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13ème Sermon de Saint Pierre Chrysologue
Voici le temps où le soldat retourne au camp et a recours aux jeûnes de Dieu. Voici le temps où le désoeuvrement de la chair, l’apathie de l’esprit, les soucis du ventre, et tout l’engourdissement du farniente militaire doivent être mis de côté. Voici le temps où il faut exercer les forces de l’âme et du corps dans la méditation des armes célestes. Voici le temps où en présence du Christ, sous la protection des anges, il faut éprouver notre force dans la lutte. Maintenant est le temps où, en vue de la récompense accordée par le Christ, la gourmandise est crucifiée avec le jeûne, l’abstinence avec les nausées de l’ivresse, la chasteté avec la luxure, la perfidie avec la foi, la piété avec l’impiété, la patience avec la frénésie, la cupidité avec la libéralité, la miséricorde avec l’avarice, l’humilité avec l’orgueil, la sainteté avec la culpabilité. Si quelqu’un donc, sous le regard de Dieu, à l’appel de la trompette céleste qui déjà retentit, alors que les anges se pressent à sa rencontre, abêti par les charmes de la couche nuptiale, énervé par la douceur des dattes, amolli par les caresses conjugales, néglige de venir aux exercices de la vertu, il perd la récompense de la lutte, la gloire de la vertu, la palme du combat, la couronne de la justice, et il sera marqué au fer rouge du crime de déserteur.
Aujourd’hui, mes frères, le Christ notre Roi, de sa tribune évangélique, a harangué ses soldats qui militent avec Lui, Il a déclaré la guerre aux ennemis, a promis des récompenses aux combattants, a réfuté les motifs de guerre allégués, a mis à découvert les ruses et les artifices de l’ennemi. Il a fixé le lieu, le temps et la façon d’une stratégie victorieuse qui transpercerait l’ennemi. Et bien qu’à Lui seul, Il puisse obtenir la victoire, à cause de nous et de notre pusillanimité, Il a ordonné que soient à notre disposition tous les secours des forces célestes. Celui donc qui n’a pas voulu écouter cela, qui a refusé avec mépris de connaître les statuts si grands et si nombreux de notre Roi, jugez par vous-mêmes s’il ne s’est pas exclu des sacrements de notre milice, et s’il ne s’est pas soustrait à la camaraderie céleste, et n’est pas devenu un banni.
Mais vous, mes frères, qui voulez, en ce jeûne du carême, reproduire le jeûne du Seigneur, vous aurez à lutter, comme nous l’avons déjà dit, contre les escadrons des vices, contre le fer tranchant des crimes, contre le charme nébuleux des concupiscences, contre les légions innombrables des démons qui sont dans les airs et qui sont partout répandus. Vous aurez même à triompher des tentations qui suivent le jeûne du Seigneur, comme pour le mettre à l’épreuve. Car quand le Seigneur est sorti du jeûne de quarante jours qu’il avait donné comme un témoignage irrécusable de sa puissance, le démon s’est empressé d’accourir avec ses ruses, car il ne se sentait pas de taille d’affronter un athlète en train de jeûner. Autant il l’emporte sur ceux qui s’adonnent aux orgies et aux beuveries, autant il redoute ceux qui prient et qui jeûnent, au dire même du Seigneur : Ce genre de démon ne se chasse que par la prière et le jeûne. Mais par quelle fourberie il a osé tenter le Christ, écoutons : Si tu es le Fils de Dieu, dis à ces pierres de se changer en pains. Vous avez entendu ce que lui-même pense des jeûnes, et quel jugement il porte sur eux. Si tu es le Fils de Dieu. Vous voyez qu’il ne le considère pas comme un homme mais comme un fils de Dieu celui qui est affranchi de l’esclavage du ventre. Il a compris, il a très bien compris qu’il devait attaquer le jeûne de toutes ses forces en priorité. Il avait vu Jean Baptiste échanger les délices des villes pour un ermitage dans une caverne repoussante, fouler aux pieds la mollesse de la chair par l’âpreté d’une mélote, mâter la luxure avec des aliments frustres, et, ce qui n’appartient qu’à Dieu seul, remettre les péchés aux hommes. Et pourtant, il ne lui dit pas : si tu es le Fils de Dieu. Mais quand il vit le Seigneur jeûner sans interruption, il proclama : si tu es le Fils de Dieu. Il se fourvoie, le démon, quand il lance contre le Seigneur le javelot de ses malices et de ses astuces. Si tu es le Fils de Dieu, dis à ces pierres de se changer en pains. Pourquoi cherche-t-il des signes de la divinité du Christ jeûneur dans la seule transformation de la pierre en pain ? Et celui qu’il avait pressenti être Fils de Dieu à la vue de la durée ininterrompue de son jeûne, chercherait à le tenter par le désir de posséder du pain, pas le désir de faire bombance ? Si tu es Fils de Dieu, dis à ces pierres de se changer en pains. Pourquoi ne dit-Il pas : si tu es Fils de Dieu, dis que ces pierres deviennent des hommes, des anges, ou quelque chose du genre, mais dis que ces pierres deviennent des pains ? Il demande le signe du pain celui qui redoute le signe du jeûne. Il demande le signe du pain pour déguerpir devant le signe du jeûne, pour lui si redoutable. Le mauvais conseiller ingère le pain pour faire décamper la vertu, pour rompre la décision de jeûner.
