2294. Plus haut, on a montré comment les Pharisiens et les scribes ont été défiés au sujet de la gloire du Christ et aussi de sa sagesse, par lesquelles il les avait heurtés ; maintenant, [Matthieu] montre comment [le Seigneur] leur faisait des reproches en raison de sa justice.
Premièrement, il les instruit ; deuxièmement, il leur fait des reproches. Le second point [se trouve] en cet endroit : MALHEUR À VOUS, SCRIBES ET PHARISIENS [23, 13].
À propos du premier point, il fait deux choses : premièrement, il montre leur dignité ; deuxièmement, il dévoile leur intention en recourant à une autorité, en cet endroit : EN TOUT ILS AGISSENT POUR ÊTRE VUS DES HOMMES [23, 5].
À propos du premier point, il fait trois choses. Premièrement, il fait l’éloge de leur autorité ; deuxièmement, il enseigne de leur obéir avec précaution ; troisièmement, il en donne la raison. Le second point [se trouve] en cet endroit : TOUT CE QU’ILS VOUS DIRONT, FAITES-LE ET OBSERVEZ-LE, etc. [23, 3] ; le troisième, en cet endroit : CAR ILS DISENT ET NE FONT PAS [23, 3].
2295. [Matthieu] dit donc : ALORS JÉSUS S’ADRESSA AUX FOULES, etc. Il faut ainsi poursuivre : « Le Seigneur les a si bien réfutés qu’ils n’osaient ni l’interroger ni lui répondre. » Mais, selon ce que dit Chrysostome, « la parole qui réfute sans instruire est inutile ». [Le Seigneur] se tourne donc vers les foules et vers ses disciples pour les instruire. Il faut savoir que certains l’écoutent comme les disciples, et certains comme les foules. Comme les disciples : ce sont ceux qui comprennent par l’esprit. Jn 8, 31 : Si vous demeurez dans ma parole, vous serez vraiment mes disciples. Comme les foules : ce sont ceux qui ne peuvent saisir la vérité par leur esprit. C’est pourquoi il adresse parfois ses paroles aux foules et parfois aux disciples, et parfois aux deux, mais d’une manière différente, car [il s’adresse] aux disciples en leur parlant de réalités élevées, comme on le lit en Jn 15, 15 : Tout ce que j’ai entendu de mon Père, je vous l’ai fait connaître. Mais parfois il adresse aux foules des paraboles, comme on le trouve plus haut. Mais aux deux, il parle de la nécessité du salut, et telles sont les paroles présentes.
2296. LES SCRIBES ET LES PHARISIENS SE SONT ASSIS SUR LA CHAIRE DE MOÏSE. La chaire appartient en propre aux maîtres. Ainsi, on dit que ceux-là se sont assis sur la chaire, qui ont succédé à Moïse. Si 24, 33 : Moïse a promulgué la loi selon des commandements pleins de justice. Ainsi, ceux qui enseignaient la loi de Moïse étaient assis sur la chaire de Moïse. Dans la loi, on trouvait certaines choses qui se rapportaient à la foi, et certaines aux bonnes mœurs. Se rapportaient à la foi celles par lesquelles le Christ était préfiguré. [Le Seigneur] lui-même dit donc, Jn 5, 46 : Si vous aviez cru à Moïse, vous auriez peut-être cru en moi. Si 24, 33 : Moïse a promulgué la loi selon des commandements pleins de justice.
Mais il faut remarquer que sont assis sur la chaire [de Moïse] les scribes, les Pharisiens et les disciples du Christ : les scribes, qui ne tiennent compte que de la seule lettre ; les Pharisiens, qui parfois [tiennent compte] de son sens intérieur ; les disciples du Christ, qui évaluent tout avec soin, et qui ne sont pas appelés les disciples de Moïse, mais ceux du Christ. Lc 24, 27 : En commençant par la loi et les prophètes, il leur expliqua toutes les Écritures qui parlaient de lui.
2297. Ensuite, [le Seigneur] les prévient d’obéir [aux scribes et aux Pharisiens] avec précaution, et il fait deux choses : premièrement, il les exhorte à [leur] obéir ; deuxièmement, à [les] éviter.
TOUT CE QU’ILS VOUS DIRONT, OBSERVEZ-LE, à savoir, dans [votre] cœur, ET FAITES-LE, dans vos actes. Dt 17, 9 : Tu viendras vers les prêtres de la famille de Lévi et vers le juge, puis : Tu feras tout ce qu’ils diront ; vient ensuite : Tu suivras leur décision. Et l’Apôtre [dit] : Obéissez à vos supérieurs [Rm 13, 1]. Et cela va à l’encontre des manichéens qui disaient que la loi ancienne n’était pas bonne. Il est clair qu’elle est bonne, puisque le Seigneur a ordonné de l’observer.
2298. Mais quelqu’un pourrait objecter : « Nous devons donc observer les dispositions de la loi, ce qui est contraire à l’enseignement des apôtres, Ac 15, 29. » Il faut savoir qu’il faut toujours respecter l’autorité du législateur selon son intention. Or, le législateur dit que certaines choses doivent toujours être observées, et celles-ci doivent toujours être observées ; mais il dit de certaines choses qu’elles ne sont qu’une ombre, comme on le lit en Col 2, 17 : Qui sont l’ombre des choses à venir. Les dispositions morales sont donc des commandements qui, selon l’intention du législateur, doivent être toujours observés ; mais les dispositions légales [ne doivent être observées] que pour un temps, à savoir, pour le temps qui précède le Christ. Ainsi, avant cette époque, elles doivent être observées, après, non, car celui qui les observerait ferait injure au Christ. Et Augustin donne un exemple. Si quelqu’un disait : « Je ne mangerai pas demain », cette parole est le signe de cette réalité ; et si, après avoir mangé, il disait la même chose, il ne parlerait pas correctement. De même, comme ces dispositions légales étaient les signes du Christ qui devait venir, celui qui les observerait après la venue du Christ ne les observerait pas correctement. Ainsi, TOUT CE QU’ILS VOUS DIRONT, conformément à l’intention du législateur, FAITES-LE.
2299. MAIS N’AGISSEZ PAS COMME ILS LE FONT. Ici, [le Seigneur] enseigne à [les suivre] avec précaution. Vous devez savoir que le prélat est promu non seulement pour que sa doctrine enseigne, mais aussi sa vie. Nous devons donner notre accord à ce qu’il enseigne, car, comme il est dit en Ga 1, 9 : Si quelqu’un vous annonce autre chose que ce que vous avez reçu, qu’il soit anathème. De même, devons-nous nous conformer à sa vie. En effet, sa vie doit être pour nous un exemple, comme la vie du Christ. C’est pourquoi [il est dit] en 1 Co 4, 16 : Soyez mes imitateurs comme je le suis du Christ. Or, [les Pharisiens et les scribes] ne sonnent pas faux dans [leur] doctrine, mais dans [leur] vie. Il faut donc suivre leur doctrine, mais s’écarter de leur vie.
2300. CAR ILS DISENT, ET NE FONT PAS. Ici, [le Seigneur] donne la raison. Premièrement, il présente la raison ; deuxièmement, il l’explique, en cet endroit : ILS LIENT DES FARDEAUX PESANTS, etc. [23, 4]. Tu dis : « CE QU’ILS VOUS ONT DIT, FAITES-LE, car ils disent : “Vous devez bien agir”, mais ILS NE FONT PAS. C’est pourquoi vous ne devez pas agir comme ils le font, car toi qui enseignes qu’il ne faut pas voler, tu voles. » Ps 49[50], 16 : Dieu a dit au pécheur : « Pourquoi racontes-tu mes jugements et as-tu mon alliance à la bouche ?"
