58ième sermon de SAINT PIERRE CHRYSOLOGUE
Celui qui cherche la foi ne cherche pas la raison. Celui qui demande les choses divines dépose les choses humaines. Celui qui naît du Dieu Père transcende la nature; et ne doit rien au temps celui qui mérite l’Auteur du temps. Nous constatons que vous voulez que les germes pieux de la foi naissent avant d’avoir été conçus, que vous désirez prendre part au royaume des cieux avant d’avoir éprouvé les douleurs de l’enfantement, que vous aspirez aux joies de la patrie avant d’avoir traversé les souffrances de la maternité. Et vous n’estimez pas être un avortement une naissance que vous jugez naturelle, et que vous attribuez au Christ. L’Apôtre Paul, qui est né adulte par la foi, se proclamait un avorton né avant le temps. Recevez donc la foi par la seule foi. Ne demandez pas que vous soit élucidée la raison de votre foi, puisque cette raison vous vous êtes hâtés de l’enclore dans votre foi. C’est à la foi, mes fils, qu’aujourd’hui la foi de votre Auteur invite, qui remplit la foi de sa promesse avant qu’Il reçoive la foi de votre engagement solennel. Et Il a restitué cela aux choses humaines, comme Il l’avait promis autrefois par cette parole du Prophète : Dilate ta bouche et je l’emplirai. Ce qui signifie : dilate ta bouche en professant ta foi, et je l’emplirai du sacrement de cette confession; je l’enrichirai d’un discours mystique, et je la remplirai de toute l’éloquence des secrets célestes. Et en vérité, mes frères, tout ce que professe l’obéissance de celui qui écoute la parole de Dieu et y donne son assentiment rejaillit sur la grâce du Dieu qui donne et qui enseigne.
Etant sur le point donc de recevoir le symbole, c’est-à-dire le pacte de la vie, les maximes du salut, et un lien indissoluble entre vous et le Dieu de la foi, préparez votre cœur, non un papier lustré, aiguisez votre ouïe non votre plume, et n’écrivez pas avec de l’encre les paroles que vous entendez, mais avec l’aide de l’Esprit. Car le secret céleste éternel ne peut pas être confié à des instruments caducs et corruptibles, mais doit être logé dans l’arche de l’âme, dans la bibliothèque de l’esprit qui est en nous, de peur que ne survienne un juge profane, un indigne raisonneur qui le défigurerait. Ce qui a été donné pour le salut de celui qui croit et qui pratique deviendrait la ruine de l’ignorant et de l’incroyant. Mais au Prophète qui te dit : Dilate ta bouche et je l’emplirai, tu peux répondre : J’ai caché dans mon cœur tes paroles pour que je ne pèche pas contre toi.
Je crois en Dieu le Père tout-puissant. Celui qui a confessé le Père confesse aussi le Fils, parce que sans Fils Il ne peut pas être dit Père. Dieu ne peut recevoir ni augmentation ni agrandissement : le Fils a toujours été parce que le Père a toujours été. Le Fils ne connaît pas de commencement parce que le Père ne connaît pas de fin. L’engendré croît sans que vieillisse l’Engendreur. La substance éternelle et coéternelle du Père et du Fils ne peut pas être pensée dans des catégories humaines, elle relève de la puissance infinie de Dieu. Dans le Christ Jésus son Fils unique, notre Seigneur. Ne va pas t’imaginer que le Christ a été oint d’une huile ordinaire, mais d’une huile sainte qui L’a fait naître du Saint Esprit. Qui est né du Saint-Esprit. Par une telle nativité, l’humanité est consacrée en Dieu, mais une telle dignité ne diminue pas en l’homme la divinité. Qui est né du Saint-Esprit de la Vierge Marie. La virginité a cru en Dieu, car ce n’est que par Dieu que la même femme a pu être vierge et mère. Qui a été crucifié sous Ponce Pilate et enseveli. Il indique le juge pour désigner le temps. Il mentionne qu’Il a été crucifié pour nous présenter la valeur de sa passion. Et ainsi la foi réunit la preuve de la divine vertu et de la vraie résurrection, là où l’impiété conjecture un motif