Mais voyons donc ce que répond au sujet du pain le Pain qui descend du ciel : L’homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu. Comme elle vit vraiment de la parole de Dieu la Parole de Dieu ! Comme il est vrai que le Pain n’a pas besoin de pain ! Avec quelle grandeur divine Il change les pains en hommes, Lui qui peut tirer des pierres des fils d’Abraham, selon le bon plaisir de sa Majesté .
Et parce que l’ennemi impudent ne se contente pas d’être une fois vaincu, il est destiné aux nombreuses marches triomphales du vainqueur. Il transporta le Seigneur sur le pinacle du temple, et lui dit : si tu es le Fils de Dieu, jette-toi en bas ! O signe, o miracle ! Se jeter en bas ! Il aurait dit avec plus de vraisemblance : si tu es le Fils de Dieu, envole-toi vers le ciel, puisque c’est le propre de l’homme de descendre dans l’abîme, mais celui de Dieu de s’élever dans les hauteurs. Si tu es fils de Dieu, jette-toi en bas ! C’est de cette façon qu’il persuade les siens, c’est ainsi qu’il se comporte toujours envers eux. C’est ainsi qu’il élève les siens, pour, des hauteurs, les précipiter plus vigoureusement dans les décombres. Si tu es le fils de Dieu, jette-toi par terre. Le diable se trahit par ses conseils. Jette-toi par terre. C’est la chute qui demande, le précipice qui commande, et, avec une telle stratégie, il fait des martyrs sans cri de guerre, en disant : si tu veux être un martyr, jette-toi en bas, pour les pousser vers la mort de haut en bas, non pour prendre l’humble par terre et l’élever jusqu’à la couronne. Et comme le diable se trahit dans ses conseils, de la même façon, le Seigneur se révèle dans sa réponse, en disant : Tu ne tenteras pas le Seigneur ton Dieu. Il a certainement voulu qu’on comprenne qu’ Il est le Seigneur, qu’Il est Dieu, en disant cela, Lui qui ne s’est pas seulement donné à la terre depuis le pinacle du temple, mais qui s’est jeté des cieux jusqu’aux enfers, pour ne pas être la figure de ceux qui tombent, mais la résurrection des morts. Pensez donc, mes frères, s’il pourrait l’ennemi cruel, même s’il a été plusieurs fois vaincu, céder à l’homme, lui qui entend et reconnaît le Seigneur Dieu et qui, malgré tout, ne cesse pas de tenter. Il le posa sur une montagne élevée et lui montra tous les royaumes du monde, et leur gloire, et il lui dit : tout cela je te le donnerai, si tu te prosternes pour m’adorer. Celui qui parle ce n’est pas un mécène, mais un fumiste, quelqu’un qui est incapable d’accorder ce qu’il a promis, qui n’est bon qu’à retirer les promesses déjà faites. Je te donnerai tout cela. Il offre à Dieu ce qui appartient à Dieu. Il promet à son Auteur ce qui relève de son Auteur. Il persuade de l’adorer Celui à qui est due l’adoration de tous, et, aveuglé qu’il est par ses audaces, il confesse avant le jour du jugement, comment il s’y prenait pour duper les simples. A qui le Seigneur a répondu non tant par une citation biblique que par l’autorité de sa divinité : Tu adoreras le Seigneur ton Dieu, toi, le Seigneur Dieu devant qui fléchissent les genoux non seulement ceux qui sont sur la terre et dans le ciel, mais même dans les enfers. Tu adoreras donc dans les enfers, en grinçant des dents et en hurlant, celui que, en tant que téméraire déserteur, tu viens tout juste d’ inviter à t’adorer.
