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SERMON XXV.
POUR LE QUATRIÈME DIMANCHE APRES PAQUES.
De l'obéissance à son confesseur.
Quo vadis ? Jn XIII, 36
Où allez-vous ?
Pour arriver au paradis, il faut suivre le chemin du paradis. Bien des chrétiens, chrétiens par la foi, et non par les mœurs, vivent dans le péché, tout adonnés aux plaisirs et aux intérêts du monde ; supposé qu'on parle ainsi à quelqu'un d'entre eux : Mon frère, vous êtes chrétien ; vous croyez à la vie éternelle, au paradis et à l'enfer ; dites-moi : voulez- vous vous sauver ? Je vous demanderai, en employant les paroles de l'Évangile du jour, où vous allez : Quo vadis ? Est-ce en paradis ou en enfer ? — Il répondra : Je ne le sais pas ; mais j'espère que Dieu me sauvera. — Vous avez raison de dire que vous ne le savez pas ; mais, comment espérez-vous que dieu vous sauvera, si vous voulez vivre en réprouvé ? comment prétendez-vous arriver en paradis, si vous suivez le chemin de l'enfer ? Il faut donc changer de voie, et vous remettre aux mains d'un bon confesseur, qui vous guide dans le chemin du paradis, et auquel, de votre côté, vous obéissiez ponctuellement. Jésus-Christ a dit que ses brebis entendent sa voix Oves mese vocem meam audiunt. Jo. 10. 27. Sur la terre, Jésus-Christ ne nous fait pas entendre sa voix d'une manière sensible ; mais, à sa place, il nous a laissé les prêtres, en nous déclarant que celui qui les écoute, l'écoute lui-même, et que celui qui les méprise, le méprise lui-même Qui vos audit, me audit ; et qui vos spernit, me spernit. Luc. 10. 16. Heureux donc ceux qui sont obéissants à leurs pères spirituels, et malheur à ceux qui ne leur obéissent point ; ce qui est un signe qu'ils ne sont point des brebis de Jésus-Christ.
Je veux par conséquent vous montrer aujourd'hui, — dans le premier point, combien est sûr de se sauver celui qui obéit au confesseur, — et dans le second, combien est en danger de se damner celui qui n'obéit point au confesseur.
1. Combien est sur de se sauver celui qui obéit au confesseur.
C'est un grand bienfait de Dieu, que Jésus-Christ nous ait donné les pères spirituels, pour nous guider dans la voie du salut. Pour nous sauver, nous devons suivre la divine volonté en tout ce que Dieu exige de nous. En effet, je pose cette question : Quelle chose est nécessaire pour se sauver et se sanctifier ? — Il en est qui croient que la sanctification consiste à faire beaucoup de pénitences. Mais, si une personne faible de santé voulait pratiquer des mortifications qui la mettraient dans un prochain danger de mort, se sanctifierait-elle ? Non, et même elle pécherait. — D'autres pensent que la perfection consiste à s'adonner beaucoup à l'oraison. Mais, si un père de famille abandonnait l'éducation de ses enfants, et se retirait dans un désert pour faire oraison, il pécherait aussi ; car, quoique l'oraison soit bonne, le père est néanmoins oblige à prendre soin de ses enfants ; et cela d'autant plus qu'il peut bien remplir l'un et l'autre de ces devoirs ensemble, sans aller au désert. — D'autres pensent que la sainteté consiste à fréquenter la sainte communion. Mais, si une femme mariée voulait communier tous les matins, et que son mari le lui défendît avec raison, à cause du dommage qui en résulterait pour la famille, cette femme pareillement agirait mal, et elle devrait en rendre compte à Dieu. — En quoi donc consiste la sanctification ? Elle consiste à faire parfaitement la volonté de Dieu. Tous les péchés qui font tomber tant d'âmes en enfer, d'où naissent-ils ? De la propre volonté. Ainsi, dit saint Bernard, cessons de faire notre volonté propre, suivons la volonté de Dieu, et il n'y aura point d'enfer pour nous Cesset propria voluntas, et infernus non erit.
Mais, dira-t-on, comment pouvons-nous connaître ce que dieu veut de nous ? C'est là pour nous une chose pleine de doute et d'obscurité, environnée de ténèbres A negotio perambulantc in tenebris. Ps. 90. 6. pour parler comme David. Il est vrai que bien des gens .se trompent en ce point, la passion les portant souvent à s'imaginer qu'ils font la volonté de Dieu, tandis qu'en réalité ils font leur volonté propre. Mais ne cessons de rendre grâces à la bonté de Jésus-Christ, qui nous a enseigné le moyen de nous assurer, dans nos actions, que nous faisons sa divine volonté : il a déclaré qu'en obéissant à nos confesseurs, c'est à lui que nous obéissons : Qui vous écoute, m'écoute, leur a-t-il dit. Qui vos audit, me audit. De là cet avis de sainte Thérèse :
« Que l'âme prenne son confesseur pour juge, avec la résolution de ne plus penser à sa cause, mais de se confier en ces paroles de Notre-Seigneur : Qui vous écoute, m'écoute (Fond. ch. 5.) » elle ajoute que tel est le moyen certain de faire la volonté de Dieu. Aussi, elle avouait que c'était par ce moyen, le jugement du confesseur, qu'elle avait appris à connaître et à aimer Dieu. Et saint François de Sales, parlant également de l'obéissance au confesseur, s'exprime ainsi : « C'est ici l'avertissement des avertissements. Quoi que vous cherchiez, dit le dévot Avila, vous ne trouverez jamais si assurément la volonté de Dieu, que par le chemin de celte humble obéissance, tant recommandée et pratiquée par les anciens dévots (Introd. p. 1. ch. 4.)