d’ignominie et une occasion d’erreur. Crucifié sur la croix, et élevé bien haut à la vue de tous ses ennemis qui jetaient sur Lui des regards farouches, Il a reçu la mort. Il a subi la sépulture, pour que les impies ne l’accusent pas d’avoir feint la mort afin de tromper tout le monde, et ne nient pas qu’Il a connu la mort pour vaincre la mort. Enseveli, Il est ressuscité le troisième jour. Et si sa passion nous a démonté qu’Il avait la vraie substance de notre chair, la figure de trois jours nous indique qu’Il est ressuscité à la gloire totale de la très sainte Trinité. Il est monté aux cieux. Il n’est pas monté en se transportant, en se déplaçant Lui qui ne s’est jamais éloigné du Ciel. Il s’assoit à la droite du Père. Il ne s’agit pas ici d’un protocole humain, mais d’un rang divin. Ainsi, le Fils s’assoit à droite pour que le Père ne s’assoie pas à gauche.La façon dont Dieu siège lui est particulière et n’a rien de commun avec la nôtre. Le Tout-Puissant ne peut pas avoir près de Lui une gauche sinistre. (la gauche en latin se dit : sinistra) D’où Il viendra juger les vivants et les morts. Que les hommes cessent, que les hérétiques cessent de juger leur Juge ! Qu’ils espèrent le pardon, qu’une telle présomption n’entraîne pas leur condamnation ! Je crois dans le Saint Esprit. Ta confession se parfait dans la confession de la Trinité, quand ta parole confesse fidèlement le Saint Esprit qui avec le Père et le Fils est d’une seule et même substance. Et la sainte église. Car elle est unie au Christ d’une façon telle qu’elle est transférée dans toute la gloire de la divinité. La rémission des péchés. Acquiers par ta foi le pardon, car il est grandement ennemi de lui-même celui qui ne croit pas pouvoir se donner à lui-même ce que promet la bénignité de Celui qui accorde libéralement le pardon. La résurrection de la chair. Crois en la résurrection de la chair, car celui qui n’y croit pas n’a pas foi dans les prédictions, comme celle de l’Apôtre : Si les morts ne ressuscitent pas, le Christ n’est pas ressuscité non plus. Quels sont ceux que Dieu jugera, sur qui règnera-t-Il si la résurrection ne rend pas à la vie, au jugement, ce que la mort a enlevé au monde ? La vie éternelle. Il est évident que la vie éternelle succédera à la mort de la mort.
59ième sermon de Saint Pierre Chrysologue
Vous avez entendu la voix du Père, vous avez entendu la voix de Celui qui appelle. Venez, fils, venez, venez, parce qu’est arrivé le temps de la foi, le jour de la croyance, l’heure de la confession. Venez, vous qui demandez la foi, apportez un cœur sincère, une âme purifiée, une voix honnête, pour qu’une sainte écoute vous permette de saisir ce que vous communique notre parole de salut. La foi vient de l’écoute, l’écoute procède de la parole. Les articles de la foi, le pacte de la grâce, le symbole du salut pénétrez-en le sens en toute simplicité, pour qu’au moment de la confession, vous puissiez non seulement l’écouter mais en témoigner. Car le savoir par cœur c’est le posséder. Celui qui peut redonner le don divin ne l’a pas perdu. Avant de donner la loi Dieu a ordonné que le peuple se lave et lave ses vêtements, qu’il se purifie intégralement de toute contagion charnelle, parce que l’homme ne peut pas approcher de Dieu le corps tout barbouillé, pollué par une crasse mondaine. Si la loi, qui est l’ombre et la figure de la grâce, a raison d’exiger une telle purification, une telle pureté, à ceux qu’est présentée la totalité du sacrement de la divinité, quelle pureté du corps et de l’âme ne faut-il pas ! Purifions donc nos cœurs, mortifions nos corps, ouvrons-nous les yeux, taillons nos sens jusqu’au vif, ouvrons toutes grandes les portes de notre âme. pour que nous puissions entendre, comprendre, retenir, et garder secret dans le plus intime de notre cœur le symbole qui est le pacte de la foi.