Ainsi donc, après avoir été repoussé dans de fois et si magnifiquement par le Seigneur, le démon vient sur nous, les serviteurs du Christ, décharger sas rage. Comme le Christ s’est comporté envers ses soldats, le démon les harangue lui aussi, du haut de sa tribune, et arme ses ministres. Le diable leur dit : les temps chrétiens, par l’observation du jeûne, nous livrent une terrible guerre. Par la gourmandise, par les orgies, par l’ivresse, par la luxure, nous ne pouvons plus porter atteinte aux hommes. Provoquez des conflits, semez des discordes, suscitez des haines, soulevez les colères, induisez-les à mentir, extorquez des parjures, suggérez des blasphèmes, donnez le goût des vanités, inspirez des fourberies, réduisez-les à l’avarice, fournissez-leur des profits déshonnêtes, pour que ce que le ventre n’aura pas dépensé pour la débauche, le petit sac l’enferme ou soit employé pour leur condamnation. Veillez surtout à ce que la miséricorde, l’aumône, la bienveillance ne sabotent pas nos efforts passés, n’annulent pas ceux d’aujourd’hui, ni ne compromettent ceux de demain. Mais nous, mes frères, prenant au sérieux les avertissements de notre Roi, et ceux qu’Il a fait entendre aux démons, poursuivons notre jeûne sans disputes, sans récrimination, sans colère, sans feinte, sans dissimulation, en toute charité, miséricorde et piété, pour que le Seigneur Christ, après avoir dispersé à tout vent les victimes sanglantes des animaux, et avoir exigé le sacrifice d’un cœur contrit et repentant, accueille, une fois apaisé et rendu à nous propice, les hosties de notre jeûne, dans le silence de la paix.


14ème Sermon de Saint Pierre Chrysologue
Pour les vétérans aguerris, la trompette évoque la discipline, pour les nouvelles recrues, elle ne fait qu’émettre un bruit qui sème la terreur, de sorte que la maîtresse des guerres donne du courage aux siens, et répand la peur aux ennemis. Celui qui guerroie sans trompette n’est pas un soldat. Il est emporté par la rage, non par l’ardeur militaire; c’est la vue du péril qui le met en branle, non la vertu militaire. Il cherche le trépas plutôt que la victoire. Nous disons cela pour que le soldat du Christ comprenne pourquoi on nous fait don de chants célestes. Etablis dans le camp du monde, nous menons la lutte avec le démon et avec nos vices. Donc, à chaque fois que retentit le son d’un psaume d’un prophète, il nous met sur nos gardes en temps de paix, nous donne du courage au milieu de l’armée, et nous rend invincibles dans le combat.
Car, aujourd’hui, le bienheureux psalmiste nous convoque à une compréhension surnaturelle par le chant : Bienheureux celui qui comprend ce qu’est l’indigent, ce qu’est le pauvre . De quelle compréhension s’agit-il ? Et où est la pauvreté dont on parle ? La compréhension est plutôt de la violence si elle perfore pour fouiller les viscères, si elle s’empare de ce qui est caché, si elle dénude ce qui est recouvert. Etaler ces choses au grand jour, les exposer au public, les divulguer ce n’est pas de la compréhension mais de la curiosité malsaine, du sensationalisme. Glacé par la nudité, réduit en putréfaction par la faim, asséché par la soif, fiévreux à force d’épuisement, rendu livide par le manque de tout, comment comprendre l’indigent ? Quel labeur ? Et s’il n’y a pas d’effort pénible à faire pour comprendre, où est le mérite de la compréhension ? Prions, mes frères, pour que Dieu Lui-même nous accorde la grâce de comprendre ce qu’il y a à comprendre, Lui qui démontre par là devoir être compris dans le pauvre. Que Celui qui a recouvert le ciel est nu dans le pauvre, que la Satiété a faim dans l’affamé, que la Fontaine des fontaines a soif dans l’assoiffé, comprendre cela n’est-ce pas une grande chose ? Comment ne serait-il pas beau de comprendre que la pauvreté la plus extrême est le lot de Celui qui est à l’étroit dans le ciel, que Celui qui enrichit le monde manque de tout dans celui qui est privé de tout, que Celui qui donne à tous mendie une croute de pain et un verre d’eau, que par amour pour le pauvre, Dieu se dépossède au point de non seulement aller vers le pauvre, mais de devenir le pauvre. Celui-là voit à qui Dieu a donné des yeux pour voir cela . Mais comment a-t-Il bien pu se métamorphoser en pauvre, ou comment s’est-Il fusionné dans le pauvre ? Qu’Il nous le dise Lui-même : J’avais faim, et tu m’as donné à manger. Il ne dit pas : le pauvre a eu faim, et tu lui as donné à manger, mais J’ai eu faim, moi, et tu m’as donné à manger. Il proclame que le pauvre a reçu ce qui a été donné à Lui, qu’Il a mangé ce qu’à consommé le pauvre. Il témoigne que Lui a été infusé ce que le pauvre a bu. O, que ne fait pas l’amour du pauvre ! Ce qui fait rougir de honte le pauvre sur la terre est un sujet de gloire pour Dieu au ciel, et Il compte comme des marques d’honneur les injures adressées au pauvre. De telles paroles nous coupent le souffle . Vous m’avez donné à manger, vous m’avez donné à boire. Mais il dit d’abord : j’ai eu faim, j’ai eu soif. Car il aurait été bien petit son amour du pauvre, qui lui faisait accueillir le pauvre, s’il n’avait accueilli aussi les souffrances du pauvre. Le véritable amour est d’avoir fait siennes les angoisses de l’angoissé. Que la pitance du pauvre ait de la saveur pour Dieu, c’est déjà inouï, Lui qui n’a aucune envie de goûter aux meilleurs mets de toute la terre. Qu’il ait été engraissé comme un veau gras pour devenir une nourriture pour le pauvre, Lui-même le prophétise dans le royaume du ciel, devant tous les anges, en présence de tous les ressuscités. Qu’Abel ait souffert, que Noé ait sauvé le monde, qu’Abraham ait grandi par la foi, que Moïse ait donné la loi, que Pierre ait été crucifié la tête en bas, Dieu passe tout cela sous silence. Il n’insiste que sur une seule chose : avoir nourri le pauvre. Au ciel, la première place est occupée par l’aumône faite à l’affamé. Dieu règle d’abord au ciel la question de l’impôt à payer aux pauvres. La distribution des richesses aux pauvres est première à l’ordre du jour. On lit qu’à chaque fois qu’est proclamé bienheureux quelqu’un dans le ciel, c’est en considération de ce qu’il a fait au pauvre.