2301. EN EFFET, ILS LIENT [AUX ÉPAULES DES GENS] DES FARDEAUX PESANTS ET INSUPPORTABLES, etc. En effet, le Seigneur veut accentuer leur malice, car ILS DISENT, ET NE FONT PAS. S’ils disaient et ne faisaient pas tout simplement, cela serait encore tolérable ; mais cela ne leur suffit pas, puisqu’ils ajoutent aux commandements de Dieu des fardeaux très lourds. Leur présomption est donc signalée, puisqu’ils lient d’autres fardeaux aux fardeaux imposés par Dieu, car ils proposent de nouvelles observances, comme on lit, en Mc 7, 2, qu’ils interdisaient de manger du pain sans se laver les mains fréquemment, à l’encontre ce que [dit] Is 58, 6 : Détachez les liens injustes, déliez les liens oppressants ! De même, la cruauté de ceux qui imposent des fardeaux est indiquée, à l’encontre de ce [que dit] 1 Jn 5, 3 : Car les commandements de Dieu sont légers. En effet, mon joug est doux et mon fardeau léger, plus haut, 11, 30. Leur manque de jugement est donc relevé, car s’ils imposaient [un fardeau] pesant à celui qui est fort, ce ne serait pas grand-chose ; mais ils imposent des fardeaux insupportables aux faibles. En effet, ne peut pas être porté ce qui dépasse les forces de celui qui porte. Ac 15, 10 : C’est un joug que ni nous, ni nos pères n’avons pu porter. De même est indiquée leur trop grande sévérité, car s’ils imposaient un fardeau et se montraient indulgents, cela suffirait encore ; mais ils ordonnent avec une certaine violence.
2302. ILS [LES] IMPOSENT AUX ÉPAULES DES HOMMES. Ils dépassent donc la mesure dans ce qu’ils disent. Ils la dépassent aussi en NE FAISANT PAS, car il y a des hommes qui ne veulent pas tout faire, mais veulent faire quelque chose. De même, il y en a qui, même s’ils ne veulent pas faire quelque chose de difficile, veulent toutefois faire quelque chose de léger. De même, il y en a qui, même s’ils n’agissent pas, ont cependant la volonté d’agir. Mais ceux qui ne veulent rien de cela font preuve d’une malice excessive. [Le Seigneur] dit donc : EUX-MÊME SE REFUSENT À LES REMUER DU DOIGT. Ainsi, non seulement ne faisaient-ils pas, mais ils ne voulaient pas au moins LES REMUER DU DOIGT, c’est-à-dire [qu’ils ne voulaient pas] commencer. De même, [ils ne voulaient pas] faire même des choses légères, ce qui est signifié par le doigt.
Vous devez faire ce qu’ils enseignent, mais vous ne devez pas les suivre dans leurs actions, parce qu’ils ne font pas même la plus petite chose. Chrysostome dit : « Ces gens disent de grandes choses, mais en font de petites. Ils ressemblent aux collecteurs de taxes, qui obligent les autres à en acquitter de plus grandes que ne l’exigent les tributs, mais eux-mêmes n’en acquittent pas. Que je ne te voie pas enseigner de grandes choses et en faire de petites ! Ainsi, le Seigneur t’épargnera davantage si tu penches vers la miséricorde que vers la sévérité. »
2303. MAIS EN TOUT ILS AGISSENT POUR ÊTRE VUS DES HOMMES. Ici, [le Seigneur] présente [leur] intention, et il fait deux choses : premièrement, il dévoile leur intention ; deuxièmement, il avertit ses disciples de les éviter.
En premier lieu, il présente [leur] intention ; deuxièmement, il l’explique, en cet endroit : EN EFFET, ILS AGRANDISSENT LEURS PHYLACTÈRES, etc. [23, 5].
Quelle est la raison pour laquelle ILS DISENT ET NE FONT PAS ? Parce qu’ils sont incorrigibles. La raison pour laquelle l’homme est si difficile à corriger ou est incorrigible est la recherche de sa propre gloire. Ainsi, Chrysostome [dit] : « Enlève la vaine gloire chez les clercs, et tu élagueras tous les autres vices. » C’est pourquoi [le Seigneur] commence par cela : MAIS EN TOUT ILS AGISSENT POUR ÊTRE VUS DES HOMMES. Jn 12, 43 : Ils ont aimé davantage la gloire qui vient des hommes que la gloire qui vient de Dieu. [Le Seigneur] dit donc : MAIS EN TOUT ILS AGISSENT, car [ils ne posent] pas un seul geste, MAIS ILS FONT TOUT POUR ÊTRE VUS DES HOMMES, à l’encontre de ce qui est dit plus haut, 6, 16 : Ne vous comportez pas comme des hypocrites. Ne leur ressemblez donc pas.
Vient ensuite l’explication : EN EFFET, ILS AGRANDISSENT LEURS PHYLACTÈRES, etc. [Le Seigneur] fait deux choses : premièrement, il dit ce qu’ils font ; deuxièmement, ce qu’ils recherchent : ILS AIMENT À OCCUPER LES PREMIERS DIVANS, etc. [23, 6].
2304. Que font-ils ? Ils ne font pas ce qui est pesant, mais ils font bien certaines choses qui paraissent à l’extérieur : ils portent une tenue sacrée, et cela n’est pas lourd, qu’ils déploient sous forme de phylactères et de franges. En effet, il est dit en Dt 6, 8 : Tu attacheras [les commandements] à ta main et devant tes yeux. À TA MAIN, c’est-à-dire à l’accomplissement d’une action, ET DEVANT TES YEUX, c’est-à-dire à ton examen attentif. Comme ceux-ci recherchaient la gloire en paraissant épris des commandements de Dieu, ils écrivaient les commandements sur des bouts de papier et les plaçaient devant leurs yeux, en les appelant des phylactères, et ils les agrandissaient afin qu’ils soient plus visibles des hommes. C’est pourquoi il est dit : EN EFFET, ILS AGRANDISSENT LEURS PHYLACTÈRES. On lit aussi au sujet des franges, en Nb 15, 38, que le Seigneur a ordonné de fabriquer des franges, car il voulait que le peuple juif se distingue des autres peuples. Afin de se montrer plus religieux, [les scribes et les Pharisiens] allongeaient les franges et les attachaient avec des épingles afin de paraître se piquer, pour rappeler qu’ils étaient juifs. Ils ne montrent donc que des choses extérieures, plus haut, 7, 15 : Ils viennent vers vous habillés comme des brebis.
Et que cherchent-ils ? AFIN D’ÊTRE VUS DES HOMMES. Or, cette gloire se manifeste par trois choses : par la préséance, par le respect exprimé et par l’éloge de leur nom. En effet, celui qui recherche la gloire recherche une de ces choses ou toutes.
2305. Ceux-ci recherchaient la préséance dans le lieu saint et dans les endroits ordinaires. Ainsi, pour les endroits ordinaires, [le Seigneur] dit donc : ILS AIMENT À OCCUPER LES PREMIERS DIVANS LORS DES REPAS. En effet, ils voulaient occuper les premières places à table, à l’encontre de Lc 14, 8 : Lorsque tu seras invité aux noces, cherche la dernière place. Et il dit : ILS AIMENT, car ce n’est pas l’autorité qui est reprochée, mais sa recherche désordonnée. Car certains occupent la première place de corps, mais, de cœur, ils sont cependant assis à la dernière place. Inversement, quelqu’un s’assoit à la dernière place afin qu’on dise : « Voyez comme il est humble », et ainsi, etc., mais [il s’assoit] de cœur à la première [place], parce qu’il cherche en cela la gloire. Ils cherchent aussi la préséance dans le lieu saint, dans l’église. [Le Seigneur] dit donc : ET LES PREMIERS SIÈGES DANS LES SYNAGOGUES, à l’encontre de Si 7, 4 : Ne demande pas à l’homme la première place ni au roi un siège glorieux.
2306. Ils désirent aussi qu’on les respecte. [Le Seigneur] dit donc : ET À RECEVOIR LES SALUTATIONS SUR LES PLACES PUBLIQUES, c’est-à-dire à être salués et honorés par les hommes, qu’on enlève son capuce en leur présence et qu’on fléchisse le genou devant eux. Et ils désirent qu’ON LES APPELLE « RABBI », c’est-à-dire être louangés comme des maîtres.
Origène met ceci en rapport avec ceux qui désirent des dignités dans l’Église. En effet, il existe une certaine dignité pour les archidiacres, les diacres, les prêtres et les évêques. La fonction des diacres est de présider aux tables, Ac 6, 2. Ceux qui désirent la fonction de diacres désirent donc les premiers divans. De même, le siège appartient en propre aux prêtres. C’est pourquoi ceux qui désirent le poste de prêtre aiment les sièges. Ce sont les évêques qui, à proprement parler, doivent être les maîtres. Ainsi, ce sont ceux qui désirent être évêques qui veulent être appelés « Rabbi ».
