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Leçon 3 – Mt 10, 38‑42 ; n° 1280

[10, 38]

1280. Il a donc été dit que QUI AIME SON PÈRE, etc. ; je dis encore davantage : « Qui s’aime plus que moi n’est pas digne de moi. » Car rien ne peut combler la totalité du désir que Dieu. C’est pourquoi, Dt 6, 5 : Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur et de toute ton âme, de toutes tes forces. De sorte que [le Seigneur] dit : QUI NE PREND PAS SA CROIX ET NE ME SUIT PAS N’EST PAS DIGNE DE MOI. Il veut dire que celui qui n’est pas prêt à supporter la mort pour la vérité, et surtout cette mort, celle de la croix, N’EST PAS DIGNE DE MOI. Bien plus, il doit se glorifier de la croix, comme on le lit en Ga 6, 14 : Que je ne me glorifie que dans la croix du Seigneur. Et par cela, il annonce d’avance sa mort et son genre de mort, 1 P 2, 1 : Le Christ a souffert pour nous, vous laissant ainsi un exemple pour que vous suiviez ses traces.

1281. On donne aussi une autre interprétation. Car celui-là accueille la croix qui afflige sa chair, comme on lit en Ga 5, 24 : Ceux qui appartiennent au Christ ont crucifié leur chair avec ses vices et ses désirs, etc. De même la croix est portée dans le cœur lorsque celui-ci est attristé par le péché, comme le disait l’Apôtre, 2 Co 11, 29 : Qui chutera sans qu’un feu ne me brûle ? De même, cela ne suffit pas si on ne suit pas le Seigneur. D’où : ET NE ME SUIT. « Si tu jeûnes, si tu compatis avec le prochain, mais non pas à cause de moi, tu n’es pas digne [de moi]. » Il est grand de suivre le Seigneur, comme on le lit en Si 23, 38 : Ma gloire, c’est de suivre le Seigneur.

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1282. QUI A TROUVÉ SON ÂME, LA PERDRA. Or, l’âme s’entend de la vie. Lorsque quelqu’un est en danger de perdre des deniers, il a coutume de dire : « J’ai perdu des deniers » ; et s’il est sauvé du danger, il dit qu’il a trouvé ses deniers. De la même manière, si quelqu’un fait face à un danger corporel et est par chance sauvé, il dit qu’il a trouvé sa vie. « Ainsi donc, celui qui trouve sa vie et se trouve en danger à cause de moi, et me renie pour trouver sa vie, il n’est pas digne de moi. » QUI AURA PERDU SON ÂME, à savoir sa vie, c’est-à-dire, s’il s’est exposé à la mort à cause de moi, [IL] LA TROUVERA. Pr 8, 35 : Celui qui me trouve trouvera la vie et recevra le salut du Seigneur.

[10, 40]

1283. QUI VOUS ACCUEILLE M’ACCUEILLE. Ici, [le Seigneur] indique le remède. « Tu dis que nous devons faire cela pour vivre ? Fais-nous indulgence. » Comme le pape donne aux légats le pouvoir d’accorder des indulgences, ainsi le Seigneur accorde une récompense à ceux qui l’accueillent. Et il indique trois choses, dont deux concernent les petites gens.

1284. Il dit donc : QUI VOUS ACCUEILLE M’ACCUEILLE, car ils auront Dieu, puisque vous êtes mes membres, et parce que vous êtes membres les uns des autres. Ainsi, [IL] M’ACCUEILLE. Mais on pourrait dire : « Tu es pauvre ; il n’y a rien de grand à accueillir un pauvre ou toi-même. » Ainsi donc, QUI M’ACCUEILLE ACCUEILLE CELUI QUI M’A ENVOYÉ, car, comme on lit en Jn 5, 23 : Celui qui honore le Fils honore aussi le Père. Il est grand d’accueillir Dieu comme hôte, comme Abraham en fut louangé, ainsi qu’on le lit en He 13, 2.

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1285. De même, une autre chose en découlera, à savoir, la récompense du prophète. Ainsi, QUI ACCUEILLERA UN PROPHÈTE AU NOM D’UN PROPHÈTE RECEVRA UNE RÉCOMPENSE DE PROPHÈTE. Deux choses excellentes se rencontrent dans un prophète : la prophétie, Jl 2, 28 : Je répandrai mon Esprit sur toute chair, et vos fils et vos filles prophétiseront ; et aussi le don de justice, 1 Co 1, 30 : Vous venez de celui qui s’est fait sagesse et justice pour nous.

