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CHAPITRE LXXVIII. Méditation sur la Passion de Jésus-Christ pour l'heure de Sexte.
Le Seigneur Jésus, conduit par les impies, arriva enfin à la montagne immonde du Calvaire, où vous pouvez considérer les ouvriers d'iniquité s'empressant d'agir de tous côtés selon la malice de leur coeur. Fixez tous les regards de votre esprit sur ce qui se passe comme si vous y étiez réellement en personne ; re-présentez-vous avec le plus grand soin tout ce qui se fait contre votre Seigneur, et tout ce qu'il dit et fait lui-même. Voyez des yeux de votre âme l'un qui plante la croix, un autre qui prépare les clous et les marteaux, un autre qui dispose une échelle et les autres instruments, un autre qui règle tout ce qu'on doit faire, un autre, enfin, qui dépouille le Sauveur, car on le dépouille encore. Il apparaît nu pour la troisième fois en présence de cette multitude, et. l'on renouvelle ses blessures en arrachant ses vêtements collés à sa chair. C'est alors que Marie voit pour la première fois son Fils semblable à un captif, et, comme tel, prêt à subir une mort barbare. Elle en conçoit une tristesse qui passe toute mesure, et elle est couverte de confusion en l'apercevant totalement dépouillé, car on ne lui a pas même laissé ses vêtements de dessous. Elle s'élance donc d'un trait, s'approche de son Fils, l'embrasse et enveloppe sa nudité du voile qui couvrait sa tête. Oh! dans quelle amertume son âme est plongée ! Je ne crois pas qu'elle ait pu alors lui adresser une parole. Si il lui eût été libre de faire plus, sans doute la volonté ne lui eût. pas manqué, mais elle était dans l'impossibilité de lui venir davantage en aide. Car il est arraché de ses mains avec fureur au pied même de la Croix. Considérez soigneusement comment cette croix est disposée; deux échelles sont dresses, l'une par derrière, au bras droit, l'autre au bras gaucho, et les infimes y montent avec les clous et les marteaux. On place en avant une autre échelle qui atteint l'endroit où doivent être attachés les pieds. Observez maintenant chaque chose. Le Seigneur Jésus est forcé de monter vers la croix, au moyen de cette petite échelle, et il se soumet sans résistance ni contradiction à tout ce qu'ils veulent. Lors donc qu'il est arrivé à la croix, il se tourne, ouvre ses bras royaux, étend ses mains pleines de beauté elles offre à ses bourreaux. Il regarde le ciel et dit à son père : « Enfin me voici en ce lieu, ô mon père; vous avez voulu m'humilier jusqu'au supplice de la croix pour l'amour et le salut du genre humain. Je l'accepte de grand coeur, et je m'offre pour ceux que vous m'avez donnés et que vous avez oulu rendre mes frères. Acceptez donc aussi, vous, mon Père, ce sacrifice, et désormais soyez facile à apaiser par amour pour moi. Effacez les taches anciennes dont tous les hommes sont souillés; éloignez-les d'eux ; c'est pour eux que je m'offre à vous, ô mon Père. »
Cependant celui qui est derrière la croix saisit la main droite et la cloue fortement au bois. Ensuite celui qui est à l'autre extrémité prend la main gauche, la tire et l'étend autant qu'il le peut, y place un clou, le frappe et l'enfonce dans la croix. Puis il descend et l'on écarte les échelles. Le Seigneur demeure suspendu de toute la pesanteur de son corps, qui l'entraîne en bas, et il n'est soutenu que par les clous qui lui transpercent les mains. Alors un troisième arrive et le tire par les pieds de toutes ses forces; et après qu'il a été ainsi étendu, un autre vient et les lui perce au moyen d'un clou énorme.
Il y en a pourtant qui croient que ce n'est point de cette manière que le Seigneur fut crucifié, mais que la croix demeura couchée sur le sol, et qu'après qu'il y eut été attaché, on l'éleva et on la fixa en terre. Si cela vous plaît mieux, voyez de quelle façon on le prend pour le plus vil des misérables, comme on le renverse avec fureur sur la croix, comme on saisit ses bras et comme après les avoir étendus avec violence, on les cloue cruellement à la croix. Contemplez de la même manière ce qui se passe pour ses pieds que l'on tire sans pitié le plus qu'il est possible.