Je crois en Dieu le Père tout-puissant. Nous croyons en Dieu si nous rejetons les dieux, si nous renonçons aux idoles, si nous renions le diable et ses anges. Ecoute Israël, est-il dit, le Seigneur ton Dieu est unique. Et de nouveau : Tu n’auras pas d’autres dieux en dehors de Moi. Il aura donc le Dieu vrai, le Dieu unique celui qui n’aura pas d’autres dieux. Nous croyons en Dieu et nous confessons qu’il est Père, pour que nous croyions qu’Il a toujours eu un Fils. Il a eu un Fils sans le concevoir, sans l’ébaucher, un Fils qui n’a pas grandi au cours des années, qui n’est pas inférieur en dignité, qui ne vieillit pas, mais qui demeure, en tant que Fils, pendant toute l’éternité dans le Père éternel. Je suis dans le Père, est-il dit, et le Père en moi. Nous avons entendu parler du Père, croyons aussi dans le Fils qui est né par la vertu divine, d’une façon qui n’est pas humaine, mais divine et mystérieuse, non d’après la raison mondaine, non d’après la loi du siècle, mais par une puissance suprême. Il n’est pas permis de discuter ce qu’il est permis de savoir. Il ne convient pas de disséquer ce qu’il convient de croire. C’est parce que nous pensons que rien n’est impossible à Dieu que nous disons que Dieu est tout-puissant. Et en Jésus-Christ son fils unique notre Seigneur. Il est appelé oint à cause de l’onction, comme il est appelé Sauveur (Jésus) à cause du salut. Parce que l’onction des rois, des prophètes et des prêtres qui autrefois était donnée en figure est répandue dans toute la plénitude de la divinité de l’Esprit sur ce Roi des rois, sur ce Prêtre des prêtres, sur ce Prophète des prophètes. Pour que le royaume et le sacerdoce qu’Il avait envoyés préalablement dans le temps par l’intermédiaire d’autrui, refluent et retournent à leur Auteur éternel. Et Jésus, c’est-à-dire le Sauveur, est correctement appelé salut, parce qu’après avoir donné l’être aux humains, Il a sauvé ceux qui périssaient. Son fils unique. C’est en Lui-même que se trouve son Fils unique, qui est le seul à posséder par nature ce qu’Il donne aux autres par sa grâce. Notre Seigneur. Comme nous l’avons déjà dit, le Seigneur est Dieu. L’unité de la divinité subsiste dans le Christ, car tout ce qui en Lui relève de l’humanité et de la divinité est un seul Dieu. La diversité des substances a disparu dans le Christ là où la chair a commencé à être ce qu’est l’esprit, l’Homme ce qu’est Dieu, et là où notre corps et la divinité sont une seule Majesté. Qui est né du Saint-Esprit de la Vierge Marie. Qu’y a-t-il de terrestre dans une naissance où une vierge est appelée à enfanter sous l’opération du Saint-Esprit ? Qui ne considérera pas divine cette naissance quand celle qui enfante n’éprouve rien d’humain ? La femme portait Dieu dans le temple de sa virginité. Voilà pourquoi elle acquit l’honneur de la maternité, sans perdre la gloire de la virginité. Qui a été crucifié sons Ponce Pilate et a été enseveli. Nous disons le nom du juge pour indiquer le temps de la passion et marquer le caractère historique de l’évènement. Il a été crucifié. Pour que comme la mort était venue du bois, la vie revienne du bois. Et il a été enseveli. Pour remplir toutes les exigences de la mort, pour que la mort meure par la mort, pour que de la semence de ce corps, toutes les semailles des corps humains poussent et lèvent pour une moisson vivante. Le troisième jour Il est ressuscité des morts. Pour que dans les trois jours soit manifesté le don de la Trinité, pour que par ces trois jours, soit sauvée la génération humaine des trois époques : avant la loi, sous la loi, et dans la grâce. Il est monté aux cieux. Non comme y allant, mais comme y retournant, car personne ne monte au ciel si ce n’est celui qui en est descendu. Il est assis à la droite du Père. Mais Il n’a pas le Père à sa gauche. Le trône de la Divinité ne comporte aucune gauche. Il est assis à la droite du Père. Comme étant d’une seule divinité avec le Père. Il est assis à la droite du Père. Pour qu’Il ne soit pas inférieur par le rang ni second en dignité, mais qu’Il règne en commun avec le Père dans l’unité de la divinité et dans l’égalité de la puissance, comme il est écrit : Moi et le Père nous sommes un. D’où Il viendra juger les vivants et les morts. Si nous croyons que le Juge va venir, préparons-nous pour être innocentés par le Juge. Il nie l’existence d’un Juge celui qui ne croit pas qu’Il viendra. Celui qui vit mal montre assez clairement qu’il fait fi du jugement. Il juge les vivants et les morts, les morts i.e. ceux qu’il ressuscite précisément dans le but de les juger.