Mais écoutons aussi le fruit de cette béatitude : Dieu le libérera au jour mauvais. Celui qui s’est engagé à vivre au milieu des périls du monde, qu’il apporte toujours avec lui l’aumône, pour qu’elle vienne à sa rescousse; qu’il appelle à son aide les escadrons des pauvres; que le généreux donateur multiplie la nourriture des pauvres; qu’il fréquente les taudis des pauvres, qu’il n’hésite pas à prodiguer ses biens. Celui qui accepte en se contentant de peu ne saurait faire défaut à celui à qui il a tendu la main. Il ne peut pas voir épuiser ses trésors celui qui a de l’argent à satiété. Dieu le libérera au jour mauvais. Aux jours mauvais, Dieu assistera en libérateur celui qui a libéré le pauvre de ses maux. Il entendra quand il criera dans l’angoisse, celui qui a entendu le pauvre quand il criait. Il ne verra pas le jour mauvais celui qui a fait connaître au pauvre des jours heureux. Il verra le jour mauvais celui qui est entré au jour du jugement sans dévotion à la pauvreté. Les péchés accusent sans raison celui que le pauvre excuse. On ne pourra pas trouver d’excuse à celui que la faim du pauvre accusera.
Que le Seigneur le conserve et le vivifie. Il ne dit pas : Il le conserve et le vivifie, mais Il dit : qu’Il le conserve et le vivifie. Il n’emploie pas l’indicatif, qui est le mode du réel, mais le subjonctif qui est celui des désirs, des souhaits et des demandes. Celui qui a entendu la supplication d’un indigent a entendu par le fait même l’Eglise adresser des supplications pour elle-même par toute la terre : Que le Seigneur le conserve et le vivifie. Qu’Il le conserve pour qu’il ne soit pas traîné au supplice. Qu’Il le vivifie pour qu’Il le ressuscite des morts et le reçoive à la vie. Et qu’Il ne le livre pas entre les mains de l’ennemi. De quel ennemi s’agit-il ? De nul autre que du démon. Il est le prince des inimitiés. Il n’a que du mépris pour les ennemis celui qui a foulé aux pieds l’auteur lui-même des inimitiés. Que le Seigneur lui vienne en aide sur son lit de douleurs ! Le prophète passe en revue toutes les misères de la fragilité humaine. Que le Seigneur lui vienne en aide sur son lit de douleurs. Quel est le lit de notre douleur si ce n’est notre propre corps, là où, dolente, l’âme gît et se désole, elle qui, désirant retourner au ciel, est oppressée par la glaise du corps. Tu as tourné et retourné sa couche en tous sens dans son infirmité. Dieu ne vient border, le soir, ni le juste ni l’injuste. Mais Dieu change les couvertures du lit de l’infirme. C’est donc la chair qui modifie et qui est modifiée. C’est donc le corps qui est roulé par terre par les adversités. Dieu retourne notre couche quand il change pour nous l’adversité en prospérité. Et parce que dans le lit de la douleur, i.e. dans le lit du corps, l’âme malade roule par terre, c’est celle-là même qui roule par terre qui s’exclame : Moi j’ai dit : Seigneur, aie pitié de moi. Guéris mon âme, car j’ai péché contre toi. Celui qui, par le consentement donné à la chair, sent avoir contracté une langueur spirituelle qu’il supplie pour que son âme soit assainie. C’est en toute confiance qu’il demande la miséricorde celui qui a été miséricordieux envers le pauvre. Bienheureux est-il celui qui prête à intérêt aux pauvres, car il se prépare ainsi un juge qui sera son débiteur.


