1856. Plus haut, la confession de la divinité du Christ par Pierre a été présentée. Ici, [le Seigneur] ordonne qu’on la taise pour un temps, à savoir, que [les disciples] ne disent pas qu’il était le Christ.
Mais ici se présente une question. Car, plus haut, le Seigneur avait envoyé ses disciples prêcher le royaume de Dieu ; pourquoi le défend-il ici ? Superficiellement, selon la lettre, on pourrait dire que [le Seigneur] n’a pas ordonné auparavant qu’ils annoncent le Christ, mais le royaume de Dieu. Mais, parce que l’annonce du règne de Dieu comporte l’annonce du Christ, ce qu’il avait ordonné plus haut, il semble l’interdire ici. Jérôme dit que « ce qu’il avait prêché auparavant, il ne l’interdit pas, car, auparavant, il avait ordonné d’annoncer Jésus, et ici il ordonne qu’ils ne disent pas qu’il était le Christ ; en effet, Christ est un nom de dignité, et Jésus le nom du Sauveur ». Ainsi, [on lit] plus haut, 1, 21 : Et tu l’appelleras Jésus. Origène répond que « les apôtres parlaient auparavant du Christ comme d’un grand homme ; mais [le Seigneur] voulut qu’on passe sous silence [qu’il était le Christ], afin que, après eux, cela devienne plus clair ». Parfois, l’enseignement est ainsi anticipé afin qu’ils aient le temps de comprendre. Ou bien il faut dire que : Allez prêcher ne doit pas être reporté avant la passion, mais après. C’est pourquoi il est là question qu’ils soient traînés devant les rois et les autorités, etc., et cela n’eut pas lieu avant la passion.
1857. Mais pourquoi le Seigneur a-t-il maintenant ordonné que cela soit tu ? En effet, le peuple allait le voir souffrir et lorsque certains voient l’abaissement d’un grand personnage, ils sont davantage incités au scandale. C’est pourquoi, etc. Chrysostome dit : « Si ce qu’on a planté est arraché, on ne peut le replanter immédiatement. » Ainsi, si la foi avait été plantée et avait été arrachée lors de la passion, elle n’aurait pas été plantée aussi rapidement après. De sorte que beaucoup de choses ne doivent pas être dites afin d’éviter le scandale.
1858. Et il est clair que cela est la cause, car il annonce tout de suite après sa passion. C’est pourquoi [Matthieu] ajoute : À PARTIR DE CE JOUR, JÉSUS COMMENÇA À MONTRER À SES DISCIPLES QU’IL DEVAIT ALLER À JÉRUSALEM, Y SOUFFRIR BEAUCOUP… Et, à ce sujet, [le Seigneur] fait trois choses : premièrement, il annonce à l’avance sa passion ; deuxièmement, il rabroue un disciple, en cet endroit : MAIS, SE TOURNANT VERS PIERRE, etc. [16, 23] ; troisièmement, il enseigne la foi, en cet endroit : ALORS, JÉSUS DIT À SES DISCIPLES, etc. [16, 24].
Car, en premier lieu, il annonce à l’avance sa passion ; en second lieu, sa résurrection, en cet endroit : ET RESSUSCITER LE TROISIÈME JOUR [16, 21].
À propos du premier point, il aborde le lieu, les auteurs et la fin.
1859. [Matthieu] dit donc : À PARTIR DE CE JOUR, JÉSUS COMMENÇA À MONTRER À SES DISCIPLES. [Le Seigneur] a parlé ici de sa passion, ainsi qu’aux chapitres XVII et XX. Mais, avant ce moment, il ne l’avait pas annoncée d’avance. Mais pourquoi a-t-il commencé maintenant [à le faire] ? Parce qu’il l’a révélée aux disciples. Mais pourquoi pas plus tôt ? Parce que, s’il avait annoncé à l’avance sa passion avant que la foi ne soit affermie chez eux, ils l’auraient peut-être abandonné ; mais, maintenant, ils croyaient qu’il était le vrai Dieu. C’est pourquoi, etc. Et [Matthieu] dit : À MONTRER, et non pas : à dire, parce que ce qui est manifesté visiblement est dit, ce qui est compris est montré. C’est pourquoi il parlait aux Juifs et il montrait aux disciples. Lc 24, 26 : Ne fallait-il pas que le Christ souffrît et entrât ainsi dans sa gloire ?
