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Leçon 2 – Mt 11, 16-19 ; n° 1325

[11, 16]

1325. MAIS À QUI, etc. Ici, [le Seigneur] s’engage dans des reproches adressés aux foules. Premièrement, il pose une question ; deuxièmement, [il propose] une comparaison ; troisièmement, il l’explique.

1326. Il procède donc de la manière suivante. « Jean a été comparé à Élie en raison de sa fonction, mais à qui comparerai-je cette génération ? » Et pourquoi dit-il cela ici ? Il dit cela comme lorsque quelqu’un qui a fait tout le bien qu’il pouvait à un autre, sans en tirer une reconnaissance, ne sait à qui le comparer. Le Seigneur avait ainsi donné tous les biens à cette génération, d’où Is 5, 4 : Qu’aurais-je dû faire de plus pour ma vigne, que je n’ai pas fait ? « À quoi donc pourrais-je comparer tant de malice ? » Il faut remarquer que « génération » désigne parfois dans les Écritures le rassemblement des bons, parfois le rassemblement des méchants, et parfois les deux. Rassemblement des bons, comme dans Ps 111[112], 2 : La génération des justes sera bénie. Congrégation des méchants, plus loin, 12, 39, où il est dit : Génération mauvaise et perverse ! Les deux, Si 1, 4 : Une génération va, une génération vient, mais la terre demeure pour toujours.

1327. ELLE RESSEMBLE À DES ENFANTS ASSIS SUR UNE PLACE, etc. Ici, [le Seigneur] propose une comparaison, et celle-ci peut être interprétée au pied de la lettre, ou selon le sens mystique. Premièrement, il propose une comparaison avec des enfants [11, 16] ; deuxièmement, il l’adapte, en cet endroit : JEAN EST VENU, NE MANGEANT NI NE BUVANT, etc. [11,18].

1328. En effet, il faut remarquer qu’il est naturel pour l’homme de rechercher les plaisirs, et il les recherche toujours ; et à moins qu’il ne soit retenu par des préoccupations, il se précipite aussitôt dans les plaisirs mauvais. Or, les enfants n’ont pas de préoccupations. Ils vaquent donc aux choses qui leur conviennent, c’est-à-dire à jouer. De même faut-il remarquer que l’homme est naturellement sociable, et cela parce que l’un a naturellement besoin de l’autre. Il prend donc plaisir au repas pris en commun. C’est pourquoi le Philosophe dit, dans Politique, I : « Tout homme qui est solitaire est soit meilleur qu’un homme, et il est un dieu ; soit pire qu’un homme, et il est une bête. »

1329. On dit donc : ASSIS SUR LA PLACE, car personne ne veut jouer seul, mais SUR LA PLACE, où se réalise le rassemblement d’un grand nombre. Il faut aussi remarquer qu’il est naturel pour l’homme de prendre plaisir à une certaine représentation. Ainsi, si nous voyons une belle sculpture, qui représente ce qu’elle doit, nous prenons plaisir. C’est pourquoi les enfants qui prennent plaisir aux jeux jouent toujours en se donnant une certaine représentation de la guerre et de choses de ce genre. Il faut aussi remarquer que tous les sentiments de l’âme aboutissent à deux passions : la joie ou la peine.

1330. QUI CRIENT, etc. Il faut voir les choses ainsi. Supposons qu’il y a des enfants d’un côté et d’autres [enfants] de l’autre, de sorte que les uns doivent chanter et les autres danser, que les uns doivent faire une chose et les autres leur répondre. Si les uns chantent et que les autres ne leur répondent pas selon la partition, [les premiers] les invectiveront. Ils disent ainsi : NOUS AVONS JOUÉ ET VOUS N’AVEZ PAS DANSÉ. De même, rien n’émeut tellement l’âme que le chant. Ainsi, Boèce raconte, dans son ouvrage sur la musique, le cas de quelqu’un qui se disputait avec un autre devant Pythagore, alors que les autres parlaient de chant. Pythagore fit alors changer de chant, et celui-là se tut, puis tous s’adonnèrent à la musique. Il faut donc remarquer que certains chants sont dus à la joie, comme on le lit en Si 40, 20 : Le vin et la musique réjouissent le cœur. C’est pourquoi on dit : NOUS AVONS JOUÉ, c’est-à-dire, nous avons chanté un chant de joie, ET VOUS N’AVEZ PAS DANSÉ. C’est aussi la coutume que, de même que certains passent à la joie, d’autre passent aux larmes, d’où Jr 9, 17 : Appelez les pleureuses, et qu’elles se lamentent sur nous, etc. C’est pourquoi on dit : NOUS NOUS SOMMES PLAINTS, c’est-à-dire, nous avons chanté un chant funèbre, ET VOUS N’AVEZ PAS GÉMI.

1331. Au sens mystique, le peuple de l’ancienne loi est signifié par les enfants, parmi lesquels certains invitaient à la joie spirituelle, comme David, Ps 32[33], 1 : Justes, exultez dans le Seigneur, et d’autres à la peine, comme Joël, 2, 13 : Convertissez-vous au Seigneur de tout votre cœur, dans le jeûne, les pleurs et les gémissements, etc. Ils peuvent donc dire : NOUS AVONS JOUÉ, c’est-à-dire, nous vous avons incités à la joie spirituelle, et vous ne nous avez pas accueillis ; NOUS NOUS SOMMES PLAINTS, c’est-à-dire, nous [vous] avons invités à la pénitence, et vous ne l’avez pas accepté.

[11, 18]

1332. JEAN EST VENU, etc. Ici, [le Seigneur] adapte la comparaison. Premièrement, il l’adapte ; deuxièmement, il en donne les raisons.

1333. Les hommes sont attirés à une bonne vie de deux façons : certains, par le reflet de la sainteté ; d’autres, par la voie de la familiarité. Le Seigneur et Jean se sont réparti les deux voies. Jean, ou plutôt le Seigneur en la personne de Jean, a choisi la voie de l’austérité ; quant [au Seigneur], il a choisi la voie de la douceur. Et cependant, ils n’ont été convertis par aucun des deux. Il dit donc : JEAN EST VENU, NE MANGEANT NI NE BUVANT. Et cela, à la lettre, car il fut un grand abstinent, ET ILS DISENT : « IL EST POSSÉDÉ PAR UN DÉMON », comme les hypocrites transforment le bien en mal.

