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65ième sermon de Saint Pierre Chrysologue
Après n’avoir fait qu’effleurer, en deux sermons, la mort de Lazare, les pleurs de Marie, les lamentations de Marthe, et le deuil des Juifs, désencombrons nos esprits, mettons de côté nos préoccupations et nos soucis, mettons nos sens au repos, pour que la joie d’une si grande résurrection puisse nous faire saisir et comprendre de toutes les forces de notre esprit ce que raconte l’évangéliste de la venue du Seigneur au tombeau. Jésus, frémissant de nouveau en esprit, vient au tombeau. C’était une grotte, et une pierre était placée à l’entrée. Jésus frémissant vint au monument. Le Christ frémit pour que la chair reprenne vie. La Vie frémit pour que la mort s’enfuie. Dieu frémit pour que l’homme ressuscite. L’indulgence frémit pour que la justice ne la contredise pas. Le Christ frémit en luttant contre la mort, parce qu’Il ne peut pas ne pas frémir en ravissant à l’ennemi une victoire singulière. L’évangéliste dit qu’Il a frémi de nouveau. Il frémit de nouveau pour attirer notre attention sur les germes insignes de la résurrection. Car comme à la voix du Christ, les morts selon la chair sortent de leurs tombeaux vivants, les morts qu’a tués la perfidie renaissent à la vie de la foi. C’était une grotte. Il aurait suffi de dire qu’il était venu à la tombe. Pourquoi l’évangéliste insiste tellement sur le fait que c’était une grotte ? C’est dans une grotte que le larcin du démon a placé l’homme. C’est dans une grotte que la fraude de la femme a caché l’homme. C’est dans une grotte que la rapacité de la mort avait enfermé l’homme formé par Dieu du limon de la terre. Et une roche était placée à l’entrée. La porte de la dure mort était plus dure que la plus dure des pierres qui bouchait l’entrée. Mais quel profit le tombeau peut-il retirer des pleurs, puisque la voix de celui qui pleure ne pénètre pas dans des obstacles si épais et si compacts ! Chrétiens, lamentons-nous devant Dieu à cause de nos péchés, et puisque les morts n’entendent pas, ne gémissons pas avec les gentils ! Et Jésus dit : enlevez la pierre ! Le Christ demande-t-Il un auxiliaire humain aux vertus divines ? Celui qui a la force suffisante pour mettre la mort en fuite n’aurait pas ce qu’il faut pour écarter une pierre ? Il ne peut pas enfoncer la forteresse d’un tombeau Celui qui avait ce qu’il fallait pour ouvrir les portes du tartare ? Il avait dit par le prophète : J’enlèverai le cœur de pierre de leur chair, et je leur donnerai un cœur de chair. Il ordonne donc que les Juifs enlèvent d’eux-mêmes le cœur de pierre, qu’ils fassent tourner la pierre de perfidie, qu’ils excluent le silex de la dure incrédulité, pour que les âmes que l’infidélité a mises à mort, bondissent hors du sépulcre du cœur. Et pour qu’ils ne se réjouissent pas uniquement de ce que Lazare soit ressuscité, mais qu’ils ressuscitent avec lui. Enlevez la pierre. Enlevez votre déférence et votre complaisance envers l’humanité misérable, pour que reluisent les œuvres de la bienheureuse divinité. Enlevez la pierre. Que vous avez posée vous-mêmes !... afin que je repositionne l’homme que j’avais moi-même placé. Marthe répondit : il sent déjà mauvais. Ce qui pour le corrupteur sent mauvais ne sent pas mauvais pour le Créateur. Il sent déjà mauvais. Celui qui aime son œuvre n’en a pas horreur, mais celui qui détruit l’œuvre d’autrui la déteste. Mais en parlant ainsi, Marthe, tu témoignes contre la mort, que toi, femme, as introduite. Tu cries à la puanteur, pour que la plénitude de la mort fasse savoir aux auditeurs qu’à la résurrection de Lazare son esprit reviendra de loin, mais ne sortira pas de la cachette du corps. Ce sera l’effet d’une vertu divine, non de l’adresse humaine. Pour que les Juifs qui disent que c’est par le prince des démons qu’Il chasse les démons, ne disent pas de nouveau que ce n’est pas par le pouvoir de Dieu que nous ressuscitons les morts mais avec des secours humains. Il sent déjà. C’est le quatrième jour. En parlant ainsi, elle exaspère le désespoir, pour que les spectateurs constatent qu’Il est Dieu Celui qui apporte ainsi le salut aux morts dont ont désespère du salut, qui donne la vie à la pourriture. Levant ses yeux eu haut. Il lève les yeux en haut pour nous léguer la façon de supplier, non pour se préparer à Lui-même un moyen de demander. Car Il regarde en haut Celui qui est toujours en haut avec le Père, dont le Père est toujours en Lui, et Lui toujours dans le Père. Je suis dans le Père et le Père est en moi.