Je crois dans le Saint-Esprit. Jusqu’à présent, nous avons confessé le mystère de la nativité de Notre-Seigneur, de sa passion, de sa résurrection, de son ascension et de sa venue à la fin du monde. Venons-en maintenant à la confession du Saint-Esprit. Nous croyons du Saint-Esprit ce que nous croyons du Père et du Fils, car nous prêchons dans la Trinité une seule divinité, une seule puissance, une seule gloire. Et la sainte église. Nous croyons aussi dans l’église que le Christ a reçue et confirmée, et nous proclamons sa gloire. La rémission des péchés. Celui qui renaîtra pour devenir un autre homme, qu’aura-t-il encore de la faute antique, du péché atavique ? Celui qui ne croit pas que ses fautes passées lui sont remises n’est pas certain de posséder les biens futurs. La résurrection de la chair. Crois o homme que tu peux ressusciter de la mort, parce qu’avant de vivre tu n’étais rien. Ou pourquoi doutes-tu que tu ressusciteras, lorsque tout ce qui est dans les choses ressuscite à chaque jour sous tes yeux ? Le soleil disparaît et réapparait; le jour est enseveli et revient à la vie. Les mois, les années, les époques, les fruits, les plantes meurent quand ils s’en vont; et quand ils reviennent, il revivent à partir de leur propre mort. Comme l’exemple du perpétuel retour printanier t’enseigne que tu vas ressusciter, à chaque fois que tu d’endors et que tu te réveilles tu meurs et tu ressuscites. La vie éternelle. Amen. Il est forcé que celui qui ressuscite vive éternellement, car s’il ne vivait pas éternellement il ne ressusciterait pas pour la vie mais pour la mort. Signez-vous ! Ce pacte de l’espérance, cette charte du salut, ce symbole de vie, ce garant de la foi que l’esprit le retienne, que la mémoire le conserve, de peur qu’un vil parchemin ne discrédite le don précieux de la divinité; de peur qu’un auditeur indigne et profane n’ait sous ses yeux le secret de Dieu. Si votre charité m’écoutait toujours ainsi en silence, vous pourriez saisir les moindres détails de mon sermon. Que le Seigneur Jésus me donne à moi la confiance voulue pour parler, et à vous, le désir d’entendre !
60 ième sermon de Saint Pierre Chrysologue
Si la supplication spontanée et la foi subite de la Cananéenne a obtenu, avec l’aide du Christ, ce qu’elle demandait, et a extorqué ce qui lui était refusé; si l’eunuque éthiopien a découvert le mystère du bain de vie en marchant sur la route, et s’en est emparé en passant ; si le centurion Corneille est parvenu au Christ avant d’entrer dans le baptême; si le larron a envahi le paradis à l’article de la mort, qui vous déniera à vous aussi la vie que vous recherchez en un court laps de temps ? Recevez donc la foi de la foi. Et pour que vous puissiez savoir le mystère de la foi, trimez dur au fur et à mesure qu’approche le temps. Sur le point d’apporter la loi, Moïse invoque le ciel et la terre. Que demandera le prêtre sur le point de communiquer la grâce ? Lui dit : Regarde au ciel, et je parlerai, et la terre entendra mes paroles de ta bouche. Moi je dirai : Regarde, Dieu, je parle, et que l’homme entende les paroles de ma bouche ! Lui a dit : Que mon discours soit désiré comme la pluie, et que mes paroles descendent comme la rosée. Et moi je dirai : Que ton esprit vienne comme la rosée, et que comme un fleuve ta grâce nous inonde; qu’elle arrive aujourd’hui l’onde céleste du Verbe jaillissant en vie éternelle ! Il a dit : Parce qu’il a invoqué le nom de Dieu, magnifiez notre Dieu ! Et moi je dis : Parce que j’ai invoqué la foi, faites confiance à votre Dieu ! Et parce que les navires de nos corps sont maintenus en bon état grâce au jeûne du Carême, il est nécessaire que nous disions déjà la charte de la foi, le symbole du commerce céleste, pour que la certitude de notre espérance conquière au dépends du monde des gains qui demeurent, sur toutes les plaines liquides, et les flots infidèles du monde. Recevez donc la foi, et attendez-en le résultat ! Car celui dont la foi n’a pas précédé, à l’état de semence, ne trouvera pas dans le fruit ce que promet la foi. Signez-vous ! Le sermon crée l’audition, l’audition conçoit la foi, la foi enfante l’assurance, la certitude nourrit la confession, la confession donne le salut perpétuel. On peut donc dire que ce qui s’est passé dans ma bouche se passe dans votre bouche. Comme la foi s’embrasse elle-même, la confiance s’embrasse elle aussi elle-même. Ainsi, le salut se salut avec le baiser de la confession.
