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b) Jean 14, 4 – Le chemin par lequel il devait s'en aller.

 

1863. Plus haut le Seigneur a fortifié ses disciples quant à son départ, leur promettant qu'ils auraient accès auprès du Père ; ici il parle du chemin par lequel ils vont vers le Père. Or on ne connaît pas un chemin sans son terme, et c'est pourquoi il parle aussi du terme ; et il présente d'abord le chemin et le terme, comme étant connus d'eux ; après quoi il manifeste ce qu'il a présenté [n° 1865].

 

1. Jn 7, 39.

2. Ac 1, 11.

3. 1 Th 4, 16.

4. Cf. Ph 1, 23 – Et je me sens pressé des deux côtés, désirant d'être dissous et d'être avec le Christ, chose bien meilleure pour moi.

5. Cf. 2 Co 5, 1.

6. Ct 6, 1. La Vulgate dit : Dilectus meus descendit, mon bien-aimé est descendu.

7. Mt 24, 28. Saint Thomas commente : « Remarquez qu'en hébreu on trouve anathe, ce qui est la même chose que cadavre, aussi a-t-il voulu désigner la Passion du Christ, parce qu'alors le Christ viendra montrant les marques de sa Passion, et il emploie une comparaison : Où sera le corps, là aussi s'assembleront les aigles. - Nous serons emportés dans les nuées à la rencontre du Seigneur (1 Th 4, 16). Mais certains sont des aigles, et d'autres des vautours et des corbeaux. Mais il ne dit pas "les vautours" ou "les corbeaux", mais les aigles, qui désignent les saints - Ils déploieront leurs ailes comme des aigles, ils voleront et ne s'épuiseront pas (Is 40, 31). Ainsi, comme le dit Jérôme, partout où il sera fait mémoire de la Passion du Christ, les saints doivent être rassemblés par la mémoire continuelle de sa Passion - Rappelez-vous les jours d'autrefois où, illuminés, vous avez soutenu un grand assaut de souffrances (He 10, 32) » (Sup. Matth. lect., XXIV, n° 1955). Voir aussi vol. I, n° 1558, note 10, le commentaire de 1 Th 4, 15. Voir aussi ci-dessous, n° 2256, note 4.

8. Jn 12, 26.

Le Christ présente le chemin et le terme.

 

ET OU MOI JE VAIS VOUS LE SAVEZ, ET VOUS SAVEZ LE CHEMIN. (14, 4)

 

1864. À ce propos, il faut savoir que le Seigneur avait dit : QUAND JE M'EN SERAI ALLÉ ET QUE JE VOUS AURAI PRÉPARÉ UN LIEU, JE VIENDRAI DE NOUVEAU vers vous. Parce que les disciples lui demanderaient peut-être où il allait, comme ci-dessus Pierre a demandé : Seigneur, où vas-tu ?’, le Seigneur, sachant cela2, leur dit : ET OÙ MOI JE VAIS VOUS LE SAVEZ, ET VOUS SAVEZ LE CHEMIN. En effet, je vais vers le Père, que vous connaissez, car je vous l'ai manifesté - J'ai manifesté ton nom aux hommes3. Or le chemin par lequel je vais, je le suis, moi que vous connaissez - Nous avons vu sa gloire4. C'est donc à juste titre qu'il a dit : OÙ MOI JE VAIS VOUS LE SAVEZ, ET VOUS SAVEZ LE CHEMIN, parce qu'ils connaissaient le Père par le Christ, et avaient appris à connaître le Christ en vivant avec lui5, et par sa présence.

 

Il rend clair ce qu'il a affirmé.

 

1865. Le Seigneur éclaire ensuite ce qu'il a affirmé ; et l'Évangéliste commence par présenter l'occasion de cette révélation (manifestatio), puis il donne cette révélation [n° 1867].

