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Leçon 1 – Mt 12, 1-22 ; n° 1370

[12, 1]

1370. Plus haut, vous avez entendu comment le Seigneur a contenté les disciples et leur a fait des reproches ; ici, [le Seigneur] montre comment les Pharisiens sont refrénés. Et [Matthieu] fait deux choses : premièrement, il montre comment [Jésus] réplique aux Pharisiens ; deuxièmement, comment les disciples sont louangés.

1371. À propos du premier point, [Matthieu] fait deux choses : premièrement, il montre comment sont réfutés ceux qui dénigrent les disciples ; deuxièmement, comment [sont réfutés] ceux qui dénigrent le Christ, en cet endroit : PARTI DE LÀ, etc. [12, 9].

1372. À propos du premier point, l’occasion du reproche est d’abord présentée [12, 1] ; en deuxième lieu, le reproche, en cet endroit : CE QUE VOYANT LES PHARISIENS, etc. [12, 2] ; en troisième lieu, la défense du Christ, en cet endroit : MAIS IL LEUR DIT, etc. [12, 3].

1373. Or, une double occasion est présentée : l’une, concernant le Christ [12, 1] ; l’autre, concernant les disciples, en cet endroit : SES DISCIPLES EURENT FAIM ET SE MIRENT À MANGER DES ÉPIS [12, 1].

1374. Pour ce qui est du Christ, [Matthieu] dit : EN CE TEMPS-LÀ, JÉSUS VINT À PASSER, UN JOUR DE SABBAT, À TRAVERS LES MOISSONS. Le Seigneur savait que ses disciples allaient faire cela, et cependant le Seigneur choisit que cela arrive, puisqu’il avait déjà commencé à abolir le sabbat, comme on le trouve plus haut, 11, 13 : La loi et les prophètes ont prophétisé jusqu’à Jean.

1375. Mais il faut remarquer que [Matthieu] dit : EN CE TEMPS-LÀ, car le fait qu’une indication de temps soit ici donnée semble se rapporter à l’ordre historique ; mais Lc 6, 1 et Mc 2, 23 suivent un autre ordre. Ainsi, après que le Seigneur eut répondu aux disciples de Jean, ceci est présenté. Tout ce qui précède semble donc être arrivé avant la mort de Jean, mais ceci, après. Et cela est clair par tout ce qui suit jusqu’au chapitre 14, où la mort de Jean Baptiste est mentionnée. C’est pourquoi il faut comprendre que, alors que la passion se rapprochait, Jean envoya ses disciples, puis on lui coupa la tête, et alors [ce dont il est ici question] se produisit après sa mort.

1376. JÉSUS VINT À PASSER, LE JOUR DU SABBAT, À TRAVERS LES MOISSONS. Par ces moissons, il faut entendre les Saintes Écritures. Le semeur est le Christ, plus loin, 13, 37 : C’est lui qui sème. Il faut aussi entendre le peuple des croyants.

1377. SES DISCIPLES EURENT FAIM ET SE MIRENT À MANGER DES ÉPIS. Ici, il faut considérer deux choses. Premièrement, la nécessité, car ILS AVAIENT FAIM. Et pourquoi ? Parce qu’ils étaient pauvres. Ainsi, en 1 Co 4, 11 : Jusqu’à cette heure, nous avons faim et nous avons soif, etc. La seconde raison est que, chaque jour, ils étaient en butte aux foules ; ils avaient donc à peine un endroit pour manger, comme on le lit en Mc 6, 31. Mais comment ont-ils apaisé [leur faim] ? Il nous est donné un exemple d’abstinence ; ainsi, ceux-ci n’ont pas cherché de grands mets, mais des épis, selon ce que dit 1 Tm 6, 8 : Nous nous contentons d’avoir de quoi manger et nous vêtir.

1378. Au sens mystique, par l’arrachement des épis est signifiée la multiplicité des sens des Écritures ou la conversion des pécheurs.

