Ressources Catholiques Missel Romain

précédent

54ième sermon de Saint Pierre Chrysologue
Le bienheureux Evangéliste en décrivant tout dernièrement la vie d’un riche inhumain, a ému et affligé les êtres humains. Mais aujourd’hui, en relatant la foi et l’humanité de Zachée, il nous élève et nous attire à une joie céleste. Et étant entré, est-il dit, Jésus parcourait Jéricho. Pourquoi parcourait-Il la ville, et pourquoi ne marchait-Il pas ? Pourquoi ? Jésus traversait là où Moïse avait marché. Et le peuple que Moïse avait mis en route Jésus l’amenait vers le repos promis du séjour. Il traversait (ou parcourait) Jéricho. Jéricho est la ville que Josué a jetée par terre en jouant sept fois de la trompette. Mais comme Jésus est venu sauver ce qui périssait, il entre dans Jéricho, pour que ce que la terrible vocifération de la loi avait jeté par terre, la pieuse clameur de sa prédication le redresse. Jésus, est-il dit, étant entré, parcourait Jéricho. Et voici un homme du nom de Zachée, qui était publicain en chef, et riche. Le prince des publicains dans la cité perdue s’est vu assigné la principauté par son œuvre perdue. Le lieu, la personne et le bureau de percepteur manifestent la grandeur de la faute, pour que la grandeur du crime fasse resplendir la grandeur de Celui qui le remet. Et il cherchait à voir Jésus. Celui qui cherche à voir le Christ regarde le ciel d’où vient le Christ, non la terre où se trouve l’or. Le riche, donc, qui regarde en haut ne transporte pas son or sur son dos, mais le foule aux pieds. Son dos n’est pas affaissé par les richesses, mais il est allégé par elles. Et il se sert des richesses pour soulager la misère d’autrui par des largesses, non pour s’asservir à un amour désordonné des richesses. Car l’avare n’est pas le maître mais l’esclave des richesses. Et le riche miséricordieux prouve avoir autant de serviteurs qu’il a de deniers. Il cherchait à voir Jésus, et il ne le pouvait pas à cause de la foule, car il avait une petite taille. Il était déjà passablement grand par l’âme celui qui semblait petit à cause de son corps. Car il atteignait les cieux par la pensée celui qui n’était pas à la hauteur des hommes. Que personne donc ne se soucie de la petitesse de sa taille, à laquelle on ne peut rien ajouter, mais qu’il mette toute son attention à ce que l’esprit soit éminent. Et courant en avant, il grimpa dans un arbre. Combien de mètres penses-tu qu’il a comptés avant d’atteindre les branches d’un très grand arbre ? Cet homme a méprisé la terre, s’est élevé au-dessus de l’or et a transcendé l’avarice. Il est monté au-dessus de toute la masse des richesses, pour que bondissant sur l’arbre du pardon, il saisisse les fruits de la miséricorde; et pour que, de l’observatoire de sa confession, il aperçoive l’Indulgent qui pardonne. Il grimpa dans un sycomore pour voir Jésus qui allait passer par là. Il a raison d’employer le mot passer, car le Christ n’était pas venu pour demeurer sur les routes humaines et dans les labeurs humains. Quand Jésus fut arrivé au lieu, levant les yeux, il le vit. Comme s’Il n’aurait pas vu s’Il n’avait pas levé les yeux Celui qui, absent, a vu Nathanaël de loin sous le même arbre. Mais Il l’a vu. Il l’a vu pour lui apporter le pardon. Il a fixé ses yeux sur lui pour lui communiquer la grâce. Il l’a regardé pour lui donner la vie. Il l’a contemplé pour lui procurer le salut. Dieu ne cherche pas à connaître celui qu’Il voit comme s’Il l’ignorait, mais Il veut voir celui qu’Il connaît pour l’amener dans sa gloire.