2307. POUR VOUS, NE VOUS FAITES PAS APPELER « RABBI ». Dans cette section, [le Seigneur] repousse l’imitation de la gloire ; en second lieu, il invite à l’humilité, en cet endroit : LE PLUS GRAND PARMI VOUS SERA VOTRE SERVITEUR [23, 11]. Il faut remarquer que celui qui a préséance doit instruire et gouverner : la première fonction est celle du maître, la seconde, celle des pères. C’est pourquoi [le Seigneur] interdit la vaine gloire pour les deux. Le second point [se trouve] en cet endroit : N’APPELEZ PERSONNE « PÈRE » SUR LA TERRE [23, 9].
À propos du premier point, il présente un enseignement ; deuxièmement, il en donne la raison.
2308. Il dit donc : POUR VOUS, NE VOUS FAITES PAS APPELER « RABBI ». S’oppose à cela ce [qui est dit] en 1 Tm 5, 17 : Que les anciens qui assurent bien la direction reçoivent un double honneur, surtout ceux qui œuvrent à la parole et à l’enseignement. On peut dire que NE VOUS FAITES PAS veut dire : « Ne sollicitez pas. » Et il en donne plus loin la raison : CAR VOUS N’AVEZ QU’UN MAÎTRE, etc., à savoir, Dieu. Ps 84[85], 9 : J’écouterai ce que le Seigneur Dieu dira en moi. Mais que veut-il dire ? Il faut dire qu’on appelle « maître » à proprement parler celui qui tient de lui-même l’enseignement, et non pas celui qui dispense aux autres [l’enseignement] transmis par un autre. Il n’existe ainsi qu’un seul maître, à savoir, Dieu, qui possède à proprement parler l’enseignement. Mais nombreux sont les maîtres à titre ministériel. Si tu cherches l’autorité, tu recherches ce qui relève de Dieu ; mais si tu cherches un ministère, tu cherches ce qui relève de l’humilité. C’est pourquoi il est dit plus loin : LE PLUS GRAND PARMI VOUS SERA VOTRE SERVITEUR [23, 11], c’est-à-dire qu’il se considérera comme un serviteur. Chrysostome dit que, de même qu’il n’existe qu’un seul Dieu par nature, et plusieurs par participation, de même il n’existe qu’un seul maître par nature, mais plusieurs à titre ministériel.
2309. Mais comment un homme peut-il savoir qu’il ne tient pas de lui-même l’enseignement ? Cela est clair, car il dépendrait alors de sa volonté de dispenser l’enseignement à qui il voudrait ; mais il ne le peut pas, bien plus, cela relève de Dieu seul, qui illumine le cœur de l’intérieur. Il existe de cela un exemple manifeste pour la santé : le médecin guérit en administrant certaines choses extérieures ; mais c’est la nature qui guérit à titre principal, alors que le médecin apporte une certaine aide, et le médecin guérit comme la nature, c’est-à-dire en revenant à un équilibre. De même en est-il de la science, car [son] principe nous vient de la nature, à savoir, l’intelligence ; celui qui enseigne propose certaines aides par l’enseignement, comme le médecin pour la santé, mais seul Dieu agit à l’intérieur de l’intelligence. VOUS N’AVEZ DONC QU’UN SEUL MAÎTRE, de sorte que vous ne devez pas être appelés « maître ».
2310. [Le Seigneur] montre aussi que [les disciples] ne doivent pas désirer l’autorité du père : VOUS ÊTES TOUS FRÈRES [23, 8], et il montre cela par l’égalité de leur condition. Pour le maître, il n’a pas fait de différence pour la qualité de leur condition, mais, pour la paternité, il joint la condition. Il dit donc : VOUS ÊTES TOUS FRÈRES, car vous êtes issus de moi, le Père. Ml 3, 5 : Voici que je vous enverrai Élie le prophète, puis : Et il tournera le cœur des pères vers les fils, et le cœur des fils vers leurs pères. Vous êtes de même mes fils par la régénération. 1 P 1, 3 : Lui qui nous a régénérés pour une vivante espérance par la résurrection de Jésus, le Christ. Ainsi, l’un n’a pas autorité sur l’autre.
2311. Vient ensuite : N’APPELEZ PERSONNE VOTRE PÈRE SUR LA TERRE. En effet, vous êtes les fils du Père éternel ; vous ne devez donc pas avoir de père sur la terre. On dit à proprement parler de quelqu’un qu’il a un père sur la terre lorsqu’il recherche un héritage sur la terre ; et celui-là a un Père dans les cieux, qui recherche un héritage dans les cieux. 1 P 1, 4 : Lui qui nous a régénérés en vue d’un héritage incorruptible, non souillé et impérissable dans les cieux. Pourquoi donc, dans les monastères, les anciens sont-ils appelés « pères » ? Il faut dire que c’est en raison de l’autorité. Ep 3, 4 : Vous pouvez comprendre ma prudence dans le service du Christ, etc. CAR VOUS N’AVEZ QU’UN SEUL PÈRE. Plus haut, 6, 9 : Notre Père qui es aux cieux.
2312. De même, NE VOUS FAITES PAS APPELER « MAÎTRE », CAR VOUS N’AVEZ QU’UN SEUL MAÎTRE, LE CHRIST. Le Christ s’attribue donc le magistère parce qu’il est le Verbe de Dieu. Il lui appartient donc d’enseigner, car personne n’enseigne que par la parole. De même, il est le maître quant à sa nature humaine, car il a été envoyé pour enseigner. Jn 1, 18 : Dieu, personne ne l’a jamais vu. Le Fils unique, qui est dans le sein du Père, lui nous l’a fait connaître. De même, [Jn] 13, 13 : Vous m’appelez « Maître » et « Seigneur ».
2313. LE PLUS GRAND PARMI VOUS SERA VOTRE SERVITEUR. Après [les] avoir détournés de l’orgueil, [le Seigneur] les exhorte à l’humilité. Premièrement, il présente [son] exhortation] ; deuxièmement, il en donne la raison.
Et cela peut s’enchaîner ainsi. Chrysostome [dit] : « Vous ne devez pas être appelés pères ni maîtres ; vous ne devez donc pas solliciter cela, mais plutôt l’humilité. » Ainsi, LE PLUS GRAND PARMI VOUS SERA VOTRE SERVITEUR, c’est-à-dire qu’il doit se comporter comme un serviteur. 1 Co 4, 1 : Qu’on nous considère donc comme les serviteurs du Christ. Ou bien, il avait dit : NE VOUS FAITES PAS APPELER « RABBI ». Ils lui dirent donc : « Tu veux donc qu’il n’y ait pas de direction sur terre ? » Le Seigneur dit : « Ce n’est pas ce que je veux, mais je veux que LE PLUS GRAND PARMI VOUS SOIT [VOTRE] SERVITEUR, c’est-à-dire qu’il ne se considère pas comme un supérieur, mais comme un serviteur. » 2 Co 4, 5 : Mais nous, nous sommes vos serviteurs par Jésus. C’est cela qui est dit en Lc 22, 27 : Qui est le plus grand ? Celui qui assure le service ou celui qui est étendu, etc. ?
2314. Ensuite, il donne la raison : QUICONQUE S’ÉLÈVERA SERA ABAISSÉ, ET QUICONQUE S’ABAISSERA SERA ÉLEVÉ. Ainsi, [on lit] dans le cantique de la Vierge, Lc 1, 52 : Il a déposé les puissants de leurs sièges et a exalté les humbles.
2315. Après avoir éclairé ses disciples et les foules sur les précautions qu’ils devaient prendre au sujet de l’enseignement des Juifs, ici [le Seigneur] oriente son discours vers les scribes en les rabrouant.
Premièrement, il [les rabroue] à propos de leur simulacre de religion, alors qu’ils sont irréligieux ; deuxièmement, de leur simulacre de pureté, alors qu’ils sont impurs ; troisièmement, de leur simulacre de piété, alors qu’ils sont impies. Le second point [se trouve] en cet endroit : MALHEUR À VOUS, SCRIBES ET PHARISIENS, QUI PURIFIEZ L’EXTÉRIEUR DE LA COUPE, etc. [23, 25]. Le troisième, en cet endroit : MALHEUR À VOUS, QUI BÂTISSEZ LES SÉPULCRES DE PROPHÈTES, etc. [23, 29].