Voilà le Seigneur Jésus crucifié, et il est étendu sur la croix avec une telle violence, que tous ses ossements pourraient être comptés, ainsi qu'il s'en plaint lui-même par le Prophète. Des ruisseaux de son sang vénérable coulent de ses cruelles blessures, et il est dans une gêne telle qu'il ne peut faire aucun mouvement, si ce n'est de la tête. Ces trois clous soutiennent tout le poids de son corps; il endure les douleurs les plus atroces, il est dans l'affliction au delà de tout ce qu'on peut dire, de tout ce qu'un peut imaginer. Il est suspendu entre les deux voleurs. De toutes parts, des peines; de toutes parts, des opprobres, des injures. Car, malgré son oppression, on ne lui épargne aucune insulte ; les uns le blasphèment en disant : « Va ! toi qui détruis le temple de Dieu! » d'autres en s'écriant : « Il ne peut se sauver lui-même ; » et d'autres outrages sans nombre, comme ces paroles : « S'il est le Fils de Dieu, qu'il descende de la croix, afin que nous croyions en lui !» Quant aux soldats qui le crucifièrent, ils partagèrent ses vêtements sous ses yeux.
Et tout cela se fait, tout cela se dit en présence de sa Mère abreuvée de tristesse. La compassion qu'elle porte à son Fils accroît la douleur de sa Passion, et réciproquement. Elle était suspendue avec lui sur la Croix, et elle eût mieux aimé mourir avec lui que de vivre plus longtemps. De toutes parts, ce sont des angoisses. On pourrait sentir ces tourments, mais les raconter est chose totalement impossible. La Mère se tenait auprès de la Croix de son Fils, ayant derrière elle la croix d'un voleur; elle ne détournait point sesyeux de dessus son Fils ; elle souffrait de chacun de ses tourments, et elle priait son Père de toute l'ardeur de son âme. « Mon Père, Dieu éternel, disait-elle, il vous a plu que mon Fils fût crucifié ; ce n'est plus le temps de vous le redemander. Mais voyez dans quelle agonie son âme est plongée. Je vous en conjure, adoucissez sa peine, s'il vous plaît. Mon Père, je vous recommande mon Fils. » Le Fils priait de même pour sa Mère, et disait silencieusement en son coeur : « Mon Père, vous voyez en quelle affliction est ma Mère. C'est moi qui dois être crucifié et non pas elle ; cependant elle est avec moi sur la Croix. C'est assez que j'y sois, moi qui suis chargé des péchés de tout le peuple; mais pour elle, elle ne mérite rien de semblable. Voyez sa désolation ; durant tout le jour, elle a été oppressée par la douleur (Thren., 2). Je vous la recommande; rendez-lui donc ses peines tolérables. »
Il y avait aussi auprès de la Croix Jean et Madeleine, et les deux soeurs de la Mère de Jésus : Marie, mère de Jacques, et Salomé et peut-être plusieurs autres encore. Tontes ces personnes, surtout Madeleine, la bien-aimée Disciple de Jésus, pleuraient amèrement sans pouvoir se consoler de leur tendre Seigneur et Maître, et compatissaient à Jésus, à sa Mère et à elles-mêmes. Leur douleur se renouvelait sans cesse, car leur compassion était entretenue par les injures et les outrages qui venaient ajouter un nouveau tourment à la Passion du Seigneur.


CHAPITRE LXXIX. Méditation sur la Passion du Seigneur pour l'heure de None.
Le Seigneur, suspendu à la Croix, n'y demeura pas oisif jusqu'au moment où son aine sortit de son corps ; mais il y lit el. enseigna des choses d'une grande utilité pour nous. Ainsi, il prononça sept paroles que nous trouvons écrites dans l'Évangile. La première fut dans l'acte même de son crucifiement, lorsqu'il pria son Père pour ses bourreaux en disant : « Mon Père, pardonner-leur, car ils ne savent ce qu'ils font (Luc., 23). » Cette parole nous est la preuve d'une grande patience et d'un grand amour, et, en même temps elle exprime une charité ineffable.
La seconde parole fut à sa Mère, lorsqu'il dit : « Femme, voilà votre fils ; » et à Jean : « voilà votre mère (Joan., 10)» Il ne lui donne pas le nom de mère, de peur que la tendresse de son amour si ardent n'augmente sa couleur.
La troisième fut au larron pénitent, lorsqu'il lui répondit : « Vous serez aujourd'hui avec moi dans le Paradis (Mat., 27). »
La quatrième fut : « Eli, Eli, lamma sabacthani ! C'est-à-dire : Mon Dieu ! mon Dieu ! pourquoi m'avez-vous abandonné (Id., id.) ? » C'est comme s'il eût dit : « Mon Père, vous avez tant aimé le monde, qu'en me sacrifiant pour lui, vous sembler m'avoir abandonné. »
La cinquième fut lorsqu'il dit : « J'ai soif (1Joan., 19). » Cette parole fut, pour sa Mère, les Saintes femmes et Jean, la cause d'une grande compassion, et, pour ces barbares, la source d'une grande joie. Car, bien qu'on puisse expliquer cette soif du salut des aunes qu'il désirait avec ardeur, cependant il eut soif véritablement, car l'effusion de son sang l'avait desséché et rendu tout brûlant. Et, comme ces hommes cruels ne pouvaient plus imaginer comment il serait possible de lui nuire davantage, ils saisirent avec empressement cette nouvelle occasion de le tourmenter. C'est pourquoi ils lui offrirent à boire du vinaigre mêlé de fiel. Maudite soit leur fureur, parce qu'elle fut opiniâtre, et qu'ils s'acharnèrent contre lui autant qu'il fut en eux !