 

THOMAS LUI DIT : « SEIGNEUR, NOUS NE SAVONS PAS OÙ TU VAS. ET COMMENT POUVONS-NOUS SAVOIR LE CHEMIN ? » (14, 5)

 

1866. L'occasion de la révélation faite ici par le Christ fut le doute de Thomas qui interroge. THOMAS LUI DIT : « SEIGNEUR, NOUS NE SAVONS PAS OÙ TU VAS. ET COMMENT POUVONS-NOUS SAVOIR LE CHEMIN ? » Là, remarque que Thomas nie les deux choses que le Seigneur a affirmées ; car le Seigneur a dit qu'ils savaient à la fois le chemin et le terme du chemin ; or Thomas dit qu'il ne sait pas le chemin, ni le terme ; cependant l'un et l'autre sont vrais. Car il est vrai qu'ils savaient, cependant ils ne savaient pas qu'ils savaient6. En effet, beaucoup savaient à propos du Père et du Fils des choses qu'ils avaient apprises du Christ ; mais ils ignoraient que le Père était celui vers qui le Christ allait et que le Fils était le chemin par lequel il allait. En effet, il est difficile d'aller vers le Père ; et il n'est pas étonnant qu'ils l'aient ignoré, parce que, bien qu'ils connussent parfaitement le Christ en tant qu'homme, ils reconnaissaient cependant imparfaitement sa divinité - L'oiseau a ignoré son sentier7.

Et il ajoute : COMMENT POUVONS-NOUS SAVOIR LE CHEMIN ? La connaissance du chemin dépend en effet de la connaissance du terme ; donc, parce que le terme nous est inconnu - Il habite une lumière inaccessible 8 -, son chemin nous est impénétrable, selon ce passage de l'Épître aux Romains : Ses chemins sont impénétrables \

 

1. Jn 13, 36.

2. Cf. saint Jean Chrysostome, In Ioannem hom., LXXIII, 2, PG 59, col. 387 – « En disant : "Vous savez", il dévoile le désir de leur esprit et leur donne l'occasion de l'interroger ».

3. Jn 17, 6.

4. Jn 1, 14.

5. Saint Thomas utilise le mot conversatio.

6. Cf. saint Augustin, Tract, in Io., LXIX, 1, BA 74\ p. 245 – « C'est donc qu'ils savaient et qu'ils ignoraient qu'ils savaient. Que le Seigneur les convainque qu'ils savent déjà ce qu'ils pensent ne pas savoir encore ».

7. Jb 28, 7.

8. 1 Tm 6, 16. Voir vol. I, n° 454, note 11.

II

 

JÉSUS LEUR DIT : « MOI JE SUIS LE CHEMIN, LA VÉRITÉ ET LA VIE. PERSONNE NE VIENT AU PÈRE SINON PAR MOI – SI VOUS M'AVIEZ CONNU, VOUS AURIEZ CONNU AUSSI MON PÈRE. ET DORÉNAVANT VOUS LE CONNAÎTREZ, ET VOUS L'AVEZ VU. » (14, 6-7)

 

1867. Le Seigneur révèle ensuite les deux choses qu'il leur avait annoncées. D'abord le chemin et son terme ; ensuite le fait qu'ils connaissaient l'un et l'autre [n° 1876].

 

MOI JE SUIS LE CHEMIN, LA VÉRITÉ ET LA VIE. PERSONNE NE VIENT AU PÈRE SINON PAR MOI.

 

En premier lieu, il révèle ce qu'est le chemin ; en second lieu ce qu'est le terme [n° 1873].

 

1868. Le chemin, comme il a été dit, est le Christ lui-même, et c'est pourquoi il dit : MOI JE SUIS LE CHEMIN, LA VÉRITÉ ET LA VIE. Et cette affirmation n'est pas sans raison, car par lui nous avons accès auprès du Père, comme il est dit dans l'Épître aux Romains2. Cela convient aussi à son propos : il veut montrer clairement le doute du disciple qui l'interroge.

