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Leçon 1 – Mt 17, 1‑13

[17, 1]

1882. Dans la section précédente, [Matthieu] montre la puissance de l’enseignement évangélique, etc. Ici, la fin est montrée : la gloire future. À ce propos, il montre deux choses : premièrement, il fait voir comment elle a été démontrée dans la transfiguration ; deuxièmement, comment on peut y parvenir, au chapitre 18, 1 : À CE MOMENT, etc.

1883. À propos du premier point, il fait deux choses. Premièrement, la gloire future est démontrée ; deuxièmement, il [leur] ordonne de garder le silence ; troisièmement, il présente un doute. Le second point [se trouve] en cet endroit : COMME ILS DESCENDAIENT DE LA MONTAGNE, etc. [17, 9] ; le troisième, en cet endroit : ET LES DISCIPLES LUI POSÈRENT CETTE QUESTION, etc. [17, 10].

1884. À propos du premier point, [il fait] trois choses. Premièrement, les circonstances de la transfiguration sont présentées ; deuxièmement, la transfiguration ; troisièmement, l’effet. Le second point [se trouve] en cet endroit : ET IL FUT TRANSFIGURÉ DEVANT EUX [17, 2] ; le troisième, en cet endroit : À CETTE VOIX, LES DISCIPLES TOMBÈRENT SUR LEURS FACES [17, 6].

1885. [Matthieu] présente trois circonstances, à savoir, le temps, les disciples [concernés] et le lieu. Il présente le temps lorsqu’il dit : SIX JOURS APRÈS. Mais ici se pose une question à propos du texte : pourquoi, aussitôt après avoir dit : IL Y EN A ICI PRÉSENTS, etc., n’a-t-il pas été transfiguré ? Chrysostome donne la solution. Premièrement, [c’était] pour enflammer le désir des apôtres ; deuxièmement, afin de minimiser l’envie des autres, car peut-être furent-ils troublés après cette parole. Mais pourquoi lit-on ici : SIX JOURS APRÈS, et lit-on en Luc : Huit jours après ? Il est clair que Luc compte le jour où [le Seigneur] a parlé et le jour de la transfiguration, mais Matthieu, seulement les jours intermédiaires. De sorte que, si l’on enlève le premier et le dernier [jour], il ne reste que six jours. Par les six jours sont signifiés les six âges, après lesquels nous espérons parvenir à la gloire future. De même, [le Seigneur] a-t-il accompli ses œuvres en six jours. C’est pourquoi le Seigneur veut-il se montrer après six jours, car si nous ne sommes pas élevés vers Dieu par-delà les créatures, que le Seigneur a créées en six jours, nous ne pouvons pas parvenir au royaume de Dieu.

1886. [JÉSUS] PRIT AVEC LUI PIERRE, JACQUES ET JEAN. Pourquoi pas tous ? Afin de montrer que ce ne sont pas tous ceux qui sont appelés qui atteindront le terme. C’est pourquoi [il dit] plus loin, 20, 16 : Beaucoup sont appelés, mais peu sont élus. Et pourquoi seulement trois ? Afin d’indiquer que personne n’atteindra le terme si ce n’est par la foi en la Trinité. Mc 16, 16 : Celui qui aura cru et aura été baptisé, celui-là sera sauvé. Mais pourquoi ceux-ci plutôt que d’autres ? La raison en est que Pierre était plus fervent. Jean [fut choisi] parce qu’il était aimé d’une manière spéciale. De même Jacques, parce qu’il était le principal combattant contre les adversaires de la foi. C’est pourquoi Hérode le tua en premier, parce qu’il croyait faire quelque chose d’important pour les Juifs, comme [on lit] dans Ac 12, 2 : Il tua Jacques, etc., puis vient ensuite : Car il lui semblait que cela plairait aux Juifs, etc.