La sixième parole fut : « Tout est consommé (Id., id). » Comme s'il eût dit : mon Père, j'ai accompli parfaitement le commandement que j'ai reçu de vous. Commandez à votre Fils tout ce qu'il vous plaira : je suis disposé à accomplir jusqu'au bout tout ce qui peut s'offrir, car je suis prêt à subir tous les tourments (Ps. 57). Mais tout ce qui a été écrit de moi est consommé. Si telle est votre volonté, mon Père, rappelez-moi à vous maintenant. « Et son Père lui répondit : « venez mon Fils bien-aimé, vous avez bien fait toute chose, je ne veux point prolonger davantage vos souffrances. Venez et je vous recevrai en mon sein, je nous presserai entre mes bras. » Dès lors il commença à languir à la manière des mourants, tantôt fermant, tantôt ouvrant les yeux, et à incliner la tête tantôt d'un côté, tantôt de l'autre, ses forces l'abandonnant tout-à-fait.
Enfin il ajouta une septième parole en jetant un grand cri et en versant des larmes : « Mon Père, dit-il, je remets mon esprit entre vos mains (Luc., 23). » Et en prononçant ces mots il rendit l'esprit, et baissant sa tête sur sa poitrine, devant son Père, comme pour lui rendre grâces de ce qu'il le rappelait, il lui remit son âme. A ce cri le centurion qui était lit se convertit, et dit en voyant qu'il avait expiré en poussant un tel cri : Il était vraiment le Fils de Dieu (Mat., 27).» En effet les autres hommes au moment de leur mort sont impuissants à crier; aussi il crut en lui. Or ce cri fut tel qu'il fut entendu jusqu'au fond des enfers.
Oh ! en quel état se trouvait l'âme de Marie, lorsqu'elle voyait son Fils si péniblement s'affaiblir, languir, pleurer et mourir? Je crois qu'elle était absorbée dans la multitude de ses angoisses et rendue comme insensible, ou bien qu'elle était demi-morte en ce moment beaucoup plus que lorsqu'elle se trouva à sa rencontre pendant qu'il portait sa croix. Mais que faisait Madeleine, la fidèle et bien-aimée Disciple ? Que faisait Jean, chéri entre tous les autres? Que faisaient tes deux soeurs de notre Souveraine ? Ou plutôt que pouvaient faire toutes ces saintes personnes remplies d'amertume, abreuvées de douleurs, enivrées d'absinthe ? Toutes elles versaient des larmes irrémédiables.
Voilà donc le Seigneur suspendu et mort sur la croix. Toute la foule se retire ; mais sa Mère accablée de tristesse demeure en la compagnie de ces quatre personnes. Elles viennent se placer auprès de la croix, contemplent leur bien-aimé, et attendent. que le ciel leur vienne en aide pour avoir son corps et lui donner la sépulture.
Pour vous, si vous avez bien contemplé votre Seigneur, vous pouvez remarquer que, depuis l'extrémité des pieds jusqu'à la tête, il n'y a rien en lui qui soit sans blessures ; qu'il n'est en son corps aucun membre, aucun sens, qui n'ait éprouvé l' affliction ou la souffrance la plus extrême. Je vous ai retracé selon ma faiblesse et selon qu'il m'a paru convenir pour le moment à votre peu de capacité, ce qui est arrivé à la sixième et à la neuvième heure touchant le crucifiement et la mort du Sauveur. De votre côté attachez-vous à toutes ces choses avec dévotion, fidélité et sollicitude. — Maintenant parlons de ce qui a suivi sa mort.


CHAPITRE LXXX. De l'ouverture du côté de Jésus.
