9ème Sermon de Saint Pierre Chrysologue
Dieu agit avec nous, Dieu agit en ce siècle pour que rien ne soit perdu des mérites futurs, comme il ressort clairement du début de cette lecture : Veillez à ce que vous ne pratiquiez pas la justice devant les hommes pour être vus par eux. Autrement, vous ne recevrez pas de récompense de votre Père qui est dans les cieux. Et comment ce qui se fait devant les hommes est comme n’ayant pas été fait ? La patience et la justice se cachent pour ne pas être aperçues. Comment parler de secret dans le cas d’une œuvre faite sur la place publique ? Celui qui peut éclipser les rayons du soleil de justice pourra faire disparaître la foudre. La justice est la lumière de choses qui ne sont pas voilées par des conseils obscurs. Quand la justice brille, par une action qui lui est propre, elle éclaire tout par son exemple. Et pourquoi Dieu ne veut-il pas que la justice soit pratiquée devant les hommes, elle qui donne aux choses humaines leur statut ? Et comment comprendre ceci : Que votre lumière luise devant les hommes pour qu’ils voient vos bonnes œuvres et qu’ils glorifient votre Père qui est dans les cieux. Comment peut-Il vouloir cacher la justice dont Il veut faire ainsi reluire les œuvres ? Mes frères, cette recommandation céleste veut enlever la jactance, écarter la pompe, éloigner la vanité, proscrire la vaine gloire. C’est de cette façon qu’Il veut cacher la justice. La justice, qui a par elle-même de quoi déboucher sur la gloire, n’a pas besoin de se donner en spectacle à la foule, d’être louée par le peuple, de courtiser les faveurs des hommes, de rechercher la gloire du monde. Engendrée par Dieu, elle a les yeux tournés vers le Ciel. Elle agit sous l’œil de Dieu. Imprégnée des vertus célestes, elle n’attend la gloire que de Dieu seul. Voilà quelle est la justice qui vient de Dieu. Cette justice qu’est l’hypocrisie n’est pas la justice. Elle trompe les yeux, abuse le regard, se joue de ceux qui l’observent, prend au piège les auditeurs, séduit les foules, trahit les peuples, prostitue la réputation, achète les applaudissements, existe pour le siècle, non pour Dieu, dilapide la récompense terrestre, n’attend pas de rétribution dans le monde futur. Elle condamne les yeux à ne pas voir. Aveugle elle-même, elle ne voit pas et veut être vue. C’est à cause de cette cécité que Jésus commence par ce précepte : Veillez à, gardez-vous de C’est-à-dire, surveillez-vous pour ne pas faire. Veillez à ne pas pratiquer votre justice devant les hommes. Pourquoi ? Pour ne pas être vus par eux. Et qu’arrivera-t-il si l’on vous voit ? Vous ne recevrez pas de récompense de votre Père qui est dans les cieux. Mes frères, ici, le Seigneur ne juge pas mais Il expose, Il dévoile la fourberie des pensées, Il met à nu les secrets des cœurs, Il indique le mode de la juste rétribution à ceux qui pratiquent injustement la justice. La justice qui se loge dans les yeux humains ne peut pas espérer la récompense du Père céleste. Elle a voulu être vue, et elle a été vue. Elle a voulu plaire aux hommes et elle a plu. Elle a obtenu la récompense qu’elle désirait. Pour quelle raison ces paroles ont-elles été dites d’abord, nous l’entendrons pas ce qui suit : Quand tu fais l’aumône, ne te fais pas précéder par le son de la trompette, comme le font les hypocrites. Le mot trompette est bien choisi car une telle aumône a un aspect plus militaire que civil. Elle n’a pas pour but la miséricorde, mais les ovations. C’est un jeune esclave séditieux, non un enfant pieux., un trafic ostentatoire, non le commerce de la charité. Celui qui fait parade de l’aumône l’insulte. Toi, est-il dit, quand tu fais l’aumône, ne te fais pas précéder du son de la trompette comme le font les hypocrites dans les synagogues et sur les places publiques pour être glorifiés par les hommes. En vérité, je vous le dis, ils ont reçu leur récompense. Vous avez entendu comment Il note que l’aumône faite dans les assemblées, sur les places publiques, dans les carrefours, ne sert pas au soulagement des pauvres, mais est destinée à capter la faveur des hommes, pour bien démontrer qu’ils font de la miséricorde une vente, non un don. Il faut fuir l’hypocrisie, mes