[11, 19]

1334. VIENT LE FILS DE L’HOMME, MANGEANT ET BUVANT, c’est-à-dire utilisant la nourriture avec indifférence, et cela ne lui vaut rien, car vous ne croyez pas ; vous dites plutôt : « VOILÀ UN GLOUTON, UN IVROGNE, UN AMI DES PUBLICAINS ! » À l’encontre de cela, [il est écrit] en Pr 23, 20 : Ne vous comportez pas en ivrognes dans les banquets, etc. Ici, il faut remarquer que celui qui tiendrait compte de ce que disent les hommes, ne ferait jamais rien de bien. Qo 11, 4 : Celui qui observe le vent ne sème pas et celui qui examine les nuages ne moissonne pas.

1335. Mais une question se pose ici. Pourquoi le Seigneur a-t-il choisi pour lui-même une vie plus douce et a-t-il montré en Jean [une vie] plus rude ? La raison en est que le Seigneur confirmait ses actes par des miracles, mais Jean n’en faisait pas. C’est pourquoi, s’il n’avait eu aucune excellence, son témoignage n’aurait pas été confirmé, comme on le voit chez les saints, car l’un possède une excellence sur un point et l’autre sur un autre. Ainsi, Augustin a excellé par l’enseignement, Martin par les miracles. Il y a aussi une autre raison, à savoir que Jean n’était qu’un homme ; il s’abstenait donc des désirs charnels. Mais le Christ était Dieu, de sorte que, s’il s’était comporté d’une manière austère, cela n’aurait pas montré qu’il était homme. Il a donc plutôt assumé une vie humaine. De même, Jean était le terme de l’Ancien Testament, auquel de lourdes [charges] avaient été imposées ; mais le Christ était le début de la loi nouvelle, qui évolue dans le sens de la douceur.

1336. ET JUSTICE A ÉTÉ RENDUE. Cela peut se lire de deux manières. D’une première manière, comme une réplique aux deux choses qui ont été dites de Jean et du Christ. Le sens est alors : lorsque l’homme fait ce qu’il doit et qu’un autre n’est pas corrigé, il sauve alors son âme et justice est rendue à ce qu’il dit. JUSTICE A ÉTÉ RENDUE, à savoir, le Fils de Dieu, ou le Christ, c’est-à-dire qu’elle est apparue juste à ses fils, parce qu’elle a montré aux Juifs ce qu’elle devait : l’abstinence chez Jean et la douceur chez le Christ. Ou bien on peut donner une autre interprétation. Que les fils du Diable disent que [le Seigneur] est glouton et ivrogne ; mais les fils de la sagesse comprennent que la vie n’est pas dans la nourriture et la boisson, mais dans l’égalité d’âme, en recourant à la nourriture en temps et lieu, et en [s’en] abstenant aussi lorsque cela convient, de sorte qu’ils ne commettent pas de grands excès et ne manquent de peu, comme dit l’Apôtre, Ph 4, 12 : Partout et en toutes choses, je me suis initié à la satiété et à la faim, à supporter l’abondance comme le dénuement. Il n’aurait donc pas paru montrer une pleine justice s’il avait pratiqué une abstinence complète, car on aurait cru que la justice complète se trouvait dans l’abstinence. Or, elle ne consiste pas en cela, mais dans l’égalité d’âme. Et il faut remarquer qu’il dit : LA SAGESSE, car utiliser la nourriture et s’en abstenir relèvent de la modération de la sagesse, de sorte qu’on doive s’abstenir lorsqu’il le faut et où il le faut.

 

Leçon 3 – Mt 11, 20-30 ; n° 1337

[11, 20]

1337. Plus haut, [le Seigneur] a donné satisfaction aux disciples de Jean ; maintenant, il invective ceux qui ne croient pas. Et [Matthieu] fait deux choses : premièrement, le comportement du Seigneur est décrit [11, 20] ; deuxièmement, ses paroles, en cet endroit : MALHEUR À TOI, CHORAZEÏN, etc. [11, 21].

1338. [Matthieu] dit donc en premier lieu : IL SE MIT ALORS À INVECTIVER LES VILLES, etc. L’invective porte sur les bienfaits et les dons. En effet, le Seigneur avait accordé un grand bienfait, car il les avait illuminés de sa présence ; ils étaient donc ingrats, et donc dignes d’invectives. Ainsi Mi 6, 3 : Ô mon peuple, que t’ai-je fait, en quoi t’ai-je molesté ? Comme s’il disait : « En rien. » Et il ne les a pas invectivés parce qu’ils avaient commis des péchés, mais parce qu’ils ne faisaient pas pénitence. Ce que dit Job, 24, 3, leur convenait donc : Il lui a donné l’occasion de se repentir, et il s’est retourné contre lui. Et Rm 2, 4 : Ignores-tu que la patience de Dieu te conduit à la pénitence ?

1339. Mais ici se pose une question à propos du texte, car Luc présente cela dans un autre ordre. En effet, il le présente lors de la mission des disciples, et [Matthieu] ici. Augustin répond qu’il semble que Luc respecte davantage l’ordre de l’histoire, mais [Matthieu], la séquence du souvenir. Mais on objecte alors qu’il est dit ici : ALORS. Il semble donc que c’est plutôt la séquence de l’histoire qui est ici nouée. Augustin répond que ALORS exprime un temps indéfini. Ou bien on peut dire autrement que [le Seigneur] a dit ces paroles à deux reprises, et ainsi il pouvait s’agir d’ALORS selon [Matthieu] et d’ALORS selon Luc.

[11, 21]

1340. MALHEUR À TOI, CHORAZEÏN, etc. ! Ici, les paroles du Seigneur sont présentées. Premièrement, il parle des villes environnantes [11, 21-22] ; deuxièmement, de la métropole, en cet endroit : ET TOI, CAPHARNAÜM, etc. [11, 23-24].