Il le vit et lui dit : Zachée, hâte-toi de descendre, car aujourd’hui, il me faut demeurer dans ta maison. S’il avait bien fait de monter, pourquoi lui est-il commandé de descendre ? L’Evangéliste a dit plus haut : Courant en avant, il grimpa dans un arbre. Le serviteur court devant son maître, car Zachée est monté dans l’arbre avant que le Dominateur ne monte sur la croix. Voici pourquoi on lui a dit : Hâte-toi de descendre. Si tu comprends la signification de ton geste, hâte-toi de descendre. Descends avant le Seigneur de l’arbre d’Adam, pour que tu montes après sur la croix de la passion du Seigneur. A moins que quelqu’un ne porte sa croix et ne me suive. Il n’a pas dit : ne me précède. Descends donc, pour déposer le fardeau d’une si grande fraude, les poids de la cupidité, la masse des usures, le magistère du publicain, la principauté d’une exaction extrêmement cruelle. Une fois désencombré, tu entreras dans l’école de la pauvreté, dans le service de la miséricorde, dans la pratique de la vertu de piété, dans la discipline de la patience, dans l’exercice fervent des vertus, dans la science de la divinité, dans la maîtrise des passions, dans la philosophie qui prépare une bonne mort, pour que, quand tu seras parfait, tu montes dans les parties périlleuses de l’arbre de vie. Descends, car, aujourd’hui, il me faut demeurer dans ta maison. Celui dans la maison duquel le Christ n’entrera pas ne parviendra pas à la demeure divine. Et celui à la table duquel le Seigneur ne s’assiéra pas ne prendra pas place à la table céleste. Il se hâta de descendre et le reçut tout joyeux. Il se réjouit parce qu’il reçoit Celui qui le reçoit, pait son Berger, parce que le coupable incite le juge à un verdict dicté par l’humanité, parce qu’en lui fournissant gratuitement le breuvage et la nourriture il en fait son débiteur. Et il advint que le publicain ne perdit pas son gain, mais le transmua.
A la vue de ce qui se passait, tous murmurèrent, disant : il s’est arrêté chez un pécheur. Et qui est sans péché ? Et si personne ne l’est, il se refuse à lui-même le pardon celui qui accuse Dieu parce qu’Il entre chez un pécheur. Quand Dieu recherche un pécheur, c’est l’homme qu’il recherche non les péchés. Il le fait pour mépriser le péché qui est l’œuvre de l’homme, et ne pas perdre son œuvre à Lui qui est l’homme. Ecoute le Prophète qui dit : Détourne ta face de mes péchés. C’est-à-dire, de mes œuvres mauvaises. Et parlant de lui : Ne méprise pas les œuvres de tes mains. Quand le Juge veut pardonner, il regarde l’homme, non la faute. Quand le père veut se montrer miséricordieux envers son fils, il se rappelle l’ affection qu’il lui porte, non le délit commis par le fils. De la même façon, dans l’homme, Dieu se souvient de son œuvre, afin d’oublier l’œuvre de l’homme. Toi donc qui fais des reproches, qui murmures, parce que le Christ s’est arrêté chez un pécheur, qu’une telle visite te fasse saisir la voie du salut, un exemple de pardon, l’espérance en la miséricorde divine. Et que ce qui est pour toi une occasion de salut ne soit pas pour toi une raison de blasphémer, prends-y garde ! Où va le médecin si ce n’est chez le malade !... Ce ne sont pas les gens en santé qui ont besoin de médecin, mais les malades et les infirmes. Et à quoi s’essouffle le pasteur si ce n’est à la recherche de la brebis perdue ? Quand un roi se mêle-t-il aux ennemis si ce n’est quand il veut libérer un captif ? Et celui qui perd une perle précieuse ne dédaigne pas d’entrer dans les lieux souillés, et n’éprouve pas de honte à la chercher lui-même dans le fumier. Dans quel précipice ne s’engage pas la mère à la recherche du fils? Et s’agissant de Dieu qui a créé l’homme à son image et à sa ressemblance on demande : pourquoi la charité du Créateur recherche-t-elle l’homme au milieu des péchés ? Tu te demandes en murmurant, ô homme, pourquoi Dieu cherche l’homme au milieu des péchés? Que feras-tu quand tu Le verras pénétrer, pour l’homme, dans les ténèbres elles-mêmes du Tartare ?