frères, il faut la fuir, elle qui est captive de la gloire, et ne relève pas l’abjection des miséreux, mais plutôt la harasse ; qui, dans le gémissement du démuni, recherche la pompe de sa glorification, qui dilate sa gloire par la douleur du pauvre, qui contraste l’ostentation de sa réputation par la misère du mendiant. Mais dira quelqu’un : il n’est donc pas permis d’exercer la miséricorde dans les assemblées, dans les places publiques, dans les carrefours ? Elle ne peut pas être exposée aux regards ? Cela est permis. En tout lieu, en tout temps, il faut pratiquer la miséricorde, nourrir les affamés, vêtir ceux qui sont nus. Mais de la façon que l’a enseignée l’Auteur de la miséricorde : qu’elle soit connue du Ciel et non de la terre. Elle n’a pas été instituée par les hommes, mais par Dieu. Sur les places publiques et dans les carrefours, la piété peut demeurer secrète. Au contraire, il agit sur les places publiques et dans les carrefours l’hypocrite quand il ne garde pas secret ce qu’il fait en secret. Frères, Dieu, par sa mise en garde, n’incrimine pas le lieu mais l’intention, la motivation de l’action, non l’action elle-même, la passion non le donateur. Il critique celui qui pratique la charité pour son bon renom, non pour l’apaisement de la faim du pauvre. Son jugement ne porte pas sur le lieu ni sur le temps, mais sur la façon dont l’action a été faite. Il veut que la miséricorde soit faite pour Lui seul, Lui qui est le seul témoin et le seul rémunérateur de la miséricorde, Lui qui a dit : J’ai eu faim et tu m’as nourri. Il veut qu’on Lui fasse l’aumône dans le pauvre, et Celui qui veut qu’on Lui fasse l’aumône, veut se devoir à Lui-même ce qui est donné. Il veut qu’aux généreux, rien ne disparaisse de ce qu’ils ont donné. Dieu demande de petites choses pour en restituer de grandes. Si l’homme prête à Dieu dans le pauvre, il n’a pas besoin de témoins humains. La foi n’a pas besoin d’arbitres. Celui qui ne donne rien sans médiateurs, se défie de la foi du bénéficiaire. Celui qui divulgue les dettes couvre de honte le débiteur. Toi, ô homme qui te proposes de donner à Dieu, donne en secret ! Pour que ce que tu désires ne te soit pas à charge mais à honneur. Celui qui t’enrichit vient vers toi dans le pauvre, pour que tu n’hésites pas à rendre ce que tu as reçu à Celui qui t’a donné gratuitement d’avoir de quoi donner. A quel point elle est pudique la pauvreté qui exige le secret de tes largesses, le Seigneur lui-même nous le fait comprendre quand il dit : Toi, quand tu fais l’aumône, que ta gauche ignore ce que fait ta droite! Penses-tu qu’elle veut ignorer l’autre main, celle qui cherche à te plonger dans l’ignorance par une partie de toi-même ? Que ta gauche ne sache pas ce que fait ta droite. Comme les vertus sont situées du côté droit, les vices le sont du côté gauche. Comme c’est l’œuvre de la droite ce qu’elle fait, elle le fait en silence. Ce que fait le donateur à la langue bien pendue, c’est l’œuvre de la gauche hypocrite. L’hypocrisie, la ruse, la simulation, la fraude, le mensonge, l’arrogance, l’enflure, la vanité et la jactance se posent sur nous et avoisinent la gauche. Toutes les fois qu’il est question de bonté, de piété, de miséricorde, la gauche ne sait rien de tout cela. La gauche est celle qui déclare la guerre dans nos âmes, et manigance pour que les vertus ne se développent pas. L’impiété s’agite pour que la piété ne soit pas. La cupidité guerroie pour que la bienfaisance ne vainque pas. L’avarice fait délirer pour que la miséricorde ne récupère pas. A elle seule, l’hypocrisie complote pour empêcher que règnent l’innocence, la pureté, la simplicité et la sainteté. C’est ce dont nous prévient Jésus par cette prédication : Toi, quand tu fais l’aumône, que ta gauche ignore ce que fait ta droite ! Mes frères, en ce siècle, fuyons les choses qui sont de la gauche, si, dans le futur, nous voulons nous ternir debout à droite. Venez,les bénis de mon Père, prenez part au royaume qui a été préparé pour vous depuis le début du monde. Homme, milite en compagnie du pauvre pour le pauvre, si tu veux là-haut régner avec Notre Seigneur Jésus-Christ, qui est béni dans les siècles des siècles.