[12, 2]

1379. Ensuite, [Matthieu] présente le reproche adressé par les Pharisiens : CE QUE VOYANT, LES PHARISIENS LUI DIRENT : « VOILÀ QUE TES DISCIPLES FONT CE QU’IL N’EST PAS PERMIS DE FAIRE LE JOUR DU SABBAT ! » Les disciples faisaient deux choses mauvaises : premièrement, ils arrachaient des épis qui appartenaient à d’autres ; deuxièmement, ils enfreignaient le sabbat. Mais les Pharisiens ne leur faisaient pas de reproches sur le premier point, car ceci était permis par la loi, Dt 33. Ainsi, parce que cela était permis, ils ne [les] calomniaient pas, mais, parce que c’était le sabbat, ils [les] calomniaient. Par cela, est détruite l’hérésie des Hébreux, qui disaient que la loi devait être observée en même temps que l’évangile. Et parce que Paul s’oppose à cette position, ils font des reproches à Paul. Jérôme s’objecte à ceux-ci, car même les disciples ne l’observaient pas.

[12, 3‑4]

1380. MAIS IL LEUR DIT. Ici est présentée l’exemption. Premièrement, par des exemples ; deuxièmement, par l’autorité, en cet endroit : ET SI VOUS AVIEZ COMPRIS [12, 7].

1381. À propos du premier point, [Jésus] fit deux choses. Premièrement, il donne un exemple dans lequel certains sont exemptés pour cause de nécessité ; deuxièmement, dans lequel [certains le sont] pour cause de sainteté, en cet endroit : ET N’AVEZ-VOUS PAS LU DANS LA LOI, etc. [12, 4].

1382. [Matthieu] dit donc : MAIS IL LEUR DIT, etc. On lit, en Lv 24, 5, que douze pains étaient faits avec la farine la plus pure et que ceux-ci étaient déposés sur la table d’oblation, le jour du sabbat, et qu’ils en étaient retirés le sabbat suivant ; d’autres [y] étaient déposés et les premiers étaient mangés par les fils d’Aaron. De même, on trouve en 1 R [1 Sm] 21, 6 que, alors que David fuyait Saül, Abimélech leur distribua ces pains. C’est de cela que [Jésus] parle : N’AVEZ-VOUS PAS LU CE QUE FIT DAVID LORSQU’IL EUT FAIM ? En effet, ce David était un homme bon, dont le Seigneur dit qu’il avait trouvé un homme selon son cœur, 1 R [1 Sm] 13, 8. Mais quelqu’un pourrait dire : « Ce David était un prophète ; il pouvait donc [les] accepter. » [Le Seigneur] ajoute donc : ET CEUX QUI ÉTAIENT AVEC LUI. On appelait [ces pains] des pains d’oblation, offerts le jour du sabbat ; selon la loi, il n’était pas permis de les utiliser, comme on le lit en Lv 24, 5. Mais qu’est-ce que cela a à voir avec ce qui est en cause ? Lorsque [Abimélech] agit ainsi, c’était le sabbat. Et cela est clair, car il est dit en cet endroit : Je n’ai pas d’autres pains que ceux que j’ai pris de la table du Seigneur, et [Abimélech] ne faisait cela que le jour du sabbat. De même, le premier jour du mois, se tenait la fête de la néoménie ; c’est pourquoi, si elle tombait le jour du sabbat, celui-ci était forcément enfreint.

1383. Mais il semble que [David] ne l’a pas enfreint, car manger le jour du sabbat n’est pas un péché. Il semble donc qu’il ne l’ait pas enfreint. Mais Chrysostome dit qu’il a plutôt enfreint le jour du sabbat parce qu’il a accepté par nécessité les pains qui ne devaient appartenir à personne. On trouve aussi que le sabbat a été enfreint par les Macchabées par nécessité. De même, il faut remarquer ce que dit Chrysostome, à savoir qu’ » il existe certains préceptes qui existent pour eux-mêmes, et ceux-ci ne peuvent être enfreints par nécessité ; mais certains n’existent pas pour eux-mêmes, mais parce qu’ils sont une figure, et ceux-ci peuvent être [enfreints] en raison du lieu et du temps, comme le jeûne peut être repoussé par nécessité. » Or, ce pain était la figure d’un autre pain, à savoir, le pain de l’autel, qui est mangé non seulement par le prêtre, mais aussi par le reste du peuple. C’est pourquoi David représente ici le peuple. Ainsi, dans Ap 5, 10 : Tu as fait de nous un royaume et des prêtres pour notre Dieu.

