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Leçon 1 – Mt 15, 39‑16, 12

[15, 39]

1804. Plus haut, le Seigneur a montré la suffisance de l’enseignement évangélique, par le fait qu’il n’a pas besoin des observances de la loi et aussi qu’il n’est pas nécessaire à un seul peuple. Ici, il montre sa pureté et son excellence. Premièrement, [le Seigneur] montre qu’il doit être préservé pur de toute tradition ; deuxièmement, qu’il dépasse toutes les opinions par l’élévation de la foi, en cet endroit : ARRIVÉ DANS LA RÉGION DE CÉSARÉE DE PHILIPPE [16, 13].

1805. À propos du premier point, une mise à l’épreuve calomnieuse est décrite ; deuxièmement, [le Seigneur] la repousse ; troisièmement, il enseigne à l’éviter. Le second point [se trouve] en cet endroit : MAIS IL LEUR RÉPONDIT [16, 2] ; le troisième, en cet endroit : COMME LES DISCIPLES PASSAIENT SUR L’AUTRE RIVE, etc. [16, 5].

1806. À propos du premier point, [Matthieu] rappelle d’abord le lieu ; deuxièmement, l’interrogation pour mettre [Jésus] à l’épreuve est présentée.

1807. Il faut remarquer que, de même que plus haut, après avoir nourri les foules avec cinq pains, [Jésus] se retira, il en est de même ici. Par cela, un exemple est d’abord donné aux prédicateurs de ne pas s’imposer, mais de revenir. Jb 39, 5, à propos de l’âne : Qui a libéré l’âne et a rompu ses liens, etc. ?

1808. [JÉSUS] MONTA DANS LA BARQUE, afin que la foule ne le suive pas. C’est pourquoi un obstacle empêchant [la foule] de suivre est indiqué. Ainsi, IL MONTA DANS UNE BARQUE, c’est-à-dire dans l’esprit qui est agité par les vagues de ce monde. Sg 14, 3 : Car tu as tracé une route dans la mer et un sentier à travers les vagues, pour montrer qu’il devait entrer là où il puisse se reposer. ET IL S’EN VINT DANS LE TERRITOIRE DE MAGADAN. Madagan veut dire « pomme » et, par cet endroit, est signifiée la Sainte Écriture, où la pomme pousse avec les autres fruits. Ct 6, 11 : Je suis descendu voir les jeunes pousses de la vallée.

[16, 1]

1809. Vient ensuite la question pour [le] mettre à l’épreuve : LES PHARISIENS ET LES SADDUCÉENS S’APPROCHÈRENT ALORS DE LUI POUR LE METTRE À L’ÉPREUVE ET LUI DEMANDÈRENT... Si 19, 23 : Il se présente humblement, mais son cœur est plein de ruse. DE LEUR FAIRE VOIR UN SIGNE VENANT DU CIEL. Et ils lui demandèrent un signe venant du ciel. On lit en Jn 6, 49 : Vos pères ont mangé la manne dans le désert ; il leur a donc donné un pain venu du ciel. Et 1 Co 1, 22 : Les Juifs demandent des signes ; et Ps 73[74], 9 : Nous ne voyons pas nos signes, etc.

[16, 2]

1810. Alors, il leur fait des reproches, et d’abord à propos de leur apathie à croire ce qui vient de Dieu. En effet, si quelqu’un a une déficience en raison de la condition de ses sens, il a une excuse ; mais lorsqu’il est sage pour les réalités terrestres et apathique pour les réalités spirituelles, on doit lui faire des reproches. Sg 13, 1 : Tous les fils des hommes sont vains ; on ne trouve pas en eux la science de Dieu. Premièrement, [le Seigneur] montre qu’ils sont ingénieux pour les réalités terrestres ; deuxièmement, qu’ils sont apathiques pour les réalités spirituelles.

[Matthieu] dit donc : IL LEUR RÉPONDIT : « AU CRÉPUSCULE, etc. » Ceci possède un sens littéral et un sens mystiques. [Un sens] littéral, car, à partir d’une certaine disposition, ils pouvaient connaître un indice de beau temps : VOUS DITES : « IL VA FAIRE BEAU : LE CIEL EST ROUGE VIF. »

[16, 3]

1811. Il en est de même pour la tempête, puisque VOUS DITES : « MAUVAIS TEMPS, AUJOURD’HUI, CAR LE CIEL ET ROUGE SOMBRE », car celui-ci indique la tristesse. En effet, lorsque l’air est agité, les hommes ne sont pas aussi heureux, car le rouge du soir est signe de calme. Ceci s’explique, selon le Philosophe, par la diffusion des rayons du soleil au-dessus des vapeurs. En effet, lorsque les vapeurs sont abondantes, les rayons ne peuvent pas pénétrer, et alors le noir apparaît dans l’air ; mais lorsqu’elles sont légères, [les rayons les] pénètrent. Mais lorsque ce qui est enflammé l’emporte, alors apparaît la couleur rouge, comme elle apparaît dans la flamme, car plus celle-ci s’élève, plus apparaît la couleur rouge en elle. Cela signifie donc que les vapeurs ne sont pas abondantes et indique le calme. Mais, au matin, lorsque [la vapeur] se condense en rosée ou en pluie, c’est un signe de tempête.

