SERMON XXVII.
POUR LE SIXIÈME DIMANCHE APRES PAQUES OU LE DIMANCHE DANS L'OCTAVE DE L'ASCENSION.
Du respect humain.
Omnis qui interficit vos arbitretur se obsequium prœstari Dto. (Jean. xvi. 2. )
et même l’heure vient où quiconque vous fera mourir, croira faire à Dieu un sacrifice agréable.
Notre Sauveur comme nous lisons dans l'Évangile de ce jour, exhortant ses disciples à lui rester fidèles, dans les psrsécutions qu'ils auraient à souffrir, leur dit : Sed lenit hora ut omnis qui interficit vos, arbitrelvir se obsequium prœstare Deo. Aussi les ennemis de la foi pensaient faire un acte agréable à Dieu eh mettant à mort les chrétiens. Ainsi agissent plusieurs chrétiens de nos^ôurs. Ils tuent leur âme eu perdant la grâce de Dieu par respect humain, et pour plaire à leurs amis mondains. Oh! combien de malheureux n'a pas envoyé en enfer ce grand ennemi de notre salut, le respect humain ! C'est de lui que je veux vous parler aujourd'hui, âme fidèle, afin que vous le comba.tiez de toutes vos forces, si vous voulez servir Dieu et vous saliver. A cet effet, je vous parlerai:
Dans mon premier point, De l'importance de ne pas tenir compte des motifs de respect humain.
Dan.1: mon second point. Des moyens de vaincre le respect humain. . .. ,H'
PREMIER POINT.
De l'importance de ne pas tenir compte des motifs de respect • - - ruimtrisig
I. Vœmundo d icandatit. (Malth. xvm. 7. ) Jésus-Christ dit que les scandales précipitent un très-grand nombre d'âmes dans l'enfer. Mais comment est-il possible de rester dans le monde et d'éviter tout scandale ? Non, cela n'est pas possible. Pour cela, dit St.Paul, il faudrait sortir du monde. Alioquin debueratis de hoc tnundo ejsiisse. (1. Cor. v. 10.) Mais ce qui est possible, c'est d'éviter la compagnie familière de ceux qui causent le scandale, aussi l'Apôtre ajoute: Nitnc atttem scripsi vobit non commi$ceri....cum cjustnodi, nec cibum sumere, (Ibid. v.ll.) Nous devons donc nous garder de toute intimité avec de telles personnes, parce que si nous leur sommes liés d'une étroite amitié, nous ne saurions ensuite nous opposera leur habitude dangereuse, et à leurs mauvais conseils, et ainsi, par respect humain, pour ne pas les contredire . nous imiterions leur exemple et nous perdrions l'amour de Dieu.
.II.. Ces mondains passionnés, non seulement se. glorifient de leur iniquité : E xultant in rébus pessimis, comme dit le Sage.(Prjy. n. 14.) Mais ce qui est pis, ils veulent avoir des compagnons, et accablent de railleries tous ceux qui veident vivre en vrais chrétiens et qui ponr cela fuient les occasions d'offenser Dieu. C'est là un des péchés dont Dieu s'offense le plus et qu'il défend d'une manière particulière.: JVe despidùs hominetn aterientem >t âpeccato, neque improperes et. (Eccl. vin. 6.) Ne méprisez pas celui quî veut s'éloigner du péché, ne cherchez pas à le détour-' ner par vos reproches et vos railleries; car, dit Dieu, J'ai préparé, pour ceux qui raillent les hommes de bien, des châtiments sévères, de lourdes massues, dont ils seront frappés dans cette vie et dar.s l'autre. Paiata uent derisoribus judicia et malle i percutientes stultorum corporibus. (Prov. xix. 29*) Ils ont raillé les serviteurs de Dieu, Dieu se rira d'eux pendant toute l'éternité dans l'enfer. Illos autem Dominas irridebit, et eruni post hœc decidentes line honore, et in cuntumeliâ inter mortuos in perpetnum. (Sap-.iv. 18..19.) Ils ont cherché à couvrir de honte les saints auprès du monde, et Dieu les fera mourir honteusement, et les enverra en enfer,couverts d'une ignominie étemelle.
HI. Et, en vérité, c'est une énorme scélératesse que celle de ceux qui, non seulement offensent Dieu, mais veulent encore le faire offenser par les autres. Trop souvent ils réussissent dans leurs exécrables desseins, car ils trouvent un grand nombre d'âmes lâches et faibles, qui, pour ne pas se voir en butte aux dérisions, quittent le bien et se jettent dans le désordre. C'est ce dont gémissait St.-Augustin, dès qu'il se fut converti à Dieu ; il confessait que lorsqu'il vivait au milieu de ces ministres de Lucifier, il avait bonté de ne pas. paraître aussi méchant et aussi désordonné qu'eux : Pudebat rite non esse impudentem. Oh! Combien, pour ne pas s'entendre dire : Voild le Saint, voyez le Saint, donnez-moi un peu de ses habits pour reliques : Jutant vaut que tu t'en ailles dans le .lé-sert. Pourquoi ne te fais-tu pas moine? Combien, dis-je, pour ne pas s'entendre ainsi railler par de dangereux amis se sont laissés aller à les imiter I Combien encore, s'ils reçoivent quelque affront, se décident à en tirer vengeance, non pas tant par sentiment Jeeolére, que pa.r«»pect bornai n i «t n9»T »e ipa<* etee repu tés
hommes de peu de cœur! Combien, après avoir laissé échapper quelques maximes scandaleuses nesedédisent pas, comme ils y sont obligés, de peur de perdre auprès des autres leur réputation d'esprit ! Combien,pour ne pas perdre la faveur de quelque ami puissant, vendent leur âme au démon, comme lit Pilate, qui, par crainte de déplaire à César, condamna Jésus-Christ à la mort.
IV. Écoutez, mes frères; Si nous voulons nous sauver, il faut vaincre le respect humain et supporter le peu de honte que peuvent nous causer les railleries des ennemis de la croix de Jésus-Christ •. Est enimconfusio mlducens peccatum, et est cmfttsio ailducens gtoriarh et gratiam. (Eccl. iv. 24.) Cette honte, si'nous ne voulons pas la souffrit* avec patience, noi's conduira dans les abymes du péché, mais si noiiS la souffrons pour Dieu, elle nous méritera sa divine bienveillance et une grande gloire dans le paradis.