1286. QUI ACCUEILLE UN PROPHÈTE AU NOM D’UN PROPHÈTE. On peut comprendre cela de la manière suivante : QUI ACCUEILLE UN PROPHÈTE AU NOM D’UN PROPHÈTE, c’est-à-dire parce qu’il est un prophète, RECEVRA UNE RÉCOMPENSE DE PROPHÈTE. Ou bien, autre [interprétation] : « Tu dis que nous accueillons les apôtres ; mais des pseudo-prophètes ou des pseudo-apôtres se présenteront. » [Le Seigneur] dit donc : « Je n’insiste pas sur la vérité, mais sur le nom. » Car celui qui accueille au nom d’un prophète recevra une récompense. Et quelle [récompense] ? La même que celle que tu recevrais si tu accueillais un vrai prophète. C’est pourquoi il dit : UNE RÉCOMPENSE DE PROPHÈTE, c’est-à-dire celle qu’aurait un prophète. De même, il n’insiste pas sur l’identité de celui-ci, sur le fait qu’il s’agisse de tel ou tel. Qui accueille un prophète reçoit une récompense de prophète, car le prophète est ainsi rendu plus enclin à exercer sa fonction. En effet, non seulement ceux qui [le] font reçoivent-ils une récompense, MAIS AUSSI CEUX QUI SONT D’ACCORD AVEC CEUX QUI LE FONT, comme on le lit en Rm 1, vers la fin [1, 32]. De sorte que si tu coopères au bien, tu reçois une récompense pour ce bien ; si tu procures ce qui est nécessaire pour vivre, tu reçois une récompense, car, autrement, la fonction ne pourrait être exercée. Et c’est la même chose qui suit : QUI ACCUEILLE UN JUSTE AU NOM D’UN JUSTE RECEVRA UNE RÉCOMPENSE DE JUSTE.

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1287. Mais quelqu’un pourrait dire : « Si Pierre venait, ou Élie, je l’accueillerais volontiers. » C’est pourquoi il ajoute : ET QUICONQUE DONNERA À BOIRE À L’UN DES PLUS PETITS, c’est-à-dire aux fidèles, comme on le trouve plus loin, 5, 40 : En vérité, je vous le dis, ce que vous avez fait à l’un des plus petits de mes frères que voici, vous l’avez fait pour moi, etc., comme s’il disait : « Je ne porte pas attention au fait qu’il soit grand ou petit. » Quelqu’un pourrait dire : « Je suis pauvre ; je n’ai pas de quoi donner. » [Le Seigneur] ajoute donc : UNE COUPE D’EAU. Il ne dit pas d’eau chaude, en raison du manque de bois, afin que celui-là ne puisse s’excuser. [Le Seigneur] veut donc dire : « La moindre chose que vous ferez sera récompensée. » Et il confirme ceci en disant : EN VÉRITÉ, JE VOUS LE DIS, IL NE PERDRA PAS SA RÉCOMPENSE ; Is 40, 10 : Voici que le Seigneur viendra, et vient ensuite : Et il aura sa récompense, et il aura son action sous les yeux.

 

CHAPITRE XI

 

Leçon 1 [Matthieu 11, 1‑5] 11, 1 En ce temps-là, quand Jésus eut achevé de donner ces consignes à ses douze disciples, il partit de là pour enseigner et prêcher dans leurs villes. 11, 2 Lorsque Jean entendit parler des œuvres du Christ dans sa prison, il envoya deux de ses disciples pour lui dire : 11, 3 « Es-tu celui qui doit venir ou devons-nous en attendre un autre ? » 11, 4 Jésus leur répondit : « Annoncez à Jean ce que vous avez entendu et ce que vous avez vu : 11, 5 les aveugles voient et les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés et les sourds entendent, les morts ressuscitent et les pauvres sont évangélisés ; 11, 6 et heureux celui qui ne trébuchera pas à cause de moi ! »

11, 7 Tandis que ceux-ci s’en allaient, Jésus se mit à dire aux foules au sujet de Jean : « Qu’êtes-vous allés contempler dans le désert ? Un roseau agité par le vent ? 11, 8 Mais qu’êtes-vous allés voir ? Un homme portant des vêtements délicats ? Mais ceux qui portent des habits délicats se trouvent dans les demeures des rois. 11,  9 Alors qu’êtes-vous allés voir ? Un prophète ? Je vous le dis : et plus qu’un prophète. 11, 10 C’est de lui qu’il est écrit : Voici que moi j’envoie devant mon visage mon messager qui prépare la voie devant toi. 11, 11 « En vérité je vous le dis, parmi les enfants des femmes, il ne s’en est pas levé de plus grand que Jean Baptiste. Mais le plus petit dans le royaume des Cieux est plus grand que lui. 11, 12 Depuis les jours de Jean Baptiste jusqu’à présent, le règne des Cieux souffre violence, et des violents s’en emparent. 11, 13 Tous les prophètes en effet, ainsi que la Loi, ont prophétisé jusqu’à Jean. 11, 14 Jean est cet Élie qui doit revenir, si vous voulez m’en croire. 11, 15 Que celui qui a des oreilles entende !

 

Leçon 2 [Matthieu 11, 16‑19] 11, 16 « Mais à qui vais-je comparer cette génération ? Elle ressemble à des enfants assis sur une place, qui crient : 11, 17 “Nous vous avons joué de la flûte, et vous n’avez pas dansé ! Nous nous sommes plaints, et vous n’avez pas gémi !” 11, 18 Jean est venu, ne mangeant ni ne buvant, et ils disent : “Il est possédé par un démon !” 11, 19 Vient le Fils de l’homme, mangeant et buvant, et l’on dit : “Voilà un glouton et un ivrogne, un ami des publicains et des pécheurs !” Et justice a été rendue à la Sagesse par ses œuvres. »

 