Au sens mystique, la passion du Christ est signifiée par le soir. Le soir, le soleil se couche, comme le Christ a souffert au soir du monde. Ml 3, 2 : Qui pourra penser au jour de sa venue et qui restera-t-il pour le voir ? Car il est comme un feu attisé. Ps 29[30], 6 : Au soir, les pleurs ; mais, au matin, la joie. C’est pourquoi il est apparu brillant le soir, et il signifiait la tranquillité. Tb 3, 22 : Après la tempête, tu rétablis la tranquillité, et, après les lamentations et les pleurs, tu donnes la joie. Lors de la résurrection, qui est signifiée par le matin, le rouge est apparu dans les martyrs, et il signifie la tempête pour les pécheurs. Ou bien, par le matin, le matin du jugement est signifié, précédé par le rouge. Ps 96[97], 3 : Le feu le précédera.

1812. « Ainsi donc, vous êtes connaissants pour ces réalités terrestres : POUR LE VISAGE DU CIEL, VOUS SAVEZ L’INTERPRÉTER, MAIS, POUR LES SIGNES DES TEMPS, VOUS N’EN ÊTES PAS CAPABLES ! » Il existe deux temps : l’un qui correspond au premier avènement ; l’autre, au second avènement. Certains signes ont précédé le premier avènement. Is 45, 8 : Cieux, épanchez-vous là-haut, et que les nuages déversent la justice ; que la terre s’ouvre et produise le salut, etc. Et en [Is] 45, 15 : Vraiment, tu es un Dieu caché. Mais, à la fin, Dieu viendra de manière manifeste et il n’y aura pas de signes dans le ciel. Mais ce ne sera plus le temps. Ou bien, [autre interprétation] : « VOUS SAVEZ INTERPRÉTER LE VISAGE DU CIEL, etc. », comme si [le Seigneur] disait : « Vous cherchez un signe de l’avènement. Il est superflu de chercher un signe, là où il y a de nombreux signes », plus haut, 11, 5 : Les aveugles voient, les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés, etc. Is 35, 4, avait donné ce signe : Le Seigneur lui-même viendra et nous sauvera. Alors s’ouvriront les yeux des aveugles, etc.

1813. À partir de cette autorité, certains soutiennent que nous devons nous efforcer de connaître le second avènement. Mais Augustin l’interprète du premier avènement : « Le premier est tout à fait assuré, car il existe pour le salut, le salut par la foi et la foi par la connaissance. Il est donc nécessaire qu’il soit reconnu. Mais le second est en vue de la récompense. Il est donc caché afin que les hommes s’en préoccupent davantage. »

[16, 4]

1814. Ensuite, [le Seigneur] refuse ce qui a été demandé. Il dit donc : « GÉNÉRATION MAUVAISE ET ADULTÈRE ! ELLE RÉCLAME UN SIGNE. » Cette génération est appelée mauvaise parce qu’elle s’éloigne de Dieu ; est mal, en effet, ce qui s’éloigne de Dieu : Elle a abandonné Dieu, son créateur, et s’est éloignée de Dieu, son salut, comme on lit en Dt 32, 15. Mais elle est appelée adultère, car elle s’est unie à un autre. Ps 26[27] : Si je t’abandonne au cours de ma vie. Is 55, 7 : Que l’impie abandonne sa route et l’homme injuste ses pensées.

1815. ELLE DEMANDE UN SIGNE, et elle ne doit pas en recevoir, car IL NE LUI SERA DONNÉ QUE LE SIGNE DE JONAS. En effet, comme Jonas passa trois jours et trois nuits dans le ventre de la baleine, ainsi, etc., comme on l’a vu plus haut, [Mt] 12.

1816. Mais pourquoi [le Seigneur] donne-t-il le signe de la résurrection plutôt qu’un autre signe ? Il faut dire que le salut nous est venu par la résurrection. Rm 10, 9 : Si tu crois en ton cœur que le Christ est ressuscité, tu seras sauvé, car en ressuscitant, il a restauré la vie, puisque nous ressusciterons par la résurrection du Christ. C’est pourquoi ce signe a été donné aux fidèles, et tous les autres orienteront vers celui-ci, car il a ressuscité Lazare, etc. C’est pourquoi il n’a pas été donné d’autre signe [aux Pharisiens et aux Sadducéens]. Mais il a donné à ses disciples un signe venu du ciel lorsqu’il leur a montré sa gloire, comme on le trouve plus loin, [Mt] 17. [Le Seigneur] montre donc ainsi l’apathie [des Pharisiens et des Sadducéens].

[16, 5]

1817. Vient ensuite la section dans laquelle il refuse par un geste en s’éloignant d’eux : ET LES LAISSANT, IL S’EN ALLA [16, 4]. En effet, il n’habite pas avec les méchants. Sg 1, 3 : Il se sépare des méchants. Après leur avoir refusé [un signe], il enseigne à les éviter. Premièrement, l’occasion est présentée ; deuxièmement, l’enseignement ; troisièmement, l’incompréhension des disciples ; quatrièmement, le reproche ; cinquièmement, l’effet.

1818. [Matthieu] dit : ALORS QUE LES DISCIPLES PASSAIENT SUR L’AUTRE RIVE, etc. Nous devons admirer sur ce point l’esprit des disciples, car les hommes n’ont l’habitude d’oublier que ce à quoi ils accordent peu d’importance. Ainsi, en oubliant les pains, ils leur accordaient peu d’importance, mais [ils en accordaient] seulement aux réalités spirituelles.