Je crois en Dieu le Père tout-puissant. Cette phrase vous déclare et vous ouvre tout le sacrement de la Trinité. Il dit Dieu, non des dieux, parce que la foi chrétienne croit un seul Dieu dans la Trinité. Elle connaît le Père, elle connaît le Fils, elle connaît le Saint-Esprit, mais elle ne connaît pas des dieux. La divinité est trine en personnes, mais elle est une dans la Trinité. La Trinité est distincte dans les Personnes, mais elle n’est pas divisée par les substances. Dieu est unique, mais dans une trinité, Il est seul mais Il n’est pas solitaire. Ni la divinité ni la trinité ne se divisent, et l’unité n’implique aucune confusion. Voilà ce que croit la foi quand elle dit : Je crois en Dieu. Pour ajouter tout de suite après : Le Père. Celui qui croit que le Père existe confesse le Fils. Que celui qui croit dans le Père et le Fils ne pense pas à l’âge, n’imagine pas des degrés, ne recherche pas de durée temporelle, ne soupçonne pas un fœtus, ne visualise pas un enfantement. Celui qui croit en Dieu confesse des choses divines, non des choses humaines.
Mais dit l’hérétique : comment peut-Il être Père s’Il n’a pas précédé le Fils ? Comment peut-Il être Fils s’il ne vient pas après le Père ? Comment peut-Il engendrer sans donner de commencement ? Comment celui qui est engendré ne reçoit-Il pas un commencement d’être de Celui qui l’engendre ? Voilà ce qu’enseigne la raison, voilà ce que proclame la nature. Tu te trompes, hérétique, c’est la raison humaine qui enseigne cela, mais non la divine. C’est la nature du monde qui est ainsi faite, mais non la nature divine. C’est la fragilité humaine qui est conçue et conçoit, est enfantée et enfante, est engendrée et engendre, qui reçoit un commencement et donne une fin, qui subit la mort, et est refoulée, et qui conserve dans sa descendance tout ce qui appartient à la condition et à la nature humaine. Dieu le Père n’engendre pas dans le temps, parce qu’Il ne connaît pas le temps. Il n’a pas donné de commencement Lui qui ne connaît pas de commencement. Il n’a pas franchi un terme, Lui qui ne connaît pas de fin. Mais Il a engendré son Fils de Lui-même de façon à ce que tout ce qui était en Lui soit et demeure dans le Fils. L’honneur de l’Engendré est l’honneur de l’Engendreur; la perfection de l’Engendré est la substance de l’Engendreur. Toute diminution de l’Engendré se révèle être une injure faite à l’Engendreur. Mais en entendant cela, hérétique, ne va pas dire : Comment est tout cela ? Tu as dit Dieu, tu as cru dans le Père, tu as confessé le Tout-Puissant. Si tu doutes, tu es un menteur. Si tu dis : je crois, pourquoi ne crois-tu pas ? Si tu discutes, si tu penses que c’est impossible, le Tout-Puissant que tu as confessé tu Le rejettes. Mais nous qui confessons que le Père, le Fils et le Saint-Esprit sont d’une seule majesté et d’une seule gloire, passons à la foi dans le Corps du Seigneur.