Père, je te rends grâce parce que tu m’as exaucé Il rend grâce de quelque chose qui a déjà été accordé. On nous dit ce que le Père a entendu, mais on tait ce que le Fils a demandé. Mes frères, dans la relation Père- Fils, il y a l’amour qui porte à écouter, mais il n’existe aucune nécessité de supplier. Il y a l’assentiment provenant de la charité, mais non l’austérité du commandement. Tout se règle dans l’amour, là où les marques de déférence ne sont pas requises, comme la suite le révèle. Père je te rends grâce parce que tu m’as exaucé. Je savais que tu m’exauces toujours. Mais je dis cela pour le peuple qui m’entoure. Vous voyez qu’en disant de telles paroles, Il exalte l’amour qu’Il porte à son Père et le met en pleine lumière. En rendant grâce, Il parle de l’unité qui existe en Dieu. Il avait dit : Tout ce que mon Père a est à moi. Et si tout ce qu’a Son Père est à Lui comment demande-t-Il ? Celui qui demande ce qui lui appartient ne le fait pas poussé par le besoin, mais par l’amour. Père je te rends grâce de ce que tu m’as exaucé. Moi, je savais que tu m’exauces toujours. Mais je dis cela pour le peuple qui m’entoure, pour qu’ils croient que tu m’as envoyé. Il se dit envoyé, pour que les peuples sachent que le Christ est venu du ciel sans s’en être éloigné. Selon la même logique, le Fils reçoit ce qu’il possède, et le Père ne perd pas ce qu’Il donne. Mes frères, ce qui est entendu, ce qui est envoyé, ce qui vient, ce qui reçoit, ce qui naît, ce qui souffre, ce qui meurt et ce qui ressuscite n’appartient pas à la divinité mais à notre infirmité, à notre nature. Tout ce qu’Il a assumé dans notre corps à cause de nous, Il ne l’a pas assumé dans la nature divine de sa Majesté, parce que Dieu en aurait eu besoin.
