Ressources Catholiques Missel Romain

précédent

Leçon 2 – Mt 3, 13‑17. n° 349

 

349. Plus haut, l’évangéliste a introduit Jean Baptiste, maintenant il introduit le Christ venant au baptême de Jean, et à cet égard il fait deux choses. D’abord, il présente ce qui a précédé le baptême, deuxièmement, ce qui a suivi le baptême, en cet endroit : JÉSUS AYANT ÉTÉ BAPTISÉ [3, 16].

350. À propos du premier point, il aborde quatre choses : premièrement, l’admirable humilité du Christ ; deuxièmement, l’étonnement devant cette humilité ; troisièmement, la justification du Christ devant cet étonnement ; quatrièmement, Jean admet cette justification. Le deuxième point [se trouve] en cet endroit : JEAN VOULAIT L’EMPÊCHER [3, 14]. Le troisième, en cet endroit : MAIS JÉSUS LUI RÉPONDANT [3, 15a]. Le quatrième, en cet endroit : ALORS IL LE LAISSA FAIRE [3, 15b].

[3, 13]

351. À propos du premier point, quatre choses sont abordées : premièrement, le temps ; deuxièmement, les personnes ; troisièmement, les lieux ; quatrièmement, le rôle.

352. Le temps, quand il dit : ALORS, c’est-à-dire quand Jean a sa propre lumière. Car de même que le soleil se lève quand l’étoile du matin est encore visible, de même le Christ [apparaît] quand Jean prêche et baptise, Lc 3, 21. Jb 38, 32 : Produis-tu l’étoile du matin en son temps, et fais-tu lever l’étoile du soir sur l’horizon ? Ou bien : ALORS, quand le Christ fut dans sa trentième année, Lc 3, 23, pour donner à comprendre que personne ne doit assumer la fonction de prédicateur et de supérieur avant l’âge mûr. Ou bien ALORS, quand, en suivant le parcours des autres, il pouvait avoir commis beaucoup de péchés. C’est pour cette raison qu’il ne voulut pas être aussitôt baptisé, mais observa la loi pendant longtemps, comme s’il était établi sous la loi, et pour que les Juifs n’aient pas de cause de scandale, car il n’est pas venu abolir la loi, Mt 5, 17. On pourrait objecter que le Christ a clos la loi pour la raison qu’il n’avait pas pu l’accomplir. C’est pourquoi il voulut longtemps l’observer ; et c’est pourquoi il ne fut pas baptisé si vite.

353. Les personnes, quand il est dit : JÉSUS VIENT À JEAN, le maître au serviteur, le créateur à la créature, Mt 11, 29 : Apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur.

354. Les lieux : DE GALILÉE. Mystiquement, ces lieux conviennent aux baptisés, parce que « Galilée » signifie « émigration » : il faut que les baptisés émigrent des vices aux vertus, 1 P 2, 1 : Déposant toute méchanceté, toute ruse, hypocrisies, jalousie et toutes médisances. Également, AU JOURDAIN : « Jourdain » se traduit par « descente », et représente l’humilité qui doit se trouver chez celui qui reçoit le baptême pour qu’il reçoive la grâce. Jc 4, 6 : Aux humbles il donne la grâce.

355. Le rôle : POUR ÊTRE BAPTISÉ. Dieu a voulu être baptisé par Jean pour quatre raisons. Pour que le baptême de Jean soit conservé, parce que certains le dénigraient, Mt 21, 24. Deuxièmement, pour consacrer toute l’eau par son contact, et c’est pourquoi on dit que le baptême est fait aux sources du Sauveur, Is 12, 3 : Vous puiserez avec joie les eaux aux sources du sauveur. Troisièmement, pour montrer qu’en lui il y a la vraie condition humaine, parce que de même qu’il fut à la ressemblance de la chair pécheresse, Rm 8, 3, de même il voulut être purifié comme un pécheur. Quatrièmement, pour imposer à d’autres la nécessité d’être baptisés, il voulut d’abord observer ce qu’il imposa. Ac 1, 1 : Jésus commença à faire et à enseigner, contrairement à ceux dont parle Mt 23, 4 : Ils lient des fardeaux lourds et importables, et les imposent aux épaules des gens, mais ils ne veulent pas les remuer du doigt.

[3, 14]

356. Vient ensuite l’étonnement. Note trois choses : premièrement, Jean récuse l’honneur qui lui est offert ; deuxièmement, il reconnaît son humilité ; troisièmement, [il reconnaît] sa faiblesse. Le deuxième point : JEAN L’EMPÊCHAIT, Si 7, 4 : Ne demande pas à un homme la première place, ni au roi un fauteuil d’honneur. Le troisième point : C’EST MOI QUI DOIS ÊTRE BAPTISÉ PAR TOI. Il connaissait l’effet intérieur du baptême ; c’est pourquoi il dit : ÊTRE BAPTISÉ, c’est-à-dire purifié du péché originel. Ainsi dit la Glose. [On pourrait dire] au contraire qu’il avait été sanctifié in utero. Mais il faut dire qu’avant la venue du Christ, certains ont été en quelque sorte purifiés de l’impureté personnelle par la circoncision et les choses de ce genre ; mais quant à la faute et à l’impureté de la nature entière, personne ne fut purifié avant la Passion du Christ.

