce qui était venu était une chose réelle. Ce qui était entré portes closes, ce n’était pas la foi. Ce n’était pas la foi, mais la vertu divine. Ce n’était pas quelque chose de purement humain, mais c’était pourtant un homme. Pour qu’un vrai corps porte témoignage de la puissance de Dieu, et qu’une chair fantomatique ou spectrale n’injurie pas la résurrection. Pour réprimer les conflits renaissants de leurs pensées, le Christ répondit : Pourquoi vous troublez-vous ? Et pourquoi ces pensées montent-elles dans vos coeurs ? Il fait bien de parler de monter plutôt que de descendre. Parce que les pensées humaines, alourdies par le poids du corps, essaient de s’élever à la hauteur du mystère de Dieu, et quand elles s’y efforcent, elles sont mises en charpie, croulent et chutent par terre, à moins que n’apporte Son aide Celui qui donne à l’homme de penser aux choses divines. Pourquoi êtes-vous troublés ? Et pourquoi ces pensées montent-elles dans vos cœurs ? Voyez mes mains et mes pieds ! Voyez ce qui veut dire : veillez. . Pourquoi? Parce que ce n’est pas une hallucination que vous avez. Voyez mes mains et mes pieds. Parce que vos yeux toujours appesantis ne peuvent pas encore regarder ma tête. Regardez les plaies de la chair, puisque vous ne voyez pas les œuvres de Dieu. Considérez les stigmates laissés par les ennemis, puisque vous n’avez pas encore remarqué les marques typiques de Dieu. Palpez, pour que la main produise la foi, puisque l’œil s’aveugle en voyant. Que le toucher voie puisque l’œil ne voit pas. Que vos doigts entrent dans les marques des clous; que vos mains furètent les plaies. Renouvelez les trous des mains, sillonnez mon côté, ravivez mes plaies, car je ne puis pas refuser à mes disciples pour les conduire à la foi ce que je n’ai pas refusé aux cruels ennemis pour leur perdition. Palpez, palpez, et poussez votre inspection minutieuse jusqu’aux os, pour que les os de la chair attestent la vérité, et pour que les plaies que j’ai conservées témoignent que c’est Moi-même. Je me demande pourquoi vous ne croyez pas que je suis ressuscité moi, qui, sous vos yeux, ai ressuscité de nombreux morts ? A moins que la vertu qui m’a servi pour les autres ne m’ait fait défaut à moi, selon cette parole outrageante prononcée quand j’étais rivé à la croix : Il a sauvé les autres mais ne peut pas se sauver Lui-même. S’il est le roi d’Israël, qu’il descende de la croix, et nous croirons en Lui. Qu’est-ce qui est le plus grand : descendre de la croix après avoir fait sauter les clous, ou remonter des enfers après avoir foulé aux pieds la mort ? Voici que je me suis sauvé Moi-même, et après avoir brisé les chaînes de l’enfer, je suis monté vers les cieux, et en dépit de tout cela, je n’ai pas trouvé chez vous de foi dans ma divinité. Une mort de trois jours détourne-t-elle de la foi dans ce qui doit être cru ? Ma voix n’a-t-elle pas rappelé des enfers, sous vos yeux, un Lazare dont le cadavre nauséabond en était au quatrième jour de décomposition ? Et si le serviteur a pu revenir à la vie après quatre jours, pourquoi le Seigneur ne le pourrait-Il pas après trois? Eux, ne croyant pas encore à cause de la joie et de l’étonnement. On croit avec peine à la réalité des joies longuement désirées quand on en voit la réalisation. C’est la stupeur qu’engendre l’obtention de nos rêves. Voilà pourquoi les Apôtres s’émerveillent d’une résurrection qui est arrivée plus tôt qu’ils ne l’espéraient. Et ce n’est pas la perfidie qui les a fait différer de croire, mais l’amour. En testant une telle foi, ils ne la reniaient pas, mais l’appelaient de tous leurs vœux. Et en tendant vers ce qu’il y avait de plus haut, ils souhaitaient que soit vrai ce qu’ils avaient sous les yeux. Mes frères, la nature est trop infantile pour mener à la pratique des vertus. A moins que Dieu ne la fasse croître, elle ne peut saisir ce qu’est la maturité, ni comprendre ce qu’est la perfection. Que Dieu Lui-même nous accorde donc ce que par nous-mêmes nous ne pouvons ni saisir ni comprendre.