10ème Sermon de Saint Pierre Chrysologue
Tous ceux qui sont stimulés par les difficultés d’une entreprise et que les angoisses soulagent peuvent témoigner qu’en consolation de notre labeur, nous est naturellement donnée une chanson. Ces gens-là franchissent les détroits au son du chant du matelot. Ils transportent des fardeaux gigantesques avec l’allègement des cantiques, la voix sonore fait gravir aux voyageurs des montagnes abruptes, le chant qui précède les guerriers les stimule à supporter l’amertume des combats. Et pour ne pas être prolixe, la douceur de la sérénade vient à bout de tout travail difficile et en triomphe. Qu’il en soit ainsi pour nous, mes frères. Joignons au jeûne de quarante jours des cantiques divins, pour qu’une musique céleste allège le poids de l’abstinence, et qu’une symphonie nous provoque à élever nos esprits. Le bienheureux David qui, au moyen d’une flûte de Pan, adoucissait les bêtes rétives et les récréait dans les pâturages, a appris à supporter par le chant les atrocités de la guerre. C’est par le chant qu’il a pu appeler les Gentils, ramener les Juifs, mettre le démon en fuite, inviter les fils de Dieu à porter du respect au Père céleste, le son de sa mélodie étant une magnifique invitation. Apportez au Seigneur, fils de Dieu, est-il dit. Penses-tu qu’Il appelle d’un autre nom les anges ? Ou qu’Il rend les hommes capables d’être des fils de Dieu ? Et qu’Il élève la chair terrestre à la nature céleste ? Apportez au Seigneur, fils de Dieu. Le prophète parle ici des hommes, qu’il ne cesse d’appeler ailleurs fils de Dieu. J’ai dit : vous êtes des dieux, et tous des fils du Très-Haut. Nous avons entendu, frères, jusqu’où la condescendance divine nous a élevés, jusqu’où nous a fait monter la paternité céleste. Croyons que nous sommes des fils de Dieu ! Montrons-nous dignes de notre origine ! Vivons le regard tourné vers le ciel ! Référons-nous à Lui en L’imitant, pour que les vices ne nous fassent pas perdre ce que la grâce nous a obtenu. Apportez au Seigneur, fils de dieu. Vous voyez que le Père reconnaît l’amour dans les dons, l’affection dans les présents, il voit la sincérité de la charité dans les devoirs qu’on Lui rend. Il vieillit prématurément, il manque de cœur, il renie la nature, il est ingrat envers son père celui qui ne cherche pas à plaire à l’Auteur de ses jours en l’adorant, qui ne se sent pas lié par l’obligation de lui rendre un culte, ne l’honore pas dans ses actions. . Apportez au Seigneur, fils de Dieu. Voyons en quoi consiste cette chose que le prophète ici nous invite et nous exhorte à apporter à un tel Père. Apportez au Seigneur, fils de Dieu, apportez tout ce qui a trait aux béliers. C’est-a-dire tout ce dont a besoin et ce que requiert le fœtus des brebis, le vil germe de l’animal terrestre, une couche pour les enfantements en cours de route, les semences éparpillées dans les champs, il invite la race divine à les offrir au divin Père. Est-ce que le Créateur de toutes choses requiert maintenant de nous les victimes judaïques, les sacrifices sanglants, des hosties de brebis égorgées au couteau ? Et où a-t-Il donc dit : Je n’accepterai pas les veaux de ta maison ni les boucs de tes champs, parce que toutes les bêtes sauvages m’appartiennent... ... Et s’Il rejette ceux-ci, pourquoi demande-t-Il à ses fils de Lui apporter des fils de béliers ? Il a dit à Abraham : Prends ton fils bien-aimé et offre-le-Moi en holocauste. Le bélier Abraham, d’une innocence parvenue à maturité, vieilli dans la foi, l’hostie parfaite, prêt pour l’holocauste, apportait son fils, le fils du bélier. Bien plus, il s’immolait lui-même dans le fils, il sanctifiait son esprit, il réjouissait sa foi, pour qu’il soit en même temps victime et pontife, le sacerdoce et le sacrifice. La passion du père était ici toute entière là où le fils était immolé Le fils était là debout, ignorant de tout; il était ligoté sans comprendre, pour qu’il enlève