Et parce que ce chemin n'est pas distant du terme mais lui est conjoint, il ajoute : LA VÉRITÉ ET LA VIE ; et ainsi lui-même est en même temps le chemin et le terme. Le chemin, certes, selon son humanité, le terme selon sa divinité. Ainsi donc, selon qu'il est homme, il dit : MOI JE SUIS LE CHEMIN ; et selon qu'il est Dieu, il ajoute : LA VÉRITÉ ET LA VIE. Ces deux mots désignent de manière convenable le terme de ce chemin.

Car le terme de ce chemin est la fin du désir humain. Or l'homme désire avant tout deux choses : premièrement, la connaissance de la vérité, ce qui lui est propre ; en second lieu la conservation3 de son être, ce qui est commun à toutes les réalités. Or le Christ est le chemin pour parvenir à la connaissance de la vérité, bien que cependant il soit lui-même la Vérité - Conduis-moi, Seigneur, dans ta vérité et que je marche dans ta voie4. Le Christ est aussi le chemin pour parvenir à la vie, bien qu'il soit lui-même la Vie - Tu m'as fait connaître les chemins de la vie5. Et c'est pourquoi il a désigné le terme de ce chemin par la vérité et la vie ; ces deux mots ont été dits plus haut à propos du Christ. Il a d'abord été dit qu'il est lui-même la Vie - En lui-même était la vie -, et ensuite qu'il est la Vérité, parce qu'il était la lumière des hommes6, et que la lumière est la vérité.

 

1869. Il faut noter que ces deux termes conviennent en propre, par eux-mêmes, au Christ. La vérité, en effet, lui convient par soi parce que lui-même est le Verbe. La vérité, en effet, n'est rien d'autre que l'adéquation de la réalité à l'intelligence], qui se fait quand l'intelligence conçoit la réalité telle qu'elle est. Donc la vérité de notre intelligence appartient à notre verbe2, qui en est la conception. Mais cependant bien que notre verbe soit vrai, il n'est pourtant pas la vérité elle-même, puisqu'il n'existe pas par lui-même mais qu'il provient de l'adéquation à la réalité conçue. Donc la vérité de l'intelligence divine appartient au Verbe de Dieu. Mais parce que le Verbe de Dieu est vrai par lui-même, puisqu'il n'est pas mesuré par les réalités mais que les réalités, dans la mesure où elles sont vraies, parviennent à sa ressemblance, de là vient que le Verbe de Dieu est la Vérité elle-même. Et parce que nul ne peut connaître la vérité s'il n'adhère pas à la Vérité, il faut que tout homme qui désire connaître la vérité adhère à ce Verbe.

 

1. Rm 11, 33.

2. Cf. Rm 5, 2 – Lui à qui nous devons d'avoir accès, par la foi, à cette grâce où nous sommes établis, et nous nous glorifions dans l'espérance de la gloire de Dieu.

3. Saint Thomas, en disant sui esse continuationem, parle en effet de la conservation de l'être, concernant toutes les réalités. Dans la question de la Somme théologique où il traite de la loi naturelle, saint Thomas distingue trois niveaux : « C'est selon l'ordre des inclinations naturelles que se prend l'ordre des préceptes de la loi naturelle. En effet, il y a en premier lieu dans l'homme une inclination à chercher le bien, selon la nature, qu'il a en commun avec toutes les autres réalités : toute réalité recherche la conservation de son être, selon sa nature propre. (...) En second lieu, il y a dans l'homme une inclination à chercher certains biens plus spéciaux, correspondant à la nature qui lui est commune avec les autres animaux. Ainsi appartient à la loi naturelle ce que "la nature enseigne à tous les animaux", comme l'union du mâle et de la femelle, le soin des petits, etc. En troisième lieu, il y a dans l'homme une inclination à chercher le bien correspondant à sa nature rationnelle, qui lui est propre : ainsi a-t-il une inclination naturelle à connaître la vérité sur Dieu, et à vivre en communauté » (Somme théol, I-II, q. 94, a. 2, c).

