SERMON XXII.
POUR LE PREMIER DIMANCHE APRES PAQUES.
De la fuite des occasions du péché.
Cum fores essent clausœ, ubi erant discipuli congregati, venit Jesus, et stetit in medio eorum Jo. 20. 19.
Les portes du lieu où les disciples se tenaient assemblés, étant fermées, Jésus vint et se plaça au milieu d'eux.
Nous voyons dans l'Évangile de ce jour, que, les Apôtres se trouvant réunis dans une maison, Jésus-Christ ressuscité y entra, quoique les portes fussent fermées, et se plaça au milieu d'eux : Cum fores essent clausœ, venit Jésus, et stetit in medio. Saint Thomas remarque sur ce fait, que, mystiquement parlant, le Seigneur a voulu par là nous faire entendre qu'il n'entre point dans nos âmes, si elles ne tiennent fermées les portes des sens Mystice per hoc datur intelligi quod Christus nobis apparat, quando fores, id est, sensus sunt clausi. In Jo. 80. lect. 4. Si donc nous voulons que Jésus-Christ habite en nous, il faut que nous tenions les portes de nos sens fermées aux mauvaises occasions ; autrement, le démon nous rendra ses esclaves.
A ce propos, je veux vous montrer aujourd'hui le grand danger où l’on se met de perdre Dieu, quand on ne fuit pas les mauvaises occasions.
Nous voyons dans les saintes Écritures, que Jésus-Christ ressuscita, et que Lazare ressuscita aussi ; mais Jésus-Christ est ressuscité pour ne plus mourir, comme le remarque l'Apôtre : Le Christ, ressuscité des morts, ne meurt plus Christus, resurgens ex mortuis, jam non moritur. Rom. 6. 9. A Lazare, au contraire, après sa résurrection, mourut de nouveau. L'abbé Guérie fait cette réflexion, que Jésus-Christ ressuscita libre de tout lien, tandis que Lazare ressuscita, ayant les pieds et les mains liés Ligatus pedes et manus. Jo. il. 44. Malheureux, ajoute cet auteur, celui qui, en ressuscitant du péché, reste lié par quelque occasion dangereuse ; car il mourra de nouveau, en perdant la grâce de Dieu. Ainsi, quiconque veut se sauver, doit quitter, non seulement le péché, mais encore l'occasion d'y tomber, comme telle correspondance, telle maison, telle compagnie, et autres choses semblables qui portent au péché.
Le péché originel a introduit en nous tous une funeste inclination à pécher, c'est-à-dire, à faire ce qui nous est défendu ; c'est pourquoi saint Paul se plaignait de sentir en lui-même une loi contraire à la raison Video autem aliam legem in membris meis, repugnantem legi mentis meae, et captivantem me in lege peccati. Rom. 7. 23. Quand l'occasion est présente, elle excite avec violence ce mauvais penchant, auquel alors il est fort difficile de résister ; car Dieu refuse les secours efficaces à celui qui s'expose volontairement à l'occasion. Qui aime le péril, y périra Qui amat periculum, in illo peribit. Eccli. 3. 27. — sentence de l'Esprit-Saint, que le Docteur angélique explique, en disant que celui qui ne fuit pas le danger, y reste abandonné de Dieu Cum exponimus nos periculo, Deus nos derelinquit in illo. De là, saint Bernardin de Sienne assure que, le meilleur de tous les avis, lequel est même comme le fondement de la religion, c'est de fuir les occasions de péché Inter consilia Christi, unum celeberrimum quasi religionis fundamentum est, fugere peccatorum occasiones. T. 1. s. 21. a. 3. c. 3.
Saint Pierre nous avertit que le démon tourne sans cesse autour de chaque âme, pour y entrer et en prendre possession Circuit, quaerens quem devoret. I. Pet. 5. 8. C'est pour cela qu'il cherche toujours à mettre devant elle l'occasion du péché, qui est, comme dit saint Cyprien l'ouverture par laquelle il peut y pénétrer Explorât an sit pars cujus aditu penetretur. De Zelo et Liv.. Dès qu'une âme se laisse amener à affronter l'occasion, le démon entre facilement en elle et la dévore. Telle fut la cause de la ruine de nos premiers parents : ils n'ont pas fui l'occasion. Dieu leur avait défendu, non seulement de manger de certain fruit, mais même de le toucher, suivant la réponse faite par Eve au serpent, qui la tentait d'en manger : Dieu, dit-elle, nous a ordonné de n'en point manger, de n'y pas même toucher Preecepit nobis Deus, ne comederemus, et ne tangeremus illud. gen. 3. 3. mais, d'après le texte sacré, la malheureuse commença par le regarder ; puis elle le cueillit ; enfin elle le mangea : fidit..., tulit..., comedit. Voilà ce qui arrive d'ordinaire à tous ceux qui se mettent volontairement dans l'occasion. aussi, le démon, contraint un jour par les exorcismes de dire lequel de tous les sermons lui déplaisait le plus,] avoua que c'était le sermon sur la fuite des occasions. En] effet, notre ennemi se rit de toutes nos résolutions et de toutes les promesses que nous faisons à Dieu ; son principal soin est de nous amener à ne pas fuir l'occasion car l'occasion est comme un bandeau qui nous couvre le yeux, et ne nous laisse plus voir les lumières reçues, ni les vérités éternelles, ni les résolutions prises ; en un mot, elle nous fait oublier tout, et nous force, pour ainsi dire, à pécher.
En venant au monde, on entre au milieu des pièges.* Del là cet avertissement du Sage, que, pour être en sûreté contre In medio laqueorum ingredieris. Eccli. 9, 20. ces pièges, il faut les éviter et s'en éloigner Qui autem cavct laqueos, securus erit. Prov. 11. 50. Mais, si, au lieu de s'en éloigner, on s'en approche, comment pourra-t-on y échapper ? C'est pourquoi David, après avoir appris à son grand détriment le danger que l'on court en s'exposant aux mauvaises occasions, dit que, pour rester fidèle à Dieu, il s'était interdit l'approche de toute occasion qui aurait pu le conduire à une rechute. J'ai détourné mes pieds de toute voie mauvaise afin de garder vos préceptes Ab omni via mala prohibai pedes meos, ut custodiam verba tua. pi. 118. 101. Il déclare qu'il a voulu éviter, non pas seulement tout péché, mais encore toute voie mauvaise, qui conduit au péché.