Et en Jésus-Christ son Fils unique, notre Seigneur. Après que le Fils de Dieu, comme la pluie sur le poil, s’est répandu dans notre chair avec tout l’onguent de sa divinité, le Christ a reçu son mon du mot onguent. Et Il est le seul auteur de ce nom. Cette huile a été répandue et infusée par Dieu de telle façon que l’homme et Dieu soient un seul Dieu. Et le nom de cet onguent s’est appliqué à nous qui portons le nom de chrétiens. Et s’est réalisé ce que l’on chante dans le cantique des cantiques : Ton nom est un onguent répandu. Et en Jésus-Christ son Fils unique. L’un est le nom du sacrement, l’autre du triomphe. Car comme l’oint de Dieu tire son nom de l’onction, quand Il a rendu au monde le salut qui avait été perdu, (en nous sauvant) Il a reçu le nom de Sauveur . Nous avons souvent répété que ce qui se dit Jésus en langue hébraïque se dit sauveur en langue latine. Et en Jésus-Christ son Fils. Le Fils de qui ? De toute évidence, du Père. Donc, quand tu dis : en Jésus, son Fils, tu confesses que Jésus, qui est né de Marie, est Fils de Dieu. Veille à ne plus penser qu’Il fut un homme, mais à o toujours confesser qu’Il est Dieu, selon la parole de l’Apôtre : Et si nous avons connu le Christ selon la chair, nous ne le connaissons plus maintenant ainsi. Unique, notre Seigneur. Ceci convient à l’un et à l’autre, parce qu’Il est l’unique du Père et notre unique Seigneur. D’autres ont reçu par la grâce d’être fils et seigneur; seul le Christ a et possède d’être Fils et Seigneur par nature. Qui est né du Saint-Esprit de la vierge Marie. D’après l’Evangéliste, ce qui est né en elle est né du Saint-Esprit. Puisque l’Esprit est Dieu, que l’hérétique confesse que c’est Dieu qui est né d’une chair vierge. Et le mystère céleste, l’enfantement de la virginité, qu’il ne le ravale pas aux songeries du monde, qu’il ne lui fasse pas l’injure de le ramener à la fragilité terrestre. Qui a été crucifié sous Ponce Pilate et a été enseveli. Tu entends le nom du juge pour connaître le temps de la passion. Tu entends qu’Il a été crucifié, pour que l’ignominie de sa mort te fasse sentir la grandeur de sa charité, et que tu saches que la mort qui est venue par le bois a été mise à mort par le bois; et que tu croies que de plus grandes choses te sont rendues par l’arbre du Paradis que celles que tu regrettais avoir perdues par l’arbre du paradis. Tu dis qu’Il a été enseveli, pour que la profession de la sépulture démontre non une apparence mais la réalité de la chair et de la mort du Christ . Pour qu’elle prouve qu’Il a reçu la mort pour la vaincre, pour entrer dans les enfers et en ressortir; qu’Il est venu là où le Tartare exerce sa justice pour abolir les droits du Tartare. Cela n’est pas de la fragilité, mais de la puissance. Tu confesseras qu’Il est ressuscité le troisième jour, pour que tu comprennes que la résurrection du Christ a été la victoire de toute la Trinité. Tu dis qu’Il est monté au ciel, pour que tu Le croies le Seigneur du ciel, pour que tu confesses qu’Il est retourné d’où Il venait. Parce qu’après avoir vaincu le démon, terrassé la mort, libéré le monde, le Christ que l’on croyait vaincu sur la terre triomphe au plus haut des cieux. Tu proclames qu’Il est assis à la droite du Père. Pour que la déité du Père et du Fils étant une, égale leur puissance, il n’y ait pas sur le trône céleste l’injure d’un siège à gauche. D’où Il viendra juger les vivants et les morts. Parce qu’à l’arrivée du Christ, les morts ressusciteront, les vivants se tiendront debout pour qu’ils rendent également compte de leurs actions.