[12, 5]

1384. Dans le Lévitique, il avait été prescrit que l’oblation, qu’on avait coutume de faire les autres jours, fût faite deux fois le jour du sabbat, et cependant elle était faite dans le temple et le jour du sabbat, parce qu’elle était faite pour le service du temple et de Dieu. Les prêtres étaient donc exemptés. Ainsi, cet exemple s’applique, car les apôtres se consacraient entièrement à quelque chose de plus grand que le temple, à savoir, le Christ. [Le Seigneur] dit donc : N’AVEZ-VOUS PAS LU QUE LES PRÊTRES ENFREIGNAIENT LE JOUR DU SABBAT ? Mais c’était seulement pour [le service du] temple.

[12, 6]

1385. Ici est utilisé un adverbe de lieu, par égard pour lequel ils agissent ainsi. Et qu’il y ait plus grand que le temple, cela est clair, car le temple est le corps [du Seigneur] [Jn 2, 19]. Il faut aussi voir que, dans le premier exemple, [le Seigneur] n’affirme pas qu’il n’y a pas eu faute. Dans le second, il affirme que, si quelqu’un enfreint le sabbat par nécessité, il n’est toutefois pas exempt de toute faute pour cette raison. Mais si quelqu’un [l’enfreint] pour Dieu, il est entièrement exempt de faute.

[12, 7]

1386. Ensuite, [le Seigneur] raisonne à partir d’exemples. En premier lieu, parce qu’il se comporte avec miséricorde envers ses disciples, car, SI VOUS AVIEZ COMPRIS CE QUE SIGNIFIE : « C’EST LA MISÉRICORDE QUE JE VEUX, ET NON LE SACRIFICE », VOUS N’AURIEZ PAS CONDAMNÉ DES GENS INNOCENTS, Os 6, 6. Et comment il faut entendre cela, on l’a dit plus haut. Pr 21, 3 : Faire miséricorde et justice plaît davantage au Seigneur que les victimes, etc.

[12, 8]

1387. Il y a aussi un autre argument qui les innocente, à savoir, l’obéissance, puisque je [le] leur prescris, car LE FILS DE L’HOMME (il avait coutume de s’appeler ainsi) EST MAÎTRE DU SABBAT, et le législateur n’est pas soumis à la loi. Is 33, 22 : Il est notre législateur ; il possède donc le pouvoir puisqu’il a l’autorité.

[12, 9]

1388. PARTI DE LÀ, IL VINT DANS LEUR SYNAGOGUE, etc. Plus haut, on a montré comment le Seigneur repoussa les Pharisiens qui s’en prenaient aux disciples ; ici, [on montre] comment il les repousse alors qu’ils s’en prenaient à lui. En effet, ils s’en prenaient à lui d’abord par des insinuations ; en deuxième lieu, en le rabaissant ; en troisième lieu, en le mettant à l’épreuve. Ainsi, il les repousse de trois manières. Le second point [se trouve] en cet endroit : ALORS, ON LUI PRÉSENTA UN DÉMONIAQUE [12, 22] ; le troisième, en cet endroit : ALORS QUELQUES-UNS DES SCRIBES ET DES PHARISIENS [12, 38].

1389. À propos du premier point, [Matthieu] fait deux choses. En premier lieu, il montre comment ils tendaient des pièges à l’enseignement du Christ ; en second lieu, au comportement du Christ, en cet endroit : ÉTANT SORTIS, LES PHARISIENS TINRENT CONSEIL CONTRE LUI [12, 14].

1390. Sur le premier point, une interrogation insidieuse est présentée ; en second lieu, la réponse du Christ, en cet endroit : MAIS IL LEUR DIT, etc. [12, 11].

1391. À propos du premier point, [Matthieu] fait trois choses. Premièrement, le lieu est décrit ; deuxièmement, l’occasion ; troisièmement, l’interrogation.