1341. En premier lieu, il compare une faute à l’autre ; en second lieu, une peine à l’autre, en cet endroit : AUSSI BIEN, JE VOUS LE DIS, etc. [11, 23].

1342. [Le Seigneur] dit donc : MALHEUR À TOI, CHORAZEÏN, etc. ! Or, il s’agit de villes ou de villages de Galilée, où le Seigneur avait fait beaucoup de signes, et qui ne s’étaient pourtant pas convertis. C’est pourquoi il dit : MALHEUR À TOI, etc. Mais qu’est-ce que fait le Seigneur ? Car il est écrit en Rm 12, 14 : Ne maudissez pas, etc. Il faut dire qu’il y a maudire de manière formelle et [maudire] de manière matérielle. Personne ne doit maudire de manière formelle, mais il le peut de manière matérielle. Ainsi, il faut remarquer que certaines choses sont associées par les sens, qui peuvent cependant être séparées par l’intellect, comme, dans le fruit, il y a l’odeur et la saveur, qui ne peuvent être séparées par les sens, bien qu’elles puissent l’être par l’intellect. De la même façon, vouloir que quelqu’un ne soit pas puni et vouloir l’ordre de la justice ne peuvent exister simultanément, si ce n’est par l’intelligence. De sorte que si je maudis quelqu’un parce que je prends plaisir au mal qui l’affecte, cela est mal. Mais [si je le maudis], non pas à cause du mal qui l’affecte, mais en raison de l’ordre de la justice, c’est alors bien. Ainsi, la parole du Seigneur n’était pas la parole de celui qui prend plaisir, mais de celui qui annonce l’accomplissement de la justice.

1343. MALHEUR À TOI, CHORAZEÏN ! CHORAZEÏN veut dire « service qui lui est rendu ». Bethsaïde [veut dire] « maison des fruits ». De qui a plus bénéficié, on exige davantage. Et pourquoi [le Seigneur] lui a-t-il manifesté davantage [sa bienveillance] ? Parce qu’il y a accompli son ministère. C’est pourquoi la colère de Dieu se manifestera depuis le ciel sur toute impiété et injustice des hommes qui retiennent la vérité de Dieu dans la justice, Rm 1, 18. Bethsaïde [veut dire] « maison des fruits ». Si le Seigneur y a donc produit beaucoup de fruits et s’ils ne font pas pénitence, qu’en sera-t-il d’eux ? Is 5, 4 : Je m’attendais à ce qu’elle porte des raisins, et elle a produit du verjus.

1344. MALHEUR À TOI…, CAR SI LES PRODIGES QUI ONT LIEU CHEZ VOUS AVAIENT ÉTÉ FAITS À TYR ET À SIDON, IL Y A LONGTEMPS QU’ELLES SE SERAIENT REPENTIES SOUS LE SAC ET LA CENDRE. IL Y A LONGTEMPS, c’est-à-dire, depuis longtemps. Et remarquez la forme de la pénitence, car [elles se seraient repenties] SOUS LE SAC ET LA CENDRE, parce que les deux incitent à la pénitence. L’un, par le souvenir des fautes : cela est signifié par le sac, qui est fait de poil de chameau, car cet animal était immolé pour un péché. L’autre, par la considération de la mort et de la fragilité de la condition humaine ; ainsi, il est dit en Gn 3, 19 : Tu es poussière et tu retourneras en poussière. Et Jb 42, 6 : Aussi je me rétracte et je me repens dans la poussière et la cendre.

[11, 22]

1345. EN VÉRITÉ, JE VOUS LE DIS, POUR TYR ET SIDON, IL Y AURA PLUS D’INDULGENCE AU JOUR DU JUGEMENT QUE POUR VOUS. Ici, [le Seigneur] compare une peine à l’autre, car, si on les trouve plus chargés de fautes, ce sera pire pour eux, parce qu’ils n’ont pas fait ce qu’ils ont entendu. Ainsi, ce sera plus lourd, selon ce qui est dit en Jn 15, 22 : Si je n’étais pas venu et si je ne leur avais pas parlé, ils ne seraient pas en faute.

1346. Il faut remarquer que, par ces paroles, il écarte trois erreurs. Certains disaient que tous les péchés étaient égaux et qu’il en était de même des châtiments. [Le Seigneur] écarte ceci lorsqu’il dit que ce sera pire pour eux que pour Tyr et Sidon. De même, certains ont dit que n’étaient sauvés que ceux que [le Seigneur] avait prédestinés, car, si on leur avait prêché, ils se seraient convertis. Il écarte cela lorsqu’il dit que Tyr et Sidon seront mises à mal, mais que ce sera pire pour ceux à qui le royaume de Dieu a été annoncé. Aussi Augustin dit-il, dans le Livre sur la persévérance : « Le Seigneur ne récompense pas pour ce qu’il aurait fait, mais pour ce qu’il fait. » De même, [le Seigneur] repousse une troisième erreur, car certains disaient que le Seigneur a envoyé des prophètes et des prédicateurs aux Juifs, et non pas aux autres, parce qu’Il savait que les autres ne [les] accueilleraient pas. Mais il écarte cela, car s’il leur avait été prêché, ils se seraient convertis.

1347. Mais il reste alors une question : si les Juifs ne croyaient pas, il semblerait que le Seigneur n’aurait pas bien agi en ne leur envoyant pas [des prophètes et des prédicateurs], puisqu’ils auraient cru. Grégoire dit qu’ » il n’appartient pas à l’homme de connaître les secrets de Dieu ; toutefois, selon ce qui apparaît, parce qu’une promesse avait été faite aux pères, [le Seigneur] prêcha d’abord aux Juifs pour confirmer les promesses faites aux pères ». Cela [se produisit] aussi afin que soit montré que leur condamnation était plus juste. Il leur prêcha donc et, par la suite, il envoya ses disciples aux autres. Rémi donne cette solution : bien que, à Tyr et à Sidon, plusieurs aient cru au sein d’une multitude plus grande, il y avait cependant parmi eux certains qui étaient pervers et qui n’étaient pas encore prêts à croire. C’est pourquoi il n’envoya pas d’abord vers eux [ses disciples]. Augustin propose une troisième interprétation : le Seigneur savait que, « s’ils avaient cru, ils n’auraient pas persévéré au moment de la passion. » C’est pourquoi Il n’a pas envoyé [ses disciples] vers eux. Augustin donne aussi une autre interprétation : « La prédestination est la connaissance anticipée des bienfaits de Dieu. » Ainsi, tout ce qui se rapporte au salut est l’effet de la prédestination chez les prédestinés. Le Seigneur a ainsi distribué différemment ses dons, car il donne à certains un cœur docile et un penchant à bien agir ; mais cela ne suffit pas s’Il n’est pas le maître. De même, Il est parfois le maître, mais le cœur est dur ; de même que la facilité à croire ne leur suffit pas, de même le cœur endurci leur nuit. De sorte que chercher à savoir pourquoi Il a choisi l’un et non pas l’autre est sans objet. Augustin dit ainsi : « Pourquoi Il attire l’un et non pas l’autre, n’en juge pas si tu ne veux pas te tromper. » Il est donc mieux que tout se déroule selon ce que Dieu a disposé que selon les mérites humains.