En ce qui concerne la religion, les prêtres doivent faire certaines choses pour le peuple, et inversement. Premièrement, [le Seigneur] présente donc leur malice pour ce qui relève des prêtres ; deuxièmement, pour ce qui relève du peuple, en cet endroit : MALHEUR À CELUI QUI DIT : « SI L’ON JURE, etc. » [23, 16].
2316. Le prêtre doit quelque chose au sujet déjà converti, et quelque chose à celui qui n’est pas converti. À celui qui n’est pas converti, [il doit] de le convertir ; à celui qui est converti, [il doit] l’enseignement. Ml 2, 7 : Les lèvres du prêtre enseignent la sagesse. Il lui doit aussi [ses] prières. He 5, 1 : Tout grand prêtre, pris d’entre les hommes, est établi en faveur des hommes pour leurs relations avec Dieu. [Les scribes] se comportaient mal dans les deux cas. Ainsi, en premier lieu, [le Seigneur] les rabroue-t-il à propos du premier cas ; en second lieu, au sujet du deuxième, en cet endroit : MALHEUR À VOUS QUI DÉVOREZ LES MAISONS DES VEUVES, etc. [23, 14].
2317. Dans tous ces reproches, il montre qu’il est le Fils de Celui qui a donné l’ancienne loi. En Dt 26 et 28, sont formulées des malédictions contre ceux qui ne seront pas demeurés dans la loi, puis sont formulées des bénédictions. Mais parce que [le Seigneur] était venu afin d’abolir les malédictions de la loi, les bénédictions ont donc d’abord été présentées plus haut, là où il est dit : Bienheureux les pauvres, bienheureux les doux, etc. [5, 3s]. Mais, vers la fin de son enseignement, il formule une malédiction. C’est pourquoi ceux qui rabrouent l’ancienne loi parce qu’y apparaissaient des malédictions rabrouent à tort, car il en est [à ce sujet] de l’ancienne loi comme de la nouvelle. En effet, dans la loi, ne sont maudits que ceux qui s’écartaient de la loi. Il en est de même ici. Pr 3, 11 : Ne rejette pas l’enseignement du Seigneur.
2318. Mais que veut-il dire par : VOUS FERMEZ AUX HOMMES LE ROYAUME DES CIEUX ? Le royaume des cieux est la béatitude de la vie éternelle. Plus haut, 5, 20 : À moins que votre justice ne dépasse celle des scribes et des Pharisiens, vous n’entrerez pas dans le royaume des cieux. De même, l’Écriture est appelée un royaume, plus haut, 21, 43 : Le royaume de Dieu vous sera enlevé, c’est-à-dire la compréhension de la Sainte Écriture. Le Christ est la porte des deux royaumes. Jn 10, 9 : Je suis la porte. Si quelqu’un entre par moi, il sera sauvé ; il entrera et sortira, et il trouvera un pâturage. Que signifie donc : FERMER LE ROYAUME, si ce n’est que ceux-ci [le] fermaient par leur mauvais enseignement et leur mauvaise vie ? N’est fermé que ce qui a été ouvert. Les enseignements du Christ sont ouverts, mais ceux-ci les fermaient parce qu’ils les rendaient obscurs. [On lit] en Is 35, 5 : Le Seigneur lui-même viendra et nous sauvera. Alors seront ouverts les yeux des aveugles et seront débouchées les oreilles des sourds. Lorsque le Seigneur faisait ces miracles, cette Écriture était ouverte, mais eux [la] fermaient lorsqu’ils disaient : C’est par Béelzébut qu’il chasse les démons, Lc 11, 15.
2319. De même, ceux-ci [la] fermaient par leur mauvaise vie lorsque, par le mauvais exemple, ils induisaient [les gens] à pécher. Ps 1, 1 : Bienheureux l’homme qui ne se joint pas au conseil des impies, ne se tient pas sur la route des pécheurs et ne s’assoit pas dans la chaire malodorante. Celui-là s’assoit à proprement parler dans la chaire malodorante, qui reçoit la fonction d’enseigner et corrompt le peuple par une mauvaise vie. Le juge fait encore périr un homme par une sentence injuste. Toutefois, c’est en vain qu’il prononce une sentence injuste. En effet, « le pouvoir de lier et de délier a été donné pour construire, et non pour détruire ». On peut donc dire à leur sujet : MALHEUR À VOUS… QUI FERMEZ AUX HOMMES LE ROYAUME DES CIEUX !
De même, on ne peut douter que quiconque empêche l’entrée dans le royaume agit mal. Vient donc ensuite : VOUS N’ENTREZ PAS VOUS-MÊMES, ET VOUS NE LAISSEZ PAS ENTRER CEUX QUI LE VOUDRAIENT, c’est-à-dire, [vous ne laissez pas] les autres se convertir. Ainsi, Ml 2, 8 : Vous vous êtes écartés du chemin et en avez scandalisé un grand nombre.
2320. MALHEUR À VOUS… QUI DÉVOREZ LES MAISONS DES VEUVES, TOUT EN FAISANT DE LONGUES PRIÈRES. Ceci est la deuxième malédiction, dans laquelle est abordé le simulacre dans la prière.
Premièrement, [le Seigneur les] rabroue au sujet de leur voracité, lorsqu’il dit : QUI DÉVOREZ LES BIENS DES VEUVES, parce que tout ce qu’ils faisaient, ils le transformaient en gloutonnerie, de sorte que leur convient ce qui est dit en 2 M 6, 4, que tout le temple était plein de débauches et d’orgies.
2321. LES MAISONS DES VEUVES, c’est-à-dire les biens des veuves. Mais pourquoi les maisons des veuves plutôt que celles des autres ? La raison en est qu’ils cherchent davantage à séduire les femmes, car les hommes sont plus sages et prudents et ne sont pas si facilement trompés. De même, les femmes ont une affectivité qui les incline davantage à donner. 1 Tm 2, 10 : Mais ce qui convient à des femmes, qui s’engagent à la piété par de bonnes œuvres, car une femme qui a un mari l’a comme chef et conseiller. C’est pourquoi elle n’est pas ainsi dupée. De même, la femme mariée n’a pas pouvoir sur sa maison, mais la veuve l’a ; elle peut donc donner davantage que la femme mariée. Ils quêtaient donc davantage auprès d’elles qu’auprès des autres, puisqu’on pouvait leur donner davantage. Leur convient donc bien ce [qui est dit] en Ps 93[94], 6 : Ils ont tué la veuve et l’étranger. Et cela, par [leur] prière : TOUT EN FAISANT DE LONGUES PRIÈRES, par simulacre de sainteté. Ainsi, ils transformaient la prière en quête, et la quête en gloire. Ils pouvaient donc être rabroués, car ils étaient gloutons, déprédateurs et simulaient la sainteté.
2322. Vient donc ensuite : VOUS SUBIREZ DE CE FAIT UNE CONDAMNATION PLUS SÉVÈRE, à savoir, vous avez péché davantage. Et pourquoi ? Parce que si quelqu’un pille par les armes du Diable, il pèche ; s’il pille par les armes de Dieu, il pèche doublement, car il pèche contre Dieu et contre le prochain. Ou bien : PLUS [SÉVÈRE], etc., parce que vous aurez reçu de ceux à qui vous deviez donner. Ou bien : PLUS SÉVÈRE, comme on trouve en Lc 12, 47 : Le serviteur qui, connaissant la volonté de son maître, n’aura rien fait recevra un plus grand nombre de coups.
2323. MALHEUR À VOUS, SCRIBES ET PHARISIENS, QUI PARCOUREZ MERS ET CONTINENTS POUR GAGNER UN SEUL PROSÉLYTE. Ceci s’interprète de deux manières : par référence à l’époque postérieure au Christ et [à l’époque] antérieure au Christ. Si [on se réfère] à l’époque postérieure, [le Seigneur] parle ainsi des choses à venir et présentes. En effet, il a prévu que les Juifs devaient être dispersés à la grandeur du monde et qu’ils chercheraient à convertir à leur loi, en détournant du Christ ceux qu’ils pourraient. On dit donc : QUI PARCOUREZ MERS ET CONTINENTS, etc. On appelle prosélytes ceux qui, parmi les Gentils ou les chrétiens, se convertissent à leur foi, et c’est parce qu’il prévoyait ceux qui se convertiraient à leur foi parmi les chrétiens qu’il dit cela. Et il dit : UN SEUL, parce que très peu se sont [ainsi] convertis. Ils ont donc encouru cette malédiction qu’on trouve en Os 9, 10 : Comme des raisins dans le désert, j’ai trouvé Israël.