Et parce que nous avons déjà dit le sacrement du corps du Christ, passons à la confession de la divinité du Saint-Esprit. Je crois en l’Esprit Saint, que le Prophète célèbre comme le coopérateur du Père et du Fils : Les cieux ont été affermis par la parole de Dieu, et par l’Esprit de sa bouche, toute leur vertu. C’est le Dieu entier, c’est la totalité du pouvoir de Dieu que l’on prouve être le Créateur de toutes les vertus célestes. Nous croyons en la sainte Eglise. Le Christ l’a reçue en Lui de telle manière qu’il l’a rendue participante de sa divinité. Nous croyons en la rémission des péchés. Car celui qui par le Christ et l’Eglise naîtra à une nouvelle humanité n’aura plus rien du péché antique. Nous croyons à la résurrection de la chair. Nous croyons que le Christ a souffert, est mort et est ressuscité pour que nous ressuscitions des morts. Elle ressuscitera, elle ressuscitera la chair, telle que nous sommes nous-mêmes, pour que l’on puisse reconnaître les personnes, pour que le martyr aussi retire de la joie de la peine que lui a infligée son persécuteur, et que le persécuteur trouve son supplice dans les honneurs rendus au martyr. Nous croyons en la vie éternelle. Parce qu’après la résurrection, ce ne sera pas la fin des biens et des maux. Signez-vous ! La foi que nous croyons et que nous enseignons ne la confions pas à une plume mais au Saint-Esprit, non à un parchemin mais à notre cœur. Déposons-la dans notre mémoire, non dans un livre, pour que les choses humaines ne violent pas le don divin, pour qu’un profane ne s’arroge pas le droit de juger un secret céleste, afin que ce qui conduit les croyants à la vie ne mène pas les perfides à leur perdition. Le soleil n’apporte pas de lumière aux yeux chassieux, mais de l’obscurité. Le vin ne répare pas les forces de ceux qui ont la fièvre, il les énerve. Sans médecin, un remède qui devait donner la vie procure la mort. De la même façon, le sacrement de la foi sans la foi est dommageable à l’âme des perfides. Comme le dit l’Apôtre : La foi est reçue de l’audition et l’audition de la parole. Et la charte de la vie, le pacte de la foi ne sont pas imprimés sur des sens qui vont mourir mais qui sont vivaces..
61ième sermon de SAINT PIERRE CHRYSOLOGUE
Si la conversion subite et imprévue de saint Paul n’était pas pour moi matière à consolation, j’aurais de la difficulté à croire que vous puissiez passer si facilement de la souillure terrestre à la gloire céleste. Car une confession subite a fait d’un persécuteur un apôtre, et a donné à l’Eglise un docteur insigne, lui qui, écumant de rage à l’énoncé du mot chrétien, dévastait l’église avant de la défendre Ne m’encourage pas moins l’exemple de cet eunuque que la foi a ravi pour le mener à la grâce, avant que son char le ramène chez lui en Inde. S’est produit aussi ce témoignage étonnant du larron qui s’est emparé du paradis quand il était suspendu pour expier ses vols à main armée. Pour préparer, mes fils, le jour de votre régénération, nous ne pouvons pas dire ce qui est nécessaire, et vous ne pouvez pas écouter ce qu’il faut entendre. Mais confiant la foi à foi, nous transmettons brièvement ce que nous ne pouvons pas commenter plus longuement. Car comment pouvez-vous connaître le sacrement du symbole que nous vous présentons quand vous pouvez à peine le retenir de mémoire ? Nous ne vous donnons que ce seul avertissement : que personne ne consigne par écrit ce qui doit être confié au cœur, pour stimuler la foi. On croit avec le cœur en vue de la justice, la confession orale se fait en vue du salut. Sur le point d’entendre le contenu de la foi, la norme de la croyance, l’ordre dans lequel se fait la confession, disposez à la fois votre corps et votre cœur à écouter. Comme une source au faible débit s’élargit par l’afflux convergeant de plusieurs rivières, de la même façon la foi, depuis la brièveté d’un sermon sur le symbole, élargit considérablement les chemins de la croyance. Et comme une racine fixée en profondeur fait monter la sève jusqu’aux bourgeons, de la même façon la foi qui est enracinée dans le cœur s’élève jusqu’au sommet de la croyance. Expurgez donc de vos cœurs la fange de la perfidie, pour que s’écoule de façon uniforme la pureté des flots de votre foi. Eradiquez à fond les orties et les épines de l’incrédulité pour que croissent en hauteur les robustes plantes de votre croyance. Et parce qu’au témoignage de l’Apôtre, on croit avec le cœur en vue de la justice, et la confession orale se fait en vue du salut, confessez maintenant de vive voix ce que vous croyez déjà dans le cœur.