•V; Mais moi, me direz-vous, je règle mes actions; je veux sauver mon âme. Pourquoi faut-il que je sois persécuté. Il n'y a pas là de remède; il n'est pas possible que celui qui sert Dieu ne soit pas persécuté. Abominantur impii eos quia in rectâ sunt tiâ. (Prop. xxix. 27.) Ceux qui mènent une vie licencieuse ne peuvent supporter l'exemple d'une vie réglée, parce que celle-ci est un continuel reproche de leurs mauvaises actions et c'est pourquoi ils disent : Circumcenhmus ergo justu~n, quoniam inutilis eut nobis, et contrarius est optiibas noslris, et improperat nobis percuta Ugis. (Sap. n. 12.) Ainsi le superbe, qui tire vengeence du petit outrage qu'il reçoit, veut que tous les autres se vengent des affronts qui leur sont faits. L'âvare qui fait des gains injustes, voudrait que tous fissent de même : Le buveur voudrait voir chacun s'enivrer comme lui, le luxurieux qui se vante de ses impudicités, dont toutes les paroles sont infectées d'obscénités voudrait que tout le monde agît et parlât, comme lui-même agit et parle. Tous ces gens déréglés traitent celui qui ne fait pas comme eux d'homme vil, rustre, inspciable, sans honneur et sans crédit. Pauvres aveugles que le péché fait parler ainsi iHœc cogitaverunt et erraverunt; excœcavit illos tnalitia eorum.
VI. Mais je le répète, on ne peut l'éviter, comme dit St.-Paul; ceuxqui, dans ce monde, veulent vivre unis à Jésus-Chist, ont à souffrirlespersécutions du monde: Omites qui pii valant tivere in Chrislo Jesu persecutionem patiuntur. (2. Tim. m. 12.) Tous les saints ont été persécutés. Mais vous dites : Je ne fais de mal à personne, pourquoi ne me laisse-t-on pas en paix? Les saints,
* et surtout les saints martyrs, à qui faisaient-ils du mal, eux qui étaient pleins de charité, qui aimaient tous les hommes et cherchaient à faire du bien à tous? Et voyez comme les a traités le monde ; il les a affligés de toutes manières, les déchirant avec des ongles de fer, les brûlant avec des lames rougies, leur faisant enfin perdre la vue au milieu des tourments. Et Jésus-Christ, qui fut le Saint des Saints à qui avait-il fait mal ? Il consolait, il guéris-ait. PirlusUe Metxibat, et sanabat omnes. (Luc. vi. 19.) Et le monde, comment l'a-t-ij traité? TU'a persécuté, jusqu'à le faire mourir de douleur sur ,1e gibet infâme d'une croix.
VII. Il en est ainsi parce que les maximes du monde sont toutes contraires à celles de Jésus-Christ. Celui qui est estimé du monde est insensé aux yeux de de Jésus-Christ : Scpientia enim hujus mundi, stullitia est apuil Deitm. (1. cor. i. 19.) D'un autre côté, le monde appelle folie ce qui est d'un grand prix devant Jésus-Christ, c'est-à-dire lea croix, le* maladies, les mépris, les ignominies : Verbum enim crucis pereuntibitg qjtidèm stultiliaest. (1. cor. 1.18.) Si nous sommes chrétiens, montrons que nous le sommes aussi bien de fait que de nom, car si nous avons honte de Jésus-Christ, il nous apprend que lui-même aura honte de nous et ne pourra nous placer à sa droite au jour du jugement : Qui me erubuerit et meum sermonem ,huncfilius hominis erubescet, cura venerit in majestate suâ. (Luc. ix. 26.) Il dira alors : Tu as rougi de moi sur la terre ', maintenant j'aurai honte de te voir avec moi dans le paradis, va, maudit, va dans l'enfer rejoindre tes compagnons qui ont aussi rougi de moi.
VIII. L'Apôtre qui se glorifiait d'être un disciple de Jésus-Christ, disait : Mihi mundu's crucifixus. est, et egomundo. (Gai. vi. 14.) C'est-à-dire comme je suisi aux yeux du monde un crucifié, un objet de moqueries et de mauvais traitements, aussi le monde cst-il pour moi un objet de mépris et d'abomination. 11 faut se pénétrer de cette vérité, que nous devons mettre sous nos pieds le monde, ou que le monde mettra notre âme sous ses pieds. Mais, eu définitive, qu'est-ce que le monde et tous les biens du monde? Omne quoit in mundo est, concupiscentia carnis est, et conçupiscentia oculorum, et superbia vilœ. (1. Jo. n. 16.) A quoi se réduisent tous les biens du monde? A dela boue comme sont les richesses ; de la fumée, comme sont les honneurs, des ordures comme sont les plaisirs de la chair.' Et à quoi peuvent nous servir tous ces biens, s'ils nous font perdre notre âme? Quid prodest homini, si mundiim universum lucretur, animœ vero suœ detrimenturÀ patiatur? (Matth. xvi. 26.)
IX. Celui qui aime Dieu et veut se sauver, doit mépriser le monde et tout respect humain : II faOtcrT cela' que chacun se fasse vîoïehèë^à lui-même.' Bld.-' Marie-Magdeleine n'cut-clle pas à se faire une violence extrême pour vaincre ces égards du monde, ces blâmes et ces moqueries, quand elle vint au milieu d'un festin,enprésence de tant de mande, fe jeteraux pieds de Jésus-Christ. qu'elle arro9aitde ses larmes, les essuyant avec ses cheveux : C'est pourtant ce que fît la sainte, et elle mérita que Jésus-Christ lui pardonnât et louât même l'ardeur de son amour : Remittuntur ei peccata mulla, quoniam dilexit multum. (Luc. vu. 47.) St.-François de Borgia portait un jour sous son manteau un pot de bouillon pour les prisonniers; il rencontra ! sur le chemin, son fils qui se promenait à cheval avec plusieurs amis. Le 'saint sentît d'abord quelque hOntè de faire Toir ce qu'il portait; mais pour vaincre ce respect humain, que fit-il? Il tira lé- pot,' le pïrça suV Sa tête, se moquant ainsi des risées du monde. Jésus-Christ, notre chef et notre maître, saspendu à la croix, était moqué par les soldats. Si filius Deies,defcendedecruce. (Matth. xxvii.40.) Il l'était également par les prêtres : /tttos saltos fecit, seipsumnon potest saltium facere. (Ibid.'v. 42.) Mais il l'eut garde de des-' cendre de la croix, il voulut terminer sa vie ainsi :1I Vainquit le monde.'' "•" «1
X.' Chrétiens, mes frères, consolons-nous si les gen* du mondé nous maudissent et nous blâment, car Dieu au même instant nous loue et nous bénît : Mrt^ ledicent'Mi; et ta b.-nedîces. { Ps.' cvnr. 28. ) N'ést-cel donc pis assei. pour nous que d'êfre loué de Dieu, dé' la reinè du Ciel, de tous les anges, de tous les saints et de tous' les hommes de bien? Laissons donc dire les mondains, et continuons à plaire à Dieu, qui nous récompensera d'autant-plus dans l'autre vie que nous aurons ftiis plus d'efforts à surmonter les contradictions des homtnes Chacun doit se regarder . comme; xiv. 17
si, dans le monde, il n'y avait que lui et Dieu. Quand les gens déréglés nous raillent, recommandons à Dieu ces pauvres aveugles qui courent ainsi à leur perte, et nous, au contraire, remercions le Seigneur de nous avoir donné la lumière qu'il refuse à ces misérables, et suivons notre route. Il faut tout vaincre pour tout obtenir.