15ème Sermon de Saint Pierre Chrysologue
Vous allez entendre aujourd’hui, mes frères, comment un centurion de la cohorte romaine est devenu un chef de la milice chrétienne. Il l’a bien mérité, car il a commencé à enseigner avant de croire. Jésus, est-il dit, vint à Capharnaüm, et un centurion s’approcha de Lui en Le suppliant : Seigneur, dit-il, mon enfant gît dans ma maison, atteint de paralysie et souffrant atrocement. Et Jésus lui dit : Je viendrai le guérir. Seigneur, répondit le centurion, je ne mérite pas que tu entres sous mon toit, mais dis seulement une parole,, et mon enfant sera guéri. Car moi qui ne suis qu’un subalterne, j’ai sous moi des soldats, et je dis à l’un : va, et il va, et à un autre : viens et il vient, et à mon serviteur, fais cela et il le fait. Vous voyez que le centurion a rempli le rôle du maître avant d’être astreint aux devoirs du disciple. Il montre la façon de demander, il donne la norme de la foi. Il expose les raisons de croire, il présente un exemple des vertus, lui qui n’est pas encore inscrit à la discipline de l’école chrétienne. Un centurion s’approcha de Lui en Le suppliant. Il s’approche pour savourer plus que pour demander. Mon enfant gît dans ma maison. Il prend les intérêts de l’enfant, comme s’adressant à un maître.. Vraiment, le centurion a échangé le capital des richesses terrestres pour des intérêts de cent pour cent au ciel, et il a élevé le service de la milice séculière à une divine dignité. Seigneur, mon enfant gît dans ma maison. En l’appelant maître, il confesse loyalement sa servitude. Et comment ce centurion qui reconnaît le Seigneur, ose-t-il proclamer que l’enfant malade est son fils, comme s’il ne savait pas que le pécule de l’esclave est la propriété du maître ? Ignore-t-il les choses les plus élémentaires celui qui connaît des choses si secrètes et si profondes ? Mon enfant. Il dit qu’il est sien parce qu’il gît paralysé. S’il était ton enfant, Seigneur, il ne serait pas ainsi. Le Prophète nous en apporte la preuve quand il dit : Maintenant, bénissez le Seigneur, tous les serviteurs du Seigneur, qui demeurez dans la maison du Seigneur. Vous qui demeurez, dit-il, non vous qui gisez. Tes serviteurs se tiennent debout, les serviteurs des hommes gisent sur un grabat. Que mon fils qui gît paralysé se redresse pour devenir ton serviteur. Il est à moi parce qu’il est paralysé, qu’il soit guéri pour être à toi. Il est mien parce que la maladie le torture, qu’il devienne tien pour qu’il ne souffre plus. Seigneur, à tes serviteurs, il ne convient pas d’être assujetti aux maux. La peine de tes serviteurs est une injustice commise envers Toi-même. La voie des maux ne doit pas posséder tes serviteurs. Quand tes serviteurs éprouvent des souffrances, ils ne les subissent pas comme une punition, mais ils les supportent comme une couronne. Les adversités qu’ils rencontrent ne sont pas le résultat d’une accusation, mais sont la cause d’une victoire. Ce sont des esclaves les hommes qui subissent des maux malgré eux, car ils ne peuvent subvenir à la situation désespérée de leur maître. Mais toi, Seigneur, qui as les vertus à ton service, à qui obéissent les guérisons, à qui obtempèrent les santés, comment réputeras-tu ton serviteur celui que tu aperçois être l’esclave de tant de maladies ? Ta bonté est louée par les maux; même les impies confessent ta piété. Ceux du dehors proclament ta miséricorde. Dirais-je qu’il est tien le paralytique que ta bénignité ne réclame pas ?
