Ressources Catholiques Missel Romain

précédent

90ème Sermon de Saint Pierre Chrysologue
(l’annonce et la conception de saint Jean Baptiste, suite)
L’hésitation du prêtre Zacharie nous enseigne aujourd’hui que notre foi a pour fondations les faux-pas et les inquiétudes des saints. Car Zacharie n’a pas cru aux promesses de Dieu ; il les a jugées impossibles. Il n’a pas accueilli dans la foi les œuvres divines, mais les a examinées avec sa raison. Il a du expier la faute de manque de foi par une longue condamnation au silence. Il avait entendu l’ange lui dire : Ta demande a été exaucée, et ta femme Elizabeth enfantera un fils. Celui-ci répondit : Qu’est-ce qui me le fera savoir, car je suis vieux, et ma femme est avancée en âge. Comme une vieillesse avancée lui avait fait perdre l’espoir d’une postérité, la longue vie qu’il avait vécue ne lui avait-elle pas appris que rien n’est impossible à Dieu ? Un prêtre si âgé avait lu et relu la Bible. Ce vénérable pontife savait que la nature pouvait être paralysée par la loi du vieillissement, mais que l’Auteur de la nature ne le pouvait pas; que l’âge pouvait imposer sa loi à l’homme, mais non au Créateur. Il avait appris que des corps morts d’Abraham et de Sara, qu’une extrême vieillesse avait desséchés,  --et que la stérilité a rendus célèbres----- Isaac avait surgi, porteur de toute la fécondité de la race juive. La déficience de la nature ne lui fut pas aussi nuisible que ne lui fut profitable, à sa naissance, le bienfait de l’Auteur, que la nature ne lui avait pas donné. Zacharie avait appris que Dieu avait donné ce que la stérilité avait refusé à des femmes depuis longtemps incapables d’avoir des enfants, depuis longtemps dépourvues des bons offices de la nature, et qui s’appelaient Rébecca et Anne. Fort de tels exemples, pourquoi dit-il : Comment le saurai-je? Car je suis vieux, moi, et ma femme est avancée en âge. Mes frères, devant les choses divines, la nature se révèle imbécile et tremblante de surprise et de crainte; et personne, après tenté l’expérience, ne se découvre tel qu’il s’imaginait être. Et chacun s’ignore lui-même avant d’avoir été éprouvé par les évènements, et avant de s’être confronté à des cas particuliers. On demande le ciel, on demande ce qu’il y a de plus haut, on scrute les étoiles, on déplace et bouscule le ciel. Mais après avoir mis le ciel en branle, on ne peut pas en supporter le poids. Chacun ambitionne de monter jusqu’au faîte de la foi, brûle du désir de pénétrer dans le ciel par sa propre force. Mais dans les voies spirituelles où l’on commence à avancer à pas de tortues, quand on prend conscience que la nature humaine est située en bas, on redoute plus la ruine qu’on ne met sa confiance dans les exemples passés. Ainsi en est-il allé de Pierre. Quand il imitait les prouesses divines en marchant sur les flots, et quand, voyageur novice, il foulait un chemin vaporeux avec ses pieds pesants, il a imploré Dieu pour ne pas s’enfoncer, avant de se réjouir du don de marcher sur les eaux.
Zacharie avait longtemps déploré que le diable ait pu faire en sorte que la mort règne par la faute d’un seul homme, que les hommes naissent pour des travaux pénibles, pour les gémissements, les périls; qu’ils n’espèrent qu’une vie pleine d’agitation et tourmentée, sans pouvoir mériter de gage de survie pour tout ce qui est voué à la mort. Les hommes, déplorait-il, étaient nés pour voir les étendards sublimes des vertus, l’espoir que donne la loi, la liberté qu’apporte la grâce, sans que jamais personne ne puisse y parvenir par ses propres forces. Ils étaient condamnés à vouloir le bien et à ne pas le faire; à haïr les crimes, mais à ne pas pouvoir en triompher; à avoir besoin de la miséricorde de Dieu, et à attendre l’aide de Dieu comme des captifs enchaînés. Comme le pontife harassait les oreilles de Dieu par une lamentation continuelle et par ce genre de complainte, Dieu, dans sa réponse qui portait sur un germe, choisit et établit un exemple admirable pour celui qui demandait des choses si pieuses et si justes. Cette réponse devait faire croire que Dieu peut donner la vie, rendre la santé aux morts dont on désespère, puisqu’Il donne à la vieillesse morte un rejeton, un fils à la stérilité désespérée, comme la parole évangélique le déclare par ces mots : Ta demande est exaucée, et ta femme t’enfantera un fils, le messager de notre rédemption, le précurseur du salut. Lui qui, n’entend pas Dieu lui parler comme toi, qui ne le fléchit pas par des gémissements. Il ne se soucie pas, comme toi, d’obtenir nos suffrages, mais lui, un homme véritable, mais soutenu par une dignité angélique, tiendra par la main, embrassera dans le sein de sa mère le Dieu tant désiré par les hommes, mais jamais connu par personne. Il le présentera à la vue de tout le monde sur ses avant-bras, lui décernera les plus belles palmes. Il fera en sorte que Dieu soit vu partout par les yeux humains, qu’Il soit connu par tous. Il amènera le Seigneur à s’associer avec ses petits esclaves; il mêlera le Juge aux coupables; il témoignera en lui-même que Celui qui s’est fait l’associé des pécheurs a assumé leur personne. Et il fera ainsi la preuve que la sentence de la condamnation humaine a été cassée. Quand il est mu par Dieu, il court au pardon celui qui aurait envoyé les coupables à la peine.