Le démon ne manque pas de prétextes à nous offrir pour nous persuader que telle occasion, à laquelle nous nous exposons, n'est pas volontaire, mais nécessaire (Nécessaire, c'est-à-dire qu'on ne saurait éviter, H. S.). Quand l'occasion est vraiment nécessaire, le Seigneur ne nous prive pas du secours dont nous avons besoin pour ne pas tomber, si nous ne la fuyons pas ; mais parfois nous nous faisons illusion, en nous représentant certaines nécessités comme suffisantes pour nous excuser. Il en est qui ne veulent pas éloigner l'occasion, en disant qu'ils ne craignent pas de tomber ; saint Cyprien leur répond : Jamais on ne peut être sûr de conserver son trésor, si avec le trésor on tient enfermé chez soi le voleur, et l'agneau ne peut être sûr de sa vie, s'il veut habiter dans une caverne avec le loup Nunquam securus cum thesauro latro tenetur inclusus, nec intra unam caveam habitans cum lupo tutus est agnus. De Sing. cleric. de même nul ne peut être sûr de conserver le trésor de la grâce, s'il veut demeurer dans l'occasion du péché. — Saint Jacques dit que tout homme renferme en lui-même un grand ennemi, savoir, la mauvaise inclination qui le porte à pécher Unusquisque vero tentatur a concupiscenlia sua abstractus et ulectus. Jac. 1. 14. Si donc il ne fuit pas les occasions, qui le tentent du dehors, comment ^ pourra-t-il résister et ne pas tomber ? Mettons-nous devant les yeux cet avis général que Jésus-Christ nous a donné pour vaincre toutes les tentations et nous sauver. Si vous voyez que votre œil droit est pour vous une cause de damnation, il faut que vous l'arrachiez et le jetiez loin de vous Si oculus tuus dexter scandalizat te, erue eum, et projice abs te. matth. 5.29. c'est-à-dire que, quand l'âme est en danger de se perdre, il faut fuir toute occasion.
Saint François d'Assise disait, comme je l'ai rapporté dans un autre sermon, que le démon, en attaquant certaines âmes qui ont la crainte de Dieu, ne cherche pas de prime abord à les lier avec la corde d'un péché mortel ; car, à la vue d'un péché mortel, elles fuiraient épouvantées, et ne se laisseraient point prendre ; mais le rusé commence par les attacher avec un cheveu, qui ne se fait guère redouter ; après cela, il lui devient plus facile d'augmenter les liens, jusqu'à ce qu'il se soit rendu maître de ces âmes. C'est pourquoi, si l'on veut se délivrer d'un tel danger, on doit rompre dès le principe tous les cheveux, c'est-à-dire, toutes les occasions, comme ces salutations, ces billets, ces cadeaux, ces paroles affectueuses. Et s'il s'agit spécialement d'une personne qui a vécu dans l'habitude de l'impudicité, il ne lui suffira pas de fuir les occasions prochaines ; si elle ne va pas jusqu'à fuir même les occasions éloignées, elle retombera facilement.
L'impudicité, dit saint Augustin, est un vice qui fait la guerre à tout le monde, et bien rares sont ceux qui en sortent victorieux Quotidiana est pugna, et rara Victoria. Serm. 293. n. 2. E. b. app. Combien de malheureux ont voulu s'exposer à le combattre, et sont restés vaincus ! — Oh ! dit le démon à celui qu'il veut porter à ne pas fuir l’occasion, ne crains pas, tu ne te laisseras pas vaincre par la tentation. — Saint Jérôme lui répond : Nolo pugnare spe victoriae, ne perdam aliquando victoriam. hegul. mon. de Laud. ereini. Je ne veux pas me livrer au combat dans l'espoir de vaincre, car, si je m'y livre volontairement, il m'arrivera un jour de succomber, et je perdrai mon âme à Dieu. — Pour n'être pas vaincus dans ce combat, il faut un grand secours de Dieu ; et de notre côté, pour nous rendre dignes de ce secours, il nous est nécessaire de fuir l'occasion et de nous recommander continuellement à Dieu ; car, de nous-mêmes, nous n'avons pas la force de garder la continence ; c'est Dieu qui doit nous la donner, selon ce que nous enseigne le Sage, et nous l'obtenons par la prière Et ut scivi quoniam aliter non possem esse continens , nisi deus det..., adii Dominum, et deprecatus sum illum. Sap. 8. SI. Si nous nous exposions à l'occasion, nous donnerions nous-mêmes, comme dit l'apôtre, des armes à notre chair rebelle, pour faire la guerre à notre âme Sed neque exhibe atis membra vestra arma iniquitatis peccato. rom. 6. 13. Ce texte est ainsi expliqué par saint Cyrille d'Alexandrie Tu das stimuîum carni tuse, tu illam adversus spiritum armas et potentem facis. Saint Philippe de Neri disait que, les vainqueurs dans la guerre du vice impur, ce sont les poltrons, c'est-à-dire, ceux qui fuient l'occasion. au contraire, celui qui s'expose à l'occasion, arme sa chair, et la rend si puissante, qu'il se trouve moralement dans r impossibilité de lui résister.
Dieu donna ordre à Isaïe de crier : Toute chair n'est que de l'herbe sèche Omnis caro, fenum. 7s. 40. 6. S'il en est ainsi, prétendre se tenir pur, quand on se met volontairement dans l'occasion de pécher, c'est la même chose, dit saint Jean Chrysostome, que de vouloir mettre une torche dans le foin, sans que le foin brûle Lucernam in fenum pone, ac tum aude negare quod fenum uratur. Tn Ps. 50. hom. 1. Non, dit saint Cyprien, il n'est pas possible de se tenir au milieu des flammes, sans brûler Impossibile est flammis circumdari, et non ardere. De Singul. cler. L'Esprit-Saint a exprimé la même chose, en disant qu'il est impossible à l'homme de marcher sur des charbons ardents, sans se brûler les pieds Numquid potest homo... ambulare super prunas, ut non comburantur plantée ejus Prov. 6. 27. Et saint Bernard assure que, se conserver chaste, en s'exposant à l'occasion prochaine, ce serait un plus grand miracle que de ressusciter un mort Plus est, quam mortuum suscitare. In Cant. s. 65. n. 4.
Saint Augustin dit que, dans le danger, celui qui ne veut pas fuir, veut périr. Ailleurs, il avertit que celui qui veut vaincre, et non périr, doit fuir l'occasion In periculo, qui non vult fugere, vult perire. Contra libidinis impetum, appréhende fugam, si vis invenire victoriam. Serm. 293. e. B. app. Il en est qui se confient follement en leur propre force, ne voyant pas qu'elle ressemble, selon l'expression du prophète, à celle de l'étoupe mise sur la flamme Et erit fortitudo vestra ut favilla stuppœ. 7s. i. 31. D'autres se font illusion sur leur changement de conduite, sur leurs confessions, sur les promesses qu'ils ont faites à Dieu ; ils disent : Maintenant, par la grâce de Dieu, je n'ai plus de mauvaise intention à l'égard de cette personne, je n'éprouve même plus de tentations. — écoutez, vous qui parlez ainsi. On dit qu'en Mauritanie il y a une espèce d'ours qui font la chasse aux singes. Or, ceux-ci, quand ils voient arriver l'ennemi, grimpent sur les arbres et leur échappent ainsi. Alors, que fait l'ours ? il s'étend par terre et fait le mort, attendant que les singes descendent de l'arbre ; et dès qu'il les voit descendus, il se lève, se jette sur eux, et les dévore. — Telle est la ruse du démon : il fait le mort, cessant de tenter ; mais, quand on descend vers lui, en se mettant dans l'occasion, il réveille la tentation, et parvient à dévorer sa proie.