1860. Lorsqu’il dit : IL FAUT, il aborde le lieu. Et pourquoi JÉRUSALEM ? Il donne la raison. Mais la première raison pour laquelle il dit : JÉRUSALEM est que là se trouvait le temple de Dieu, où les sacrifices étaient offerts. Or, les sacrifices de l’ancienne loi étaient la figure de ce sacrifice qui s’accomplit sur l’autel de la croix. Il voulut donc que, là où avait été la figure, la vérité soit manifestée. Ep 5, 2 : Et il se livra lui-même en sacrifice et en victime pour Dieu dans une odeur suave. Une autre raison est que des prophètes avaient souffert à Jérusalem, comme [on le lit] plus loin, 23, 37 : Jérusalem, Jérusalem, toi qui tues et lapides les prophètes que je t’ai envoyés ! Il a donc voulu souffrir [à Jérusalem] afin que leur mort soit le signe de la passion du Christ. De même, Jérusalem veut dire « vision de paix ». Or, la passion elle-même a amené la paix. Col 1, 20 : Établissant la paix entre ce qui est au ciel et ce qui est sur la terre. Ce fut aussi pour que, par ce chemin, nous accédions à la Jérusalem d’en haut. Ga 4, 26 : Car cette Jérusalem qui est d’en haut, notre mère, est libre.
1861. Mais par qui [devait-il souffrir] ? DE LA PART DES ANCIENS. Et cela parce qu’il a souffert par leur intervention. Celui-là fait une chose par l’autorité de qui elle est faite. Ils l’ont donc davantage tué que les soldats. Par cela, la malice du peuple est donc signifiée, car ceux qui paraissent meilleurs se révèlent les pires. Un homme est empêché de pécher en raison de l’âge, un autre, de la science, un autre, de la dignité. Toutefois, l’âge ne les a pas empêchés, car c’est DE LA PART DES ANCIENS [qu’il allait souffrir] ; ni la science, car c’est DE LA PART DES SCRIBES [qu’il allait souffrir] ; ni la dignité, car c’est DE LA PART DES PRÊTRES [qu’il allait souffrir]. Jr 5, 5 : J’irai chez les grands et je leur parlerai : en effet, eux ont connu le chemin du Seigneur et le jugement de son Dieu. Et ce sont eux qui ont le plus secoué le joug. De même, il y eut une certaine abjection et humiliation, car, lorsque quelqu’un souffre de la part des gens du peuple, ce n’est pas grand-chose ; mais [lorsqu’il souffre] de la part des sages et de la part de ceux qui paraissent bons, c’est une grande abjection. Ainsi, Jn 18, 35 : Ta nation et [ses] dirigeants t’ont livré à moi. De même, il a souffert jusqu’à la mort. C’est pourquoi il dit : ÊTRE TUÉ. Ac 10, 39 : Celui qu’ils ont tué en le suspendant à la croix . Dn 9, 26 : Le Christ sera tué, et le peuple qui le reniera ne sera pas là.
1862. Mais la joie de la résurrection est ajoutée : ET RESSUSCITER LE TROISIÈME JOUR. Os 6, 3 : Le troisième jour, il nous relèvera.
1863. PIERRE, LE PRENANT À PART, SE MIT À LE MORIGÉNER. Ici, [le Seigneur] rabroue un disciple qui fait opposition. Premièrement, l’opposition est présentée ; deuxièmement, la réponse du Christ, en cet endroit : MAIS LUI, SE RETOURNANT, DIT À PIERRE, etc. [16, 23].