Pour que flamboie ce mystère d’immense piété, Zacharie, ton fils immergera le Seigneur dans le baptême de pénitence, par lequel il purifie pour la rémission des péchés. Parce que la Fontaine a voulu être purifiée; parce que Celui qui plaide pour tous les coupables a voulu recevoir la rémission des fautes; parce que Le Juge lui-même a voulu subir la sentence de mort, pour qu’Il ne condamne par les coupables, pour qu’Il ne punisse pas sévèrement les criminels. Il est monté sur la croix, Il a goûté à la mort, Il s’est soumis à l’ensevelissement, Il a pénétré dans l’enfer, Lui qui a voulu être puni pour ne pas punir, Lui qui a voulu être aimé plutôt que craint.
Quand Zacharie entendit qu’il avait mérité par ses prières un tel sacrement, terrifié par la seule idée de la chose, troublé par l’estime qu’il avait de ce sacrement, il ne crut pas avoir tant mérité, et douta que Dieu accepte de descendre à de tels abaissements. Voilà pourquoi il a dit : Comment le saurai-je ? Car je suis vieux, et ma femme est avancée en âge. Ce qui revient à dire : Comme la raison humaine ne me permet pas d’avoir un fils, de la même façon, la Majesté éternelle ne permet pas que Dieu naisse et meure. L’ange imposa une punition, par manière de signe, à celui qui n’avait péché que véniellement en ne croyant pas. Ce n’est pas de la perfidie mais de la prudence qu’être lent à croire de Dieu des choses basses, d’être lent à penser de Dieu des choses viles. L’ange ajouta ces paroles : Je suis Gabriel. Pour qu’à cause d’un si grand nom et du mérite d’un tel ministre, il pèse le pour et le contre de la foi dans la promesse, et s’en remette à la qualité du légat. Je suis Gabriel qui me tiens devant Dieu, et j’ai été envoyé pour te parler. En disant son nom, il décline ses titres. Il déclare qu’il se tient devant Dieu celui qui se dit envoyé. Il admet n’être qu’un serviteur, de peur que la prérogative du nom ne fasse ombrage à l’honneur dû au Maître. Je suis Gabriel qui me tiens devant Dieu, et j’ai été envoyé pour te parler et t’annoncer ceci. Dieu est vraiment grand et sa sagesse n’a pas de limite. L’ange guérit l’infirme par une blessure, confirme l’hésitant par une punition, et il complète son ambassade par l’annonce du châtiment dû au manque de foi : Voici que tu seras muet, et que tu ne pourras pas parler. Pour que, de toi et en toi, tu atteignes la règle de foi, et que tu croies, par un cas arrivé dans ta maison, que Dieu peut faire ce qu’Il promet. Car quand Il le veut, l’organe de ta voix se ferme, et quand Il le veut, Il peut sur- le- champ redonner à ta bouche d’exercer son devoir de la parole. Quand Il le veut, Celui qui accorde la charge d’enfanter, a le pouvoir de refuser de rendre honneur à la nature. L’ange a agi ainsi pour que le Pontife, instruit par un tel exemple, ne dise plus de nouveau : Comment le saurai-je? Gabriel aurait pu donner toutes les créatures en preuve que Dieu peut tout. Et Zacharie aurait du croire que Celui qui a choisi de donner l’existence, à partir de rien, au ciel, à la terre, à la mer, et à tous ceux qui y habitent, pouvait faire ce qu’Il voulait à partir de quelque chose; et rendre ce qu’Il avait promis à quelqu’un qui désespérait de l’obtenir. Et que Celui qui a tout fait à partir de ce qui n’était pas n’éprouve pas de difficulté à faire quelque chose à partir de ce qui existe déjà .
