85ème Sermon de Saint Pierre Chrysologue
(l’entrée de Jésus dans le temple et l’admiration des Juifs)
Bien que quelques fêtes liturgiques semblent inaccessibles par la profondeur de leur mystère, il n’y en a aucune qui soit infructueuse. Les jours de fête ne doivent pas êtres employés à satisfaire nos caprices, mais doivent être consacrés à la culture des vertus. Les choses que les Pères nous ont transmises et qui ont été corroborées par le temps, l’âme chrétienne ne peut pas les laisser tomber en désuétude, mais les entoure d’un grand respect, avec toute l’éloquence de sa dévotion. Vers midi, le Christ monta dans le temple. Dans quel temple ? Ne savez-vous pas que vous êtes le temple de Dieu et que l’Esprit de Dieu habite en vous ? Le Seigneur monte aujourd’hui dans le temple de notre corps, Lui qui, dans sa clémence, est descendu dans la forme de notre corps. Que Dieu monte dans la partie élevée du cœur humain, le bienheureux Prophète l’affirme quand il chante : Bienheureux l’homme. Seigneur, qui reçoit comme aide de toi ton ascension dans son cœur. Au jour de fête, vers midi, Jésus monte dans le temple. Ce n’est pas par hasard que Jésus soit monté dans le temple un jour de fête autour de midi, parce qu’Il était sur le point de nous préparer du haut du ciel le jour de fête parfait. Tout ce qu’il y avait de sublime dans les cœurs humains, tout ce qui tendait au ciel se courbait de tout son poids vers l’enfer de la passion du Seigneur. C’est pour cela que le Seigneur est demeuré quarante jours sur la terre après sa résurrection. Et, s’il est permis de le dire, Il remet à plus tard la rencontre avec le Père, il diffère l’étreinte paternelle jusqu’à ce qu’Il ait complété sa révélation et tout restauré dans la gloire de son ascension. Celui dans le temple duquel le Christ ne monte pas ne monte pas dans le ciel avec le Christ.
Il monta dans le temple et enseignait. Et les Juifs en étaient dans l’admiration. Ils disaient : Comment peut-il savoir les lettres Lui qui n’est jamais allé à l’école ? C’est à juste titre qu’ils s’étonnent qu’Il sache ce qu’Il n’avait jamais appris, quand la preuve a été faite que ceux qui enseignent ce qu’ils ont appris ne connaissent pas les préceptes de la loi, au dire même du Seigneur : Tu es docteur en Israël, et tu ignores ces choses ? Les Juifs, qui déjà se rebellent, s’étonnent, admirent, mais ne veulent pas croire. Ils ne savent pas admirer, il refusent d’apprécier, et ne peuvent pas comprendre. Les Juifs s’étonnaient en disant : Comment peut-il savoir les lettres sans les avoir jamais apprises ? Loin de l’admirer, tu n’as que du dédain pour ce que la Vierge a enfanté. Que Dieu sente et agit dans notre corps, loin de le reconnaître, tu te refuses de le prendre au sérieux. Que l’aveugle voit, que le sourd entend, que le boiteux court, que le mort ressuscite et que le Christ révèle tous les secrets de Dieu, tout cela ne suscite chez toi aucune admiration. La seule chose qui t’étonne c’est qu’Il sache sans avoir appris. Voici Celui qui n’a pas appris les lettres, mais les a données à l’humanité. Voici Celui qui a façonné les sens qui façonnent les lettres. Le docteur de la loi s’étonne de ce que l’Auteur de toutes choses n’a pas appris les lettres ? Dieu est en effet l’Origine de toutes choses : Il fait être ce qui n’était pas, et Il enseigne sans avoir appris.
86ème Sermon de Saint Pierre Chrysologue
(sur le mutisme de Zacharie, le père de Jean Baptiste)
Le discours du monde, parce qu’il provient de la raison humaine, répond aux besoins de la nature et est à sa portée. Mais le sermon divin est au pouvoir de Celui qui donne de dire, non de celui qui dit. Vous avez entendu dire que Zacharie qui était la gloire du sacerdoce suprême, est devenu muet en priant. Il s’est tu le père de la voix : Je suis la voix de celui qui crie dans le désert. Le géniteur de celui qui crie est devenu muet. Et celui qui était entré pour en rapporter des réponses est sorti en rapportant le silence.