le martyr de la passion, récompense de la peine du père, pour qu’il dérobe la couronne à la torture du père. Ensuite, la main droite du père est arrêtée, le glaive du père est enlevé, parce que ce n’était pas la mort du fils qui était recherchée, mais la charité du père était mise à l’épreuve. Ce n’est pas non plus le sang du fils qu’on attendait, là où la victime consistait totalement dans l’amour du père, comme le dit l’Ecriture : Maintenant, je sais que tu aimes Dieu parce que, à cause de moi, tu n’as pas épargné ton fils unique. Nous avons donné le nom de bélier à Abraham, comme nous prouverons que Isaac est fils de bélier, comme s’il s’avérait que le prophète veut que nous offrions au Seigneur des fils de béliers. Apportez au Seigneur des fils de béliers. Le chrétien est averti d’offrir à Dieu les fils des pères, des patriarches, des prophètes, des apôtres, des martyrs, des confesseurs. Le troupeau du Seigneur est lâché dans les pâturages de la foi, quand le pasteur céleste veut que les agneaux soient amenés dans le bercail du Seigneur, de peur que, dispersés dans les lieux incultes des Gentils, ils soient dévorés par les meutes de loups. Mais ce dont nous avertit la voix divine, nous le dirons bientôt. Apportez au Seigneur les fils des béliers. Apportez au Seigneur ceux qui ont à recevoir le baptême, ceux que la foi a conçus, apportez ceux que la grâce de Dieu régénère, non la nature mondaine. Apportez ceux que l’innocence met au rang des agneaux, elle qui n’a rien à voir avec l’hébétude des bêtes. Recevez ceux que l’âge empêche de venir spontanément ou que la nécessité paralyse, ou que retarde l’ignorance, ou que tiennent captifs les vices, ou que retardent les fautes, ou que l’attente a déçus, ou que la pauvreté induit dans la confusion de l’erreur. Amenez ceux qui le veulent, attirez ceux qui ne veulent pas, faites de nécessité vertu. Si le maître a un esclave catéchumène, qu’il le fasse venir, pour avoir un esclave fidèle. Que le père offre son fils sans tarder, pour qu’à celui qu’il a accordé la vie présente, il fasse don de la future. Que le mari amène son épouse à la foi, pour que ce qui est une seule et même chose dans la chair ne soit pas divisé dans l’esprit. Que l’ami attire au salut son ami, pour qu’il sanctionne la charité humaine par la grâce divine. Que le citoyen amène le voyageur à la table de Dieu, l’hôte son commensal, pour qu’il soit propriétaire des richesses abondantes de Dieu sans avoir rien dépensé. Attirez ceux qui ne veulent pas. Que personne ne dise : il ne veut pas, car même Abraham a ligoté son fils sans lui demander son autorisation. Et les anges, pour arracher Loth aux flammes, l’ont saisi par le bras pour le faire sortir. Pour envoyer Pierre au martyre qu’il ne voulait pas, le Seigneur l’a ceint de la force de son secours, en lui disant : Un autre te ceindra et t’amènera où tu ne voudras pas. Et le Père du ciel ne reçoit pas seulement ceux qui veulent, mais Il attire même ceux qui ne veulent pas, au témoignage du Fils : Personne ne peut venir à moi si mon Père qui m’a envoyé ne l’attire. Comment quelqu’un peut-il se croire chrétien s’il n’amène pas au Père les récoltes de l’année et celles des autres années ? Ou comment considère-t-il sa maison comme un bercail de Dieu s’il ne donne pas le germe pascal divin au bêlement du troupeau ? Je vous prie et je vous conjure, mes frères, par notre Seigneur, de veiller attentivement à cela : que personne ne soit banni de la grâce divine, que personne ne soit exclu de la régénération, pour que ce que Dieu, par sa grâce, déposera dans l’âme d’autrui fasse croître votre charité et déborde en joie. Nous sommes des hommes vivant dans l’incertitude et nous ne savons pas ce que nous prépare demain. Agissons, donc, mes bien-aimés, de façon à ce que les esclaves, les fils, les époux, les parents, prévenus de la mort, ne soient pas privés de la vie présente, et parviennent à la vie éternelle.