1887. ET IL LES AMENA À L’ÉCART SUR UNE HAUTE MONTAGNE, etc. Pourquoi SUR UNE MONTAGNE ? Afin d’indiquer que seul celui qui gravit la montagne est amené à contempler, comme en Gn 19, 17, au sujet de Lot : Qu’il te sauve sur la montagne. Et [Matthieu] dit : HAUTE, en raison de l’élévation de la contemplation. Is 2, 2 : Il s’élèvera au-dessus des collines, et tous les païens viendront à lui, et les peuples viendront et diront : « Venez, gravissons la montagne du Seigneur. » Car, cette élévation de la gloire dépassera toute élévation de la science et de la vertu. De même, À L’ÉCART, parce qu’ils se séparèrent des méchants, plus loin, 25, 32 : Ils les sépareront, comme on sépare les agneaux des boucs.

[17, 2]

1888. Vient ensuite la transfiguration : ET IL FUT TRANSFIGURÉ DEVANT EUX. Premièrement, la transfiguration est présentée ; deuxièmement, le témoignage [rendu à Jésus], en cet endroit : COMME IL PARLAIT ENCORE, etc. [17, 5].

1889. À propos du premier point, [Matthieu] présente la transfiguration ; deuxièmement, [son] mode ; troisièmement, l’admiration de Pierre.

1890. [Matthieu] dit donc : ET IL FUT TRANSFIGURÉ, c’est-à-dire qu’il changea de visage, DEVANT EUX. Être transfiguré est la même chose que changer d’aspect, comme on lit, en 2 Co 11, que Satan se change en ange de lumière. Il n’est donc pas étonnant que les justes soient transfigurés en visage de gloire. [Jésus] fut donc transfiguré parce qu’il enleva ce qui lui appartenait.

1891. Certains ont dit qu’il prit un autre corps, ce qui est faux. Mais, pour ce qui est de l’aspect, on dit que quiconque change d’aspect extérieur est transfiguré, comme lorsque quelqu’un est en santé, il est rougeaud, et lorsqu’il est malade, il est pâle. On dit ainsi qu’il est transfiguré. De même en fut-il du Christ parce qu’il se présenta sous une autre forme que celle sous laquelle il était apparu, car son corps n’était pas lumineux, mais il avait pris tant d’éclat qu’on le dit transfiguré.

1892. ET SON VISAGE RESPLENDIT COMME LE SOLEIL : là est abordé le mode. En premier lieu, il est mis en lumière par l’éclat du visage ; en second lieu, par la blancheur des vêtements ; troisièmement, par le témoignage.

[Matthieu] dit donc : ET SON VISAGE RESPLENDIT COMME LE SOLEIL. Ici, [le Seigneur] révéla la gloire future, dans laquelle les corps seront éclatants et resplendissants. Et cet éclat ne venait pas de son essence, mais de l’éclat de l’âme intérieure remplie de charité. Is 58, 8 : Alors surgira ta lumière comme le matin, et vient ensuite : Et la gloire du Seigneur t’emportera. Il y avait donc un certain resplendissement dans [son] corps. En effet, l’âme du Christ voyait Dieu, et [plus clairement] que toute clarté depuis le début de sa conception. Jn 1, 14 : Nous avons vu sa gloire.

Si donc, chez les autres bienheureux, l’éclat découle de l’âme dans le corps, pourquoi n’était-ce pas le cas dans le Christ qui était Dieu et homme ? Il faut dire que, parce qu’il était Dieu, l’ordre de la nature humaine était en son pouvoir. Or, cet ordre veut que les parties communiquent entre elles, de sorte que, si le corps est blessé, l’âme souffre avec lui, et que le corps soit affecté par l’âme. Mais cet ordre était soumis au Christ. Ainsi, la joie qui existait dans la partie supérieure était tellement parfaite qu’elle ne se manifestait pas à l’extérieur. Il possédait donc à la fois parfaitement la condition de voyageur [viator] et parfaitement celle de voyant [comprehensor]. De sorte que, lorsqu’il le voulait, il ne reflétait pas [cet éclat], mais, lorsqu’il le voulait, il le reflétait et apparaissait resplendissant.