Mais revenons à notre sujet. Pourquoi dit-Il : Père, je te rends grâce parce que tu m’as exaucé. Oui, pourquoi donc ? Au moment où le Christ commence à déboulonner le portail de l’enfer, à sortir de leurs gonds les portes du tartare, à forcer le pont-levis de la mort, à dissoudre la loi vieillotte de la géhenne, à jeter à bas le droit très ancien des peines, à réclamer l’âme de Lazare, à découvrir le chemin du retour de l’enfer, accourt à Lui en furie toute la puissance du tartare, brandissant l’édit du Prince suprême, exhibant le décret du Roi d’en haut, colportant la sentence séculaire de condamnation portée par Dieu. Et apercevant l’homme, elle se demande qui Il est, ce qu’Il osera, ce qu’Il veut, et pourquoi, seul et sans aucune crainte, assaille-Il et envahit-Il le porche de la mort ? A celui qui demande qui Il est, les ministres de la résurrection, les anges, répondent avec la voix du prophète : Il est le roi de gloire, il est fort et puissant dans le combat. Mais réplique le tartare : Je connais moi, le Roi de gloire qui préside dans les cieux sur toutes les puissances célestes, dont toute la création ne peut pas supporter le moindre signe de tête. Mais Celui-ci, je vois qu’Il vient de la terre, qu’Il a été formé du limon, qu’Il est doté d’un corps mortel, qu’Il est de forme et de condition humaine. Il est même plus vil que les hommes, puisqu’Il doit être livré au sépulcre, et qu’Il s’apprête à tomber sous ma juridiction. Mais les anges persistent et répètent : Celui-ci est le Seigneur des vertus, c’est Lui le roi de gloire. C’est Lui qui préside dans les hauteurs, c’est Lui le créateur du monde, c’est Lui le sauveur du monde. Lui, le Rédempteur de tous, portera la sentence de condamnation sur le vol que tu as commis. C’est Lui qui te piétinera la tête, qui fracassera ton empire, qui te châtiera par son jugement, toi qui après avoir reçu l’ordre de t’emparer des coupables, séduis les innocents, déchires les saints, et portes ton insolence jusqu’à menacer le Fils de Dieu Lui-même. Rends-en donc un avant d’être forcé d’en renvoyer plusieurs. Mais ne croyant pas encore ces choses, le tartare s’adresse au Ciel par le moyen de ses messagers accoutumés, pour porter plainte en un plaidoyer inspiré par l’envie : Moi, Seigneur, même si je suis la dernière de tes créatures, et qu’asservi à ton triste service, j’observe tes préceptes comme s’il s’agissait d’une loi inviolable, je veille à ce qu’aucun novateur téméraire ne porte atteinte au droit antique fondé sur ta sentence de condamnation. Mais un homme est apparu qui se dit le Christ, se vantant d’être ton Fils. Il interpelle tes prêtres, dispute avec les scribes, viole tes sabbats, affranchit de l’observance de ta loi, et force à retourner à leurs corps, dans lesquels ils ont vécu avec scélératesse, les âmes qui vivent sans la chair, qui sont condamnées à la peine et remises à ma charge. Et Il pousse ses audaces si loin qu’Il cherche à faire sortir de l’enfer par effraction Lazare déjà claustré dans notre prison, un vaincu régi par notre loi, relevant déjà de notre code de droit. Hâte-toi d’intervenir, autrement, s’il ouvre une fois les portes, tu perdras tous ceux que pendant des siècles nous avons écroués. A ces paroles, le Fils répondit du sein du Père : Mon Père, il est juste que la prison retienne ceux qui ne sont pas innocents, mais non les innocents. Que la peine ne torture pas les justes, mais les injustes. Pendant combien de temps continuera ce carnivore à attirer à lui en une cruelle vexation, à cause de la faute d’un seul homme, à cause du péché du seul Adam, les patriarches, les prophètes, les martyrs, les confesseurs, les vierges, les veuves, ceux qui ont pratiqué la chasteté dans le mariage, tous les états, l’un et l’autre sexe, et les enfants qui ne connaissent ni le bien ni le mal ? Père, je mourrai pour que tous ne meurent pas. Père, moi, je vais payer la dette d’Adam, pour que par moi ils vivent pour toi, ceux qui par Adam meurent dans l’enfer. Père, à cause de ta sentence de condamnation, je répandrai, moi, mon sang, autant qu’il le faudra pour que ta créature revienne à Toi. Que la valeur de mon sang soit pour toi le prix exigé pour la rédemption de tous les morts. Toute la trinité donna son consentement à ces paroles, et ordonna à Lazare de sortir. Et le tartare reçut l’ordre d’obéir au Christ et de rendre tous les morts. Voilà pourquoi le Fils clame : Je te rends grâce parce que tu m’as exaucé. L’Apôtre atteste que le Christ, notre avocat, est auprès du Père. Donc quand Il siège, Il juge conjointement avec le Père. Quand Il se tient debout, Il remplit le rôle de l’ Avocat. Le Christ donc, après invoqué son Père, crie d’une voix puissante : Lazare, viens dehors ! Alors le tartare rendit Lazare à la terre, pieds et poings liés. Il craignait en tremblant que s’il ne le libérait pas, s’il temporisait et s’il tardait à en remettre un seul, il serait forcé de les rendre tous. Il fut ainsi un complice de l’évasion des morts celui qui s’était accoutumé à être leur ravisseur. Pourquoi le Christ a-t-Il rompu les chaînes de l’enfer, a-t-il dénoué les liens de la mort, si ce n’est pour nous montrer le redoutable esclavage de l’enfer ? Car si le diable a tenu tête à l’ange au sujet du corps de Moïse, comment le tartare ne se serait-il pas opposé au Christ au sujet de la vie et de la résurrection de Lazare ? Priez, mes frères, pour que nous qui avons gouté à la résurrection, à la coupe de laquelle Lazare a été le premier à boire, nous méritions d’entendre, au retour du Christ, les paroles de la résurrection universelle.