[16, 6]

1819. OR, JÉSUS LEUR DIT : « OUVREZ L’ŒIL ET MÉFIEZ-VOUS, etc. » Ici est présenté l’enseignement. Par LEVAIN, il entend l’enseignement dénaturé. Il n’entend donc pas l’enseignement de la loi, mais les traditions des Pharisiens, qui sont appelées un levain, car, de même que l’ensemble est corrompu par un peu de levain, de même toute la vie est corrompue par une petite erreur, comme lorsqu’un homme s’écarte un peu de la route, par la suite il s’en éloigne beaucoup. Ainsi, dans Sur le ciel, livre I, le Philosophe dit qu’ » une petite erreur au départ devient grande à la fin ». L’intelligence spirituelle est un pain, et non un levain. Ainsi donc, par le pain, on entend l’enseignement vrai. Si 15, 3 : Il les a nourris du pain de la vie et de l’intelligence. Ainsi, il est dit : OUVREZ L’ŒIL ET MÉFIEZ-VOUS ! car l’enseignement faux est dangereux. Aussi longtemps que demeure la foi chez l’homme, il n’y a pas de danger ; mais lorsque le fondement a été enlevé, il n’y a plus d’espoir. Ps 136[137], 7 : Détruisez-la jusqu’au fondement. Le fondement est la foi. Tt 3, 10 : Après un premier puis un second avertissement, évite l’hérétique. Parce que l’enseignement faux a une couleur, il dit donc : OUVREZ L’ŒIL, c’est-à-dire examinez avec soin. Pr 4, 25 : Tes yeux voient correctement et tes paupières précèdent tes pas.

[16, 7]

1820. Ensuite est présenté ce que comprenaient les disciples : ET EUX DE FAIRE EN EUX-MÊMES CETTE RÉFLEXION, etc. Parce que, auparavant, ils avaient ramassé sept corbeilles de restes mais ne les avaient pas apportées avec eux, ils croyaient qu’il disait : « Vous n’avez pas pris les pains ; mais je ne veux pas que vous acceptiez de pains des Pharisiens, parce qu’ils sont des hommes vivant selon leur nature, et que l’homme en tant qu’animal ne perçoit pas les réalités divines », 1 Co 2, 14.

[16, 8]

1821. On pouvait leur faire des reproches sur deux points de ce qu’ils comprenaient : premièrement, ils ne comprenaient pas ; aussi, ils n’avaient pas confiance en la puissance de Dieu. [Le Seigneur] ne leur fait pas de reproches sur le premier point, mais sur le second. Il dit donc : GENS DE PEU DE FOI, POURQUOI FAIRE EN VOUS-MÊMES CETTE RÉFLEXION QUE VOUS N’AVEZ PAS DE PAINS ?

[16, 9-10]

1822. Comme s’il disait : « Vous comprenez charnellement ce que vous devez comprendre spirituellement. NE VOUS RAPPELEZ-VOUS PAS LES CINQ PAINS POUR LES CINQ MILLE HOMMES ET LE NOMBRE DE PANIERS QUE VOUS AVEZ RECUEILLIS ? Si j’en ai nourri un aussi grand nombre, est-ce que je ne peux pas vous nourrir ? »

[16, 11]

1823. COMMENT NE COMPRENEZ-VOUS PAS QUE MA PAROLE NE VISAIT PAS DES PAINS, à savoir, [le pain] matériel, mais plutôt [le pain] spirituel, qui porte le nom d’enseignement en Jn 6, 64 : Les paroles que je vous ai dites sont esprit et vie.

[16, 12]

1824. ALORS ILS COMPRIRENT, etc. Ici est présentée la correction. Ils ont donc été corrigés par sa parole, Ps 118[119],130 : Ta parole en se découvrant illumine et les simples comprennent.

 

Leçon 2 – Mt 16, 13‑19

[16, 13]

1825. Plus haut, le Seigneur a enseigné que la doctrine évangélique doit être gardée pure du levain des Juifs ; mais ici, il enseigne l’éminence de [cette] doctrine : premièrement, pour ce qui est de la foi dans les deux natures, à savoir, celles de la divinité et de l’humanité ; deuxièmement, pour ce qui est de la foi en la passion, en cet endroit : À PARTIR DE CE JOUR, JÉSUS COMMENÇA À MONTRER À SES DISCIPLES, etc. [16, 21] ; troisièmement, pour ce qui est de la foi en [son] pouvoir judiciaire : EN EFFET, LE FILS DE L’HOMME DOIT VENIR DANS LA GLOIRE DE SON PÈRE [16, 27].

1826. À propos du premier point, on s’enquiert d’abord de l’opinion des foules au sujet du Christ ; deuxièmement, de la foi des disciples, en cet endroit : MAIS POUR VOUS, QUI SUIS-JE ? [16, 15].

1827. À propos du premier point, le lieu est d’abord présenté ; deuxièmement, l’interrogation par le Christ, en cet endroit : AU DIRE DES GENS, QUI EST LE FILS DE L’HOMME ? ; troisièmement, la réponse de Pierre, en cet endroit : MAIS EUX DIRENT, etc. [16, 14].