1392. [Matthieu] dit donc : PARTI DE LÀ, IL VINT DANS LEUR SYNAGOGUE. Selon le texte, les disciples avaient arraché des épis, et Jésus les avait innocentés. Ainsi, lorsque [Matthieu] dit : PARTI DE LÀ, il semble qu’il soit parti le même jour. Mais cela est écarté par Lc 6, 1, puisque [cela] se passa lors d’un autre sabbat. Pour cette raison, il ne faut pas comprendre que [cela arriva] immédiatement. [Matthieu] dit donc : IL VINT DANS LEUR SYNAGOGUE, afin de prêcher le salut, comme en Jn 18, 20 : J’ai toujours enseigné dans le temple et dans la synagogue, où tous les Juifs se rassemblent, et je n’ai rien dit en secret. Et en Ps 39[40], 10 : J’ai annoncé ta justice dans une grande assemblée.

[12, 10]

1393. ET VOICI UN HOMME AYANT UNE MAIN SÈCHE. Vient ensuite l’occasion de l’interrogation, car ILS L’INTERROGÈRENT, etc. On dit que celui-ci était un tailleur de pierre et qu’il avait une main sèche. Par lui est signifié le genre humain, dont la main s’est desséchée par le péché originel, ou n’importe quel pécheur, dont la main et la puissance d’action se sont desséchées ; parfois, il s’agit de la droite, parce qu’ils sont impuissants à faire le bien, tout en étant capables de faire le mal.

1394. La question est alors présentée et, en second lieu, la réponse. [Matthieu] dit donc : ET ILS L’INTERROGÈRENT POUR SAVOIR S’IL ÉTAIT PERMIS DE GUÉRIR LE JOUR DU SABBAT. Ils voyaient un homme puissant ; ils lui demandèrent donc s’il était permis de guérir le jour du sabbat. Et ils demandaient cela pour le mettre à l’épreuve, comme on lit en Si 13, 14 : Il te mettra à l’épreuve par sa faconde. En effet, ils n’interrogeaient pas avec l’intention d’apprendre, mais plutôt d’accuser, comme on trouve dans Ps 37[38], 3 : Ils parlaient de paix avec leur prochain, mais le mal habitait leur cœur.

1395. Mais ici se pose une question, car, en Mc 3, 4, on voit que le Seigneur [lui-même] a posé la question ; ici, on dit qu’ils l’ont interrogé. Augustin répond que les deux choses se sont produites, car, lorsque [cet homme] se présenta et demanda d’être guéri, [les Pharisiens] posèrent leur question, et le Seigneur le fit lever, puis l’interrogea. Ou bien, autre [interprétation], parce que [les Pharisiens] l’observaient. Ils se préparaient donc à poser leur question, et alors [le Seigneur] posa la question, car il savait qu’ils [la] posaient en vue de l’accuser.

[12, 11]

1396. MAIS IL LEUR DIT, etc. Ici est présentée la réponse. Et, en premier lieu, il répond par la parole ; en second lieu, par un geste, en cet endroit : IL DIT ALORS À L’HOMME : « ÉTENDS TA MAIN » [12, 13].

1397. À propos du premier point, il fait trois choses. Premièrement, il allègue la coutume ; deuxièmement, [il présente] une comparaison, en cet endroit : COMBIEN UN HOMME VAUT PLUS QU’UNE BREBIS ! [12, 12] ; troisièmement, il en tire une conclusion, en cet endroit : AINSI DONC, IL EST PERMIS DE FAIRE UNE BONNE ACTION LE JOUR DU SABBAT [12, 12].

1398. [Le Seigneur] dit donc en premier lieu : QUEL SERA PARMI VOUS L’HOMME QUI AURA UNE SEULE BREBIS, ET SI ELLE TOMBE DANS UN TROU, LE JOUR DU SABBAT, N’IRA LA PRENDRE ET LA RELEVER ? C’était la coutume chez eux que, si une brebis tombait dans un trou, ils l’en retiraient le jour du sabbat. En effet, ils s’adonnaient tellement à l’avarice qu’ils plaçaient un dommage temporel au-dessus d’un dommage spirituel. Ce qui est dit en Si 10, 9 leur convenait donc : Il n’y a rien de plus infâme qu’un avare. Et, peu après, [le texte] poursuit : Son âme est à vendre, puisqu’il s’expose à un danger et à un dommage éternels pour un faible gain temporel.