66ième sermon de Saint Pierre Chrysologue
Nous avons fait lire aujourd’hui un récit rapporté par deux évangélistes différents, pour que votre esprit aille au devant de notre sermon, et pour pouvoir clarifier certains points obscurs. Pourquoi notre réflexion sur la résurrection de Lazare nous a-t-elle poussé à faire mention de l’autre Lazare, vous l’apprendrez par ce qui suit. Nous sommes impatients de vous présenter et de vous montrer les destins étonnants du pauvre Lazare et du riche inhumain, ce qui leur est arrivé à tour de rôle de redoutable, et leurs lamentables conditions, parce que le riche qui a dédaigné d’écouter d’une oreille compatissante le pauvre affligé des maux de la vie présente, n’a pas mérité de trouver un pauvre qui compatirait aux maux de la vie future. Brûlant de soif, il ne reçut pas d’eau pour le soulager celui qui a refusé à la faim du pauvre exténué le réconfort d’un morceau de pain. Quand il était dans les tourments, il éleva les yeux, et vit Abraham au loin, et Lazare dans son sein. C’est en vain qu’il regarde maintenant Lazare en haut celui qui a dédaigné de le voir en bas. De pareilles gens le prophète a dit : Ils ont décidé d’abaisser leur regard sur la terre. Comme il était dans les tourments. Il est aiguillonné par une douleur lancinante celui qui n’a pas été ulcéré par la vue de la misère; les tourments vexent celui que les plaies de Lazare n’ont pas ému. Il ne voit pas pour rien ses peines avivées l’ingrat qui se vautrait dans la pourpre. Il vit Abraham au loin. Abraham était loin de celui qui n’avait pas été proche du pauvre. Le riche a vu un Abraham doté de richesses mais pauvre d’inhumanité. Abraham est riche mais plus par l’humanité que par le recensement. Mais toi, tu as été plus riche d’inhumanité que de richesses. Le nomade Abraham s’est conduit en sédentaire envers ceux qui lui demandaient l’hospitalité. Mais toi qui possédais des palais, tu n’a pas même donné un toit au pauvre. Abraham en accueillant des serviteurs a reçu le Seigneur, et en donnant des pains à tous les hommes, il a eu le Seigneur lui-même comme commensal. Toi parce que tu as refusé à chaque pauvre quelques miettes de pain, tu as perdu la goutte d’eau du rafraîchissement. Et en criant il dit. Il crie là-bas celui qui a dédaigné d’entendre ceux qui criaient ici. Là la réclamation est inutile, et vaine la récrimination. Ecoute le prophète qui dit : Dans l’enfer qui te confessera ? Pour qui l’enfer est-il un lieu de miséricorde ? Dans les tourments, ya-t-il un espoir de pardon ? Et à l’heure de la sentence, qui réclamera l’indulgence ? Père Abraham, aie pitié de moi ! Fils cruel, quelle miséricorde demandes-tu, toi qui, en la refusant au pauvre, te l’as refusé à toi-même ! Et envoie Lazare. Malheureux fils, si Lazare était venu à ta table, tu pourrais toi aussi prendre place à table. Pour qu’il plonge la pointe de son doigt dans de l’eau. Celui qui ferme sa main au pauvre prend un boit de doigt pour une canne; et il a soif d’une goutte d’eau celui qui pour ne pas donner une gorgée de vin dissimule la bouteille dans une citerne . Pour qu’il plonge l’extrémité de son doigt. Celui qui ne donne pas ses richesses au pauvre, qui ne le prend pas en pitié, se soustrait à la miséricorde. Pour qu’elle refroidisse ma langue, parce que je souffre horriblement dans cette flamme. Comme s’il avait une partie du corps qui fut immunisée contre l’incendie. Mais elle brûle davantage la langue de celui qui a négligé de donner des ordres pour que soient exercées les œuvres de miséricorde. Elle ressent plus l’incendie la langue qui a maudit