4. Ps 85, 11. La Vulgate dit l'inverse : Conduis-moi, Seigneur, dans ta voie, et que je marche dans ta vérité.

5. Ps 15, 11. Saint Thomas commente : « Cela s'applique au Christ pour ses membres ; et ces chemins sont ses enseignements et ses préceptes, qui sont des chemins vers la béatitude - Garde mes commandements et tu vivras (Pr 7, 2). Et c'est pourquoi il dit : Tu m'as fait connaître les chemins de la vie » (Exp. in Psalmos, 15, n° 7).

6. Jn 1, 4.

Quant à la vie, elle lui convient en propre parce que toute réalité qui a par elle-même quelque opération est dite vivante. Et on dit non vivantes les réalités qui n'ont pas par elles-mêmes le mouvement. Parmi les opérations de la vie, il y a avant tout les opérations intellectuelles : c'est pourquoi l'intelligence elle-même est dite vivante, et son action est une certaine vie. Or en Dieu l'acte d'intelligence et l'intelligence ne font qu'un3 – d'où il est manifeste que le Fils, qui est le Verbe de l'intelligence du Père, est sa vie. Ainsi donc le Christ s'est désigné lui-même comme le Chemin, et le chemin conjoint au terme : parce que lui-même est le terme ayant en lui tout ce qui peut être désiré, puisqu'il est la Vérité et la Vie.

 

1870. Si donc tu cherches par où passer, accueille le Christ, parce qu'il est lui-même le Chemin - Voici le chemin, marchez-y 4. Et Augustin dit5 – « Avance par l'homme, et tu parviendras à Dieu. » II vaut mieux en effet boiter sur le chemin qu'avancer fermement en dehors du chemin. Car celui qui boite sur le chemin, même s'il avance peu, s'approche du terme ; quant à celui qui marche en dehors du chemin, plus il court fermement, plus il s'éloigne du terme. Mais si tu cherches où aller, adhère au Christ, parce que lui-même est la Vérité à laquelle nous désirons parvenir - Ma bouche méditera ta vérité6. Si tu cherches où demeurer, adhère au Christ parce que lui-même est la Vie - Celui qui me trouvera, trouvera la vie7.

Adhère donc au Christ si tu veux être en sûreté : en effet tu ne pourras pas dévier, parce qu'il est lui-même le Chemin. Aussi ceux qui adhèrent à lui ne marchent pas où il n'y a pas de route, mais par un chemin droit - Je te montrerai le chemin de la sagesse8. Et, au contraire, il est dit de certains : Ils n'ont pas trouvé le chemin vers une cité habitée9. De même on ne peut être trompé, parce que lui-même est la Vérité et enseigne toute vérité - Moi, je suis né et je suis venu dans le monde pour ceci : rendre témoignage à la venté10. De même encore, on ne peut être troublé parce que lui-même est la Vie et donne la vie - Moi, je suis venu pour qu'on ait la vie, et qu'on l'ait surabondante1. Car, comme dit Augustin2, le Seigneur dit : MOI JE SUIS LE CHEMIN, LA VÉRITÉ ET LA VIE comme s'il disait : Par où veux-tu aller ? MOI JE SUIS LE CHEMIN. Où veux-tu aller ? MOI JE SUIS LA VÉRITÉ. Où veux-tu demeurer ? MOI JE SUIS LA VIE. En effet, comme le dit Hilaire3, il ne conduit pas par des voies trompeuses, lui qui est le Chemin, il ne trompe pas par des mensonges, lui qui est la Vérité, il ne laisse pas dans l'erreur de la mort, lui qui est la Vie.

 

1. Pour la créature rationnelle, la vérité est l'adéquation de l'intelligence à la réalité, mais pour l'intelligence divine, vraie en elle-même, qui est mesure et cause de toutes les réalités, la vérité est précisément l'adéquation de la réalité à l'intelligence. Voir Somme théol, I, q. 16, a. 5, c.

2. Sur le sens du mot verbum, voir vol. I, n° 25.

3. C'est Aristote qui le premier, en contemplant le mystère de Dieu, met en lumière que l'Intelligence première est son acte de penser, et qu'elle se pense elle-même, puisqu'elle est ce qu'il y a de plus excellent et que « sa pensée est la pensée de la pensée » {Métaphysique, A, ch. 9, 1074 b 34). Voir aussi Somme théol, I, q. 14, a. 4.