Ecoute, entre temps, ce qu’a opéré l’entrée du Christ chez un pécheur. Se tenant debout, Zachée dit . Vois comment il s’est redressé celui qui gisait. Nous gisons dans nos vices, et nous gisons oppressés. Que les bonnes œuvres nous fassent tenir debout; redressons-nous pour progresser. Se tenant debout, Zachée dit : je donne la moitié de mes biens aux pauvres. Celui qui dès ici bas transfère à la vie future la moitié de ses biens croit qu’il vaincra après la mort. S’il est vrai de dire que seul est parfait celui expédie d’avance là où il remportera la victoire, la totalité de ce qu’il possède ici-bas, celui qui donne la moitié de ses biens est quand même le compagnon des vertus, l’escorte de la prudence, le participant de la foi, car ce que l’homme laisse là, il ne le perd pas. Et en toute vérité, mes frères, comme celui qui transfère ses biens là-bas croit qu’il vit là-bas, de la même façon, il ne croit pas qu’il remportera la victoire à cause de toi celui qui ne prépare pas ici-bas ce dont il aura besoin là- bas. Car si nous sommes à peine capables de supporter la pauvreté temporelle, qui supportera d’être mendiant pendant toute l’éternité ? Quel soldat n’envoie pas à la patrie ce qu’il a conquis à la sueur de son front en se battant, pour que le labeur de l’adolescence assure une vieillesse agréable ? Et le chrétien pour qui la vie dans le siècle est un combat, pourquoi ne pourvoit-t-il pas à ce que les périls terrestres lui procurent la consolation d’un loisir céleste ? La façon dont doit se comporter le chrétien, Zachée le démontre par la parole et par l’exemple. Je donne la moitié de mes biens aux pauvres. Et si j’ai fraudé quelqu’un je lui rends le quadruple. Celui qui distribue les biens d’autrui dilapide plus en donnant qu’en volant. Il ne tarit pas les lamentations des pleureurs, mais les provoque. J’ose dire que celui qui offre à Dieu un bien acquis frauduleusement met le comble à ses crimes; il ne les expie pas. Car, dans de pareils dons, Dieu perçoit les dépouilles des pauvres, non des gestes de miséricorde. Il pleurera devant Dieu sans espoir de gagner sa cause celui que la plainte du pauvre dénonce justement. Voici la voix de Dieu : Si tu as pris la tunique de ton frère en gage, rends-la lui avant le coucher du soleil. Comme la lumière révèle le voleur, ainsi le soleil accuse les fraudeurs. Si nous voulons offrir à Dieu nos biens, si nous voulons posséder auprès de Dieu ce qui nous appartient, méritons nous aussi d’entendre ce que Zachée a entendu : Aujourd’hui, le salut est entré dans cette maison, parce que lui aussi est fils d’Abraham. Le riche inhumain qui est fils d’Abraham était devenu fils de la géhenne. Et bien qu’il ait été le fils de la rapine, en donnant ses biens et en restituant les biens d’autrui, il est devenu fils adoptif d’Abraham. Que personne ne pense cependant qu’en donnant la moitié de ses biens, Zachée a atteint le faîte de la perfection. Par la suite, il a donné tous ses biens et s’est donné lui-même à Dieu . Chargé de l’honneur de l’épiscopat, il est passé de l’opulence de la table du publicain à la table du corps du Seigneur. Et abandonnant les richesses frauduleuses du monde, il a trouvé dans la pauvreté du Christ les vraies richesses du monde.


55ième sermon de Saint Pierre Chrysologue
 Les préceptes de la loi, colligés en volumes et partout répandus, ne sont pas parvenus à nous gagner à l’amour divin, en raison de la dureté du cœur des hommes. C’est par des comparaisons et des exemples que s’insinue et pénètre insensiblement l’affection que Dieu porte aux humains. Qui parmi vous donnera une pierre à qui demande du pain à son père ? Ou s’il demande un poisson, lui donnera-t-il un serpent à la place du poisson ? S’il demande un œuf, lui donnera-t-il un scorpion ? Si donc vous, qui êtes mauvais, savez donner de bonnes chose à vos fils, à plus forte raison, votre Père céleste donnera-t-il le bon esprit à ceux qui le demandent. Qui parmi vous donne une pierre à celui qui demande du pain à son père ? La charité ne connaît pas la dissimulation.. La bonté ignore la fraude. L’affection n’accueille pas le mensonge. S’il est père, il ne peut pas ne pas aimer. S’il aime, il ne sait donner que ce qui est bon. Il renie le père celui qui suspecte sa