DEUXIÈME POINT.
Des moyens de vaincre le respect hnmain.
XI. Pour vaincre le respect humain, nous devons former dans notre cœur la sainte résolution de préférer la grâce de Dieu à toutes les faveurs du monde, et dire avec St.-Paul : Neque mors, neque vita, neqae angeli, neque principatus.... neque créatura alia patent nos separare d charitate Dei. ( Rom. VIu. 38. ) Jésus-Christ nous exhortait à ne pas craindre ceux qui peuvent ôter la vie du corps, mais seulement celui qui peut nous condamner à l'enfer, c'est-à-dire à la perte de l'âme et du corps : Et no lit e timere eos, qui occidunt corpus.... sedpoiiàs timete eum, quipotest et corpus et animant perdere in gehennam. (Matth. x. 28.) Ou c'est Dieu que nous voulons suivre ou le monde ; si nous voulons suivre Dieu, il faut quitter le monde : Usquequô claudicatis in duos partes? ( disait Élie au peuple ) si Dominas est Deus, sequimini eum; si autem Baat, sequimini itlum. ( 3. Rois. xvm. 21. ) On ne peut servir à la fois l'un et l'autre. Qui veut plaire aux hommes, ne peut plaire à Dieu a dit l'Apôtre : Si adhuc hominibus placerem Chrisli servus nonessem. ( Gai. l. 10. )
XII. Les. vrais serviteurs de Jésus-Christ, se réjouissent de se voir mépriseret maltraiter pour l'amour dtti!iui- Les saints apôtres ttunt gaudenies d conspectu concilii, quoniam digni habite sunt pro nomine Jesucontumeliam pati. (Act. v. 41.) Moïse pouvait se mettre à l'abri de la colère de Pharaon, en laissant s'accréditer la croyance que sa mère était la fil e du prince, mais îl renia une telle origine, et préféra partager l'afTUction des autres hébreux, estimant, comme l'écrit St,Paul, l'opprobre du Christ, au-dessus de toutes les richesses du monde : MagU eligensafjligi cumpopulo Dei... majores (initiat œstimans thesauro Mgypliorum improperium Christi. ( Heb. xi. 25, 26. )
XIII. Il viendra des amis pervers qui vous diront: Mais quelle folie est la vôtre? pourquoi ne pas faire comme les autres? Répondez-leur : Tous les autres ne font point ainsi, il y en a qui mènent une sainte vie. Il y en a peu, il est vrai, mais moi je veux suivre ce petit nombre, parce que je lis dan* l'Évangile : M attisant vocali, pauci vero electi. (Mat th. x. i6.) Si vis salvaricum paucis, vive cum pauci!, dit St.-Jean Climaque. Mais ne voyez-vous pas que chacun murmure et blâme votre conduite ? Répondez, il me suffit que Dieu ne me blâme point. Quel e.°t le meilleur en effet d'obéir à Dieu ou aux hommes ? C'est la réponse que firent St.-Pierre et St.-Jean aux prêtres des Juifs : Si justum est in conspeclu Dei, vos potius audire tjudm Deum, judicate. ( Act. iv. 19. ) Mais cette injure si grave que vous avez reçue, comment la suppertez-vous? Ne sentez-vous p as que vous ne pourrez plus vous présenter dans le monde ? Et vous vous en tenez-là ? Répondez: Je suis chrétien, il me suffît de pouvoir me présenter dsvant Dieu. C'est ainsi quil faut répondre à tout ces satellites du démon, en écartant avec mépris leurs maximes et leurs reproches. Ei quand il est nécessaire de reprendre ceux qui ne font pas compte des préceptes divins, armons-nous de courage et blâmons-les publiquement comme écrit l'Apôtre:
Peccantes coram omnibus argue. t1. Tim. v. 20.) Et quand il s'agit de l'honneur de Dieu, ne considérons point la qualité de celui qui l'offense, disons-lui ouvertement', cela est un péché et ne se doit point faire. Ainsi Jean-Baptiste parla â Hérode, qui avait un commerce criminel avec la femme dè son frèrè : Non licet tibi habere eam. ( Maiih. xiv. h- ) H est vrai que lès hommes nous trouveront insensés, et nous tourneront en ridicule, mais au jour du Jugement ils avoueront qu'eux seuls ont été des'insensés, et nous aurons la gloire d'être acceptés parmi les saints et parmi les fils de Dieu. Pour eux ils diront: Hi sunt quos habuimus atiquando in àerisum.... nos insensati vitam itlorum œstimabàmus insaniam, et finem itlorum sine honore; ecce quomodo computali sunt inter filios Dei, et inter sanctos sors illotuin est. ( Sap. v. 3. ad 5. )
dihso palrem, et sicnt mandatant dedit mihi Pater, sic facto. Pour faire connaître au monde, dit-il, l"amour que je porte à mon père, je veux exécuter tous ses commandements et dans un autre endroit il dit : Descende decazlo, non ut fnciam voluntatem meam sed voluntaïém ejas quimisit me. ( Jean G. 38. ) Ames pieuses, si vous aimez Dieu, si vous voulez vous sanctifier, vous clevez rechercher sa volonté et vouloir ce qu'il aura voulu. St.-Paul dit que l amour divin se répand dan,s nos cœurs par le moyen du St.-Esprit : Charitas Dei diffusa ist in cordibus nostris per spiritum sanctum, qui datus est nobis. (Rom. v. 5.) Si donc nous sommes envieux du trésor de l'amour divin, nous devons prier sans ccssé'le St.-Esprit de nous faire connaître et suivre la volonté de Dieu. Demandons-lui toujour.-. sa lumière pour connaître cehè volonté et la force pour la suivre. J'insrste là-dessus, parce que plusieurs prétendent aimer Dieu et cependant ils ne veulent pas suivre sa 'volonté ,' mais la leur propre. C*est pourquoi je veux démontrer aujourd'hui:
Dans mon premier point que toute l'œuvre, dg notre
sanctification consiste à nous conformer à la volonié de Dieu., , . i •. ,, ,• .... .: ,i
Dans mon second point * comment et en quelles choses
nous devons pratiquer cette conformité à lavolonté
"i!" il est certain que notre salut reposé sur l'amour de Dieu; une âme qui n aime pas Dieu ne vit ,plus, mais elle est morte, yut no» diugit, manet m morte. (1. Jean m. 14.) Mais Ia perfection de l'amour consiste à conformer sa volonté à celle de Dieu : Et vita in volantate ejas: (Ps. xxix. 26.) Chantas est vinculum perfectionis. (Coloss. 1ii.14 ) L'effet principal de l'amour, écrit St.-Denis FAréopagite, c'est d'unir les volontés des amans, en sorte qu'ils n'ont plus qu'un cœur et qu'une volonté. Ainsi toutes nos œuvres, les communions, les oraisons, les pénitences, les aumênes ne plaisent à Dieu qu'autant qu'elles sont faites selon sa divine volonté, car si elles étaient contraires, elles ne seraient plus des vertus, mais des fautes dignes de châtiment.