[12, 12]

1399. COMBIEN UN HOMME VAUT PLUS QU’UNE BREBIS ! Il n’y a pas de comparaison, car tout existe en vue de l’homme. En effet, la domination sur toutes choses a été donnée à l’homme, comme on le trouve en Gn 1, 26 : Faisons l’homme à notre image et à notre ressemblance, puis vient ensuite : Et qu’il domine sur les poissons de la mer, les oiseaux du ciel et les bêtes de la terre. Et ainsi, par le fait qu’il est à l’image [de Dieu], il domine, comme [c’est le cas de] l’homme par rapport à la brebis. De cela, [le Seigneur] conclut : AINSI DONC, IL EST PERMIS DE FAIRE UNE BONNE ACTION [LE JOUR DU SABBAT], c’est-à-dire d’être utile aux hommes. Is 1, 16 : Cessez de mal agir, apprenez à bien agir, car il est écrit en Ex 20, 10 : Vous ne ferez pas d’œuvre servile [ce jour-là]. L’œuvre servile, c’est le péché ; il est donc permis de faire une bonne action.

1400. Mais se pose alors une question : est-il permis de faire n’importe quelle bonne action le jour du sabbat ? Il serait alors permis de labourer. Il faut donc dire que l’œuvre servile peut être comprise au sens littéral et que, au sens mystique, l’œuvre servile est le péché, Jn 8, 34 : Celui qui pèche est l’esclave du péché. De même, une œuvre est servile lorsque le corps plus que l’âme est mis à contribution. En effet, il relève de l’âme de dominer le corps. Ainsi, conseiller n’est pas une œuvre servile.

1401. Nous pouvons donc voir ce qui exempte du sabbat. En effet, le Seigneur exempte ses disciples pour cause de nécessité. Il en est de même pour tout ce qui est immédiatement ordonné au culte de Dieu, comme d’encenser, etc. De même, pour ce qui concerne la santé du corps, comme de préparer un remède, des emplâtres, etc. Ainsi donc, [les Pharisiens] sont blâmés parce qu’ils rendent plus sévère le précepte de la loi.

[12, 13]

1402. IL DIT ALORS À L’HOMME : « ÉTENDS TA MAIN. » Dans cette partie, [le Seigneur] répond par un geste qui consiste à le guérir. En effet, il ne le guérirait pas si cela n’était pas permis. Vient ensuite la guérison : ELLE FUT REMISE EN ÉTAT, SAINE COMME L’AUTRE.

1403. Au sens mystique, l’homme qui a une main sèche, c’est-à-dire incapable de bien agir, ne peut être mieux guéri qu’en étendant la main pour soulager les pauvres. Ainsi, Dn 4, 24 : Rachète tes péchés par l’aumône. Et Si 3, 33 : L’eau éteint le feu qui brûle, l’aumône tient tête aux péchés. Et, dans le même, 4, 36 : Ne tends pas la main pour recevoir, mais pour donner ce que tu as amassé. Et il faut remarquer qu’au départ sa main gauche était saine et qu’elle a été remise en état comme l’autre, je veux dire, la droite. Et cela arrive parce que, d’abord les hommes sont capables de mal agir, comme on le trouve en Is 5, 22 : Malheur à vous qui êtes en mesure de mal agir ! Mais, par la suite, ils sont guéris par la grâce et sont alors enclins à faire le bien. Rm 6, 19 : De même que vous avez mis vos membres au service de l’impureté et de l’iniquité, de même mettez-[les] maintenant au service de la justice et de la sanctification, etc.

[12, 14]

1404. ÉTANT SORTIS, LES PHARISIENS, etc. Ici, [Matthieu] montre comment ils lui tendaient des embûches. En premier lieu, sont présentées les embûches ; en deuxième lieu, leur évitement, en cet endroit : L’AYANT SU, JÉSUS SE RETIRA DE LÀ [12, 15] ; en troisième lieu, l’autorité, en cet endroit : POUR QUE S’ACCOMPLÎT CE QUI A ÉTÉ DIT PAR LE PROPHÈTE ISAÏE [12, 17s].