4. Is 30, 21.

5. Sermones de Scripturis, 141, IV, PL 38, col. 777-778. L'éd. Marietti met une seule phrase entre guillemets mais en fait tout l'alinéa est une citation ad litteram, morcelée, du texte de saint Augustin.

6. Pr 8, 7.

7. Pr 8, 35.

8. Pr4, 11.

9. Ps 106, 4.

10. Jn 18, 37.

1871. On peut expliquer cela autrement. Il y a trois choses dans l'homme qui sont liées à sa sainteté, à savoir son action, sa contemplation et son intention4 ; et ces choses sont menées à leur perfection par le Christ. Car pour ceux qui exercent une activité, le Christ est le Chemin ; pour ceux qui persévèrent dans la contemplation, le Christ est la Vérité ; mais il dirige l'intention des actifs et des contemplatifs vers la Vie, c'est-à-dire la vie éternelle5. Il enseigne en effet à aller et à prêcher pour le siècle à venir6. Ainsi donc, le Seigneur est pour nous le chemin par lequel nous allons vers lui, et par lui vers le Père.

 

1872. Mais puisque lui, qui est le Chemin, va vers le Père, est-il à lui-même son propre chemin ? Comme dit Augustin7, il est le Chemin et celui qui va par le Chemin, et le lieu où il va : c'est pourquoi lui-même va par lui-même vers lui-même. Car en tant qu'homme il est le Chemin : c'est pourquoi il est venu par la chair, en demeurant où il était ; et il s'en va par la chair, sans quitter le lieu d'où il est venu ; par la chair aussi il revient vers lui, la Vérité et la Vie : car Dieu était venu par la chair vers les hommes, la Vérité vers les menteurs, la Vie vers les mortels - Dieu, en effet, est véridique, mais tout homme est menteur91. Or, quand il a quitté les hommes pour aller là où personne ne ment, il a élevé sa chair, lui-même qui est le Verbe fait chair, et par sa chair il est retourné vers la Vérité qu'il est lui-même. Et c'est comme si je disais : mon esprit, tandis que je parle à d'autres, part vers eux, et cependant ne me quitte pas : mais quand je me suis tu, je retourne en quelque sorte vers moi, et je demeure avec ceux à qui je parle. Ainsi donc le Christ, qui pour nous est le Chemin, s'est fait le chemin pour lui-même aussi, c'est-à-dire pour sa chair, pour aller vers la Vérité et la Vie.

 

1. Jn 10, 10.

2. Serm. de Scr., 142, I, PL 38, col. 778.

3. La Trinité, VII, 33, SC 448, p. 353-355.

4. Ce sont les trois aspects de l'image de Dieu en l'homme : le dominium (l'action), l'intelligence (la contemplation) et la volonté (l'intention). Mais ces trois aspects sont ici liés à la finalité, à leur acte. Et par ces actes finalisés, l'homme ressemble à Dieu. Sur les différentes similitudes entre Dieu et l'homme, voir ci-dessous, note 5 du n° 1879. Voir aussi Somme théol, I, q. 93, a. 7 et a. 8.

5. Saint Thomas reprend ici le commentaire de Théophylacte sur ce verset (Enarr. in Ev. S. Ioannis. In h. foc., PG 124, col. 171 C).

6. Cf. Mc 10, 30 ; Ep 1, 21.

7. Ce paragraphe reprend les affirmations principales d'un développement plus long du Tract, in Io., LXIX, 2-4, BA 74A, p. 247-259.

PERSONNE NE VIENT AU PÈRE SINON PAR MOI.

 

1873. Il éclaire ensuite les questions qui s'étaient posées à propos du terme du chemin. Or le chemin, qui est le Christ, comme il a été dit, conduit vers le Père. Mais parce que le Père et le Fils sont un, ce chemin conduit aussi à lui-même. Et c'est pourquoi le Christ dit qu'il est le terme du chemin. PERSONNE, dit-il, NE VIENT AU PÈRE SINON PAR MOI.