Il gît dans ma maison, et souffre atrocement. D’où vient que la grandeur de sa souffrance ne permet pas de l’offrir, de Te l’offrir, de peur que, étalée au grand jour, l’infirmité, qui n’est connue que par la famille soit une cause de peine et de honte. Le centurion, en discourant, agite d’aussi vastes et d’aussi nombreuses questions. Et il plaide au point d’obtenir que le Seigneur du ciel Lui-même veuille bien se diriger vers son fils. Je viendrai le guérir, dit-Il. Frères, ce n’est pas le centurion qui a amené l’Auteur de la piété à la piété. Il n’a pas non plus contraint le Christ à aller à ce pourquoi Il était venu. Mais le centurion apprend mieux à sentir, à goûter pourquoi le Christ est venu en serviteur vers le serviteur. Bien entendu, il est venu pour relever ceux qui gisent par terre, pour rappeler ceux qui avaient été expulsés par la force, pour libérer ceux qui portent des entraves. Lui, qui est chargé du transport, portera lui-même sur son dos, dans sa grande clémence, ceux que personne ne pourrait ni mettre en vente ni acheter. Mais écoutons la réponse que va faire le centurion : Seigneur, dit-il, je ne suis pas digne que tu entres sous mon toit. La réponse a indiqué ce à quoi était tenue l’humilité. Et que Jésus soit le Seigneur Lui-même, il en scelle la confession par une peur révérencielle, en craignant de L’amener à la maison de son âme, au plus intime de son cœur, sous le toit de sa conscience, au sanctuaire de son âme, là où la maisonnée de ses pensées concocte des choses obscures et informes. La cour du cœur humain ne permet pas de se maintenir dans le silence de la sincérité, loin du vacarme des vices. . La crainte répondit donc au Maître : Seigneur, je ne suis pas digne que tu entres sous mon toit. Pierre, également, quand il reconnut le Christ pour l’Auteur du monde, s’exclama, en disant : Eloigne-toi de moi, car je suis un pécheur. Si Pierre Lui demande de se retirer de lui, comment le centurion ne Le supplierait-il pas de ne pas venir chez lui ? L’un et l’autre agissent de façon à ce que l’indignité de l’hospitalité n’injurie pas l’hôte en permanence. Je ne suis pas digne que viennes sous mon toit. Ce toit avait été béni avant que Dieu n’entre dans le toit hospitalier de notre chair. Et maintenant, pourquoi donc le centurion interdit-il au Christ d’entrer sous son toit, Lui qu’il voit demeurer en entier sous le toit de son corps ? Frères, le centurion voyait déjà dans le Christ l’image de son corps, mais il ne voyait pas en Lui les passions de son corps. Il est né dans la chair du Christ, mais il est né du Saint-Esprit. Il médite sur l’hospitalité de la chair, mais dans le sein d’une Vierge, pour que ce soit un vrai corps humain, et qu’il ne soit entaché de la pollution d’aucun corps humain. Le centurion fait donc bien de juger son toit indigne du Christ, parce que le Christ demeurait sous un toit de notre corps tout à fait singulier, d’après ce texte du prophète : Et je suis devenu comme un pasteur solitaire sous un toit.
Mais dis seulement une parole, et mon enfant sera guéri. Ce centurion qui était sans la loi n’a rien fait sans la loi. Il dit : Dis seulement une parole. Parce qu’il a été dit : Il dit, et les choses ont été faites. Et si toutes les choses parviennent à la perfection par la parole, comment par une seule parole l’infirmité d’un seul ne serait-elle pas guérie ? Dis une seule parole. Qu’est-ce qui peut se dire sans parole ? Mais lui demande non une parole fournie par le langage humain, mais qui possède la vertu de faire ce qui doit être fait. Parole dont il a été dit : Il a envoyé sa parole et les a guéris. Dis seulement une parole. Parce qu’il crut que dans le Verbe toutes les vertus demeuraient. Ton Verbe, Seigneur, est la santé. Là où ton Verbe se présente, la douleur s’enfuit incontinent, l’infirmité recule bientôt. Verbe de qui Pierre, quand il tendait ses filets, a reçu une multitude de poissons, sans lequel il traversa la nuit de l’ignorance, et sans lequel la pêche nocturne n’apporta aucun fruit. Seigneur, Lui dit-il, nous avons peiné toute la nuit sans rien prendre, mais sur ta parole je jetterai le filet. Et comme s’il ne suffisait pas que Celui qui agissait par un mot puisse par un mot accorder ce qu’il demandait, il se réfère aux choses, il a recours à un exemple : Et moi qui suis un homme constitué en autorité etc... Car je suis un homme. Ce qui veut dire : tu es Dieu. Constitué en autorité. Ce qui veut dire : tu es la puissance des puissances. J’ai sous moi des soldats. Cela veut dire : Toi, ce sont les vertus que tu as sous tes ordres. Et je dis à celui-ci : va, et il va. Ce qui veut dire : dis à l’infirmité : va, et elle s’en ira. A un autre : viens, et il vient. Ce qui veut dire : dis à la santé : viens, et elle viendra. Et à mon serviteur : fais cela, et il le fait. Mon enfant sera lui aussi ton serviteur quand il recevra de Toi la santé. Qu’il écoute. Qu’écoutera-t-il ? Te voilà guéri. Ne pèche plus! Qu’il pratique la justice pour qu’il soit libéré de la paralysie de tous les pécheurs, et qu’il puisse chanter avec le Prophète : Mon âme, plonge-toi dans le repos, parce que le Seigneur t’a fait du bien, parce qu’Il a arraché mon âme à la mort, détourné mes yeux des larmes, a gardé mes pieds de la chute. Je plairai au Seigneur dans la région des vivants.