1405. [Matthieu] dit donc : ÉTANT SORTIS, à savoir, de la synagogue, afin que s’accomplît ce qu’on trouve dans Ps 53[54], 3 : L’assemblée des puissants s’est mise à la poursuite de mon âme. Ils sortirent donc afin de mal agir, comme en Jb 1, 12 : Satan s’est retiré de la face du Seigneur. ILS TINRENT CONSEIL, c’est-à-dire qu’ils se réunirent en vue de le perdre et de le tuer, parce qu’ils ne pouvaient l’emporter sur ce qu’il disait, Ps 1, 1 : Bienheureux l’homme qui ne se joint pas au conseil des impies.

[12, 15]

1406. Ici est présentée la manière dont Jésus évita les embûches. En premier lieu, l’évitement est présenté ; en second lieu, le résultat.

1407. [Jésus] se retira donc, et pourquoi ? Parce que le temps de souffrir n’était pas encore venu. De même, il se retira afin de donner aux siens la possibilité de fuir, comme il a été dit plus haut, [Mt] 10. Aussi, afin de montrer qu’il était un homme. Il les a aussi quittés afin de ne pas les provoquer. En effet, c’est le propre du bon prédicateur de renvoyer les gens, lorsqu’il constate qu’ils sont émus et irrités, comme on le voit en Si 8, 13 : N’attise pas le feu des pécheurs en discutant avec eux, et n’allume pas la flamme de ces pécheurs.

1408. BEAUCOUP LE SUIVIRENT. Il se dirigea donc vers ceux qui l’aimaient et qui l’écoutaient volontiers. Ainsi, Jn 10, 3 : Mes brebis écoutent ma voix. ET IL LES GUÉRIT. La guérison est présentée, Sg 16, 12 : Ce n’est ni l’herbe ni un cataplasme qui les a guéris, mais ta parole qui guérit tout. Ps 106[107], 20 : Il a envoyé sa parole, et il les a guéris.

[12, 16]

1409. ET IL LEUR ENJOIGNIT DE NE PAS LE FAIRE CONNAÎTRE. Et pourquoi ? Afin de nous donner un exemple d’évitement de la vaine gloire, comme on trouve plus haut, 6, 1. Aussi, afin d’épargner les Pharisiens, qui le calomniaient au sujet de ses gestes.

[12, 17]

1410. POUR QUE S’ACCOMPLÎT CE QUI A ÉTÉ DIT PAR LE PROPHÈTE ISAÏE. Ici, [Matthieu] introduit l’autorité, qui se trouve en Is 42, 1.

[12, 18]

1411. Et il faut savoir que certains apôtres présentent les autorités dans leur version hébraïque, d’autres dans la version des Septante, et que d’autres ne formulaient que le sens des paroles. [Isaïe] fait trois choses : premièrement, il décrit la nature humaine, lorsqu’il dit : VOICI MON ENFANT, car [Jésus] a été un enfant, Lc 2, 43 : Mais l’enfant Jésus resta au temple. Il est appelé enfant, soit en raison de la pureté, car il n’a pas commis de péché et sa bouche n’a pas proféré de tromperie, etc., 1 P 2, 22 ; soit parce qu’on appelle enfant un serviteur. Ainsi, VOICI MON ENFANT, [mon] serviteur par sa condition servile, Ph 2, 7 : Il s’abaissa jusqu’à prendre la forme d’un esclave.

1412. L’élu QUE J’AI CHOISI. Il faut remarquer qu’en chaque homme saint se trouvent trois choses : l’élection divine, l’amour et l’effet, qui est la grâce, et cela, de manière différente chez l’homme et chez Dieu. Chez l’homme, la grâce précède ; en deuxième lieu, il aime ; en troisième lieu, il choisit. Chez Dieu, c’est l’inverse. Et cela vient de ce que, chez l’homme, la volonté ne cause pas cet effet, qui est la grâce, mais que l’amour et la volonté de Dieu sont la cause de la grâce. C’est pourquoi Il choisit d’abord celui qu’Il veut être bon ; en deuxième lieu, Il l’aime et, ensuite, Il lui ajoute la grâce. Ainsi donc, conformément à cela, [Isaïe] présente trois choses. Premièrement, l’élection, etc. Dans l’original, on ne trouve pas CHOISI.