1828. [Matthieu] dit donc : JÉSUS SE RENDIT DANS LA RÉGION DE CÉSARÉE, et non seulement cela, mais il ajoute : DE PHILIPPE, car il y avait deux Césarée, à savoir, Césarée de Trachonitide, où Pierre a été envoyé à Corneille [Ac 10, 1], et une autre, qui portait aussi le nom de Panée. La première avait été établie en l’honneur de César Auguste ; Philippe construisit cette dernière en l’honneur de Tibère.

Mais pourquoi le Seigneur a-t-il posé ici cette question ? Il faut dire que cette ville était située aux frontières des Juifs ; ainsi, avant qu’elle ne puisse poser des questions sur la foi, il la tira du milieu des Juifs. On lit de même que le Seigneur, alors qu’il tirait les Juifs de l’Égypte, ne leur fit pas prendre la route des Philistins, comme on lit en Ex 13, 17.

1829. Ensuite, l’interrogation est présentée : ET IL POSA À SES DISCIPLES CETTE QUESTION, etc. « Lorsque le sage interroge, il enseigne », comme le dit Jérôme. Nous recevons donc un enseignement sur plusieurs points : être attentifs à ce qu’on nous dit ; corriger ce qui est mal ; préserver et accroître ce qui est bien. Ainsi, prends soin de ta réputation, car elle te restera plus longtemps que mille grands trésors précieux, Si 41, 15. Le Christ demanda donc ce qu’on disait de lui. De même, ceux qui connaissent la divinité sont appelés dieux. Ps 81[82], 6 : J’ai dit : « Vous êtes des dieux », et ceux qui connaissent l’humanité sont appelés hommes. Il est donc dit : AU DIRE DES GENS, QUI EST LE FILS DE L’HOMME ? Mais, comme le dit Hilaire, « le Christ ne se présentait pas seulement comme un homme ; c’est pourquoi il voulut qu’ils sachent qu’il était autre chose qu’un simple homme ». Il donne donc lui-même à entendre par là qu’il y a autre chose en lui. De même, l’humilité du Christ est montrée, car il confesse qu’il est fils d’homme, selon ce [qui est dit] plus haut, 11, 29 : Apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur.

[16, 14]

1830. Ensuite est présentée l’opinion des foules : ET ILS DIRENT : « POUR LES UNS, JEAN BAPTISTE, etc. » Les opinions variaient selon les individus. Les Pharisiens blasphémaient le Christ, mais les foules l’appelaient prophète. Ainsi, Lc 7, 16 : Un grand prophète est apparu parmi nous, etc. On disait qu’il était Jean en raison de son autorité, car Jean prêchait la pénitence, plus haut, 3, 2 : Faites pénitence, car le royaume des cieux approche. Ils croyaient donc qu’il était Jean parce que le Christ avait débuté d’une manière semblable : Faites pénitence, le royaume des cieux est proche, comme plus haut, 4, 17. Ils avaient aussi du respect pour le prophète Élie. Ml 3, 5 : Voici que je vais vous envoyer le prophète Élie, avant que n’arrive le grand et redoutable jour du Seigneur. Ils croyaient donc qu’il était Élie en raison de la force de sa parole et de la puissance de sa prédication. Si 48, 1 : Et le prophète Élie s’éleva comme le feu, car sa parole brûlait comme une torche. Et plus haut, [Mt] 7, 29, il est dit du Christ qu’il enseignait en homme qui a autorité. De même, en raison de l’élévation de sa vie, ils croyaient qu’il était Jérémie, dont le Seigneur dit : Avant de te former dans le sein, je t’ai connu, et avant que tu ne sortes du ventre, je t’ai sanctifié, Jr 1, 5. Et on lit, [dans le chapitre] 40 du même [livre], qu’il était honoré par les Gentils. Le Christ était de même considéré avec respect par les étrangers, mais les Juifs blasphémaient à son sujet. C’est pourquoi ils le comparaient à Jérémie.

1831. Mais pourquoi disaient-il qu’il était Élie ? On lit en effet, dans 4 R [2 R] 2, 11, que celui-ci a été enlevé mais qu’il revivrait, et il était promis aux Juifs comme salut, ainsi qu’on le lit en Ml 3, 5. Parce que certains ont proposé le passage d’un corps à l’autre, selon cette opinion, il aurait pu ainsi arriver que l’âme d’Élie soit entrée dans un autre corps.

[16, 15]

1832. MAIS JÉSUS LEUR DIT : « MAIS VOUS, QUI DITES-VOUS QUE JE SUIS ? » Ici, la foi des apôtres est examinée : premièrement, la question est posée ; deuxièmement, la réponse [est donnée] ; troisièmement, elle est approuvée. Le second point [se trouve] en cet endroit : PIERRE RÉPONDIT [16, 16] ; le troisième, en cet endroit : JÉSUS LUI RÉPONDIT, etc. [16, 17].

1833. MAIS JÉSUS LEUR DIT : « MAIS VOUS, QUI DITES-VOUS QUE JE SUIS ? » Comme s’il disait : « Les foules disent une chose. Mais parce qu’on vous a confié davantage, davantage est exigé de vous. Vous avez vu les miracles ; vous devez donc avoir une meilleure opinion. » Mais pourquoi a-t-il posé cette question ? Bien sûr, il savait, mais il voulait qu’ils méritent par leur confession. Rm 10, 10 : On croit de cœur pour la justice et on confesse de bouche pour le salut. Ainsi, ce qui est mis à part est d’autant plus méritoire, et les foules qui ne connaissent que les plus petites choses ne sauraient répondre de grandes choses. C’est pourquoi, etc.