82ème Sermon de Saint Pierre Chrysologue
(la résurrection du Christ, et la quatrième manifestation faite aux deux qui s’en allaient à la ville)
Puisque saint Matthieu nous a déjà indiqué, pour notre salut, ce qu’il savait de la résurrection du Christ, écoutons également aujourd’hui ce que le bienheureux Marc rapporte. Et comme achevait le Sabbat, Marie-Madeleine, Marie de Jacob et Salomé achetèrent des aromates, et vinrent pour oindre Jésus. Les femmes accourent à ce lieu avec une dévotion toute féminine, pour apporter au sépulcre non la foi à un vivant mais des aromates à un mort; pour préparer le tribut d’hommage de leurs pleurs à un cadavre enseveli, non les joies des triomphes divins à un Ressuscité. Jésus a accepté la mort pour que la mort meure; en acceptant d’être tué, le Christ a tué ce qui tuait tout le monde. Le Christ est entré dans le sépulcre dans le but de se frayer un chemin vers les enfers. Le Christ ne doit pas être oint comme un cadavre, mais adoré comme un Vainqueur, après avoir aboli la loi du tartare, détruit la prison de l’enfer, et abattu l’empire lui-même de la mort. Les femmes qui avaient passé toute la nuit sans dormir, à veiller comme des insomniaques, affrontent l’obscurité des premières lueurs de l’aurore. Leur cœur plus que leur corps souffre de cette lumière indécise. Et tôt le matin, à la première heure du Sabbat, elles viennent au monument, au lever du soleil. Si c’est tôt le matin, comment le soleil peut-il être déjà levé ? L’évangéliste sait ce qu’il dit, mais il ne sait pas ce qu’entend celui qui n’est pas initié . Ce n’est pas la narration d’une erreur, mais d’une vérité. Son récit n’est pas entaché d’un lapsus, mais il dévoile la vérité d’une prouesse céleste. Il avait dit : De la sixième heure jusqu’à la neuvième, les ténèbres se répandirent. Donc le soleil, qui s’était éclipsé tout au long de la passion du Seigneur, a émis sa lumière avant le temps, lors de la résurrection du Seigneur. Et celui qui avait mortifié sa clarté diurne pour mourir avec son Auteur darde ses rayons avant le jour, après avoir chassé les ténèbres. Tôt le matin. Car le soleil vint au tout début du matin pour faire le matin; et celui qui avait fui avant la nuit prévient maintenant la nuit qu’il aura à fuir, pour que la nuit rende à la lumière les heures que la terreur de la passion du Seigneur avait envahies.
Elles se disaient entre elles : qui nous déroulera la pierre de la porte du monument ? La pierre du monument ou de leurs cœurs ? Femmes, votre cœur est obstrué, vos yeux son fermés. Voilà pourquoi vous ne voyez pas la gloire du sépulcre ouvert. L’huile, ce n’est pas sur le corps du Seigneur que vous devez la verser, mais dans la lampe de votre cœur, si vous voulez voir. Pour que la lumière de la foi ouvre ce qu’emprisonne l’obscurité de votre incrédulité. Et regardant, elles virent la pierre renversée, une très grosse pierre. Elle était certainement grande, très grande et même plus que grande; grande par le mérite plus que par la forme, celle qui a suffi pour enfermer et affranchir le corps du Créateur du monde. Et entrant dans le monument, elles virent un jeune homme à droite, vêtu d’une robe blanche. Elles entrèrent dans le sépulcre, pour ressusciter du sépulcre avec le Christ après avoir été ensevelies avec Lui, pour accomplir cette parole de l’Apôtre Vous êtes ensevelis avec lui dans le baptême, dans lequel vous êtes aussi ressuscités. Elles voient un jeune homme, pour qu’elles discernent l’âge que nous aurons à la résurrection. Elles voient un jeune homme parce que la résurrection ne connaît pas la vieillesse; et que la perfection éternelle n’a pas d’âge. Là où l’homme ne sait pas ce que c’est que naître, la mort ne le connaît pas. Et là où il ne connaît ni la naissance ni la mort, là n’existe pas le désagrément du vieillissement, et la croissance n’est pas nécessaire. Elles voient un jeune homme assis à droite, parce que la résurrection n’a rien à voir avec la gauche. Le Seigneur connaît les voies qui sont à droite. Il plaça alors les justes à sa droite.