Oh ! combien d'âmes même dévotes ont eu ce malheur ! elles pratiquaient l'oraison mentale, communiaient souvent et menaient une vie sainte, mais s'étant ensuite exposées à l'occasion, elles sont tombées dans l'esclavage du démon. l'Histoire de l'Église en rapporte un exemple terrible. Une sainte femme, adonnée au pieux office d'ensevelir les martyrs, en trouva un qui respirait encore ; elle le retira dans sa maison, où, avec l'aide des médecins, elle parvint à le guérir. Mais, qu'arriva-t-il ensuite à ces deux personnes, qu'on pouvait appeler saintes, l'une ayant été si près de mourir pour la foi, et l'autre s'étant dévouée à un exercice de charité qui l'exposait aux poursuites des tyrans ? D'abord, elles tombèrent dans le péché, et perdirent la grâce de Dieu ; puis, rendues plus faibles par le péché, elles en vinrent à renier la foi. — Saint Macaire rapporte un fait semblable d'un vieillard qui avait été à moitié brûlé, pour n'avoir pas voulu renier la foi : remis en prison, il eut le malheur d'entrer en familiarité avec une femme pieuse, qui venait y servir les martyrs, et il tomba dans le péché.
L'Esprit-Saint nous avertit qu'il faut fuir le péché comme on fuit à l'aspect du serpent.* Ainsi, comme on fuit, non seulement la morsure du serpent, mais encore son contact, et même son approche, il faut également fuir, non seulement le péché, mais encore les occasions du péché, savoir, telle maison, tel entretien, telle personne. Celui qui veut se tenir près du serpent, dit saint Isidore, n'y sera pas longtemps sans recevoir quelque blessure.- C'est pourquoi, si quelque personne peut facilement être pour nous une cause de ruine, le Sage nous recommande de nous en tenir bien éloignés Longe fac ab ea viam tuam, et ne appropinques foribus domus ejus. Prov. 5. 8. Il ne dit pas seulement : Gardez-vous d'approcher de sa maison, qui est pour vous la voie de l'enfer Via inferi, domus ejus. Prov. 7. 27. il dit : Ayez soin de vous en détourner et de passer loin de là : Longe fac ah ea viam tuam.
Mais, dira-t-on peut-être, si je quitte cette maison, mes intérêts en souffriront. — Il vaut mieux renoncer à vos intérêts, que de perdre votre âme et Dieu. Il faut se persuader que, pour conserver la pureté, on ne saurait prendre trop de précautions. Si nous voulons nous garantir du péché et de l'enfer, nous devons toujours nous tenir dans la crainte et le tremblement, comme saint Paul nous y exhorte Cum metu et tremore vestram salutem operamini. Phil. S. i2 Celui qui ne tremble pas, et qui ose s'exposer aux mauvaises occasions, se sauvera difficilement. C'est pourquoi, dans nos prières, nous devons répéter tous les jours et plusieurs fois chaque jour, celle-ci du Pater noster : Et ne nous induises pas en tentation. Seigneur ! ne permettez pas que je me trouve dans des tentations qui me feraient perdre votre grâce. — Nous ne pouvons mériter la grâce de la persévérance ; mais Dieu l'accorde certainement, comme le dit saint Augustin, à celui qui la demande ; car il a promis d'exaucer celui qui le prie, et il s'est ainsi, ajoute le même saint, rendu notre débiteur Promittendo, debitorem se Deus fecit. Serm. iiO. E. B.
SERMON XXIII.
FOUR LE SECOND DIMANCHE APRES PAQUES.
Du scandale.
Lupus rapit et dispergit oves Jn. 10. 12.
Le loup ravit et disperse les brebis.
Les loups qui ravissent et dispersent les brebis de Jésus-Christ, comme il est dit dans l'Évangile de ce jour, ce sont les scandaleux, lesquels, non contents de se perdre eux-mêmes, travaillent en outre à la perte des autres. Mais, malheur à eux ! dit le Seigneur : Malheur à celui qui donne du scandale Vae homini illi per quem scandalum venitl Matth. 18. 7. et devient cause que d'autres perdent la grâce de Dieu ; car, dit Origène, en portant quelqu'un au péché, on se rend plus coupable que lui Plus ille peccat qui ad peccandum impulit, quam qui peccat. Mes chers auditeurs, si jamais quelqu'un d'entre vous a donné du scandale par le passé, je veux aujourd'hui lui apprendre quel grand mal il a fait, pour qu'il le regrette et s'en garde à l'avenir.
Dans ce dessein, je vais vous montrer,
— premièrement, le grand déplaisir que cause à Dieu le péché de scandale,
— et secondement, le grand châtiment dont Dieu menace les scandaleux.
l. Le grand déplaisir que cause à Dieu le péché de scandale.
Il faut avant tout expliquer ce qu'est le scandale. Voici comment saint Thomas le définit : C'est une parole ou une action par laquelle on est pour le prochain une cause ou du moins une occasion de perdre son âme Est dictum vel factura praebens alteri occasionem ruinse (spiritualis). 2. 2. q. 43. a. î. — Le scandale peut être direct ou indirect : il est direct, quand on induit directement le prochain à commettre un péché ; il est INDIRECT, quand on dit une parole ou qu'on fait une action mauvaise, en prévoyant qu'elle sera pour le prochain une occasion de chute. Or, en matière grave, le scandale, soit direct, soit indirect, est toujours un péché mortel.
Voyons maintenant quel amer déplaisir donne à Dieu celui qui lui fait perdre une âme. Pour s'en faire une idée, il faut considérer combien toute âme est chère à Dieu. d'abord, il l'a créée à son image : Faisons, a-t-il dit, faisons l'homme à notre image et ressemblance Faciamus hominem ad imaginem et similitudinem nostram. gen. 1. 26. Aux autres créatures. Dieu a donné l'existence par un simple Fiat, par un signe de sa volonté ; mais l'âme, il l'a créée par son propre souffle Et inspiravit in faciem ejus spiraculura vitae. Ge7i. 2. 7. Et cette âme, il l'a aimée de toute éternité In charitate perpétua dilexi te ; ideo attraxite miserans./er, 5/. 5. Il l'a destinée à régner dans le paradis et à partager sa gloire, comme saint Pierre nous l'assure Ut per haec efficiamini divinae consortes naturae. II. Pet. 1. 4. Il veut la faire participer à sa propre béatitude Intra in gaudium Domini tui. Matth. 25. 21. Et il promet de se donner lui-même à elle pour récompense Ego... merces tua magna nimis. Ge 15, 1
Mais, selon saint Eucher, rien n'est propre à montrer combien Dieu estime l'âme, comme ce qu'a fait le Verbe incarné pour la racheter, quand il la vit perdue par le péché. Voulez-vous savoir ce que vaut votre âme ? demande ce saint ; interrogez votre Créateur, et si vous ne l'en croyez pas, interrogez votre Rédempteur Quantum pretiosus sis, si Factorcm non credis, interroga Rederaptorem. De Symh. hom. 2. Et saint Ambroise, parlant précisément du soin que nous devons avoir du salut de nos frères, dit qu'on en connaît la valeur par la mort de Jésus-Christ Quantum valeat salus fratris, ex morte Christi cognoscitur. In ep. ad Rom. c. 14 On juge de la valeur d'une chose au prix qu'en donne un acheteur éclairé ; or, Jésus-Christ a acheté les âmes à un grand prix, comme dit l'apôtre Empti enim estis pretio magno. /. Cor. 6. 20. Ce prix est celui de son sang ; on peut donc dire qu'une âme vaut autant que le sang d'un Dieu ; et en effet, voici comment parle saint Augustin : La rédemption du monde a coûté un tel prix que l'homme semble valoir un Dieu Tarn copioso raunere huraana redemptio agitur, ut homo Deum valere videatur. De dilig. D. c. 6. Aussi notre sauveur nous déclare que, le bien ou le mal que nous faisons au moindre de nos frères, c'est à lui-même que nous le faisons Quamdiu fecistis uni ex his fratribus meis minimis, mihi fecistis. matth. 25.40.