Leçon 3 [Matthieu 11, 20‑30] 11, 20 Il se mit alors à invectiver contre les villes qui avaient vu ses plus nombreux miracles mais n’avaient pas fait pénitence. 11, 21 « Malheur à toi, Chorazeïn ! Malheur à toi, Bethsaïde ! Car si les prodiges qui ont eu lieu chez vous avaient été faits à Tyr et à Sidon, il y a longtemps qu’elles se seraient repenties sous le sac et dans la cendre. 11, 22 En vérité, je vous le dis, pour Tyr et Sidon, il y aura plus d’indulgence au jour du Jugement que pour vous. 11, 23 Et toi, Capharnaüm, crois-tu que tu seras élevée jusqu’au ciel ? Jusqu’à l’Hadès tu descendras. Car si les prodiges qui ont eu lieu chez toi avaient été faits à Sodome, elle subsisterait encore aujourd’hui. 11, 24 Aussi bien, je vous le dis, pour le pays de Sodome il y aura moins de rigueur, au Jour du Jugement, que pour toi. »

11, 25 En ce temps-là Jésus répondit : « Je te bénis, Père, Seigneur du ciel et de la terre, tu as caché cela aux sages et aux prudents et tu l’as révélé aux petits. 11, 26 Car, Père, tel a été ton bon plaisir. 11, 27 Tout m’a été remis par mon Père, et nul ne connaît le Fils si ce n’est le Père, et personne ne connaît le Père si ce n’est le Fils, et celui à qui le Fils veut bien le révéler.

11, 28 « Venez à moi, vous tous qui peinez et qui ployez sous le fardeau, je vous soulagerai. 11, 29 Chargez-vous de mon joug et mettez-vous à mon école, car je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez soulagement pour vos âmes. 11, 30 Car mon joug est doux et mon fardeau léger. »

Leçon 1 – Mt 11, 1-15 ; n° 1288

1288. Après avoir ainsi parlé, le Seigneur passe à l’enseignement et à la prédication. Et cela, pour trois raisons. Première raison : afin que ce qu’il avait dit en paroles, il le montre par l’exemple. Ac 1, 1 : Jésus commença à agir et à enseigner. De même, afin de montrer qu’il faut prêcher même aux impies. Ainsi, en Rm 1, 14 : Je suis redevable aux sages et aux insensés. De même, afin de donner à d’autres l’occasion de prêcher, comme on le lit en 1 Co 14, 30 : Si quelque chose a été révélé à celui qui est assis, que le précédent se taise.

[11, 2]

1289. LORSQUE JEAN ENTENDIT PARLER DES ŒUVRES DU CHRIST DANS SA PRISON. L’enseignement du Christ a été présenté et confirmé, et les prédicateurs ont été formés ; ici, les opposants sont réfutés. Et d’abord, [Jésus] réfute les disciples de Jean [11, 2s] ; deuxièmement, les scribes, en cet endroit : TANDIS QUE CEUX-LÀ S’EN ALLAIENT, etc. [11, 7s].

1290. À propos du premier point, il fait trois choses. Premièrement, il réfute ceux qui doutent [11, 2] ; deuxièmement, il s’adresse aux foules, en cet endroit : À QUI VAIS-JE COMPARER CETTE GÉNÉRATION ? [11, 16] ; troisièmement, il rend grâce pour la foi des apôtres, en cet endroit : EN CE TEMPS-LÀ, JÉSUS PRIT LA PAROLE ET DIT, etc. [11, 25].

1291. À propos du premier point, une question est posée [11, 2] ; deuxièmement, la solution donnée à la question [est présentée], en cet endroit : JÉSUS LEUR RÉPONDIT [11, 4].

1292. [Jésus] dit donc : LORSQUE JEAN ENTENDIT PARLER DES ŒUVRES DU CHRIST DANS SA PRISON. L’occasion où [Jean] envoya [ses disciples] est présentée. On lit la même chose en Lc 7, 18, selon un autre ordre, toutefois. [Matthieu] dit donc que [Jean] était en prison, comme plus haut, [Mt] 4. Jésus commença alors à faire des miracles. Et cela convenait, comme lorsque le soleil ne paraîtrait pas quand il y aurait des nuages. Plus loin : La loi et les prophètes vont jusqu’à Jean. LES ŒUVRES, c’est-à-dire des miracles DU CHRIST. IL ENVOYA DEUX DE SES DISCIPLES POUR LUI DIRE.

[11, 3]

1293. Certains veulent condamner Jean à cause de cela, car il a eu des doutes sur le fait que [Jésus] était le Christ, et il est clair que celui qui doute en matière de foi est infidèle. Ambroise dit, en commentant Luc, que « cette question n’était pas due à l’infidélité, mais à la piété. » En effet, il ne parle pas de la venue [de Jésus] dans le monde, mais de sa venue en vue de la passion. De sorte qu’il s’étonne qu’il soit venu pour souffrir, comme le dit Pierre : Fais-moi miséricorde, Seigneur. Mais, par contre, Chrysostome dit que Jean l’avait su depuis le début, puisqu’il dit : Voici l’agneau de Dieu, Jn 1, 29. Il est donc clair qu’il savait que [Jésus] était une victime qui devait être immolée. C’est pourquoi le Seigneur fait ici son éloge en disant qu’il est plus qu’un prophète. Or, les prophètes connaissaient l’avenir. Une autre explication est celle de Grégoire, à savoir qu’il n’est pas question de la venue dans le monde ni de la passion, mais de la descente aux enfers, car Jean était près de descendre aux enfers. Il voulait donc être rassuré : ES-TU CELUI QUI DOIT VENIR, etc. ? Mais à cela s’objecte Chrysostome. Chez ceux qui sont aux enfers, il n’existe pas d’état de pénitence. Il semble donc que [Jean] dirait cela en vain. Mais cela ne s’oppose pas à Grégoire, car il entendait, non pas que [le Christ] annoncerait la conversion aux captifs, mais aux justes afin qu’ils se réjouissent. Autre réponse : nous lisons que le Seigneur a souvent interrogé, non pas parce qu’il avait des doutes, mais pour écarter la calomnie, comme en Jn 11, 34, il posa la question au sujet de Lazare : Où l’avez-vous déposé ? Non pas qu’il l’ignorât, mais pour que ceux qui allaient lui montrer le sépulcre ne pussent nier ni calomnier.