générosité. Il ignore qu’il est fils celui qu’inquiètent les dons paternels. Il rejette la piété en totalité celui qui ne croit pas que lui est salutaire tout ce que le père lui donnera. Comment le père pourrait-il donner des choses mauvaises au fils, et non de bonnes choses lui qui est toujours prêt à supporter les maux que lui inflige le fils, qui ne refuse pas de mourir pour lui, et qui ne recule devant aucun danger ? Dieu donc t’a fait père. Il a voulu que l’homme soit procréé par toi. Bien que, t’ayant fait, toi, à partir de la terre, Il aurait pu en faire un grand nombre de la même façon. Mais Il a fait en sorte que, en engendrant, tu connaisses la grandeur de l’affection de celui qui engendre, et que tu éprouves en toi l’amour de ton Auteur, dans la mesure où, étant toi-même auteur d’enfants, tu t’efforces de leur consacrer toute ta vie et toutes tes énergies. Dieu n’a pas voulu seulement que tu ressentes en toi ce qu’est l’amour paternel, mais Il a voulu que tu le voies dans les bêtes sauvages, dans les bêtes à cornes et dans les oiseaux. Après les avoir faits de la terre par un seul commandement, Il a les a forcés par la suite à éprouver les peines de la génération, à changer de patrie, à s’emparer de lieux aptes à devenir des gites, à bien camoufler ou protéger le nouveau-né, à se consumer pour leur progéniture, à pourvoir à leur nourriture par un travail épuisant, et à ne pas refuser de s’exposer à la mort pour défendre leurs petits menacés de capture. Si donc l’exemple de l’homme ne suffit pas à te faire comprendre la sincérité de la charité paternelle, que te l’apprenne le comportement des bêtes sauvages, des animaux domestiques et des oiseaux. Si donc tu crois en Dieu, et Le reconnais Père, crois que t’est salutaire tout ce qu’Il te demandera et choisira pour toi. Il n’est pas permis de contester ce que te donne ta mère. Il ne t’est pas avantageux de récuser les avertissements de ton père. Le commandement du père peut avoir un aspect revêche, mais il t’est toujours utile et profitable. Ainsi en fut-il d’Abraham . Il crut dans la paternité de Dieu. Il ne s’arrêta pas à l’aspérité et à l’âpreté du commandement. Il reçut avec respect la circoncision. Il ne discuta pas les choses que le Père céleste ordonna, mais les jugea glorieuses. Un infanticide est pour lui un très grand crime, mais parce que c’est Dieu qui le commande, il remet tout à la piété. Quand Isaac vit au-dessus de lui le glaive du père, il s’en est réjoui, alors qu’il aurait pu regarder avec horreur et douleur son destin d’hostie. La fille de Jephté également, a accompli en mourant dans l’action de grâces, la promesse et le vœu de son père. Pourquoi donc celui qui connaît Dieu ergote-t-il au sujet des dons que lui faits Dieu, alors que le tout petit et l’innocent enfant demande à son père les biens présents et futurs, au lieu de prétendre les choisir lui-même ?
  Mais poursuivons pour découvrir pourquoi Dieu nous donne de tels exemples. Qui parmi vous donnera une pierre à qui demande un pain à son père ? Il aurait pu dire : Qui donne de l’ivraie car elle se rapproche du pain et lui est semblable, même si elle donne des malaises. Mais le Christ était venu pour les fils, i.e., les Juifs, qu’Il se plaignait en ces termes d’avoir engendrés. J’ai engendré des fils et je m’en suis réjoui. Mais ils m’ont méprisé. Il était donc venu pour les fils. Il était venu le Pain du ciel qui a dit : Je suis le pain descendu du ciel. Mais pour les Juifs, Il a été changé en pierre d’achoppement, et en pierre de scandale, au dire du Seigneur : Voici que je pose en Sion une pierre d’achoppement, et une pierre de scandale. Pourquoi une pierre ? Parce qu’ ils mettaient leur plaisir à mordre la pierre, non à demander du pain au Père. Les chiens enragés m’ont entouré. Après qu’il ait été démontré que les Juifs, d’hommes qu’ils étaient, se soient transformés en chiens, le Pain céleste s’est transformé pour eux en pierre, non par l’impuissance du donneur, mais par la malice du destinataire. Ce pain ne les rachèterait pas, mais les tuerait. Et placé à la base de l’édifice, le Christ ne les hisserait pas au sommet, mais les enfouirait dans les profondeurs de la terre, et entraînerait la ruine de ceux qui complotaient le meurtre de leur Père.