1413. [Isaïe] dit donc : VOICI MON ENFANT QUE J’AI CHOISI, etc., et cela, en raison d’une double élection, qui convient tout à fait au Christ selon sa nature humaine. En effet, il a été choisi pour deux choses, à savoir, pour être le Fils de Dieu, comme on lit en Rm 1, 4 : Qui a été prédestiné comme Fils de Dieu, etc., et Ps 64[65], 5 : Bienheureux celui qui tu as choisi et assumé. Il a aussi été choisi en vue de l’œuvre de la rédemption des hommes, comme [on lit] en Jn 3, 16 : Dieu a tant aimé le monde qu’Il lui a donné son Fils unique, etc. De même, il [l’]a choisi afin de l’aimer ; c’est pourquoi il est dit : MON BIEN-AIMÉ. En effet, s’Il en aime d’autres, Il aime encore plus son Fils unique. Ainsi, Jn 3, 34 : L’Esprit ne lui a pas été compté. Et s’Il en aime d’autres, [Il aime] cependant celui-ci d’un amour particulier. [Isaïe] dit donc : QUI A PLU EN TOUT À MON CŒUR, c’est-à-dire à ma volonté. Et cela est un amour particulier, car la volonté ne se repose que là où elle trouve ce qui lui plaît. Or, rien ne plaît que par l’effet de la grâce, et aucune grâce n’a fait défaut au Christ. Ainsi, plus haut, 3, 17 : Voici mon Fils bien-aimé, en qui je me suis complu.

1414. Ensuite, [Isaïe] présente le don de la grâce : Je placerai sur lui mon Esprit, comme on lit en Jl 2, 28 : Je répandrai de mon Esprit sur toute chair. Mais, dans le Christ, Il a répandu non seulement de l’Esprit, mais tout l’Esprit, comme on lit en Jn 3, 34 : L’Esprit ne lui a pas été compté, et Is 11, 2 : L’Esprit du Seigneur reposera sur lui. Et cela, pour autant qu’il a la forme de l’esclave. Et que fera-t-il ? Aura-t-il une fonction ? IL ANNONCERA LE DROIT AUX NATIONS, c’est-à-dire qu’il enseignera aux nations les jugements de Dieu. Dans le passé, les Juifs s’enorgueillissaient d’être le peuple particulier de Dieu ; ils disaient donc : Il n’a pas agi ainsi pour toutes les nations, et Il ne leur a pas manifesté ses jugements. Mais cela a été dit aux nations. Ainsi, IL ANNONCERA AUX NATIONS, d’une manière matérielle, car il a reçu le pouvoir de juger les nations. Ac 10, 42 : C’est lui que Dieu a établi comme juge des vivants et des morts, et Jn 5, 22 : Le Père a confié tout jugement au Fils.

[12, 19]

1415. Aussi n’y est-il pas apte ? Car, pour le jugement, deux choses sont nécessaires : la clémence et la justice. Et [Isaïe] montre les deux choses. Et parce que la clémence peut exister dans les paroles et aussi dans le comportement, car même si certains ne peuvent quelque chose, ils le déplorent par la parole, [Isaïe] écarte cela de [Jésus]. Il dit donc : IL NE FERA POINT DE QUERELLES, 1 P 2, 23 : Alors qu’on le maudissait, il ne maudissait pas. Et cela convient bien à ce qui est dit en Pr 20, 23 : Il est honorable pour un homme de se soustraire aux querelles. De même, certains ne chicanent pas, mais murmurent. Mais celui-ci ne le fera pas, car [IL NE POUSSERA] PAS DE CRIS. Ainsi, Is 53, 7 : Il sera conduit à l’abattoir et il restera muet comme un agneau et n’ouvrira pas la bouche. Les cris proviennent du cœur. L’Apôtre prescrit donc, dans Ep 4, 31 : Que tout emportement et tout cri soient extirpés de chez vous. Certains ne crient pas mais se lamentent ; et ceci est écarté : ET NUL N’ENTENDRA SA VOIX SUR LES PLACES. Ceux-là donnent de la voix sur les places qui suivent le chemin des pécheurs. Lm 4,1 : Les pierres du sanctuaire ont été dispersées. Pr 1, 20 : La sagesse fait entendre sa voix sur les places. Cependant, CELUI-CI NE SERA PAS ENTENDU CHEZ EUX. Ou bien, autre [interprétation] : par les places, nous entendons les nations, parce qu’elles sont en-dehors du sanctuaire. Et bien que le Christ appuie la prédication aux nations, il ne leur a cependant pas prêché en personne. Ainsi, il ne sera pas entendu sur les places, c’est-à-dire chez les Gentils.