1893. Mais cela n’était-il pas un attribut [dos : attribut propre à l’état de ressuscité] chez le Christ ? Certains disent que oui et qu’il reçut tous les attributs alors qu’il était dans la condition de voyageur : l’attribut de subtilité pour la nativité, d’agilité pour la marche sur l’eau, d’éclat ici, d’impassibilité pour l’administration du sacrement de l’autel. Mais moi, je ne crois pas cela, car l’attribut est une propriété de la gloire elle-même. De sorte que le fait qu’il ait marché sur l’eau, qu’il ait resplendi, tout cela venait de la puissance divine, puisque l’attribut lié à la gloire s’oppose à la condition de voyageur ; mais il en eut une certaine similitude, car SON VISAGE RESPLENDIT COMME LE SOLEIL. Ap 1, 16 : Son visage resplendira comme le soleil par sa puissance. Mais on peut objecter que les justes brilleront comme le soleil. Le resplendissement du Christ ne sera donc pas plus grand que celui des autres. Je dis qu’il le sera. Mais parce que, dans les réalités sensibles, il n’y a rien de plus brillant à quoi on puisse le comparer, on le compare au soleil.

1894. ET SES VÊTEMENTS DEVINRENT BLANCS COMME LA NEIGE. Il est ici question des vêtements. Il semble que cela ne fut pas le fait d’un changement dans le Christ, ni d’un attribut, car ses vêtements n’étaient pas sujets aux attributs. Par les vêtements, les saints sont signifiés. Is 49, 18 : Je vis, dit le Seigneur, et tu seras revêtu de tous ceux-là comme d’un vêtement.

Et [Matthieu] dit : ET SES VÊTEMENTS DEVINRENT BLANCS COMME LA NEIGE. La neige possède à la fois blancheur et froideur. De même, les saints ont-ils la blancheur éclatante de la gloire. Sg 3, 7 : Les justes brilleront et courront comme des étincelles dans l’herbe, etc. Ils seront aussi rafraîchis de l’ardeur de la concupiscence. Ps 67[68], 15 : Ils deviendront blancs comme la neige sur le mont Selmon. Ou bien on entend par les vêtements le texte de la Sainte Écriture.

[17, 3]

1895. ET VOICI QUE LEUR APPARURENT MOÏSE ET ÉLIE. Et pourquoi apparurent-ils ? Chrysostome en donne les raisons. Première raison : afin d’affermir la foi des disciples. Plus haut, [le Seigneur] avait demandé : Au dire des gens, qui est le fils de l’homme, etc. ? Et ils répondirent : Certains [disent] que c’est Élie, etc. [16, 13s]. Afin de leur démontrer qu’il était différent, il voulut donc faire venir [Moïse et Élie]. Ps 85[86], 8 : Il n’y en a pas de semblable parmi les dieux, Seigneur, etc. Deuxième raison : pour réfuter les Juifs. En effet, ils disaient que [Jésus] transgressait la loi ; ils disaient aussi qu’il était un blasphémateur, comme on le lit en Jn 10, 33 : Nous ne te lapidons pas pour une bonne œuvre, mais pour un blasphème. Puis donc qu’Élie était plus saint que tous les prophètes et que Moïse était le législateur, il montra devant Moïse et Élie qu’il ne s’opposait pas à Dieu et qu’il ne transgressait pas la loi. Troisième raison : pour montrer qu’il était le juge des vivants et des morts, car Élie était vivant et Moïse était mort. Quatrième raison : pour rassurer Pierre, car Pierre avait rabroué le Seigneur au sujet de sa mort ; il montra donc qu’il ne faut pas rabrouer ceux qui s’exposent à la mort en faisant appel [à Moïse et à Élie], car Élie s’était exposé à la mort devant Jézabel et Moïse s’y était aussi exposé pour la loi. Cinquième raison : il y avait deux choses que [le Seigneur] voulait montrer par [Moïse et Élie], à savoir, la mansuétude qu’il manifesta dans Moïse et l’exemple de zèle qu’il montra dans Élie, dont il est dit : Élie se leva comme le feu et sa parole brûlait comme une torche [Si 48, 1]. Une sixième raison est donnée par la Glose : « Toute la loi ainsi que le témoignage des prophètes ont parlé du Christ. » Ainsi, Lc 24, 44 : Tout ce qui est dit de moi dans la loi et les prophètes doit s’accomplir.

1896. Mais il y a une question. Il n’est pas étonnant qu’Élie ait été là, puisqu’il est vivant ; mais on se demande comment Moïse y était. Certains ont dit qu’un ange y était à sa place. Mais cela ne vaut rien, car Moïse y fut par son âme seulement. Mais comment l’a-t-on vu ? Il faut dire que ce fut de la même manière que sont vus les anges.