1864. [PIERRE,] LE PRENANT À PART, soit par le regard, soit en le tirant vers lui, pour ne pas paraître présomptueux en reprenant le Seigneur devant les autres, dit : « DIEU T’EN PRÉSERVE, SEIGNEUR ! CELA NE T’ARRIVERA PAS ! » Le Seigneur avait louangé sa confession et lui avait donné pouvoir, car, puisqu’il avait reconnu le Fils de Dieu, [Pierre] pensait que, si [Jésus] était tué, sa foi était vaine et que celui-ci n’était pas Dieu. C’est pourquoi [le Seigneur] le rabroua. Il tenait dans son cœur qu’il était le Fils de Dieu et il ne prenait pas garde qu’il ne faut pas rabrouer Dieu, comme il est dit en Jb 15, 3 : Tu fais des reproches à Celui qui n’est pas ton égal et tu parles comme il ne te convient pas. Mais [Pierre] gardait une certaine foi dans la divinité [de Jésus], car on lit en Marc : Prends soin de toi, Seigneur, et ne te livre pas à la mort.
1865. MAIS LUI, SE RETOURNANT, DIT À PIERRE : « PASSE DERRIÈRE MOI, SATAN ! » Ici est présentée la réponse [de Jésus]. Hilaire explique ce passage de la manière suivante : le Diable, voyant que [Jésus] lui-même avait annoncé sa passion et connaissant les témoignages des prophètes, incita Pierre à l’en dissuader. Le Seigneur, donc, voyant que [Pierre] ne parlait pas de sa propre initiative, le rabroua. C’est pourquoi il dit à Pierre : PASSE DERRIÈRE MOI !, de sorte qu’il y a là un point. Et il dit à Satan : SATAN, TU M’ES UN SCANDALE ! Jérôme dit qu’il ne croit pas que Pierre ait parlé sous l’initiative du Diable, mais par un sentiment de piété. Il a donc parlé par ignorance.
1866. [Le Seigneur] fait donc trois choses : premièrement, il avertit ; deuxièmement, il rabroue ; troisièmement, il en donne la raison.
1867. L’avertissement [est ainsi formulé] : PASSE, Pierre. C’est donc la même formule qui a été employée plus haut pour le Diable : PASSE DERRIÈRE MOI, SATAN ! Ou [encore] : PASSE DERRIÈRE MOI, suis-moi. Satan veut dire « adversaire ». De sorte que celui qui s’oppose à une décision divine est appelé Satan. TU M’ES UN SCANDALE, c’est-à-dire : « Tu veux faire obstacle à ce que je veux. » Mais est-ce qu’il n’y a pas de scandale pour ceux qui aiment Dieu ? Origène dit qu’ » il n’y a pas de scandale pour les parfaits ». Ils ne sont donc pas scandalisés. Mais quelqu’un peut leur poser un obstacle. Pierre a donc été scandalisé, mais non pas le Christ. Ou encore, [autre interprétation] : il estime que le scandale de ses membres est le sien. C’est ainsi que Paul dit : Qui est scandalisé que je ne le sois ? [2 Co 11, 29]. Parce qu’il pourrait être un scandale pour d’autres, [le Seigneur] dit : TU M’ES UN SCANDALE, non pas à cause de moi, mais à cause de mes membres.
1868. Mais qu’est-ce que cela veut dire ? [Le Seigneur] avait dit plus haut : Tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai [mon Église] [Mt 16, 18]. Mais ici, il l’appelle Satan. Jérôme dit que [Pierre] n’avait pas encore ce que le Seigneur [lui] avait promis. Mais parce que, dans l’avenir, il l’eut, [le Seigneur] pouvait pour cette raison l’appeler Satan. Chrysostome dit que [le Seigneur] a voulu montrer ce que l’homme pouvait [faire] par lui-même, et ce qu’[il pouvait faire] par la grâce de Dieu, car, plus haut, [Pierre] reconnut la divinité du Christ par la grâce de Dieu, mais, là où Dieu lui a retiré sa grâce, son humanité et ses déficiences sont apparues, au point où [le Seigneur] l’appela Satan. Le Seigneur veut ainsi que certains hommes parfaits tombent afin qu’ils reconnaissent leur humanité. Et qu’il faille l’entendre ainsi s’accorde assez bien avec ce qui suit.