357. ET TOI, TU VIENS À MOI ! Ps 138, 6 : Merveille de science qui me dépasse, hauteur où je ne puis atteindre !

[3, 15]

358. Vient ensuite la justification du Christ. Note que Jean avait fait une chose : IL L’EMPÊCHAIT, et avait dit deux choses : C’EST MOI QUI DOIS ÊTRE BAPTISÉ PAR TOI, et C’EST TOI QUI VIENS À MOI !

359. Et pourtant le Christ n’a pas répondu à une chose, à C’EST MOI (…) PAR TOI ; mais il a répondu au refus de Jean, d’où LAISSE FAIRE POUR L’INSTANT.

360. Et [le Christ] dit : LAISSE FAIRE POUR L’INSTANT, parce que, selon Chrysostome, Jean peu après fut baptisé par le Christ, non seulement du baptême du souffle [de l’Esprit], mais aussi [du baptême] d’eau. Ou bien il dit : LAISSE FAIRE POUR L’INSTANT, parce que peu après Jean fut baptisé du baptême de l’Esprit Saint. Ou bien LAISSE FAIRE POUR L’INSTANT : « Que je sois baptisé du baptême d’eau, parce que j’ai à être baptisé d’un autre baptême, le baptême de la Passion », Lc 12, 50 : J’ai à être baptisé d’un baptême, et quelle n’est pas mon angoisse jusqu’à ce qu’il soit accompli ! Et de ce [baptême] aussi Jean fut baptisé par le Christ, dans la mesure où il est mort pour la justice, ce qui est la même chose que de mourir pour le Christ. Ou bien : « LAISSE-moi POUR L’INSTANT, alors que je prends forme d’esclave, remplir une fonction d’humilité, parce que lorsque j’apparaîtrai dans la gloire, je te baptiserai du baptême de gloire. »

 

361. Ensuite, le Christ répond à l’étonnement de Jean et dit : C’EST AINSI QU’IL NOUS CONVIENT D’ACCOMPLIR TOUTE JUSTICE, ce qui s’explique de trois façons.

362. D’abord C’EST AINSI QU’IL NOUS CONVIENT D’ACCOMPLIR TOUTE JUSTICE, par le baptême, car il devait arriver que le Christ accomplirait toute justice, de la loi et de la nature, mais il voulut l’accomplir par ce chemin, parce que sans baptême elle n’est pas accomplie, Jn 3, 3 : Celui qui ne naît pas de nouveau ne peut voir le royaume de Dieu, etc.

363. Rémi explique ainsi : C’EST AINSI QU’IL NOUS CONVIENT D’ACCOMPLIR TOUTE JUSTICE, il convient que je donne l’exemple de ce sacrement dans lequel est donnée la plénitude de toute justice parce qu’est donnée la plénitude de la grâce et des autres vertus, Ps 64, 10 : La rivière de Dieu est remplie d’eaux, c’est-à-dire de grâces. Ou bien : C’EST AINSI QU’IL NOUS CONVIENT, etc., c’est-à-dire qu’il faut que j’aie l’humilité parfaite. Le premier degré [d’humilité], c’est ne pas se mettre au-dessus d’un égal, et se mettre au-dessous d’un supérieur, du moins en ce qui est nécessaire. Le deuxième, se mettre au-dessous d’un égal. [L’humilité] parfaite [existe] lorsqu’un supérieur se met au-dessous d’un inférieur. C’est ce [que Jésus dit] : C’EST AINSI QU’IL NOUS CONVIENT, etc., à savoir, pour accomplir l’humilité parfaite. Mais alors qu’il y avait entre eux une telle émulation, le Christ a gagné, d’où : ALORS IL LE LAISSA FAIRE, etc., c’est-à-dire qu’il lui permit de le baptiser. La Glose [dit] : « La vraie humilité est celle à qui ne manque pas l’obéissance ; résister opiniâtrement, c’est de l’orgueil. » 1 R [1 S]  15, 23 : Ne pas vouloir acquiescer, c’est presque un crime d’idolâtrie. C’est ainsi que sont loués Jérémie et Moïse, qui finalement ont dit oui.

[3, 16]

364. Ensuite quand il dit : AUSSITÔT BAPTISÉ, JÉSUS REMONTA DE L’EAU, sont abordées quatre suites du baptême, et il faut savoir que de même que le Christ en son baptême a donné aux autres l’exemple de se faire baptiser, de même dans les suites du baptême il a donné à comprendre ce que nous poursuivons.

365. Les suites [du baptême] sont quatre : le Christ remonte, le ciel s’ouvre, le Saint-Esprit apparaît, le Père fait une déclaration.

366. La première [se trouve] en cet endroit : AUSSITÔT BAPTISÉ, JÉSUS REMONTA DE L’EAU. Et il dit cela littéralement, parce que le fleuve avait un lit profond. Cependant cela signifie que ceux qui sont baptisés montent par les bonnes œuvres. Il dit AUSSITÔT, parce qu’aussitôt baptisés dans le Christ, ils revêtent le Christ, Ga 3, 27 : Vous tous qui avez été baptisés dans le Christ, vous avez revêtu le Christ.