[17, 4]

1897. Vient ensuite la réaction émotive de Pierre : PIERRE ALORS, PRENANT LA PAROLE, DIT, etc. Et nous pouvons l’expliquer en nous tournant soit vers sa condition charnelle, soit vers sa dévotion. Chrysostome se tourne vers sa condition charnelle. Plus haut, le Christ avait dit qu’il allait souffrir et Pierre l’avait rabroué lorsqu’il l’avait repris. Moïse et Élie apparurent donc en train de parler de la passion [du Christ]. C’est pourquoi lorsque Pierre [les] entendit s’y référer, il ne put l’entendre. Il ne voulait pas s’y opposer. Il pensait donc que, s’il restait là, il éviterait la mort. Ainsi, pour qu’ils ne partent pas immédiatement, il dit : FAISONS ICI TROIS TENTES. Et pourquoi dit-il : UNE POUR MOÏSE, UNE POUR ÉLIE ? Parce qu’il voyait que [le Seigneur] était affecté par la mort, il voulait que ceux-ci [l’]empêchent de mourir. On lit au sujet d’Élie, en 4 R [2 R] 1, 10, que lorsque le roi envoya la cinquantaine, [Élie] fit descendre le feu du ciel. On lit aussi de Moïse, [au même endroit], 16, 32, que lorsqu’un conflit surgit dans le tabernacle, il descendit des nuées. [Pierre] pensait donc que les nuées pouvaient écouter Moïse et le feu, Élie.

D’autres se tournent vers la dévotion de Pierre. À ce sujet, [Matthieu] fait deux choses. Premièrement, il aborde la réaction émotive [de Pierre] ; deuxièmement, sa suggestion, en cet endroit : SI TU LE VEUX, etc.

1898. [Pierre] dit donc : SEIGNEUR, IL EST HEUREUX QUE NOUS SOYONS ICI. Voyant la gloire dans le trop grand éclat de la neige, [Pierre] fut tellement ému qu’il ne voulut jamais en être séparé, si Dieu le voulait. Et qu’en sera-t-il de ceux qui seront dans une gloire parfaite ! Ainsi donc, ceux qui seront dans cette béatitude ne voudront jamais en être séparés. Ps 72, 28 : Il est bon pour moi d’être attaché à Dieu, etc. En second lieu, il fait une suggestion et, comme le dit Lc 9, 23, sans savoir ce qu’il disait. Il dit donc : SI TU LE VEUX, DRESSONS ICI TROIS TENTES, car nous devons soumettre notre volonté à la volonté de Dieu, comme plus haut, 6, 10 : Que ta volonté soit faite, etc. En cela, Pierre a donc bien parlé ; mais, sous un autre aspect, il a mal parlé, parce qu’il a cru qu’on pouvait obtenir la gloire sans la mort, ce qui va à l’encontre de 2 Co 5, 1 : En effet, nous savons que, si la demeure terrestre où nous habitons est détruite, nous avons une maison qui n’est pas construite de main d’homme, mais qui est éternelle dans les cieux. [Il a aussi mal parlé] parce qu’il a cru que la gloire des saints se trouvait en ce monde, elle qui n’est pas ici, mais dans les cieux, plus haut, 5, 12 : Réjouissez-vous et exultez, car votre récompense est grande dans les cieux. [Il a aussi mal parlé] parce qu’il a cru qu’ils avaient besoin de tentes ; mais ils n’en avaient pas besoin ici, car ils en ont dans les cieux. Ap 21, 3 : Voici la tente de Dieu au milieu des hommes. [Il a encore mal parlé] parce qu’il a voulu dresser trois tentes : en effet, une seule suffit pour le Père, le Fils et l’Esprit Saint. De même, il a comparé le Christ aux autres. Or, il ne faut pas agir ainsi. Jb 32, 21 : Je n’égalerai pas Dieu à l’homme. Pierre, tous n’ont qu’une seule tente, qui est la foi !