 

1874. Mais il faut savoir que, comme dit l'Apôtre, personne ne connaît les choses de l'homme si ce n'est son esprit qui est en lui9 ; il faut comprendre : si ce n'est dans la mesure où l'homme veut se manifester. Or quelqu'un manifeste son secret par son verbe, et c'est pourquoi nul ne peut pénétrer le secret de l'homme si ce n'est par le verbe de l'homme. Donc puisque personne ne sait les choses de Dieu si ce n'est l'Esprit de Dieu *, nul ne peut venir à la connaissance du Père si ce n'est par son Verbe, qui est son Fils - Et nul ne connaît le Père si ce n'est le Fils2. Et de même que l'homme, voulant se révéler par le verbe de son cœur qu'il profère par sa bouche, revêt en quelque sorte ce même verbe de lettres ou d'une voix, ainsi Dieu, voulant se manifester aux hommes3, revêt de la chair, dans le temps, son Verbe conçu de toute éternité. Et ainsi nul ne peut parvenir à la connaissance du Père si ce n'est par le Fils. C'est pourquoi il dit : Moi je suis la porte. Si quelqu'un entre par moi, il sera sauvé4.

 

8. Rm 3, 4, qui se réfère au Ps 115, 11.

9. 1 Co 2, 11.

1875. Mais il faut noter, selon Chrysostome, que plus haut le Seigneur dit : Nul ne peut venir à moi si le Père qui m'a envoyé ne l'attire5, alors qu'ici il dit : PERSONNE NE VIENT AU PÈRE SINON PAR MOI – En cela est montrée l'égalité du Fils et du Père6. Ce qui est le chemin apparaît donc, c'est le Christ ; et ce qui est le terme, c'est le Père.

 

SI VOUS M'AVIEZ CONNU, VOUS AURIEZ CONNU AUSSI MON PÈRE. ET DORÉNAVANT VOUS LE CONNAÎTREZ, ET VOUS L'AVEZ VU. (14, 7)

 

1876. Il montre ensuite que les disciples connaissent ces deux choses, à savoir le lieu où il va et le chemin, et d'abord il en donne la manifestation ; ensuite il exclut le doute qui s'élève [n° 1882]. Premièrement, il montre que la connaissance qu'on a du Fils ne va pas sans la connaissance qu'on a du Père. En second lieu il manifeste où en sont les disciples par rapport à la connaissance du Père [n° 1880].

 

1. Ibid.

2. Mt 11, 27. Cf. ci-dessus, n° 1830, note 8.

3. Somme théol., III, q. 1, Sur les convenances de l'Incarnation. Citons notamment : « Par le mystère de l'Incarnation nous sont manifestées à la fois la bonté, la sagesse, la justice et la puissance de Dieu » (a. 1, sed contra).

4. Jn 10,9.

5. Jn 6, 44.

6. In Ioannem nom., LXXIII, 2, PG 59, col. 388. Sitôt après avoir rappelé une première parole du Christ (le Père attire vers le Christ, rf· Jn 6, 44), saint Jean Chrysostome plaçait conjointement une autre affirmation grâce à laquelle la conclusion sur l'égalité du Fils avec le Père est plus claire : Quand j'aurai été élevé de terre, j'attirerai tout à moi (Jn 12, 32). En effet, comment le Père et le Fils peuvent-ils exercer la même attraction s'ils ne sont pas égaux ?

 

SI VOUS M'AVIEZ CONNU, VOUS AURIEZ CONNU AUSSI MON PÈRE.

 

1877. Il dit donc en premier lieu : Je vous ai dit que je suis le Chemin, et que vous connaissez le chemin, c'est-à-dire moi ; donc vous savez aussi où je vais, parce qu'on ne peut avoir la connaissance de moi-même sans la connaissance du Père. Et c'est ce qu'il dit : SI VOUS M'AVIEZ CONNU, VOUS AURIEZ CONNU AUSSI MON PÈRE.