II. Un jour Jésus-Christ, prêchant dans une maison, on vint lui dire que ses frères et sa mère l'attendaient dehors, îl répondit : Quicumqut enim fecerit voluntatem patris mei, qui in cœlis est, ipse meus frnter, et soror, et mater est. ( Math. xii. 50.) Et par ces paroles, il voulut nous faire entendre qu'il ne reconnaissait pour sesparents et amis que ceux qui faisaient la volonté de Dieu.
III. Les Saints, dans le Ciel, aiment parfaitement Dieu. Je le demande, en quoi consiste la perfection de leur amour ? Dans leur entière uniformité à la volonté divine. Aussi Jésus-Christ nous enseigne-t-il à demander la grâce de faire la volonté de Dieu sur la terre, comme la font les saitrtsdans le ciel: Fiat volunias tua sicut in cœlo tt in terrâ. C'est pourquoi Ste.Thérèse disait : Tout ce à quoi doit tetutre celui qui s'exerce à. l'oraison est de conformer sa volonté d ta volonté divine. Elle ajoutait : En cela consiste ta plus haute perfection; qui la pratiquera le mieux, recevera de Dieu de plus grandes grâces, et fera plus de progrés dans la vie intérieure. L'unique fin que se proposaient les saints, dans la pratique de toutes les vertus, était l'accomplissement de la volonté de Dieu. Le B. Henri Suzon disait : J'aimerais mieux être le plus humble ver de terre par la volonté de Dieu, qu'un séraphin parla mienne.
IV. Un acte parfait de conformité à la volonté divine suffit pour faire un saint. Voyez St.-Paul : Pendant qu'il persécutait l'Église, Jésus-Christ lui apparaît et le convertit. Que fit alors le saint? Il offrit aussitôt à Dieu le sacrifice de sa volonté, le priant de disposer de lui comme il lui plairait. Domine quid me vis Jicere? (Act. ix. 6.) Et de suite le Seigneur le qualifie auprès d'Ananias de vase d'élection, d'Apôtre des nations. Vas electionis est mihi iste, ut portet nomen meum corâm gentibus. (Act. ix. 15.) Qui sacrifie à Dieu sa volonté, lui donne tout ce qu'il peut avoir. Quand on se mortifie pour Dieu par des jeûnes et des pénitences, ou qu'on fait l'aumône en ne donne à Dieu qu'une partie de soi ou de ses biens; mais celui qui lui donne sa propre volonté lui donne tout; aussi peut-il lui dire : Seigneur vous ayant donné ma voonté, je n'ai plus rien à vous donner, car par là je vous ai donné tout. Et c'est là tout ce que Dieu nous demande, en demandant notre cœur; c'est-à-dire, notre volonté. Fili mi, prœbe cor tuum mihi. ( Prov. xxm. 26. ) Si donc Dieu se plaît tant au sacrifice de notre volonté, disait le saint abbé Nil, ne nous embarrassons point dans nos oraisons à prier Dieu qu'il ftsse ce que nous désirons, mais demandons lui la grâce de faire tout ce qu'il exigera de nous. Cette vérité que tout notre bien consiste à faire la volonté de Dieu, chacun la reconnaît ; mais l'important est de la mettre à exécution. Pour cela venons au second point où il mè reste à vous dire plusieurs choses nécessaires dans la pratique.
DEUXIÈME POINT.
Comment et en quelle chose nous devons pratiquer la conformité à la volonté de Dieu. ,
Pour nous trouver disposés à éxécuter en toute
occasion la volonté divine, nous devons par anticipation offrir constamment à Dieu notre soumission à .tout ce qu'il disposera et demandera de nous, ainsi faisait le saint roi David, par ces paroles : Paratum cor meum, Deus, paratum cor meum. (Ps. Jlvi. 8. ) Il ne demandait autre chose au Seigneur que de lui enseigner à faire sa divine volonté : Doce me facere colantatem tuain, ( Ps. cxiu. 10. ) et par là il mérita que Dieu l'appelât l'homme selon sou cœur. Inveni virum secundàm cor meum, qui fac'.et omnes voluntales meas. (1. :Rois. i. 14.) Et poiuquoi? Parce que le saint roi était toujours prêt à exécuter ce que Dieu voulait. . VI. Ste.-Thérèse s'offrait à Dieu cinquante fois par jour. afin, qu'il disposât d'elle comme il lui pjaiJtai,t. Disposée à embrasser tous les événements soit heureux, scit défavorables. C'est là l'essentiel,..de s'offrir à Dieu sans réserve. Tous les hommes sont disposésàse conformer à la volonté de Dieu dans leschoses prospères, mais la perfection consiste à s'y conformer aussi dans les choses contraires. Dieu veut sans doute et il a pour agréable que nous le remerciions des choses qui nous plaident, mais il est bien plus satisfait quand nous recevons patiemment les coups de l'adversité. Le P. M. Avila disait ; lly a plus démérite dans un «éni Soit Pieu, prononcé dans l'udversité, que dans sixmilie aclionsde grâcespour ceçuinous est agréable.