Celui qui agit par obéissance au confesseur, plaît toujours à Dieu, soit quand il pratique l'oraison, la mortification, la communion, soit quand il omet ses pieux exercices ; de même, il mérite toujours, soit qu'il se récrée, soit qu'il boive ou qu'il mange ; car, en obéissant au confesseur, on fait toujours la volonté de Dieu. C'est pourquoi, d'après l'Écriture, l'obéissance est plus agréable à Dieu, que tous les sacrifices de pénitences, d'aumônes, et autres semblables, que nous pouvons lui offrir. Celui qui sacrifie à Dieu ses biens en faisant des aumônes, son honneur en souffrant des injures, son corps en le mortifiant par des jeûnes et des pénitences, lui donne une partie de lui-même et de ce qu'il possède ; mais, quand on lui sacrifie sa volonté, en la soumettant à l'obéissance, on lui donne tout ce qu'on a ; et alors, on peut dire à Dieu : Seigneur, vous ayant donné ma volonté, je n'ai plus rien que je puisse vous donner.
Ainsi, l'obéissance à notre confesseur est la chose la plus agréable que nous puissions offrir à Dieu, et c'est le moyen le plus sur d'accomplir sa sainte volonté. Selon le bienheureux Henri Suson, Dieu ne nous demandera pas compte de ce que nous aurons fait par obéissance. — obéissez à vos pères spirituels, nous dit l'Apôtre, et ne craignez rien pour ce que vous faites par obéissance ; car ce sont eux, et non vous, qui doivent rendre compte à Dieu de ce que vous faites. Obedite praeposilis vestris, et subjacete eis ; ipsi enim pervigilant, quasi rationem pro animabus vestris reddituri. — Ut cum gaudio hoc faciant, et non gementes. Heh. 13. 17. Mais remarquons les paroles qui suivent : Afin qu’ils vous dirigent avec joie, et non en gémissant. Pour ne pas affliger le confesseur, pour ne pas le faire gémir, il faut obéir sans réplique. Oh ! comme les confesseurs gémissent quand les pénitents font difficulté d'obéir, en alléguant certains prétextes, ou des excuses, ou des plaintes injustes ! Obéissons donc à nos pères spirituels sans répliquer, et puis soyons sans inquiétude sur tout ce que nous faisons. Saint Philippe de Neri disait :
« Ceux qui désirent faire des progrès dans la voie de Dieu, doivent se soumettre à un confesseur instruit, et lui obéir comme à Dieu lui-même ; tant qu'on agit ainsi, on est assuré de ne pas rendre compte à Dieu de ce qu'on fait. » par conséquent, si vous pratiquez ainsi l'obéissance, supposé qu'au jour du jugement Jésus-Christ vous adresse ces questions : Pourquoi as-tu choisi cet état de vie ? Pourquoi as-tu communié si souvent ? Pourquoi as-tu laissé là ces pénitences ? — vous pourrez lui répondre : Seigneur, ainsi l'a ordonné mon confesseur. — Alors, le divin Juge ne pourra qu'approuver tout ce que vous aurez fait.
Le père Marchese rapporte que, saint Dominique ayant un jour quelque scrupule d'obéir à son confesseur, Notre Seigneur lui dit : Pourquoi crains-tu d'obéir à ton directeur ? Tout ce qu'il dit, tournera à ton bien Quid dubitas obedire tuo directori ? Omnia quœ dicit, proderunt tibi. — Aussi, d'après saint Bernard, tout commandement d'un homme qui tient la place de Dieu, doit être reçu comme de la bouche de Dieu lui-même, à moins que ce ne soit évidemment un péché Quidquid vice Dei praecipit homo, quod non sit tamen certum dispUcere Deo, haiid secus omnino accipiendum est, quam si praecipiat Deus. De Prœc. et Disp. c. 12. Et au rapport de Jean Gerson, comme un disciple du môme saint Bernard avait scrupule de dire la messe, il lui ordonna d'aller célébrer sur sa foi ; le disciple obéit, et se trouva guéri de ses scrupules. — Mais, ajoute Gerson, quelqu'un dira peut-être : Plût à Dieu que j'eusse un saint Bernard pour directeur ! Mon confesseur n'est pas un saint Bernard. — A quoi il répond : Vous ne dites pas bien ; car vous vous êtes confié aux mains de cet homme, non parce qu'il est habile, mais parce que Dieu vous l'a donné pour guide ; vous devez donc lui obéir, non comme à un homme, mais comme à Dieu Quisquis ita dicis, erras ; non enim te commisisti in manus hominis, quia litteratus, etc., sed quia tibi est prsepositus ; quamobrem obedias illi, non ut homini, sed ut Deo. De Prœp. ad M. cons. 3.