Vous voyez donc que mon silence, qui vous avait jadis contristés, vient d’un antique usage pontifical, non de l’amour de la nouveauté. Quand Zacharie réalisa que ce qui enchaînait sa langue fermait la porte à son discours, il interdit par signes à qui que ce fût de s’enquérir des causes de son mutisme, car celui qui avait appris à dire le mystère n’avait pas appris à le savoir. Mais ce n’était que pour un temps, parce que le sermon du prêtre était différé, non supprimé; s’il était caché, il n’était pas interdit; il était mis en suspens, mais n’était pas rejeté. Il ne faut pas considérer comme une punition le fait que Zacharie ne puisse plus parler, mais comme un signe. Ce n’est pas le fait d’une débilité terrestre, c’est un secret céleste. Le même Dieu qui donne que l’on parle fait aussi que l’on ne puisse plus parler. Il impose le silence Celui qui communique la parole. Le sermon divin est autonome : il ne sert pas, car Dieu est le Verbe. Il ne parle donc pas quand il en reçoit l’ordre, mais quand il le décide; non quand on l’exige de lui, mais quand il donne de lui-même; non quand on cherche à le contraindre, mais quand il vient spontanément. Mes frères, écoutez-le donc quand il vient, et quand il ne vient pas, supportez-le patiemment. Accueillez-le quand il se donne, et quand il se refuse à vous, priez. Parce que le docteur reçoit ce que mérite l’auditeur. Tant pour vous que pour moi, le sermon a été brusquement interrompu dans son cours, comme le flux de sang de l’hémorroïsse, comme s’il avait été la cause d’une blessure honteuse, afin qu’augmente notre honte comme a augmenté sa pudeur, et que ce qu’elle a tu soit enfermé par notre silence. Mais revenons à ce que nous avons commencé. Cette fontaine de Jérusalem coule avec abondance, quand l’ange lui donne une impulsion, non quand l’auditeur a soif. Ainsi le sermon du prêtre épanche ses flots abondants quand Dieu donne, non quand il parvient par lui-même à exposer de bout en bout son sujet. C’est pourquoi Zacharie lui-même qui enseignait les prophéties au peuple, cesse de se parler à lui-même, pour que nous ne cessions pas de rendre grâce à Dieu, s’Il veut que nous nous taisions parfois, nous à qui il a toujours accordé libéralement un discours que rien n’incommodait. Il n’a pas trouvé qu’il serait indigne de recevoir la parole du Verbe, à qui il remettait la lumière. Et vous mes fils priez pour que nous ayons la voix, afin que vous puissiez entendre le sermon. Remettez en état ma joie de prêcher, pour que vous puissiez posséder votre allégresse habituelle, et réaliser cette parole de l’Apôtre : Qui est celui qui me réjouit si ce n’est celui qui exulte à cause de moi. (mot illisible)
Qu’il vienne donc, qu’il prenne place au milieu de nous pour que son pieux exemple console notre taciturnité, et pour que son silence ne vous permette pas de vous attrister de notre silence. Qu’il vienne, qu’il vienne le précurseur de la parole, le modèle du sacerdoce, l’exemple de la sainteté, le premier des évangélisateurs, le dernier des prophètes. Il y a eu au temps d’Hérode, qui était roi des Juifs, un prêtre du nom de Zacharie. En disant sous quel roi tel prêtre a vécu, on soulage les maux : il y a toujours une consolation dans la souffrance, et la consolation ne manque pas à qui voit imminente la persécution. Il y eut au temps d’Hérode qui était roi des Juifs, un prêtre du nom de Zacharie. Jusqu’à Hérode, le peuple juif bénéficiait à sa tête de la sainteté sacerdotale, de la gravité des vieillards, et de la piété des ancêtres. Le droit était la loi divine; l’ambition, la témérité, la présomption n’aboutissaient à rien là où tout était géré par un ordre divin, non humain. Mais Hérode vint, s’empara du pouvoir, alors qu’il était issu d’une nation étrangère. Il viola le sacerdoce, troubla l’ordre, changea les mœurs, méprisa les vieillards, tua les jeunes gens, et mélangea les tribus. Il a détruit la noblesse héréditaire, a corrompu la nation, enlevé complètement toute discipline humaine et divine. Mais quel rapport cela a-t-il avec saint Zacharie ? Pour qu’on ne pense pas que de pareilles énormités sont attribuées à Zacharie, l’évangéliste est forcé de rapporter les choses ainsi : Il y a eu au temps d’Hérode, roi des Juifs, un prêtre du nom de Zacharie, de la lignée d’Abia. Parce que jusqu’à lui, le genre de sacerdoce transmis par les ancêtres, les anciens et les pères était demeuré intact, toute la discipline du sacrifice avait été conservée, de telle sorte que la vie méritoire du prêtre refrénait l’impiété du roi, l’iniquité de l’époque, la rage de l’ambition et la fureur de la témérité.