[11, 23]

1348. ET TOI, CAPHARNAÜM, CROIS-TU QUE TU SERAS ÉLEVÉE JUSQU’AU CIEL ? Dans cette partie, [le Seigneur] invective une ville plus importante. D’abord, il invective l’orgueil, car les grands s’enorgueillissent davantage ; en second lieu, il invective leur impénitence, en cet endroit : CAR SI LES PRODIGES AVAIENT ÉTÉ FAITS À SODOME, etc. [11, 23].

1349. À propos du premier point, il invective d’abord l’orgueil [11, 33] ; en second lieu, il menace d’un châtiment [11, 24].

1350. [Le Seigneur] dit donc : ET TOI CAPHARNAÜM, etc. Et il y a ici un double texte. L’un sous une forme interrogative : ET TOI, CAPHARNAÜM, CROIS-TU QUE TU ES ÉLEVÉE JUSQU’AU CIEL ? Car elle a été élevée par le Seigneur, par la présence du Seigneur et par de nombreux mérites. Lc 4, 23 : Ce que nous avons entendu dire que tu as accompli à Capharnaüm, accomplis-le dans ta patrie. De même, « tu t’es toi-même élevée ; seras-tu élevée par l’orgueil ou par mon enseignement ? ». Bien que tu aies été élevée, tu descendras cependant aux enfers [Ez 31, 14]. Jb 20, 28 : Il est renversé au jour de la colère du Seigneur ; tel est le sort réservé par Dieu à l’impie. De sorte que « toi, qui sembles toucher le ciel, tu seras jetée en enfer ». Le châtiment qui convient à l’orgueilleux est donc le rejet. Is 14, 14, contre celui qui disait : Je monterai jusqu’aux astres du ciel, poursuit : Tu seras jeté en enfer.

1351. Ensuite, [le Seigneur] dénonce l’impénitence. Premièrement, il fait une comparaison portant sur la faute ; deuxièmement, sur le châtiment.

1352. Il dit donc : CAR SI LES PRODIGES AVAIENT ÉTÉ FAITS À SODOME, etc. Et pourquoi dit-il cela ? Pour indiquer le libre arbitre, car l’homme a devant lui la vie et la mort. Personne n’a averti [les gens de Sodome], car, bien que Lot se soit trouvé parmi eux, il ne fit cependant pas de miracles. Mais ceux-ci ont vu le Seigneur enseigner. C’EST POURQUOI, etc. Capharnaüm veut dire « ville très douce », et par elle est signifiée Jérusalem.

[11, 24]

1353. EN VÉRITÉ, JE VOUS LE DIS : au jour du jugement, ton châtiment sera plus grand que celui de la terre qui a été bouleversée. Ou bien on peut l’entendre des habitants. Lc 12, 47 : Le serviteur qui connaît la volonté du maître et ne la fait pas sera durement châtié.

[11, 25]

1354. EN CE TEMPS-LÀ, JÉSUS RÉPONDIT : « JE TE BÉNIS, PÈRE, etc. » Plus haut, le Seigneur avait invectivé l’infidélité des foules ; maintenant, il rend grâce pour la fidélité des disciples et de tous les autres croyants. Premièrement, il rend grâce au Père comme à l’auteur [11, 25] ; deuxièmement, il montre qu’il a le même pouvoir, en cet endroit : TOUT M’A ÉTÉ REMIS PAR MON PÈRE [11, 27].

1355. [Matthieu] dit donc : EN CE TEMPS-LÀ, c’est-à-dire, au moment où [cela] arriva, etc., IL RÉPONDIT. Mais à qui répondait-il ? Ce qui est dit en Jb 15, 2 lui convient : Est-ce que le sage répond par des raisons en l’air ? Non. Il répond donc à une objection tacite. En effet, quelqu’un pourrait dire : « Ceux à qui tu as prêché ne croient pas ; d’autres auraient cru si on leur avait prêché. » Il répond donc et en réfute certains qui ont cherché les raisons du choix, à savoir, pourquoi certains ont été élevés jusqu’au ciel et d’autres ont été jetés dans l’abîme. C’était le cas d’Origène, qui affirmait que l’élection relevait du mérite. Mais ici, [le Seigneur] réfute cela en montrant qu’on ne doit pas l’attribuer à la volonté divine.