Priez, mes frères, pour que nous aussi, nous mourions aux vices; que nous nous ensevelissions loin des pompes mondaines; pour que nous ressuscitions dans le Christ pour l’éternité, et que, placés à la droite, nous méritions d’entendre : Venez les bénis de mon Père. Recevez le royaume qui vous a été préparé depuis l’origine du monde. Cette aube n’a pas été faite à parti d’un tissu terrestre, elle provient d’une vertu vitale. Elle resplendit d’une lumière céleste, non d’une couleur terrestre; de la munificence sublime du Créateur non du savoir-faire du foulon. Comme dit le Prophète : Revêtu de lumière comme d’un vêtement. Et au sujet des justes : Alors les justes brilleront comme le soleil. Les terriens sont vêtus de vêtements terrestres. La nouveauté les rend éclatants, mais l’usure les rend mats. Les célestes sont entourés d’un vêtement de lumière céleste . Ils sont immunisés contre la détérioration, ne se dégradent jamais en vieillissant, et ne sont jamais souillés par la crasse. Et les vêtements que la résurrection a une fois donnés sont revêtus d’une lumière perpétuelle.
Et sortant du monument, elles prirent la fuite. La terreur et l’épouvante s’étaient emparées d’elles. L’ange s’assoit sur le monument, et les femmes s’enfuient. Lui met sa confiance dans sa nature spirituelle, elles sont troublées par la condition humaine . Celui qui ne peut mourir ne saurait avoir peur du sépulcre. Les femmes tremblent en raison de ce qui vient de se passer, et en tant que mortelles, elles redoutent à mort le tombeau. Voilà pourquoi elles n’ont rien dit à personne. Et elles ne dirent rien à personne. Parce qu’il est donné aux femmes d’écouter, non de parler; il leur est donné d’apprendre, non d’enseigner, selon le mot de l’Apôtre : Que les femmes se taisent dans l’Eglise. Et pourtant, la même Marie, par après, s’en va annoncer la bonne nouvelle de la résurrection non en tant que femme, mais en tant que symbole de l’église. Comme elle se tait en tant que femme, elle parle et annonce en tant qu’église. Après cela, Il s’est montré à deux de ces femmes qui marchaient. Pourquoi à trois ou à quatre plutôt qu’à deux ? Pour nous faire comprendre que la foi en la résurrection doit être prêchée aux deux peuples : aux Gentils et aux Juifs. Comme nous avons déjà dit, on nous donne la preuve qu’une seule et même église est figurée par deux femmes et deux disciples. Il s’est montré sous un autre aspect. Que personne ne s’imagine que le Christ a changé la forme de son visage par sa résurrection. Celui qui était le même avec ses plaies, comment aurait-Il été autre de visage ? Mais son apparence est changée quand de mortel Il devient immortel, de corruptible incorruptible. De cette façon, Il a changé Sa substance, mais non Sa personne; Il a acquis un visage glorieux, sans rien perdre de sa physionomie. Et pour qu’un sermon rapide n’escamote ni ne survole certaines questions, nous clarifierons ce qui suit dans le prochain sermon, avec l’aide de Dieu.