367. De plus, ils obtiennent l’héritage céleste, 1 P 1, 3 : Il nous a engendrés de nouveau pour une espérance vivante, par la résurrection, pour l’héritage incorruptible. [Il dit] ainsi : ET LES CIEUX S’OUVRIRENT POUR LUI. Cela n’est pas à entendre corporellement, mais en vision imaginaire. ET LES CIEUX S’OUVRIRENT POUR LUI, cela signifie que le ciel était fermé au genre humain à cause du péché, Gn 3, 24 : Et il mit devant le paradis de délices les chérubins et la tourbillonnante épée de flamme pour garder le chemin du bois de vie. Il est dit qu’il mit les séraphins, mais le ciel fut ouvert à cause du Christ.

368. Une question : pourquoi les cieux se sont-ils ouverts pour lui, alors qu’ils lui avaient toujours été ouverts ? Il faut dire, selon Chrysostome, que l’évangéliste parle selon la façon ordinaire de parler, parce que, par le mérite de son baptême, les cieux se sont ouverts pour nous, de même qu’un roi dit à son ami qui lui demande une faveur pour un autre : « Je vous l’accorde. »

369. Et il faut savoir qu’il y a trois sortes de gens qui s’envolent aussitôt au ciel après la mort : les baptisés, comme ici ; les martyrs, d’où Ac 7, 56 : Voici que je vois les cieux ouverts et le Fils de l’Homme debout à droite de la puissance de Dieu ; et ceux qui ont persévéré jusqu’au bout dans le repentir. Ac 10, 19 dit que le ciel s’est ouvert pour Pierre en prière.

370. Ensuite est abordée l’apparition du Saint-Esprit : ET IL VIT L’ESPRIT DE DIEU DESCENDANT COMME UNE COLOMBE ET VENANT AU-DESSUS DE LUI. C’est ce qui appartient aux baptisés qui reçoivent le Saint-Esprit en eux, Jn 3, 6 : Ce qui est né de l’Esprit est Esprit, c’est-à-dire est spirituel.

371. ET IL VIT, non dans une vision imaginaire, autrement lui seul aurait vu, L’ESPRIT DE DIEU, c’est-à-dire la colombe. Et il faut savoir que rien de corporel n’est dit de Dieu selon sa substance, mais soit par vision imaginaire (Is 6, 1 : J’ai vu le Seigneur assis sur un trône haut et élevé etc.), soit symboliquement (1 Co 10, 4 : La pierre était le Christ), soit par assomption dans l’unité de la personne (Jn 1, 14 : Le Verbe s’est fait chair). Mais ce n’est selon aucun de ces modes que l’Esprit Saint est appelé une colombe. Que ce ne soit pas par vision imaginaire, c’est évident, car elle a été vue par tous ensemble. Ce n’est pas symbolique, car elle n’était pas là au début. Ce n’est pas par assomption dans l’unité de la personne. C’est pourquoi il y a un quatrième mode, qui consiste en ce qu’une espèce est formée à neuf pour la représentation des effets divins, comme, en Ex 3, 2, le Seigneur est apparu dans le feu et le buisson ; et lors du don de la loi, dans la foudre et dans le tonnerre, Ex 19, 16. C’est pourquoi la colombe fut [chargée] de représenter la venue du Saint-Esprit. [Il dit] donc : ET IL VIT L’ESPRIT DE DIEU DESCENDANT.

372. Il apparut sous l’aspect d’une colombe pour quatre raisons. D’abord, à cause de la charité, car la colombe est un animal affectueux. Chrysostome [dit] : « Le serviteur du diable a encore d’autres dons, simulés, que le serviteur de Dieu a en vérité. » Il n’y a que la charité du Saint-Esprit que l’esprit immonde ne puisse imiter. Ct 5, 2 : Ouvre-moi, ma sœur, mon amie, ma colombe, mon immaculée. Deuxièmement, à cause de l’innocence et de la simplicité, Mt 10, 16 : Soyez prudents comme les serpents, simples comme les colombes. Troisièmement, parce que son chant est un gémissement, et que l’homme sanctifié par l’Esprit Saint doit gémir pour ses péchés, Na 2, 8 : Et ses servantes étaient chassées, gémissant comme des colombes. Quatrièmement, à cause de sa fécondité ; c’est pourquoi la loi prescrivait d’offrir une colombe, ce qui convient aux baptisés car, comme dit Jn 3, 6 : Ce qui est né de l’Esprit, est Esprit.

373. DESCENDANT COMME UNE COLOMBE. L’émanation des dons divins venant de Dieu dans n’importe quelle créature se fait toujours par descente, parce que la créature ne peut recevoir en elle sinon par descente, Jc 1, 17 : Tout don excellent et toute donation parfaite viennent d’en haut, descendant du Père des lumières.

374. ET VENANT AU-DESSUS DE LUI. Note que l’envoi visible est toujours le signe de l’envoi invisible, et signifie soit une grâce nouvellement reçue, soit une augmentation de la grâce. De même quand l’Esprit Saint apparut en langues sur les apôtres, [cet envoi] a signifié une augmentation de la grâce. En outre, un tel envoi signifie soit une grâce faite à ce moment, soit une grâce faite auparavant. Mais, chez le Christ, il ne signifie pas un effet nouveau, parce que, depuis l’instant de sa conception, il fut plein de grâce et de vérité. Mais la grâce, qui était déjà avant sur lui, y fut en tant qu’[il est] homme, non en tant qu’[il est] Dieu.