Mais écoutons ce qui suit. Et il arriva que, après être entré dans le temple du Seigneur, il offrit l’encens, pendant que toute la multitude du peuple priait. A l’heure de l’encens, mes frères, le soleil se couchait déjà dans le temple judaïque, pour qu’il se lève de bon matin dans l’Eglise; et comme l’aurore de l’évangile était imminente, le soir descendait sur la doctrine judaïque. Le jour de la loi s’obscurcissait pour qu’il reluise à nouveau dans la grâce. Voilà pourquoi Zacharie, dans un esprit prophétique, présente de l’encens à l’heure de l’encens, au dernier temps des cérémonies légales. Il offre des prières, il lance au ciel ses désirs, confie à Yahvé ses vœux, Lui fait remarquer que le temps est arrivé, Lui rappelle Ses promesses, réclame avec insistance la venue du Christ. Et toute la multitude priait à l’extérieur. Il prie pour que le peuple qui se tenait dehors puisse pénétrer à l’intérieur. Un ange du Seigneur lui apparut, qui se tenait à droite de l’autel de l’encens. A sa vue, Zacharie fut troublé, et la peur s’empara de lui. Il n’y a donc pas à s’étonner si le prêtre se trouble, si le docteur est stupéfié, si le chef est épouvanté; si, après avoir vu de grandes choses, il fait le silence sur des petites; et s’il désespère des mots après avoir contemplé les signes. Et pour que Zacharie ne paraisse pas être le seul à être effrayé, écoute un autre Prophète qui dit : Seigneur, j’ai entendu ta parole, et j’ai eu peur. J’ai considéré tes œuvres et j’en ai été épouvanté. Celui qui parle avec Dieu est rempli d’effroi. D’où vient la parole à l’ange ? Il l’ignore; et que pouvons-nous en comprendre ? D’où vient que le prêtre se tait ? Nous l’avons déjà dit. Et l’ange, répondant, lui dit : Je suis Gabriel, qui me tiens en présence de Dieu, et je suis envoyé vers toi pour te dire ceci, pour te donner cette bonne nouvelle. Et voici que tu seras muet et que tu ne pourras pas parler. Où est la faute de celui qui se tait, si c’est le pouvoir de celui qui commande qui impose le silence ! Quand donc nous nous taisons et tous ceux qui comme nous se taisent, n’allez pas penser que c’est par oubli, mais ce sont les circonstances qui le veulent ainsi. Voyez-y à l’œuvre non la raison humaine, mais une œuvre divine. Ne soyons donc pas tristes car, avec le don de Dieu, un silence momentané sera compensé par un long discours, et le peu de tristesse qui sera nôtre sera changé en grande joie. Je rends grâce à mon Dieu qui a transformé le tort à vous infligé en un accroissement de charité à mon endroit. Car quelle est la grandeur de l’amour que vous me portez, votre pâleur le trahit, vos acclamations l’attestent, vos larmes en font foi, l’épanchement de vos sentiments le démontre.
87ème Sermon de Saint Pierre Chrysologue
(de l’annonciation et de la conception du bienheureux Jean-Baptiste)
Si en raison d’une douleur excessive ou d’une longue maladie les lampes ont été éteintes, la lumière, à moins d’être introduite graduellement, blesse la vue, bien qu’il soit certain que la lumière du soleil soit adaptée aux yeux, quelle soit une lumière qui leur est bénéfique, et c’est par les yeux qu’elle est apportée ou refusée au reste du corps. De la même façon, à moins que ne soit peu à peu restituée la clarté de la foi aux esprits enténébrés par la maladie diurne de la perfidie, l’exposition subite à la pleine clarté de la foi ne fait qu’épaissir l’obscurité de la perfidie, qu’un long usage transforme en une seconde nature ou émousse. Voilà pourquoi le Seigneur, pour faire briller le sacrement de l’enfantement virginal aux cœurs aveuglés par la sombre nuée de l’infidélité, présente d’abord le concept de la stérilité âgée désespérée. Pour que qui voyait, après une longue vieillesse, revivre ses membres desséchés, et qui, après avoir parcouru le cycle d’une vie avancée en âge voyait refleurir sa prime puberté, et la nature elle-même à l’âge du déclin être rappelée aux étendards d’un jeune serviteur, croirait que peut être conservée la fleur de la pudicité, le titre de la pudeur, l’insigne de la chasteté, é que le sceau de la virginité pouvait demeurer intact, quand l’Auteur lui-même s’est avancé hors de l’utérus. Et pour que notre comparaison du début que nous avons tirée des yeux fatigués par une longue maladie, soit confirmée par une autorité qui démontre que les yeux des hommes enténébrés par une déplorable accoutumance à la nuit, sont rappelés insensiblement à la lumière, le Seigneur allume en saint Jean et envoie avant Lui la lampe de Sa lumière, pour que le dégoût de la lampe leur fasse préférer la splendeur du divin Soleil; pour qu’ils puissent percevoir la clarté elle-même de la déité. Il était la lampe ardente et brillante. Pour que sa placide lumière pénètre les épaisses ténèbres de la nuit; pour qu’il ramène à la lumière éternelle ceux qui ont déjà le désir d’un jour qui ne connaît pas de nuit. C’est pourquoi les mages qui demeuraient encore dans la nuit, et qui avaient la vue complètement paralysée, une étoile d’un faible éclat les a accoutumés à la lumière, et petit à petit, les a attirés jusqu’à la source elle-même de la lumière et des jours.
Et à la vérité, mes frères, rien n’est plus convenable puisque le quadrige du temps parcourt toutes les bornes de l’année entière, et nous rappelle aux fêtes de la naissance du Sauveur, et ramène les joies. Nous parlons maintenant de la naissance de Jean, de la maternité d’une stérile pour qu’en récompense de cette foi, nous puissions parvenir, avec l’étoile pour guide, à la lumière de la lampe du précurseur, au milieu des lumières hivernales affaiblies par les nuages et la brume, là où l’enfantement se fait sans accouchement, où est créé l’Auteur de la procréation, là où naît l’Origine elle-même de la génération.