83ème Sermon de Saint Pierre Chrysologue
(neuvième manifestation, faite aux onze disciples pendant qu’ils prenaient leur repas)
Aujourd’hui, le bienheureux évangéliste nous présente des disciples, en plein drame de la passion, adonnés aux repas, friands de banquets, consacrant leur temps aux festins, ayant perdu le souvenir de la passion du Seigneur. Pendant que les onze étaient à table, le Seigneur leur apparut. Il étaient couchés sur un lit de table. Où ? Au sépulcre du Seigneur où à la table du serviteur ? Voilà donc la foi des serviteurs ? Voilà la charité des disciples ? Est-ce là l’ardeur de Pierre ? Est-ce là l’amour du Jean qui a reposé sur le cœur du Christ ? Est-ce là l’affection conquise par un si long temps, par tant de dons, par tant de prodiges ? Pendant le déroulement de la passion, le cadavre étant encore chaud, l’ensevelissement venant tout juste d’avoir lieu, pendant que les ennemis exultaient et que tous les Juifs insultaient la mémoire du défunt, les disciples se livraient tout entiers au culte du lit de table, s’abandonnaient à la volupté des bambocheurs et prenaient leur repas ? A la mort de Moïse, les anges sont présents, Dieu Lui-même prend soin de son sépulcre, les tentes sont dressées, on ne se soucie plus du chemin qu’il reste à parcourir, on prolonge l’horrible séjour dans le désert, on décrète trente jours de deuil, et les funérailles de l’esclave sont honorées par un long tribut de lamentations. Et le Christ, seul vrai Seigneur, Créateur des êtres, Rédempteur de tous, ne mériterait pas que ses disciples Le pleurent pendant trois jours après sa passion tragique, après sa mort, et la mort de la croix ? La terre tremble, le tartare se trouble, les pierres se fendent, les monuments s’effondrent, le sol se dérobe sous les pieds, le jour est enseveli, la nuit devient tout, et les disciples, sur un lit de table demi-circulaire élevé, tout entiers à la joie et à l’oisiveté, sécurisés par les plaisirs de la table, festoieraient ? Et c’est cela, mes frères, que le Maître trouverait en revenant de l’enfer ? Le Seigneur apparut aux onze pendant qu’ils prenaient leur repas, et Il leur reprocha leur incrédulité et la dureté de leur cœur, parce qu’ils ne croyaient pas à ceux qui avaient vu qu’Il était ressuscité. Que dirons-nous de cela ? Pierre le fidèle, Pierre le zélé ? Pendant qu’ils étaient couchés sur un lit de table. Pour prendre le repas ? Mes frères, cela n’état pas être couchés pour manger, mais être étendus de langueur. Ce n’était pas un chœur de réjouissances, mais un groupe de pleureurs. Ici, on ne mangeait pas le pain de la joie mais des larmes. Ce n’était pas avec la douceur du vin qu’on faisait les mélanges dans les coupes, mais avec le fiel de la croix. Ils avaient verrouillé toutes les portes par crainte des Juifs. S’ils craignaient, s’ils s’étaient barricadés, ils ne festoyaient sûrement pas. Et s’ils ne pouvaient pas prendre de repas, ils n’étaient pas dans une maison, mais dans une prison. Ce n’était pas une forteresse mais un sépulcre. Toute la punition qu’il y avait à subir pour la passion du Seigneur s’était concentrée sur les disciples. Et non seulement dans leurs côtés, mais dans leurs cœurs, la lance de la douleur s’était fichée. Leurs mains et leurs pieds étaient fixés aux clous de la tristesse. C’est alors que l’amertume judaïque leur présentait le vinaigre et le fiel. C’est alors que pour eux le soleil se couchait et le jour fuyait. C’est alors que la nuit ténébreuse possédait leurs esprits et leurs âmes. C’est alors qu’une dernière tentation les projetait sur les écueils de la perfidie, et les entraînait dans le naufrage des pensées de foi. Alors le désespoir, qui est de tous les maux le pire, et qui vient toujours dans les plus grandes calamités, les étendait dans des sépulcres funéraires. C’est pourquoi, comme nous l’avons dit, ce ne sont pas des disciples qui festoyaient et qui banquetaient que le Seigneur a trouvés, mais des gens prostrés et comme ensevelis. Et Il leur reprocha leur incrédulité, parce qu’ils crurent tellement au désespoir qu’ils ne crurent en aucune façon à la résurrection prédite par le Seigneur, et annoncée par Ses serviteurs. Et ils ne conservèrent rien en eux en fait de foi et de salut. Mais morts au siècle, ensevelis pour le monde, il ne leur restait plus qu’une seule maison, un seul sépulcre où ils croyaient que tous étaient pour eux ensevelis. A cause de cela, quand le Seigneur vit qu’ils s’étaient exilés du monde, Il les rappella au