1356. Il dit donc : JE TE BÉNIS, PÈRE, etc. Il faut remarquer qu’il y a une triple confession. [Une confession] de la foi, ainsi qu’il est dit en Rm 10, 10 : On croit en son cœur en vue de la justice, et on confesse de bouche pour son salut. [Il y a] aussi une confession des péchés, Jc 5, 16 : Confessez vos péchés les uns aux autres. Et aussi une confession d’action de grâce, dont il est question en Ps 105[106], 1 : Confessez au Seigneur, car il est bon, etc. C’est de celle-ci que s’entend : JE TE BÉNIS, PÈRE, DU CIEL ET DE LA TERRE. Deux hérésies sont écartées. Celle de Sabellius, qui ne distingue pas le Fils du Père. [Le Seigneur] dit donc : JE TE BÉNIS, PÈRE, etc. ; il confesse donc l’autorité du Père, etc. Il parle aussi de SON PÈRE, contre Arius. Et il est vraiment le Seigneur, le Père du ciel et de la terre. Ps 99[100], 3 : Sachez que le Seigneur lui-même est Dieu, qu’Il nous a faits et que nous ne l’avons pas fait. Et Il est appelé Père, non pas parce qu’Il a créé [le Seigneur], mais parce qu’Il l’a engendré. Ps 88[89], 27 : Il m’a prié : « Tu es mon Père. »

1357. Et pourquoi [le Seigneur] rend-il grâce ? Il rend grâce en raison d’une certaine différence, qu’il présente ainsi : TU AS CACHÉ CELA AUX SAGES ET AUX PRUDENTS, ET TU L’AS RÉVÉLÉ AUX PETITS. Il faut donc examiner qui sont les petits, qui sont les sages et qui sont les prudents. Or, on dit de certains qu’ils sont petits de trois façons. D’une manière littérale, on appelle petits ceux qui sont méprisables, ainsi en Ab 2 : Voilà que je te fais petit et très méprisable. On parle aussi de petit en raison de l’humilité, car il a une faible opinion de lui-même. Ainsi, le Seigneur, plus loin, [18, 3] : Si vous ne vous convertissez pas et ne devenez semblables à des petits, vous n’entrerez pas dans le royaume des cieux. Et aussi, en raison de la simplicité ; ainsi, l’Apôtre, en 1 Co 14, 20 : Soyez des petits pour ce qui est de la malice. On peut donc comprendre cela [de la manière suivante] : parce que tu as révélé cela à des petits et à des pêcheurs méprisables. Et pourquoi ? L’Apôtre en donne la raison en disant que Dieu a choisi ce qui était méprisé par le monde afin de confondre ce qui est fort [1 Co 1, 27]. Augustin interprète : aux petits, c’est-à-dire aux humbles, qui ne présument pas d’eux-mêmes. En effet, là où est l’humilité, là est la sagesse. Hilaire l’interprète des gens simples : Cherchez [la sagesse] dans la simplicité, Sg 1, 1, au contraire des sages et des gens avisés, qui s’appliquent à la sagesse charnelle, Jr 9, 23 : Que le sage ne se glorifie pas de sa sagesse. [Le Père] n’a pas révélé [ces choses] à ceux-ci, mais à des gens simples qui ne mettent pas leur confiance dans leur propre sagesse. Qo 7, 24 : J’ai dit : « Je deviendrai sage, et la sagesse s’est éloignée de moi encore plus qu’auparavant. » C’est pourquoi l’Apôtre [dit] en Rm 10, 3 : Ignorant la justice de Dieu et cherchant à affirmer la leur, ils ne se sont pas soumis à la justice de Dieu. De même, il entend par sages les orgueilleux qui se glorifient eux-mêmes. [Le Père] n’a pas révélé [ces choses] à de telles gens, Rm 1, 22 : Alors qu’ils se disaient sages, ils sont devenus insensés. Il appelle aussi sages ceux qui vivent selon la chair, qui cherchent ce qui est de la chair, et non ce qui est de Dieu, Ph 2, 21. Et aussi, ils sont sages pour faire le mal, et ils ne savent pas faire le bien, Jr 4, 22.

1358. TU AS RÉVÉLÉ. Ep 4, 17 : Afin que vous ne vous comportiez pas comme se comportent les païens dans la vanité de leur jugement. Tu as donc caché [cela] aux sages pour le révéler aux petits. Il cache la sagesse aux sages en ne l’accompagnant pas de la grâce. C’est ainsi qu’il est dit en Rm 1, 28 : Il les a livrés à leur esprit sans jugement.

[11, 26]

1359. Mais pourquoi rend-il grâce pour le fait que [le Père] a caché ? Je dis qu’il ne fait pas cela parce qu’il se réjouit de leur aveuglement, mais du jugement de Dieu qui en dispose ainsi sagement. Et pourquoi ? Ici, il ne fait pas chercher de cause. En effet, dans de telles choses, la volonté de Dieu sert de cause : CAR, PÈRE, TEL A ÉTÉ TON BON PLAISIR. L’artisan peut bien donner la raison pour laquelle il a placé certaines pierres à la base et d’autres plus haut ; mais qu’il ait posé telle [pierre] ici et telle autre là n’a pas d’autre cause que sa volonté. Ainsi, que le Seigneur en sauve certains, c’est l’effet de sa miséricorde ; qu’il en condamne d’autres, c’est l’effet de sa justice. Mais pourquoi agit-il avec miséricorde à l’égard de celui-ci plutôt que de celui-là ? Cela relève seulement de sa volonté. Ainsi, en Rm 9, 18 : Il fait miséricorde à qui Il veut, et il endurcit qui Il veut. Il agit donc ainsi selon son bon plaisir. Ps 118[119], 108 : Que ton bon plaisir, Seigneur, etc.

[11, 27]

1360. TOUT M’A ÉTÉ REMIS PAR MON PÈRE. Il avait rendu grâce au Père d’avoir révélé [ses secrets] aux petits. On pourrait croire qu’il ne pouvait lui-même [les révéler]. Écartant cela, [le Seigneur] aborde donc la grandeur de sa puissance [11, 27] ; en second lieu, il invite à lui, comme s’il disait : « Je suis puissant. VENEZ donc À MOI, etc. » [11, 28].

1361. À propos du premier point, il fait deux choses : premièrement, il présente l’égalité du Fils et du Père [11, 27] ; deuxièmement, il l’applique de manière spirituelle à ce dont il était question, en cet endroit : ET NUL NE CONNAÎT LE FILS SI CE N’EST LE PÈRE [11, 27]. Portez attention à l’égalité, mais néanmoins au fait qu’il tire son origine du Père, ce qui s’oppose à Sabellius. Mais pourquoi dit-il : TOUT ? On peut l’interpréter de trois façons. TOUT, c’est-à-dire par-delà toute créature. Plus loin, 28, 18 : Tout pouvoir m’a été remis au ciel et sur la terre. Ou bien TOUT, c’est-à-dire les élus et les prédestinés, qui ont été remis de manière spéciale, Jn 17, 6 : Ils étaient à toi et tu me les as donnés. Aussi TOUT, c’est-à-dire ce qui est intrinsèque [au Père], à savoir toute la perfection de la divinité, Jn 5, 26 : Comme le Père a la vie en lui-même, ainsi a-t-il donné au Fils d’avoir la vie en lui-même. Et nous ne devons pas le comprendre de manière charnelle, car si [le Père] l’a donnée, Il l’a cependant gardée pour Lui-même. Et cette interprétation est celle d’Augustin et d’Hilaire. Mais on pourrait dire : comment [le Père] a-t-il donné ? [Le Seigneur] ajoute donc la manière lorsqu’il dit : PAR MON PÈRE. Il a donc reçu cela par génération.