1294. Il en fut donc ainsi pour Jean. Parce que ses disciples exprimaient des calomnies au sujet du Christ, il les envoya, non parce que lui-même avait des doutes, mais afin que ceux-ci ne calomnient pas [le Christ] et pour qu’ils [le] reconnaissent. Mais pourquoi ne [les] a-t-il pas envoyés plus tôt ? Parce que plus tôt, [le Christ] était toujours avec eux ; il les rassurait donc. Mais lorsqu’il voulut s’éloigner d’eux, il voulut qu’ils soient rassurés par le Christ.

1295. [Jean] dit donc : ES-TU CELUI QUI DOIT VENIR OU DEVONS-NOUS EN ATTENDRE UN AUTRE ? Il est vrai que nos pères t’ont attendu, comme on trouve en Ex 4.

[11, 4]

1296. JÉSUS LEUR RÉPONDIT, etc. Ici est présentée la réponse du Christ. Jean avait eu plusieurs disciples, comme on trouve en Jn 4. Il y avait donc un désaccord entre eux, car, voyant les œuvres du Christ, ils préféraient le Christ à Jean. De même, voyant l’abstinence de Jean, ils préféraient Jean au Christ. [Jean] pose donc d’abord une question [11, 3] ; en second lieu, [Jésus] fait l’éloge de Jean [11, 4].

1297. À propos du premier point, [Jésus] répond dans la perspective de [sa] venue en vue de la passion. Viendra le temps où Dieu souffrira et plusieurs seront scandalisés, car il était un scandale pour les Juifs, 1 Co 1, 23. Sa réponse porte donc sur le moment où ceci arrivera. Selon Chrysostome, il veut montrer que c’est celui que les prophètes avaient annoncé qui est venu. Ainsi, trois choses étaient promises par les prophètes. Parfois, la venue de Dieu était promise ; dans certains cas, la venue d’un nouveau docteur ; dans certains [cas], l’avènement de la sanctification et de la rédemption.

1298. Comment donc saurons-nous que celui-ci est venu ? Et il répond comme il est répondu en Is 35, 4 : Voici que Dieu viendra et nous sauvera, etc. Vous verrez donc ces miracles. ALLEZ donc ANNONCER À JEAN CE QUE VOUS AVEZ ENTENDU, dans [mes] enseignements, ET CE QUE VOUS AVEZ VU, dans [mes] miracles. De même, un docteur était promis, Jl 2, 22 : Fils de Sion, exultez ; vient ensuite : Car Il vous a donné un docteur de justice.

[11, 5]

1299. LES AVEUGLES VOIENT, etc. Et ceci, à la lettre. De même, si tu te demandes quand il viendra, Is 51, 1 : L’Esprit du Seigneur est sur moi, Il m’a envoyé pour que j’annonce aux doux, ou pour que j’évangélise. Et c’est ce qui est signifié lorsqu’on dit : ET LES PAUVRES SONT ÉVANGÉLISÉS. Il a voulu signifier quelque chose qui lui est propre, comme s’il disait : « Il viendra présenter une nouvelle doctrine. » LES PAUVRES SERONT ÉVANGÉLISÉS, à savoir que la pauvreté est évangélisée. Ainsi, plus haut, 5 3 : Bienheureux les pauvres en esprit. Lc 4, 18 : L’Esprit du Seigneur est sur moi ; c’est pour cela qu’il m’a oint et m’a envoyé évangéliser les pauvres. De même, quelqu’un de saint viendra sanctifier les pécheurs. Ainsi, Is 8, 13 : Le Seigneur des armées, sanctifiez-le.

[11, 6]

1300. Ainsi donc, la sanctification était promise à certains, et d’autres étaient scandalisés par la sanctification de ceux-ci. Il est donc dit : Bienheureux celui qui ne sera pas scandalisé à cause de moi. De sorte qu’[on lit] en He 13, 12 : Parce que Jésus devait sanctifier le peuple par son sang, il a souffert hors de la porte. C’est pourquoi il montre les signes de [sa] venue.