[3, 17]

375. Ensuite quand il dit : ET VOICI UNE VOIX DU CIEL DISANT, est mise la déclaration du Père : LUI, C’EST MON FILS. Note que le baptême nous rend non seulement spirituels, mais aussi enfants de Dieu, Jn 1, 12 : Il leur a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu. Et il faut savoir que cette voix exprime en quelque sorte ce que la colombe a signifié.

376. BIEN-AIMÉ, pas comme les autres créatures, Sg 2, 13, mais comme un fils naturel, Jn 5, 20 : Le Père aime le Fils, et lui montre tout ce qu’il fait, et lui montrera des œuvres plus grandes que celles-ci, pour que vous admiriez. C’est aussi ce que veut dire le Ps 2, 7 : Le Seigneur m’a dit : « Mon fils c’est toi, moi aujourd’hui je t’ai engendré. » Mais parce que les saints aussi sont aimés par lui, il ajoute FILS, par quoi il distingue son fils ‑ compris dans un sens unique ‑ des autres.

377. EN QUI JE ME SUIS COMPLU. Partout où brille une qualité de quelqu’un, quelque chose se complaît en soi-même, comme un artiste se complaît dans la belle œuvre qu’il a faite, et comme un homme qui voit sa belle image dans un miroir. L’excellence divine est dans n’importe quelle créature particulière, mais jamais toute parfaite, sinon dans le Fils et le Saint-Esprit. Et c’est pourquoi il ne se complaît entièrement que dans le Fils, qui a autant d’excellence que le Père. [Il dit] donc : EN QUI, c’est-à-dire que moi je me complais en lui, Jn 3, 35 : Le Père aime le Fils, et il a tout donné dans la main de celui-ci.

378. Mais note qu’il semble y avoir une contradiction entre cet évangéliste et les autres, parce que Mc 1, 11 et Lc 3, 22 disent : Tu es mon fils bien-aimé, ‑ mais Matthieu [dit] : LUI C’EST MON FILS BIEN-AIMÉ – et : En toi. Mais l’idée est la même, parce que ce qui est dit : Tu es, paraissait directement dit au Christ, mais [le Père] le disait à cause des autres, parce que le Christ était sûr de l’amour de son Père. Et c’est pourquoi Matthieu a exprimé l’intention de celui qui parle, et il dit : C’EST LUI, etc. « Il montre que c’est dit en quelque sorte pour les autres », comme a dit Augustin.

379. En outre, on se demande pourquoi Matthieu et Marc disent : En qui je me, et Luc : En toi. Augustin dit que le Père se complaît dans le Fils et dans les hommes. C’est donc pour cela que ce qui est dit, EN QUI, signifie qu’il se complaît dans les hommes. Je me complais dans les autres, c’est-à-dire pour mon honneur, parce que certains, voyant le Fils, ont glorifié le Père. Ou bien selon l’un et l’autre sens : EN QUI JE ME SUIS COMPLU, c’est-à-dire que mon plaisir fut d’accomplir le salut des hommes, et c’est en toi, c’est-à-dire par toi.

380. Et note que dans ce baptême sont représentés non seulement la fin et le fruit, mais aussi la forme du baptême qui est : Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, [voir] plus loin. Car le Fils fut dans la chair, le Père dans la voix, l’Esprit Saint dans l’apparence de colombe. Et note que ce qui fut séparément ne relève pas d’une division des opérations selon les personnes de la Trinité, puisque, de même que son essence est commune, de même son opération. Mais cela est dit pour opérer une attribution, parce que c’est toute la Trinité qui a créé et cette colombe et cette chair ; mais ces dernières se rapportent à des personnes différentes.

 

 

 

 

CHAPITRE IV

 

Leçon 1 [Matthieu 4, 1‑11] 4, 1 Alors Jésus fut conduit dans le désert par l’Esprit, pour être tenté par le diable. 4, 2 Et quand il eut jeûné quarante jours et quarante nuits, ensuite il eut faim. 4, 3 Et s’approchant le tentateur lui dit : « Si tu es Fils de Dieu, dis que ces pierres deviennent des pains. » 4, 4 [Jésus] répondit et dit : « Il est écrit : Ce n’est pas seulement de pain que vit l’homme, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu. » 4, 5 Alors le diable l’emporta dans la Ville sainte et l’installa sur le faîte du Temple, 4, 6 et il lui dit : « Si tu es fils de Dieu, jette-toi d’en haut, car il est écrit : Il te recommandera à ses anges et ils te porteront sur leurs mains, de peur que ton pied ne heurte une pierre. » 4, 7 Jésus lui dit : « Il est écrit aussi : Tu ne tenteras pas le Seigneur ton Dieu. » 4, 8 À nouveau le diable l’emporta sur une très haute montagne, lui montra tous les royaumes du monde avec leur gloire, 4, 9 et lui dit : « Tout cela je te le donnerai, si tombant à terre tu m’adores. » 4, 10 Alors Jésus lui dit : « Va-t’en, Satan. Car il est écrit : Tu adoreras le Seigneur Dieu, et c’est lui seul que tu serviras. » 4, 11 Alors le diable le quitta. Et voici que des anges s’approchèrent, et ils le servaient.