Il y avait un prêtre du nom de Zacharie, et sa femme s’appelait Elizabeth, et ils n’avaient pas de fils, parce qu’Elizabeth était stérile, et ils étaient tous deux avancés en âge. La stérilité est amplifiée par l’extrême vieillesse, et tout ce qui tient du corps et de la nature dément l’espoir d’engendrer. De peur qu’aucune pensée de rejeton ne demeure, quand on est parvenu au temps et à l’âge où, après le retrait de la chaleur vitale, le froid mortel de la stérilité possède déjà les viscères. Le géniteur lui-même réalise alors qu’il n’est plus possible à l’homme de donner naissance à l’homme, quand les forces vitales se sont retirées. C’est de cette façon mes frères, c’est de cette façon qu’aux têtes dures est présentée la croyance, que leur est infusée la foi. . Et alors on croit que tout est divin là où il n’y a rien eu d’humain. Après avoir été choisi par le sort pour aller offrir l’encens, Zacharie entra dans le temple du Seigneur. Il s’est bien exprimé quand il a dit : il est entré dans le temple, et non le temple est entré, parce que l’ami de Dieu était lui-même un temple, portant dans la pureté de son cœur tous les secrets de la loi, n’offrant pas tellement l’encens de l’encensoir que celui de sa pure supplication. Car Dieu trouve plus volontiers son repos dans Son temple à Lui que dans celui qui est l’œuvre des hommes; et Il ne hume jamais avec autant de bon cœur les essences des plantes d’Arabie que la sainteté d’un cœur sincère.
Un ange de dieu lui apparut qui se tenait à droite de l’autel de l’encens. Il suffisait de dire qu’un ange était apparu. Quel besoin y avait-il d’ajouter qu’il se tenait à la droite de l’autel de l’encens ? Pour que tu comprennes, toi qui m’écoutes, que dans les anges de Dieu il n’y a pas de gauche, au dire même de l’écriture : Les voies qui sont à droite Dieu les connaît. Un ange lui est apparu. C’est parce que tout homme avait échoué, que, avant que Jean naisse d’une stérile, et que le Christ naisse d’une vierge, il avait été dit au sujet de Jean : Voici que, moi, j’envoie mon ange. Heureuse nature celle qui, pour qu’elle croisse en Dieu, s’est atrophiée dans ses sens. Bienheureuse celle qui a corrigé les torts apportés à la stérilité par la fécondité virginale. Bienheureuse celle qui par un seul enfantement, a pris en charge toute la confusion qu’elle déplorait dans le monde. Bienheureuse celle qui est devenue la mère féconde des vivants, après avoir été l’origine misérable des mortels. Elle a enfanté les douleurs dans la douleur, a mangé le gémissement en gémissant, a produit, au péril de la mère, un homme destiné au malheur, et dans chaque naissance a produit une mort, au péril de la génitrice. Dans chaque enfantement, elle annonçait un décès par des lamentations et des larmes. Toujours, elle dévorait sa progéniture, consciente qu’elle était d’avoir engendré ses enfants pour qu’ils meurent dans de grandes souffrances. C’est par la stérilité de préférence que la nature se conservait, de crainte que la fécondité ne la pousse à sévir avec plus de violence, et qu’elle ne mette au monde des chagrins plutôt que des enfants. Par ses larmes, sa tristesse, ses gémissements, pendant combien de temps n’a-telle pas cherché et interpellé son Auteur, comprenant très bien que cela lui était arrivé par sa faute, et que l’Auteur très pieux n’avait pas disposé les choses ainsi au moment de Sa création. C’est pour cela que le Seigneur, le Créateur lui-même de la nature passe par le chemin d’une conception virginale, de la naissance d’une vierge, par un sentier inconnu aux traces invisibles. Il marche d’un pas divin, non humain, sur le chemin de la naissance humaine, pour affranchir d’abord à sa naissance, la nature de la servitude de la mort. Pour qu’elle soit libérée de celui qui la retenait esclave pour dettes, et, pour qu’après avoir purifié la fontaine, Il rende la pureté surnaturelle aux ruisseaux. C’est avec raison que Jean exulte dans le sein de sa mère, lui qui a mérité que la liberté de son origine existe avant qu’il la connaisse, et qui a mérité de vivre avant de comprendre. A l’heure de l’encens, l’ange rend féconde la stérilité, ordonne la conception, promet la naissance, et au milieu des vases sacrés une naissance sacrée est procurée. C’est pour cela que la prophétie est présente dans Jean quand qu’il n’est encore que dans l’utérus, et avant que le fœtus n’atteigne sont plein développement. Sur un signe de Dieu, il parle avant d’exercer sa mission de voix. Pour ne pas nous laisser emporter par le désir de conclure par un bref sermon le commentaire des choses profondes et merveilleuses de la dernière lecture, remettons à plus tard les choses les plus importantes à expliquer, et, bientôt, s’il plaît à Dieu, nous traiterons de ce qui reste.