[17, 5]

1899. Vient ensuite le témoignage : COMME IL PARLAIT ENCORE, VOICI QU’UNE NUÉE LUMINEUSE LES COUVRIT, etc. Pierre avait parlé à la légère ; il ne méritait donc pas de réponse. Il voulait un témoignage matériel : il voulait donc que le Seigneur montre que les saints n’ont pas besoin [de lui]. De même, [le Seigneur] a voulu se manifester par la nuée. Ps 67[68], 35 : Sa grandeur est dans les cieux. Mais parfois apparaît une nuée claire, parfois des nuées ténébreuses. Il est dit, en Ex 19, 18, qu’une nuée ombrageuse apparut. Mais ici, elle apparaît lumineuse parce qu’elle signifie la consolation de la gloire, car ils seront alors protégés de toute chaleur. Ap 21, 4 : Dieu essuiera toutes les larmes des yeux des saints, et il n’y aura plus de mort, ni de pleurs, ni de cri, et n’y aura plus de souffrance, car ce qui précédait a disparu.

1900. Vient ensuite le témoignage de la voix du Père : ET VOICI QU’UNE VOIX DISAIT DE LA NUÉE, etc. Mais pourquoi : DE LA NUÉE ? Pour signifier qu’elle est la voix du Père. Le Seigneur habite dans la nuée. CELUI-CI EST MON FILS BIEN-AIMÉ, EN QUI JE ME COMPLAIS. La dignité du Christ est abordée à partir de la propriété de la filiation, de la perfection de l’amour et de la conformité de l’opération. [La voix] dit donc : CELUI-CI, comme pour un fils unique. Les autres sont fils par adoption. Ps 81[82], 6 : J’ai dit : « Vous êtes des dieux et vous êtes tous des fils du Très-Haut. » Mais celui-ci est le vrai Fils, à savoir, d’une manière unique, comme [le dit] 1 Jn 5, 20 : Le Fils de Dieu est venu et il nous a donné l’intelligence afin que nous connaissions le vrai Dieu. De même, d’une autre façon : BIEN-AIMÉ. Notre amour vient de la bonté des créatures : en effet, une chose n’est pas bonne parce que je l’aime, mais parce que la chose est bonne, je l’aime. Mais l’amour de Dieu est la cause de la bonté des choses. Et de même que Dieu a versé la bonté dans les créatures par la création, de même le fait-il par la génération, parce qu’il communique toute sa bonté au Fils. Ainsi, les créatures sont rendues bonnes par participation, mais Il donne tout au Fils. Jn 3, 35 : Le Père aime le Fils et a tout livré entre ses mains. Ainsi l’amour lui-même procède du Père qui aime le Fils et du Fils qui aime le Père.

1901. Mais il arrive que quelque chose soit donné à quelqu’un et qu’il n’en fasse pas un bon usage : cela ne plaît donc pas à celui qui a donné. Mais Dieu a donné [au Fils] la plénitude et [celui-ci] en a fait bon usage. Il lui a donc plu. [Le Père] dit donc : EN QUI JE ME COMPLAIS. On lit la même chose en [Mt] 12, 18 : En qui je me complais et sur qui repose mon Esprit. Parce qu’il est ainsi, ÉCOUTEZ-LE. [Le Père] insinue ainsi qu’il a été donné à tous comme docteur. Dt 18, 15 : Le Seigneur suscitera un prophète de votre lignée ; écoutez-le comme s’il était moi. Ou encore : ÉCOUTEZ-LE, non pas Moïse, non pas Élie, si ce n’est dans la mesure où ils enseignent le Christ ou la doctrine du Christ. Remarquez que le Christ a reçu un témoignage venu du ciel de la part du Père, de l’enfer de la part de Moïse, du paradis de la part d’Élie et de la terre de la part des disciples : Afin que tout genou fléchisse au ciel, sur la terre et dans les enfers, Ph 2, 10.

1902. Il faut aussi remarquer qu’il existe une double régénération : l’une par le baptême ; l’autre, lorsque nous serons purifiés de toute souillure. C’est la raison pour laquelle, lors du baptême, Jésus a été signalé par la colombe, qui est un animal simple, afin d’indiquer la simplicité ; elle est aussi un animal fécond, afin d’indiquer l’autre régénération.