L'homme obéissant sera victorieux Vir obediens loquetur victoriam. Prov. 21. 28. — Il est juste, remarque saint Grégoire, que ceux qui obéissent, comme le dit le Sage, triomphent de toutes les tentations de l'enfer ; car, en soumettant aux autres leur volonté par l'obéissance, ils se rendent supérieurs aux démons, qui sont tombés par leur désobéissance Victores sunt, qui obediunt ; quia, dum voluntatem suam aliis perfecte subjiciunt, ipsi lapsis per inobedientiam angelis dominantur. in I. Reg. l. 4. c. 5. Et Cassien ajoute : Celui qui mortifie sa propre volonté, détruit tous les vices ; car tous les vices proviennent de la volonté propre Mortificatione voluntatis, marcescunt universa vitia. De Cœnob. inst. l. 4. c. 43. En outre, quand on obéit au confesseur, on surmonte tous les artifices du démon, qui parfois, sous prétexte de quelque bien, nous porte à nous exposer aux occasions dangereuses, ou nous fait entreprendre certaines choses qui paraissent saintes, mais qui peuvent nous causer beaucoup de mal ; par exemple : à des personnes qui s'étaient livrées à la dévotion , l'esprit malin fit entreprendre certaines pénitences immodérées ; elles en perdirent la santé, puis elles abandonnèrent tout, el reprirent la voie large qu'elles suivaient auparavant. C'est là ce qui arrive, quand on agit de son propre chef ; mais, quand on se laisse guider par le confesseur, on n'a pas à craindre de tomber dans de semblables illusions.
Le démon a aussi coutume d'arrêter les âmes scrupuleuses par un autre artifice : en leur inspirant la crainte de pécher, si elles font ce que dit le confesseur. Il faut encore avoir soin de surmonter ces vaincs appréhensions ; dès que le confesseur a conseillé quelque chose, tous les docteurs et tous les maîtres de la vie spirituelle enseignent communément qu'il faut vaincre le scrupule et obéir. Tel est le sentiment que le père Noël Alexandre exprime dans sa Théologie ; et il cite l'autorité de saint Antonin, qui, avec Gerson, adresse cet avertissement aux scrupuleux qu'une vaine crainte empêche d'obéir en se mettant au-dessus de ses scrupules : Prenez garde qu'en voulant marcher avec trop d'assurance, vous ne tombiez dans le précipice de la présomption, piège que vous tend le démon, en vous détournant de l'obéissance au confesseur Caveas ne, dum quœris securitateni, in gravera ruas prsesumptionis foveam. Theol. l. 3. c. 4. reg. 10.
C'est pour cela que tous les maîtres de la vie spirituelle conseillent d'obéir au confesseur en tout ce qui n'est pas un péché manifeste. Tel est l'avis que donne le bienheureux Humbert, dominicain Nisi aperte sit malum, quod praecipitur, accipiendum est, ac si a Deo praecipiatur. De crud. rel. l. 5. c. 1. De même Denis le Chartreux, qui s'exprime comme suit : Dans les cas douteux, il faut s'en tenir au commandement du supérieur, parce que, supposé même que sa décision fût contraire à la loi divine, le sujet, en vertu de son obéissance, serait exempt de péché In dubiis, standum est prsecepto prselati ; quia, etsi contra Deum, attamen, propter obedienti ;e bonum, non peccat subditus. In 2. Sent. d. 39. q. 3. A ce propos, Gerson observe qu'autre chose est d'agir contre la conscience formée par la délibération, et autre chose d'agir contre la crainte de pécher dans un cas douteux ; il dit qu'on doit chasser cette crainte et obéir au confesseur Iste timor, quantum fieri potest, abjiciendus, Comp. theol. tr. de nat^ et quai, consc.
En somme, celui qui obéit au confesseur, marche toujours en sûreté. Saint François de Sales disait dans ses maximes : « Jamais un vrai obéissant ne s'est perdu. » Et il ajoutait que, dans la voie de Dieu, « Il faut se contenter de savoir que l'on fait bien, par le père spirituel, sans en rechercher les connaissances. »
2. Combien est en danger de se damner celui qui n'obéit point au confesseur,
Jésus-Christ a dit que celui qui écoute les prêtres, l'écoute lui-même, et que celui qui les méprise, le méprise lui-même Qui vos spernit, me spernit. Luc. 10. 16. Dieu a déclaré la même chose à Samuel , lequel se voyait rejeté par le peuple, dont le gouvernement lui était confié ; le Seigneur lui dit : Ce n'est point vous, mais c'est moi-même qu’ils rejettent Non enim te abjecerunt, sed me. I. Reg. 8. 7. — Quand donc on méprise le confesseur, en refusant de lui obéir, on méprise Dieu lui-même, qui l'a établi en sa place.