1301. Et si nous prenons le sens moral, tout le déroulement de la sanctification de l’homme est signifié par cela. En effet, la cécité frappe d’abord le pécheur lorsque [sa] raison est obscurcie. Ps 57[58], 9 : Le feu est tombé, ils n’ont pas vu le soleil ; et Is 43, 8 : Chasse au dehors le peuple aveugle, alors qu’il a des yeux. On dit de quelqu’un qu’il est boiteux lorsque [son] esprit est entraîné vers toutes sortes de choses, comme il est dit en 3 R [1 R] 18, 21 : Pourquoi boitez-vous des deux côtés ? De même, il devient couvert de plaies dans les embûches, et lépreux parce qu’il ne peut pas en sortir et infecte les autres. Puis, il devient sourd, parce qu’il n’entend pas la correction. Enfin, il meurt. Ep 5, 14 : Debout, toi qui dors ; lève-toi d’entre les morts ! Et le Seigneur guérit tous ceux-là. En dernier lieu, [le pécheur] devient pauvre en esprit, au point où il n’existe plus de santé en lui. Ps 37[38], 8 : Parce que mes reins ont été remplis d’illusions et qu’il n’existe plus de santé en ma chair, etc. Et le Seigneur guérit ceux-là, et ceux qui sont guéris s’élèvent à une certaine fermeté d’esprit, dans laquelle se trouve la véritable paix : Une grande paix pour ceux qui aiment ta loi, et il n’y a pas d’occasion de chute pour eux, Ps 118[119], 165.

[11, 7]

1302. TANDIS QUE CEUX-CI S’EN ALLAIENT, etc. Ici, [Jésus] répond au doute des foules. Car les foules avaient entendu le témoignage de Jean au sujet du Christ ; mais maintenant elles semblaient douter. En effet, elles pouvaient avoir trois choses dans le cœur, car quelqu’un change sa parole pour trois raisons : par légèreté d’esprit, pour un profit personnel ou à cause de l’esprit humain, puisque celui-ci [d’abord] ne connaît pas la vérité, puis la connaît. Ps 93, 11 : En effet, Dieu sait que les pensées des hommes sont vaines. C’est pourquoi, il écarte en premier lieu la légèreté ; en second lieu, le désir de son propre profit ; en troisième lieu, il montre que [Jean] possède la vérité prophétique.

1303. [Matthieu] dit donc : TANDIS QUE CEUX-CI S’EN ALLAIENT, etc. Le Seigneur nous enseigne un grand sens des rapports de cour, car il n’a pas voulu louer Jean en présence de ses disciples, ni personne en sa présence, comme on lit en Pr 27, 2 : Que l’étranger te loue, mais non ta propre bouche ; l’étranger, mais non tes propres lèvres. Car si celui qui louange est bon, [celui-là] rougit ; s’il est méchant, il est flatté.

1304. JÉSUS SE MIT À DIRE AUX FOULES : « QU’ÊTES-VOUS ALLÉS VOIR DANS LE DÉSERT ? » Êtes-vous allés voir UN ROSEAU ? Non. Mais vous êtes allés voir un homme fort. Le roseau plie facilement ; ainsi, l’esprit qui change facilement est considéré comme du vent, Ep 4, 14 : Ne soyons pas comme des enfants changeants et ne nous laissons pas ballotter à tout vent.

1305. De même, [Jean] ne fait pas preuve de légèreté pour son propre profit. MAIS QU’ÊTES-VOUS ALLÉS VOIR ? Toutes les richesses se rapportent à une certaine utilité corporelle, que ce soit pour la nourriture ou le vêtement, et il est clair que [Jean] n’a accordé d’importance à aucune de ces choses. Il ne faut donc pas croire qu’il dise cela pour un certain profit. [Jésus] dit donc : QU’ÊTES-VOUS ALLÉS VOIR ? UN HOMME PORTANT DES VÊTEMENTS DÉLICATS ? Et pourquoi ne mentionne-t-il pas la nourriture ? Parce qu’il ne pouvait y avoir aucun doute [à ce sujet], car [Jean] était vêtu de poils de chameau. Ainsi, CEUX QUI PORTENT DES VÊTEMENTS DÉLICATS ne vivent pas dans le désert, MAIS DANS LES MAISONS DES ROIS.

1306. Chrysostome donne une autre interprétation. Certains deviennent légers par nature, d’autres par les plaisirs, comme dans Os 4, 11 : La fornication, le vin et l’ivresse enlèvent le cœur. [Jésus] écarte la première chose par ce qu’il a dit auparavant ; la seconde, par le fait qu’il dise : PORTANT DES VÊTEMENTS DÉLICATS. [Jean] n’est donc pas changeant en raison des plaisirs de la vie.

1307. Mais on peut soulever ici une question au sujet des plaisirs des vêtements : s’agit-il d’un péché ? Car, si ce n’est pas un péché, on ne l’imputerait pas à ce riche qui portait chaque jour de la pourpre et du lin fin, Lc 16, 19. Augustin répond qu’il ne faut pas prendre en considération de telles choses, mais le sentiment de celui qui les porte. En effet, chacun doit se vêtir à la manière de ceux qui vivent avec lui ; pour cette raison, c’est l’usage lui-même qui doit être déraciné. Car, dans certains pays, beaucoup de gens portent de la soie. De sorte que certains s’habillent plus rigoureusement, et d’autres de manière plus relâchée. Et il faut faire une double distinction : [s’ils s’habillent] plus rigoureusement, [ils le font] soit avec une bonne intention, et cela est bien, ou par vaine gloire, et cela est mal ; [s’ils s’habillent] de manière plus relâchée, ou bien [ils le font] par orgueil, et cela est mal, ou bien en raison d’une signification, comme le pontife et le prêtre, et cela est bien.