[12, 20]

1416. Il sera donc patient en parole comme dans son comportement : IL NE BRISERA PAS LE ROSEAU FROISSÉ. Et cela, de deux façons : en effet, on peut lire cela à propos des Juifs d’une manière particulière ; [et on peut le lire] d’une manière générale à propos de tous. Pour ce qui est de Juifs, il y avait deux choses chez eux : le pouvoir royal et la dignité sacerdotale. Le pouvoir royal est signifié par le roseau, qui était déjà froissé parce qu’ils étaient soumis aux Romains ; il lui était donc facile de briser le roseau. Et cela est bien indiqué par le roseau, car le roseau est mobile, comme on le lit plus haut, 11, 7 : Qu’êtes-vous allés voir dans le désert ? Un roseau agité par le vent ?

1417. ET IL N’ÉTEINT PAS LA MÈCHE QUI FUME. Par la mèche fumante, le sacerdoce est signifié ; c’est pourquoi les prêtres portaient des vêtements en fil de lin. FUMANTE : la fumée est éliminée par le feu. De même, la fumée est provoquée par un feu faible, qui consume plus qu’il ne brûle, et engendre ainsi une mauvaise odeur. Ceux-ci ressemblaient donc à une mèche fumante parce qu’ils n’avaient pas totalement perdu la foi ; toutefois, ils n’avaient pas de quoi de soustraire au mal. Ainsi, bien que [le Seigneur] eût pu à juste titre [les] éteindre, cependant IL N’ÉTEINDRA PAS LA MÈCHE QUI FUME.

1418. De même, donne-t-on une autre interprétation se rapportant à tous, de sorte que, par le roseau froissé, on entende les pécheurs. Par la mèche qui fume, qui parfois dégage de la chaleur, on entend ceux qui sont sans péché, mais sont tièdes pour les bonnes actions et possèdent quelque chose de la grâce. [Isaïe] veut donc dire que [le Seigneur] n’interdit pas la voie du salut aux pécheurs. [Le Seigneur] lui-même dit donc en Ez 18, 23 : Est-ce que je veux la mort du pécheur ? De même, si quelqu’un a la grâce, [le Seigneur] n’éteindra pas celle-ci. Nous est donc donné par cela l’exemple que nous ne devons pas éteindre la grâce de celui à qui le Seigneur l’a donnée, mais plutôt l’entretenir. De même, il ne portera pas de jugement AVANT D’AVOIR MENÉ LE JUGEMENT À LA VICTOIRE. Et ceci peut s’entendre des Juifs d’une manière particulière, à savoir, lorsqu’il les aura tous vaincus, parce qu’ils affirmaient qu’il chassait les démons par Béelzéboul ; il les a réfutés et a donc porté un jugement sur eux. Et ceci a été accompli par Titus et Vespasien.

[12, 21]

1419. Et non seulement ceci arrivera, mais, lorsqu’ils auront été détruits, LES NATIONS METTRONT LEUR ESPÉRANCE EN SON NOM. Ainsi, Gn 49, 10 : C’est lui qu’attendront les nations. Ou bien, autre [interprétation] : il supporte ainsi [leur] volonté et ne juge personne, mais, lorsque la mort ennemie sera détruite, toutes les nations se rallieront à lui, et ce sera le jour du jugement.

 

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