Saint Paul nous fait cette recommandation : Obéissez avec soumission à ceux qui sont chargés de vous conduire, afin qu'ils le fassent avec joie, et non en gémissant ; ce qui ne vous serait pas avantageux Obedite prsepositis veslris, et subjacete eis..., ut cum gaudio hoc aciantj et non gementes ; hoc enim non expedit vobis. Heb. 13. 17 — Il y a des pénitents qui se mettent à discuter avec le confesseur, pour l'attirer à leur avis, et voilà ce qui fait gémir le pauvre père spirituel. mais l'Apôtre les avertit que cela ne leur profite pas : Hoc non expedit vobis ; car, quand le confesseur voit que son pénitent ne se soumet pas à ce qu'il lui dit, et qu'il doit lutter péniblement pour le faire marcher dans la voie droite, il cesse de le guider. Malheur au navire que le pilote cesse de gouverner ! Malheur au malade abandonne du médecin ! lorsqu'un malade ne veut pas obéir, ne veut pas prendre les remèdes ordonnés, veut manger ce qui lui plaît, que fait le médecin ? Il l'abandonne à lui-même, et le laisse faire ce qu'il veut. 3Iais, alors, que devient la santé de ce malade ? Malheur, dit le Sage, à qui est seul, et qui n’a personne pour le soutenir Vae soli ; quia... non habet sublevantem se. Eccl. 4. iO. Malheur au pénitent qui veut marcher seul et se guider lui-même ! n'ayant personne pour l'éclairer, le corriger, il ira tomber dans un précipice.
L'Esprit-Saint avertit quiconque vient en ce monde, qu'il y doit marcher au milieu des pièges In medio laqueorura gradieris. Eccl. 9. 20. Faibles mortels, nous marchons ici-bas à travers mille pièges, tels que les tentations du démon, les mauvaises occasions, les mauvaises compagnies, et plus encore nos propres passions, qui souvent nous égarent ; qui se sauvera au milieu de tant de périls ? Le Sage répond : Celui-là seul se sauvera, qui évitera ces pièges Qui autem cavet laqueos, securus erit. Prov. il. 15. Or, comment peut-on les éviter ? Si vous deviez traverser pendant la nuit un bois rempli de précipices, sans avoir un guide pour vous éclairer avec une lumière, et pour vous indiquer les passages dangereux dont il faut s'éloigner, vous seriez certainement fort exposé à y perdre la vie. Vous voulez vous guider par votre propre jugement ; mais écoutez cet avertissement du divin Maître : Prenez garde que la lumière que vous croyez avoir, ne soit que ténèbres Vide ergo ne lumen, quod in te est, tenebrae sint. Luc. il. 35. et ne cause votre perte, en vous conduisant au fond de quelque abîme.
Dieu veut que, dans la voie du salut, nous nous laissions tous guider par nos directeurs ; ainsi ont fait les saints, même les plus savants ; car le Seigneur veut que, dans l'ordre spirituel, nous ayons tous l'humilité de nous mettre sous la conduite d'un directeur. Saint Jean Climaque, cité par Gerson, dit que celui qui rejette la conduite de son directeur, pour vivre selon sa propre manière de voir, n'a pas besoin de démon pour le tenter : il devient un démon pour lui-même Qui sibi dux esse vult, spreto duce proprio, non jam indiget dœmone tentante, quia ipse factus est daemon sibi. De Lib. leg. a mon. cens. 6. Et alors Dieu, voyant qu'il refuse d'obéir à son ministre, l'abandonne à ses caprices : Et je les ai livrés aux désirs de leurs cœur Et dimisi eos secundum desideria cordis eorum. Ps. 80. 13. dit le psalmiste.
On lit dans l'Écriture, que c'est une espèce d'idolâtrie, de se refuser à l'obéissance Quasi peccatum ariolandi est, repugnare ; et quasi scelus idololatriae, nolle acquiescere. 1. Reg. 15. 23. Saint Grégoire, expliquant ce texte, dit que le péché d'idolâtrie consiste à abandonner Dieu pour adorer une idole ; or, c'est ce que fait le pénitent, quand il désobéit au confesseur pour agir selon son gré : il refuse de faire la volonté de Dieu, qui lui a parlé par son ministre, pour adorer l'idole de sa volonté propre, en faisant ce qui lui plaît. Et saint Jean de la Croix ajoute cette sentence : « Ne pas s'en tenir à ce que dit le confesseur, c'est orgueil et manque de foi. » En effet, celui qui agit de la sorte, montre qu'il ne croit pas à l'Évangile, où Jésus-Christ a dit : « Qui vous écoute, m'écoute. »
Si donc nous voulons nous sauver, ayons soin d'obéir exactement à nos confesseurs ; et pour cela, tâchons de nous choisir un confesseur stable, sans aller tantôt à l'un et tantôt à l'autre. Il convient que ce soit un prêtre instruit, et que l'on commence par lui faire une confession générale, qui, d'après l'expérience, est un grand moyen pour opérer un vrai changement de vie ; et puis, qu'on ne le quitte pas ; car, sans une raison manifeste, on ne doit pas changer de confesseur. Voici ce que sainte Thérèse nous apprend d'elle-même : « Chaque fois que je voulais quitter mon confesseur, j'entendais au-dedans de moi une réprimande qui m'était bien plus sensible que celles que mon confesseur me faisait. » (Vie, ch. 26)


SERMON XXVI.