11ème Sermon de Saint Pierre Chrysologue
Ce que n’ont pu découvrir la curiosité humaine, les explorations maritimes, ce que cherchait la sagesse mondaine, qu’elle a longtemps cherché et n’a pu trouver, cela, la loi divine a fixé d’avance de le savoir et de ne pas le savoir facilement. D’où viennent le mal, le péché, le pouvoir que possèdent les vices, la fièvre des crimes, les luttes corps à corps, les conflits moraux, les orages de la vie et le naufrage si cruel de la mort ? L’homme ne le saurait pas, si la loi de Dieu ne l’avait pas révélé au démon. Le diable est l’auteur du mal. Il est l’origine de l’iniquité. Hostile aux choses, toujours ennemi du bonheur de l’homme, il lui tend des pièges, prépare sa chute, lui creuse des fosses, dispose tout pour sa ruine. Il excite les corps, tourmente les âmes, suggère des pensées, injecte des colères, donne la haine de la vertu, fait aimer les vices, sème des erreurs, nourrit les dissensions, trouble la paix, attiédit les affections, rompt l’unité. Lui qui est un grand connaisseur du mal mais un ignorant du bien, il viole les choses divines et paralyse les humaines,
On rapporte que le tentateur, dans sa témérité, s’en est pris au Christ Lui-même : Après avoir jeûné pendant quarante jours et quarante nuits, il eut faim. Le tentateur, s’approchant, lui dit : si tu es le Fils de Dieu, dis à ces pierres de devenir du pain. Que ceux qui entendent de pareilles choses dites de Dieu ne passent pas à l’ennemi, qu’ils n’accusent pas la nature, qu’ils ne méprisent pas leur Auteur, qu’ils n’incriminent pas la chair, qu’ils ne se plaignent pas de l’âme, qu’ils n’en rendent pas l’époque responsable, qu’ils n’imputent pas cela aux astres, qu’ils cessent de diffamer l’innocence de la créature, qu’ils comprennent que le mal est arrivé fortuitement mais qu’il n’a pas été créé, que le créateur du bien est Dieu, que le diable est l’inventeur du mal. Qu’ils rejettent le mal et qu’ils fassent le bien. Sachant que, dans tout ce qui est bien, ils recevront l’aide de Dieu qui donne de pouvoir faire ce qu’Il commande, et qui fait Lui-même ce qu’Il ordonne. Car comme le diable entraîne au mal, Dieu attire vers le bien. Que personne donc ne se complaise dans les vices, comme s’ils avaient été créés avec lui. Que personne ne pense non plus que le crime procède de la nature, mais que chacun prenne comme le Christ les armes du jeûne, qu’il repousse les assauts des crimes, qu’il abatte les forteresses des vices, et qu’ayant pour combattant le Christ, il remporte la victoire contre l’auteur même du mal. Une fois le diable vaincu, les vices perdront leur vigueur. Parce qu’après la mort du tyran, ses armées sont dissoutes. Ecoute ce que nous dit l’Apôtre : Nous n’avons pas à livrer combat contre la chair et le sang, mais contre les esprits de méchanceté qui sont dans les airs.