Mes frères, imitons le centurion qui veut que ce que Jésus a semé rapporte du cent pour un. N’écartons pas avec légèreté la prudence de ce centurion . Que ce qui a été dit sur lui suffise pour aujourd’hui. Car il s’agit d’un très grand mystère qui nous présente le Gentil en figure.


16ème Sermon de Saint Pierre Chrysologue
Quand Jésus traversait la mer de Galilée, quand Il parcourait les routes de la Palestine, Il n’était pas poussé par le désir de voir du pays, mais par celui de nous sauver. Jésus marche non comme un touriste, mais pour aller à la recherche des hommes qui sont en danger de mort pour toutes sortes de raisons. Celui qui a fait les paysages, qu’a-t-Il à découvrir dans les paysages ? Ou qu’est-ce qui est éloigné à Celui qui est partout ? Il était vu dans des endroits comme homme, mais, comme Dieu, Il voyait tout partout. Il voyait, pour sûr, et ce sont des désespérés qu’Il voyait, à qui Il allait prodiguer des remèdes divins. Il allait pour soigner ceux dont les soins humains s’étaient avérés impuissants, comme la lecture d’aujourd’hui nous le montre.
Quand Il fut arrivé par l’autre rive, au pays des Gadaréniens, deux démoniaques, sortant des tombeaux, vinrent à sa rencontre, des êtres si sauvages que nul ne se sentait de force à passer par ce chemin. Il nous plaît de penser que le Seigneur a su et vu quel danger il y avait pour les hommes dans certains lieux, afin d’y aller le plus rapidement possible pour venir en aide aux désespérés, aux affligés, au miséreux. Deux démoniaques sortant des tombeaux, vinrent à sa rencontre. Il s’étaient établis dans des monuments funéraires les auteurs de la mort. Quelle cruauté, quelle fureur, quelle rage des démons envers le genre humain ! Notez-le bien ! Ne pouvant supporter la brièveté du temps accordée aux hommes, ils ne se contentent pas d’avoir apporté la mort aux hommes, ils sont transportés du désir de les ensevelir vivants. Dans les cimetières, ils se donnent pour mission d’entomber les être humains. Ils se repaissent des cadavres, s’engraissent de la putréfaction, ils se délectent de la puanteur, ces êtres pour qui la volupté suprême consiste à exterminer les êtres humains. Mais essayons d’imaginer la fourberie de leurs machinations, comment ils ourdissent les malheurs, ces êtres dont la cruauté se porte aux excès dans un lieu découvert. Que font ces esprits quand ils montrent des richesses, si ce n’est semer l’avarice? Ils exhibent le faste du trône pour semer l’orgueil. Ils vantent la singularité pour exclure ce qui appartient à la communauté. Comme ils nourrissent la colère, ils en édulcorent les causes. Pour violer la piété, ils s’apitoient faussement sur ceux qui sont affectés de différentes misères; ils fuient la philosophie, pour maintenir dans l’ignorance ceux qui cherchent à en savoir davantage. Ils enseignent le polythéisme pour que ne soit pas connu le seul et vrai Dieu. Deux démoniaques vinrent à sa rencontre. Quand plusieurs démons se réunissent dans deux hommes, cela signifie que dans un seul homme, c’est toute une légion qui se regroupe. Cette chose s’est produite pour nous enseigner non à craindre les démons mais à nous en défier. Ca montre en même temps de quelle nature est la puissance singulière du Christ, dont le seul nom suffit à mettre en fuite la multitude entière des démons. Deux démoniaques vinrent à sa rencontre. Ils vinrent non dans l’intention de s’exhiber, mais sur l’ordre de celui qui l’ordonnait, non sur l’aile de leur téméraire audace. Ils sont entraînés malgré eux, ils n’accourent pas de leur propre mouvement. Ensuite, les gens quittent le cimetière pour se diriger vers Jésus et, renversant la situation, ils apportent captifs ceux par qui ils avaient été capturés. Ils infligent des sévices à ceux qui les avaient cruellement tourmentés. Ils prononcent une sentence sur ceux qui les avaient confinés aux tombeaux. Deux démoniaques vinrent à sa rencontre, des êtres si sauvages que nul ne se trouvait la force de passer par ce chemin. Vous voyez que les démons avaient bloqué le passage à ceux qui venaient au Christ, ils leur en avaient refusé l’accès. Ce sont des stratagèmes des démons pour que les hommes ne puissent pas trouver le chemin du retour. Ils ne peuvent pas posséder les hommes autrement qu’en les soustrayant à la compagnie de leur Auteur. De telle sorte que personne ne pouvait passer par ce chemin. Je suis, dit Jésus, la voie. Pour que la puissance démoniaque ne puisse pas mettre d’obstacles sur le chemin de ceux qui vont vers la voie par la voie, vers Dieu par Dieu. On ne parvient à Dieu que par Dieu.