Et la foule attendait Zacharie, et les gens s’étonnaient qu’il s’attarde dans le temple Quand il fut sorti, Zacharie ne pouvait pas leur parler. Il était aphone, et il demeura muet. Le pontife sort exhibant dans sa bouche l’indice de la stérilité; portant dans son cœur l’image de la conception, pour que, au moment où la mère donnera naissance à son fils, le fils rende la voix à son père. La voix du père proclamera alors le sacrement, et le nouveau-né accordera le pardon à son père, avant d’effacer les crimes encroutés des peuples. Et parce que celui qui n’a pas cru est devenu muet, le prophète a raison de se glorifier parce qu’il a cru, par ces paroles : J’ai cru, et c’est pour cela que j’ai parlé. Mes frères, la foi donne la parole, l’infidélité retire la parole. Si donc, mes frères, comme je l’ai dit au début, les défaillances des saints et les doutes des bienheureux nous font progresser et nous raffermissent, nous jugerons que rien n’est jamais impossible à Dieu; nous ne chercherons pas à savoir comment Il fera pour accomplir ses promesses, Celui pour qui vouloir est faire, et pour qui promettre est avoir déjà donné.


91ème Sermon de Saint Pierre Chrysologue
(l’annonce et la conception de saint Jean Baptiste, suite)
Les prospecteurs qui savent détecter la présence de l’or dans le sol ne ménagent ni leur art ni leur labeur, quand ils repèrent une veine prometteuse. Et nous qui savons qu’en saint Zacharie se cache un trésor céleste, nous nous appliquons avec soin à tout ce qu’exige la composition d’un tel sermon et à ce que demande votre instruction. De cette façon, le profit nous sera commun à vous et à moi, dans la mesure même où nous aurons partagé la quête de la vérité, en nous imposant le même travail ardu.
Il y eut, au temps d’Hérode roi de Judée, un prêtre du nom de Zacharie de la lignée d’Abia. Cela, nous l’avons déjà vu. Et sa femme descendait des filles d’Aaron. C’est ainsi que commence l’évangéliste pour que, dans l’épouse du prêtre, soit conservée la bonne qualité de l’origine antique du sacerdoce. Ils étaient justes tous les deux devant Dieu. Ils étaient tous les deux justes, parce que, dans les deux, il n’y avait qu’une seule justice. Tous les deux justes. Ce n’est pas par l’effort des époux mais par leur sainteté que leur justice se maintenait. Tous les deux justes. Parce qu’ils étaient dissemblables par le sexe, mais semblables par la vertu. Tous les deux justes. Car, comme il n’y avait entre eux deux qu’une seule chair, il n’y avait entre les deux qu’une seule âme. Ils sont proposés en exemple ces époux que rapproche l’affection et qu’unit la vertu. Ils étaient tous les deux justes devant Dieu. Tous les deux justes devant Dieu. Et où donc a-t-il été écrit : Aucun vivant ne sera justifié en ta présence ? C’est devant les hommes, peut-être, que quelqu’un est réputé juste, car les hommes connaissent les fautes visibles, mais ils ne savent rien des vices de l’âme. Or devant Dieu qui pénètre les secrets des cœurs, à qui n’échappe aucune des pensées les plus intimes, qui peut être estimé innocent et juste ? Est-il un homme qui ne pèche pas dans son cœur, qui ne commette pas de faute en pensée, qui n’offense pas Dieu en doutant, qui ne trébuche pas par une parole irréfléchie ? Moïse doute, Aaron s’écarte du droit chemin, Pierre renie. Qui donc est juste ? Alors, comment pouvaient-ils être tous les deux justes devant Dieu ? Devant Dieu, mais par Dieu. Tous les deux justes devant Dieu. Cette justice n’était pas le fruit d’une ascèse rigoureuse, mais de la grâce. Ecoute l’Apôtre : Justifiés gratuitement par sa grâce. Et de nouveau : Cela ne vient pas de vous, c’est un don de Dieu. Cela ne vient pas de vos œuvres, pour que personne ne se glorifie. Voici un autre texte : Qu’as-tu que tu n’as reçu ? Si tu l’as reçu, pourquoi te glorifies-tu comme si tu ne l’avais pas reçu ? Ce que l’évangéliste rapporte ce n’est donc pas ce qui était leur bien propre, mais ce qu’ils avaient reçu; non ce qu’ils avaient découvert, mais ce qui leur avait été donné.