88ème Sermon de Saint Pierre Chrysologue
(de l’annonce de la conception de Jean-Baptiste : suite)
Toujours devoir quelque chose à quelqu’un est stressant. Il est déprimant, mes frères, d’être obligé de toujours payer les intérêts d’une dette. Mais moi, que ma promesse a rendu votre débiteur, je suis flatté et charmé par la nature et l’obligation d’une telle dette, car celui qui promet donne, mais ne reçoit pas. Et celui qui continue à devoir, tout en donnant, fait en sorte que son créancier lui soit redevable. Mais quand c’est le prêteur qui doit, et quand c’est le débiteur qui prête, c’est l’amitié qui est à l’origine du contrat plutôt qu’un besoin impérieux. Et quand les intérêts de la dette sont de nature spirituelle, ces intérêts qui courent ne sont pas un fardeau mais un honneur et un charme.
Après que le récit évangélique ait décrit qu’un ange était apparu au prêtre Zacharie, il continue par ces mots : Et Zacharie fut troublé en le voyant, et la crainte s’empara de lui. S’il est troublé par la pouvoir du juge celui qui frémit et tremble à l’arrivée d’un huissier, et s’il juge avec crainte de la gravité du mandat d’après la personne qui l’exerce, la crainte persiste en lui, même s’il n’est conscient d’aucune faute, jusqu’à ce qu’il comprenne quelle est la dignité de la personne qui vient le voir, et pour quelle raison elle vient. Que fera l’imbécile nature humaine, de quelle épouvante ne sera-t-elle pas saisie quand elle verra une puissance céleste, quand l’homme regardera l’ange, et verra le ministre du trône divin ? La chair ne peut jamais être sure de sa conscience. Comme Zacharie, dont nous parlons maintenant, l’a démontré, lui qui a achoppé au moment même où il cherchait à apaiser Dieu; qui a douté en croyant, au dire de l’ange : Parce que tu n’as pas cru à mes paroles. Quand il mérite d’obtenir ce qu’il demande, il fond dessus comme sur un ennemi. Il est condamné au moment même où on lui accorde des faveurs. Il perd la voix en percevant la voix. Voilà pourquoi l’ange avant de lui indiquer les motifs de son ambassade, avant de lui accorder des dons, avant de lui offrir ce qu’il avait demandé, s’en prend à la crainte, chasse la peur, sécurise les âmes troublées par l’appréhension d’un danger, pour que l’âme qu’une trop grande frayeur avait mise hors d’elle-même, une fois revenue à elle-même, apprécie à sa juste valeur la largesse des bienfaits divins. C’est pour cela que l’ange a dit : Ne crains pas Zacharie, parce que ta demande a été exaucée. Et ta femme t’enfantera un fils, et tu l’appelleras Jean. Penses-tu qu’un tel prêtre ait oublié le peuple et l’ensemble de l’humanité, pour demander qu’une vieille épouse conçoive, qu’une stérile désespérée enfante; que le légat de l’univers ne soit présent au temple que pour lui; que l’avocat du monde entier ne prie que pour lui personnellement ? Penses-tu qu’il est entré dans le saint des saints pour ravaler un tel pontificat aux soucis domestiques, le limiter et le réduire aux seuls drames familiaux ? Et l’encens, qui est celui de tout le peuple, il l’aurait offert pour la réalisation de ses désirs, et pour son seul avantage personnel ? Ce vénérable chef des prêtres, qui a vieilli avec ce désir, voyant le temps propice, serait tout feu tout flamme à l’idée d’un enfantement hors saison ?
Loin de nous cette pensée, mes frères ! Loin de toute âme fidèle de suspecter une telle chose de saint Zacharie ! Et pourtant l’ange lui apporte la réalisation de toute sa demande quand il dit : Ta demande a été exaucée, et ta femme t’enfantera un fils. Si l’ange a donné une réponse favorable à sa demande, si le prêtre a intercédé en sa faveur et si sa supplication portait également sur tous, pourquoi l’ange ne fait-il allusion qu’aux bienfaits qui le concernent personnellement ? Pourquoi tenir en suspens plus longtemps les âmes de nos auditeurs ? Ce vénérable chef des prêtres n’était pas dans le temple pour lui-même mais pour tous. La réponse de l’ange concerne tous les hommes. Dieu, il est vrai, veut assurer une descendance à cette lignée sacerdotale. Un fils avait été accordé aux parents et à la nature elle-même, pour qu’ils en fassent don à toute l’humanité; pour qu’ils le prodiguent aux hommes de tous les siècles; pour qu’ils en fassent don au peuple. Pour que parmi les choses consacrées, il devienne le fils du sacrement, et parmi les sacrements le consacré; pour qu’il soit le chef religieux engendré par le vénérable chef religieux; pour qu’il soit un ange avec la bouche sainte d’un ange conçu dans un sein maternel; pour qu’il soit la voix du Christ. Je suis la voix de celui qui crie dans le désert. Pour qu’il soit la voix du Christ que le Christ s’était réservée pour son temps. Pour qu’il soit le héraut qui devait annoncer la présence du Christ, et qui devait, par la pénitence, appeler les peuples au pardon du Christ. Nous apprendrons bientôt, par ce qu’ajoute l’ange, que ce prêtre oublieux de lui-même, déjà mort à lui-même, qui avait renoncé à l’espoir d’une descendance, agissait au nom de tous, demandait pour tous : Et plusieurs se réjouiront de sa naissance.