le pauvre et qui a contrecarré la miséricorde. Mais la langue qui souffre le plus de tourments est celle qui, en dérogeant à ce qu’elle doit au pauvre, a blasphémé l’Auteur du pauvre. Mais écoutons ce qu’a répondu Abraham : Fils, souviens-toi que tu as reçu des biens pendant ta vie, et Lazare des maux. Personne ne pensera en entendant ces choses que le riche a reçu des biens en récompense de ses bonnes actions, puisque ces biens ne font que le rendre plus coupable. Car, ayant reçu de Dieu des biens à la place des maux qu’il méritait, il a refusé avec mépris de rendre à Dieu ces biens, en les mettant à notre usage. Car ses si grandes richesses ne lui ont pas donné de quoi prendre le pauvre en charge, ni n’ont fourni la dépense de la plus petite offrande à Dieu. Mais le pauvre, riche de blessures, dépouillé de tout selon le recensement, émacié, revêtu de ses souffrances, offrait constamment à Dieu, comme une hostie, son âme qui était seule à ne pas être recouverte de plaies. Voilà pourquoi ses douleurs lui ont procuré le repos, l’opprobre la gloire, les mépris les honneurs, le dédain humain la faveur divine, ses souffrances l’immortalité, ses plaies des récompenses, sa soif la fontaine rafraîchissante, sa faim les délices sempiternels de la table céleste. Et celui que le portique du riche n’a pas reçu, le sein de la divine consolation l’a accueilli. Toi, riche, qui autrefois resplendissais dans la pourpre, couvre-toi maintenant de fumier, et, au lieu de vêtements d’écarlate, vête-toi de flammes. En souvenir des coussins moelleux des salles de banquets, supporte la dureté des tourments; et à la place des mets somptueux, rassasie-toi de peines. Compense l’abondance par la disette, cuve tes ébriétés avec la soif; et en guise de parfum, asperge-toi de puanteur. Car celui qui a reçu les hommages de la volupté a pour serviteurs les peines. C’est toi qui, en méprisant le pauvre, a opéré cette métamorphose. Abraham a ajouté ceci : Pour toutes ces choses, entre vous et nous un abime immense a été constitué, de sorte que ceux qui veulent traverser d’ici vers vous ne le peuvent pas, ni d’ici transférer ces choses. . En disant cela il déclare qu’avant la venue du Seigneur, les justes aussi bien que les injustes étaient dans les enfers. Il révèle qu’ils n’étaient pas situés dans des directions opposées, mais séparés par des lieux seulement. Après que le Seigneur ressuscité des morts eut ouvert les portes de l’enfer, rendu les cieux accessibles, décadenassé le paradis, Il permit aux saints d’entrer dans le royaume du paradis, de parvenir à la gloire du ciel. Celui qui croit ces choses comprend ce que la venue du Christ a apporté aux mortels. Il était donc fou ce riche de penser pouvoir permuter les lieux dans les enfers, puisque c’est d’après la façon dont il agit ici-bas, en bien ou en mal, qu’il établit les frontières du lieu de la peine ou du repos. Sot pendant sa vie, le riche s’avère plus sot encore au lieu de la punition. Et celui qui n’a pas sur reconnaître le temps de son bonheur ignore dans sa misère celui de ses malheurs. Je te prie, père. C’est maintenant que tu demandes ? Ce n’est plus le temps de demander mais de souffrir. Je te demande, père. Quoi ? D’envoyer Lazare dans la maison de mon père. Avant que Lazare gise saintement près de ta porte, sur laquelle sa faim a gravé les titres de ton inhumanité, où il a honoré ton perron de ses ulcères, et où le pus qui en découlait a entaché tes miettes de pains ? Sois franc, tiens-toi debout à ton tour, et cesse de feindre la pitié! Il est clair comme le jour que tu ne peux pas supporter