Ils étaient tous les deux justes devant Dieu, marchant dans tous les commandements et les ordonnances du Seigneur, sans se plaindre. Avançant (marchant), l’évangéliste emploie ce mot pour montrer qu’ils n’étaient pas stagnants, mais qu’ils couraient de vertu en vertu; qu’ils n’étaient pas figés à la même place, mais qu’ils marchaient dans la voie de la justice. Ils ne s’étaient pas contentés de se maintenir dans le chemin des commandements, mais ils étaient parvenus à la perfection de leur observance. Marchant dans tous les commandements et ordonnances du Seigneur, sans se plaindre. Bienheureux sont-ils, mes frères, ceux que la faute n’a pas transpercés, que le crime n’a pas blessés. Mais encore plus heureux ceux que la récrimination n’a jamais effleurés! Sans se plaindre. S’il n’existe pas d’enfance, d’adolescence, ou de jeunesse sans protestation, sans réclamation, puisqu’il n’y a que cela, que dire de la vieillesse ? La fin n’est-elle pas conforme au commencement ? Gravir les montagnes des conseils évangéliques et les collines des commandements sans perdre pied est l’œuvre d’une grâce toute particulière; elle est le signe d’une félicité unique.
Et ils n’avaient pas de fils parce qu’Elizabeth était stérile. Il ne dit pas : ils n’avaient pas de fils (au pluriel), mais Ils n’avaient pas de fils (au singulier), car celui qui allait naître de tels parents était unique en son genre. Ecoute le Seigneur dire : Parmi ceux qui sont nés des femmes, il n’en est pas apparu de plus grand que Jean Baptiste. Parce qu’Elizabeth était stérile. Stérile de corps, mais féconde en vertus; tardive à enfanter un fils, mais non tardive à suivre Dieu; non interdite de germe, mais attendant l’heure; non pas celle à qui est refusée une progéniture, mais celle qui est conservée pour un mystère. Et les deux étaient d’un âge avancé. Avançaient (en âge). C’est ainsi qu’est décrit le sacrement de cette vieillesse qui n’avait pas chuté dans la course aux mérites, que l’âge n’avait pas affaiblie, mais qui allait de l’avant. Il ne ressent pas les défaillances du corps celui qui bénéficie de l’accroissement des vertus. Mes frères, l’accouchement de Sainte Elizabeth n’avait pas été supprimé, mais retardé jusqu’à ce que soient passés l’âge de la chair, la passion corporelle, les besoins du conjoint, la cause de la volupté, la concupiscence, et tout ce qui trouble, alourdit et empêtre la conscience. La demeure sacrificielle a été purifiée pendant longtemps, l’hôtel de la sainteté. Elle avait été harmonieusement construite la demeure de celui qui devait construire la maison du Christ. C’était le domicile de l’ange, le palais du Saint-Esprit, le temple de dieu. Ne savez-vous pas, a dit l’Apôtre, que vous êtes le temple de Dieu, et que l’Esprit Saint habite en vous ? Donc, là où toute récrimination du corps a été apaisée, et tout l’être libéré des critiques, la stérilité ne tarde pas à fuir, la vieillesse à revivre; la foi conçoit, la chasteté enfante. Quelqu’un de plus grand que les hommes naît, égal aux anges. Il est la trompette céleste, le héraut du Christ, le trésor du Père; celui qui fait connaître le Fils, le porte-étendard du Roi suprême. IL est aussi celui qui pardonne aux pécheurs, qui corrige les déviations des Juifs, qui appelle les Gentils. Et, pour le dire en un mot, il est le lien de la loi et de la grâce, celui, qui, dans son cœur, désirait que se rejoignent en son père les deux faces du sacerdoce suprême.
L’évangéliste décrit donc les vertus du père et de la mère pour que les immenses mérites des parents fassent connaître la dignité du fœtus; et pour établir qu’il était plus grand qu’un homme celui qui, à sa naissance, renversait la loi de la nativité humaine. Mais s’il veut précéder, qu’il se hâte de naître Jean, parce que la naissance du Christ est imminente ! Que surgisse le nouveau Lucifer, parce que déjà point la lumière du vrai Soleil ! Que le héraut donne de la voix, car le Juge est présent ! Que la trompette retentisse, car le Roi est venu ! Et parce que Dieu était sur le point de se mettre en chemin, l’ange part avant Lui. En toute vérité, mes frères, c’est une entreprise au-dessus des forces humaines, l’homme n’a pas ce qu’il faut pour célébrer les vertus de l’ange naissant. L’ange l’avait déjà dit : Ne crains pas, Zacharie, ta demande a été exaucée. Voici qu’Elizabeth t’enfantera un fils qui sera ta joie. Et tu l’appelleras Jean. Et il sera pour toi un fils et une immense joie. Et plusieurs se réjouiront de sa nativité. Car il sera grand devant le Seigneur, et ne boira ni vin ni boisson alcoolique. Et il sera rempli de l’Esprit-Saint dès le sein de sa mère. Et parmi les fils d’Israël, il en convertira un grand nombre au Seigneur leur Dieu. Et Il marchera devant Lui dans l’esprit et la vertu d’Elie pour ramener les cœurs des pères vers les enfants, et les incrédules à la prudence des justes, pour qu’il prépare au Seigneur un peuple parfait.