Tout cela montre bien quel amer déplaisir on donne à Dieu, quand, par le scandale, on lui fait perdre une âme : il suffit de dire que c'est lui ravir et mettre à mort une fille pour le salut de laquelle il a sacrifié son sang et sa vie. Aussi, saint Léon traite le scandaleux d'homicide Quisquis scandalizat, mortem infert animae proximi homicide plus coupable que les autres, puisqu'il donne la mort, non pas au corps, mais à l'âme de son frère, et qu'il fait perdre à Jésus-Christ le fruit de toutes ses larmes, de toutes ses douleurs, de tout ce qu'il a fait et souffert pour gagner cette âme. De là cet avertissement de l'apôtre : En péchant ainsi contre des frères et en blessant leur conscience faible, vous péchez contre Jésus-Christ Sic aulem peccantes in fratres, et percutientes conscientiara eorum infirmam, in Christum peccatis. I. Cor. 8. 12. Celui qui scandalise un autre, semble prêcher proprement contre Jésus-Christ ; car, dit saint Ambroise (In Ep. ad Rom. c. 14.) en causant la perte d'une âme, on fait perdre à Jésus-Christ une œuvre qui lui a coulé tant d'années de travaux et de peines. On raconte que le bienheureux Albert-le-Grand avait travaillé trente années à composer une tête, semblable à une tête humaine, qui faisait entendre certaines paroles ; on ajoute que saint Thomas, craignant que ce ne fût l'effet d'un artifice diabolique, prit la tête et la brisa ; ce dont le bienheureux se plaignit ensuite à lui-même, en disant qu'il lui avait fait perdre un travail de trente années : Opus triginta annorum fregisti mihi. Que cette histoire soit vraie, je ne le garantis pas ; mais ce qui est certain, c'est que Jésus-Christ, en voyant une âme perdue par le fait d'un scandaleux, a bien le droit de lui adresser ce reproche : Scélérat ! qu'as-tu fait ? Tu m'as fait perdre cette âme, pour laquelle j'ai employé trente-trois années de vie !
On lit dans l'Écriture que les fils de Jacob, après avoir vendu leur frère Joseph à des marchands étrangers, voulurent faire croire à leur père qu'une bête féroce l'avait dévoré en chemin. A cet effet, ils prirent la robe de Joseph, la teignirent du sang d'un chevreau, et l'envoyèrent ainsi à Jacob, en lui faisant dire : Voyez si c'est la robe de votre fils. A cette vue, l'affligé père s'écria en pleurant : C'est la robe de mon fils ; une bête féroce l'a dévoré ! Vide utrum tunica filii tui sit. — Tunica filii mei est ; fera pessima comedit eum. Gen. 37. 32. — D'après cet exemple, nous pouvons nous figurer que, quand une âme tombe dans le péché par suite d'un scandale, les démons présentent à Dieu sa robe teinte du sang de l'Agneau sans tache, c'est-à-dire, la grâce perdue par cette âme scandalisée, que Jésus-Christ avait rachetée de son sang, et lui disent : Voyez si c'est la robe de votre fille. — Alors, si Dieu pouvait pleurer, il pleurerait encore plus amèrement que Jacob, en voyant cette âme perdue, cette pauvre fille mise à mort par le scandale, et il dirait : Oui, c'est la robe de ma fille chérie, une bête féroce l'a dévorée ! — Après cela, le Seigneur ira à la recherche de cette bête féroce, en s'écriant : Où est, où est la bête cruelle qui a dévoré ma fille ? —Et quand il l'aura trouvée, que fera-t-il ?
Dieu a dit par l'organe du prophète Osée : Je viendrai à eux, comme une ourse à qui l'on a ravi ses petits Occurram eis, quasi ursa raptis catulis. Os. i3. S. — Quand l'ourse, de retour à sa tanière, n'y retrouve pas ses petits, elle se met à parcourir la forêt, cherchant le ravisseur ; et quand elle le trouve, avec quelle rage elle se lance sur lui, pour le déchirer ! Le Seigneur déclare que c'est ainsi qu'il agira contre le scandaleux, qui lui a ravi ses enfants. — mais, dira le scandaleux, si mon prochain s'est damné, que puis-je y faire ? — Puisqu'il s'est damné à cause de toi, répondra le Seigneur, c'est à toi de me le payer, je te redemanderai son sang Sanguinem vero ejus do manu tua renuiram. Ezech. 3. 20. Il est écrit dans le Deutéronome : Pas de pitié pour le meurtrier : vie pour vie Non misereberis ejus, sed animam pro anima. Mt 19. 21. Tu as fait perdre une âme ; tu dois perdre la tienne. — Passons au second point.
2. Le grand châtiment dont Dieu menace les scandaleux.
Malheur à l'homme par qui le scandale arrive Vae homini illi per quem scandalura venit ! Matth. 18. 7. — Si grand est le déplaisir que donne à Dieu le scandaleux, grand aussi doit être le châtiment qui lui est réservé. Voici comment Jésus-Christ parle de ce châtiment : Celui qui donne du scandale, il convient qu'il soit jeté au fond de la mer avec une meule de moulin au cou Qui autem scandalizaverit unum de pusillis istis, qui in me credunt, expedit ei ut suspendatur mola asinaria in collo ejus, et demergatur in profundum maris. Ibid. 6. — Le criminel exécute sur la place publique émeut encore de compassion les spectateurs, qui, s'ils ne peuvent le délivrer, prient au moins Dieu pour lui ; mais celui qu'on jette au fond de la mer, est privé même de cette compassion. Un auteur observe que Jésus-Christ, en désignant cette espèce de supplice pour le scandaleux, le déclare odieux même aux anges et aux saints, en sorte qu'ils ne savent recommander à Dieu ce misérable qui lui a fait perdre une âme Declaratur indignus qui videatur, nedum adjuvetur. Mansi. tr. 27. dise. 8. n, 4.