Leçon 2 [Matthieu 3, 12-22] 4, 12 Comme Jésus avait appris que Jean avait été livré, il se retira en Galilée ; 4, 13 et, ayant quitté la ville de Nazareth, il vint habiter à Capharnaüm la maritime, aux confins de Zabulon et de Nephtali ; 4, 14 pour que soit accompli ce qui a été dit par le prophète Isaïe 4, 15 : Terre de Zabulon et terre de Nephtali, route de la mer au-delà du Jourdain, Galilée des nations ! 4, 16 Le peuple qui était assis dans les ténèbres a vu une grande lumière, et ceux qui étaient assis dans la région de l’ombre de la mort, une lumière s’est levée pour eux. 4, 17 Dès lors, Jésus se mit à prêcher et à dire : « Faites pénitence, car le royaume des cieux s’est approché. » 4, 18 Marchant le long de la mer de Galilée, Jésus vit deux frères, Simon (qu’on appelle Pierre) et André son frère, jetant le filet dans la mer, car c’étaient des pêcheurs, 4, 19 et il leur dit : « Venez derrière moi, et je vous ferai devenir pêcheurs d’hommes. » 4, 20 Eux aussitôt laissèrent les filets et le suivirent. 4, 21 Et avançant plus loin, il vit deux autres frères, Jacques de Zébédée, et Jean son frère, dans le bateau avec Zébédée leur père, réparant leurs filets ; et il les appela. 4, 22 Eux aussitôt, quittant filets et père, le suivirent.

Leçon 3 [Matthieu 3, 23‑25] 4, 23 Et Jésus faisait le tour de toute la Galilée, enseignant dans leurs synagogues et prêchant la bonne nouvelle du royaume, et guérissant toute maladie et toute infirmité dans le peuple. 4, 24 Et sa renommée s’en alla dans toute la Syrie, et on lui amenait tous les malades, atteints de divers maux et tourments, et ceux qui avaient un démon, et les lunatiques, et les paralysés : et il les guérit ; 4, 25 et des foules nombreuses le suivirent, de Galilée, de Décapole, de Jérusalem, de Judée, et d’au-delà du Jourdain.

 

Leçon 1 – Mt 4, 1-25, n° 381

[4, 1]

387. Et note cinq raisons pour lesquelles quelqu’un, après avoir reçu une grâce spirituelle, est tenté. La première, pour avoir la preuve expérimentale de sa justice, Si 34, 10 : Celui qui n’a pas été tenté, quelle est la qualité de sa science ? La deuxième, pour rabaisser l’orgueil, 2 Co 12, 7 : Afin que la grandeur des révélations ne m’exalte pas, il m’a été donné un aiguillon dans ma chair, un ange de Satan pour me donner des coups de poings etc. La troisième, pour confondre le diable, afin qu’il sache combien est grande la puissance du Christ, et qu’il ne peut le vaincre. À propos de cet exemple, on a Jb 1, 8 : As-tu considéré mon serviteur Job, etc. ? La quatrième, pour être rendu plus fort, comme les soldats sont rendus forts par l’expérience. Jg 3 [explique] pourquoi [le Seigneur] voulut envoyer de tous côtés des ennemis avec les fils d’Israël [Jg 3, 1 : Voici les nations que le Seigneur laissa subsister, pour éprouver par elles tous les enfants d’Israël.] La cinquième, pour connaître sa propre dignité, parce que lorsque le diable attaque quelqu’un, cela tourne à l’honneur [de celui-ci], car le diable attaque les saints. Jb 40, 15 et 23 : Sa nourriture est de l’herbe (…) et il a confiance que le Jourdain se jette dans sa bouche.

388. Ensuite [Matthieu parle] du lieu : ALORS JÉSUS FUT CONDUIT DANS LE DÉSERT. Cela va bien avec ce qui précède et avec ce qui va suivre, car il convenait qu’après le baptême il entre au désert. Cela est signifié dans le peuple d’Israël, qui après la traversée de la Mer Rouge ‑ qui fut une figure du baptême ‑ vint à la terre promise en passant par le désert et la solitude. Ainsi les baptisés doivent-ils chercher une vie solitaire et calme, en abandonnant le monde physiquement ou mentalement. Os 2, 14 : Je la conduirai au désert et je parlerai à son cœur ; Ps 54, 8 : Voici, j’ai fui au loin, et j’ai demeuré dans la solitude. Il convenait qu’il s’en aille dans le désert, en quelque sorte pour un combat singulier avec le diable.

389. Chrysostome [dit] : « Il va au désert celui qui sort des frontières ‑ c’est-à-dire de la volonté ‑ de la chair et du monde, où il n’y a pas lieu d’être tenté. » En effet, comment aurait-il des tentations libidineuses, celui qui est toute la journée avec sa femme ? Ceux qui ne quittent pas la volonté de la chair et du monde ne sont pas fils de Dieu mais fils du diable, eux qui, même ayant leur propre femme, désirent celle d’autrui ; mais les fils de Dieu ayant l’Esprit Saint sont conduits au désert pour être tentés avec le Christ, et c’est de quoi parle la suite : il fut conduit PAR L’ESPRIT, comprends SAINT.