monde, Il les renvoya dans le monde, en leur disant : Allez dans le monde entier. Prêchez l’évangile à toutes les créatures. Venez dans le monde . Vous qui pensez que tous gisent dans une seule maison, vous verrez bientôt le monde entier à vos pieds. Allez dans le monde entier. Prêchez l’évangile à toutes les créatures. Ce qui revient à dire : Soyez, vous, pour tous, l’espérance, vous qui avez été une cause de désespoir pour vous-mêmes. Et vous prendrez la mesure de votre incrédulité, quand vous verrez le monde croire à votre parole, vous qui n’avez pas su croire à ce que vous voyiez. Et vous saurez à quel point est grande la dureté de votre cœur, quand vous réaliserez que, sans m’avoir vu, les nations les plus féroces, sur toute la surface de la terre, me confessent, Moi que vous avez renié quand vous M’aviez sous les yeux. Vous verrez des gens éparpillés ici et là, bloqués dans des îles, perchés sur des rochers, retirés dans les désert, des faiseurs d’horoscope, des philosophes grecs, les plus savants parmi les romains chercher la foi par la foi seule, cette foi que, vous, vous avez cherchée avec la main et le doigt dans les marques de mes blessures. Mais parce que je vous envoie comme des témoins de ma passion, de ma mort et de ma résurrection, je permets que vous scrutiez mes plaies à la loupe, pourvu que votre doute devienne pour ceux qui croiront en vous une force confirmative.
Celui qui croira et sera baptisé, sera sauvé. Frères, ce que l’âme est au corps, la foi l’est au baptême. Voilà pourquoi celui qui est régénéré à la fontaine vit de la foi. Le juste vit de la foi. Quiconque vit sans la foi est donc mort. Qui croira. Parce que la Trinité est un seul Dieu; parce que dans le Père, le Fils et le Saint Esprit, il y a une seule majesté dans une entière égalité; parce que la déité est distincte dans la trinité, mais est une sans confusion. La divinité est une dans la déité, et trine dans les Personnes, parce que Dieu est le nom de la Trinité. Parce qu’il ne faut pas classer le Père et le Fils par ordre, mais regarder l’amour qu’ils se portent l’Un à l’Autre. Le Saint-Esprit ne doit pas être estimé inférieur, plus ou moins grand, parce que la divinité n’a rien qui soit en dehors d’elle. Parce que le Christ s’est fait homme tout en demeurant Dieu. Il est mort pour ressusciter, par sa mort, les morts de tous les siècles. Il n’est pas ressuscité pour Lui, mais pour nous. En s’élevant au ciel, il nous a emmenés au ciel. Il est assis dans la majesté du Juge, non pour se reposer de Sa fatigue. Il viendra non localement, Lui qui est partout où l’on va; non pour s’emparer de son monde, Lui qui possède la totalité du monde; mais pour que le monde mérite pour toujours la vision de son Auteur. Que l’homme croie aussi en la rémission des péchés. Que l’immensité de ses crimes ne le mène pas au désespoir, car s’il est une faute que Dieu ne peut pas pardonner, Il n’est pas tout- puissant. Qu’il croie en la résurrection de la chair, pour que ce soit l’homme lui-même qui ressuscite, pour que celui qui pèche reçoive la punition, et celui qui travaille péniblement la récompense. Qu’il croie en la vie éternelle, afin que n’ait pas lieu la seconde mort. Le fait que les démons, les ennemis ataviques, soient chassés des corps humains, que d’une seule et même bouche se prodigue le même sermon en une diversité de langues, que, quand ils sont touchés, les serpents, grâce au Christ, ne connaissent plus leurs venins, que, grâce au Christ, des coupes empoisonnées ne peuvent pas faire de tort à ceux qui les boivent, que les maladies corporelles s’enfuient au toucher de celui qui prêche le Christ, toutes ces choses, mes frères, sont des preuves irréfragables de la vérité de notre foi. Les signes suivants accompagneront les croyants : Ils chasseront des démons en mon nom, ils parleront de nouvelles langues, ils manipuleront des serpents, et s’ils boivent un poison, il ne leur fera aucun tort. Ils imposeront les mains aux malades, qui ne s’en porteront que mieux. Homme, sois donc pour toi-même un médecin par la foi, pour que tu ne sois pas forcé de te soumettre, à tes frais, à des médecins étrangers, et contraint d’acheter à grand prix ce que tu peux posséder gratuitement. Prions, mes frères, pour que dans la vie présente, nous expérimentions toujours la médecine de la foi, pour que nous, qui sommes dans la situation de ceux qui attendent le Christ, nous soyons surs qu’Il viendra, et que nous puissions tirer gloire de notre conscience.