Celui qui est né du saint corps du prêtre très âgé, est exempt de tous les vices, est à l’abri des passions ardentes de la jeunesse. Il ne connaît pas le vin, ignore les boissons enivrantes, qui enfantent les vices de la luxure et de l’ébriété, et corrompent les mœurs honnêtes, qui sont les ornements des vertus. Il ne but ni vin ni boisson enivrante, mais il a été rempli du Saint-Esprit quand il était encore dans le sein de sa mère. Conformément à ce mot de l’Apôtre : Frères, ne vous enivrez pas de vin,dans lequel se trouve la luxure. Mais remplissez-vous du Saint-Esprit . Et il sera rempli du Saint-Esprit, étant encore dans le sein de sa mère. Que bienheureux soit Jean, lui qui a mérité de faire retentir sa voix avant de vagir avec les pleurs de l’homme ! Bienheureux celui qui a possédé les choses divines avant d’hériter des humaines ! Bienheureux celui qui a mérité le ciel avant la terre ! Bienheureux celui qui a mérité d’annoncer les choses futures avant de voir les choses présentes ! Bienheureux celui qui a saisi Dieu avant d’être saisi par son corps! Bienheureux et singulièrement bienheureux celui qui a conquis le mérite avant de savoir demander ! Bienheureux celui qui n’est pas parvenu à la grâce par un travail pénible, mais qui est descendu à des travaux pénibles eu égard à cette grâce ! Et il convertira un grand nombre de fils. A qui ?
Que l’ange le dise, parce que l’hérétique Le blasphème, Le renie, L’injurie. Qu’il le dise l’ange, pour que le fidèle entende, et se réjouisse. Que l’hérétique croie et se rétracte ! Il convertira. A qui ? Au Seigneur leur Dieu. Qui est donc ce Dieu ? Celui de qui le prophète dit : Celui-ci est notre Dieu, m et il n’y en a pas d’autre en dehors de Lui à avoir trouvé toute la voie de la discipline, et il l’a donnée à Jacob son enfant, à Israël son bien-aimé. Quand l’a-t-Il donnée? De toute évidence, c’est quand Il écrivit sur les tables de la loi la règle de toute la vie, et la norme totale de la discipline. Sois bien attentif, toi qui m’écoutes, afin de savoir qui est ce Dieu qui est le nôtre, en dehors de qui il n’y en a pas d’autre. Qui est-Il ? Après cela, il a été vu sur la terre, et a vécu en compagnie des hommes. Qui d’autre a été vu sur la terre en dehors du Christ, Lui qui s’est changé en notre chair ? Qui d’autre a vécu en compagnie des hommes, si ce n’est Celui qui a demeuré avec les hommes dans un corps humain ? Et si c’est Lui notre Dieu, et s’il n’y en a pas d’autre en dehors de Lu, hérétique, qui auras-tu si tu n’as pas Celui-là ? Il n’y en a pas d’autre en dehors de Lui. Et maintenant, ne dis pas : où est donc le Père ? Le Prophète dit : Il n’y en a pas d’autre en dehors de lui. Et où est-Il ? Dans le Fils, évidemment, parce que sans un Fils il n’y a pas de Père. Je suis dans le Père et le Père est en moi. Le Prophète ne dit pas : il n’y en pas d’autre, mais il n’y en pas d’autre en dehors de Lui. . Ce qui signifie : Il est. Mais Il est en Lui-même. Mais tu diras : s’Il est en Lui-même, comment est-Il un autre ? Hérétique, Il est Un Autre dans la Personne pour être Le Même dans la substance. Ainsi, Il est Lui-même la substance, pour qu’il n’y ait pas de confusion dans la Trinité. La Trinité est une, car il n’y a pas de diversité dans la Déité. Mais elle est en Elle-même; et sans elle, la Trinité entière n’existe pas. Le Père, le Fils et le Saint-Esprit possèdent une personnalité propre, mais la divinité est sans divisions. Et il Le précèdera . Qui ? Le Christ, qui est leur Dieu. Notre Dieu, le Dieu de tous : il n’y a pas d’autre Dieu en dehors de Lui. Dans la vertu d’Elie. Que personne, entendant cela, ne croie qu’il s’agit de la métempsychose. L’esprit donc il parle, est celui qu’il a mérité par la grâce divine, non celui qui revient donner vie à une chair. Et la vertu dont il parle est celle qu’il a reçu d’en haut, non celle qu’il aurait obtenue grâce à sa force physique. Jean vint donc dans l’esprit d’Elie, et a marché sur les pas de sa vertu, lui qui, en toutes choses, représente tout à fait Elie et le Christ par la nourriture, le vêtement, l’honnêteté, la chasteté et l’abstinence. Il préparera pour le Seigneur un peuple parfait. Que Dieu et Notre Seigneur daigne le préparer et le fortifier à la gloire de son nom !