390. 381. 381. [Objection :] celui qui conduit est plus grand que celui qui est conduit. Donc, l’Esprit Saint est plus grand que le Christ. Il faut répondre que, si on se réfère à Jésus selon qu’il est Fils de Dieu, il est ainsi égal à l’Esprit Saint. Quelqu’un peut en conduire un autre, soit par le commandement, et ainsi il est plus grand, soit par l’exhortation, et ainsi il est égal. Jn 1, 40s : André conduisit Pierre à Jésus. Et c’est ainsi que Jésus fut conduit.

391. Hilaire rapporte [ceci] au Christ, selon qu’[il est] homme, à savoir que l’Esprit Saint expose à la tentation l’homme qu’il avait rempli.

392. Les hommes sont conduits par l’Esprit Saint quand ils sont mus par la charité, de sorte qu’ils ne sont pas mus par leur propre mouvement mais par celui d’un autre, puisqu’ils suivent l’élan de la charité, 2 Co 5, 14 : L’amour de Dieu nous presse. Et les fils de Dieu sont conduits par l’Esprit Saint, de sorte qu’ils traversent victorieusement, grâce à la puissance du Christ, le temps de cette vie qui est pleine de tentations. Jb 7, 1 : L’épreuve est la vie de l’homme sur la terre. Car lui-même voulut être tenté, pour que, de même que par sa mort il a vaincu la nôtre, de même par sa tentation il vainque toutes nos tentations, He 4, 15 : Nous n’avons pas un grand prêtre incapable de compatir à nos faiblesses, lui qui a été éprouvé en tout, d’une manière semblable, à l’exception du péché.

393. Grégoire dit qu’il y a trois degrés dans la tentation : la suggestion, la délectation, le consentement. La première est extérieure et peut être sans péché. La deuxième est intérieure et avec elle il commence à y avoir péché. Elle se parachève avec le consentement. Le premier degré peut se trouver dans le Christ, mais pas les autres. Et note que le diable n’aurait pas osé aller vers le Christ pour le tenter, si le Christ n’était d’abord venu vers lui.

[4, 2]

394. Ensuite est abordé le deuxième préambule : le jeûne : QUAND IL EUT JEÛNÉ, etc., et cela va avec ce qui précède et avec ce qui suit. Avec ce qui précède, parce qu’il convient de jeûner après le baptême, bien qu’après le baptême on ne doive pas se livrer à l’oisiveté mais pratiquer les bonnes œuvres. Ga 5, 13 : Vous, frères, vous avez été appelés à la liberté. La vraie liberté ne doit pas être dévolue à la vie charnelle. De plus, le jeûne de celui que le diable allait tenter s’accordait avec les choses d’après, parce que ce genre de démons n’est éjecté que par la prière et le jeûne, Mt 17, 20.

395. QUARANTE JOURS. Il faut comprendre cela à la lettre. Et [Matthieu] ajoute : ET NUITS, pour que personne ne croie qu’il avait le droit de manger la nuit, comme font les Sarrasins. Et il faut savoir que ce nombre est préfiguré dans l’Ancien Testament chez Moïse et Élie, Ex 24, 18 et 1 R 19, 8. En cela est caché un mystère, car ce nombre vient de dix fois quatre. Dix représente la loi, car dans les dix commandements est contenue toute la loi. Quatre représente la composition de la chair, car la chair est composée de quatre éléments. Puisque nous, par la suggestion de la chair, nous transgressons la loi divine, il est juste que nous affligions notre chair pendant quarante jours.

396. Selon Grégoire, ce nombre a été institué par l’Église pour jeûner, parce que grâce à cela nous acquittons la dîme de l’année entière : car du premier dimanche [de Carême] jusqu’à Pâques il y a trente-six jours de jeûne, qui sont le dixième de l’année elle-même, si on enlève six jours. Et c’est pourquoi, depuis l’Antiquité, un demi-jour fut ajouté par certains, qui jeûnaient jusqu’au milieu de la nuit du Samedi saint.

397. En troisième lieu, on ajoute qu’ENSUITE IL EUT FAIM. On ne le dit pas de Moïse ni d’Élie, qui étaient des hommes. Mais le Christ voulut avoir faim pour montrer son humanité, car autrement le diable n’aurait pas osé venir le tenter. Ph 2, 7 : Devenant semblable aux hommes, s’étant comporté comme un homme.

[4, 3]

398. Ensuite il y a l’attaque de la tentation, et elle est triple. D’abord, la gourmandise ; en deuxième lieu, la vaine gloire ; en troisième lieu, l’ambition. La deuxième [se trouve] en cet endroit : ALORS LE DIABLE L’EMPORTA DANS LA VILLE SAINTE. La troisième, en cet endroit : À NOUVEAU LE DIABLE L’EMPORTA SUR UNE TRÈS HAUTE MONTAGNE.

399. À propos du premier point, [Matthieu] fait deux choses : d’abord, il présente l’attaque du diable ; deuxièmement, comment le Christ répond, en cet endroit : IL RÉPONDIT etc.