1869. [Le Seigneur] donne ainsi la cause : CAR TES PENSÉES NE SONT PAS CELLES DE DIEU, MAIS CELLES DES HOMMES ! Auparavant, [Pierre] avait dit : « Tu es le Fils de Dieu » : il pensait alors comme Dieu. Mais ici, il pense comme un homme. 1 Co 2, 14 : En effet, l’homme en tant qu’animal ne perçoit pas les réalités divines. Pr 13, 16 : Le sot étale sa folie. Pierre fuit la mort de la chair, mais l’Esprit de Dieu [ne le fait pas]. Ainsi, Jn 15, 13 : Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis.
1870. ALORS JÉSUS DIT À SES DISCIPLES. Ici, [le Seigneur] exhorte à imiter sa passion. Premièrement, il présente son exhortation ; deuxièmement, [il en donne] la raison ; troisièmement, il la confirme. Le second point [se trouve] en cet endroit : QUI VEUT SAUVER SON ÂME LA PERDRA [16, 25] ; le troisième, en cet endroit : QUE SERT À L’HOMME DE GAGNER LE MONDE ENTIER, etc. [16, 26].
1871. Pierre voulait donc empêcher la passion, mais [le Seigneur] invite [ses disciples] : SI QUELQU’UN VEUT VENIR À MA SUITE, QU’IL SE RENIE LUI-MÊME, QU’IL PRENNE SA CROIX ET QU’IL ME SUIVE. Comme s’il disait : « Il faut que vous soyez prêts à imiter la passion du Christ. » Les martyrs l’imitent d’une manière particulière, corporellement, mais les hommes spirituels [l’imitent] d’une manière spirituelle, en mourant spirituellement pour le Christ. On peut donc entendre [ce qu’il dit] de la croix corporelle. Chrysostome [écrit] : « Ainsi donc, lorsqu’il dit : “Pierre, passe derrière moi”, comprenez qu’il a dit cela au seul Pierre ; mais lorsqu’il dit : “Si quelqu’un veut venir après moi, etc.”, il veut que tous les hommes viennent vers lui. » Et [le Seigneur] dit : VEUT, car celui qui est attiré par volonté est davantage attiré que celui qui l’est de manière violente. Ps 53, 8 : Je sacrifierai de tout cœur.
1872. [Le Seigneur] dit donc trois choses : QU’IL SE RENIE LUI-MÊME ; QU’IL PRENNE SA CROIX et QU’IL ME SUIVE. Chrysostome dit que [le Seigneur] parle par mode de comparaison. Si tu as un fils et que tu vois qu’il est maltraité, si tu n’en prenais pas soin, tu le renierais. Ainsi, si tu veux suivre la passion du Seigneur, il faut que tu te renies et que tu te considères comme rien. Ps 37, 15 : Et je suis devenu comme un sourd, qui n’a rien à répliquer. Et Pr 23, 35 : On m’a battu, et je n’ai point de mal ; on m’a roué de coups, et je n’ai rien senti. QU’IL PRENNE SA CROIX ET QU’IL ME SUIVE : il faut qu’il soit prêt à endurer la croix ou à mourir d’une mort très pénible et très humiliante. Sg 2, 20 : Condamnons-le à la mort la plus humiliante. L’homme doit donc être prêt à subir n’importe quelle mort pour Dieu. Souffrir pour ses fautes est honteux, mais [souffrir] pour Dieu ne l’est pas. Ainsi, 1 P 4, 15‑16 [dit] : Que personne n’ait à souffrir comme meurtrier, voleur, malfaiteur ou pour avoir convoité les biens des autres. Mais, si c’est comme chrétien, qu’il n’ait pas honte, mais qu’il glorifie Dieu de porter ce nom.
1873. Selon Grégoire, cela s’entend de la mise à mort spirituelle. En effet, il existe un triple reniement de soi. Premièrement, lorsqu’on renie l’état d’un péché antérieur. Rm 6, 11 : Considérez-vous comme morts au péché. De même, si l’on n’est pas dans le péché, mais qu’on passe à un état parfait. Ph 3, 11‑12 : Afin de parvenir à la résurrection d’entre les morts, non pas que j’aie déjà atteint le but ou que je sois devenu parfait, mais je poursuis ma course pour tâcher d’y parvenir, ayant été moi-même saisi par le Christ Jésus. De même, celui qui renie son propre désir. Ga 2, 9 : Mais moi je suis mort à la loi par la loi afin de vivre pour Dieu : j’ai été attaché à la croix avec le Christ. Et 2 Co 5, 14 : Si un seul est mort, tous sont morts.