de voir Lazare dans l’état où il est. Qui ne sait, qui ne comprend que la béatitude de Lazare te brûle plus que l’incendie de la géhenne ! Abraham répondit : ils ont Moïse et les Prophètes. Qu’ils les écoutent ! Ce qui signifie : si Moïse qui renversa les royaumes d’Egypte avec le concours des éléments qui militaient pour lui, qui assécha la mer rouge, qui solidifia les vagues, qui fit jaillir l’eau du rocher, qui tempéra l’ardeur du soleil par une nuée, qui fit briller la lumière pendant la nuit, qui fit pleuvoir des cailles du ciel, qui fit apporter des pains par la rosée, si ce Moïse non seulement ils ne l’ont pas écouté, mais se sont efforcés de le tuer, ces gens-là daigneront-ils écouter Lazare, eux qui ont infligé à Moïse autant de plaies qu’il produisait de prodiges ? Découvre-moi et fais-moi connaître ce que j’ai accompli, et avoue ce que tu as fait. Non père Abraham. En toute vérité, Abraham n’était pas son père, car il n’était pas le fils d’Abraham mais de la géhenne. Non, père Abraham, mais si quelqu’un vient des morts vers eux, ils feront pénitence. Ce que le riche suppose du cœur de tous, ce qu’il attend des désirs de tous, ce qu’il attribue aux voeux de tous les mondains, nous sommes habitués d’entendre tous le susurrer : Oh ! Si quelqu’un venait de chez les morts, et rapportait ici ce qui s’y passe, tout le monde le croirait ! Ce genre de discours est celui de personnes qui doutent ! Qui vient ici d’où personne ne vient ? Qui prouvera qu’après la mort on existe encore ? Nous ne disons tous que ce que nous avons entendu; nous ne comprenons que ce qui découle de ce qui a été dit. Car ce que la foi comporte de vrai est enseveli dans les profondeurs. Mais c’est la perfidie non l’ignorance qui nous fait parler de cette façon de ce que nous croyons, c’est ce que démontre la lecture de saint Jean qui suit. Car comme le riche l’avait demandé, Dieu envoya Lazare dans un autre Lazare. Mais pourquoi était-il envoyé, en quoi était-il désiré, qu’avait-il obtenu en ressuscitant, ayez la patience de l’entendre. Les princes des prêtres prirent la décision de tuer Lazare parce que plusieurs à cause de lui s’éloignaient d’eux et croyaient en Jésus. Comme si sa renaissance avait été désirée pour qu’il réitère les souffrances de sa mort. Ils ne veulent pas, non, ils ne veulent pas prêter foi à ce qu’ils voient ceux qui ne veulent pas croire à ce qu’ils entendent. Nous savons, nous savons que la vie est préparée pour les bons et des châtiments pour les mauvais. Mais parce que nous sommes retenus captifs des vices, nous ne voulons pas profiter du temps qui nous est donné pour pratiquer les vertus. Nous feignons d’ignorer ce que nous savons, et nous ne voulons pas que quelqu’un vienne des enfers pour nous dire ce qu’il y a après la mort, car le Christ qui vient du ciel et qui retourne des enfers, a enseigné par la parole et a confirmé par l’exemple quels sont les biens qui demeurent pour toute l’éternité dans le ciel, et quels sont les maux que l’on doit s’attendre à trouver en enfer. Mais peut-être que nous ne croyons pas non plus en ces choses, et que nous ne voulons pas que le Christ revienne, parce que nous ne voulons pas que le monde passe, mais surtout parce que nous nous lamentons de la disparition des vices. Le Christ n’est pas venu fuir la vie mais la mort. Il est venu fuir la mort non la vie, rappeler le monde à Lui, non le détruire, anéantir les vices, non réduire à rien sa créature. Mais priez, mes frères, pour qu’à son retour le Christ nous trouve capables de participer à son règne, selon son désir et son commandement.