[16, 16]

1834. PIERRE RÉPONDIT : « TU ES LE CHRIST, LE FILS DU DIEU VIVANT. » [Pierre] répond pour lui-même et pour les autres, mais il répond plus souvent, et par là est signalée [sa] foi parfaite, car [sa] foi porte sur la nature humaine [du Christ]. TU ES LE CHRIST, c’est-à-dire l’Oint. Et il est clair que celui-ci a été oint de l’huile du Saint-Esprit. L’onction ne lui convient pas selon [sa] divinité, car elle procède de celle-ci, mais selon [son] humanité. [Pierre] dit donc cela afin que [les disciples] considèrent l’humanité du Christ autrement que les foules.

1835. On se demande pourquoi ils l’appelaient un prophète. Le prophète était oint, comme on le voit pour Élisée. Les rois étaient oints, comme on le voit pour Saül. De même en était-il des prêtres, comme on le lit dans le Lévitique. Et tout cela se rapporte au nom de Christ, car il est appelé roi, comme en Jr 23, 5 : Le roi régnera et il sera sage ; [il est aussi appelé] prêtre, Ps 109[110], 4 : Tu es prêtre pour l’éternité selon l’ordre de Melchisédech ; [il est aussi appelé] prophète : Dieu suscitera un prophète dans ta descendance et parmi tes frères, etc., Dt 18, 15.

1836. De même, [Pierre] n’a pas confessé seulement l’humanité [du Christ], mais, pénétrant la coquille, il alla jusqu’à la divinité en disant : TU ES LE FILS DE DIEU. En effet, d’autres disaient que [le Christ] blasphémait ; ainsi en Jn 10, 33 : Nous ne te lapidons pas pour tes bonnes œuvres, mais pour ton blasphème, car, alors que tu es un homme, tu te fais Dieu. Mais [Pierre] le reconnut comme Fils de Dieu. Et il dit : [DU DIEU] VIVANT, afin d’écarter l’erreur des Gentils, qui appelaient dieux certains hommes morts, comme Jupiter, etc., comme on le lit en Sg 13, 2s. De même, certains [appelaient dieux] les éléments et d’autres choses mortes, comme la terre, le feu, etc., comme on le lit en Sg 13. Mais [Pierre] l’appelle FILS DU DIEU VIVANT. Or, il faut savoir que, lorsqu’on dit FILS DU DIEU VIVANT, et homme vivant, cela est dit de l’homme par participation à la vie ; mais, de Dieu, cela est dit parce qu’il est la source de la vie. Ps 35[36], 10 : La source de vie est en toi. Et en Jn 14, 6 : Je suis le chemin, la vérité et la vie.

[16, 17]

1837. JÉSUS LUI RÉPONDIT, etc. Ici, il approuve d’abord la confession ; en second lieu, il ordonne [aux disciples] de la taire, en cet endroit : ALORS, IL ORDONNA AUX DISCIPLES DE NE DIRE À PERSONNE QU’IL ÉTAIT LE CHRIST [16, 20].

1838. À propos du premier point, il approuve d’abord cette confession en faisant l’éloge de celui qui confesse ; deuxièmement, en le récompensant, en cet endroit : ET MOI JE TE DIS QUE TU ES PIERRE, etc. [16, 18].

1839. [Matthieu] dit donc : JÉSUS RÉPONDIT : « HEUREUX ES-TU, SIMON FILS DE JONAS. » Bar est la même chose que « fils » ; Jonas, que « colombe » : c’est son nom. Ainsi, FILS DE JONAS, c’est-à-dire fils de la colombe. Et la réponse du Christ semble répondre à la confession de Pierre. Parce que celui-ci avait confessé qu’il était le Fils de Dieu, Jésus l’appelle donc « fils de la colombe », c’est-à-dire de l’Esprit Saint, car cette confession n’a pu être faite que par le Saint-Esprit. On croit qu’il s’appelait d’abord Bar-Jonas, c’est-à-dire fils de Jean, mais qu’il était appelé ainsi en raison d’une corruption de l’Écriture.

1840. Mais qu’en est-il ? Est-ce que d’autres n’ont pas confessé le Fils de Dieu ? À coup sûr, on le lit à propos de Nathanaël, Jn 1, 49. De même [en fut-il] de ceux qui se trouvaient dans la barque, plus haut, [Mt] 9. Pourquoi donc Pierre est-il dit ici bienheureux, et non les autres ? Parce que les autres [ont confessé] le fils adoptif, mais celui-ci, le Fils par nature. C’est la raison pour laquelle il est dit plus heureux que les autres, parce qu’il fut le premier à confesser la divinité. Origène dit : « Il semble qu’auparavant on ne l’avait pas confessée. Mais comment [le Christ] les envoya-t-il prêcher ? » Il répond qu’ » au départ ils ne prêchaient pas qu’il était le Christ, mais ils prêchaient la pénitence ». Il peut aussi être arrivé qu’ils prêchaient le Christ, mais celui-ci fut le premier [à confesser] qu’il était le Fils de Dieu.