2324. ET QUAND IL A ÉTÉ GAGNÉ, c’est-à-dire quand il est devenu juif, VOUS LE RENDEZ DIGNE DE LA GÉHENNE DEUX FOIS PLUS QUE VOUS, car il était d’abord un Gentil, puis [est devenu] par la suite un Juif. Il commet donc des péchés doubles, à savoir ceux des Gentils et ceux des Juifs, puisque, comme Juif, il participe à la mort du Christ. S’il avait été d’abord chrétien, puis par la suite juif, il aurait été deux fois pire, car il aurait souillé le don du Saint-Esprit qu’il avait reçu par les sacrements. De même participe-t-il aux péchés des Juifs. Jn 8, 44 : Vous tenez de votre père, le Diable.
On peut aussi mettre [ce qui est dit] en rapport avec l’époque antérieure au Christ, car, avant le Christ, [les Juifs] en convertissaient un certain nombre à leur foi. Et cela est clair, car chacun s’aime davantage qu’un autre. S’ils en avaient converti en vue du salut de leur âme, ils auraient donc dû s’occuper de leur propre salut, mais ils n’en avaient cure. Ils faisaient tout cela pour collecter, car ils voulaient que les offrandes augmentent. Leur enseignement est donc futile.
2325. ET QUAND IL A ÉTÉ GAGNÉ, VOUS LE RENDEZ DIGNE DE LA GÉHENNE DEUX FOIS PLUS QUE VOUS, car d’abord il s’était converti au judaïsme et avait chuté, puis, par la suite, il s’est converti de nouveau. Ainsi il est dit, 2 P 2, 21 : Mieux vaut ne pas connaître le chemin de la justice que de revenir sur ses pas après l’avoir connu. [On peut aussi l’interpréter] autrement. Avant d’être juif, il s’abstenait du mal, du moins pour être louangé par les hommes, mais, après, non. De sorte que Rm 2, 14 [dit] : En effet, alors que les païens, qui n’ont pas de loi, font naturellement ce qui relève de la loi, tout en n’ayant pas de loi, ils sont une loi pour eux-mêmes. Ils prenaient donc exemple sur les méchants.
2326. MALHEUR À VOUS, GUIDES AVEUGLES. Par cela, [le Seigneur] montre comment il y a des simulateurs de sainteté pour ce qui doit être rendu aux prélats : premièrement, pour ce qui est des offrandes ; deuxièmement, des dîmes, en cet endroit : MALHEUR À VOUS… QUI ACQUITTEZ LA DÎME DE LA MENTHE, etc.
Voyez : en premier lieu, [le Seigneur] présente leur tradition ; en second lieu, il [la] réfute par trois arguments.
La première partie, où est présentée [leur] tradition avec sa justification, comporte deux parties. La seconde [se trouve] en cet endroit : QUICONQUE AURA JURÉ SUR L’AUTEL, etc. [23, 18].
2327. [Les scribes et les Pharisiens] orientaient toute la religion vers la collecte afin d’amener les hommes à faire des offrandes. Dans le temple, beaucoup d’or était étalé. Ils disaient donc que, si quelqu’un jurait par le temple, il ne devait rien ; mais celui qui jurait par l’or s’obligeait à la quantité d’or pour laquelle il jurait. De même, la seconde tradition était qu’il y avait là un autel et que beaucoup de choses étaient offertes sur l’autel. Ils disaient donc que celui qui jurait par l’autel n’avait rien à acquitter, mais celui [qui jurait] par l’offrande s’obligeait à la valeur de l’offrande. Et pourquoi ? Afin de profiter des peines et d’augmenter l’offrande par son caractère sacré, et d’inciter les hommes à offrir davantage.
2328. Premièrement, [le Seigneur] présente la première partie ; deuxièmement, la seconde.
À propos du premier point, il fait deux choses : premièrement, il présente la tradition ; deuxièmement, son désaveu, en cet endroit : AVEUGLES ET INSENSÉS, etc. [23, 17].
[Le Seigneur] dit donc : MALHEUR À VOUS, GUIDES AVEUGLES, etc. On trouve la même chose plus haut, 15, 14 : Ils sont des aveugles et des guides d’aveugles. Is 56, 10 : Ses guetteurs sont tous aveugles. QUI DITES : « SI L’ON JURE PAR LE TEMPLE DE DIEU, CELA NE COMPTE PAS », car il est impossible que [celui qui jure] construise un autre temple. « MAIS SI L’ON JURE PAR L’OR DU TEMPLE, c’est-à-dire par l’or, [CELUI QUI JURE] EST DÉBITEUR », à savoir, de cet or.
2329. INSENSÉS ET AVEUGLES ! QUEL EST DONC LE PLUS DIGNE : L’OR OU CE TEMPLE QUI A RENDU CET OR SACRÉ ? Il est clair que ce qui est dans le temple est rendu sacré en raison du temple, de sorte que celui qui vole quelque chose dans le temple commet un sacrilège. Ainsi, il est plus digne de jurer par le temple que par l’or [qui s’y trouve]. Chrysostome [dit] : « Cela s’oppose à ceux qui disent que jurer par Dieu n’est rien. » Ceux qui jurent par Dieu croient donc ne rien jurer ; mais lorsqu’ils jurent par les saints évangiles, ils croient que cela est grand. On peut donc leur dire : « Qu’est-ce qui est plus grand : Dieu ou l’évangile ? » Il est clair que c’est Dieu. Et cela est vrai de manière absolue, sauf lorsqu’on y ajoute une circonstance qui aggrave le péché. Car celui qui jure par les saints évangiles de Dieu a juré avec une certaine délibération et une certaine solennité. Il pèche donc plus gravement.
2330. Ensuite, [le Seigneur] présente la seconde partie de la tradition : SI L’ON JURE PAR L’AUTEL, CELA N’EST RIEN ; MAIS SI L’ON JURE PAR L’OFFRANDE QUI EST DESSUS, ON EST DÉBITEUR.
2331. Puis, il présente la réfutation : AVEUGLES ! QUEL EST LE PLUS DIGNE : L’OFFRANDE OU L’AUTEL QUI REND L’OFFRANDE SACRÉE ? En effet, l’offrande n’est rendue sacrée que par l’autel.
2332. AUSSI BIEN, CELUI QUI AURA JURÉ PAR L’AUTEL AURA JURÉ PAR LUI ET PAR TOUT CE QUI EST DESSUS. Ici, [le Seigneur] donne une autre raison. Le temple contient de l’or, et non l’inverse. De même, l’autel porte l’offrande, et non l’inverse. De sorte que celui qui jure par le temple jure par l’or qui est dans le temple ; et celui qui jure par l’autel jure par ce qui est sur celui-ci.
2333. Vient de même ensuite une autre raison : CELUI QUI JURE PAR LE TEMPLE JURE PAR LUI ET PAR CELUI QUI EST EN LUI. Ceux-ci disaient : « Celui qui jure par le temple ne jure rien. » Mais [le Seigneur] veut montrer que celui qui jure par le temple jure par Dieu, car il ne jure par le temple que dans la mesure où celui-ci est sacré, et il n’est sanctifié que par Dieu. Celui-là donc qui jure par le temple jure par Dieu.
2334. Ensuite est présentée une autre raison : CELUI QUI JURE DANS LE CIEL, c’est-à-dire par le ciel, NE JURE PAR CELUI-CI QUE PARCE QU’IL EST LE TRÔNE DE DIEU, et parce que s’y manifeste la puissance de Dieu. Ainsi, CELUI QUI JURE PAR LE CIEL JURE PAR LE TRÔNE DE DIEU ET PAR CELUI QUI Y SIÈGE. Ps 10, 5 : Dieu dans son saint temple et le Seigneur dans le ciel qui est son trône. Et cela est amené par mode de comparaison.