89ème Sermon de Saint Pierre Chrysologue
(de l’annonce de la conception de Jean-Baptiste : suite)
Toutes les choses que Dieu a faites sont bonnes pour nous, et même excellentes, au dire même de l’Ecriture : Et Dieu vit que toutes les choses qu’il avait faites étaient bonnes, qu’elles étaient très bonnes. (d’après les Septante). Donc, toutes les choses que Dieu a faites sont bonnes, et même très bonnes. Et il y a des choses placées entre les vices et les vertus, comme en leur milieu, qui offrent aux moralistes matière à enseignement, et qui sont une cause d’erreur pour les inexpérimentés. Car les savants connaissent le Créateur par la contemplation de la création. En pensant que les créatures sont des dieux, les fous ne peuvent découvrir le Créateur. C’est pourquoi les Gentils ont déifié le soleil, la lune, les étoiles, l’or, les pierres, le bois, toutes choses que les Chrétiens savent être assujetties au service d’un Maître. Il ne faut pas s’étonner qu’il existe une créature intermédiaire entre le bien et le mal, quand le Créateur Lui-même de tous, le Christ, est placé pour le salut des fidèles et la ruine des infidèles, au témoignage de l’évangéliste : Il est placé pour la ruine et le relèvement d’un grand nombre. Même les Apôtres sont pour les uns cause de mort, pour d’autres une cause de vie. L’Apôtre le confirme en disant : Pour quelques-uns nous sommes une odeur de mort pour la mort. Pour d’autres nous sommes une odeur de vie pour la vie. Donc, même les lectures de l’Evangile sont pour les mauvais une occasion d’erreur, et aux bons, ils apportent un enrichissement salutaire. Le bienheureux évangéliste rapporte que Jean- Baptiste a été enchaîné, mis à mort par les adultères d’ Hérodiade, décapité pour récompenser une danseuse. Nous savons par expérience que ce récit déconcerte certains. Ils se demandent pourquoi Dieu a livré un saint à une sacrilège, un homme chaste à une adultère, un ange à une danseuse. Mes frères, nous traiterons plus au long dans un autre sermon des vertus de Jean et des crimes d’Hérode. Maintenant, parlons de la cause de l’incarcération, de la nécessité de l’emprisonnement, et de l’utilité de la mort de Jean. Après être né par un privilège singulier, Jean ne pouvait mourir comme les autres hommes. Comme le Christ est Dieu né dans la chair, Jean est un ange engendré sur la terre. Pour que les services et les fonctions célestes se mêlent aux terrestres, comme les choses divines se mêlent aux choses humaines; pour que sur la terre, un ange ne fasse pas défaut à Dieu, et qu’au Seigneur ne manque pas un culte céleste bien ordonné. Mais écoutons le récit ordonné de la naissance de Jean pour pouvoir découvrir les causes de sa mort.
Il y eut au temps d’Hérode, roi de Juda, un prêtre du nom de Zacharie, de la lignée d’Abia. Et sa femme descendait des filles d’Aaron, et son nom était Elizabeth. Ils étaient tous les deux justes devant le Seigneur, marchant dans tous les commandements et ordonnances du Seigneur, sans se plaindre. Les grands orateurs, ceux qui excellent dans leur art, combien de fois n’ont-ils pas raconté les vertus des hommes illustres, n’ont-ils pas rappelé à la mémoire les ancêtres, pour que le prestige des anciens ajoute à l’honneur rendu aux contemporains, et que les louanges données aux pères rejaillissent sur les fils, pour leur plus grand honneur. La gloire innée est plus grande que la gloire acquise. Ce qui est donné au tout début l’emporte sur ce qui couronne le labeur. Il y a plus de bonheur à posséder la gloire qu’à la rechercher. Voilà pourquoi l’évangéliste, dans le but de relever la gloire de Jean, indique la lignée du Père Zacharie et de la mère Elizabeth, remémore les ancêtres, décrit leurs mérites, dit quels sont leurs titres, discerne des degrés, ouvre un voile sur leur vie, met en évidence ce qui les distingue, proclame leur sainteté. Il y eut au temps d’Hérode, roi de Judée. Il indique l’époque d’un roi impie qui a violé l’honneur sacré du sacerdoce, qui a amené le désordre, qui a abrogé les décrets et renversé les institutions. Et cela concourt au mérite de Zacharie, parce que, bien qu’Hérode ait étendu l’audace de sa témérité sur à peu près tout le monde, il n’a rien osé entreprendre sur Zacharie, empêché qu’il était par ses vertus. Pour que l’héritage immaculé du prêtre contribue à la gloire du fils. Et sa femme descendait des filles d’Aaron. Le premier pontife Aaron fut, dans la loi, l’origine du sacerdoce. C’est donc à juste titre qu’on omet tous les autres ancêtres pour la dire fille d’Aaron, en souvenir de qui elle a choisi, avant toutes choses, la