1362. ET PERSONNE NE CONNAÎT LE FILS SI CE N’EST LE PÈRE. Maintenant, il adapte [cela] d’une manière particulière à ce qui a déjà été dit, et non seulement par rapport à l’égalité avec le Père, mais aussi par rapport à la consubstantialité. En effet, la substance du Père dépasse toute intelligence, puisque l’essence même du Père est inconnaissable, comme [c’est le cas pour] la substance du Fils. Ainsi, l’égalité est ici indiquée et Arius est confondu, qui dit que le Père est invisible, mais le Fils visible.

1363. ET PERSONNE NE CONNAÎT LE FILS SI CE N’EST LE PÈRE. Mais qu’est-ce que cela ? Est-ce que les saints ne l’ont pas connu ? Il faut dire qu’ils l’ont atteint par la foi, mais ne le connaissent pas en le comprenant. Mais qu’est-ce que cela veut dire ? Est-ce que l’Esprit Saint ne [le] connaît pas ? Assurément. Mais il faut remarquer que des expressions exclusives sont parfois ajoutées aux noms divins désignant l’essence [divine] et parfois aux noms désignant les personnes [divines]. Lorsqu’elles sont ajoutées aux noms personnels, elles n’excluent pas ce qui est identique par la nature. Ainsi, ce qui est ajouté au Père n’exclut pas le Fils. Donc, lorsqu’on dit : Au roi immortel, invisible, à Dieu seul honneur et gloire ! 1 Tm 1, 17, un autre à l’intérieur de cette nature n’est pas exclu. De la même manière, lorsqu’il dit ici : SI CE N’EST LE FILS, le Saint-Esprit n’est pas exclu, qui est identique par la nature. Mais lorsqu’il dit : PERSONNE NE CONNAÎT, etc., on comprend : « Aucun homme, si ce n’est le Fils. » Et ainsi en est-il du Fils qui connaît le Père. Mais cela s’oppose à Origène. En effet, [le Fils] connaît par mode de compréhension. Ainsi donc, parce qu’il connaît parfaitement et qu’il est parfaitement connaissable, il a le pouvoir de révéler comme le Père. C’est pourquoi [le Seigneur] dit : À QUI LE FILS VEUT LE RÉVÉLER. En effet, la manifestation se fait par le Verbe, Jn 17, 6 : Père, tu as manifesté ton nom aux hommes, etc. ; et encore, [Jn] 1, 18 : Dieu, personne ne l’a vu. Mais lui [le Verbe] l’a connu ; il pouvait donc le manifester. Donc, ce qu’il avait dit du Père, il se l’attribue. En effet, il avait dit : TU AS CACHÉ CES CHOSES AUX SAGES ET TU LES AS RÉVÉLÉES AUX PETITS. De même, le Fils peut-il le faire du fait qu’il a le même pouvoir.

[11, 28]

1364. VENEZ À MOI, VOUS TOUS, etc. « Venez à mes bienfaits. » Premièrement, l’invitation est présentée ; deuxièmement, la nécessité de l’invitation ; troisièmement, [son] utilité.

1365. [Le Seigneur] dit donc : VENEZ À MOI, ce qui est aussi une parole de la Sagesse, Si 24, 26[19] : Venez vers moi, vous tous qui me cherchez et vous serez comblés de mes fruits. Ainsi, « approchez-vous de moi, vous qui êtes sans savoir », parce qu’elle veut se communiquer. Mais pourquoi est-ce nécessaire ? Parce que sans moi les hommes peinent trop : VOUS QUI PEINEZ. Cela peut convenir d’une manière spéciale aux Juifs, qui peinaient sous le poids des lois et des commandements, comme on le lit en Ac 15, 10 : C’est un joug que ni nous, ni nos pères n’ont pu porter. Il en est de même, d’une manière générale, pour tous ceux qui peinent en raison de la fragilité humaine, Ps 87[88], 16 : Je suis pauvre et je peine depuis ma jeunesse. ET QUI PLOYEZ SOUS LE FARDEAU, à savoir, sous le fardeau des péchés. Ps 37, 5 : Mes fautes m’écrasent comme une lourde charge. « Et qu’obtiendrons-nous si nous venons vers toi ? » JE VOUS SOULAGERAI. Jn 7, 37 : Si quelqu’un a soif, qu’il vienne vers moi et boive.

[11, 29]

1366. Ensuite, il présente l’invitation. Premièrement, il la présente [11, 29] ; deuxièmement, il en donne la raison en cet endroit : CAR MON JOUG EST DOUX [11, 30].

1367. Voici [ce qu’il en est] du premier point. Il avait présenté l’invitation et son motif ; maintenant, il veut montrer quelle est cette invitation, en disant : PRENEZ MON JOUG. Mais de quoi s’agit-il ? « Tu dis que tu veux nous soulager et écarter notre labeur, et aussitôt tu prescris de porter un joug ? Nous croyions que nous étions sans joug. » Je dis que cela est vrai, [à savoir] sans le joug du péché. Is 9, 4 : Car tu as brisé le joug qui pesait sur elle, la barre qui était posée sur ses épaules et le bâton de son oppresseur. Non pas que vous soyez sans la loi de Dieu, mais sans le joug du péché. Ps 2, 3 : Jetons loin de nous leur joug. Os 14, 2 : Tourne-toi, Israël, vers le Seigneur ton Dieu, car tu es tombé dans l’iniquité, etc. Rm 6, 18 : Libérés du péché, vous êtes devenus les serviteurs de la justice. PRENEZ DONC MON JOUG, à savoir, les enseignements évangéliques. Et il dit JOUG : en effet, de même que le joug attache et lie le cou des bœufs pour labourer, de même la doctrine évangélique attache les deux peuples à son joug.