Alors, est-il dit, le Christ a été conduit dans le désert par l’Esprit. Non pas le démon, pour que ce soit un trajet divin, non une aventure humaine, pour que soit présent l’esprit de prescience, que soit absente l’ignorance humaine; pour que soit présente la puissante divine, et absent le pouvoir de l’ennemi. Le démon inspecte toujours le bien en son commencement, teste les premières ébauches des vertus, il essaie d’étouffer les saints élans à leur naissance, sachant très bien qu’il ne pourra pas les renverser une fois confirmés. N’ignorant rien de la stratégie diabolique, le Christ répond avec bienveillance aux demandes du démon, pour que l’ennemi se prenne lui-même à son piège, et qu’il soit attrapé là où il pensait attraper; pour qu’après avoir été vaincu par le Christ, le démon recule devant les chrétiens. Et après avoir jeûné est-il dit, quarante jours et quarante nuits. Vous voyez, mes frères, que le jeûne du carême n’est pas une invention humaine. Son auteur est Dieu Lui-même. C’est une chose mystérieuse, mais non présomptueuse. Elle ne provient pas d’un savoir-faire humain, mais des secrets célestes. Quatre décades contiennent la discipline de la foi en forme de carré, parce que la perfection est toujours carrée. Le nombre quatre et le nombre dix contiennent au ciel et sur la terre les sacrements. Parce que tu n’es pas de loisir pour pénétrer à fond ces choses, expliquons le jeûne entrepris par le Seigneur. Et après avoir jeûné quarante jours et quarante nuits. Homme, Dieu jeûne en toi, c’est en toi qu’Il ressent la faim. Bien plus, Il jeûne pour toi quand Il ressent la faim, car Il ne peut ressentir la faim Celui qui n’a pas besoin de se nourrir. Donc, quand le Christ jeûne pour toi, Il te fait sentir la faim. Et après avoir jeûné pendant quarante jours et quarante nuits. Cela, ce n’est pas le signe d’une infirmité, mais d’une vertu insigne. Car, quand l’Evangéliste dit : Après cela, il eût faim, après quarante jours et quarante nuits, il montre clairement que le Seigneur n’a pas eu faim. Il appartient à la vertu humaine de ressentir la faim et de la vaincre. Le propre de la vertu divine est de ne pas ressentir la faim. Le Christ n’a donc pas été épuisé par le jeûne, n’a pas ressenti la faim, mais Il a eu faim pour donner au démon matière à tentation. Car le démon n’avait pas osé se présenter au Christ pendant son jeûne, parce que, dans une personne capable de jeûner ainsi, il voyait Dieu, non un homme. Quand il découvrit qu’Il était un homme, alors il crut qu’Il était mortel. L’investigateur matois s’imagina que le Christ pouvait être mis à l’épreuve, quand il découvrit que le Christ avait faim. Et s’avançant, il dit : Il avance par l’astuce du tentateur non par l’affection du dévot. En avançant, l’impudent s’est rendu pire qu’il était quand il se tenait en retrait. Mais qu’à-t-il offert à celui qui avait faim ? Ecoutons plutôt : Dis à ces pierres de se changer en pains. Ce sont des pierres qu’il offre à Celui qui est affamé. Ce type de bienveillance vient toujours d’un cœur ennemi. C’est de cette façon qu’il nourrit son troupeau, l’auteur de la mort. C’est ainsi qu’il est envieux de la vie. Dis à ces pierres de se changer en pains. Diable, ta prévoyance t’induit en erreur. Celui qui peut changer les pierres en pains peut aussi changer la faim en satiété. De quelle utilité est toute ta sagacité envers quelqu’un à qui la vertu suffit ? Dis aux pierres de se changer en pains Diable, tu t’es avancé et tu n’as pas eu peur de ton Seigneur ? Dis à ces pierres de se changer en pains. Malheureux ! Tu veux être mauvais, mais tu ne le peux pas. Tu veux tenter, mais tu ne sais comment. A l’affamé, tu aurais du offrir des choses molles non des dures. Ne pas approcher la faim avec ce qui est rugueux, mais avec des caresses. Tu ne devais pas assaillir le manque de nourriture par ce qui est déplaisant au goût, mais par la gloutonnerie. Avec ces choses, ce n’est pas seulement le Fils de Dieu que tu ne peux pas prendre dans tes filets, mais aussi le fils de l’homme. Comprends qu’en présence du Christ, ton art, tentateur, péréclite. Dis à ces pierres de se changer en pains. A partir de pierres, Il peut faire des pains, Celui qui a changé l’eau en vin . Mais les miracles doivent être présentés à la foi non à la duplicité. Ils doivent être donnés au croyant, non au tentateur, et ils sont faits pour le salut de celui qui les demande, non pour commettre une injuste envers Celui qui les fait. A quoi te servirait à toi, démon, des miracles, toi à qui rien ne suffit au salut, à qui tout ne sert qu’à augmenter ta peine, toi dont les miracles eux-mêmes précipitent ta ruine ! Mais reçois la réponse pour que tu comprennes qui tu es, et que tu te soumettes à ton Auteur : L’homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu. Comprends que le Verbe de Dieu n’a pas faim de pain, mais des paroles de notre salut, et qu’Il agit comme un homme qui a toujours faim du pain céleste, mais pas toujours du pain de la terre. Et Il vit pour Dieu de telle sorte qu’il est inconscient du labeur, car Il est vraiment Celui qui ne connaît pas la sueur, qui n’a pas de souffrance, et qui n’a pas de fin.