Que chôme le sermon humain, que se taise la prédication du commentateur biblique quand la gloire de Jean a pour apologète un ange. La vertu est magnifiée, la louange a atteint son comble. Il n’y a rien que l’homme puisse ajouter à celui à qui Dieu a tout accordé. Il sera rempli du Saint Esprit dès le sein de sa mère. Vous voyez comment Jean parvient au ciel avant de toucher la terre; comment il a reçu l’Esprit divin avant d’avoir l’âge de raison; comment il a reçu les dons divins avant les membres de son corps; comment il a commencé à vivre pour Dieu avant de vivre pour lui-même. J’irais même jusqu’à dire qu’il a vécu en Dieu avant que Dieu vive en lui, selon le mot de l’Apôtre : Je vis, mais ce n’est plus moi qui vis, c’est le Christ qui vit en moi. Au sixième mois de la grossesse de sa mère, il exulte dans l’utérus; et il annonce que dans l’utérus de la vierge est venu le Seigneur. Fervent messager qui a eu la joie d’annoncer avant de vivre; général impatient, qui avant de parvenir au corps de l’armée, se rend au Roi. Il s’est emparé des armes avant d’avoir des bras. Il a reçu une vue pénétrante avant de voir la lumière du jour. Et pour vaincre le monde, il vit avant sa naissance. Il excite les viscères de sa mère avant d’en avoir. Et parce que le corps tardait, il remplissait son devoir d’évangéliste avec le seul esprit. Que dirai-je ? Avant de précéder le Christ, Jean s’est précédé lui-même. Un seul et même Esprit Saint emplit les cœurs du père, de la mère, et du fils unique. Pour que par un seul organe de sainteté, résonne l’hymne de la nativité du Seigneur. Il n’est pas étonnant, mes frères, que les naissances des rois soient célébrées par des fêtes, qu’elles soient égayées de suaves symphonies. Et nous, mes frères, glorifions par des cantiques la naissance du Christ; honorons-Le par nos dons. Parce qu’il se moque de la foi le chrétien qui ne fait pas ce que fait le magicien.


92ème Sermon de Saint Pierre Chrysologue
Insensiblement, le sermon évangélique nous rend capables de choses de plus en plus hautes, nous élève jusqu’aux choses célestes. Il ne faut pas s’étonner, mes frères, qu’un char éthéré ait transporté Elie jusqu’au ciel, puisque, à chaque jour, le quadrige des évangiles transfère et conduit au ciel le genre humain. Il nous a déjà rapprochés de Lui, mes frères, depuis l’enfantement de la stérile jusqu’à l’enfantement de la Vierge, depuis la naissance de Jean jusqu’à la naissance de notre Sauveur. Mais ce qui reste encore à dire du pontife Zacharie, écoutons-le patiemment, pour que nous puissions parvenir à la crèche de notre Roi par un chemin royal. Faisant confiance au quadrige céleste, montons à l’audience, pour éviter les sentiers encombrés et abrupts en prenant des raccourcis.