 Il ajoute une autre comparaison. Donnera-t-il un serpent au lieu d’un poisson ? Le Christ était également un poisson pris du lit de la rivière du Jourdain, déposé sur les charbons de ses souffrances, qui, après la résurrection, a procuré aux siens, i.e. ses disciples, une nourriture salvifique. Mais, pour les Juifs, ce poisson s’est changé en serpent, au dire du Seigneur : Comme Moïse a élevé un serpent dans le désert, le Fils de l’Homme doit être élevé de la même façon. Les Juifs voyaient un serpent dans le Christ, parce que l’œil de l’impie ne peut pas voir Dieu; il ne peut pas voir sa miséricorde. Il a employé une troisième image. : S’il te demande un œuf, lui donneras-tu un scorpion ? C’est une coutume et presque un rite que les enfants demandent des œufs à leurs parents, et que les parents leur en donnent. Mais comme le Christ était venu rassembler les siens comme la poule rassemble ses poussins, il présenta l’œuf de sa parole, avec laquelle Il nourrirait son Eglise de saints germes. Mais parce qu’au lieu de s’en nourrir, le Juif voulait le gaspiller, il y découvrit un scorpion, d’après l’Apôtre : Le commandement qui devait les conduire à la vie, les a amenés à la mort. Pour illustrer sa bonté, le Seigneur a présenté et expliqué trois exemples, comme les témoignages de trois témoins, pour nourrir chez les pieux la foi dans son amour, et pour confondre les impies. Si ces derniers n’ont pas reçu la grâce, ce n’est pas par manque de charité de la part du Père, mais par l’absence de leur charité à eux.


56ième sermon de Saint Pierre Chrysologue
Me troublerait la tempête subite et confuse d’un enfantement improvisé, et m’inquiéterait l’immaturité des rejetons si, à cause du relâchement des mœurs, par le vol à main armée du pauvre, et par des coups de poignard, ceux qui ont â naître cherchaient et attrapaient en naissant des profits instantanés. De là vient que souvent le bébé, méprisant la date limite du dixième mois, abandonne, dès le septième mois, l’exiguïté de sa première maison, et la déserte complètement, pour que, nouveau combattant, il se réjouisse de s’être évincé avant le temps, avant d’avoir payé jusqu’au bout la dette de sa servitude. Et si cela est permis à la nature humaine, qui pourra l’interdire à la nature céleste et divine ? Et que ne peut l’Esprit Saint si la chair peut cela? Ou comment la grâce spirituelle n’effectue pas ce que la fragilité humaine réalise et parachève ? Saint Paul n’a-t-il pas porté douloureusement atteinte à la voie et au cœur de notre mère, pour que par un tourbillon céleste et un violent ouragan il prévienne les temps où l’Eglise devait enfanter, et naisse subitement et sur le chemin, lui qui devait indiquer aux Gentils le chemin de la foi ? Il s’appelle avec raison un avorton, et s’étonne d’être né sans avoir été porté dans le sein pendant neuf mois. Car quand, encore ennemi, il tomba à l’extérieur du sein de la sainte mère, et quand, dans sa naissance même il recueillit des gages de vénération, il fut tout d’un coup transformé en un saint rejeton, lui qui était un des plus féroces persécuteurs de cette progéniture. Même l’eunuque est régénéré par Philippe sur la route. Celui que la témérité humaine avait asservi à l’homme, la chasteté imposée l’avait accrédité dans le palais du roi. Mais la chasteté volontaire vouée à Dieu le promeut et le transfère dans la gloire du palais céleste, pour qu’il vénère et adore le Roi éternel. Bienheureux celui à qui il est donné de ne pas perdre les médailles et les rubans du palais terrestre, mais de les échanger pour de plus précieux.
Cela, c’est la raison qui le dit, mes fils, pour que vous, que nous avons reçus tout tristes du sein de votre mère, nous vous rendions au comble de la joie en un seul instant. Ecoutez la foi, apprenez la prière. Empêchés par les circonstances, nous ne pouvons pas vous révéler le mystère, et vous ne pouvez pas non plus nous redire ce qui est transmis. Contentez-vous pour le présent d’apprendre les paroles du symbole. Au temps pascal, ces choses seront enseignées plus complètement, et vous pourrez pénétrer au cœur du mystère. Recevez ce que vous voulez, envahissez ce que vous désirez, car le royaume des cieux souffre violence, et ceux qui déploient de la force s’en emparent. Recevez ce que vous voulez. Et ce dont la violence peut s’emparer, la grâce le prodigue. Le seuil de la vie, la porte du salut, l’entrée de la foi l’enseigne à merveille une profession individuelle, innocente et pure, comme le dit le Prophète : Entrez par ces portes dans la confession. Ayant reçu le même genre d’avertissement, le Prophète demande l’entrée de la maison du Dieu qui parle eu lui, en disant : Ouvrez-moi les portes de la justice, et une fois entré, je confesserai le Seigneur. Vous voyez que ne peut pas confesser Dieu celui qui n’est pas entré dans cette demeure du salut et de la foi. La confession l’y introduit, l’apostasie l’en chasse.