[Le Seigneur] est apparu dans une nuée lumineuse afin d’indiquer la clarté et l’extinction de toute concupiscence. Is 4, 5 : Et le Seigneur créera partout sur la montagne de Sion et, là il sera invoqué, [il créera] une nuée pendant le jour et de la fumée avec l’éclat d’un feu flamboyant pendant la nuit.

[17, 6]

1903. À CETTE VOIX, LES DISCIPLES TOMBÈRENT SUR LEURS FACES ET ILS FURENT EFFRAYÉS. Après avoir présenté la transfiguration, son effet sur les disciples est ici présenté. Premièrement, la crainte est présentée ; deuxièmement, le réconfort donné par le Christ contre la peur ; troisièmement, l’effet. Le second point [se trouve] en cet endroit : MAIS JÉSUS S’APPROCHA, etc. [17, 7] ; le troisième, en cet endroit : ET EUX, LEVANT LES YEUX, NE VIRENT PLUS PERSONNE [17, 8].

1904. Ils entendirent la voix venue de la nuée, comme il est dit en 2 P 1, 18 : Nous avons entendu cette voix alors que nous étions sur la montagne. Et [Matthieu] présente un signe de [leur] crainte, car ILS TOMBÈRENT SUR LEURS FACES. Vient ensuite la crainte : ET ILS FURENT EFFRAYÉS. Mais pourquoi eurent-ils peur ? Jérôme en donne trois raisons. La première, parce qu’ils se rendirent compte qu’ils s’étaient trompés, comme il est dit d’Adam, Gn 3, 10 : Seigneur, j’ai entendu ta voix et j’ai eu peur, car je suis nu. De même, parce qu’il étaient entourés d’une nuée, ils connurent la présence de la majesté divine, Ex 13, 21 : Le Seigneur les précédait pour leur montrer le chemin durant le jour par une colonne de nuées, etc. Et il est naturel pour n’importe qui d’être stupéfait de ce qu’il ne connaît pas. De même, [ils eurent peur] à cause de la voix venue de la nuée. Dt 5, 26 : Est-il un être de chair qui puisse entendre la voix du Dieu vivant ? Et, à cause de cela, la force leur manqua, car ILS TOMBÈRENT SUR LEURS FACES. Mais il faut remarquer que les impies tombent différemment des saints. Les impies tombent à la renverse, comme on le lit en 1 R [1 Sm] 4, 18 d’Éli, qui, après avoir entendu des bruits dans l’arche du Seigneur et s’être brisé la nuque, tomba de son siège et expira. Mais les saints tombent sur leurs faces. Ap 7, 11 : Ils tombèrent sur leurs faces. La raison en est que nous ne voyons pas ce qui est derrière nous. Qo 2, 14 : Les yeux du sage sont dans son visage.

[17, 7]

1905. Ensuite est présenté le réconfort donné par le Christ. Il les réconforte par le geste et par la parole. Par le geste, contre la peur et la chute. Contre la peur, par sa présence, car IL S’APPROCHA D’EUX. Ps 22[23], 4 : Je ne craindrai aucun mal, car tu es avec moi. Et plus haut, 14, 27 : C’est moi, ne craignez pas. Il réconforte aussi en les touchant, car il donne de la force à celui qui est fatigué, Is 40, 29 ; et on lit dans Daniel : Sa main m’a touché et m’a relevé [comp. 1 R 19, 5‑7]. Il les protège aussi contre la chute ; c’est pourquoi il dit : LEVEZ-VOUS. Ep 5, 14 : Debout, toi qui dors, et relève-toi d’entre les morts, et le Christ t’illuminera. [Il les réconforte] aussi contre la peur : NE CRAIGNEZ PAS. Cette peur était de la pusillanimité, et ceux qui se relèvent du péché se débarrassent de la peur, car la charité parfaite chasse la peur, 1 Jn 4, 18.