Mais voici ce qu’on lit : Et il arriva que prirent fin les jours de son service au temple, et il retourna dans sa maison. Ainsi, dans un seul temple, une tribu entière exerçait le sacerdoce. Des milliers de prêtres s’y présentaient. L’exercice de la fonction pontificale était répartie entre plusieurs, à des jours différents, et à tour de rôle, de peur que la confusion du grand nombre ne trouble l’ordre sacerdotal; s ou que l’élection plus fréquente de l’un ne dénie à un autre le droit d’exercer son ministère. Après cela, Elizabeth, sa femme, conçut. Les prêtres avaient le droit de se marier, ils étaient autorisés à avoir des enfants. Ils en étaient encore à l’adolescence de la loi, à l’enfance de la religion. La loi, mes frères, a interdit les choses illicites, mais n’a pas dénié le droit aux choses licites. Le bienfait qu’elle apportait trouvait sa place dans le champ du licite; elle ne pouvait rien donner dans ce qui se situait au-dessus du licite. Elle régulait la nature, mais ne pouvait pas élever l’homme au-dessus de la nature. La loi est la porte de la foi, l’annonciatrice de la grâce, le précurseur de l’évangile, la pédagogue de l’enfance de la religion. Elle a attribué au sacerdoce légal la chasteté conjugale, pour annoncer la gloire prochaine de la vertu perpétuelle dans le pontificat de la grâce. En vue de celle-là, il a renouvelé, par un saint enfantement, sa bienveillance envers Elizabeth, quand le temps d’enfanter était passé; et Il a redonné de la vigueur aux membres ridés et desséchés, pour en faire des viscères fécondes. Il a ramené la fertilité au corps qui l’avait perdue. Et la maison de l’utérus, passablement délabrée par la vieillesse, Il l’a rapidement remise à neuf. L’ordre qui préside aux choses est stupéfié, la coutume défaille, la nature n’en revient pas, et reconnaît la dignité et le rang de l’hôte par l’apparat de la maison. Il est vrai que Jean aurait constaté avec étonnement qu’il était un étranger dans n’importe quelle habitation. Lui que l’âge des parents avait exclus, que la nature avait rejeté, ne fut pas long à apprendre qu’il était accueilli comme hôte dans cette maison par un bienfait du Créateur plutôt que par un don de ses parents.
Elle se tint cachée pendant cinq mois, disant que c’était le Seigneur qui lui avait fait cela. Elle a bien raison de reconnaître que c’est le Seigneur qui a tout fait, parce qu’elle voyait bien qu’elle n’avait rien reçu de l’homme. Et elle se cacha pendant cinq mois, car c’était le fruit d’un don divin que son âge démentait. Elle s’est cachée pendant cinq mois. La vieille rougit de se découvrir féconde; la femme âgée était mise à la gêne par son premier enfantement; et l’extrême vieillesse cherchait à dérober à la vue la grossesse, pour que les railleries portant sur la fécondité de la vieillesse n’augmentent pas l’opprobre de la stérilité. Que le fait qu’une aïeule conçoive prête à risée la stérilité de Sara, qui était du même âge qu’elle, le démontre. Elle a elle-même ri de sa grossesse quand elle a appris, par la promesse de Dieu, que l’enfantement serait rendu, qu’un fils serait donné à celle que la vie avait après presque abandonnée. Et qu’une femme enceinte puisse être un objet de risée pour tous, et onéreuse la vieillesse, le nom lui-même du fœtus l’atteste, au dire de l’Écriture : Et elle donnera à son fils le nom d’Isaac. Mot qui signifie : rire. Et elle ajoute : Le Seigneur m’a fait rire. Voilà pourquoi Elizabeth a voulu cacher le mystère sacré, en disant : Car c’est ce que Dieu m’a fait. Pour que maintenant la honte d’avoir conçu à un âge avancé importune celle qu’affligeait la souffrance du déni de grossesse. Le père se tait parce qu’il est puni; la mère se cache parce qu’elle a honte. Quelle grande voix est née dans le silence ! Dans quelle taciturnité a été engendrée la trompette qui devait résonner dans tout l’univers ! C’est le secret du divin Juge qui donne le héraut . Parce que c’est ce que le Seigneur m’a fait aux jours où Il a décidé d’enlever mon opprobre aux yeux des hommes. L’honneur du conjoint, la dignité du mariage, c’est la procréation de beaux et bons enfants. C’est déjà suffisamment grave et triste d’être privé de la récompense de la virginité, quand on n’a pas la consolation d’avoir des enfants; de porter le joug du mariage, quand on ne jouit pas du fruit du mariage. Voilà pourquoi Elizabeth se réjouit que l’opprobre de la stérilité lui ait été enlevé. Dieu ne voit aucune faute dans ce que les hommes estiment une chose misérable, car il faut y voir un jugement mystérieux de Celui qui refuse la maternité, et non la culpabilité de la mère. Si c’est quelque infirmité corporelle qui mène à la stérilité, la volonté n’est pas en cause, mais les lois de la nature.