2335. Mais, au sens mystique, selon Origène, [le Seigneur] mentionne le temple, l’or et l’autel par lesquels est signifiée la vie contemplative et glorieuse. Par l’or est signifiée [la vie] contemplative, du fait qu’est signifié un sens subtil et bien réfléchi de l’Écriture même, car autant que celui-ci paraît raisonnable, rien n’existe que dans le temple, c’est-à-dire à moins que ce ne soit confirmé par la Sainte Écriture. Par l’autel est signifié le cœur, dans lequel doit exister le feu de la dévotion. Lv 6, 12 : Le feu ne s’éteindra pas sur mon autel. Par les offrandes [sont signifiés] les services et les offrandes qui n’ont pas de valeur s’ils ne viennent d’un cœur saint ou d’un autel sacré, plus haut, 6, 22 : Si ton œil est pur, tout ton corps sera pur. Par le trône est indiquée la vie glorieuse : là se trouve Dieu qui dépasse toutes choses. Ou bien, par l’autel et le temple, nous entendons le Christ : en effet, lui-même s’appelle temple. Jn 2, 19 : Détruisez ce temple, et je le rebâtirai en trois jours. De même, il est appelé autel. He 13, 10 : Nous avons un autel, à même lequel ne peuvent se nourrir ceux qui assurent le service dans le temple. Ainsi, tout ce que nous faisons de bien, si cela n’est pas sanctifié dans ce temple, à savoir, le Christ, ne vaut rien. Cela est donc totalement méprisable si cela ne se rapporte pas au Christ.
2336. MALHEUR À VOUS, SCRIBES ET PHARISIENS HYPOCRITES, QUI ACQUITTEZ LA DÎME DE LA MENTHE, DU FENOUIL ET DU CUMIN. Ici, [le Seigneur] les reprend au sujet des dîmes, et il fait trois choses : premièrement, il présente leur coutume ; deuxièmement, il suggère un enseignement ; troisièmement, il présente une comparaison. Le second point [se trouve] en cet endroit : C’EST CECI QU’IL FALLAIT FAIRE [23, 23] ; le troisième, en cet endroit : GUIDES AVEUGLES, QUI PASSEZ DIFFICILEMENT UN MOUSTIQUE, etc. [23, 24].
Il dit donc : MALHEUR À VOUS, SCRIBES ET PHARISIENS, et il ajoute : HYPOCRITES, car leur intention principale était la simulation, QUI APPLIQUEZ LA DÎME DE LA MENTHE, DU FENOUIL ET DU CUMIN. On peut entendre soit « qui donnez les dîmes », soit « qui exigez les dîmes ». Il y avait donc de très nombreux prêtres et lévites, à qui il revenait d’exiger les dîmes qui leur étaient dues, comme on le trouve en Nb 18, 21 et Dt 14, 22. Ils mettaient donc beaucoup de soin à exiger ; c’est pourquoi ils exigeaient jusqu’à la plus petite chose, comme le cumin et le fenouil.
2337. APRÈS AVOIR NÉGLIGÉ LES POINTS LES PLUS GRAVES DE LA LOI : LA JUSTICE, LA MISÉRICORDE ET LA FOI. En effet, certaines choses étaient dues aux prêtres pour eux-mêmes, telles les dîmes dont ils devaient vivre ; mais à certaines, on était tenu pour Dieu, comme de pratiquer la justice et la miséricorde. C’est pourquoi le Seigneur exigeait ces choses d’eux, à savoir, la justice et la miséricorde. Ps 100[101], 1 : Je chanterai ta justice et ta miséricorde, Seigneur. De même, [le Seigneur] veut la foi en vue de sa gloire. Ils n’accordaient pas d’importance à ce à quoi ils étaient tenus pour Dieu. [Le Seigneur] dit donc : APRÈS AVOIR NÉGLIGÉ LES POINTS LES PLUS GRAVES DE LA LOI : LA JUSTICE, LA MISÉRICORDE ET LA FOI. Mais il accordaient beaucoup d’importance aux dîmes auxquelles on était tenu pour eux-mêmes, selon ce qui [est dit] en Ph 2, 21 : Tous recherchent ce qui leur revient, et non [ce qui revient] à Dieu. La charité fait le contraire, elle qui ne recherche pas ce qui est sien, mais ce qui appartient à Jésus, le Christ, 1 Co 13, 5.
2338. De même, on pourrait dire : MALHEUR À VOUS QUI ACQUITTEZ LES DÎMES, car vous donnez les plus petites choses, la menthe, le cumin et les choses de ce genre, afin de paraître religieux ; mais vous n’accordez pas d’importance aux réalités intérieures, car vous n’aimez ni la miséricorde, ni la justice, ni la foi, plus haut, 12, 7 : Si vous saviez ce que cela veut dire : « Je veux la miséricorde, et non le sacrifice », jamais vous n’auriez condamné des innocents. Origène dit que, par la menthe et le cumin, etc., on peut entendre certaines choses qui se rapportent à la beauté de la religion. De sorte que la miséricorde, la justice et la foi sont comme les aliments, et les autres petites choses sont comme un condiment. Ainsi, comme ils insistaient davantage sur le condiment dans la préparation de la nourriture, de même insistaient-ils davantage sur le fait qu’on fléchisse le genou devant eux, que sur ce qui se rapportait à Dieu.
2339. IL FALLAIT FAIRE CECI, SANS NÉGLIGER CELA. Parce qu’il avait dit : MALHEUR À VOUS QUI ACQUITTEZ LES DÎMES, on aurait pu dire que le Seigneur interdisait de donner des dîmes. Il dit donc le contraire, lorsqu’il dit : IL FALLAIT FAIRE CECI, SANS NÉGLIGER CELA, comme s’il disait : « Vous ne péchez pas en faisant cela, mais en omettant ce à quoi vous êtes davantage tenus. » Ainsi, IL FALLAIT FAIRE CECI, c’est-à-dire exiger les dîmes, ET NE PAS OMETTRE CELA, c’est-à-dire la justice et la foi.
2340. Mais on peut soulever ici une question à propos des dîmes. Le Seigneur semble affirmer la nécessité d’acquitter les dîmes, de sorte que, dans tout le Nouveau Testament, il n’en est nulle part fait mention d’une manière aussi expresse qu’ici. Mais cela ne vient-il pas d’un précepte de la loi ? Non, car, dans la loi, se trouvent des [préceptes] moraux, des [préceptes] cérémoniels et d’autres [qui sont] judiciaires. Les [préceptes] moraux doivent être observés en tout temps et par tous ; les [préceptes] cérémoniels [doivent l’être] par certains hommes et à des moments déterminés, comme c’est le cas de la circoncision, et ceux-ci n’avaient valeur que de figure. De même, pour certains [préceptes] judiciaires, comme l’obligation de rendre le quadruple pour celui qui avait volé une brebis.
2341. À propos des dîmes, on demande donc si les dîmes relevaient d’un précepte moral. Et il semble que non, car les [préceptes] moraux relèvent de la loi naturelle. Or, seul relève de la loi naturelle ce dont peut convaincre la raison. Mais celle-ci ne convainc pas plus de donner la dîme [la dixième partie] que la neuvième ou la onzième, etc. Elle ne relève donc pas du droit naturel. De même, si les dîmes sont cérémonielles, ceux qui ne les acquittent pas ne pèchent pas. À ce sujet, ceux qui nous ont précédés ont dit que certains [préceptes] étaient purement moraux, certains purement cérémoniels, mais que certains sont en partie moraux et en partie cérémoniels. « Tu ne tueras pas » est un [précepte] purement moral. De même : « Tu adoreras le Seigneur ton Dieu », etc. Si tu dis : « Tu offriras un agneau à la quatorzième lune », cela est [un précepte] purement cérémoniel. Mais si on dit : « Rappelle-toi de sanctifier le jour du sabbat », cela comporte quelque chose de naturel et quelque chose de cérémoniel. De moral, à savoir que la raison naturelle suggère qu’il y ait un temps pour s’y adonner, pendant lequel on s’adonne à prier Dieu. Mais que ce soit le samedi ou le dimanche, etc., cela est affaire de jugement.
2342. Ils disent donc que le précepte sur les dîmes est en partie cérémoniel et en partie moral. En effet, elles existent pour l’entretien des pauvres et de ceux qui s’adonnent au service de Dieu ou à la prédication. En effet, il convient que celui qui est au service de la communauté vive de la communauté, et cela est de droit naturel ; mais qu’il [reçoive] le dixième [des biens], cela est d’ordre cérémoniel. Mais n’est-on pas tenu au mode ? Je dis que la détermination [du mode] relève de n’importe quel dirigeant qui a le pouvoir d’établir la loi. Ainsi, il relève du pouvoir de l’Église de prescrire le dixième, le neuvième ou quelque chose de cet ordre. On y est donc tenu, non par le droit naturel, mais par une décision de l’Église.