POUR LE CINQUIÈME DIMANCHE APRES PAQUES.
Condition de la prière.
Petite et accipietis. (Jean XVI, 24.)
Demandez, et vous recevrez
Dans un autre sermon (Serm. 39), je montrerai combien la prière nous est nécessaire, et combien elle est efficace, pour obtenir toutes les grâces qui peuvent nous aider à parvenir au salut éternel. La prière est toute-puissante, dit saint Cyprien : omnipotem est oratio. Et l'Ecclésiastique nous assure que jamais personne n'a invoqué le secours de Dieu, sans être exaucé Quis invocavit eum, et despexit illum ? Eccli. 2. 19. Non, cela ne peut arriver ; car le Seigneur a promis d'exaucer celui qui le prie : Petite, et accipietis. Mais cela s'entend, quand on le prie comme on doit le prier. Plusieurs prient, et n'obtiennent pas les grâces qu'ils demandent, et cela, dit saint Jacques, parce qu'ils prient mal Petitis, et non accipitis, eo quod maie petatis. Jac. 4. 3.
Je vais donc vous expliquer aujourd'hui que, pour prier comme on le doit, il faut le faire,
— premièrement, avec humilité,
— secondement, avec confiance,
— et troisièmement, avec persévérance.
1. On doit prier avec humilité.
Saint Jacques nous avertit que Dieu n'exauce pas les prières des orgueilleux, mais seulement celles des humbles Deus superbis resistit ; humilibus autem dat gratiam. Jac. 4. 6. il ne peut souffrir les orgueilleux, il résiste à leurs prières, il ne les écoute point. Avis à ces esprits superbes qui se confient en leurs forces et s'estiment meilleurs que les autres : qu'ils sachent que leurs prières seront repoussées par le Seigneur.
Au contraire, le Seigneur ne manque jamais d'exaucer les prières des humbles : La prière de celui qui s'humilie, pénètre les deux, dit le Sage, et elle ne se retire point, jusqu'à ce que Dieu la regarde et l'exauce. Oratio humiliantis se nubes penetrabit ;... et non discedet, donec altissimus aspiciat. Eccli. 35. 21. Le Seigneur, ajoute le psalmistc, tourne ses regards vers la prière des humbles, et il ne méprise point leur demande Respexit in orationem humilium, et non sprevit precem eoram. ps. iOl. 18. — De là cet avis que donne saint Augustin : Quand vous vous élevez, en vous targuant de votre sagesse, de vos mérites. Dieu s'éloigne de vous, et vous abandonne à vous-même ; mais, dès que vous vous humiliez, il vient de lui-même vous embrasser Erigis te, Deus fugit a te ; humilias te, Deus descendit ad te. serm. 117. E. B. app.
II exauce même les pécheurs qui ont élé les plus dissolus ; dès qu'ils se repentent sincèrement de leurs péchés, et qu'ils s'humilient devant Dieu, en se reconnaissant indignes de recevoir aucune grâce, le Seigneur ne sait les mépriser : Dieu, s'écriait David, vous ne mépriserez pas un cœur contrit et humilié Cor contritum et humiliatura, Deus, non despicies. Ps. 50. 19.
Passons maintenant aux deux autres points, sur lesquels il y a beaucoup de choses à dire.
2. On doit prier avec confiance.
Personne, ayant espéré dans le Seigneur, n'est resté confondu Nullus speravit in Domino, et confusus est. Eccli. 2. il. Oh ! combien ces divines paroles doivent encourager les pécheurs ! Eussent-ils commis les iniquités les plus énormes, qu'ils écoutent ce que leur dit l'Esprit-Sainl : nidlus speravit in Domino, et confusus est : Jamais personne après avoir mis sa confiance dans le Seigneur, ne se vit abandonné. — Celui qui prie avec confiance, obtient tout ce qu'il demande : Quelles que soient les choses que vous demandiez dans vos prières, croyez que vous les recevrez, et elles vous seront accordées Omnia quaecumque orantes petitis, crédite quia accipietis, et evenient vobis. Marc. H. 24. Ainsi parle le Sauveur. Quand les grâces que nous demandons, sont des grâces spirituelles, utiles à notre âme, croyons avec assurance que nous les obtiendrons, et nous les obtiendrons certainement. Notre sauveur nous a enseigné que, en demandant à Dieu ses grâces, nous ne devons pas l'appeler autrement que notre Père, pater noster ; c'est afin que nous recourions à lui avec la confiance d'un enfant envers un père dont il sait qu'il est aimé.