 

400. S’APPROCHANT, LE TENTATEUR DIT. Il pouvait arriver que [le Tentateur] vienne lui-même à Jésus sous une forme corporelle. Et il y a une triple tentation parce que Dieu éprouve pour instruire, Gn 22, 1 : Dieu éprouva Abraham. Parfois l’homme [éprouve] pour apprendre quelque chose de plus, de même que la reine de Saba mit Salomon à l’épreuve, 1 R 10, 1, où il est dit d’elle : Mais la Reine de Saba, ayant appris la renommée de Salomon, vint l’éprouver par des énigmes. Le diable tente pour tromper, 1 Th 3, 5 : Pourvu que le Tentateur ne vous ait pas tentés. Quiconque veut tenter au sujet de la science, tente d’abord sur les choses ordinaires. Les vices communs à tout le genre humain sont les vices charnels, et principalement la gourmandise. De même, qui veut assiéger une place forte commence par la partie la plus faible. Or, l’homme a deux parties, la charnelle et la spirituelle. Le diable tente toujours par la partie la plus faible, c’est pourquoi il tente d’abord par les vices charnels, comme il est évident chez notre premier père, qu’il tenta d’abord de gourmandise.

401. Mais il faut noter l’admirable astuce de la tentation : SI TU ES FILS DE DIEU. Ainsi il le tente directement d’une chose et obliquement d’une autre. C’est pourquoi il persuadait le premier homme de manger de l’arbre, ce qui concernait directement un péché charnel, à savoir la gourmandise ; mais, d’une façon cachée, il l’induisait à l’orgueil et à l’avidité, qui sont des péchés spirituels. C’est pourquoi [le Tentateur] a dit : Et vous serez comme des dieux, Gn 3, 5. De même avec le Christ : il avait appris que le Christ allait venir dans le monde, et celui-ci paraissait être fils de Dieu ; mais il doutait si c’était celui dont les prophètes avaient parlé, car il ne trouvait rien contre lui, Jn 14, 30 : Il vient, le prince de ce monde, et il ne peut rien contre moi. C’est pourquoi il suggérait ce qui est délicieux pour un homme affamé.

402. De plus, il l’induisit à désirer ce qui appartient à Dieu : SI TU ES FILS DE DIEU, DIS QUE CES PIERRES DEVIENNENT DES PAINS. Qo 8, 4 : Sa parole est pleine de puissance, et Ps 32, 6 : Par la parole du Seigneur, les cieux ont été fortifiés, et par le souffle de sa bouche toute leur puissance. Donc la pierre peut être transformée par sa parole. [Le diable] voulait donc l’incliner à cela, parce que s’il le faisait, [le diable] saurait qu’il était Fils de Dieu, sinon il l’induisait à l’arrogance. Et il faut noter qu’il y a beaucoup de gens qui consentent à des péchés charnels, croyant que cela ne va pas leur faire perdre l’état spirituel. Mais si, en consentant à ce qui le tente, l’homme ne perdait pas ce qui est spirituel, la tentation serait légère. Ainsi le diable voulut persuader la femme et le Christ, en faisant des promesses spirituelles.

[4, 4]

403. IL RÉPONDIT ET DIT : IL EST ÉCRIT : « CE N’EST PAS SEULEMENT DE PAIN QUE VIT L’HOMME. »

Dans cette réponse, [le Seigneur] donne trois leçons que l’homme tenté doit appliquer. La première est de recourir à la médecine de l’Écriture, Ps 118, 11 : Dans mon cœur j’ai caché tes paroles, pour ne pas pécher contre toi etc. C’est pourquoi il dit : IL EST ÉCRIT. La deuxième leçon est de ne rien faire selon le bon plaisir du diable. Végèce [dit qu’] « un chef sage ne doit jamais rien faire selon le bon plaisir de son ennemi, même si cela paraît bon ». Et c’est pourquoi le Seigneur, alors qu’il pouvait sans péché transformer des pierres en pain, refusa de le faire parce que l’autre le lui suggérait. La troisième est qu’on ne doit pas agir sans utilité, pour faire ostentation de sa puissance, car c’est de la vanité.

404. IL RÉPONDIT ET DIT : « CE N’EST PAS SEULEMENT DE PAIN QUE VIT L’HOMME. » Il faut noter que le diable faisait effort vers deux buts : d’abord le conduire à la passion des choses charnelles, et aussi [à celle] de la présomption. Mais le Christ, contre l’une et l’autre chose, commence par éviter la vantardise, comme s’il disait : « Toi tu évoques le Fils de Dieu, moi je parle de l’homme. » Ainsi, « CE N’EST PAS SEULEMENT DE PAIN QUE VIT L’HOMME. »

405. De plus, le diable l’attire vers la passion des choses charnelles : DIS QUE CES PIERRES DEVIENNENT DES PAINS, mais [le Seigneur] est attiré par la passion des choses spirituelles. MAIS DE TOUTE PAROLE QUI SORT DE LA BOUCHE DE DIEU, comme s’il disait : « Ce n’est pas seulement la vie corporelle qui doit être recherchée mais la vie spirituelle, qui est conservée par la nourriture spirituelle ». MAIS DE TOUTE PAROLE QUI SORT DE LA BOUCHE DE DIEU. Jn 6, 69 : Seigneur, à qui irions-nous ? Tu as les paroles de vie éternelle. Ps 118, 93 : Pour l’éternité je n’oublierai pas tes commandements, parce qu’en eux tu m’as vivifié. Et [le Seigneur] dit : DE TOUTE PAROLE, car tout enseignement spirituel vient de Dieu, qu’il soit dit par un homme ou par Dieu. Et encore : DE LA BOUCHE, car le prédicateur est la bouche de Dieu, Jr 15, 19 : Si tu sépares le précieux du vil, tu seras en quelque sorte ma bouche. Autre [explication de] CE N’EST PAS SEULEMENT… : l’homme ne vit pas seulement grâce au pain, mais aussi par la parole, c’est-à-dire que par la puissance de Dieu il peut être maintenu en vie sans aucune nourriture.