VII. Et nous devons nous conformer à la volonté divine, non seulement dans les choses contraires qui -anus viennent directement de Dieu, comme les maladies, 'a perte de nos biens et celle (h; nos parents et amis, niais encore ;dans celles quiybien que 'Diëu les fît voulues (car-ribni n'arrive en ce monde que par la disposition de Dieu), néanmoins ne viennent de Diettiqu'indirectement, c'est-à-dire par fts moyen des hommes, comme les injustices, les diffamations, les calomnies, les injures et toutes les autres sorfels de persécution. Nais comment est-ce que Dieu a voulu que les anftres péchassent, en nous nuisant dans notre fortune: où dans notre' hdpueur? Tfon^ entendons-nous bien : ce que Dieu a voulu, ce'n'est :pas Je péfihéde ceux-là, mais notre patience à supporter telle perte, telle humiliation ; ce qu'il veut, :c'ftst.qiie nous nous conformions alors à sa volonté. 'S»na et mata... d Deo sunt. (Kcel. ifi. i4.) Tous les biens, comme sont les richesses, les honneurs; tous des maux, comme-sont les maladiesyles persécutions tout cela vient de Dieu. Mais rèmatquee que l'Iîérfuire n'appelle ces deroiers des maux ,' que paToe que inous.-mêmes lés appelons ainsi, à cause de nôtre peu de conformité à la volonté de Dieu; mais eu réalitéi, si nous les acceptions comme noUsléJdeH+ions,' :avéo ipalience et comme venant des mains dd-'Diléti, ih deviendraient jiour nous, du lieu de maux, de vérftables bicais. Le»'joies qui rendent si grande la récorripense des saints dans le ciel, sont les tribulations .souifferiios avec patience pour Dieu, dans la'pensée que tout Vient de lui. Quand on portai la nouvel le à Job que les Sabéens avaient enlevé toutes ses riches'*es ii que répocdït-ili* Dominas dedit, Dominas abslttlït. (Job. i. 21. ) Il ne dit point : Le Seigneur m'avait donné ces richesses, les Sabéens me les ont enlevées. : ii' ii iii.<i£l.) -..l l'un '>-;.i..: ii-p.»«!'1 lï
Et il bénit le Seigneur, pensant que tout arrivait par sa divine volonté. Sicut Domino placait, itd factum est; ut nomen Domini benedictum. (Ibii. v. 22.) Les saints martyrs Épictète et Aton, torturés par ordre du tyran avec des ongles de fer et des torches ardentes, ne cessaient de dire -.Seigneur, soit faite en nous totre volonté, et en mourant telles furent leurs dernières paroles : Soyez béni, 6 Dieu éternel, puisque vous nous avez fait la grâce d'accomplir en nous votre sainte volonté.
IX. Non contratabil justum quidquid Vei acciderit. (Prov. x. 11.) Une âme quia l'amour de Dieu, n'est troublée par aucun accident sinistre. Il est raconté dans Césaire ('Lib. 10. cap. 6.; qu'Un moine, bien qu'il ne se distinguât pas des autres psr ses austérités, faisait néanmoins beaucoup de miracles. Son abbé, étonné, lui demanda un jour quelle œuvre sainte il pratiquait. Il répondit qu'il était plus imparfait que les autres,mais qu'il meltaittoute son attention à la volonté divine. Et n'avez-vojs pas,répliqua l'abbé, quelque ressentiment contre cet ennemi,qui,ces jours derniers,a causé du dommage à nos biens ? Non, mon père dit-il, j'en ai même remercié le Seigneur, parce qu'il fait tout ou permet tout pour notre bien. L'abbé connut par là toute la sainteté de ce bon religieux. Et nous aussi, nous devons faire de même dans tous les accidents qui nous arrivenl;discns toujours : Itd, pater, quoniamsiefecitplacitum antè te. (Matth.xi.26.)Seigneur, puisque cela vous est agréable, que cela soit fait ainsi.
X. Celui qui en agit ainsi, jouit de cette paix que les anges, à la naissance de Jésus-Christ, annoncèrent aux hommes de bonne volonté ; c'est-à-dire à ceux qui tiennent toujours leur volonté soumise à celle de Dieu. Ceux-là, comme dit l'Apotre, jouissent d'une paix qui surpasse tous les plaisirs des sens: Pax Dei, qiue escsuperat omnem sensum. ( Phil. iv. 7. ) Paix profonde, paix solide qui n'est point sujette à changement. Slultus sicut hma mutatur, sapiens in sapientiâ manet sicut sol. ( Eccl. xxvu. 12. ) L'insensé, c'est-à-dire,le pécheur, change comme la lune, qui aujourd'hui croît,'demain diminue ; aujourd'hui, il se livre à une joie folle, demain à une douleur désespérée; aujourd'hui il est humble et doux, demain superbe et furieux. En somme, le pécheur change avec les événements heureux ou contraires. Mais le juste est comme le soleil, toujours égal à lui-même, et toujours serein, quelque chose qui advienne ; dans la partie grossière de son être, il ne pourra s'empêcher de tentir quelque déplaisir des choses contraires qui lui arrivent, mais tant qu'il tiendra sa volonté unie à celle de Dieu, rien ne pourra lui ôter cette joie spirituelle qui n'est point sujette aux vicissitudes de la vie présente. Gaudium vestrum nemo iollet à robis. ( Jean, xvi. 22. )
XI. Celui qui se repose en la volonté divine, est comme un homme placé au-dessus des nuages, celuici voit et entend au-dessous de lui dans toutes leurs fureurs, les éclairs, la foudre et la tempête sans en être aucunement blessé ni troublé. Et comment en effet pourrait-il être troublé, puisqu'il ne peut jamais rien lui arriver qu'il n'ait voulu lui-même ? Celui qui ne veut rien que ce qui plaît à Dieu, obtient toujours tout ce qu'il veut, parce que tout ce qui an ive, arrive par la volonté de Dieu. Les personnes résignées, dit Salvien, si elles sont de basse condition acceptent, veulent leur état; si elles souffrent de la pauvreté, elles veulent être pauvres, en un mot voulant tout ce que Dieu veut, ellea sont toujours contentes : Humites sunt, hoevolunt ;pauperes saut, pauperlate delectantur; du bien, et qu'il sait qu'elles doivent aider, à notre salut : Omnia cooperantur in bonum. ( Rom.. ,vi. 2$. ). Les, châtiments même ne nous sont point infligés par Dieu pour notre ruine, mais bien pour notre avantage, pour notre amendement : Ad emendationem, non ad perditionem noslram evenisse credamus. (Judith, vm. £7.) Le Seigneur nous aime tant, que non seulement il désire, maïs qu'il sollicite notre propre bien : Deus, disait David, so/licitus est met ( Ps. xxix. 18- •,
XIII. Abandonnons-nous donc toujours entre leé mains de Dieu, qui a un si grand désir, qui prendun si grand soin de notre salut. Omnem solticitudinem vestram projicientes Itt'eàtn, quoni'am'ipsi cura est de vobis. (1. P'etr. t. 7.) Qui s'abandonne ainsi à Dieu, mènera Une vie heureuse et fera une mort sainte. En mourant,' resigné à la volonté de Dieu, on meurt en saint; mais Cèït qui ne se sera pas conformé à cette volonté pendant sa Vie', ne le sera pas davantage à la moÀ, et ne se sauvera pas. Tel doit donc être le but de toutes nos' pensées, pendant ce qui nous reste de vie, i'accom-' plissement de la volonté de Dieu, d'est vers cette fin' que nous devons diriger toute nos'dévotions, nos médiations:, communions, visites au'St.-Sacremént, et toWtès hWprières, demandant sans' cesse Si'Dieu qti*i}' AStii gardé et 'no'u'à'aide à faire Sa sainte volonté. Doce me favere voluntatem tuam. Et èn même temps offrons-lui d'accepter, sans réserve tout ce qu'il ordonnera 'dé" nous, lu'î disant aved l'Apôtre : b omine, quid me vis fàce¥ï? Seigneur, dites-moi: ce que vous voulez de moi," je stiis prêt à tout faire. Puis, dans toutes circonstances^ ou agréables ou pénibles, ayons constamment à'la bouche la'prière du Pater noster. Fiat voluntas tua : La répétant" soûteût et: du fond du cœur, plusieurs fois par jour. Heureux si nous vivons et terminons notre vie en disant: Fiat, fiai volunias tua.
t. )
SERMON XXIX.