1308. Au sens mystique, les flatteurs sont dénotés par les hommes qui portent des vêtements délicats. En effet, celui-là porte des vêtements délicats qui est ébranlé par des paroles flatteuses, de sorte que les orgueilleux recherchent la gloire en paroles. Pr 29, 12 : Le prince qui écoute volontiers les paroles mensongères, tous ses serviteurs sont impies.

[11, 9]

1309. Mais [certains] pourraient dire : « Il n’est pas changeant, mais il parle avec un esprit humain. » C’est pourquoi [Jésus] écarte cela en disant : ALORS, QU’ÊTES-VOUS ALLÉS VOIR ? UN PROPHÈTE, etc. Il porte donc témoignage que [Jean] ne parlait pas avec un esprit humain, mais avec [un esprit] prophétique. Il montre donc en premier lieu qu’il est un prophète [11, 9] ; en second lieu, plus qu’un prophète [11, 9].

1310. [Jean] fut en effet un prophète, comme on le lit en Lc 1, 76 : Et toi, petit enfant, tu seras appelé prophète du Très-Haut, etc. De même, [Jésus] l’élève au-dessus des prophètes, lorsqu’il dit : JE VOUS LE DIS : ET PLUS QU’UN PROPHÈTE. Et cela, sous trois aspects. Premièrement, parce que c’est le propre du prophète de prédire le futur. Or, celui-ci ne montre pas seulement l’avenir, mais aussi le présent, lorsqu’il dit : Voici l’Agneau de Dieu, voici celui qui enlève les péchés du monde [Jn 1, 29]. De même, il n’est pas appelé seulement prophète, mais aussi le Baptiste, comme on le voit plus haut, 3, 1. De même, il est le précurseur, comme on le lit en Lc 1, 76 : En effet, tu marcheras devant le Seigneur pour lui préparer les voies. De même, pour ce qui est de la manière : en effet, il a agi de manière plus miraculeuse qu’un prophète, car il a prophétisé depuis le sein, mais non pas les autres, comme on le lit en Lc 1, 44 : Or, voici que lorsque mes oreilles ont entendu la salutation, l’enfant a bondi de joie en mon sein.

[11, 10]

1311. C’EST DE LUI QU’IL EST ÉCRIT. Ici, le Seigneur démontre l’excellence de Jean : premièrement, par une autorité [11, 10] ; deuxièmement, par ses privilèges spéciaux, en cet endroit : EN VÉRITÉ, JE VOUS LE DIS, etc. [11, 11].

1312. [Le Seigneur] dit donc : « Je vous ai dit qu’il est plus qu’un prophète, ce dont il est question en Ml 3, 1 : Voici que j’envoie mon ange, qui prépara la voie devant toi, etc. » Par cette autorité, est indiquée l’excellence de Jean, car [le Seigneur] l’appelle d’abord un ange. Or, un ange est supérieur à un prophète, car, de même que le prêtre est à mi-chemin entre le prophète et le peuple, de même le prophète l’est entre les anges et les prêtres. Car l’ange se situe entre Dieu et les prophètes. Ainsi Zacharie dit : L’ange qui m’a parlé, Za 1, 9. « Ange » est un nom de fonction, et non de nature. De sorte que Jean est appelé ange en raison de sa fonction. En effet, la différence entre l’ange et le prophète est que les anges voient clairement, car on lit plus loin, 18, 10 : En vérité, je vous le dis, leurs anges voient sans cesse le visage de mon Père qui est dans les cieux. Les anges voient toujours le visage de Dieu, mais non les prophètes. Ainsi, de même que les anges voient toujours le visage du Père, de même Jean voit le Christ d’une manière spéciale. Et à cause de cette manière spéciale, [le Seigneur] dit : MON [PÈRE].

1313. Il dit aussi : DEVANT MON VISAGE. Lorsque le roi se déplace, plusieurs le précèdent, mais les plus familiers précèdent son visage. De même, Jean est d’autant plus digne d’honneur qu’il a été envoyé devant le visage [du Seigneur] : il est d’autant plus digne d’honneur qu’il est plus proche. De même, [Jean] préparait la voie parce qu’il baptisait. [Le Seigneur] dit ainsi : QUI PRÉPARE LA VOIE DEVANT TOI.

[11, 11]

1314. EN VÉRITÉ, JE VOUS LE DIS, etc. Plus haut, le Seigneur a fait l’éloge de Jean en se référant à une autorité. Maintenant, il veut en faire l’éloge par ses propres paroles, et il explique l’autorité du prophète. Et il fait trois choses. Premièrement, il en fait l’éloge par rapport à la différence qui existe entre tous les ordres et les états : en premier lieu, par rapport à la différence entre les êtres célestes et les terrestres ; en deuxième lieu, par rapport à la différence entre la loi et l’évangile ; en troisième lieu, par rapport à différence entre le temps présent et l’avenir.

1315. Premièrement, il montre que [Jean] est excellent par rapport aux êtres terrestres ; deuxièmement, il montre qu’il est inférieur aux êtres célestes, en cet endroit : LE PLUS PETIT DANS LE ROYAUME DES CIEUX EST PLUS GRAND QUE LUI [11, 11].