Mais que soit maintenant éloignée loin de nous toute stupidité et toute apathie provenant de la chair; et que toute infirmité des sens soit rejetée. Que tout projet de l’esprit humain soit foulé aux pieds; que les yeux de la foi se dessillent ; que les oreilles du cœur s’ouvrent; que notre esprit avance par bonds et par sauts; pour que nous puissions parvenir au mystère de la conception virginale, pénétrer le sacrement de l’enfantement virginal, avec l’aide du Seigneur Jésus-Christ, qui, né de le vierge, vit maintenant dans les royaumes célestes avec le Père et Saint Esprit pendant les siècles infinis des siècles. Amen.


93ème Sermon de Saint Pierre Chrysologue
(la conversion de Marie-Madeleine)
Que le Seigneur soit allé à un banquet, et au banquet d’un pharisien, n’est pas sans susciter de l’étonnement et un certain malaise chez celui qui en entend parler. Le Christ est entré dans la maison d’un pharisien non pour se gaver des mets judaïques, mais pour exercer Sa divine miséricorde. Et Il ne s’est pas étendu sur un lit de table pour engouffrer des coupes parfumées, à saveur de miel, mais pour boire les larmes d’une pénitente, tirées des fontaines célestes. Dieu a faim des gémissements des pécheurs; Il a soif des larmes des malfaiteurs.
Un pharisien avait demandé au Seigneur d’aller prendre le repas chez lui. Et après être entré dans la maison du pharisien, il se mit à table. Et voici qu’une femme que toute la ville regardait comme une pécheresse, quand elle apprit que Jésus s’était mis à table dans la maison d’un pharisien, elle prit un vase d’albâtre rempli de parfums et de l’onguent, et se tenant derrière les pieds de Jésus, elle les essuyait avec ses cheveux, les baisait et les oignait avec de l’onguent. Vous voyez que Jésus est venu à la table du pharisien non pour se remplir le ventre de nourriture terrestre, mais pour faire montre dans la chair d’un comportement céleste . Non pour tendre la main aux choses que l’humanité avait placées devant Lui, mais pour donner son approbation à ce que la Divinité accomplissait derrière Lui. Nous ne sommes pas sans savoir que le Christ a toujours exercé ses pouvoirs divins dans des actions humaines; et il a été prouvé que tous les prodiges qu’Il a opérés par le moyen de Son corps sont inédits, et au-dessus des forces de l’homme. Le pharisien demande au Christ de venir manger avec lui. Que vient donc ici chercher cette femme qui n’a pas été invitée ? La maison cadenassée n’expulse pas l’étrangère; le caractère secret du banquet n’empêche pas les non invités d’entrer; des vivres préparés pour détendre l’esprit après un dur labeur, une luxurieuse n’hésite pas à venir les profaner? Et comment expliquer que cette femme inconnue, perdue de réputation, qui ploie sous le poids des douleurs, qui fond en larmes, qui se lamente à haute voix, a l’insu du portier, sans qu’aucun serviteur ne s’en aperçoive, et sans que le sache le pharisien, franchisse le seuil de la porte, indemne, passe au travers de tous les escadrons de serviteurs, pénètre comme en volant dans le lieu retiré du banquet, et fasse d’une maison de joie une maison de pleurs et de lamentations ? Mes frères, elle n’a pas été invitée à venir, mais elle en avait reçu l’ordre. Elle est entrée sur recommandation, non d’un coup de tête. . Elle a fait en sorte qu’ait soif d’elle Celui qui avait décidé qu’elle soit absoute de la sentence de condamnation que le Ciel avait portée sur elle. Donc, quand le pharisien à l’habit princier, assis à la première place sur le lit de table en forme de S, se rengorgeait sous le regard du Christ, cherchait à plaire à l’homme non à Dieu par le faste du banquet; et quand, tout à joie, il versait le vin dans les coupes, la femme est arrivée, et elle est arrivée par en arrière, parce que l’âme coupable parvient de l’arrière au pardon. Car elle savait que la faute lui avait fait perdre le courage de parler face à face. Elle est venue pour donner satisfaction à Dieu, non pour plaire à l’homme. Elle est venue pour préparer un banquet de miséricorde, non de voluptés. Elle place donc la table de la pénitence, elle y dépose les mets de la componction, et y apporte le pain de la douleur. Elle coupe le vin avec ses larmes, et au plus grand plaisir de la Déité, elle fait résonner toute la symphonie de son cœur et de son corps. Elle donne à ses pleurs le retentissement de l’orgue; ses soupirs profonds tirent une mélodie de la cithare, et ses gémissements conviennent à merveille à la flute de Pan. Et quand elle se frappe la poitrine en condamnant sa conscience, elle fait, pour plaire à Dieu, sonner la cymbale. Pendant qu’elle apporte ces nourritures sous les yeux de Dieu, elle rapporte des miséricordes en foule.