POUR LE DIMANCHE DE LA SAINTE TRINITE.
De l'amour des trois personnes divines envers l'homme.
Euntes ergo, docete omnes géntes, baptizantes eos in nomine Patris et Filii et Spiritus Sancti Matth. 28. 19
Allez donc, enseignez toutes les nations, les baptisant au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit.
Le pape saint Léon a dit que la nature de Dieu est la bonté par essence Deus, cujus natura, bonitas. De Xat. D. s. 2. Or, la bonté est naturellement communicative : Bonum est sui diffusivum. Et en effet, on voit par expérience, même parmi les hommes, que les personnes de bon cœur sont pleines d'amour envers les autres, et désirent faire participer tout le monde aux biens dont elles jouissent. C'est pourquoi Dieu, qui est une bonté infinie, est tout amour envers nous , ses créatures ; aussi est-il appelé, par saint Jean, l'Amour même, la Charité même Deus charitas est. /, Jo. 4. S. ; et de là vient qu'il a un immense désir de nous rendre participants de ses biens. La foi nous enseigne combien les trois personnes divines ont daigné aimer l'homme, et se sont appliquées à l'enrichir des dons célestes. Jésus-Christ a dit à ses Apôtres : Enseignez toutes les nations, les baptisant au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. En leur donnant cet ordre, il a voulu, non seulement qu'ils instruisissent les nations du mystère de la sainte Trinité, mais qu'ils leur fissent connaître aussi l'amour que la sainte Trinité porte à l'homme.
Voilà pourquoi je veux aujourd'hui, âmes chrétiennes, vous donner à considérer ces trois points : — premièrement, l'amour que Dieu le Père nous a porté en nous créant ;
— secondement, l'amour que Dieu le Fils nous a porté en nous rachetant ; — et troisièmement, l'amour que Dieu le Saint-Esprit nous a porté en nous sanctifiant. Commençons.
1. L'amour que Dieu le Père nous a porté en nous créant.
Mon fils, dit le Seigneur, je t'ai aimé dès l'éternité ; et par amour pour toi, j'ai voulu le faire la miséricorde de te tirer du néant In charitate perpétua dilexi te ; ideo attraxi te, miserans. Jer. 31. 3, — Ainsi, chrétiens mes frères, entre tous ceux qui vous ont aimés, Dieu a été le premier à vous aimer. Sur la terre, les premiers qui vous ont aimés, ce sont vos parents ; mais ils ne vous ont aimés qu'après vous avoir connus. Or, avant votre existence, déjà Dieu vous aimait. Votre père et votre mère n'étaient pas encore au monde, que Dieu vous aimait déjà ; avant même que le monde fût créé. Dieu vous aimait. Combien de temps avant la création du monde Dieu vous a-t-il aimés ? est-ce mille ans ou mille siècles ? Inutile de compter les années ou les siècles ; Dieu vous a aimés de toute éternité : In charitate perpétua dilexi te. Depuis qu'il est Dieu, toujours il vous a aimés ; dès qu'il s'est aimé lui-même, il vous a aimés aussi. cette pensée animait la jeune vierge sainte Agnès, quand elle répondait aux créatures qui demandaient son amour : un autre que vous m'a prévenue de son amour Ab alio nmatore prseventa sum. Non, créatures, je ne puis vous préférer à mon Dieu : c'est lui qui m'a aimée le premier ; il est donc juste que, dans mon amour, je le préfère à tout autre.
Ainsi, mes frères, Dieu vous a aimés dès l'éternité ; et c'est uniquement par amour pour vous, qu'il vous a choisis parmi tant d'autres hommes qu'il pouvait créer à votre place ; les laissant dans leur néant, il vous a donné l'être, et vous a placés dans le monde. C'est encore par amour pour vous, qu'il a tiré du néant tant d'autres créatures admirables, destinées à vous servir, en vous rappelant l'amour qu'il vous a porté, et celui que vous lui devez par reconnaissance. — saint Augustin disait à Dieu : Le ciel et la terre, tout me prêche que je dois vous aimer Cœlum et terra et omnia mihi dicunt ut te atncm. Conf. l. 10. c. 6, Quand il regardait le soleil, les étoiles, les montagnes, la mer, les fleuves, il se figurait que toutes ces créatures lui disaient : Augustin, aime ton dieu, puisqu'il nous a créées pour toi, pour gagner ton amour. — L'abbé de Rancé, fondateur de la Trappe, à la vue des collines, des fontaines, des fleurs, disait que toutes ces beautés lui rappelaient l'amour que Dieu lui avait porté.
— Sainte Thérèse se figurait aussi que les créatures lui reprochaient son ingratitude envers Dieu. — Lorsque sainte Marie-Madeleine de Pazzi avait en main une belle fleur ou quelque fruit, elle se sentait le cœur comme percé d'un trait d'amour pour Dieu, à cette réflexion : Mon Dieu a donc pense dès l'éternité à créer cette fleur, ce fruit, pour se faire aimer de moi !
Bien plus, le Père éternel, voyant que, par nos fautes, nous étions condamnés à l'enfer, a daigné, par amour pour nous, envoyer son Fils sur la terre, y mourir en croix, afin de nous délivrer de l'enfer, et de nous conduire avec lui en Paradis : Dieu a tellement aimé le monde, disait Jésus lui-même, qu’il a donné son Fils unique Sic enim Deus dilexit mundum, ut Filiura suum unigenitum daret. Jo. 3. 16. Amour que l'Apôtre appelle excessif : en raison de l'excessive charité dont il nous a aimés, alors même que nous étions morts par nos péchés, il nous a rendu la vie par Jésus-Christ Propter niniiam charitatem .suam, qua dilexit nos, et cura essemus mortui peccatis, convivificavit nos in Christo. Ephes. 2. 4.
Considérez en outre l'amour particulier que Dieu vous a porté en vous faisant naître dans un pays chrétien et au sein de la véritable Église, qui est l'Église catholique. combien n'en est-il pas qui viennent au monde parmi les idolâtres, les juifs, les mahométans, ou les hérétiques, lesquels se perdent tous ! Considérez que, dans la multitude des hommes, il en est peu, pas même un dixième, qui ont le bonheur de naître où règne la vraie foi ; et Dieu nous a choisis pour faire partie de ce petit nombre. Oh ! l'inappréciable don, que le don de la foi ! Que de millions d'âmes, parmi les incrédules, sont privées des sacrements, des instructions, des bons exemples, et de tous les autres moyens de salut, que nous trouvons dans notre sainte Église ! et le Seigneur a bien voulu nous accorder tous ces grands avantages sans aucun mérite de notre part, ou plutôt, en prévoyant nos démérites ; car, lorsqu'il pensait à nous créer et à nous faire ces grâces, il prévoyait déjà nos péchés et les injures que nous lui ferions.