D'après saint Jean Chrysostome, Dieu hait tellement le scandale, que, s'il dissimule parfois des péchés plus graves, il ne laisse point passer celui-là sans le châtiment mérité Tam Deo horribile est scandalum, ut peccata graviora dissimulet, non autem peccata ubi frater scandalizatur. c'est ce que le Seigneur a déclaré lui-même par Ézéchiel, en disant que, si quelqu'un scandalise les autres par ses iniquités, il en fera un exemple éclatant Faciara eum in exemplum, et in proverbiura, et disperdara eum de medio populi mei, Ezech. 14. S. Et en effet, le scandale est un des péchés que, dans les saintes Écritures, nous trouvons punis de Dieu avec le plus de rigueur. Nous en avons un exemple dans la personne d'Héli, châtié pour n'avoir pas repris ses fils qui donnaient du scandale en dérobant les chairs des sacrifices. — Car les parents scandalisent non seulement en donnant positivement mauvais exemple, mais encore en ne corrigeant pas leurs enfants comme ils le doivent. — Le Seigneur lui fit annoncer qu'il allait lui infliger un châtiment qui remplirait tout le monde d'effroi Quod quicumque audierit.tinnientambae aures ejus.J. i ?e^.5. 11.{î) Erat ergo peccatum puerorum grande nimis. Avant cela, parlant du scandale donné par les fils d'Héli, l'Écriture dit que c'était un péché extrêmement grave.' Et quel était ce péché si grand ? Saint Grégoire l'explique : C'est qu'ils entraînaient les autres dans le péché Quia ad peccandum alios pertrahebant. In J. Reg. l. 2. c. 2.
— De même, pourquoi Jéroboam fut-il si sévèrement puni ? parce qu'il fut scandaleux. Il a péché, et il a fait pécher le peuple d'Israël Qui peccavit, et peccare fecit Israël. III. Reg. 14. 16. — Dans la famille d'Achab, toute ennemie de Dieu, la plus cruellement châtiée fat Jézabel, qui fat précipitée par une fenêtre, foulée aux pieds des chevaux, et puis dévorée par les chiens qui n'en laissèrent que le crâne, les pieds et l'extrémité des mains IV. Reg. 9. 35. Pourquoi cet horrible supplice ? Tostat répond : Parce qu'elle avait excité le roi Achab à toutes les iniquités Ipsa incitavit Achab ad omnia mala.
C'est pour le péché de scandale que l'enfer a été créé. Dieu commença par créer le ciel et la terre. In principio creavit Deus cœlum et terram. Gen. 1.1. Et quand créa-t-il l'enfer ? Ce fut lorsque Lucifer se mit à séduire les anges pour les exciter à se révolter contre Dieu : et il fut chassé du ciel aussitôt après son péché, afin qu'il ne tentât pas de séduire encore ceux qui étaient restés fidèles à Dieu. de là Jésus-Christ, parlant aux Pharisiens, dont le mauvais exemple scandalisait le peuple, leur dit qu'ils étaient les fils du démon, qui fut dès le commencement le meurtrier des âmes Vos ex pâtre diabolo estis... : ille homicida erat ahinitio. Jo. 8. 44. De même, quand saint Pierre lui donna du scandale, c'est-à-dire qu'il l'engagea à ne pas se laisser prendre et mettre à mort par les Juifs, voulant ainsi l'empêcher d'accomplir la rédemption des hommes, Jésus-Christ le traita de démon. Vade post me, Satana ; scandalum es mihi. Matth. 16. 23. En effet, que fait le scandaleux, sinon de servir de ministre au démon ? Certainement le démon ne gagnerait pas tant d'âmes, s'il n'y était aidé par ces ministres impies. un compagnon scandaleux fait plus de mal que cent démons.
Sur ces paroles du roi Ezéchias : Voici qu'en temps de paix mon amertume est très amère, Ecce in pace amaritudo mea amarissima. Is. 38. 17. Saint Bernard met dans la bouche de la sainte Église la plainte suivante : « J'ai la paix au côté des païens, la paix du côté des hérétiques, mais je ne l'ai pas du côté de mes fils. Pax a paganis, pas ab haereticis, non a filiis. In Cant. s. 33. n. 16. » Dans le temps actuel, il n'y a pas d'idolâtres ni d'hérétiques qui persécutent l'Église ; mais elle est persécutée par ses propres enfants, tels que les chrétiens scandaleux. — Les chasseurs, pour prendre les oiseaux dans les filets, se servent d'appeaux, qui sont certains oiseaux aveuglés et liés ; c'est ainsi qu'agit le démon, dit saint Ephrem : Après avoir fait tomber quelqu'un dans le péché, il commence par l'aveugler et le lier comme son esclave, et puis il en fait un appeau, pour tromper les autres, et les attirer dans le filet du péché Cum primum capta fuerit anima, ad alias decipiendas fit quasi laqueus. De Recta viv. Rat. c. 22. saint Léon dit de même : Satan a un grand nombre de captifs dont il sert pour en tromper d'autres Habet multos quos obligavit, ad alios decipiendos. In Nat. D. s, 7
Malheur aux scandaleux ! en enfer, ils ont à souffrir les peines dues à tous les péchés qu'ils ont fait commettre aux autres. Césaire rapporte que, certain pécheur scandaleux étant mort, un saint homme eut la vision de son jugement et de sa condamnation. Il vit ensuite que, à son entrée dans l'enfer, toutes les âmes qu'il avait scandalisées, arrivèrent autour de lui, et lui dirent : « Viens, maudit, viens expier tous les péchés que tu nous a fait commettre, w En même temps, elles se jetèrent sur lui, et se mirent, comme autant de bêtes féroces, à le déchirer. — D'après saint Bernard, quand l'Écriture parle des autres pécheurs, elle exprime une espérance d'amendement et de pardon ; mais quand il s'agit des scandaleux, elle en parle comme de réprouvés, qui sont déjà séparés de Dieu et sans espoir de salut Loquitur tamquam a Deo separatis ; unde hisce nulla spes vitae esse poterit.
Que l'on considère ensuite dans quel état déplorable se trouvent ceux qui donnent du scandale par leur mauvais exemple, et ceux qui tiennent des propos déshonnêtes devant leurs compagnons, devant des jeunes filles, et même devant de pauvres enfants encore innocents, lesquels, après avoir entendu de telles paroles, en ont l'esprit occupé, et tombent dans une multitude de péchés ; qu'on se figure combien doivent gémir les anges gardiens de ces malheureux enfants, en les voyant tombés dans le péché, et comment ils doivent demander à Dieu vengeance contre ces bouches sacrilèges qui les ont scandalisés. — Un grand châtiment est aussi réservé à ceux qui raillent ou tournent en dérision la bonne conduite des autres ; car plusieurs, pour éviter ces moqueries, s'éloignent du bien, et se livrent à une vie désordonnée.
— Et qu'en sera-t-il de ceux qui s'entremettent pour le succès de quelque commerce infâme ? — Qu'en sera-t-il de ceux qui vont jusqu'à se vanter du mal qu'ils ont fait ? Ciel ! loin de pleurer de repentir d'avoir offensé Dieu, ils s'en réjouissent et s'en glorifient ! — Il y en a aussi qui conseillent le péché, qui portent les autres à pécher. Il y en a qui vont jusqu'à enseigner comment le péché se commet ; chose que les démons eux-mêmes ne font pas. — Et que dirons-nous de ces pères et mères qui, le pouvant, n'empêchent pas les péchés de leurs enfants, permettent qu'ils fréquentent de mauvaises compagnies ou certaines maisons dangereuses, et que leurs filles conversent avec les jeunes gens ?
— Ah ! au jour du jugement, comme ils seront flagellés, tous ces scandaleux !