1874. QU’IL PRENNE SA CROIX. La croix tire son nom de « supplice » [cruciatus]. Est supplicié spirituellement celui dont l’esprit est tourmenté par la compassion envers le prochain, comme l’Apôtre, Rm 12, 15 : Pleure avec ceux qui pleurent. De même, quelqu’un est-il supplicié par la pénitence. Ga 5, 24 : Ceux qui appartiennent au Christ ont crucifié leur chair avec ses vices et ses désirs. ET QU’IL ME SUIVE. Plusieurs compatissent, mais ils ne suivent pas. Celui qui compatit et est dans le péché ne suit pas, car le Christ est venu pour détruire les péchés. De même, si tu t’affliges par vaine gloire, tu ne suis pas Dieu, plus haut, 6, 16 : Lorsque vous jeûnez, ne devenez pas tristes comme les hypocrites : ils prennent une mine défaite pour paraître jeûner aux yeux des hommes, etc.
1875. EN EFFET, QUI VOUDRA SAUVER SON ÂME LA PERDRA. Ici est donnée la raison de son avertissement et cette raison est tirée de la grandeur de la récompense. Et cela peut se lire de deux façons. En effet, il existe un double salut : le salut de l’âme, et c’est celui des justes ; et le salut du corps, et c’est celui de tous, même des animaux. Ps 35[36], 7 : Tu sauveras les hommes et les animaux, Seigneur. Disons donc : QUI VEUT SAUVER SON ÂME, en ne reniant pas la vie corporelle et en ne supportant pas la croix, LA PERDRA. Plus haut, [le Seigneur] a dit : QUI VEUT ; ici, il dit : QUI VOUDRA. Ainsi, de même qu’on pouvait interpréter [la première expression] d’une double façon, de même en est-il de cette [dernière]. QUI VOUDRA [SAUVER] SON ÂME, qui est le principe de la vie corporelle, à savoir, [voudra] que celle-ci ne soit pas tuée ou ne souffre pas de compassion, LA PERDRA. Ps 72[73], 27 : Tu perdras tous ceux qui te seront infidèles. MAIS QUI PERDRA SA VIE, en la livrant à la mort ou en refusant les plaisirs, À CAUSE DE MOI, LA TROUVERA. Si 51, 35 : J’ai travaillé un peu, et j’ai trouvé un grand repos.
1876. Ou bien [on peut l’interpréter] ainsi : QUI VOUDRA SAUVER SON ÂME et la conduire au salut éternel. Is 51, 6 : Mon salut durera pour l’éternité, LA PERDRA, soit en endurant la mort, soit en refusant ce qui est charnel. QUI LA PERDRA À CAUSE DE MOI, c’est-à-dire qu’il aura abandonné les désirs charnels, LA TROUVERA, à savoir, la vie. 2 Co 13, 4 : Mais nous, nos sommes faibles en lui, mais nous vivrons avec lui.
1877. Ici, [le Seigneur] confirme par une raison. Quelqu’un peut dire : « Je n’ai cure : je veux cette vie plus qu’une autre. » Et [le Seigneur] exclut cela : premièrement, à cause de cette [autre] vie sans prix ; deuxièmement, à cause d’un dommage irréparable pour l’âme.