84ème Sermon de Saint Pierre Chrysologue
(la cinquième manifestation du Christ, faite aux apôtres en l’absence de Thomas, et la sixième en sa présence)
Pendant les quarante jours au cours desquels il est rapporté et il est de foi que le Christ est apparu de différentes manières à ses disciples, Il s’est dévoué à leur expliquer la sainte écriture et à leur donner un enseignement bien nécessaire, en s’appuyant sur des sacrements, pour que les nombreuses preuves de sa résurrection changent la douleur de la passion du Seigneur dans la joie parfaite de votre charité. Et Celui qui était auparavant ressuscité dans notre corps par Sa vertu propre, qu’Il ressuscite maintenant par la foi dans nos cœurs. Et comme c’était le soir du premier jour des Sabbat et que les portes étaient closes là où les disciples s’étaient réunis par crainte des Juifs, Jésus vint et se tint au milieu d’eux. Comme c’était le soir. C’était le soir, plus par leur sombre chagrin que par l’heure marquée au cadran solaire; un nuage de douleurs et de tristesse avait répandu la noirceur sur leurs esprits C’était le soir. Bien que le crépuscule avait donné quelques indices de la résurrection, le Seigneur n’avait pas encore resplendi pour eux dans toute la splendeur de Sa lumière. Et comme les portes étaient closes là où les disciples s’étaient rassemblés par crainte des Juifs. La grandeur de la terreur et de l’acte criminel avait fermé la maison et les cœurs des disciples dans un si grand trouble, et toute entrée à la lumière avait été si interdite, que l’occupation toujours de plus en plus grande des sens augmentait les ténèbres de la nuit par l’accablement de la tristesse. Il n’y a pas de ténèbres nocturnes qui peuvent se comparer à l’obscurité qu’apportent la souffrance et la peur, parce qu’elle ne peut être percée par la lumière d’aucune consolation ni d’aucun conseil. Ecoute le prophète : La crainte et la terreur sont venues sur moi, et les ténèbres m’ont recouvert.