2343. GUIDES AVEUGLES QUI PASSEZ DIFFICILEMET UN MOUSTIQUE, ET AVALEZ UN CHAMEAU ! Dans cette section, [le Seigneur] propose une comparaison. Il dit donc : QUI PASSEZ DIFFICILEMENT UN MOUSTIQUE. Celui qui passe difficilement avale avec difficulté. [Le Seigneur] veut donc dire qu’ils accordent le plus grand soin aux plus petites choses, et peu de soin aux grandes. Ou bien, on entend par moustique les tout petits péchés, et par chameau les grands. Ils insistent donc sur les petits péchés. C’est cela qu’il dit : VOUS AVALEZ UN CHAMEAU !
2344. MALHEUR À VOUS, SCRIBES ET PHARISIENS, QUI PURIFIEZ L’EXTÉRIEUR DE LA COUPE ET DE L’ÉCUELLE ! Plus haut, le Seigneur a rabroué les Pharisiens au sujet de la simulation qu’ils offraient à l’extérieur de ce qu’ils n’avaient pas dans le cœur et du détournement vers la collecte. Ici, [il les rabroue] à propos de la simulation de la pureté qu’ils manifestaient à l’extérieur : en premier lieu, pour ce qui concernait leur désir de biens temporels ou les péchés de la chair ; en second lieu, pour ce qui concernait les [biens] spirituels.
En premier lieu, il traite du premier point ; en second lieu, du second, en cet endroit : MALHEUR À VOUS… QUI RESSEMBLEZ À DES SÉPULCRES BLANCHIS ! [23, 27].
À propos du premier point, il fait deux choses. Premièrement, en effet, il [leur] reproche leur simulation ; deuxièmement, il présente un enseignement saint, en cet endroit : PHARISIEN AVEUGLE ! etc. [23, 26].
2345. [Le Seigneur] dit donc : MALHEUR À VOUS, SCRIBES ET PHARISIENS, QUI PURIFIEZ L’EXTÉRIEUR DE LA COUPE, etc. Remarquez que ceci peut s’entendre de deux façons. D’une façon, il s’agirait d’un langage au sens propre, et il veut toucher le comportement des Pharisiens qui accordaient une grande curiosité à la purification extérieure, comme on voit plus haut qu’ils scrutaient la pureté des cruches et des vases. Ainsi, MALHEUR À VOUS, qui montrez un grand soin à purifier les vases, mais non les cœurs. Vient donc ensuite : MAIS QUI, À L’INTÉRIEUR, c’est-à-dire dans le cœur, ÊTES REMPLIS DE RAPINE ET D’IMPURETÉ.
2346. Jérôme veut que cela soit une manière imagée de parler. Il veut donc qu’on comprenne la pureté de tout ce qui est étalé à l’extérieur. Dans l’écuelle, on présente la nourriture, et dans la coupe, la boisson. Or, l’homme est appelé une écuelle, mais la nourriture dont Dieu se délecte, ce sont les bonnes œuvres que [l’homme] fait. Jn 4, 34 : Ma nourriture, c’est que je fasse la volonté de mon Père. Il est clair que l’utilisation de la coupe et de l’écuelle ne se réalise pas par leur surface extérieure, mais par ce qui est à l’intérieur. Celui donc qui purifie l’extérieur de la coupe est celui qui orne son corps à l’extérieur. « Vous êtes ainsi : À L’INTÉRIEUR, VOUS ÊTES REMPLIS DE RAPINE ET D’IMPURETÉ. » [Le Seigneur] précise deux points : la rapine et l’impureté, parce qu’il y a deux genres de péchés : les péchés de la chair, qui se réalisent dans le plaisir de la chair, comme la gourmandise et la luxure ; et les autres, qui se réalisent dans le plaisir de l’esprit, comme l’orgueil et l’avarice, car l’avarice, pour ce qui est de son objet, se range du côté du péché de la chair, mais, pour ce qui est de son achèvement, parce qu’elle s’achève dans un plaisir de l’esprit, à savoir, le désir effréné de l’argent, se range parmi les [péchés] de l’esprit.
2347. [Le Seigneur leur] reproche donc leur avarice lorsqu’il dit : RAPINE. Au sens propre, la rapine consiste à prendre le bien d’autrui, de même que l’avare, au sens propre, garde le bien d’autrui. Elle s’oppose donc à la justice. Is 3, 34 : La rapine à l’endroit des pauvres habite votre maison. Ils sont aussi REMPLIS D’IMPURETÉ, par la gourmandise et la luxure. L’âme est rendue impure par la passion, et aucune passion n’avilit autant la raison que la gourmandise et la luxure. Ep 5, 3 : Que ni la fornication ni l’impureté ne soient évoquées parmi vous, comme il convient à des saints.
2348. Puis, [le Seigneur] revient à un enseignement saint : PHARISIEN AVEUGLE ! PURIFIE D’ABORD L’INTÉRIEUR DE LA COUPE ET DE L’ÉCUELLE. Toute la pureté extérieure vient de la pureté intérieure, comme on le trouve plus haut, 6, 22 : Si ton œil est clair, tout ton corps sera éclairé, etc. Il enseigne donc à purifier d’abord le cœur, et ainsi tout sera pur. Il dit donc : PHARISIEN AVEUGLE, etc. Sg 2, 21 : Leur malice les a aveuglés. PURIFIE D’ABORD L’NTÉRIEUR, car tout ce qui est fait à l’extérieur, pourvu que cela vienne d’une bonne intention, est entièrement bon. Pr 4, 23 : Surveille ton cœur avec toute ton attention.
On peut aussi interpréter cela de la parole de l’homme. Ainsi, ce qui est à l’intérieur peut s’entendre de la compréhension de la Sainte Écriture. Si 15, 3 : Il l’a nourri du pain de la vie et de l’intelligence, car il est nourri de sagesse. Le pain de la sagesse est la parole de vie. Ainsi, certains veulent embellir extérieurement leurs paroles, mais ne prennent pas garde à leur façon de penser. Et ceux-ci purifient ce qui est à l’extérieur.
2349. MALHEUR À VOUS… QUI RESSEMBLEZ À DES SÉPULCRES BLANCHIS ! Ici, [le Seigneur] leur fait des reproches pour ce qui concerne les péchés spirituels. Premièrement, il présente une comparaison ; deuxièmement, il l’explique.
On appelle sépulcre l’endroit où repose un corps mort. Les corps des saints qui sont morts sont le temple de Dieu, dans lequel Dieu habite. 1 Co 3, 17 : Le temple de Dieu que vous êtes est saint. Le corps est la demeure de l’âme et l’âme est le siège de Dieu. Ainsi, de même que le corps est la demeure de l’âme, de même l’âme l’est-elle de Dieu. Ps 10, 5 : Le Seigneur dans son saint temple, etc. Mais le corps du pécheur est un sépulcre parce qu’il contient un mort, puisque l’âme meurt par le péché. C’est pourquoi les méchants sont appelés un sépulcre. Ps 13[14], 3 : Leur bouche est un sépulcre. Dans le sépulcre, le corps mort est à l’intérieur et, parfois, il n’y a à l’extérieur qu’une image, qui semble être vivante par le visage. Ap 3, 1 : On te dit vivant, mais tu es mort. [Le Seigneur] dit donc : AU DEHORS, ILS ONT BELLE APPARENCE, à cause de l’ornementation extérieure, MAIS, AU-DEDANS, ILS SONT PLEINS D’OSSEMENTS DE MORTS ET DE TOUTE POURRITURE, c’est-à-dire de toute pourriture et impureté.
2350. Après cela, [le Seigneur] explique : VOUS DE MÊME, AU-DEHORS, VOUS OFFREZ L’APPARENCE DE JUSTES, c’est-à-dire que les hommes vous estiment justes, MAIS, AU-DEDANS, VOUS ÊTES PLEINS D’HYPOCRISIE ET D’IMPURETÉ. Il englobe les péchés de la chair, l’avarice et la gourmandise, comme on l’a dit plus haut, sous lesquels est comprise la vaine gloire. Jn 12, 43 : Ils ont aimé davantage leur propre gloire que celle de Dieu. De même, sous l’iniquité, [sont compris] tous les péchés spirituels.