sainteté qu’elle a glorieusement transférée à son fils, en tant que gardienne de l’héritage d’une telle lignée. L’évangéliste chante les louanges d’une telle mère. Ils étaient tous les deux justes devant Dieu. C’est un bonheur inouï, une union conjugale tout à fait singulière quand demeure entre deux êtres une unité de pensée, une sainteté à deux. L’esprit rapprochait ce qu’éloignait le sexe, les mœurs rendaient semblable l’aspect différent de l’homme et de la femme, et la vertu rendait égaux ceux que la nature avaient faits inégaux. Ils étaient justes tous les deux. Trouver grâce devant les jugements humains, être juste aux yeux des hommes, c’est l’œuvre de la vertu humaine et d’un immense labeur. Etre juste devant Dieu qui scrute les cœurs, passe au peigne fin les pensées, voit ce qui motive les esprits, ce n’est pas le résultat d’un travail humain pénible, mais d’un don divin. S’il est grand celui qui ne pèche pas dans son corps, que dire de celui qui ne pèche pas dans son cœur ? Jean est donc né de ces parents-là, au-dessus de la chair, eux qui n’ont péché devant Dieu ni dans leurs corps ni dans leurs cœurs. L’évangéliste ajoute ces paroles : marchant dans tous les commandements et ordonnances du Seigneur sans se plaindre. Marchant ou avançant. Il avance celui qui ne se tient pas dans les endroits fréquentés par les pécheurs, qui se sent un itinérant en ce monde, qui entre avec intrépidité dans les maisons austères des vertus, qui, en voyageur infatigable, gravit les montagnes des conseils évangéliques, les collines des dix commandements, pour pouvoir jouir de la présence de Dieu le Père dans la béatitude de la patrie céleste. Marchant dans tous les commandements et ordonnances. Ils ont marché, eux, dans tous les commandements, ce que personne n’a pu faire, ou un petit nombre seulement. Dans tous les commandements et ordonnances. Qui peut traverser les incendies des cupidités s’il ne connaît pas la fumée ? Qui a jamais échappé aux chûtes dans les sentiers glissants de la vie ? Qui a jamais circulé dans les gorges des vices sans se souiller ? Qui a jamais expérimenté les occupations terrestres, tout ce qui fait vivre, tout ce que fait le monde sans se lamenter, quand la naissance elle-même est remplie de larmes et de lamentations ? Car celle qui enfante se lamente à cause de la douleur qu’elle ressent, et celui qui naît se plaint, dans les larmes, de la nature. Mais dans Zacharie et Elizabeth, la faute meurt, la plainte disparaît, toute cause de lamentation est enlevée, car en eux se préparait ce d’où devait naître la sainteté totale. Mais cela a déjà été mis en lumière par la lecture déjà faite. Et ils n’avaient pas de fils parce que Elizabeth était stérile. Cette stérilité n’était pas causée par une malédiction. C’était un mystère, car l’enfantement ne lui avait pas été enlevé mais différé. Elle ne fermait pas la porte à l’enfant mais au temps. Elle cultivait avec le temps, elle semait avec les vertus, elle murissait avec l’âge, croissait pendant la vieillesse, pour que toute la fécondité soit concentrée sur ce fils singulier, où dans un seul naissaient entassées les vertus en grand nombre. Bienheureuse stérilité qui n’en a conservé qu’un seul pour l’enfantement, et qui attendait Jean. Celui à qui le premier rang en tout était du ne perdrait pas la dignité de premier-né. Et les deux étaient avancés en âge. Ils avançaient, ils ne reculaient pas. L’âge a vécu dans des saints, il n’a pas décliné, mais est allé de l’avant. Qu’est-ce qui a jamais périclité chez ceux qui ont toujours progressé par l’augmentation des vertus ? Donc, chez Zacharie et Elizabeth, le sexe s’engourdit, la chair se refroidit, les membres s’assoupissent, le temps s’écoule, les années passent au travers, tout ce qui tient au mariage normal et aux relations conjugales est supprimé, pour que l’ange naisse des hommes non par un enfantement, mais par l’opération de Dieu. Nous avions promis de relier les causes de la mort de Jean à sa naissance, mais parce que le sermon d’aujourd’hui a pris plus d’ampleur qu’il n’avait été prévu, et que pour en faire la démonstration nous avons besoin de ce qui suit, que ce qui a été dit maintenant sur sa naissance soit employé à sa gloire. Nous ne serons pas ingrats envers vous, nous ne vous refusons pas ce que nous vous devons, mais le remettons à plus tard. Car le retard à payer augmente le mérite du créancier. Attendez donc ce qu’a promis le débiteur, et attendez en toute confiance, car les promesses ne peuvent pas être enfreintes quand les stériles obtiennent si généreusement ce qui leur était refusé.