[11, 30]

1368. Et que veut dire : ET APPRENEZ DE MOI QUE JE SUIS DOUX ET HUMBLE DE CŒUR ? Toute la loi nouvelle tient en deux choses : dans la douceur et l’humilité. Par la douceur, l’homme est ordonné au prochain. Ps 131[132], 1 : Seigneur, souviens-toi de David et de toute sa douceur. Par l’humilité, [l’homme] est ordonné à lui-même et à Dieu. Is 66, 2 : Sur qui reposera mon esprit si ce n’est sur l’homme paisible et humble ? L’humilité rend donc l’homme capable de Dieu. Il avait aussi dit : JE VOUS SOULAGERAI. Quel est ce soulagement ? VOUS TROUVEREZ LE REPOS DE VOS ÂMES. En effet, le corps n’est pas soulagé lorsqu’il est affligé, et lorsqu’il n’est plus affligé, on dit qu’il est soulagé. Et ce qu’est la faim pour le corps, le désir l’est pour l’esprit. C’est pourquoi l’accomplissement des désirs est un soulagement. Ps 102, 5 : Lui qui remplit de biens ton désir. Et ce repos est le repos de l’âme. Si 51, 35 : J’ai travaillé un peu et j’ai trouvé un grand repos. Ainsi, dans le monde, les doux n’ont pas de repos, de sorte que vous trouverez [en moi] le repos éternel, à savoir, l’accomplissement de vos désirs. Mais ne soyez pas étonnés si je vous invite à porter un joug, car mon joug n’est pas un fardeau. Pourquoi ? MON JOUG EST DOUX et agréable. Ps 118[119], 103 : Que tes paroles sont douces à ma bouche ! ET MON FARDEAU LÉGER. Et [ces paroles] pourraient viser deux choses. Les bœufs sont attachés à un joug, mais le fardeau est porté. Ainsi, le joug vise les préceptes négatifs et le fardeau les préceptes positifs.

1369. Mais il semble que cela soit faux, car le fardeau de la loi nouvelle paraît plus lourd, comme il a été dit plus haut, 5, 21 : Vous avez entendu qu’il a été dit aux anciens : « Tu ne tueras pas... » Moi, je vous dis que quiconque se fâche contre son frère méritera d’être jugé. Il semble donc qu’il s’agisse d’un fardeau plus lourd. De même, il a été dit plus haut, 7, 14 : Le chemin qui conduit à la vie est étroit. De même, l’Apôtre [écrit], 2 Co 11, 23 : Par beaucoup d’efforts. Le joug semble donc très lourd. Il faut donc considérer deux choses : l’effet de l’enseignement et les circonstances de l’acte. Or, en toutes choses, l’enseignement du Christ est léger par ses effets, car il change le cœur, fait que nous n’aimions pas les réalités temporelles, mais plutôt les spirituelles – pour celui qui aime les réalités temporelles, renoncer à un peu est plus lourd que pour celui qui aime les choses spirituelles en perdre beaucoup. La loi ancienne n’interdisait pas les choses temporelles ; il était donc plus lourd d’y renoncer. Mais, maintenant, même si cela est un peu lourd au début, c’est peu de chose par la suite. Pr 4, 11 : Je te mènerai par les sentiers de la justice ; lorsque tu t’y seras engagé, tes pas ne seront plus enrayés. De même, en ce qui concerne l’acte, la loi accablait d’actes extérieurs. Mais notre loi réside dans la volonté seulement. Ainsi, Rm 14, 11 : Le règne de Dieu n’est pas dans la nourriture et la boisson. Aussi, la loi du Christ rend joyeux. Ainsi, l’Apôtre [dit], Rm 14, 17 : La justice, la paix et la joie se trouvent dans l’Esprit Saint. De même, en ce qui concerne les circonstances, car il y a beaucoup d’épreuves. Ainsi, ceux qui veulent vivre dans le Christ Jésus subiront la persécution, etc., 2 Tm 3, 12. Mais celles-ci ne sont pas lourdes, car elles sont assaisonnées du condiment de l’amour. En effet, lorsqu’on aime quelqu’un, ce qu’on endure pour lui n’est pas lourd. Ainsi, l’amour rend léger tout ce qui est lourd et impossible. De sorte que si quelqu’un aime bien le Christ, rien n’est lourd pour lui, et c’est pourquoi la loi nouvelle n’est pas un fardeau.

 

CHAPITRE XII

 

Leçon 1 [Matthieu 12, 1‑22] 12, 1 En ce temps-là, Jésus vint à passer, un jour de sabbat, à travers les moissons. Ses disciples eurent faim et se mirent à manger des épis. 12, 2 Ce que voyant, les Pharisiens lui dirent : « Voilà que tes disciples font ce qu’il n’est pas permis de faire pendant le sabbat ! » 12, 3 Mais il leur dit : « N’avez-vous pas lu ce que fit David lorsqu’il eut faim, lui et ses compagnons ? 12, 4 Comment il entra dans la demeure de Dieu et comment ils mangèrent les pains d’oblation, qu’il ne lui était pas permis de manger, ni à ses compagnons, mais aux prêtres seuls ? 12, 5 Ou n’avez-vous pas lu dans la Loi que, le jour du sabbat, les prêtres dans le Temple violent le sabbat sans être en faute ? 12, 6 Or, je vous le dis, il y a ici plus grand que le Temple. 12, 7 Et si vous aviez compris ce que signifie : “C’est la miséricorde que je veux, et non le sacrifice”, vous n’auriez pas condamné des gens qui sont sans faute. 12, 8 Car le Fils de l’homme est maître du sabbat. »