2351. Lorsqu’il dit : MALHEUR À VOUS… QUI BÂTISSEZ LES SÉPULCRES DES PROPHÈTES !, il leur reproche de simuler la piété, et il fait deux choses : premièrement, il expose leur simulation ; deuxièmement, leur cruauté, en cet endroit : VOUS TÉMOIGNEZ DONC CONTRE VOUS-MÊMES, etc. [23, 31].
Ils simulent aussi de deux façons : par les gestes et par la parole. Ainsi, [le Seigneur] les rabroue, en premier lieu, à propos de leurs gestes ; en second lieu, à propos de leurs paroles. Le second point [se trouve] en cet endroit : ET VOUS DITES : « SI NOUS AVIONS VÉCU, etc. » [23, 30].
2352. [Le Seigneur] dit donc : MALHEUR À VOUS QUI BÂTISSEZ LES SÉPULCRES DES PROPHÈTES ! Mais que signifie cela ? Est-ce que ceux-ci n’agissaient pas mal ? N’agissons-nous pas bien en déposant les corps des saints dans des châsses en argent et en or ? Certains disent qu’ils ne sont pas rabroués en raison de [leur] action, mais de [leur] intention, car leur intention était mauvaise. En effet, ils agissaient de manière à ce que le souvenir du crime de leurs pères soit rappelé à la mémoire des hommes. Ainsi, c’était la coutume que, lorsque quelque chose de nouveau survenait, on érigeait quelque chose pour en garder le souvenir. Ils voulaient donc que l’audace de leurs parents soit rappelée à tous, car [ceux-ci] avaient osé tuer des prophètes. Mais cette interprétation n’est pas en accord avec le texte. Il faut donc dire autre chose : ils n’étaient pas rabroués à cause de cela, mais ils ne faisaient cela que pour montrer à l’extérieur des signes de piété, de la même façon dont il a été dit plus haut qu’ils acquittaient les dîmes de la menthe et du cumin.
2353. De même, VOUS DÉCOREZ LES TOMBEAUX DES JUSTES. Ils décoraient les tombeaux par simulation, alors qu’ils étaient décidés à les tuer. « De même, dit Chrysostome, en est-il à notre époque, si quelqu’un fait beaucoup de bien, décore les tombeaux, fait preuve de générosité, et ainsi de suite ; s’il bâtit avec des pierres, recherche la vaine gloire et ne marche pas dans les chemins du Seigneur, cela ne lui sert en rien. »
2354. De même, VOUS DITES : « SI NOUS AVIONS VÉCU DU TEMPS DE NOS PÈRES, NOUS NE NOUS SERIONS PAS JOINTS À EUX POUR VERSER LE SANG DES PROPHÈTES. » Il est courant que, lorsqu’il s’agit des actions des autres, tous soient des juges sévères. Ainsi, si nous voyons quelqu’un pécher, nous estimons qu’il s’agit d’un grand péché, mais nous atténuons notre péché. C’est pourquoi ces fils connaissaient la méchanceté de leurs pères, mais non la leur, plus haut, 7, 5 : Enlève d’abord la poutre de ton œil, puis tu verras pour enlever la paille de l’œil de ton frère.
2355. Puis [le Seigneur] présente leur cruauté : premièrement, d’une manière générale ; deuxièmement, d’une manière particulière. Et il présente la peine temporelle, en cet endroit : C’EST POURQUOI, VOICI QUE JE VOUS ENVOIE DES PROPHÈTES, DES SAGES ET DES SCRIBES [23, 34].
À propos du premier point, il décrit l’origine ; deuxièmement, [leur] imitation du mal ; troisièmement, il menace de condamnation.
2356. [Le Seigneur] dit : AINSI, VOUS TÉMOIGNEZ CONTRE VOUS-MÊMES QUE VOUS ÊTES LES FILS DE CEUX QUI ONT TUÉ LES PROPHÈTES. Mais en quoi agissaient-ils mal, puisque cela ne dépendait pas d’eux ? Il semble que [le Seigneur] n’aurait pas dû le leur imputer. Voyez : parfois le fils n’imite pas les péchés de son père, mais parfois il imite la méchanceté paternelle. S’il ne suit pas la méchanceté paternelle, elle ne lui est pas imputée. Il arrive parfois que [le fils] ait un père bon et une mère méchante, et inversement, et qu’il suive la bonté du père ou de la mère. Mais si les deux sont méchants, il est rare qu’il n’imite pas leur malice. La raison en est que les fils des méchants s’habituent au mal dès le départ, et s’ils s’habituent à quelque chose pendant leur jeunesse, ils l’embrassent plus fortement et sont donc davantage enclins au mal. De même, lorsque des parents mauvais voient leurs fils faire quelque chose de mal, ils ne les corrigent pas ; c’est pourquoi leur péché est aggravé au point que les péchés des parents retombent sur les fils. Ex 20, 5 : Je suis un Dieu jaloux qui venge les fautes des pères sur leurs fils. C’est pourquoi [le Seigneur] dit : « VOUS ÊTES LES FILS DE CEUX…, parce que vous avez leur malice. » Sg 3, 12 : Vous êtes les mauvais fils de ceux-là. Vous êtes donc des fils par l’imitation.
2357. Et c’est cela qui vient ensuite : VOUS COMBLEZ LA MESURE DE VOS PÈRES ! Il ne s’agit pas d’un ordre, mais d’une annonce : « Vous comblez, c’est-à-dire, vous comblerez », comme s’il parlait comme un homme, à savoir, « vous me tuerez. » Jn 13, 27 : Ce que tu as à faire, fais-le vite ! Ou bien, il se peut que cela soit [dit] sous forme d’une permission, à savoir : « Vous ne serez pas empêchés par moi », c’est-à-dire que « parfois vous l’avez voulu, mais je ne l’ai pas permis, mais, par la suite, je ne l’empêcherai pas ». Ainsi, VOUS COMBLEZ LA MESURE DE VOS PÈRES !
2358. Mais que veut-il dire par : VOUS COMBLEZ ? Il faut voir que tout ce qui arrive se produit par un jugement certain de Dieu. Mais, dans ce jugement certain de Dieu, la peine n’est pas immédiatement acquittée avant qu’elle n’ait atteint toute son ampleur et ne soit parvenue à son comble. De sorte que, selon le jugement de Dieu, leur faute n’avait pas encore atteint toute son ampleur. « Ils ont donc tué les prophètes, mais leur faute n’est pas encore complète, car elle sera achevée en moi. » C’est pourquoi VOUS COMBLEZ LA MESURE DE VOS PÈRES. Is 27, 8 : Lorsqu’elle aura été abaissée à une juste mesure, je la jugerai. Vos pères ont péché, mais vous les égalez. Quelqu’un égale [ses pères] lorsqu’il fait autant que ses pères. Ainsi, vos pères ont tué les prophètes, et vous égalez [vos pères]. Ou bien, on peut dire que ceux-là ont péché en tuant les serviteurs, mais ceux-ci en tuant le Fils. Ils ont donc porté à son comble la méchanceté de leurs pères. Mais le Seigneur s’est volontairement offert et il ne s’est pas opposé. Aussi ne leur reproche-t-il pas leur péché, mais seulement celui [de leurs pères], car c’est le propre d’un bon pasteur de considérer comme sienne la faute des siens.
2359. Puis, il poursuit : « SERPENTS, ENGEANCE DE VIPÈRES, etc. ! » Il semble qu’il parle de leur faute de manière assez appropriée. Le serpent est un animal venimeux et il tue par son venin. Ils sont ainsi appelés serpents parce qu’ils ont tué les prophètes. On dit aussi de la vipère qu’elle meurt en donnant naissance, car le fœtus ronge les entrailles de la mère. Ainsi, alors qu’eux-mêmes étaient mauvais, ils blâmaient leurs pères. Aussi, vous-mêmes, COMMENT POURREZ-VOUS ÉCHAPPER À LA CONDAMNATION DE LA GÉHENNE ? Selon le jugement des hommes, vous y échapperez, mais, selon le jugement de Dieu, comment vous en sauverez-vous ? Il faut donc avoir un cœur pur. Jb 19, 29 : Soustrayez-vous au fil de l’épée !