Et comme les portes étaient closes où étaient les disciples rassemblés par la crainte des Juifs, Jésus vint et se tint au milieu d’eux. Qui doute que la Divinité a pu pénétrer le secret d’un corps clos et un domicile entièrement verrouillé par la virginité absolue, Elle qui, après la résurrection, alourdie par le mystère de notre corps, est entrée et sortie par des portes closes ? Par un tel signe, Il s’affirme comme l’Auteur de toute créature, Celui à Qui aucune créature ne peut s’opposer, que toutes doivent servir avec zèle. Si la virginité ne peut pas alléguer comme excuse devant son Créateur, la conception et la naissance, si elle ne peut pas non plus interdire à son Créateur d’entrer et de sortir portes closes, comment la pierre du monument, bien qu’immense, bien que scellée par la malice judaïque, pourrait-elle s’opposer à la résurrection du Sauveur ? Mais comme la virginité et la porte, toutes deux claustrées, produisent la foi dans la divinité, de la même façon la pierre roulée affirme la foi dans la résurrection, car, étant roulée, elle n’offrait au Seigneur aucune sortie, mais elle permettait et offrait l’entrée de la foi, la nuit. Jésus vint et se tint au milieu d’eux, et Il leur dit : La paix soit avec vous. Dans le cœur des disciples, étaient continuellement en conflit la foi et le doute, le désespoir et l’espoir, la magnanimité et la pusillanimité.. Le Scrutateur des cœurs voyant dès l’abord les guerres que se livraient de telles pensées, rendit en premier lieu la paix des cœurs à ceux qui Le voyaient. S’Il avait offert matière à controverse quand Il avait été supprimé, son retour élimine à leurs yeux toute cause de bataille. Ils étaient heureux en voyant le Seigneur. Ils furent remplis de joie. Autant est appréciée la lumière après les ténèbres, le ciel bleu après la noirceur des nuages, autant est bienvenue la joie après le désenchantement. Il leur dit de nouveau : La paix soit avec vous. Qu’est-ce qu’exprime cette répétition du don de la paix, si ce n’est que le calme qu’Il avait infusé dans les sens de chacun d’entre eux, Il voulait qu’ils le préservent en se redonnant continuellement la paix les uns aux autres. Car Il savait qu’ils auraient dans l’avenir des luttes à supporter au sujet de leur lenteur à croire; que l’un se vanterait d’avoir persisté dans la foi, et qu’un autre s’attristerait d’avoir douté. Pour retrancher la jactance et l’enflure de l’arrogant, pour guérir celui qui avait été vacillant, et rejeter les passions, le pieux Modérateur attribua à des causes extérieures plutôt qu’à ses disciples la responsabilité de ce qui était arrivé, et comprima, par l’empire de sa paix, les guerres renaissantes. Qu’ils ne se fassent pas de reproche les uns aux autres, parce que Lui, à qui tout était du, avait pardonné à l’avance. Pierre renie, Jean s’enfuit. Thomas doute, tous L’abandonnent. Si le Christ ne leur avait pas donné sa paix, Pierre qui était le premier de tous se serait cru inférieur à tous, et la primauté lui aurait peut-être été enlevée par la suite, comme une chose qui ne lui était pas due.
Comme le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie. Le mot envoyé ne diminue pas le Fils, mais déclare qu’Il est Fils, car quand Il a dit : Le Père m’envoie, Il n’a pas voulu mettre en relief la puissance de Celui qui envoie, mais la charité de Celui qui est envoyé. Ce n’est pas un Seigneur qui envoie un serviteur, mais un Père qui envoie un Fils. Moi aussi je vous envoie. Non par l’autorité de Celui qui en est encore à donner des ordres, mais par toute l’affection de Celui qui aime. Je vous envoie à la constance à supporter la faim, au poids des chaînes, à la saleté des prisons. Je vous envoie pour que vous supportiez tous les genres de peines, pour que vous allégiez, pour tous, le joug de la mort exécrable, car c’est la charité, non la puissance, qui commande en tout aux esprits humains. Ceux à qui vous remettrez les péchés, ils leur seront remis. Ceux à qui vous retiendrez les péchés, ils leur seront retenus. Il a donné le pouvoir de remettre les péchés Celui qui, en soufflant, a insufflé et donné libéralement Celui-même qui les remet. Mais où sont donc parmi ceux qui remettent les péchés ceux qui ne peuvent pas les retenir ? Et comme Il disait cela, Il souffla sur eux en disant : Recevez l’Esprit Saint. Les péchés seront remis à ceux à qui vous les remettrez. Où sont ceux qui soutiennent que les hommes ne peuvent pas remettre les péchés aux hommes; qui oppriment ceux qu’une impulsion diabolique a fait chuter une fois, afin qu’ils ne se relèvent pas; qui, par un cruel esprit, retirent la cure aux blessures et aux maladies; qui insultent avec impiété au désespoir du rachat des pécheurs ? Pierre a remis des péchés, et avec une grande joie, il a accueilli des pécheurs; et il étend ce pouvoir que Dieu lui a concédé à tous les prêtres. Car s’il n’avait pas fait pénitence après le reniement, il aurait perdu en même temps la vie et la gloire de l’apostolat. Et si Pierre est retourné à Dieu par la pénitence, qui peut subsister sans la pénitence ?