Or, après la promesse faite par Jésus-Christ d'exaucer nos prières, qui peut craindre, demande saint Augustin, de ne pas recevoir ce que lui promet la vérité même ? Quis falli timeat, eum promittit Veritas ? Conf. l. 12. c. 1. serait-ce peut-être, dit l'Écriture, que Dieu ressemblerait aux hommes, qui promettent, et puis manquent à leur parole, soit qu'ils mentent en promettant, soit qu'ensuite ils changent de volonté ? Non est Deus quasi homo, ut mentiatur, nec ut filius horainis, ut rautelur. Dixit ergo, et non faciet ? Num. 23. 19. Notre Dieu ne peut mentir, parce qu'il est la Vérité même ; et il ne peut changer, parce que toutes ses dispositions sont justes et saintes.
Et c'est parce qu'il désire beaucoup notre bien, qu'il nous exhorte avec tant d'instance à lui demander les grâces dont nous avons besoin. Demandez, nous répète-t-il, et l'on vous donnera ; cherchez, et vous trouverez ; frappez à la porte, et l'on vous ouvrira Petite, et dabitur vobis ; quaerite, et invenielis ; pulsatc, et aperietur vobis. Matth. 7. 7. Pourquoi donc, dit encore saint augustin, pourquoi le Seigneur nous exhorterait-il tant à lui demander ses grâces, s'il ne voulait pas nous les donner ? Non nos tantum hortaretur ut peteremus, nisi dare vellet. Serm.105. E. B. Il le veut d'autant plus que, par sa promesse il s'est fait une obligation d'exaucer nos prières et de nous accorder ce que nous lui demandons avec la confiance de l'obtenir. En promettant, ajoute le saint Docteur, Dieu s'est constitué notre débiteur Promittendo, debitorem se Deus fecit. Serm. 1 10. E. B. Mais, dira quelqu'un, j'ai peu de confiance en Dieu, parce que je suis un pécheur ; j'ai été trop ingrat envers lui, et je .sens que je ne mérite pas d'être exaucé. — A qui parle ainsi, saint Thomas répond que nos prières, pour obtenir les grâces, ne s'appuient pas sur nos mérites, mais sur la divine miséricorde Oratio, in impetrando, non innitiiur raerito, sed divinae miserioordisB. S. 2. q. 118. a. 2. Quand nous demandons des choses utiles à notre .salut éternel, et que nous prions avec confiance. Dieu nous exauce toujours. Je dis : « Des choses utiles au salut » car, si l'on demande des choses nuisibles à l'âme, le Seigneur n'exauce pas, et ne peut pas exaucer ; par exemple : supposé qu'un homme veuille se venger d'une injure, ou venir à bout d'un dessein qui offense Dieu, et qu'il le prie de l'aider, le Seigneur ne l'écoutera point, parce qu'alors, dit l'auteur de l'ouvrage imparfait, ce téméraire, dans sa prière même, offense Dieu ; il ne le prie pas, mais en quelque sorte il se joue de lui Qui orat et pcccat, non rogat Deum, sed deludit. HomiL Î5.
De même, si vous demandez à Dieu son secours, et si vous voulez qu'il vous aide, il faut que vous n'y mettiez point quelque empêchement qui vous rende indigne d'être exaucé ; par exemple : vous demandez à Dieu la force de ne pas retomber dans tel péché, et cependant vous ne voulez pas ôter l'occasion de rechute, vous abstenir d'aller dans telle maison, vous éloigner de tel objet ou de telle compagnie ; alors Dieu n'écoute pas votre prière ; et pourquoi ? Parce vous mettez entre lui et vous un nuage qui empêche votre prière de passer Opposuisti nubem tibi, ne transeat oratio. Thren. 3. 44. Si donc après cela vous retombez, ne vous plaignez pas de Dieu ; ne dites pas : Je l'ai prié pour obtenir la force de ne pas tomber, mais il ne m'a point exaucé. considérez ce nuage formé par la mauvaise occasion dans laquelle vous avez voulu rester, et qui a empêché votre prière d'arriver à l'oreille du Seigneur.