[17, 8]

1906. Vient ensuite l’effet du réconfort : ET EUX, LEVANT LES YEUX, NE VIRENT PLUS PERSONNE QUE LUI, JÉSUS, SEUL. Voilà l’effet du réconfort divin, car, réconfortés par le Christ, ils ne virent que Jésus et ils ne se réjouirent ni ne furent réconfortés qu’en lui. Ph 1, 21 : Vivre pour moi, c’est le Christ, et mourir m’est un gain. Ainsi, ILS NE VIRENT PLUS PERSONNE QUE LUI, JÉSUS, SEUL, car, l’ombre de la loi se retirant ainsi que l’enseignement des prophètes, qui sont indiqués par Moïse et Élie, seul l’enseignement du Christ est conservé. Ou bien, selon une autre version, IL DEMEURA SEUL, afin que la voix ne parût pas avoir été adressée à Moïse et à Élie. De sorte que, comme ceux-ci n’étaient plus présents, il était certain que la voix lui avait été adressée.

[17, 9]

1907. Ensuite, l’ordre de reporter la révélation de cette vision est présenté. Ainsi, [Matthieu] dit : COMME ILS DESCENDAIENT DE LA MONTAGNE, JÉSUS LEUR DONNA CET ORDRE : « NE PARLEZ À PERSONNE DE CETTE VISION… » Mais pour quelle raison ? Elle est triple. La première : comme le dit Jérôme, la passion du Christ était à venir et les Juifs se scandalisaient. 1 Co 1, 23 : Pour les Juifs, un scandale. S’ils avaient entendu cela, ils auraient été scandalisés encore davantage et l’auraient considéré comme rien. C’est la raison pour laquelle ils tardèrent tellement à croire à la résurrection. Rémi donne cette explication : si [le Seigneur] l’avait annoncé, il n’aurait jamais accompli ce qu’il désirait, et il aurait ainsi été privé de ce qu’il désirait, car on lit en Lc 22, 15 : J’ai désiré ardemment manger cette Pâque avec vous. Hilaire donne cette explication : il convenait que la gloire spirituelle ne soit annoncée que par des hommes spirituels, mais ceux-ci n’étaient pas encore spirituels. Jn 7, 39 : L’Esprit ne leur avait pas encore été donné.

[17, 10]

1908. ET LES DISCIPLES LUI DEMANDÈRENT, etc. Dans cette section, il répond à une question des disciples. Premièrement, la question est présentée ; deuxièmement, la réponse ; troisièmement, l’effet. Le second point [se trouve] en cet endroit : IL RÉPONDIT, etc. [17, 11] ; le troisième, en cet endroit : ALORS LES DISCIPLES COMPRIRENT, etc. [17, 13].

1909. En le voyant se transformer, les apôtres croyaient qu’il commencerait alors à régner. En effet, ils avaient compris qu’Élie devait d’abord venir, Ml 3, 5. Parce qu’ils l’avaient vu, ils croyaient que celui-ci était déjà venu et que son règne se rapprochait, comme on lit en Ml 3, 1 : Voici que le jour viendra, etc. Et, au même endroit, 3, 5 : Je vous enverrai le prophète Élie avant que ne vienne le grand et terrible jour du Seigneur, etc. Or, ils n’avaient pas appris cela par l’Écriture, mais par ce que disaient les scribes. C’est pourquoi ils disent : « QUE DISENT DONC LES SCRIBES, QU’ÉLIE DOIT D’ABORD VENIR… ? » Les scribes, qui l’avaient appris par la loi, parlaient ainsi, mais ils pervertissaient l’Écriture. En effet, il y a un double avènement du Christ : l’avènement dans la gloire, et c’est de ce dernier avènement qu’on comprend qu’Élie le précédera ; mais il y a un autre avènement dans la chair : en pervertissant [l’Écriture], ceux-ci l’expliquaient de ce dernier.

[17, 11]

1910. Le Seigneur répond à ce doute. Premièrement, il aborde l’avènement à venir deuxièmement, celui qui est du passé. [Matthieu] dit donc : IL RÉPONDIT : « ÉLIE DOIT VENIR. » Il parle donc d’un double Élie, car [il parle] d’Élie qui viendra en personne, et celui-là viendra annoncer le chemin de la justice ET RÉTABLIRA TOUT, convertira les cœurs des hommes au Christ, convertira les Juifs à la foi des patriarches qui crurent dans le Christ, car, comme on le lit en Rm 11, 25 : L’aveuglement a atteint une partie d’Israël jusqu’à ce que l’ensemble des païens entrent, puis tout Israël sera sauvé. Augustin donne une autre explication : IL RÉTABLIRA TOUT, car, lorsque l’Antéchrist viendra, tous seront séduits, mais, une fois l’Antéchrist mort, tous seront rétablis dans la foi par la prédication d’Élie. Origène [donne l’explication suivante] : RÉTABLIRA, car si quelqu’un doit quelque chose qu’il ne rembourse pas, il doit restituer. Or, tous sont débiteurs de la mort. Et parce qu’Élie n’est pas encore mort, lorsqu’il viendra, il rétablira tout et remboursera la mort.