Ainsi, dira peut-être quelqu'un d'entre vous, moi qui ai donné du scandale, je suis perdu, je n'ai plus aucun espoir de salut ? — Oh ! je ne veux pas dire que vous êtes désespéré ; la miséricorde de Dieu est grande ; il a promis le pardon à celui qui se repent. Mais si vous voulez vous sauver, vous êtes obligé de réparer les scandales que vous avez donnés. Saint Césaire dit : Celui qui s'est perdu en causant la ruine de plusieurs, doit se racheter en portant plusieurs autres au bien Justum est ut, qui cum multorum destructione se perdiderit, cum multorum œdificatione se redimat. Hom. 8. in Bibl. Patr. Vous vous êtes perdu, et vous avez causé la perte de beaucoup d'autres par vos scandales ; il faut maintenant que vous répariez cela : comme vous avez entraîné les autres au mal, vous êtes tenu désormais à les attirer vers le bien par vos bonnes paroles et vos bons exemples, en fuyant les mauvaises occasions, en fréquentant les sacrements, en vous montrant souvent à l'église, occupé à prier, à écouter la parole de Dieu, etc., et en évitant, plus que la mort même, le moindre geste, le moindre mot, qui puisse scandaliser le prochain. Que ceux qui tombent se contentent de leur chute, dit saint Cyprien Sufficiat lapsis ruina una. Ep. ad Pleh. de 5 Schism. De même saint Thomas de Villeneuve : Nos propres péchés doivent bien nous suffire Sufficiunt nobis peccata nostra. De D. Mich. Arc/i. conc. 2. Quel mal vous a donc fait Jésus-Christ, pour que, non content de l'offenser vous-même, vous vouliez le faire offenser encore par les autres ? C'est trop de cruauté !
Ainsi, mes chers frères, à l'avenir, gardez-vous de donner encore le moindre scandale ; et si vous voulez vous sauver, éloignez-vous le plus que vous pouvez des scandaleux. Ces démons incarnés se damneront ; mais, si vous ne les fuyez pas, vous vous damnerez aussi. Malheur au monde à cause des scandales ! a dit le Seigneur Vœ mundo a scandalisl Matth. 18. 7. Cela signifie que beaucoup se damnent, parce qu'ils n'ont pas soin de fuir les scandales. vous direz peut-être qu'il s'agit d'un ami, d'une personne à qui vous avez des obligations, ou dont vous espérez beaucoup ; mais le divin Maître ajoute : Quand même cette personne serait votre œil droit, il faudrait la quitter et renoncer à la revoir ; car il vaut mieux perdre votre œil et sauver votre âme, que.de le conserver et d'aller en enfer Si oculus tuus dexter scandalizatte, erue eum, et projice abs te : bonum tibi est cum uno oculo in vitam iiitrare, quam duos oculos habenlem mitti iu gehennam ignis.
SERMON XXIV.
POUR LE TROISIÈME DIMANCHE APRES PAQUES.
Le prix du temps
Modicum, et jdm non v'utebilis me. (Jean. xvi. 16.)
Encore un peu de temps, et vous ne me verrez plus
Il n'est rien de plus court que le temps! et il n'est rien qui soit plus précieux. Rien de plus court que le temps; car le temps passé n'est plus, le futur est incertain, et le présent n'est qu'un instant rapide. C'est là ce qu'entendait Jésus-Christ, quand il disait, en parlant de sa mort prochaine : Modicum, et non videbitisme. Autant pouvons-nous dire dé notre vie, laquelle,selon St.-Jacques, n'est qu'une vapeur qui së disperse et disparaît : Quid enim est vitatestra? vapor ad modicum parens. (Jac.'iv. 5.) Mais autant cette durée de notre vie est courte, autant aussi elle est précieuse, puisque chaque moment, bien employé, peut nous valoirdes trésors de mérite pour le paradis; x de même que son mauvais, emploi peut nous conduire au péché et nous rendre dignes de l'enfer. Tel est le sujet que je veux vous développer aujourd'hui, savoir, combien sont précieux tous les instants que Dieu nous accorde, non pour les dissiper, encorè moins pour pécher et nous perdre; mais pour faire le le bien et nous sauver. l' . x'
I. Dieu parlant par la bouche d'Isaïe, dit : In tempore placito exaudivi te, et in die salulis auxiliatus suni t'ti. {Isa. Xlix. 8. ) St.-Paul explique ce passage en disant que le temps, placito, est celui dans lequel Dieu a résolu de nous favoriser de ses bienfaits, puis il ajoute : Ecce nunc tempus acceptabile, ecce nunc dits salutis. (2. Cor. vi. 2.) Et là-dessus l'Apôtre noiis exhorte à ne pas dissiper inutilement le temps présent qu'il appelle le jour du salut, parce que ce jour perdu, il ne se retrouvera plus peut-être de salut pour nous. Mais ce temps est court, nous dit encore St.-Paul: Tempus bréve est, reliquum est, ut... qui fient ( sint ) tanqudm non fientes, et qui gaudent tanqudm non gaadcntes, etc., et qui utuntur hoc mundo, tanqudm von utantur. (1. Cor. vu. 29; ) Or', si le temps que nous devonspasser sur ln terre est court, continue l'Apôtre, que ceux qui gémissent, cessent de gémir, car leurs souffrances seront de peu de durée;;et que ceux qui se réjouissent ne s'oublient pas dans leurs joies, car elles finiront aussi bientôt; et de là il conclut que
nous devons user des choses de ce monde, non pour jouir des. biens périssables, mais pour opérer notre salut éternel.
II. Le Saint-Esprit nous dit : FM, conserva Umpttt. (Eccl. iv. 23.) Mon fils, sachez ménager le temps qui est la chose la plus précieuse, le don le plus grand que Dieu ait pu te faire. St.-Bernardin de Sienne ne craint pas d'avancer qu'un moment de temps a autant de valeur que Dieu lui-même : Taniàm valet tempos, quantum Deus, nam in tempore benl consumpto comparalur Deus. ( In serm. %. post dom. t. quadr. cap. l\. ) Et, en effet, dit le même saint, un moment suffit pour que l'homme obtienne le pardon de ses péchés, acquiert la grâce de Dieu et la gloire du paradis. Modico tempore potest homo lucrari graliam et gloriam.
III. Dans un autre endroit, St.-Bernard déplore l'erreur des hommes par qui le temps, la chose la plus précieuse, est regardée comme la plus vile: .NU pretiosius tempore, n'U vilius reputatur. ( Serm. 3. ad Scholar. ) Je vois un homme passer quatre, cinq heures à jbvier, et si je lui dis : Frère,à quoi perdezvous tout ce temps? Il me répond : je me divertis. J'en vois un autre qui se tient la moitié d'une journée dans la rue ou à une fenêtre, et si je lui demande: Que faites-vous là? Je passe le temps, me répond-il. Et pourquoi, dit le même saint, perdre ainsi le temps? quand il ne s'agirait que d'une heure, pourquoi perdre cette heure, la seule peut-être que Dieu vous accorde pour pleurer vos péchés et mériter la grâce divine ? Donec hora pertranseal, quam tibi ad agendam pœnitentiam, ad acquirendam gratiam miseralio conditoris indulserat?