2. L'amour que Dieu le Fils nous a porté en nous rachetant.
Adam, notre premier père, tombe dans le péché, il mange du fruit défendu, et le malheureux est condamné à la mort éternelle avec nous tous, ses descendants ; mais Dieu, voyant tout le genre humain perdu, détermine d'envoyer un Rédempteur pour sauver les hommes. Qui sera ce Rédempteur ? un ange, un séraphin ? Non ; le Fils même de Dieu, souverain seigneur et vrai Dieu comme son Père, s'offre à venir sur la terre, pour y prendre la chair humaine et mourir pour le salut des hommes.
Ô merveille ! ô prodige de l'amour divin ! L'homme, dit saint Fulgence, méprise Dieu, se sépare de Dieu, et Dieu vient sur la terre pour rechercher l'homme rebelle, tant est grand l'amour qu'il lui porte Homo, Deum contemnens, a Deo disoessit ; Deus, hominem diligens, ad homines venit. 5. de Dupl. Nal. Chr. Comme il ne nous était pas possible, ajoute saint Augustin, d'aller à notre Rédempteur, il a daigné venir à nous Quia ad Medicum venire non poteramus, ipse ad nos venire dignatus est. Serm. SS. E. B. Et pourquoi Jésus-Christ a-t-il voulu venir à nous ? Le même saint Docteur répond que c'est pour nous faire connaître le grand amour qu'il nous porte Propterea Christus advenit, ut cognosceret homo quantum eura diligat Deus. De catech. rud. c. 4.
Alors, dit l'Apôtre, le Seigneur fit éclater sa douceur et sa bonté, ou, selon le texte grec, son amour singulier envers les hommes Benignitas et humanitas apparuit Salvatoris nos'.ri Dei. Tit. 3. 4. — Avant que Dieu eût paru fait homme sur la terre, observe saint Bernard à ce sujet, les hommes ne pouvaient parvenir à connaître la grandeur de la divine bonté ; le Verbe éternel a donc pris la nature humaine, afin que, le voyant fait homme au milieu d'eux, ils se fissent une juste idée de sa bonté Priusquam appareret humanitas, latebat benignitas ; sed unde tanta agnosci poterat ? Venit in carne, ut, apparente humanitate, benigiùtas agnosceretuc. la Epiph, s. 1. Et comment le Fils de Dieu pouvait-il nous montrer plus d'amour et de bonté, qu'en se faisant homme, ver de terre comme nous, afin de ne pas nous voir perdus ? Quelle merveille ne serait-ce pas de voir un prince se réduire à la condition de vermisseau, pour sauver les vers de son royaume ! Que dirons-nous donc, en voyant un Dieu fait homme comme nous, pour nous sauver de la mort éternelle ? Un Dieu fait chair ! Verbum caro factum. Jo. 1. 14. Si la foi ne nous en assurait, qui jamais pourrait le croire ? Voilà donc, dit saint Paul, un Dieu comme anéanti Semetipsum exinanivit, formam servi accipiens, in similitudinem hominum factus, et habitu iuventus ut homo. Phil. 2. 7. Le texte grec, au lieu de Anéanii, porte Vidé. L'Apôtre nous donne ainsi à entendre que Celui qui était plein de majesté et de puissance divine, a voulu s'en dépouiller et s'abaisser jusqu'à la condition humble et faible de la nature humaine, prenant la forme, c'est-à-dire ; la nature de serviteur, et se rendant semblable aux hommes même par l'apparence extérieure, et pareil à tout homme vulgaire, bien que, remarque saint Jean Chrysostome, il ne fût pas seulement homme, mais homme et Dieu. Saint pierre d'Alcantara, entendant un jour chanter à la Messe ces paroles : Et Verbum caro factum est ; « Le Verbe s'est fait chair, » poussa un grand cri, et, ravi en extase, fut transporte en l'air dans l'église jusqu'aux pieds du saint sacrement.
Mais le Verbe incarné, ce Dieu plein de tendresse, ne s'est point contenté de se faire homme par amour pour les hommes ; il a voulu, de plus, vivre parmi nous comme le dernier, comme le plus méprisé et le plus affligé des hommes, ainsi que le Prophète l'a vu et annoncé d'avance Non est ei species, neque décor ; et vidimus eum.,. despectum, et novissimum virorum, virum dolorum. Is. 53. 2. Il fut un Homme de douleurs : Firum dolorum ; car il fut formé exprès pour être sans cesse en proie aux souffrances, et telle fut toute la vie de notre Rédempteur, depuis sa naissance jusqu'à sa mort.
Et comme il était venu pour se faire aimer de l'homme, ainsi qu'il l'a déclaré Ignem veni mittere in lerram ; et quid volo, nisi ut accendatur ? luc. 19. 49. il a voulu, à la fin de sa vie, nous donner les marques et les preuves les plus grandes de l'amour qu'il nous portait Cum dilexisset suos qui erant in mundo, in finera dileiit eos. jo. 13. i. C'est pour cela que, non seulement il s'humilia jusqu'à mourir pour nous, mais il voulut se choisir une mort entre toutes la plus amère et la plus ignominieuse Humiliavit semetipsum, factus obedicns usque ad mortem, morlera autera crucis. Pfiil. ?. S. parmi les Hébreux, celui qui mourait crucifié, était maudit et déshonoré aux yeux de tous Maledictus omnis qui pendet in ligne. Gai. 3. 13. C'est ainsi que notre divin rédempteur a voulu finir sa vie, en subissant le supplice honteux de la croix, au milieu d'un déluge d'ignominies et de souffrances, comme il l'avait prédit par la bouche de David Veni in altitudinem maris, et tempestas demersit me. Ps. 6S. 3. Saint Jean dit que nous avons connu l'amour de Dieu envers nous, parce qu'il a donné sa vie pour nous In hoc cognovimus charitatem Dei, quoniam ille animam suam pro nobis posuit. /. Jo. 3. 16. Et en effet, comment Dieu pouvait-il mieux nous témoigner son amour, qu'en donnant sa vie pour nous ? El comment est-il possible que nous voyions un Dieu mort sur la croix pour notre amour, sans l'aimer ? L'amour de Jésus-Christ nous presse. — Par ces paroles, saint Paul nous avertit que nous sommes obligés et forcés à aimer notre Sauveur, moins par ce qu'il a fait et souffert, que par l'amour qu'il nous a témoigné en souffrant et en mourant pour nous Charitas enim Christi urget nos. — Pro nobis omnibus mortuus est Christus, ut et qui vivunt, jam non sibi vivant, sed ei qui pro ipsis mortuus est.. 1Cor. 5. 14. est mort pour nous tous, ajoute l'Apôtre, afin que chacun de nous ne vive plus pour lui-même, mais seulement pour Celui qui a donne sa vie pour notre amour.