Autre remarque à faire. La promesse fuite par Jésus-Christ d'exaucer ceux qui le prient, ne doit pas s'entendre de toutes les grâces temporelles que nous voudrions lui demander, le gain d'un procès, une bonne récolte, la délivrance d'une maladie ou d'une persécution. Ces sortes de grâces, Dieu les accorde aussi à la prière, mais seulement quand elles sont utiles au salut de l'âme ; autrement, il nous les refuse, et cela parce qu'il nous aime, et qu'il sait que de telles grâces seraient pour nous des disgrâces, qui nuiraient à notre âme. Le médecin sait mieux que le malade ce qui lui convient, dit saint Augustin Quid infirme sit utile, magis novit medicus, quara segrolus. apuà S. Prosp. sent. 212. Et, ajoute-t-il , Dieu refuse à l'un par miséricorde ce qu'il donne à un autre par colère Deus negat propitius, quae concedit iratus. Strm. 351. E. B. Aussi, selon saint Jean Damascène, quand nous n'obtenons pas les grâces demandées, nous recevons parfois mieux ; car, alors, il est mieux pour nous qu'elles nous soient refusées, plutôt qu'accordées Etiarasi non accipias, non accipiendo accepisti ; interdum enim non accipere satius est, quam accipere. Parall. litt. E. Ut. 7. Souvent nous demandons le poison qui doit nous tuer. Bien des personnes se seraient sauvées, si elles avaient fini leur vie dans l'état de maladie ou de pauvreté qu'elles avaient à souffrir, tandis que, revenues à la santé, ou se trouvant dans l'abondance des richesses et des dignités, elles se sont enorgueillies, ont oublié Dieu, et se sont damnées. C'est pourquoi saint Jean Chrysoslome nous exhorte à ne demander, dans nos prières, que ce que notre père céleste sait nous être avantageux Orantes, in ejus potestaie ponamus, ut nos illud petentes exaudiat, quod ipse nobis expedire cognoscit. Ainsi, pour les grâces temporelles, nous devons toujours les demander à Dieu sous condition qu'elles soient utiles à notre âme.
Au contraire, les grâces spirituelles, comme le pardon des péchés, la persévérance dans le bien, l'amour de Dieu, la lumière nécessaire pour connaître sa sainte volonté, nous devons les demander absolument, avec la ferme espérance de les obtenir. Jésus-Christ nous dit ; Si, vous qui êtes si attachés à ce que vous possédez, vous ne pouvez refuser à vos enfants les biens que vous avez reçus de Dieu, à combien plus forte raison votre Père céleste, qui est infiniment riche par lui-même, et qui désire plus de vous faire du bien, que vous ne désirez d'en recevoir, donnera-t-il, à ceux qui le demandent, le bon esprit, c'est-à-dire, le repentir des fautes commises, l'amour divin, la résignation à la divine volonté ! Si ergo vos, cum sitis mali, noslis bona data dare filiis vestris, quanto magis Pater vester de cœlo dabit spiritum bonura petentjbus se. Luc. II. 13.
— Ajoutons cette réflexion de saint Bernard : Comment Dieu pourrait-il refuser, à ceux qui les demandent, les grâces utiles au salut, quand il exhorte à les demander ceux-là mêmes qui ne les demandent pas ? Quando Deus negabit petentibus, qui eliam non petentes hortatur ut pétant ? De S. Andr. s. 2.
Et lorsque le Seigneur est prié, il ne considère pas si celui qui prie, est juste ou pécheur ; il a dit pour tous généralement : Quiconque demande reçoit Omnis enim qui petit, accipit. Luc. il. 10. « Quiconque, » c'est-à-dire, soit juste, soit pécheur ; ainsi l'explique l'auteur de l'ouvrage imparfait Omnis, sive justus, sive peccator sit. Homil. 18. D'ailleurs, pour nous encourager à prier, et à demander avec une grande confiance ces grâces spirituelles, notre divin Sauveur nous a dit : En vérité, en vérité, c'est moi qui vous le dis : si vous sollicitez quelque chose de mon Père en mon nom, il vous le donnera Amen, amen, dico vobis : si quid petieritis Patrem in noraine meo, dabit vobis. Jo. 16. 23.  Ce qui signifie : Pécheurs, si vous n'avez pas le mérite qu'il faut pour obtenir les grâces, je l'ai, moi, auprès de mon Père ; demandez donc en mon nom, c'est-à-dire, par mes mérites, et je vous le promets, vous obtiendrez tout ce que demanderez.
3. On doit prier avec persévérance.
Surtout, il faut prier avec persévérance jusqu'à la mort, sans jamais cesser de prier ; nous l'apprenons de ces textes de l'Écriture : Il faut toujours prier Oportet semper orare. Luc. 18. 1. Veillez donc, priant en tout temps Vigilate itaque, omni tempore crantes. Luc. 21. 36. Priez sans interruption Sine intermissione orate. /. Thess. 5. il. Et l'Ecclésiastique nous avertit en ces termes : Que rien ne vous empêche de prier toujours Non impediaris orare seinper. Eccli. IS. 22. Il veut dire que nous devons, non seulement prier toujours, mais encore avoir soin d'ôter les occasions qui nous empêchent de prier ; car, en négligeant de prier, nous resterions privés des secours divins, et nous serions vaincus par les tentations.
La persévérance dans la grâce de Dieu est un don tout gratuit, que nous ne pouvons mériter ; ainsi la déclaré le concile de Trente ;' mais saint Augustin enseigne qu'on peut le mériter par la prière, ou l'obtenir en priant Hoc Dei donum suppliciter emereri potest. De Dono pcrs. c. 6. C'est pourquoi le cardinal Bellarmin dit, en parlant de la grâce de la persévérance : On doit la demander tous les jours, pour l'obtenir tous les jours ; Quolidie petenda est, ut quotidie obtinealur. autrement, le jour où l'on cessera de la demander, on tombera dans le péché.