Mais écoutons comment nous devons confesser notre foi. L’Apôtre dit : On croit du fond du cœur pour obtenir la justice. La confession orale a en vue le salut. Et il montre ce que l’on doit croire. Si tu crois, dit-il, et si tu confesses le Seigneur Jésus dans ton cœur et de vive voix, tu seras sauvé. La foi du cœur obtient la justice, la confession orale se fait en vue du salut. Nous voyons ici, mes fils, un grand résumé de notre foi, car tout le sacrement du salut humain se joue entre le cœur et la langue. Tu as ici comment tu dois croire : croire avec le cœur pour obtenir la justice. Tu as comment tu dois professer : faire une confession orale en vue du salut. Et que dire ? L’homme qui se possède a tout en lui. Celui qui possède Dieu se possède. Il possède Dieu celui qui croit et professe que Dieu est son Auteur. Signez-vous ! La foi qui est captée par l’oreille est crue par le cœur, elle est dirigée vers le salut par la bouche, est déposée au plus intime de l’âme,. et doit être confiée aux richesses vitales de notre cœur. De peur que lorsqu’elle est écrite sans soin sur un parchemin, elle ne conduise pas des croyants à la vie, mais des perfides à la ruine. C’est en toi, homme, que tu dois conserver ce qui, à l’extérieur de toi, pourrait dépérir.


57ième sermon de Saint Pierre Chrysologue
Le bienheureux Isaïe, qui n’est pas moins évangéliste que prophète, déplore avoir les lèvres impures et habiter au milieu d’un peuple ayant les lèvres impures, en disant : Misérable que je suis ! Je suis tout troublé car, bien que je sois un homme et que j’aie les lèvres impures, et que j’habite au milieu d’un peuple ayant les lèvres impures, j’ai vu de mes yeux le Roi et Seigneur Sabaoth. Cet homme est foudroyé par une détresse inhumaine, parce que ce qu’il entend et voit de Dieu il ne peut pas en parler, il ne peut l’annoncer, il ne peut le déclarer. La chair se contracte, l’âme resserre les lèvres, seule la langue peut se faire pendant un bref moment l’interprète de l’esprit. Dans la chair, un feu séquestré halète, se vaporise dans les veines, enflamme les viscères, consume la moelle, incendie sans arrêt toutes les parties internes. Car ce que le mouvement passionné de l’âme contemple ne peut pas être exprimé par la bouche, ne peut pas être articulé par les lèvres, ni balbutié par la langue. En somme, il est absolument impossible d’en faire un exposé. C’est pourquoi Isaïe, quand il vit le roi du ciel qui est le Christ et perçut par une claire vision que c’est Lui qui était le Seigneur Sabaoth, déplora que ses lèvres et celles de son peuple étaient impures. Car la confession de la divinité du Christ illumine les cœurs, rince la bouche, purifie les lèvres, mais la négation de la majesté du Christ les pollue. Mais écoutons le gémissement émis par ce prophète : Et m’a été envoyé un des séraphins, qui tenait dans sa main un charbon, qu’il avait pris de l’autel avec des tenailles, et il toucha mes lèvres en disant : voici que tes lèvres ont été touchées par ce charbon : il a enlevé tes iniquités, et t’a purgé de tes péchés sur tout le pourtour de tes lèvres. Ce n’est pas le moment de se demander pourquoi un seul a été envoyé, et quel est celui qui a été envoyé, et quelle est la grandeur de celui qui manipule ainsi sans crainte le charbon du feu céleste, et qui va même jusqu’à tempérer l’ardeur du feu en le touchant, de façon à purifier les lèvres du prophète et non à les calciner.
Mais nous maintenant, avec toute la ferveur de notre âme, suscitons en nous des sentiments de componction, et dans cette misère de notre chair, reconnaissons que nous sommes misérables, et déplorons par de pieux gémissements que nous avons des lèvres impures, pour qu’un de ces séraphins, avec les tenailles de la loi de la grâce, nous apporte de l’autel céleste le sacrement igné de la foi. Pour qu’en calmant l’ardeur du feu, il touche les commissures de nos lèvres, enlève les iniquités, nous purge de nos péchés, et allume ainsi dans notre bouche la flamme d’une confession pleine et entière. Pour qu’il nous apporte le salut et non la torture. Demandons aussi que, jusqu’à nos cœurs, parvienne la chaleur de ce charbon, pour que la suavité d’un tel mystère ne soit pas seulement goûtée par les lèvres, mais que les sens et l’esprit en soient rassasiés. Après la purification des lèvres, Isaïe parle de l’enfantement ineffable de la Vierge en ces mots : Voici qu’une Vierge recevra dans l’utérus et enfantera un Fils. De la même façon nous, nous proclamons la gloire du sacrement de la passion et de la résurrection.