12ème Sermon de Saint Pierre Chrysologue
Nous percevons le jeûne du printemps comme un temps de guerres spirituelles. Après avoir secoué la torpeur du corps et de l’âme, dirigeons-nous, comme des soldats du Christ, vers le camp des vertus, pour que nos membres, amollis par le loisir hivernal, soient ragaillardis par les exercices militaires célestes. Nous avons donné une année au corps, donnons un jour à l’âme. Nous avons employé le temps pour nous, consacrons du temps à notre Auteur Vivons un peu pour Dieu, nous qui avons vécu exclusivement pour le siècle. Déposons les soucis domestiques et demeurons dans les camps fortifiés de l’église. Veillons dans l’armée du Christ. Ne recherchons pas le lit nuptial, mais joignons-nous à ceux qui sont forts. Eloignons-nous de la mollesse des étreintes. Que l’amour des triomphes nous soit à cœur, que les caresses des enfants ne nous détournent pas de notre route. Que la voix divine résonne à nos oreilles ! Que le vacarme qui nous est familier ne nous assourdisse pas ! Que de la récolte annuelle que nous donne le ciel nous nous nourrissions sobrement Que nous ne recherchions pas l’abondance et le luxe ! Dans le boire, que la modération de la sobriété soit pour nous de règle. Que l’ébriété n’énerve pas nos forces ! Que le pauvre, notre compagnon d’armes, bénéficie de notre superflu ! Que le gaspillage éhonté ne nous jette pas à la rue ! Quand tu éprouveras des difficultés, tu recevras le secours de celui que tu auras nourri. Ainsi armés, ainsi instruits, engageons, mes frères, le combat contre les péchés. Tenons ferme contre l’assaut des crimes ! Déclarons la guerre aux vices, sûrs de la victoire. Les ennemis terrestres ne pourront pas l’emporter sur les armes célestes, les forces mondaines adverses ne pourront pas s’opposer au Roi divin. La subversion ennemie ne pourra pas renverser ceux qui sont enracinés dans la victoire déjà remportée par la foi. Les prudents, les vigilants, les sobres, le diable n’aura pas le pouvoir de les surprendre dans une embuscade. Nous voyant ainsi armés, il n’osera certainement pas nous provoquer en terrain découvert. Qu’il ne cherche pas à s’approcher par la ruse. Que l’âme continue à utiliser le miroir céleste. Qu’elle évente les pièges les mieux dissimulés, qu’elle déjoue les embûches. Le diable est méchant par lui-même. Il est encore pire quand il est provoqué. Ecoute l’Apôtre qui dit : Le diable tourne en rond comme un lion rugissant, cherchant quelqu’un à dévorer. Quand nous jeûnons, nous affamons le diable, qui ne se repaît que de nos fautes. C’est lui qui nous incite à manger jusqu’à l’indigestion, qui nous pousse à boire jusqu’à l’ébriété, pour rendre insensé le sensé, pour avilir la chair, pour que notre corps qui est le domicile de la raison, le vase de l’âme, le rempart de l’esprit, l’école des vertus, le temple de Dieu soit transformé en un théâtre de voluptés, en une kermesse de vices, en une scène de crimes, C’est lui qui ressent la satiété, qui jouit de la volupté, qui s’empiffre dans les banquets quand la débauche nous déchaîne, quand le plaisir nous sollicite, quand la mégalomanie nous ravit au septième ciel, quand l’ambition nous emballe, quand la colère nous met hors de nous-mêmes, quand la fureur s’empare de nous, quand l’envie nous mord, quand la cupidité nous enflamme, quand les soucis nous accaparent, quand les conflits nous déchirent, quand les profits financiers nous exaltent, quand l’usure nous enchaîne, quand les engagements signés nous ligotent, quand les petits sacs nous oppriment, quand l’or nous disqualifie..