1316. [Le Seigneur] dit donc : « Il a été dit que Jean est un ange et, pour le résumer brièvement : JE VOUS DIS QUE, PARMI LES ENFANTS DES FEMMES, IL NE S’EN EST PAS LEVÉ DE PLUS GRAND. » [Le Seigneur] a parlé correctement lorsqu’il a dit : IL NE S’EN EST PAS LEVÉ, car tous naissent fils de la colère, comme on le lit en Ep 2, 3 : Nous étions de naissance fils de la colère, comme les autres. Quiconque peut donc parvenir à l’état de grâce, se lève. Ainsi donc, PARMI LES ENFANTS DES FEMMES, etc. Et [le Seigneur] parle de manière précise, de sorte que le Christ est exclu de cet ensemble, car le mot femme [mulier] laisse entendre la corruption, mais la femme [foemina] laisse entendre le sexe. Ainsi, partout où l’on trouve « fils de la femme » [mulier], comme en Jn 19, 26 : Femme, voilà ton fils, on désigne le sexe, et non la corruption.

1317. Mais que veut-il dire par : PARMI LES ENFANTS DES FEMMES, IL NE S’EN EST PAS LEVÉ DE PLUS GRAND ? N’est-il pas pour cette raison plus grand que tous ? Jérôme dit qu’il est plus grand que tous. Donc, selon la première interprétation, je dis que cet argument, pour les anges chez qui il y a un ordre, signifie que celui à qui personne n’est supérieur est le plus grand ; mais, pour les hommes, il n’est pas vrai, car il n’y a pas d’ordre selon la nature, mais seulement selon la grâce. De même, si on dit qu’il est plus grand que tous les pères de l’Ancien Testament, cela est inconvenant. En effet, celui-là est plus grand et plus excellent qui est choisi pour une fonction plus grande. Or, Abraham est le plus grand parmi les pères pour ce qui est de la mise à l’épreuve de sa foi ; mais Moïse pour ce qui est de la fonction de prophétie, comme on le lit en Dt 34, 10 : Il ne s’est plus levé de prophète comme Moïse en Israël. Tous ceux-là furent des précurseurs du Seigneur ; mais aucun n’eut une telle excellence et une telle faveur [que Jean]. Celui-ci a donc été appelé à une fonction plus grande, Lc 1, 15 : Il sera grand devant le Seigneur.

1318. LE PLUS PETIT DANS LE ROYAUME DES CIEUX EST PLUS GRAND QUE LUI. À propos de ces paroles, certains ont trouvé l’occasion de calomnier. En effet, ils veulent condamner tous les pères de l’Ancien Testament, car, si [Jean] est plus grand que les autres, il en découle que les autres font partie de ceux qui doivent être sauvés, car l’Église est désignée par « royaume des cieux ». Si donc Jean n’a pas fait partie de l’Église présente, il n’a pas fait partie du nombre des élus ; il fut donc plus petit qu’un autre. Et cette opinion est erronée, car il est clair que ce que dit le Seigneur est mis de l’avant pour l’éloge de Jean. Cette expression peut donc être interprétée de trois façons. Premièrement, en comprenant que « royaume des cieux » s’entend de l’ordre des bienheureux, et que celui qui est le plus petit parmi eux, est plus grand que quiconque est encore en chemin. C’est pourquoi le Seigneur appelle l’état présent enfance. Ainsi, 1 Co 13, 11 : Lorsque je suis devenu un homme, j’ai fait disparaître ce qui était de l’enfant. C’est la raison pour laquelle il appelle ceux qui sont en route des enfants. Et cela est vrai si l’on parle de ce qui est plus grand présentement. En effet, est plus grand en acte celui qui comprend entièrement [comprehensor]. Il en est autrement de ce qui est plus grand virtuellement, comme on dit qu’une herbe de petite dimension est plus grande virtuellement, bien qu’une autre soit plus grande par la quantité.

1319. On peut donner une autre interprétation : par « royaume des cieux », l’Église présente est désignée ; et que [Jean] soit appelé le plus petit ne s’entend pas de manière universelle, mais [du fait] qu’il est plus petit dans le temps, plus haut, [Mt] 3 et Jn 1, 15 : Celui qui vient après moi, voilà qu’il est passé devant moi. Ainsi, celui qui est plus petit est plus grand que lui. Ou bien on peut donner une autre interprétation : on dit de quelqu’un qu’il plus petit de deux façons : soit par rapport au mérite, et ainsi les patriarches sont plus grands que certains sous le Nouveau Testament, comme Augustin dit que le célibat de Jean n’est pas plus grand que le mariage d’Abraham ; soit en comparant un état à l’autre, comme les vierges sont meilleures que les gens mariés ; et cependant, ce ne sont pas toutes les vierges qui sont meilleures que tous les gens mariés. Ainsi donc, Jean a cette dignité de se trouver comme à une frontière, car il est plus grand que ceux qui sont en marche, mais plus petit que ceux qui comprennent entièrement. Il occupe donc une position intermédiaire.