IV. Oh I combien ce tempe, si méprisé des hommes pendant cette vie, sera regretté au moment de la mort et encore plus dans l'autre vie! Le temps est un bien qui n'existe pour nous que dans la vie présente; il ne se retrouve pas dans l'autre; il ne se retrouve pas dans l'enfer, ni dans le ciel. Dans l'enfer, le cri des damnés est celui-ci : Oh si daretur hora ! Ils paieraient à tout prix une heure, une minute de temps qui leur permettrait de réparer leur ruine éternelle; cette heure, cette minute, ils ne l'auront jamais. Dans le ciel on n'a plus de regret, mais si les bienheureux pouvaient en ressentir, ce serait sans doute d'avoir, pendant leur vie, perdu le temps qu'ils auraient pu employer à acquérir une gloire plus grande et de ne pouvoir plus regagner ce temps, line religieuse bénédictine apparut après sa mort à une personne à qui elle dit qu'elle était dans le ciel pleinement heureuse; mais que si elle pouvait désirer quelque chose c'était de retourner sur la terre pour y souffrir davantage et mériter par là une plus grande gloire ; et elle ajouta qu'elle aurait accepté de supporter de nouveau la longue et douloureuse maladie qui l'avait conduite au tombeau, et cela jusqu'au jour du, jugement, afin d'acquérir seulement la portion de gloife qui correspond au mérite d'un Ave Maria. Par ce motif, St.-François de Borgia s'appliquait à consacrer à Dieu la plus petite parcelle de son temps. Quand les autres se livraient à des entretiens futiles, lui, s'entretenait avec Dieu par de saints mouvements de cœur; et il s'y absordait tellement que lorsqu'ensuite on l'interpellait sur ce qui venait d'être dit devant lui, il ne savait que répondre, et comme on l'en blâmait, il répondit : Je préfère cent fois passer pour ln-ird d'esprit, que de perdre le temps eu choses vaines.
V. Mois, dira-t-on, quel mal fais-je ainsi? Quoi! n'est-ce pas un mal que de perdre le temps en jeux, en conversations, en choses inutiles et qui n'apportent aucun proGt spirituel?Dieu, n'est-ce pas, vous a accordé ce temps pour que vous le dissipiez ainsi? Non, vous dit le Saint-Esprit : Non te prœtereat particulabonadiei. (Eccl. xiv. ll\-) Ces ouvriers, dont parle St.-Matthieu (au chap. 20), ne faisaient pas mal cou plus., mais ils perdaient seulement leur temps, se tenant oisifs sur la place publique : Ils en furent repris par le l'ère de famille : Quid hic stalis tota die oliosi? (Malth. xx. 6.) Au grand jour du jugement, Jésus-Christ nous demandera compte, non-seulement d'un mois, d'un jour perdu, mais même d'une seule parole oiseuse : Omne verbum otiosum... reddent rationem in die judicii, (Matth. xn. 3C.) et c'est avec la même rigueur qu'il comptera le temps perdu. Or, tout le temps qui n'est pas employé en vue de Dieu, est temps perdu, dit St.-Bernard : Omne tempus quo de Deo non cogitasti, cogita teperdidisse(S. Bern. coll. 1. cap. 8.) Aussi le Seigneur nous adresse-t-il ce conseil : Quodcumqut facere polest manus tua, instanter operare; quia nec opus, nec ratio... erunt apud inferos, quô tu properas. (Eccl. ix. 10.) N'attends pas à demain à faire ce que tu peux faire aujourd'hui ; car demain peut-être tu seras mort et entré dans l'autre vie, où, nec opus, tu n'auras plus le temps de faire le bien, nec ratio, ni de motif même d'agir, puisqu'il ne s'agit alors que de jouir de la récompense qu'on a méritée ou de souffrir la peine qrfou a encourue parle péché. Holil sitocem ejus audieritis, nolite obdurare corda vestra. (Psalm. Lxxxxiv. 8.) Dieu t'appelle aujourd'hui à la pénitence, il te crie.de restituer ce que tu as dérobé, de faire la paix avec tyn ennemi ; Fais-le de suite» car demain il peut arriver ou que tu n'en auras plus le temps, ou que la voix de Dieu ne se fera plus entendre. Toute l'œuvre de notre salut consiste à répondre fidèlement à la voix de Dieu et dans le temps même où il nous parle.
Ml. Mais je suis jeune, m'objecte-t-on ; plus tard je me donnerai à Dieu. Mais tu sais bien, mon (ils, que Jésus-Christ maudit le figuier sur lequel il ne vit point de fruit, quoique coÂie fût pas alors la saison des figues, ainsi que le remarque l'Évangéliste : Non enim erat tempus ficorum. (Marc. xi. 13.) Par là le sauveur a voulu nous faire sentir que l'homme, en tout temps, m£me dans sa jeunesse, doit produire le fruit des bonnes œuvres; autrement il sera maudit et n'en produira plus à l'avenir, comme l'arbre auquel il fut dit : Jam non amplids in œternum ex te fructum quisquam manducet. (Ibid. v. 14.) Ou lit dans l'Ecclésiastique: Ne tardes converti ad Dominum, et ne différas de die in diem, subitô enim veniet ira illius. (Eccl. v. 8.) Si vous vous trouvez en faute, ne tardez pas à vous repentir et à vous confesser, ne différez pas même au lendemain, parce quesi vous ne suivez pas la voix de Dieu qui vous appelle aujourd'hui à la pénitence, il est possible que la mort vous surprenne aujourd'hui même dans le péché, et alors demain plus de remède pour vous. Chose étonnante ! Le démon trouve trop court tout le temps de notre vie et n'en laisse passer aucun instant de jour ou de nuit sans nous tenter : Descendit diabolus ad vos, habens iram magnant, sciens quod modicum tempus hdbet. (Apoc. xn. 12.) Notre ennemi donc ne perd pas un moment pour travailler à nous perdre et nous laissons se perdre le temps que Dieu nous accorde pour nous sauver!
VII. Tu dis : Plus tard je me donnerai à Dieu. Mais St.-Bernaid te répond : Quid de futuro, miser, p' œsumis, tanqsiam Pater lempora in lud posuerit potestate? (Serai. 38 de part, etc.) Malheureux ! pourquoi retardes-tu présoniptueusement de te donner à Dieu, comme si Dieu avait mis le ten?ps en ton pouvoir pour te donner à lui quand il le plairait ? Job tremblait en pensant qu'il était incertain que sa vie durât un moment de plus : ISescio enim, quamdià subsistant, et si post modicum tollal me factor meus. (Job. Xxxii. 22 ) Et toi tu dis : Aujourd'hui je ne veux pas me confesser; j'y songerai demain. Comment ! dit St.-Augustin; Diem ienes, qui horam non tenes? Quoi! tu pourrais te promettre un jour de plus de vie quand tu n'es paê même sûr d'une heure! De là Ste.-Thérèse disait: Si aujourd'hui je ne suis pas préparée d mourir, je a oins de faire une mauvaise mort.