Pendant que Marie, notre vénérable Souveraine, Jean, Madeleine et les deux soeurs de la Mère de Jésus demeuraient assis tous ensemble au pied de la Croix, les yeux fixés sans interruption sur le Seigneur ainsi suspendu, ainsi crucifié entre deux voleurs, ainsi nu, brisé par les tourments, mort et abandonné de tous, voilà que des hommes aimés viennent en grand nombre de la ville au Calvaire. Ils étaient envoyés afin de rompre les jambes à ceux qui avaient été crucifiés, de hâter leur mort, et de les ensevelir, pour que leurs corps ne demeurassent point en croix pendant le grand jour du Sabbat. Alors Marie et tous les autres se lèvent, regardent et voient ces hommes qui s'approchent. Ils ne savent ce dont il peut s'agir; leur douleur se renouvelle, leur crainte et leur effroi s'accroissent. Marie, surtout, est remplie de frayeur; elle se tourne vers son Fils mort et lui dit : « Mon Fils bien-aimé, pourquoi ces hommes reviennent-ils ? Que veulent-ils vous faire de plus? Ne vous ont-ils pas mis à mort ? Mon Fils, je pensais qu'ils s'étaient rassasiés contre vous. Mais, je le vois bien, ils vous poursuivent encore après votre mort. Mon Fils, je ne sais que faire ; je n'ai pu vous défendre de la mort; cependant je viendrai et je me tiendrai à vos pieds auprès de votre Croix. Mon Fils, priez votre Père de les apaiser; pour moi, je ferai ce que je pourrai. » Et tous cinq s'en vont en pleurant et se placent auprès de la Croix du Seigneur Jésus. Or, ces hommes arrivent avec fureur et grand bruit, et, voyant que les voleurs vivent encore, ils leur brisent les jambes, achèvent de les faire mourir, les détachent de leurs croix et les jettent précipitamment dans la première fosse qui s'offre. Ils reviennent ensuite vers Jésus, mais Marie craignant qu'ils ne traitent de même son Fils, et percée de douleur jusqu'au plus profond de son coeur, songe à recourir aux armes qui lui sont propres, c'est-à-dire à l'humilité, qui était innée en elle. Se mettant donc à genoux, les bras croisés sur sa poitrine, la voix brisée par la douleur, elle leur parle ainsi : « O vous que j'appelle mes frères! je vous en conjure au nom du Dieu Très-haut, veuillez ne pas m'affliger davantage en la personne de mon Fils bien-aimé. C'est moi qui suis sa Mère infortunée, et vous savez, mes frères, que jamais je ne vous ai offensés, que jamais vous ne reçûtes de moi la moindre injure. Si mon Fils a paru opposé à vos projets, vous vous en êtes vengés par sa mort. Pour moi, je vous pardonne toute injure, toute offense, la mort même de mon Fils. Accordez-moi au moins cette grâce que je vous demande, de ne point rompre ses membres, et permettez-moi de l'ensevelir sans de nouvelles blessures. Il n'y a aucun motif de lui briser les jambes, car vous voyez bien qu'il est mort et que c'en est fait de lui. Il y a une heure déjà qu'il est sorti de ce monde. »
Or, Jean, Madeleine et les soeurs de la Mère du Seigneur étaient à genoux avec elle et tous pleuraient amèrement. O ma Reine! que faites-vous? Vous demeurez aux pieds des scélérats les plus infâmes ; vous priez des hommes inexorables. Croyez-vous fléchir, par la pitié, des barbares et des impies, et, par votre humilité, des coeurs remplis d'orgueil? L'humilité est en abomination aux superbes ; vous vous fatiguez en vain. En effet, l'un d'entre eux, nommé Longin, alors impie et orgueilleux, mais dans la suite chrétien, artyr et saint, Longin, méprisant leurs prières et leurs supplications, et agitant de loin sa lance, ouvrit, par une blessure énorme, le côté droit du Seigneur Jésus, et il en sortit du sang et de l'eau. Alors Marie tomba demi-morte dans les bras de Madeleine; mais Jean, poussé par sa douleur, reprenant courage, s'élève contre eux et. leur dit : « Hommes infâmes, pourquoi commettre cette impiété ? Ne voyez-vous pas qu'il est mort? Vous voulez donc aussi faire mourir sa Mère de douleur? Retirez-vous, car c'est nous qui l'ensevelirons. » Alors il plut à Dieu qu'ils s'en allassent. Marie est rappelée à elle, et, se relevant comme une personne qui sort du sommeil, elle demande ce qu'on a fait de son Fils bien-aimé. On lui répond qu'on ne lui a rien fait de plus. Ensuite elle soupire, se livre à l'angoisse, et, regardant son Fils chéri, elle est altérée par une douleur mortelle.
Voyez-vous combien de lois elle a subi la mort en ce jour? fluant de fois sans doute que son Fils a été l'objet d'un nouvel outrage. Aussi a-t-elle vraiment ressenti tout ce que lui avait prédit Siméon, lorsqu'il lui dit : « Pour vous, un glaive transpercera, votre âme (Luc., 2). » Aujourd'hui, le glaive de cette lance a vraiment percé le corps du Fils et l'âme de la Mère.
Cependant tous reviennent se placer de nouveau au pied de la Croix, ne sachant ce qu'ils doivent faire. Ils ne peuvent descendre le corps ni l'ensevelir, car ils n'ont pas la force suffisante, et ils ne possèdent aucun des instruments nécessaires pour le détacher de la Croix. Us n'osent point se retirer et le laisser en cet état ; d'un autre côté, ils ne sauraient demeurer longtemps, car la nuit. approche. Vous voyez dans quel tourment ils sont plongés. O Dieu miséricordieux! comment permettez-vous que celle qui vous est chère entre tous, celle qui est le miroir du monde et le repos de nos coeurs, soit ainsi dans la tribulation? Il serait bien temps qu'il lui frit donné de respirer un peu.