Mais écoutons ce que les démons ont déclaré : Qu’y a-t-il entre nous et toi, fils de Dieu ? Ce qui revient à dire : Auteur de la vie, qu’as-tu de commun avec les morts ? Habitant du ciel, qu’as-tu de commun avec les tombeaux ? Odeur du paradis qu’as-tu de commun avec la puanteur des cadavres ? Ceux que tu as expulsés du ciel, ceux que tu as exclus du Paradis, à qui tu enlèves maintenant les villes, à qui tu interdis les régions habitées, permets-leur d’habiter dans les sépulcres. Et si nous sommes dignes d’une si grande persécution, tu n’es pas digne d’une telle injustice. Qu’y a-t-il entre nous et toi, fils de Dieu ? Quoi ? Ce qu’il y a de commun entre le juge et le coupable, entre la vengeance et le châtiment, entre le roi et le déserteur. Qu’y a-t-il entre nous, fils de Dieu ? Voilà ce que disent les voleurs au propriétaire, les pirates au seigneur; ils conservent les dépouilles, ils recèlent le butin de guerre, et ils lui demandent ce qu’il y a de commun entre eux et Lui, Lui qui réclame ce qui Lui appartient. Qu’y a-t-il entre nous et Toi ? Quoi ? Que vous rendiez les hommes à leur Auteur, que vous restituiez le monde à son Auteur. Et qu’à l’arrivée du Créateur, vous compreniez que rien ne vous est plus permis dans les créatures. Qu’y a-t-il entre nous et Toi, fils de Dieu ? Es-tu venu nous tourmenter avant le temps ? Qu’y a-t-il entre nous et Toi ? Mais qu’y a-t-il de commun entre vous et les hommes ? Qu’y a-t-il de commun entre nous et Toi, fils de Dieu? Ils reconnaissent, ils reconnaissent Dieu, ils confessent le Juge, ils proclament que la condamnation leur est due, mai ils invoquent le droit de prescription. . Qu’y a-t-il entre nous et Toi, fils de Dieu ? Viens-tu nous tourmenter avant le temps ? Ils veulent gagner du temps, pour faire ce qu’ils auraient fait s’ils en avaient eu le temps, pour enterrer les vivants dans les sépulcres. Es-tu venu nous torturer avant le temps? Elle abrège le temps, elle prévient la mort, elle inhume les vivants la cruauté non parvenue à maturité. Et elle se plaint du temps, comme si elle avait le droit d’avoir avant le temps ce qu’elle désire injustement, et comme si la malice ne devait pas être punie dès son apparition. C’est le temps qui est responsable de l’endurcissement de la méchanceté du siècle La patience est courte aux méchants, pour les bons, la vengeance se fait attendre. Ce qui est long aux victimes est court aux bourreaux. . Et non loin d’eux, était un troupeau de porcs qui paissaient. Les démons lui demandaient en disant : Si tu nous chasses, envoie-nous dans ce troupeau de porcs. Digne demande digne de l’esclavage. Envoie-nous dans le troupeau de porcs. Des tombeaux, la malice supplie d’être envoyée dans les porcs, car elle ne sait que changer de puanteur, non la perdre. Envoie-nous dans le troupeau de porcs. Sous la voûte des cieux, ils demandent de la fange. Après les demeures éthérées, ils briguent les immondices des porcs. Envoie-nous dans le troupeau de porcs. Le troupeau de démons est envoyé dans le troupeau de porcs, pour rendre évidente la multitude des démons, pour manifester que deux hommes portaient ce que la multitudes des cochons n’a pas pu supporter. Et il leur dit : allez. Et eux, sortant, se dirigèrent vers les porcs, et voici que d’un seul élan, tout le troupeau alla se jeter tête première dans le lac, et ils moururent dans l’eau. Ce vil troupeau est livré non de par la volonté des démons, mais pour qu’un tel prodige fasse connaître comment ils sévissent dans les hommes, comment ils recherchent la mort des hommes, eux qui en ont fait la demande comme ils l’ont fait pour les porcs. Tout ce qui agit, qui bouge, qui vit, les démons désirent le perdre, non le posséder. Que personne donc ne présume devenir un tel homme, n’aille imaginer que la guerre vouée au genre humain est une chose du passé, que la colère s’est figée dans le temps, qua la méchanceté a atteint son but. A moins d’être vaincus, les démons ne s’effondrent pas d’eux-mêmes. Mais ils ne peuvent pas blesser à moins qu’on ne leur donne l’ordre de le faire. Le vil troupeau est donc livré, pour faire comprendre qu’aux démons qui n’ont pur agir dans les porcs que sur ordre, il ne leur est rien permis dans l’homme. Quant à nous, ou ce sont nos vices qui leur donnent la puissance de nuire, ou, dans le Christ triomphant, nous foulons aux pieds la meute des démons assujettis aux vertus.

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