 

1878. Plus haut il dit aux Juifs : Si vous me connaissiez, vous connaîtriez peut-être aussi mon Père !1 Pourquoi donc dit-il : SI VOUS M'AVIEZ CONNU, VOUS AURIEZ CONNU AUSSI MON PÈRE, alors que plus haut il dit peut-être ? Il semble que là il ait douté de ce qu'ici il affirme.

Mais il faut dire qu'alors il parlait aux Juifs qu'il blâmait ; et c'est pourquoi il ajoute peut-être, non qu'il doute, mais parce qu'il les blâme. Mais ici, il parle aux disciples qu'il instruit : et c'est pourquoi il leur présente la vérité avec une affirmation, en disant : SI VOUS M'AVIEZ CONNU, VOUS AURIEZ CONNU AUSSI MON PÈRE, comme s'il disait : Si vous connaissiez ma grâce et ma dignité, vous connaîtriez aussi celles du Père. Car rien ne fait mieux connaître une réalité que son verbe et son image ; or le Fils est le Verbe du Père - Dans le Principe était le Verbe, et le Verbe était auprès de Dieu8. - Et le Verbe s'est fait chair, et il a habité parmi nous. Nous avons vu sa gloire, gloire qu’il tient de son Père comme Fils unique, plein de grâce et de vérité1. Le Fils est aussi l'image du Père - [Lui] qui est l'image du Dieu invisible2. - Lui qui étant la splendeur de sa gloire et l'empreinte de sa substance3. Donc, c'est dans le Fils que le Père est connu, comme dans son Verbe et sa propre image4.

 

7. Jn 8, 19.

8. Jn 1, 1.

1879. Mais il faut remarquer que, dans la mesure où une chose accède à la ressemblance du Verbe du Père, dans cette même mesure le Père est connu en elle, et de même dans la mesure où cette réalité a quelque chose de l'image du Père. Or, puisque tout verbe créé est une certaine similitude de ce Verbe, et que dans toute réalité on trouve une similitude de la divinité - ou une similitude d'image ou une similitude de vestige5 -, mais une similitude imparfaite, de là vient que ce que Dieu est en lui-même ne peut être connu parfaitement par aucune créature ni par aucune intelligence ni conception d'une intelligence créée6 ; mais seul le Verbe, l'unique engendré, qui est parfait et qui est la parfaite image du Père, connaît et comprend cela même qui est du Père.

Aussi, selon Hilaire7, ces paroles peuvent s'enchaîner autrement. Car quand le Seigneur dit : PERSONNE NE VIENT AU PÈRE SINON PAR MOI, Arius, interrogé sur la manière d'aller au Père par le Fils, répond que c'est par l'enseignement de sa doctrine, c'est-à-dire dans la mesure où le Fils instruit les hommes à propos du Père par sa doctrine - Père, j'ai manifesté ton nom aux hommes8. Mais le Seigneur, excluant ceci, dit : SI VOUS M'AVIEZ CONNU, VOUS AURIEZ CONNU AUSSI MON PÈRE, comme pour dire : Arius ou tout autre homme peut bien parler du Père, mais nul n'est assez grand pour que, étant connu, le Père soit connu, si ce n'est le Fils qui est de même nature que lui.

 