CHAPITRE LXXXI. Méditation pour l'heure de Vêpres.
Cependant ils voient plusieurs personnes qui s'en viennent par le chemin. C'étaient Joseph d'Arimathie et Nicodème, amenant avec eux quelques uns lie leurs gens. Ils arrivaient munis d'instruments pour descendre le corps de la croix, apportaient avec eux environ cent livres de myrrhe et d'aloès, et ils venaient pour ensevelir le Seigneur. Aussitôt tous se lèvent, saisis d'une crainte terrible. O Dieu ! combien grande est l'affliction de ce jour ! Mais Jean regardant attentivement, dit : « Je reconnais parmi ces hommes, Joseph et Nicodème. » Alors Marie, reprenant ses forces, s'écrie : « Béni soit notre Dieu, qui nous envoie un secours! Il s'est souvenu de nous et rie nous a pas abandonnés. Mon fils, allez à heur rencontre. » Jean s'en va donc promptement à leur rencontre, et, arrivé vers eux, ils s'embrassent en versant des larmes abondantes sans pouvoir prononcer une pendant plus d'une heure, par l'excès de leur compassion, de leurs sanglots et de leur amertume. Ensuite ils se dirigent vers la Croix. Joseph demande quelles sont les personnes qui se trouvent là avec Marie, et où sont les autres Disciples. Jean lui nomme les personnes présentes; quant aux Disciples, il ne peut donner sur eux aucun renseignement, car aucun d'eux n'a paru en ce lieu aujourd'hui. Nicodème s'informe aussi de ce qui s'est passé, par rapport au Seigneur, et Jean lui fait le récit de tout.
Or, lorsqu'ils furent proches du Calvaire, ils se mirent à genoux et adorèrent le Seigneur en versant des larmes. Enfin arrivés là, ils furent reçus avec respect par Marie et ses compagnes à genoux et inclinées jusqu'à terre. Eux de leur côté se prosternèrent également en pleurant amèrement, et ils demeurèrent en cette position pendant une heure. Enfin Marie leur dit : « Vous faites bien de garder le souvenir de votre Maître, car il vous aimait tendrement ; et je vous avoue qu'à votre arrivée une lumière nouvelle a semblé se lever pour moi ; car nous ne savions ce que nous devions faire. Que le Seigneur vous récompense! » Et eux répondent : «Nous déplorons de tout notre coeur tout ce qui a été fait contre notre Maître. Les impies ont prévalu contre le Juste. Nous l'eussions de grand coeur arraché à une injustice si criante, s'il eût été en notre pouvoir de le faire. Au moins nous rendrons à notre Seigneur et Maître cette faible marque de notre amour.» Se levant donc, ils se disposent à descendre de la croix le corps de Jésus.
Pour vous, considérez soigneusement et avec attention de quelle manière ils agissent, selon que je vous l'ai dit plus haut. On dresse deux échelles aux extrémités opposées de la croix; Joseph monte sur celle qui est au côté droit et s'efforce d'arracher le clou de la main du Seigneur. Mais il éprouve une grande résistance, car le clou est gros et long, et il est profondément enfoncé dans la croix. Aussi semble-t-il impossible de le tirer sans presser fortement la main ; mais ce n'est pas de la part de Joseph de la violence, car il agit avec amour et le Seigneur agrée tout ce qu'il rait. Ce clou arraché, Jean fait signe à Joseph de le lui remettre afin que Marie ne le voie point. Ensuite Nicodème tire celui de la plain gauche et le remet de même à Jean. Après il descend et va au clou qui retenait les pieds. Pendant ce temps-là joseph soutenait le corps de Jésus. Heureux Joseph qui a mérité de serrer dans ses bras le corps du Seigneur ! Marie alors prend avec respect la main droite qui pendait et la porte à sa bouche ; elle la considère et la baise avec des larmes ineffables et îles soupirs douloureux. Enfin le clou des pieds étant arraché, Joseph descend un peu, et tous reçoivent le corps du Seigneur et le déposent à terre. Marie reçoit la tête et les épaules sur son sein, Madeleine les pieds, ces pieds où autrefois elle avait trouvé une grâce si immense; les autres l'environnent et tous poussent sur lui de grands gémissements; tous le pleurent avec une amertume très-profonde, comme on pleure un fils unique.


CHAPITRE LXXXII. Pour l'heure de Complies.