1841. [Le Seigneur le] récompense d’une manière spéciale : HEUREUX ES-TU, SIMON, etc., car la béatitude est dans la connaissance. Jn 17, 3 : La vie éternelle, c’est qu’ils te connaissent, toi, le seul vrai Dieu. Mais il existe une double connaissance : l’une qui se fait par la raison naturelle, l’autre qui dépasse la raison. La première n’assure pas la béatitude parce qu’elle est douteuse ; elle ne satisfait donc pas l’intelligence. Or, la béatitude doit satisfaire l’appétit naturel, et cela sera obtenu dans la patrie. Is 64, 4 : L’œil n’a pas vu, l’oreille n’a pas entendu ce que le Seigneur a préparé pour ceux qui l’aiment. Dans la vie présente, donc, plus quelqu’un peut recevoir de cette connaissance, plus il participe à la béatitude. Pr 3, 13 : Bienheureux l’homme qui trouve la sagesse. C’est pourquoi [le Seigneur] dit : HEUREUX ES-TU, car [Pierre] commence à participer à la béatitude.

1842. CAR CE NE SONT PAS LA CHAIR ET LE SANG QUI T’ONT RÉVÉLÉ CELA. On peut l’interpréter dans le sens où la chair et le sang signifient les amis charnels. Ga 1, 16 : Aussitôt je n’ai consulté ni la chair ni le sang. Ainsi, CE NE SONT PAS LA CHAIR ET LE SANG QUI T’ONT RÉVÉLÉ CELA, c’est-à-dire que tu ne l’as pas reçu de la tradition des Juifs, mais de la révélation de Dieu. De même, il y avait dans le Christ chair, sang et divinité. De sorte que parce que Pierre n’a pas considéré la chair et le sang, il lui est dit : « HEUREUX ES-TU, car tu ne juges pas selon ce que la chair et le sang révèlent, mais selon ce que mon Père [révèle]. » Ou encore : « Tu ne tiens pas cela d’une application naturelle, mais de mon Père » : Personne ne connaît le Fils si ce n’est le Père, Lc 10, 22. En effet, c’est à celui à qui il appartient de connaître qu’il appartient de manifester. Ainsi, personne ne [l’]a connu que celui à qui le Père a voulu le révéler. Dn 2, 28 : Il y a un Dieu au ciel qui révèle des mystères.

[16, 18]

1843. ET MOI, JE TE DIS : « TU ES PIERRE, etc. » Ici, [le Seigneur] donne la récompense de la confession. [Pierre] avait confessé l’humanité et la divinité ; c’est pourquoi le Seigneur lui donne une récompense. Premièrement, il [lui] donne un nom ; deuxièmement, un pouvoir.

1844. À propos du premier point, il donne en premier lieu un nom ; deuxièmement, la raison du nom, en cet endroit : ET SUR CETTE PIERRE JE BÂTIRAI MON ÉGLISE [16, 18].

1845. [Le Seigneur] était venu dans le monde pour fonder son Église. Is 28, 16 : Et voici, je poserai dans Sion comme pierre angulaire une pierre éprouvée et précieuse, placée à la base. Celle-ci fut représentée par la pierre que Jacob plaça sous sa tête et sur laquelle il répandit de l’huile, Gn 28, 18. Cette pierre est le Christ et c’est en vertu de cette onction que tous ont été appelés chrétiens. Ainsi, non seulement les chrétiens sont-ils ainsi nommés à partir du Christ, mais à partir de la pierre. C’est pourquoi [le Christ] donne un nom de manière particulière : TU ES PIERRE, à partir de la pierre qu’est le Christ, bien que, selon Augustin, il semble que [ce nom] ne lui ait pas été alors donné, mais [qu’il le portait] depuis le début, Jn 1, 42 : Tu t’appelleras Céphas. Ou l’on peut dire que [ce nom] avait alors été promis et qu’il était maintenant donné. Comme signe de cette réalité, SUR CETTE PIERRE JE BÂTIRAI MON ÉGLISE. Le propre de la pierre est qu’elle est placée à la base et qu’elle donne aussi une solidité, plus haut, 7, 24 : Il ressemble à l’homme qui construit sa maison sur le roc. On peut donc l’entendre du Christ : SUR CETTE PIERRE, c’est-à-dire le Christ, afin qu’il soit le fondement et que [l’Église] ainsi fondée en reçoive de la solidité. Dans le livre des Rétractations, Augustin dit qu’il l’a interprété de diverses manières et qu’il laisse aux auditeurs le soin d’accepter [l’interprétation] qu’ils veulent. CETTE PIERRE peut désigner le Christ, 1 Co 10, 4 : Mais la pierre était le Christ. [On lit] ailleurs, 1 Co 3, 11 : Personne ne peut poser un autre fondement que celui qui a été posé, à savoir, le Christ Jésus. Autre interprétation : SUR CETTE PIERRE, c’est-à-dire : « Sur toi, la pierre, parce que de moi, la pierre, tu reçois d’être pierre. Et comme je suis la pierre, de même je bâtirai sur toi, etc. »

1846. Mais qu’est-ce que cela veut dire ? Est-ce que le Christ et Pierre sont le fondement ? Il faut répondre que le Christ l’est par lui-même, mais Pierre pour autant qu’il confesse le Christ, à titre de vicaire de celui-ci. Ep 2, 20 : Édifiés sur le fondement des apôtres et des prophètes, le Christ Jésus demeurant la pierre angulaire, etc. Ap 21, 12 : La ville avait douze bases sur lesquelles étaient inscrits les noms des douze apôtres et celui de l’Agneau. Ainsi donc, le Christ est fondement par lui-même, mais les apôtres ne le sont pas par eux-mêmes, mais par une concession de la part du Christ et par l’autorité que [leur] a donnée le Christ. Ps 86[87], 1 : Ses fondements sont posés sur les montagnes saintes. Mais, d’une manière spéciale, la maison de Pierre, qui est fondée sur le roc, ne sera pas emportée, comme [on le lit] plus haut, 7, 25. Ainsi, celle-ci peut être assiégée, mais elle ne peut être abattue.