1. Jn 1, 14.

2. Col 1, 15.

3. He 1, 3. Cf. vol. I, n° 1278, note 4. Voir aussi ci-dessus, n° 1662, note 2.

4. Voir ci-dessus, n° 1712 et note 4.

5. Voir Somme théol, I, q. 33, a. 3 ; q. 45, a. 7. Saint Thomas, pour parler du lien qu'une créature peut avoir avec Dieu, met en lumière quatre similitudes : la similitude de vestige, pour les créatures irrationnelles ; la similitude d'image, pour les créatures rationnelles ; la similitude de grâce, pour ceux qui, ayant reçu le don de la grâce, sont destinés à l'héritage de la gloire éternelle ; la similitude de gloire, pour ceux qui possèdent déjà l'héritage de la gloire (voir q. 33, a. 3, a). Par rapport au mystère de la Très Sainte Trinité, il dit aussi que « dans les créatures rationnelles, en qui il y a l'intelligence et la volonté, on trouve une similitude (similitudo) de la Trinité par mode d'image, en tant qu'on trouve en elles le verbe qui conçoit et l'amour qui procède. Mais dans toutes les créatures on trouve une similitude (similitudo) de la Trinité par mode de vestige » (q. 45, a. 7, a). Il montre également la différence entre le Verbe, Image du Père, et la créature qui est à l'image de Dieu (q. 35, a. 2, ad 3), ainsi que le rapport du Verbe à la créature (q. 34, a. 3). Sur l'image de Dieu chez l'homme, voir aussi op. cit., I, q. 93.

6. Cf. Somme théol., I, q. 12, a. 7.

7. La Trinité, VII, 33, SC 448, p. 355.

ET DORÉNAVANT VOUS LE CONNAÎTREZ, ET VOUS L'AVEZ VU.

 

1880. Il montre ensuite où en sont les disciples par rapport à la connaissance du Père. Or le Seigneur avait dit plus haut à ses disciples qu'ils connaissaient le Père, en disant : Où moi je vais vous le savez9. Et cela Thomas l'a nié, en disant : Seigneur, nous ne savons pas où tu vas 10. Et c'est pourquoi ici le Seigneur montre que d'une certaine manière ils connaissent le Père, afin de montrer que sa parole est vraie, et que d'une autre manière ils ne le connaissent pas, de sorte que la parole de Thomas est vraie. Il expose par rapport à cela une double connaissance du Père : l'une à venir, l'autre qui était dans le passé.

Donc il dit que DORÉNAVANT VOUS LE CONNAÎTREZ. Il dit DORÉNAVANT puisqu'il y a deux connaissances à propos du Père. L'une parfaite, qui est par la vision immédiate de Dieu, et que nous aurons dans la Patrie - Quand il apparaîtra, nous serons semblables à lui11 ; l'autre imparfaite, qui existe par un miroir et en énigme, et que nous avons par la foi - Nous voyons maintenant par un miroir, en énigme 1. Donc cette parole peut s'entendre de chacune des deux ; et le sens serait : DORÉNAVANT VOUS LE CONNAÎTREZ, selon une connaissance parfaite, dans la Patrie - Je vous annoncerai des choses à propos du Père ouvertement2 -, comme s'il disait : C'est vrai que vous ne le connaissez pas d'une connaissance parfaite, mais DORÉNAVANT VOUS LE CONNAÎTREZ, quand le mystère de ma Passion aura été accompli. Ou : DORÉNAVANT, c'est-à-dire après ma Résurrection et mon Ascension et l'envoi de l'Esprit Saint, VOUS LE CONNAÎTREZ d'une connaissance parfaite de foi, parce que, quand viendra l'Esprit Paraclet, celui-là vous enseignera tout3. Ainsi donc, tu dis vrai parce que tu ne le connais pas d'une connaissance parfaite ; mais moi je dis vrai, parce que vous l'avez vu - Après cela il a été vu sur la terre et il a vécu avec les hommes4. Ils ont vu en effet le Christ, selon qu'il a assumé notre chair en laquelle était le Verbe, et dans le Verbe, le Père : c'est pourquoi en lui ils ont vu le Père - C'est de lui que je suis, et c'est lui qui m'a envoyé5.

 

8. Jn 17, 6.

9. Jn 14, 4.

10. Jn 14, 5.

11. 1 Jn 3, 2.

1881. Mais remarque que le Père n'était pas dans la chair par l'unité de personne, mais il était dans le Verbe incarné par une unité de nature, et le Père était vu dans le Christ incarné - Nous avons vu sa gloire, gloire qu'il tient de son Père comme Fils unique, plein de grâce et de venté 6.

 

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