[17, 12]

1911. Il est question d’un autre Élie : OR, JE VOUS LE DIS, ÉLIE EST DÉJÀ VENU. Qui est celui-ci ? Jean Baptiste, non pas qu’il le soit en personne, comme on le lit en Jn 1, 21, lorsqu’on lui demanda : Es-tu Élie ? Il répondit : « Non. » Mais [il l’était] en esprit et par la puissance, car de même que l’Élie du second avènement sera un précurseur, de même Jean [l’a-t-il été] du premier avènement. Et encore, de même qu’Élie s’opposa à Jézabel, Jean s’opposa à Hérodiade, et comme Élie fut un adepte du désert, Jean [le fut aussi]. Il est ainsi dit de lui, Lc 1, 7 : Celui-ci précédera en esprit et par la puissance. En esprit, non pas que l’esprit d’Élie soit passé dans Jean, comme certains l’ont affirmé, mais il aura la même puissance.

1912. ET ILS NE L’ONT PAS RECONNU, c’est-à-dire qu’ils ne l’ont pas accepté, comme on le lit plus loin, 21, 25, où le Seigneur demande si le baptême de Jean vient du ciel ou de la terre, car, s’ils avaient dit [qu’il venait] du ciel, ils auraient dû croire. MAIS ILS L’ONT TRAITÉ À LEUR GUISE, car ils l’ont maltraité, et non comme l’exigeait la justice, mais ils l’ont emprisonné. On lit la même chose au sujet de Jérémie, Si 49, 9 : Mais ils ont maltraité celui qui avait été consacré prophète dès le ventre de sa mère.

1913. DE MÊME, LE FILS DE L’HOMME AURA LUI AUSSI À SOUFFRIR D’EUX. Jean fut le précurseur du Christ pour ce qui est de la naissance, car, de même que Jean [est né] d’une femme âgée et stérile d’une manière qui dépasse la nature, de même le Christ [est-il] né d’une vierge d’une manière qui dépasse la nature. [Jean fut aussi précurseur] pour ce qui est de la prédication, car il commença à prêcher [en disant] : Faites pénitence ; de même [le fit] le Christ. [Il fut aussi précurseur] pour ce qui est du baptême. Il fallait donc qu’il soit précurseur pour ce qui est de la passion, car, de même qu’il a été tué pour la justice, de même [en a-t-il été] du Christ. Ainsi, LE FILS DE L’HOMME AURA-T-IL LUI AUSSI À SOUFFRIR D’EUX. Mais qui sont EUX ? Il semble que ce ne soit pas ceux par qui Jean fut tué, car Jean [fut tué] par Hérode, et le Christ par les scribes. Mais on peut dire que c’est par les mêmes, car Jean [l’a été] par Hérode et par les Juifs consentants, mais le Christ, par les scribes, avec le consentement d’Hérode. Ainsi, il était dans cette région et il lui fut livré. Ps 2, 2 : Les rois de la terre siégeaient et les princes se sont rassemblés contre le Seigneur et contre son Christ. Ou bien, [autre interprétation] : IL AURA À SOUFFRIR D’EUX, en sorte que le EUX indique un simple rapport, car ils faisaient tous partie d’une seule génération dont ont souffert Jean et le Christ.

[17, 13]

1914. Ensuite, l’effet de cette réponse est présenté : ALORS LES DISCIPLES COMPRIRENT QUE SES PAROLES VISAIENT JEAN BAPTISTE. ALORS : lorsque le Seigneur leur parla. L’expression de tes paroles éclaire et donne l’intelligence aux petits, Ps 118[119], 130.

 

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