Voici la femme qui était une pécheresse publique. (qui était dans la ville une pécheresse) L’évangéliste exagère la culpabilité de la femme pour magnifier l’indulgence de Celui qui pardonne. Pécheresse publique (pécheresse dans la cité). Elle avait péché dans la cité, parce que sa réputation avait porté atteinte à la réputation de toute la cité. En regardant la chose sous cet angle, on voit qu’elle n’était pas seulement pécheresse, mais qu’elle était devenue elle-même le péché de la cité elle-même. Elle connut que le péché de la ville ne pourrait être enlevé que par Celui qui était le Seul à être venu pour enlever le péché du monde. Et quand elle sut que le Seigneur s’était mis à table dans la maison d’un pharisien. La pécheresse n’ose pas se présenter au Seigneur quand Il est assis ou debout. Quand Dieu est debout, Il fait saisir les coupables. Quand Il est assis, Il juge. Quand Il se couche pour manger, Il git en compagnie des prostrés. Et quand elle sut que le Seigneur s’était mis à table dans la maison d’un pharisien. Elle a appris que la Majesté suprême est encline à la miséricorde. Et c’est pourquoi elle crut qu’Il était disposé à un pardon rapide Celui qui s’était dirigé rapidement à la maison du pharisien. Elle apporta un vase d’albâtre rempli d’onguents. Elle a apporté de l’huile, parce que la médecine capable de guérir une plaie mortelle, elle la demandait au Médecin céleste. Elle se tenait debout par derrière près des pieds de Jésus. Celui qui demande un pardon rapide se dirige toujours vers les pieds. Elle est posée solidement sur ses pieds celle qui maintenant ne peut plus tomber; celle qui a mérité de se rendre aux pieds du Christ. Elle se tenait debout par derrière près des pieds du Christ. Pour que fortifiée par la plante de Ses pieds, elle puisse courir dans le chemin de la vie sur les traces du Christ comme elle avait couru dans le chemin de la mort. Elle arrosait ses pieds de ses larmes. L’ordre des choses est renversé. Jusqu’ici, c’est toujours le ciel qui a donné l’eau à la terre. Mais maintenant, c’est la terre qui irrigue le ciel. J’irais même jusqu’à dire que la pluie des larmes humaines est projetée au-dessus des cieux, et parvient à Dieu Lui-même, comme un Psaume le chante des eaux des larmes : Et que les eaux qui sont au-dessus des cieux louent le nom du Seigneur ! Elle arrosait Ses pieds de ses larmes. O quelle force il y a dans les larmes des pécheurs ! Elles irriguent le ciel, purifient la terre, éteignent les feux de la géhenne; elles révoquent, pour tous les crimes, la sentence de condamnation portée et promulguée par Dieu. Et elle les essuyait avec ses cheveux. Elle lave de ses larmes les pieds du Seigneur, et les essuie avec ses cheveux. La pauvreté est sans excuse, l’inhumanité sera sans pardon, car la nature se suffit à elle-même pour rendre tout l’hommage et toute la révérence qui sont dus au Créateur. Et elle les essuyait avec ses cheveux. Pour les pécheresses, refluait une eau de source capable de purger les criminels. A cette fontaine, la femme pourrait laver la saleté de ses péchés eu un nouveau baptême. Et elle les essuyait avec ses cheveux. Pour que, selon le Psalmiste, le charme séducteur de sa chevelure, qui l’avait fait marcher dans les délices, soit, par cet hommage, transformé en sainteté. Et elle embrassait ses pieds. Les larmes avaient précédé comme des suppliantes, pour que viennent à leur suite les baisers dévots, parce que les larmes sont des signes d’expiation, et les baisers des indices de réconciliation. Et elles les oignait avec de l’onguent. Nous savons par un autre évangéliste que la femme a répandu de l’huile sur la tête du Seigneur. Ce que fait cette femme, ce n’est pas un hommage de peu de valeur rendu à la chair, mais le sacrement du comble de la bonté. Parce que dans la tête du christ, Dieu se trouve, et, dans les pieds des évangélisateurs, la paix.
Priez mes frères, pour que nous aussi, nous méritions d’être comptés dans le sang du Seigneur pour que nous soyons embaumés par le parfum qui s’est répandu sur les pieds du Sauveur. Car, comme l’offrande de parfum est une oblation, l’onction est parfaite quand elle retombe sur la plante des pieds du Seigneur. Le type que cette femme préfigure, ou le grand secret qu’elle cache, nous le dirons, si Dieu nous donne de le dire, quand nous expliquerons ce qui suit.

suivant