Quelque temps après, comme la nuit approchait, Joseph prie Marie de lui permettre d'envelopper le corps dans un linceul et de l'ensevelir. Mais elle s'y opposait et disait : « Je vous en prie, mes amis, ne m'enlevez pas sitôt mon Fils, ou ensevelissez-moi avec lui. » Or, elle pleurait avec des larmes irrémédiables. Elle contemplait les blessures des mains et du côté, tantôt l'une, tantôt l'autre ; elle considérait le visage et la tête du Sauveur, fixait ses regards sur les piqûres des épines, sur sa barbe arrachée violemment, sur sa face souillée de crachats et de sang, sur sa tête sans cheveux, et elle ne pouvait se rassasier de pleurer ni détourner les yeux. On lit dans quelque récit que le Seigneur révéla à une âme dévote, qu'on lui avait coupé les cheveux et arraché la barbe ; mais les Évangélistes n'ont pas tout écrit. En effet, qu'on lui ait coupé les cheveux, et comment cela s'est fait, je ne saurais le montrer par l'Écriture; mais je pourrais prouver qu'on lui arracha violemment la barbe, car Isaïe, parlant en la personne du Seigneur, dit : « J'ai abandonné mon corps à ceux qui me frappaient, et mes joues à ceux qui n'arrachaient la barbe. » Aussi sa Mère considérait tout cela et voulait le voir longuement. Cependant, l'heure pressant. Jean lui dit : « Je vous en prie, ma mère, soumettons-nous à la volonté de Joseph et de Nicodème; permettons-leur de tout disposer et d'ensevelir le corps de Notre Seigneur, car trop de retard pourrait leur attirer quelque accusation calomnieuse de la part des Juifs.
A cette parole, pleine de reconnaissance, guidée par la discrétion, et en même temps se souvenant qu'elle avait été confiée à Jean par son Fils, Marie ne s'opposa pas davantage, et, bénissant ce même Fils, elle voulut bien qu'on le disposât et qu'on l'ensevelît. Alors Jean, Nicodème et les autres, commencèrent à envelopper le corps et à l'appareiller avec des linges, comme c'est l'usage chez les Juifs. Sa Mère cependant tenait toujours la tête dans son sein ; elle se réserva le soin de cette partie de l'ensevelissement, et Madeleine celui des pieds. Lors donc qu'après avoir entièrement disposé les jambes, on en fut arrivé là, Madeleine s'écria : « Je vous en prie, laissez-moi me charger de ses pieds, auprès desquels j'ai obtenu miséricorde. » Étant laissée libre, elle tint ces pieds embrassés et semblait défaillir de douleur. Elle les avait autrefois arrosés des pleurs de son repentir ; mais dans ce moment elle les lava bien plus largement dans des ruisseaux de larmes arrachées à sa douleur et à sa compassion. Elle voyait ces pieds ainsi déchirés, transpercés, desséchés et sanglants, et elle pleurait très-amèrement. Et, comme la Vérité a rendu d'elle ce témoignage, qu'elle aima beaucoup, de même elle pleura beaucoup, surtout en ce dernier devoir rendu à son Maître et Seigneur ainsi affligé, ainsi flagellé, ainsi déchiré de blessures, ainsi mort, ainsi réduit au néant. C'est à peine si son aune pouvait demeurer en son corps, tant sa douleur était immense ; d'ailleurs, vous pouvez bien penser que si elle en eût eu le pouvoir, elle serait morte volontiers aux pieds de son Seigneur. Elle ne voyait point de remède à son angoisse ; elle n'était point accoutumée à rendre à Jésus de semblables services; et celui qu'elle lui rend en ce moment, c'est pour la première et la dernière fois. En le rendant, son âme s'oppresse d'amertume, car elle ne peut faire ni autant qu'elle voudrait, ni comme il conviendrait. Elle désirerait laver le corps tout entier, l'oindre, et tout disposer de la manière la plus parfaite; mais ce n'est ni le lieu, ni le temps. Ne pouvant rien de plus, ni autrement, elle fait tout ce qui est en son pouvoir. Elle lave au moins les pieds de ses larmes, elle les essuie pieusement, les embrasse, les couvre de ses baisers, les enveloppe, les arrange avec soin, selon qu'elle peut et qu'elle sait le mieux convenir.