1847. ET LES PORTES DE L’ENFER NE L’EMPORTERONT PAS SUR ELLE. Jr 1, 19 : Ils te feront la guerre, mais ils ne l’emporteront pas. Et que sont les portes de l’enfer ? Les hérétiques, car de même que [l’hérétique] entre dans la maison par la porte, de même entre-t-on par eux en enfer. Aussi les tyrans, les démons et les péchés. Et bien que les autres églises puissent être stigmatisées par les hérétiques, l’Église romaine n’a cependant pas été corrompue par les hérétiques, car elle est fondée sur la pierre. Ainsi, il y a eu des hérétiques à Constantinople et le travail des apôtres [y] avait été perdu ; seule l’Église romaine est demeurée inviolée. De sorte que Lc 22, 32 [dit] : J’ai prié pour toi, Pierre, afin que ta foi ne défaille pas. Et cela ne se rapporte pas seulement à l’Église de Pierre, mais à la foi de Pierre et à toute l’Église occidentale. Je crois donc que les Occidentaux doivent un plus grand respect à Pierre qu’aux autres apôtres.

[16, 19]

1848. « JE TE DONNERAI LES CLEFS DU ROYAUME DES CIEUX. » Ici est présenté le second don que le Christ, selon son humanité, fit à Pierre. En effet, [le Christ] a fondé [son] Église sur terre et a fait de Pierre son vicaire, afin de laisser entrer au ciel. He 10, 19 : Ayant l’assurance voulue pour l’accès des saints par le sang du Christ. Le Christ a donc fait de Pierre son vicaire pour que celui-ci fasse entrer au ciel ; il lui a donc donné un ministère, il lui a donné les clefs. En effet, la clef permet d’entrer. Pierre a donc comme ministère de faire entrer. Et [le Christ] fait deux choses : premièrement, il [lui] confie les clefs ; deuxièmement, il [lui] en enseigne l’usage : TOUT CE QUE TU LIERAS SUR LA TERRE SERA LIÉ AU CIEL, etc.

1849. Mais voyons en quoi consistent les clefs. Lorsque la maison est fermée à clef, l’entrée en est empêchée ; en effet, la clef supprime l’obstacle. Il existait un obstacle à l’accès au royaume des cieux, mais non de son côté, Ap 4, 1 : J’ai vu, et la porte était ouverte ; mais l’obstacle était de notre côté, à savoir, le péché, car rien d’impur n’entrera dans celle-ci [Ap 21, 27]. Le Christ a enlevé ces obstacles par sa passion, car il nous a lavés de nos péchés dans son sang, Ap 1, 5. Et il a fait partager celle-ci, de sorte que, par un ministère, les péchés soient enlevés, ce qui est accompli par la puissance du sang du Christ. C’est ainsi que les sacrements agissent par la puissance de la passion du Christ. Ainsi, JE TE DONNERAI UN MINISTÈRE, etc. Is 22, 22 : Je te donnerai les clefs de David.

1850. Mais [le Seigneur] dit : JE TE DONNERAI. En effet, [les clefs] n’avaient pas encore été forgées : une chose ne peut pas être donnée avant d’exister. Ces clefs devaient être forgées dans la passion. C’est ainsi que [leur] efficacité fut tirée de la passion. C’est pourquoi ici [le Seigneur] promit et, après la passion, il donna, lorsqu’il dit : Pais mes brebis [Jn 21, 17]. Mais pourquoi dit-il : LES CLEFS ? Parce que absoudre, c’est enlever un obstacle. Il y a deux choses, car deux choses sont requises : le pouvoir et la science. Mais de quoi s’agit-il ? N’existe-t-il pas des prêtres qui n’ont pas la science ? Comprenez qu’ils ont la science, car personne d’autre que le prêtre n’a la clef de la science. On ne parle pas ici de la science, habitus intellectuel, etc., mais on veut dire l’autorité de décider. Ainsi, il peut exister un juge qui n’a pas la science dans le premier sens, mais qui a cependant la science dans le second sens, parce qu’il a l’autorité ; mais un autre a la science dans le premier sens et non dans le second, parce qu’il n’a pas l’autorité. Ainsi donc, science veut dire ici autorité de décider, et tout prêtre possède celle-ci afin de trancher par l’absolution.

1851. Ensuite, [le Seigneur] présente l’usage des clefs : TOUT CE QUE AURAS LIÉ SUR LA TERRE SERA LIÉ DANS LES CIEUX. Mais il semble que cela ait été présenté d’une manière inappropriée, car l’usage des clefs n’est pas de lier mais d’ouvrir. Je dis que cet usage convient aux clefs. En effet, le ciel a été ouvert. Ap 4, 1 : Je vis la porte ouverte. Il n’est donc pas nécessaire qu’il soit ouvert, mais celui qui doit y entrer et qui est lié doit être délié.