Il dit donc : QUE SERT, etc., c’est-à-dire, à quoi te servent ces réalités temporelles si tu perds ton âme ? Il est naturel pour l’homme d’aimer davantage la fin que ce qui est ordonné à la fin, comme le corps plutôt que les richesses. Il est donc naturel que tout soit risqué pour sauver le corps. Si l’on agit en sens contraire, c’est une perversion due à la passion. Ainsi est-il plus naturel d’aimer son âme que son corps. Celui-là est donc plus sage qui préférerait souffrir corporellement que de supporter une grande humiliation. S’il en est donc ainsi, il faut donc souhaiter davantage le salut de l’âme que celui du corps, même si l’on pouvait posséder le monde entier. MAIS QUE SERT À L’HOMME DE GAGNER LE MONDE ENTIER S’IL ENCOURT LA RUINE DE SON ÂME ? Comme s’il disait : « Le dommage de l’âme est inestimable. »
1878. [Quelqu’un] pourrait aussi dire : « Si je [la] possède et si je [la] perds, je pourrai la récupérer. » Aussi le Seigneur écarte-t-il cela : ET QUE POURRA DONNER L’HOMME EN ÉCHANGE DE SON ÂME ? Comme s’il disait : « Rien. » Pr 6, 35 : Il n’acceptera pas en rachat une multitude de dons. Mais [l’âme] ne peut-elle pas être rachetée ? Dn 4, 24 : Rachète tes péchés par des aumônes. Il faut dire que [le Seigneur] parle ici d’une perte totale, car on ne pourrait la récupérer que si on la trouvait. Or, lorsqu’un homme est contrit, il trouve à nouveau [son âme]. Grégoire [interprète] d’une autre manière : « Le temps de l’Église est double : celui de l’adversité et celui de la prospérité. Au temps de l’adversité, l’adversité ; au temps de la prospérité, la prospérité. »
1879. Ici, [le Seigneur] traite de [son] pouvoir judiciaire. Premièrement, le pouvoir judiciaire est présenté ; deuxièmement, il répond à une objection tacite.
1880. Peut-être diras-tu : « Pourquoi suivrais-je et porterais-je ma croix, etc. ? » Parce que le jugement et le pouvoir appartiennent au Fils de l’homme. Jn 5, 27 : Il lui a donné le pouvoir de juger, car il est le Fils de l’homme. Ne te plains donc pas de souffrir, car IL VIENDRA DANS LA GLOIRE. Ne te plains pas qu’il soit repoussé par les anciens, car IL VIENDRA DANS LA GLOIRE DE SON PÈRE. [Ne te plains pas] non plus [qu’il soit repoussé] devant un grand nombre, car [IL VIENDRA] AVEC SES ANGES. Ph 2, 11 : Que toute langue confesse que le Seigneur Jésus, le Christ, est dans la gloire de Dieu le Père. Et plus loin, 25, 31 : Lorsque le Fils de l’homme viendra dans sa majesté, avec tous les anges, il siégera sur son trône de majesté, etc. Alors, IL RENDRA, il restituera, À CHACUN SELON SES ŒUVRES.
1881. Ensuite, [le Seigneur] répond à une objection tacite : EN VÉRITÉ, JE VOUS LE DIS, comme s’il disait : « Je vous ai dit que le Fils de l’homme viendrait, etc. Mais ne vous étonnez pas. » Pourquoi ? « Je veux vous montrer qu’IL Y EN A D’ICI PRÉSENTS QUI NE GOÛTERONT PAS LA MORT. » Les pécheurs seront absorbés par la mort, mais les justes goûtent la mort. Ces derniers sont Pierre, Jean et Jacques. AVANT D’AVOIR VU LE FILS DE L’HOMME VENANT DANS SON ROYAUME : cela fut le signe de la gloire future. Il ne les nomma pas à cause de l’envie des autres : [ceux-ci] auraient pu être envieux, car [il sera donné] davantage à ceux-là qu’à eux. [Il ne les nomma pas non plus] pour éviter d’être talonné, car ils l’auraient talonné s’il ne leur avait rien montré.
On peut interpréter cela d’une autre façon en disant que le royaume de Dieu est l’Église. C’est pourquoi il y en aura qui ne goûteront pas la mort, comme Jean, AVANT D’AVOIR VU LE FILS DE L’HOMME VENANT DANS SON ROYAUME, c’est-à-dire avant que l’Église ne se soit élargie, car il a vécu si longtemps qu’il a vu l’Église s’élargir et plusieurs églises se construire.