12, 9 Parti de là, il vint dans leur synagogue. 12, 10 Et voici, un homme ayant une main sèche s’approcha. Ils l’interrogèrent pour savoir s’il était permis de guérir, le jour du sabbat, afin de l’accuser. 12, 11 Mais il leur dit : « Quel sera parmi vous l’homme qui aura une seule brebis, et si elle tombe dans un trou, le jour du sabbat, n’ira la prendre et la relever ? 12, 12 Or, combien un homme vaut plus qu’une brebis ! Ainsi donc, il est permis de faire une bonne action le jour du sabbat. » 12, 13 Alors il dit à l’homme : « Étends ta main. » Il l’étendit et elle fut remise en état, saine comme l’autre. 12, 14 Étant sortis, les Pharisiens tinrent conseil contre lui, en vue de le perdre. 12, 5 L’ayant su, Jésus se retira de là. Beaucoup le suivirent et il les guérit tous 12, 16 et il leur enjoignit de ne pas le faire connaître, 12, 17 pour que s’accomplît ce qui a été dit par le prophète Isaïe : 12, 18 « Voici mon enfant que j’ai choisi, mon Bien-Aimé qui a plu en tout à mon cœur. Je placerai sur lui mon Esprit et il annoncera le droit aux nations. 12, 19 Il ne fera point de querelles. Il ne poussera pas de cris et nul n’entendra sa voix sur les places. 12, 20 Il ne brisera pas le roseau froissé, et il n’éteint pas la mèche qui fume, il ne l’éteindra pas, avant d’avoir mené le jugement à la victoire : 12, 21 les nations mettront leur espérance en son nom. »

Leçon 2 [Matthieu 12, 22‑37] 12, 22 Alors on lui présenta un démoniaque aveugle et muet ; et il le guérit, si bien que le muet pouvait parler et voir. 12, 23 Et toutes les foules, frappées de stupeur, disaient : « Celui-là n’est-il pas le Fils de David ? » 12, 24 Mais les Pharisiens, entendant cela, dirent : « Celui-ci n’expulse les démons que par Béelzéboul, le prince des démons. » 12, 25 Connaissant leurs pensées, il leur dit : « Tout royaume divisé contre lui-même courra à la ruine ; et nulle ville, nulle maison, divisée contre elle-même, ne saurait se maintenir. 12, 26 Or, si Satan expulse Satan, il s’est divisé contre lui-même : dès lors, comment donc son royaume se maintiendra-t-il ? 12, 27 Et si moi, c’est par Béelzéboul que je chasse les démons, par qui vos fils les expulsent-ils ? Ainsi seront-ils eux-mêmes vos juges. 12, 28 Mais si c’est par l’Esprit de Dieu que je chasse les démons, c’est donc que le royaume de Dieu est arrivé jusqu’à vous. 12, 29 Ou alors, comment quelqu’un peut-il pénétrer dans la maison d’un homme fort et s’emparer de ses affaires, s’il n’a d’abord lié cet homme fort ? Et alors il pillera sa maison.

12, 30 « Qui n’est pas avec moi est contre moi, et qui n’amasse pas avec moi dissipe. 12, 31 Aussi je vous le dis, tout péché et blasphème sera remis aux hommes, mais le blasphème contre l’Esprit ne sera pas remis. 12, 32 Or je vous le dis, quiconque aura dit une parole contre le Fils de l’homme, cela lui sera remis ; mais quiconque aura dit contre l’Esprit Saint, cela ne lui sera remis ni en ce siècle ni dans le siècle à venir.

12, 33 « Observez un arbre bon : son fruit sera bon ; observez un arbre gâté : son fruit sera gâté. Car c’est au fruit qu’on reconnaît l’arbre. 12, 34 Engeance de vipères, comment pourriez-vous tenir un bon langage, alors que vous êtes mauvais ? Car la bouche parle du trop-plein du cœur. 12, 35 L’homme bon tire de bonnes choses de son bon trésor ; et l’homme mauvais, de son mauvais trésor en tire de mauvaises. 12, 36 Or je vous le dis : de toute parole vaine que les hommes auront prononcée, ils rendront compte au jour du Jugement. 12, 37 Car c’est d’après tes paroles que tu seras justifié, et c’est d’après tes paroles que tu seras condamné. »

Leçon 3 [Matthieu 38, 45] 12, 38 Alors quelques-uns des scribes et des Pharisiens prirent la parole et lui dirent : « Maître, nous désirons que tu nous fasses voir un signe. » 12, 39 Il leur répondit : « Engeance mauvaise ! Elle réclame un signe. Génération adultère, de signe, il ne lui sera donné que le signe de Jonas, le prophète. 12, 40 Comme Jonas fut dans le ventre de la baleine pendant trois jours et trois nuits, de même en sera-t-il pour le Fils de l’homme au cœur de la terre durant trois jours et trois nuits. 12, 41 Les hommes de Ninive se dresseront lors du Jugement avec cette génération et ils la condamneront, car ils se repentirent à la proclamation de Jonas, et il y a ici plus que Jonas ! 12, 42 La reine du Midi se lèvera lors du Jugement avec cette génération et elle la condamnera, car elle vint des extrémités de la terre pour écouter la sagesse de Salomon, et il y a ici plus que Salomon ! 12, 43 Lorsque l’esprit impur est sorti de l’homme, il erre par des lieux arides en quête de repos, et il n’en trouve pas. 12, 44 Il dit alors : “Je vais retourner dans ma demeure, d’où je suis sorti.” Étant venu, il la trouve libre, balayée, décorée. 12 45 Alors il s’en va prendre avec lui sept autres esprits plus mauvais que lui ; ils entrent chez lui et y habitent. Et l’état final de cet homme devient pire que le premier. Ainsi en sera-t-il de cette génération mauvaise. »

Leçon  [Matthieu 12, 46-50] 12, 46 Comme il parlait encore aux foules, voici que sa mère et ses frères se tenaient dehors, cherchant à lui parler. 12 48 Quelqu’un lui dit : « Voici, ta mère et tes frères se tiennent dehors, cherchent à te parler. » Mais, lui répondant, en tendant la main vers ses disciples, il dit : « Qui est ma mère et qui sont mes frères ? » 12, 49 « Voici ma mère et mes frères. 12, 50 Car quiconque fait la volonté de mon Père qui est aux cieux, celui-là est mon frère, ma sœur et une mère. »

 

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