Le corps étant donc ainsi disposé, ils regardent Marie afin qu'elle veuille bien terminer, et ils recommencent à pleurer. Alors voyant quelle ne peut différer plus longtemps, elle pose son visage sur celui de son Fils bien-aimé et s'écrie : « O mon Fils ! Je vous tiens mort contre mon sein. La séparation faite par votre mort est bien dure; nous avons conversé ensemble autrefois avec tant de bonheur et de joie! Nous avons vécu au milieu des hommes sans trouble et saris injure de notre part, bien qu'on vous ait fait mourir comme un coupable, ô mon très-doux Fils ! Je vous ai servi fidèlement, ô mon Fils, et vous m'avez servie de mène. Mais dans ce combat si douloureux votre père n'a point voulu vous venir en aide, et moi, je ne l'ai pu. Vous vous êtes abandonné vous-même, par amour pour le genre humain, que vous avez voulu racheter. Elle est dure, pénible outre mesure, cette rédemption dont je me réjouis à cause du salut des hommes. Mais j'éprouve sur vos douleurs, sur votre mort, une affliction sans limites, en me rappelant que vous n'avez jamais péché, et que, sans cause aucune, vous avez terminé votre vie par un supplice si honteux et si amer. C'en est donc fait ; notre union est détruite, ô mon Fils ! Il faut que je me sépare de vous maintenant. Je vais vous ensevelir, moi, votre Mère abreuvée de douleurs. Mais ensuite où Irai-je ? Je vous ensevelirais bien plus volontiers, si, en quelque lieu que vous fussiez, il m'était permis d'y être avec vous. Mais puisque je ne le puis faire de corps, au moins je m'ensevelirai d'esprit avec vous ; le tombeau qui recevra votre corps, renfermera mon âme; je vous l'abandonne; je vous la recommande, ô mon Fils! Combien: est poignante cette séparation ! »
Alors, de l'abondance de ses larmes, elle lave la figure de son Fils beaucoup plus igue Madeleine n'avait lavé ses pieds. Ensuite, elle essuie cette face de Jésus, baise sa bouche et ses yeux, enveloppe sa tête dans un suaire particulier et l'ajuste avec le plus grand soin : enfin, elle le bénit de nouveau. Aussitôt tous se prosternent et l'adorent; et, ayant baisé ses pieds, ils le prennent et le portent au tombeau. Marie tenait la tête et les épaules, Madeleine les pieds, et les autres soutenaient le corps par le milieu. Il y avait un sépulcre proche le lieu du crucifiement, à la distance de la longueur de notre église environ. Ils l'y déposèrent respectueusement et à genoux, en versant des pleurs, poussant des sanglots et des soupirs sans cesse réitérés. Ensuite, sa Mère le bénit encore, l'embrassa et demeura penchée sur son Bien-Aimé. Mais, l'ayant relevée, ils placèrent une grande pierre à l'entrée du tombeau.
Bède dit de ce tombeau « que c'était une demeure d'une forme ronde, taillée dans le rocher, d'une hauteur qu'un homme, en levant la main, pouvait atteindre à peine. L'entrée était à l'orient, et au nord se trouvait l'endroit où fut placé le corps du Seigneur. Ce dernier lieu faisait partie du rocher même et avait sept pieds de longueur. »
 
CHAPITRE LXXXIII. Méditation après Complies.
Joseph, voulant revenir à la ville après avoir ainsi accompli ce devoir, dit à Marie : « Ma Mère, je vous en prie pour Dieu et pour l'amour de votre Fils et mon Maître, qu'il vous plaise de venir en ma maison. Je sais que vous n'avez point de demeure à vous ; veuillez vous servir de la mienne comme si elle vous appartenait, car tout ce que je possède est à vous. » Nicodème fit les mêmes offres. Oh ! quel sujet de compassion ! la Reine du ciel n'a pas où reposer sa tête, et, dans les jours de son deuil et de sa viduité, il faut la retirer sous un toit étranger. Oui, ces jours sont vraiment les jours de sa viduité, car le Seigneur Jésus était pour elle un fils et un époux, un père et une mère; il était tout son bien, et, par sa mort, elle perdit tout. Elle est vraiment veuve et abandonnée; elle n'a point de demeure pour s'y retirer.
S'inclinant donc humblement à l'offre de Joseph et le remerciant, elle lui répond qu'elle a été confiée à Jean. Comme ils continuaient leurs prières, Jean leur répondit qu'il voulait la conduire sur la montagne de Sion, en la maison où leur Maître avait fait la Cène la veille avec ses Apôtres, et que c'était là qu'il avait intention de demeurer avec elle. Alors ces hommes, s'inclinant devant Marie, et ayant adoré le Sépulcre, s'en allèrent. Marie, Jean et les saintes femmes demeurèrent assis contre le Sépulcre, selon que le dit l'Évangile. Cependant la nuit approchait ; alors Jean dit à Marie : « Il n'est pas convenable de rester ici trop longtemps et de rentrer de nuit dans la ville; c'est pourquoi, s'il vous plaît, ma Mère, retirons-nous. » Aussitôt Marie se lève, et, fléchissant les genoux, elle ombrasse le Sépulcre, puis s'écrie : « Mon Fils, je ne puis rester plus longtemps avec vous; je vous recommande à votre Père. » Et élevant les yeux au ciel, elle ajoute avec larmes et avec un grand sentiment d'amour : « Père éternel, je vous recommande mon Fils et mon âme que je laisse ici, » Alors ils mirent en marche pour s'en aller ; tuais lorsqu'ils furent arrivés à la Croix, Marie se prosterna et l'adora en disant : « C'est ici que mon Fils s'est reposé ; voilà son sang précieux. » Et tous firent de même après elle, car vous pouvez bien vous imaginer que ce fut elle qui la première adora la Croix.