Je crois en Dieu, le Père Tout-Puissant. C’est avec raison qu’aujourd’hui, vous professez croire en Dieu en vous réjouissant d’avoir fui des dieux et des déesses sexués et de sexe opposé, d’un nombre indéterminé, populaciers, sans noblesse d’âme, célèbres par leurs turpitudes, d’une impiété consommée et l’emportant sur tous par leurs infamies. Ils ont atteint la notoriété par leurs crimes, et ont été convaincus, par leurs tombeaux, de n’être que des hommes . Car c’est le comble de la misère, de la douleur et du malheur d’avoir supporté la domination de tels et de si nombreux esclaves. Mais vous vous réjouissez d’être parvenus à un Dieu qui est unique, vivant et vrai, mais non solitaire, en disant : Je crois en Dieu le Père. Il confesse déjà le Fils celui qui nomme le Père. Car Celui qui a voulu être appelé et être dit Père montre le plus naturellement du monde qu’Il a un Fils, qu’Il n’a pas reçu du temps, qu’Il n’a pas engendré dans le temps, et n’a pas accueilli pour un temps déterminé. La divinité ne reçoit pas de commencement, et ne subit pas de fin. Elle n’admet pas de succession celle qui n’a pas de déclin. Dieu n’a pas enfanté un Fils dans les douleurs, mais Le rend présent par sa puissance. Celui qui vient de Lui, Il ne L’a pas fait à partir que de quelque chose situé en dehors de Lui, mais Il L’a engendré. Dans la mesure où Il est en Lui-même, Il Le manifeste et Le révèle. Le Fils procède du Père sans s’en éloigner. Il n’est pas né pour succéder au Père, mais pour demeurer toujours dans le Père. Ecoute Jean qui dit : Il était au commencement. Et ailleurs : Celui qui fut depuis le début. De toute évidence, Celui qui était n’est pas devenu. Il est clair que Celui qui fut n’a pas commencé à être. Je suis, est-il dit, le Premier, et je suis le Dernier. Celui qui est le premier ne vient pas après un autre. Celui qui est le dernier ne laisse personne après Lui. Mais en disant cela, Il n’exclut pas le Père, mais renferme tout en Lui et dans le Père.
Mais accédons à ce qui suit : Et dans le Christ Jésus son Fils Unique, notre Seigneur. Comme les empereurs sont appelés d’après les titres de leurs triomphes, et ont conquis de nombreux surnoms par les noms des peuples qu’ils ont subjugués, de la même façon, le Christ est nommé d’après les titres de ses bienfaits. De l’onction, Il est appelé oint, Lui qui, en tant que pieux médecin, répand l’onguent de la divinité sur les membres asséchés des mortels. Et comme le Christ est appelé Oint à cause de l’onction, Il est appelé Jésus à cause de salut, car Il nous a appliqué l’onguent divin pour apporter la certitude du salut aux malades, et l’éternité de la santé aux moribonds. Et dans le Christ Jésus, son fils unique. Même si nombreux sont ceux qui sont fils par la grâce, Un seul l’est par nature. Notre Seigneur. Il a cherché à nous libérer de l’esclavage d’une foule de maîtres cruels et ignobles, et sa victoire ne nous ramène pas à notre condition primitive, mais nous envoie sous bonne garde vers la liberté perpétuelle.