[11, 12]

1320. DEPUIS LES JOURS DE JEAN LE BAPTISTE JUSQU’À MAINTENANT, etc. Ici, [Jean] est louangé par rapport à la distinction entre le Nouveau et l’Ancien Testament. Et l’excellence de Jean est signalée, lui qui est le début du Nouveau Testament et la fin de l’Ancien. « J’ai donc dit : LE PLUS PETIT DANS LE ROYAUME DES CIEUX EST PLUS GRAND QUE LUI, et cela se rapporte au fait qu’il est le début du Nouveau Testament ; mais DEPUIS LES JOURS DE JEAN BAPTISTE, c’est-à-dire depuis la prédication de Jean, LE RÈGNE DES CIEUX SOUFFRE VIOLENCE. »

1321. Ceci s’interprète de trois façons. Vous savez que, dans le rapt, s’exercent une certaine violence et un certain effort. Ainsi, il faut que le pécheur, pour parvenir au royaume des cieux, s’élève vers les réalités spirituelles et fasse un grand effort. On donne [aussi] une interprétation. Vous savez que l’enlèvement existe lorsque quelque chose qui n’est pas sien est pris sans l’accord du maître. La prédication du salut a été envoyée aux Juifs, et par le Christ, partout. Lui-même dit plus loin, 15, 24 : Je n’ai pas été envoyé aux seules brebis perdues de la maison d’Israël. Et lorsqu’il leur fut envoyé, ils ne l’ont pas reçu. Cependant, ceux à qui il n’était pas envoyé l’ont enlevé à cause de leur humilité. Ainsi, plus haut, 7, 12 : Beaucoup viendront de l’Orient et de l’Occident et s’étendront à table avec Abraham, Isaac et Jacob dans le royaume des cieux ; mais les fils du royaume seront jetés dans les ténèbres extérieures, etc. Et, plus loin, 21, 43 : Le royaume vous sera enlevé et sera donné à une race qui le fera fructifier. Ainsi donc, ceux-ci [l’]enlèvent par la violence. Telle est l’interprétation d’Hilaire. Il existe une troisième interprétation. Ce qui est enlevé est pris rapidement. Ainsi Job : Comme un torrent qui traverse rapidement les vallées, et cela à cause de la rapidité du mouvement. Et parce que la prédication bouleversait tellement le cœur de tous, elle ressemblait à une course rapide. C’est pourquoi il dit : SOUFFRE VIOLENCE, parce qu’ils tendent vers le royaume avec une certaine précipitation. De sorte qu’avec [Jean] a commencé l’évangile, et il est la fin de la loi.

 

[11, 13]

1322. Le Christ dit donc : TOUS LES PROPHÈTES AINSI QUE LA LOI ONT PROPHÉTISÉ JUSQU’À JEAN, car tous les prophètes [ont existé] pour le Christ, et ils ont commencé à s’accomplir par la prédication de Jean. Ainsi, Lc 24, 44 : Il faut que s’accomplisse ce qui a été écrit à mon sujet. Et cela, JUSQU’À JEAN. Mais qu’est-ce que cela ? N’y a-t-il pas eu des prophètes après Jean ? Ne lisons-nous pas plus loin, 23, 34 : Voici que je vous envoie des prophètes, des sages et des scribes, etc. ? Il faut dire que le prophète est envoyé pour deux choses : pour affermir la foi et pour corriger les mœurs. Pr 29, 18 : Lorsque la prophétie fait défaut, le peuple se débande. Pour affermir la foi, comme on lit en 1 P 1, 10 : Sur ce salut ont porté les investigations et les recherches des prophètes, qui ont prophétisé au sujet de la grâce qui vous était destinée, en cherchant à découvrir quel temps et quelles circonstances avait en vue l’Esprit du Christ qui parlait en eux. La prophétie servait donc à ces deux choses. Mais la foi est déjà établie, car ce qui avait été promis s’est accompli par le Christ. Or, la prophétie n’a jamais manqué et ne manquera jamais pour corriger les mœurs. Jean a donc une excellence parce qu’il est au milieu de l’ancienne et de la nouvelle loi. Il a donc été envoyé devant la face, presque en même temps que le Christ.

[11, 14]

1323. Ici, [le Seigneur] présente l’excellence de Jean par rapport à la distinction entre le présent et l’avenir. En effet, Élie fut, comme Jean, un précurseur du Seigneur. Ainsi Ml 4, 5 : Voici que je vous enverrai Élie le prophète, etc. JEAN EST CET ÉLIE. Mais que dit donc le Seigneur ? Interrogé à savoir s’il était Élie, Jean dit qu’il ne l’était pas. Par cela est écartée une hérésie qui proposait la transmigration des âmes, à savoir que l’âme sortait d’un corps et entrait dans un autre corps. Ainsi, l’âme d’Élie était entrée dans Jean, comme disait [cette hérésie]. Mais cette opinion est fausse, car lui-même a nié être Élie. Mais le Christ a dit que Jean était Élie pour trois raisons. Premièrement, parce que, de même qu’on dit qu’un ange est semblable à un autre parce qu’ils sont égaux par la fonction, de même en est-il des deux précurseurs, Lc 1, 76 : Il marchera devant la face du Seigneur pour préparer ses voies, etc. [Deuxièmement], en raison du comportement, parce qu’il avait mené une vie austère, comme on trouve en 3 R [1 R] 19, 6s. [Troisièmement], en raison de la persécution, car, de même que celui-là fut persécuté par Jézabel, de même celui-ci le fut par Hérode. Ainsi, SI VOUS VOULEZ ME CROIRE, comme il faut le comprendre, IL EST CET ÉLIE.

[11, 15]

1324. Et afin qu’ils comprennent que ceci était dit au sens mystique, il ajoute : QUE CELUI QUI A DES OREILLES ENTENDE ! c’est-à-dire, que celui qui a des oreilles au sens spirituel entende et comprenne.

 

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