Ce fut encore afin de captiver tout notre amour, que, non content de donner sa vie pour nous, il a voulu de plus se laisser lui-même à nous pour nourriture, quand il a dit : prenez et mangez, ceci est mon corps Accipite et comedite ; hoc est corpus ineum. Matlh. 26. 26. Si la foi ne nous assurait de cet autre prodige de l'amour divin, qui pourrait jamais le croire ? Nous en parlerons particulièrement dimanche prochain (Deuxième dimanche après la Pentecôte.) Maintenant, considérons brièvement le troisième point.
3. L'amour que Dieu le Saint-Esprit nous a porté en nous sanctifiant.
Non content de nous avoir donné Jésus-Christ, son divin fils, afin qu'il nous sauvât par sa mort, le Père éternel a voulu nous donner aussi l'Esprit-Saint, afin qu'il habitât dans nos âmes, et les tînt continuellement embrasées du saint amour. Notre Sauveur lui-même, remonté au ciel, voulut bien oublier les ingratitudes des hommes et les mauvais traitements qu'il en avait reçus sur la terre, et il nous envoya de là le Saint-Esprit, pour nous enflammer du divin amour et nous sanctifier ; c'est pourquoi l'Esprit-Saint, quand il descendit dans le Cénacle, voulut apparaître sous la forme de langues de feu Et apparuerunt illis dispertitse linguae tamquam ignis. Act. 2. 3. De là ces prières de l'Église :
« Nous vous en supplions. Seigneur, faites que le Saint-Esprit nous enflamme du feu que Jésus-Christ est venu apporter sur la terre, et qu'il a désiré si ardemment d'y voir éclater Illo nos igné, quœsumus. Domine, Spiritus Sanctus inflammet, quem Dominus noster Jésus Christus raisit in terrara, et voluit vehementer accendi. la Sabb. Petit. « C'est ce feu qui a porté les saints à faire de grandes choses pour Dieu, à aimer leurs plus cruels ennemis, à désirer les opprobres, à se dépouiller des richesses et des honneurs du monde, et jusqu'à embrasser avec joie les tourments et la mort.
Le Saint-Esprit est le lien divin qui unit le Père et le fils, et c'est lui-même qui, par l'amour, unit nos âmes à Dieu ; car tel est l'effet de l'amour, d'après saint Augustin Charitas est virtus conjungens nos Deo. les liens du monde sont des liens de mort ; mais les liens du Saint-Esprit sont des liens de vie éternelle, puisqu'ils nous unissent à Dieu, qui est notre vraie et unique vie.
Sachons en outre que toutes les lumières, les inspirations, les vocations divines, ainsi que tous les actes de vertus que nous avons faits dans notre vie, actes de repentir de nos péchés, de confiance en la divine miséricorde, d'amour, de résignation, ont été autant de dons de l'Esprit-Saint. L'Apôtre ajoute que c'est encore l'Esprit-Saint qui prie pour nous ; car, comme nous ne savons ce que nous devons demander à dieu pour notre salut, l'Esprit-Saint nous l'enseigne, et nous fait prier comme il faut Similiter autem et Spiritus adjuvat iiitirmitalem nostram ; nam, quid oremus, sicut oportet, nescimus ; sed ipse Spiritus postulat pro nobis gemitibus inenarrabilibus. Rom. S. 26.
En résumé, toute la sainte Trinité s'est appliquée à nous montrer l'amour que Dieu nous porte, afin que nous lui fassions le plaisir de l'aimer ; car c'est là tout ce qu'il veut obtenir de nous, dit saint Bernard Cura amat Deus, non aliud vult, quam amari. In Cant. s. S3. Il est donc bien juste que nous aimions ce Dieu, qui nous a aimés le premier, et nous a obligés par tant de bienfaits à l'aimer Nos ergo diligamus Deum, quoniam Deus prier dilexit nos./. Jo. 4. iO.
Oh ! quel grand trésor, que l'amour divin ! C'est un trésor infini, puisqu'il nous fait acquérir l'amitié de Dieu Infinitus enim thésaurus est hominibus, quo qui usi sunt, participes facti sunt amicitise Dei. Sap. 7. 11. Mais, pour acquérir ce trésor, il est nécessaire que nous détachions notre cœur des objets terrestres, comme l'enseigne sainte Thérèse : « Détachez votre cœur de toutes choses, et cherchez Dieu ; vous le trouverez (Avis 36.) » Quand la terre remplit un cœur, l'amour divin n'y trouve point de place. Prions donc toujours le Seigneur, dans nos oraisons, nos communions, nos visites au saint Sacrement, de nous donner son saint amour ; car cet amour même nous fera perdre toute affection aux choses terrestres : « Quand le feu est dans la maison, disait saint François de Sales, on jette tous les meubles par les fenêtres. (Espr. p. 3. ch. 27.) » Cela signifie que, quand une âme est enflammée de l'amour divin, elle est portée d'elle-même à se détacher de toutes les choses créées. Et le père Paul Segneri le Jeune avait coutume de dire que l'amour divin est un voleur qui nous dépouille de toutes les affections terrestres, au point que nous nous écrions alors : Seigneur ! que désiré-je, sinon vous seul ?
L'amour est fort comme la mort Fortis est ut mors dilectio. Cant. S. 6. C'est-à-dire : De même qu'il n'y a aucune force créée qui résiste à la mort, quand son heure est venue, de même, pour une âme qui aime Dieu, il n'y a pas de difficulté qui ne soit surmontée par son amour. lorsqu'il s'agit de plaire à l'objet aimé, l'amour surmonte tout, pertes, douleurs, ignominies ; rien n'est assez dur pour tenir contre le feu de l'amour, dit saint Augustin Nihil tam durum, quod araoris igné non vincatur. De Mor. eccl. cath. c. 22. par l'effet de cet amour, les saints martyrs, au milieu des tourments, sur les chevalets, sur les grils ardents, se réjouissaient, et rendaient grâces à Dieu de ce qu'il leur donnait à souffrir pour son amour ; et les autres saints qui n'ont point trouvé de tyrans pour les tourmenter, sont devenus leurs propres bourreaux, par les jeûnes, les macérations et toutes les pénitences qu'ils se sont imposées, pour se rendre agréables à Dieu. Quand on fait ce qu'on aime, dit encore saint Augustin, on ne souffre point, ou, si l'on souffre, on aime sa souffrance In eo quod amatur, aut non laboratur, ant et labor amatur. De bono vid. c. 21.