67ième sermon de Saint Pierre Chrysologue
Vous avez prêté attention à l’exposé de la foi, écoutez maintenant une explication de l’oraison dominicale. Le Christ a enseigné à prier en peu de mots, Lui qui veut accorder promptement ce qu’on demande. Que ne donnera-t-Il pas à ceux qui Lui demandent quelque chose, Celui qui s’est donné Lui-même à ceux qui ne le demandaient pas ? Ou quel retard mettra-t-Il à répondre celui qui prévient les désirs et les demandes en dictant les prières ? Ce que vous allez entendre aujourd’hui stupéfie les anges, émerveille le ciel, époustoufle la terre. La chair ne le tolère pas, l’oreille ne le capte pas, l’esprit ne le saisit pas, la créature entière ne peut le supporter. Je n’ose pas le dire, mais je ne puis pas me taire. Que Dieu vous accorde à vous de pouvoir l’entendre, et à moi, de pouvoir le dire ! Qu’est-ce qui est le plus extraordinaire ? Que Dieu se soit donné à la terre, ou qu’Il vous donne au Ciel ? Que Lui-même entre en association avec la chair, ou qu’Il vous fasse entrer en participation avec la divinité ? Qu’Il ait Lui-même assumé la mort, ou qu’Il vous ait soustrait à la mort ? Qu’Il ait pris sur Lui votre pauvreté, ou qu’Il fasse de vous ses héritiers, ses uniques cohéritiers ? Y a-t-il quelque chose de plus renversant que la terre soit transférée dans le ciel, que l’homme soit mué en la déité, et que le sort de la servitude et de l’esclavage obtienne du sort les droits de la domination et de la suprématie ?. Mais bien que cela soit redoutable, puisque ce n’est pas celui qui enseigne qui en porte la responsabilité, mais Celui qui ordonne d’enseigner, accédons, mes fils, là où la charité nous appelle, où nous attire l’amour, où nous invite l’affection. Que les cœurs expérimentent la présence de Dieu le Père, que la voix résonne au loin, et que tout ce qu’il y a en nous réponde à la grâce, non à la crainte. Car Celui qui a changé le Juge en Père, veut être aimé, non craint.
Notre Père qui es aux cieux. (Matt.V1) Quant tu dis cela, ne l’entends pas au sens où Il ne serait pas sur la terre. Ne va pas penser qu’Il est enfermé dans un lieu, Lui qui renferme tout, mais comprends que tu tires ton origine du ciel, et que ton Père est céleste. Et fais en sorte qu’une vie sainte réponde à la sainteté de ton Père. Il prouve sa filiation divine celui qui n’est pas avili par des vices humains, celui chez qui commencent à luire les vertus divines. Que ton nom soit sanctifié. Celui dont nous sommes la progéniture, reconnaissons-le aussi par le nom. Nous prions donc pour que son nom qui par lui-même et en lui-même est saint soit sanctifié en nous. Car le nom de Dieu est honoré par nos bonnes actions ou blasphémé par nos mauvaises. Ecoute l’Apôtre qui dit : Le nom de Dieu à cause de vous est blasphémé chez les nations. Que ton règne vienne. Et quand donc Dieu n’a-t-Il pas régné ? Nous demandons donc que Celui qui a toujours régné pour Lui-même règne maintenant en nous, pour que nous puissions nous aussi régner en Lui. Le diable a régné, le péché a régné, la mort a régné, et la mortalité a été longtemps captive. Nous demandons donc qu’à la venue du règne de Dieu, le démon obéisse, le péché disparaisse; que la mort meure, que la captivité soit capturée, pour qu’une fois affranchis, nous puissions régner dans la vie perpétuelle. Que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel. C’est le royaume de Dieu quand sur la terre et au ciel, il n’y a plus qu’une seule volonté : celle de Dieu. Quand la Sagesse de Dieu est dans tous les hommes, c’est alors que Dieu agit, que Dieu vit, que Dieu règne. Dieu est tout, selon le mot de l’Apôtre : Que Dieu soit toutes choses en vous tous !