Je crois en Dieu le Père tout puissant. Celui qui croit en Dieu ne présume pas mener une discussion sur Dieu. Il suffit de savoir que Dieu existe. Celui qui demande : d’où est-Il, combien y a-t-il de dieux, qui est Dieu, celui-là ne Le connaît pas. Le soleil enténèbre un regard téméraire, enténèbre de la même façon une approche de la divinité qui est interdite.. Celui qui veut voir Dieu doit apprendre à garder la mesure dans son regard. Celui qui veut connaître son Dieu qu’il ignore les dieux des nations. Celui qui parle des dieux nie Dieu. La vraie liberté consiste à ne servir qu’un seul Dieu; le service de plusieurs dieux est de l’esclavage. Celui que tu confesses comme Dieu crois qu’Il est Père, pour que croyant dans le Père, tu apprennes qu’un Fils existe, et pour qu’en disant fils, tu apprennes qu’Il a été engendré par le Père. Sachant qu’Il a été engendré par le Père, tu ne chercheras pas à savoir comment Il a été engendré, car tu as dit : Je crois en Dieu le Père tout-puissant. Celui qui est tout puissant peut tout, et s’Il peut tout, qui osera nier qu’Il a toujours son Fils en Lui, de Lui et avec Lui ? La génération de Dieu n’a pas de commencement. L’Engendré ne connaît pas de fin, n’admet pas la mort, dans la mesure où Il persiste toujours à demeurer dans l’Engendreur, au dire même du Seigneur : Je suis dans le Père et le Père est en moi. Le Père et moi nous sommes un. Tu as confessé le Père, tu as confessée le Fils, tu as confessé le mystère caché de la divinité, le sacrement de l’incarnation du Seigneur.
Et en Jésus-Christ son Fils unique. Il est appelé Christ à cause de l’onguent céleste, car Il est rempli de toute la plénitude de la divinité. Le nom de Jésus vient de salut, nom que confesse à genoux, tête penchée, en tremblant, tout ce qui est au ciel et en enfer. Et en Jésus-Christ son fils unique, notre Seigneur. Comme dans le Père et dans le Fils il n’y a qu’une seule divinité, il n’y a qu’une seule puissance. Qui est né du Saint Esprit de la vierge Marie. Le Saint-Esprit et la vierge ne forment pas un couple terrestre, c’est un secret céleste. C’est pour cela que ce qui nait est divin. Il faut donc confesser ce qui est né, et taire le comment de la naissance, car ce qui est secret ne peut pas être connu, ce qui est scellé ne peut pas être ouvert, ce qui est unique ne peut pas être connu par des choses semblables. Qui a été crucifié sous Ponce Pilate et enseveli. Tu entends le nom du juge pour ne pas ignorer le temps. Tu entends dire qu’Il a été crucifié afin que te soit connue la valeur de sa mort, et que tu comprennes quelle épée de Damoclès était suspendue sur ta tête, pour qu’Il accepte pour toi l’ignominie d’une telle mort. Tu as entendu dire qu’Il a été enseveli, pour que tu saches que sa mort n’était pas une affabulation, mais une vraie mort. Ne pas vouloir mourir provient de la peur humaine, ressusciter des morts vient de la vertu divine. Nous ne sommes pas vexés quand nous entendons dire qu’Il est mort, parce que la gloire de la résurrection occulte l’injure de la mort. Il est ressuscité le troisième jour. La mort vient de l’humanité, la résurrection de la Trinité. Il est monté aux cieux. Amenant l’homme là où Il a toujours demeuré. Il est assis à la droite du Père. Il s’assied à droite parce que la déité n’a pas de gauche. D’où Il viendra juger les vivants et les morts. Il jugera les vivants et les morts parce qu’ils ressusciteront pour être jugés ceux qui pensent ne plus exister après la mort, ceux que la gentilité estimait avoir péri avec le monde.
Je crois dans le Saint-Esprit. Pour que tu croies et comprennes que dans le Père, le Fils et le Saint-Esprit, il n’y a qu’une seule divinité. Je crois en la sainte Eglise. Pour que tu confesses que l’Eglise est l’épouse du Christ qui demeurera perpétuellement en compagnie du Christ. Je crois en la rémission des péchés, en la résurrection de la chair. Celui qui ne croit pas dans la rémission des péchés, qui ne croit pas dans la résurrection de la chair, s’interdit à lui-même le pardon, se soustrait à la vie. Ce que vous avez entendu et ce que vous croyez, ce que vous avez confessé, que le cœur le conserve, que la mémoire le retienne, que le parchemin l’ignore, que le scribe n’en sache rien, de peur que le sacrement de la foi ne soit crié sur tous les toits, de peur que le mystère caché de la foi ne dérive vers un infidèle. Que le Dieu qui, par la foi, vous a donné d’entendre le sacrement de la foi et d’y croire, vous fasse Lui-même parvenir au salut éternel !