VIII. St Bernardin déplore l'aveuglement de ces gens dissipés qui passent dans l'oisiveté les jours de leur salut, oubliant que chaque jour perdu ne se retrouvera jamais pour eux: Transeunt dies salutis, et nemo recogitat sibi perire diem, et nunquam rediturum. (St.-Bern. Sen. Serm. adscholar.) Ils désireront, les malheureux, à l'article de la mort, un an de plus, un mois, un seul jour qui ne leur sera pas donné : Ils entendront alors à leur oreille ce tempus non erit amplids. Oh! combien chacun d'eux paierait une semaine, un jour, une heure seulement pour régler le compte qu'ils ont à rendre à Dieu ? Pour obtenir une seule heure de temps, ils donneraient, selon l'expression de St.-Laureut Justinien, toutes leurs richesses, leurs honneurs, leurs plaisirs : Erogaret opes, honores, dèticias pro unâ horcJâ. (De vit. solit. cap. 10.) Mais cette heuKC ne leursera point accordée : Vite, leur sera-t-il dit par le prêtre qui les assister i; Vite, partez de cette terre, il n'y a plus de temps pour vous : Proficis~ cert, anima christiana, de hoc murtdo. . IX. A quoi leur servira alors de dire : Ah! Si je me fusse rendu saint! si j'eusse employé mes années à aimer Dieu! Lersque leur vie se trouvera passée entièrement dans le désordre ? Quelle peine est celle du voyageur qui s'aperçoit qu'il est égaré, lorsque déjà la nuit le surprend, et qu'il n'est plus temps de réparer son erreur? Telle sera à la mort la peine de celui qui aura vécu de longues années dans le monde, sans les employer au service de Dieu. Venit note in quâ nemo putest operari. (Jean, ix. h-) Aussi le Seigneur nom avertit : Ambulate ,dum lucem habetis, ut non vos tenebm comprehxmlant. (Jean, xn. 35.) Marchez dans le chemin du salut, pendant que la lumière vous éclaire et avant d'être surpris par les ténèbres de la mort, où rien ne peut plus être fait, sinon de pleurer le temps perdu.
X. Vocabit adeersum nu tempus. (Thren. 1. 15.) Au moment de la mort, notre conscience nous rappellera tout le temps que nous avons eu pour travailler à nous rendre saints et que nous avons au contraire employé à grossir nos comptes envers Dieu; tous les appels, toutes les grâces que le Seigneur nous a faits pour gagner notre amour, et dont nous n'avons pas voulu profiter et dès-lors nous verrons fermée pour nous la voie des bonnes œuvres. Le malheureux moribond, en proie à ses remords, et enveloppé des affreuses ténèbres de la mort, s'éoriera : Oh I insensé que j'étais! Oh! vie entière perdue ! Oh ! années dissipées pendant lesquelles j'aurais pu ramasser des trésors de mérites et me faire saint, « je l'eusse voulu! Je ne l'ai pas fait, et maintenant il n'est plus tempsP Mais, je le répete, à quoi serviront ces gémissements et ces réflexions, alors que va se terminer cette scène dit monde, que la lampe est près de s'éteindre, que le moribond touche à ce terrible moment d'où dépend son éternité?
XI. Et vos estote parati, quia quâ horâ non putatis, filius hominis veniet. ( Luc. xu. 40.) Estote parati, nous dit le Seigneur; il ne nous dit pas : Hommes, préparez-vous quand la mort arrivera, mais, trouvez-vous tout prêts pour ce moment! car lorsque vous y penserez le moins, le fils de l'homme viendra vous demander compte de votre vie et alors, combien dans les terreurs et la confusion de la mort il nous sera difficile de régler tellement ce compte, que nous puissions échapper à être trouvés coupables devant le tribunal de Jésus-Christ? Cette mort peut venir dans vingt, dans trente ans ; mais elle peut aussi arriver tout prochainement, dans un an, dans un mois. Certainement si quelqu'un appréhendait de se voir bientôt sous le poids d'une accusation capitale, il n'attendrait pas jusqu'autour du jugement, mais il s'occuperait de suite du choix d'un bon défenseur, et de prévenir et d'éclairer les ministres sur ses moyens de défense. Et nous, chrétiens, que faisons-nous? Nous sommas certains qu'un jour il s'agira de débattre la cause pour nous la plus importante, celle dont dépend notre via, non plus temporelle, mais éternelle; nous savons que ce jour peut être prochain et cependant nous perdons le temps! et au lieu de régler nos comptes ejavois Dieu, nous ajoutons de nouveaux délits à ceux qai appellent déjà sur nous la sentence d'une mot? étemelle! "
XII. Ah ! si, par le passé, nous avons malhcureur -sement employé notre temps à offenser Dieu, sonr geons à en faire pénitence pendant l'espace de vie qui nous reste, comme fit le roi Ézéchîas, disant: Recogitabo tibi omnes annos meos in amariludine animœ meœ. ( Isa. 38.15. ) C'est là le but pour lequel Dieu 110119 laisse encore la vie, afin de l'employer à racheter le temps passé dans le mal. Dùm tempus habemus operemur bonum. (Galat. Vi. 10. ) Ne provoquons pas Dieu à punir notre obstination par une mauvaise morl; et si, dans les années écoulées,nous avons été insensésct coupables envers lui, en résistant à sa volonté, soyons sages à l'avenir, suivant le conseil de l'Apôtre et rachetons le temps perdu. V idete itaque i fralres,quomodocauté ambuletis : non quasi insipientes, sed ut sapientes, redimentes tempus, quoniamdiesmaiisunt.... intelligentes quœsit voluntas Dei. ( Ephes. v. 15. ad 17. ) 11 dit : quoniam dies rnali sunt; c'est-à-dire, enseigne St.-Anselme : les jours de cette vie présente sont,en effet, mauvais, étant exposés à mille tentations, à mille périls pour notre salut éternel; d'où il nous faut toute notre attention et tous nos soins pour éviter notre perte définitive. Et que signifient ces autres paroles : redimentes tempus? St.Augustin nous l'explique : Quid est redimere tempus, nisi càm opus est, detrimentum temporalium ad œterna quœrenda comparare? Nous devons vivre uniquement pour accomplir avec zèle la divine volouté, et s'il est nécessaire, dit St.-Augustin, il vaut mieux souffrir des dommages temporels que de risquer nos intérêts éternels. Oh! comme St.-Paul sut bien racheter le temps de sa vie qu'il avait perdu! St.-Jérôme remarque que, bien qu'il fût le dernier des apôtres, il n'en devint pas moins le premier par ses mérites, à raison de ce qu'il fit depuis sa vocation : Pautus nocissimus in online, prior in meriti*, quia plus omnibus laboravit. Puisqu'il en est ainsi, pensons qu'à chaque moment nous pouvons acquérir une plus grande mas;:ede biens éternels. Dites-moi : S'il vous était assuré de posséder le terrain dont vous pourriez faire le tour dans une journée ou tout l'argent que vous pourriez compter dans un jour, vous amuseriez-vous à perdre le temps ? ou bien vous mettriez-vous promptement en roule et vous presseriez-vous à compter la monnaie ? Et pendant que vous pouvez à chaque moment acquérir des trésors éternels pour l'autre vie, vous perdez ce temps précieux ! Ne dites pas que ce que vous pouvez faire aujourd'hui, vous le farez aussi bien demain. Non,, le jour présent n'en sera pas moins perdu pour vous, sans .retour, et d'ailleurs, ce jour, si vous l'avez, le lendemain ne sera peut-être pas à vous.