Donne-nous aujourd’hui notre pain quotidien. Celui qui s’est donné à nous comme Père, qui nous a adoptés pour Lui-même comme ses fils, qui nous a fait héritiers de la création, qui nous a ennoblis en nous faisant porter son nom, qui nous fait participants de son honneur et de son règne, c’est le même qui approuve que nous demandions notre pain quotidien. Que cherche la pauvreté humaine dans le royaume de Dieu, parmi les dons divins ? Un père si bon, si compatissant, si généreux n’accorderait le pain à ses fils que dans la mesure où ils l’en supplient ? Mais que dire alors de cette parole de Jésus : Ne vous inquiétez pas de ce que vous mangerez, ni de ce que vous boirez, ni de quoi vous vous vêtirez. Il ordonne de demander ce dont Il nous défend de nous préoccuper, jusqu’à ce que le Père céleste nous exhorte nous, ses fils célestes, à demander le pain du ciel. Car c’est Lui-même qui a dit : Je suis le Pain descendu du ciel. Il est le Pain qui a été semé dans le sein de la Vierge, qui a fermenté dans la chair, qui a été pétri dans la passion, cuit dans la fournaise du sépulcre, conservé dans les églises, offert sur les autels, et qui assure à chaque jour aux fidèles la nourriture céleste. Et remettez- nous nos dettes comme nous remettons à ceux qui nous doivent. Homme, si tu ne peux pas être sans péché, et si tu veux toujours qu’on te remette tout ce que tu dois, remets toujours aux autres ce qu’ils te doivent. Toutes les fois que tu veux qu’on te remette ce que tu dois, remets aux autres ce qu’ils te doivent. Homme, comprends qu’en pardonnant aux autres tu t’accordes à toi-même le pardon. Et ne nous induis pas en tentation. La vie dans le siècle est à elle seule une tentation. La tentation est le lot de l’homme. Demandons donc que notre Père ne nous abandonne pas à notre libre arbitre, mais que dans toutes nos actions Il nous serre paternellement la main, et qu’Il nous maintienne dans le chemin de la vie avec une patience céleste. Mais délivre- nous du mal. De quel mal ? Du diable, sans aucun doute, de qui vient tous les maux. Demandons d’être libérés du mal, car celui qui ne s’est pas privé du mal ne peut pas jouir du bien.
Si ceux qui ne sont pas encore nés, qui se développent dans le sein de leur mère, demandent déjà du pain, attendent déjà le règne, pourquoi se demander à quoi s’occupe constamment le Fils de Dieu dans le sein mystérieux du Père ? Si l’église engendre, il n’y a pas à en chercher la raison, c’est un mystère céleste. Que le Fils de Dieu ait été dans le Père, Il ne l’est pas à la façon dont le conçoit la raison humaine. Les choses divines ne doivent pas être considérées à la façon humaine. Tu as entendu le mot Dieu, ne va pas penser à quelque chose de terrestre ou d’humain. Tu as entendu " le Père du Christ ", crois qu’Il est Fils par nature. Tu as entendu que Dieu est ton père. crois qu’Il l’est par grâce. Il a toujours été en état d’avoir un Fils. Mais c’est tout récemment qu’Il t’a donné d’être fils. Sache donc être fils sans cesser d’être serviteur. Comprends que tu as été rétabli à la ressemblance du Christ, de façon à toujours te souvenir que tu es le sujet du Christ.

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