Ils s'avancèrent ensuite vers la ville ; mais, durant le chemin, Marie regardait souvent en arrière. Arrivés à l'endroit au delà duquel ils ne pouvaient. plus voir le Sépulcre ni la Croix, elle se retourna, s'inclina, et, se mettant à genoux là, elle l'adora très-pieusement ; et tous firent de même. A l'approche de la ville, les soeurs de Marie la couvrirent, comme une veuve, d'un voile qui lui cachait presque tout le visage, et. elles marchaient devant elle. Elle les suivait dans une profonde tristesse, ayant à ses côtés jean et Madeleine. Madeleine voulant, à l'entrée de la ville, se diriger par la rue qui conduisait à sa maison elles y amener avec. elle, s'y prit à l'avance et dit : « Ma Mère, je vous en prie pour l'amour de notre Maître, allons à notre maison, nous y serons mieux. Vous savez combien lui-même y venait volontiers ; elle est à vous, et tout ce que je possède vous appartient; je vous en conjure, venez. » Et tous recommencèrent à pleurer. Or, Marie gardant le silence et portant ses regards vers Jean, Madeleine fit au Disciple bien-aimé la même prière. Mais jean répondit : « Il est plus convenable que nous allions jusqu'à la montagne de Sion, d'autant plus que c'est ce que nous avons dit à nos amis ; mais vous, venez plutôt avec nous. » Alors Marie ajouta : « Vous savez bien que. j'irai partout où elle ira, et que je ne l'abandonnerai jamais. »
A leur entrée dans la ville accourent de toutes parts des vierges et d'excellentes duales qui viennent s'unir à Marie du plus loin qu'elles l'aperçoivent, et la consolent le long du chemin; ruais aussitôt éclatent de nouveaux gémissements. Les hommes de bien aussi qui se trouvaient sur son passage éprouvaient pour elle une grande compassion, et, touchés jusqu'aux larmes, ils disaient : « Certainement une grande injustice a été commise aujourd'hui par nos Princes contre le Fils de cette femme, et Dieu a opéré de grands prodiges en sa faveur. Qu'ils tremblent pour ce qu'ils ont fait.»
Or, lorsqu'on fut arrivé à la maison, Marie se tourna vers les personnes qui l'avaient accompagnée, les remercia et les salua avec affection et reconnaissance. Elles, de leur côté, s'inclinèrent et se mirent à genoux; et alors recommencèrent les gémissements les plus amers. Marie entra ensuite dans la maison, suivie de Madeleine et de ses deux soeurs. Pour Jean, demeurant sur le seuil, il pria toutes ces bonites personnes de retourner en leurs demeures, parce qu'il se faisait tard, et, les ayant remerciées, il ferma la porte.
Alors Marie, parcourant des yeux cette maison, disait : « O mon très-doux Fils, où êtes-vous, car je ne vous vois plus ici ? O Jean, où est mon Fils ? O Madeleine, où est votre Père, lui qui vous aimait si tendrement ? O mes soeurs bien-aimées, où est notre Fils ? Celui qui était notre joie, notre douceur, la lumière de nos yeux, s'est retiré de nous ; il s'en est retiré au milieu d'une angoisse extrême ; vous en avez été témoins. Et ce qui accroît encore ma douleur, c'est de l'avoir vu se séparer de nous tout couvert de blessures, accablé d'amertume, desséché par la soif, brisé, oppressé et violenté, sans que nous ayons pu le secourir de rien ; c'est de voir que tous l'ont abandonné, et que son Père, le Dieu Tout-puissant, n'ait point voulu lui venir en aide. Et avec quelle promptitude toutes ces choses se sont accomplies, vous le savez! Jamais condamnation contre l'homme même le plus scélérat ne fut si précipitée ni si foudroyante. O mon Fils ! cette nuit-là même vous avez été pris, à la troisième heure condamné, à la sixième crucifié et vous êtes mort! O mon Fils! Combien amère est volte séparation, combien amer le souvenir d'une mort aussi honteuse ! »
Enfin Jean, la priant de modérer sa douleur, la consola. Pour vous, si vous voulez leur donner une preuve de voire amour, vous saurez sans doute obéir à Marie, la servir, la consoler, la fortifier, afin qu'elle prenne un peu de nourriture et qu'elle engage les autres à en faire autant, car tous sont encore à jeun; et ensuite, ayant recta la bénédiction de votre reine et de tous ceux qui sont présents, vous vous retirerez.
 
Jour du Sabbat ou Samedi.

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