Leçon 1 [Matthieu 17, 1‑13] 17, 1 Six jours après, Jésus prit avec lui Pierre, Jacques, et Jean, son frère, et les emmène, à l’écart, sur une haute montagne. 17, 2 Et il fut transfiguré devant eux : son visage resplendit comme le soleil, et ses vêtements devinrent blancs comme la neige. 17, 3 Et voici que leur apparurent Moïse et Élie, qui s’entretenaient avec lui. 17, 4 Pierre alors, prenant la parole, dit à Jésus : « Seigneur, il est heureux que nous soyons ici ; si tu le veux, faisons ici trois tentes, une pour toi, une pour Moïse et une pour Élie. » 17, 5 Comme il parlait encore, voici qu’une nuée lumineuse les couvrit, et voici qu’une voix disait de la nuée : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui je me complais, écoutez-le. » 17, 6 À cette voix, les disciples tombèrent sur leurs faces et furent effrayés. 17, 7 Mais Jésus s’approcha, les toucha et leur dit : « Relevez-vous, et n’ayez pas peur. » 17, 8 Et eux, levant les yeux, ne virent plus personne que lui, Jésus, seul. 17, 9 Comme ils descendaient de la montagne, Jésus leur donna cet ordre : « Ne parlez à personne de cette vision, avant que le Fils de l’homme ne ressuscite d’entre les morts. » 17, 10 Et les disciples lui posèrent cette question : « Que disent donc les scribes, qu’Élie doit venir d’abord ? » 17, 11 Il répondit : « Oui, Élie doit venir et tout rétablir ; 17, 12 or, je vous le dis, Élie est déjà venu, et ils ne l’ont pas reconnu, mais l’ont traité à leur guise. De même, le Fils de l’homme aura lui aussi à souffrir d’eux. » 17, 13 Alors les disciples comprirent que ses paroles visaient Jean Baptiste.
Leçon 2 [Matthieu 17, 14‑27] 17, 14 Comme ils rejoignaient la foule, un homme s’approcha de lui et, s’agenouillant, lui dit : 17, 15 « Seigneur, aie pitié de mon fils, qui est lunatique et va très mal : parfois il tombe dans le feu, et souvent dans l’eau. 17, 16 Je l’ai présenté à tes disciples, et ils n’ont pas pu le guérir » 17, 17 Jésus répondit : « Engeance incrédule et pervertie, jusqu’à quand serai-je avec vous ? Jusqu’à quand ai-je à vous supporter ? Apportez-le-moi ici. » 17, 18 Et Jésus le menaça, et le démon sortit de l’enfant qui, de ce moment, fut guéri. 17, 19 Alors les disciples, s’approchant de Jésus dans le privé, lui demandèrent : « Pourquoi nous autres, n’avons-nous pu l’expulser ? » 17, 20 « Parce que vous avez peu de foi, leur dit-il. Car, je vous le dis en vérité, si vous avez de la foi gros comme un grain de sénevé, vous direz à cette montagne : “Déplace-toi d’ici à là !”, et elle se déplacera, et rien ne vous sera impossible. » 17, 21 [Cette espèce de démon ne peut se chasser que par la prière et le jeûne.]
17, 22 Comme ils se trouvaient réunis en Galilée, Jésus leur dit : « Le Fils de l’homme va être livré aux mains des hommes, 17, 23 et ils le tueront, et, le troisième jour, il ressuscitera. » Et ils en furent tout consternés.
17, 24 Comme il était venu à Capharnaüm, les collecteurs du didrachme s’approchèrent de Pierre et lui dirent : « Est-ce que votre maître ne paie pas le didrachme ? » 17, 25 « Mais si », dit-il. Quand il fut arrivé à la maison, Jésus devança ses paroles en lui disant : « Qu’en penses-tu, Pierre ? Les rois de la terre, de qui perçoivent-ils le tribut ou le cens ? De leurs fils ou des étrangers ? » 17, 26 Et comme il répondait : « Des étrangers », Jésus lui dit : « Par conséquent, les fils sont donc libres. 17, 27 Cependant, pour ne pas les scandaliser, va à la mer, jette l’hameçon, saisis le premier poisson qui montera, prends-le et ouvre-lui la bouche : tu y trouveras un statère ; prends-le et donne-le leur, pour moi et pour toi. »