Quand les vertus meurent, les vices reprennent vie, la volupté afflue, l’honnêteté périt, la miséricorde tarit, l’avarice abonde, la confusion règne en maître, l’ordre s’avoue vaincu, la discipline est foulée aux pieds . Voilà les choses qu’aucun mortel n’avait pu affronter par ses propres forces. Et c’est pour cette raison que, pour en venir à bout, Dieu est venu Lui-même, le Roi du ciel lui-même est descendu, le vainqueur par excellence est arrivé lui-même, établissant le jeûne du carême dans une victoire anticipée, pour que quatre décades de jeûne s’unissent à la quadrature totale du monde, en une muraille inexpugnable. Le jeûne, mes frères, sachons-le, est la citadelle de Dieu, le camp du Christ, le rempart de l’esprit, le drapeau de la foi, le symbole de la chasteté, le trophée de la sainteté. Si Adam l’avait pratiqué quand il était dans le paradis, la gourmandise ne l’aurait pas terrassé. Noé l’a conservé dans l’arche, quand l’ébriété inonda le monde. C’est par le jeûne que Loth éteignit t l’incendie sodomitique que l’ébriété de l’inceste avait allumé. C’est ce qui, dans la lumière d’un feu divin, permit à Moïse de comprendre, quand l’orgie de l’ivresse des Israélites enténébra le peuple dans l’erreur des statues des faux dieux. C’est le jeûne qui conduisit Elie au ciel quand l’ébriété propulsa l’impie Achab aux enfers. C’est le jeûne qui fit Jean le baptiste le plus grand des hommes quand, sur l’ordre des femmes, la luxure rendit le roi Hérode homicide.
Le jeûne du carême, mes frères, nous livre et nous révèle les vieilles ruses du démon. Car le diable qui avait méprisé Jésus en le voyant manger et qui, en le voyant boire, l’avait pris comme un humain comme les autres, quand il le vit en train de jeûner, il a eu un soupçon de sa divinité, il l’a reconnu comme fils de Dieu. Si tu es le fils de Dieu, est-il dit, dis à ces pierres de devenir des pains. En parlant ainsi, le démon s’adresse à un homme, non à Dieu. Il ne cherche pas à l’approvisionner de pain ; il veut rompre son jeûne. Si tu es le fils de Dieu, dis à ces pierres de devenir des pains. Après le jeûne, ce n’est pas la vertu divine qui se met en quête de pain mais l’infirmité humaine. Mais si Dieu est tourmenté par la faim, Il ne renonce pas au pouvoir qui est sien de se procurer de la nourriture. Par la suite, le diable dresse une autre embûche : Si tu es le fils de Dieu, jette-toi en bas. Tu te trompes, diable. Tu ne sais pas non plus comment tenter : Dieu ne peut pas tomber. Il lui montre alors tous les royaumes du monde et leur gloire, et Lui dit : je te donnerai tout cela si tu te prosternes pour m’adorer. O audace diabolique ! Il dit à Dieu : adore-moi ! Mais il réalisa très tôt que Celui qu’il imaginait prosterné à ses pieds le suppliant de lui accorder des honneurs, était Dieu à cause de ses vertus, qu’Il était juge, par les peines que lui, démon, a subies, car au nom du Jeûneur, il commença à être chassé des corps des possédés, et en tremblant, il rendit gloire à Celui que dans son orgueil il s’était cru habile d’injurier. Jésus a vaincu par les jeûnes pour qu’Il nous donne les forces de vaincre, une capacité semblable de vaincre. Cette sorte de démon, est-il dit, ne se chasse que par le jeûne et la prière. Jeûnons donc, mes frères, si nous voulons imiter le Christ, si nous voulons triompher du diable.