Si donc nous voulons persévérer et nous sauver, puisque sans la persévérance, personne ne se sauve, il faut que nous priions continuellement. Notre persévérance jusqu'à la mort dépend, non d'un seul secours, mais de mille secours, que, durant toute notre vie, nous espérons obtenir de Dieu, pour nous conserver dans sa grâce ; or, à cette chaîne de secours divins, il faut que corresponde une autre chaîne, celle de nos prières, sans lesquelles, ordinairement, le Seigneur ne donne pas ses grâces : si nous rompons cette chaîne de prières, en cessant de prier, la chaîne de secours divins se rompra aussi, et nous perdrons la persévérance. Jésus-Christ a dit à ses disciples : Si quelqu'un d'entre vous, ayant un ami, allait le trouver au milieu de la nuit, pour lui dire : Prêtez-moi trois pains ; car il est arrivé chez moi une connaissance, et je n'ai rien à lui donner ; — et supposé que cet ami réponde : maintenant, je suis au lit, la porte est fermée, je ne peux me lever ; — malgré cela, si le premier continue de frapper à la porte, sans vouloir se retirer, l'autre, enfin, sinon par amitié pour lui, au moins à cause de son importunité, se lèvera, et lui donnera tout le pain dont il a besoin Et si non dabit illi surgens eo quod amicus ejus sit, propter improbitatem tamen ejus surget, et dabit illi quotquot habet necessarios. Luc. il. 5. Or, dit saint Augustin, si un tel ami donne ses pains à cause de l'importunité qu'il souffre, à combien plus forte raison, si nous persévérons dans la prière, le Seigneur nous donnera-t-il ses grâces, puisqu'il nous engage lui-même à les demander, et qu'il est offensé, quand nous ne les demandons pas ! Quanto magis dabit (Deus) bonus, qui nos hortatur ut petamus, cui displicet, si non petamus ! Serin. 61. E. B.
Les hommes s'ennuient de s'entendre demander une chose plusieurs fois d'une manière importune ; mais Dieu nous exhorte à redoubler nos prières ; loin d'en être ennuyé, il se complaît à nous voir répéter souvent nos demandes. Il veut même que nous soyons persévérants dans la prière, en lui demandant ses grâces jusqu'à l'importunité, dit le père Cornélius Vult Deus nos in oratione esse persévérantes usque ad importunitatem. In Luc. U.S. Et saint Jérôme avait déjà dit auparavant, que cette importunité auprès de Dieu est opportune : Hœc itnportunitas apud Dominum est opportuna. C'est ce que montre bien cette exhortation répétée avec une force croissante : demandez, et il vous sera donné ; cherchez, et vous trouverez ; frappez, et l’on vous ouvrira Petite, et dabitur vobis ; quaerite, et invenietis ; pulsate, et aperietur vobis. Luc. 11. 9. — Il suffisait d'avoir dit : petite : Demandez ; — mais Notre-Seigneur a voulu ajouter : quaerite, Pulsate : Cherchez, Frappez ; — pour nous faire entendre que, durant toute notre vie, nous devons, en demandant les grâces de Dieu, agir comme les mendiants, qui demandent l'aumône avec importunité, au point que, même quand ils sont renvoyés, ils ne cessent de crier, de frapper à la porte, et d'insister dans leur demande, jusqu'à ce qu'ils reçoivent le secours dont ils ont besoin.
Si donc nous voulons obtenir de Dieu la sainte persévérance, il faut que nous soyons toujours importuns à la lui demander, quand nous nous levons le matin, quand nous faisons la méditation, quand nous entendons la messe, quand nous visitons le saint Sacrement, quand nous allons nous coucher le soir, et surtout quand le démon nous tente de commettre quelque péché ; en sorte que nous devons avoir constamment la bouche ouverte pour prier, et dire : Seigneur ! aidez-moi, assistez-moi, éclairez-moi, fortifiez-moi, protégez-moi, ne m'abandonnez pas. — Il faut que nous fassions continuellement violence à Dieu ; celle violence que nous lui faisons par nos prières, loin de lui déplaire, lui est chère et agréable, dit Tertullien Ilaen vis Deo grata est. Apolog. c. 39. Oui, ajoute saint jean Climaque, nos prières font au Seigneur une pieuse violence, qui lui plaît, et le contraint à nous accorder les grâces que nous lui demandons Oratio pie Deo vim infert. Seal, spi-r. gr. 28. En outre, il aime beaucoup à nous voir honorer sa divine Mère ; c'est pourquoi, comme le dit saint Bernard, il veut que toutes les grâces que nous recevons, passent par les mains de Marie. De là cette exhortation du saint Docteur : Cherchons la grâce, et cherchons-la par Marie ; car ce qu'elle cherche elle le trouve, et ne peut être rebutée Quaeramus gratiam, et per Mariam quseramus ; quia, quod quaerit, invenit, ei frustrari non potest. De Aquœd. Quand, pour obtenir quelque grâce, nous nous recommandons à Marie, elle nous écoute avec bonté, et elle prie pour nous, et ses prières ne manquent jamais d'être exaucées.

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