1852. Mais ici il faut éviter certaines erreurs. La première est abordée dans la Glose, car certains ont prétendu à tort que tous pouvaient délier ceux qu’ils voulaient et les faire entrer dans le royaume des cieux. Mais ceci ne peut être soutenu, car il appartient à Dieu seul de changer les volontés. Une autre erreur est que le prêtre ne lie pas, mais montre que [quelqu’un] est délié. Mais ceci va à l’encontre de l’efficacité du sacrement, du fait que les sacrements de la loi nouvelle réalisent ce qu’ils représentent, mais non les sacrements de la loi ancienne. De sorte que si [le sacrement] ne réalisait rien, il ne serait pas un sacrement de la loi nouvelle. Troisièmement, certains disent qu’il y a trois choses dans le péché : la faute, la culpabilité et la peine. L’homme se libère lui-même de deux choses par la contrition ; mais lorsque l’homme est libéré de ces choses, il demeure lié par une peine temporelle, que l’homme ne suffit pas par lui-même à écarter et à éviter. C’est pourquoi les clefs sont données : elle diminuent quelque peu cette peine et elles lient par une peine.

1853. Mais il me semble que cela n’est pas bien exprimé, car le sacrement de la loi nouvelle donne la grâce. Or, la grâce ne s’oppose pas à la peine, mais à la faute. C’est pourquoi je dis qu’il en est de ce sacrement de la confession comme du sacrement du baptême : il possède une efficacité instrumentale en vertu de laquelle il purifie de la faute. C’est pourquoi Augustin [écrit] : « Quelle est la puissance de l’eau, qu’elle lave la chair et enlève la faute ? » Je dis donc que, dans le prêtre, il existe une certaine puissance spirituelle instrumentale, en vertu de laquelle il est appelé ministre, et qu’il réalise ainsi la rémission, comme l’eau du baptême. Mais, ici, cela fait difficulté, car, maintenant, seuls les enfants viennent au baptême, et si un adulte s’en approche, ou bien il le fait par feinte, ou bien non. Si c’est par feinte, alors qu’il n’existe pas de transformation de l’esprit, la faute n’est pas remise ; si [ce n’est pas par feinte], alors qu’il s’en approche avec le propos de se confesser, la grâce est requise ou le propos de la conversion, et cela vient de la grâce. Or, la grâce enlève la faute. De sorte que, dans le sacrement de baptême, l’adulte qui s’approche, s’il se prépare, reçoit la rémission de la faute. De même, dans le sacrement de la pénitence, duquel seuls les adultes peuvent s’approcher, il n’y a pas contrition si on ne se propose pas de se soumettre à la décision et au jugement du prêtre. S’il n’est pas contrit, il n’obtient pas l’effet, pas plus que dans le baptême. Mais il peut arriver que quelqu’un s’approche sans être entièrement contrit, mais qu’il devienne contrit par la puissance de la grâce conférée par la mise en œuvre du sacrement. Il faut donc entendre : TOUT CE QUE TU LIERAS, c’est-à-dire si tu exerces le ministère de l’absolution. Et [le Seigneur] dit : TOUT, car [cela vaut] non seulement pour la peine, mais pour la faute. SERA DÉLIÉ DANS LES CIEUX, c’est-à-dire que cela sera considéré comme délié dans les cieux, comme c’est le cas pour le baptême. C’est pourquoi le prêtre doit dire : Je t’absous, comme il dit : Je te baptise.

1854. Mais on peut se demander pourquoi il lie. Il faut savoir que le prêtre est le ministre de Dieu et que l’action du ministre dépend de l’acte du Seigneur. Le prêtre [lie donc et délie] de manière ministérielle selon que le Seigneur lie et délie. Dieu délie en infusant la grâce ; il lie en ne l’infusant pas. De même, le prêtre délie dans le sacrement en administrant le sacrement, mais il lie en ne l’administrant pas. On donne [aussi] une autre interprétation : par les cieux, l’Église présente est désignée. Ainsi, QUICONQUE SERA LIÉ, par l’excommunication, OU SERA DÉLIÉ ou LIÉ, par l’administration des sacrements de l’Église. On veut donc que cette administration, cette ligature et cette absolution se réalisent sur terre, de sorte qu’elles ne s’appliquent pas aux morts. Mais cela est repoussé, car elles s’étendent non seulement aux vivants, mais aussi aux morts.

1855. Ainsi donc, si l’on tient compte des deux choses, le sens est : TOUT CE QUE TU AURAS LIÉ SUR LA TERRE (je parle alors de ce qui existe sur terre) SERA LIÉ AUSSI DANS LES CIEUX. Mais ici, il dit cela à Pierre seulement. Il faut dire que [le Seigneur] l’a donné immédiatement à Pierre, mais que les autres le reçoivent de Pierre. C’est pourquoi, afin qu’on ne croie pas que cela a été dit seulement à Pierre, [le Seigneur] dit : Ceux à qui vous remettrez, etc. [Jn 20, 23]. Et, pour cette raison, le pape, qui tient la place de Pierre, a un pouvoir plénier, et les autres [tiennent ce pouvoir] de lui.

 

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