Quand Thomas entendit ses condisciples dire qu’ils avaient vu le Seigneur, il répondit : Si je ne vois pas les marques des clous, et si je ne mets pas ma main dans son côté, je ne croirai pas. Pourquoi Thomas requiert-il les vestiges de la foi ? Pourquoi conteste-t-il avec tant d’acharnement le Ressuscité qui se montre si miséricordieusement patient ? Pourquoi sa main droite dévote veut-elle rouvrir les plaies que Lui a infligées une main impie ? Pourquoi la main de l’adorateur s’efforce-t-elle de percer de nouveau le côté que la lance du militaire impie a ouvert? Pourquoi la curiosité d’un familier sans pitié veut-elle renouveler les douleurs imposées par la fureur des persécuteurs ? Pourquoi chercher à démontrer que c’est le Seigneur, en Lui infligeant des tourments, que c’est Dieu, en renouvelant Ses peines, que c’est le Médecin céleste, en ravivant Ses blessures ? La puissance du démon s’est effondrée, le cachot de l’enfer a été ouvert, les chaînes des morts ont été rompues, les monuments ont croulé à la mort du Seigneur, et à Sa résurrection, toute la condition de la mort a été changée. La pierre du sépulcre très saint du Seigneur a été renversée, et le voile du temple s’est scindé en deux; à la gloire du Ressuscité, la mort s’est enfuie et la vie est revenue. La chair qui ne connaîtra désormais plus le malheur est ressuscitée. Et pourquoi exiges-tu, comme un enquêteur pointilleux et tatillon, qu’à toi seul les plaies soient présentées comme une preuve de foi? Si ces plaies étaient disparues avec les autres blessures, quel péril pour ta foi cette curiosité n’aurait-elle pas engendré ? Tu n’as pas cru pouvoir trouver d’autres monuments de la piété, d’autre témoignages de la résurrection du Seigneur qu’en labourant avec tes mains les viscères mis à nu par la cruauté judaïque. Cette piété a demandé, cette dévotion a exigé ces choses pour que l’impiété elle-même ne puisse, par la suite, douter que le Seigneur est ressuscité. Mais Thomas ne guérissait pas seulement sa propre incrédulité, mais le doute de tous les hommes. Et devant prêcher la foi aux Gentils, après avoir solidement établi le mystère d’une si grande foi, il avait ce qu’il fallait pour convaincre les fortes têtes. Certes, la prophétie a été plus grande que l’hésitation. Car, pourquoi aurait-il demandé cela s’il n’avait su par un esprit de prophétie que seules les plaies étaient conservées comme indice de la résurrection ? Enfin, pour qu’il accorde spontanément aux autres ce qu’il a été lent à croire. Jésus est venu, s’est tenu au milieu d’eux et a montré ses mains et son côté. Car Celui qui était entré portes closes et que les disciples avaient eu raison de prendre pour un fantôme, ne pouvait prouver à ceux qui doutaient qu’Il était le même, qu’en leur montrant ses plaies et les marques de sa passion.
Le Seigneur vint et dit à Thomas : Mets ton doigt ici, et vois mes mains. Et tends ta main et mets- la dans mon côté. Et ne sois plus incrédule mais fidèle. Pour que ces plaies, en les rouvrant toi-même, répandent sur la terre entière la foi, elles qui ont déjà fait couler l’eau dans le baptistère et le sang pour le rachat de tous. Thomas répondit et dit : Mon Seigneur et mon Dieu. Que les hérétiques viennent écouter, et comme a dit le Seigneur, qu’ils ne soient pas incrédules mais fidèles. Voici que Thomas déclare en vociférant que le Christ est Dieu et Seigneur non seulement dans son corps humain mais dans les stigmates de son corps puni à cause de nos péchés. Et Il est vraiment Dieu Celui qui vit après avoir été mort, et qui ressuscite après avoir été criblé de blessures. Parce qu’Il s’est soumis à tant et de si grandes choses, Il vit et règne Dieu pendant les siècles des siècles. Amen.