Qui est né du Saint-Esprit. Telle est la façon dont le Christ est né pour toi, afin que devenu homme, Il change pour toi l’ordre de la naissance, et soit pour toi une nouvelle naissance dans la vie, toi chez qui demeurait toujours dans la mort l’antique décadence. Qui est né du Saint-Esprit de la Vierge Marie. L’Esprit engendre, la vierge enfante. C’est une action toute divine : rien là d’humain. L’infirmité n’a pas sa place là où la Vertu se joint à la vertu. Adam a été endormi pour qu’une vierge soit tirée de l’homme. La Vierge est tombée en extase pour que l’homme soit réparé à partir de la Vierge. Qu’est-ce qu’une telle naissance permet à la nature de revendiquer ? Pendant qu’elle voit se renouveler son ordre, elle constate que tous ses droits sont transformés; elle réalise dans l’étonnement que son Auteur est venu dans sa descendance. Les perfides regardent cela avec dédain, mais les croyants y voient un grand sacrement. Qui a été crucifié et enseveli sous Ponce Pilate. Tu entends le nom du juge pour que tu reconnaisses le temps de la passion. Tu entends qu’Il a été crucifié pour que tu reconnaisses, qu’en périssant, Il a nous a restitué le salut que nous avions perdu, et pour que tu voies que la Vie des croyants pend là où la mort des perfides L’avait suspendu. Tu entends dire qu’Il a été enseveli, pour qu’on ne puisse pas mettre en doute la réalité de sa mort. En ceci apparaît la vertu divine : quand la mort est morte par la mort, l’auteur de la mort est tronqué par sa propre épée, le prédateur est attrapé par sa proie, l’enfer est dépecé et englouti par la vie. Le troisième jour, il est ressuscité des morts. Ces trois jours de sépulture le Christ les a passés en voyageant dans trois demeures : l’enfer, la terre et le ciel. Dans le ciel, pour préparer des places pour ses élus, sur la terre, pour réparer ce qu’il y avait à réparer, et dans l’enfer pour apporter la rédemption. En même temps, par ce triple sacrement, Il a révélé aux hommes la grâce de la Trinité donnée pour le salut. Il est monté aux cieux. Il n’est pas monté pour se rapatrier Lui qui demeure toujours dans le ciel, mais pour t’y amener, toi qu’Il a absous quand tu étais vaincu, et t’a arraché de l’enfer. Comprends pour que toi, qui es un homme, tu sois élevé par Dieu, pour que tu obtiennes la stabilité dans les cieux, toi qui étais dissolu et chancelant sur la terre. Il est assis à la droite du Père. Mais le Père n’a rien à sa gauche. Notre profession de foi ne porte pas sur des lieux divins plus ou moins honorables, mais sur le signe de la puissance divine. Dieu ne se déplace pas, la Divinité ne se connaît pas de gauche. D’où Il viendra juger les vivants et les morts. Passe pour les vivants, mais les morts comment pourra-t-Il les juger ? Mais ils vivent ceux que nous comptons au nombre des morts. Croyez donc qu’ils ressusciteront pour être jugés, ceux que l’infidélité estime être anéantis. Pour que ceux qui ont été morts, et sont trouvés vivants, rendent compte eux aussi de leur vie et de leurs actes.
Je crois dans le Saint-Esprit. Après avoir confessé le sacrement de l’incarnation, il te faut confesser la divinité du Saint-Esprit, pour que l’unité harmonisée de la Trinité du Père, du Fils et du Saint-Esprit conserve et garde, dans notre confession, la vérité intégrale de la vertu de foi. La sainte église catholique. Car la tête n’est pas séparée des membres, ni l’époux de l’épouse. Mais par une telle unification réalisée par l’Esprit, Dieu devient un, Il devient toutes choses et est en toutes choses. Donc, celui-là croit en Dieu qui confesse en Dieu la sainte église. Et la rémission des péchés. Il s’accorde à lui-même le pardon celui qui croit que le Christ peut lui remettre ses péchés. La résurrection de la chair. Tu crois correctement si tu crois que Dieu peut te ressusciter de la mort, toi en qui les éléments se renouvellent constamment. Comme le temps vient du temps, le jour de la nuit, de la même façon, la semence vient de la sépulture. Tu ne pourras pas périr tant que ces choses reprennent vie. Il n’est pas difficile à Dieu de faire de toi, parvenu à la vieillesse, ce que tu fais toujours toi-même de la semence. La vie éternelle. Cette foi, ce sacrement ne doit pas être confié à des parchemins, ne doit pas être écrit avec des lettres, car les lettres des parchemins plaident plus éloquemment en faveur de l’accusation que du pardon. En vérité, là où est la grâce de Dieu, le don divin, la foi suffit pour garder le pacte, la noblesse du cœur suffit pour conserver le secret. De cette façon, l’arbitre divin connaîtra ce symbole de salut, ce pacte divin, et le faux témoin l’ignorera. Signez-vous ! Que le Seigneur notre Dieu Lui-même garde vos sens et votre cœur, et dans les choses qu’Il vous prescrit, qu’Il vous vienne en aide et vous assiste !

suivant