[4, 5]

406. ALORS LE DIABLE L’EMPORTA DANS LA VILLE SAINTE. Après la première tentation, où le diable fut vaincu, vient maintenant la deuxième, celle de la vaine gloire. Et l’ordre convient, car après que le diable s’est vu vaincu sur le vice charnel, il a essayé avec la vaine gloire ou l’orgueil, car « l’orgueil s’insinue dans les bonnes œuvres, de sorte qu’elles périssent », [dit] Augustin dans sa Règle.

407. À propos de cette tentation il fait trois choses : d’abord est présenté le lieu de la tentation ; deuxièmement, l’attaque ou la tentative de tentation, en cet endroit : SI TU ES FILS DE DIEU, JETTE-TOI D’EN HAUT ; troisièmement, la résistance du Christ, en cet endroit : JÉSUS LUI DIT.

408. Il faut savoir que Luc a mis comme troisième tentation celle qui est ici en deuxième. Mais d’après Augustin, cela n’a pas de signification, car tout ce qui est raconté ici est raconté aussi chez Luc, et il n’est dit ni chez Luc ni ici quelle fut la première ni la deuxième.

409. Raban dit que Luc fait attention à l’ordre historique, et c’est pourquoi il a suivi cet ordre, selon les faits. Matthieu, lui, a suivi la nature de la tentation, car après la tentation de gourmandise et celle de vaine gloire, suit la tentation d’ambition. Ainsi fut tenté Adam, d’abord de gourmandise, Gn 2, 17 : Le jour où tu en mangeras, tu mourras de mort ; deuxièmement, d’orgueil : Vous serez comme des dieux ; troisièmement, d’avidité ou d’ambition : Connaissant le bien et le mal [Gn 3, 5].

410. Mais pourquoi [Matthieu] dit-il : ALORS IL L’EMPORTA (assumpsit) ? Ce mot « assomption » a un sens important. Et Jérôme répond que l’évangéliste dit cela selon l’opinion du diable, parce que le diable s’est approprié, comme s’il l’avait fait par son propre pouvoir, le fait que le Christ a tenu en l’air par sa puissance.

411. Il dit [MONTAGNE] SAINTE, soit parce que des activités sacrées y avaient lieu, c’est-à-dire des sacrifices aux dates fixées, et choses de cette sorte ; soit il le dit à cause de leurs ancêtres qui vécurent là. Ainsi c’est par une ancienne habitude qu’il l’appelle SAINTE, bien qu’elle ait cessé [de l’être]. Is 1, 21 : Comment est-elle devenue prostituée, la cité fidèle, pleine de justice ? Mais, plus loin [Is 1, 26], il dit : Tu seras appelée cité de justice, ville fidèle etc.

412. Il faut savoir qu’en Mc 1, 13, il est dit qu’ il fut au désert quarante jours et quarante nuits, et il était tenté par Satan, ce qui montre que toutes les tentations eurent lieu au désert. Ce qui est dit : ALORS LE DIABLE L’EMPORTA, ne paraît donc pas être vrai. Ici il y a deux réponses. Certains disent que toutes les tentations eurent lieu au désert, et qu’elles se produisirent selon une vision imaginaire, c’est-à-dire que le Christ s’imaginait cela, avec sa propre permission. D’autres disent qu’elles se produisirent selon une vision corporelle, et que le diable lui apparut sous une apparence corporelle. Cela paraît être indiqué parce qu’il dit qu’IL L’EMPORTA DANS LA CITÉ SAINTE. Certains disent que, s’il est question de désert, c’est parce que Jérusalem était désertée par Dieu. Mais il est mieux de dire que, dans le texte de Mc 1, 13, il ne faut pas comprendre que toutes les tentations eurent lieu au désert, et lui-même ne le dit pas, mais qu’il était tenté par Satan. Et c’est pourquoi il faut savoir que la première tentation eut lieu dans le désert, et les deux autres hors du désert.

413. On se demande comment [Satan] l’emporta. [Certains] disent qu’il le transporta au-dessus de lui. D’autres ‑ c’est mieux – que, par la persuasion, il l’amena à venir avec lui, et le Christ par une disposition de sa sagesse alla à Jérusalem.

414. ET IL L’INSTALLA SUR LE FAÎTE DU TEMPLE. Il faut savoir qu’il est dit en 1 R 6 que Salomon fit trois étages au Temple avec un toit plat, et juste à côté du Temple, des faîtes par où les gens pouvaient monter, et c’est de cela qu’il est question dans : ET IL L’INSTALLA SUR LE FAÎTE DU TEMPLE. Il n’est pas dit ici s’il est monté au premier, au deuxième ou au troisième [étage], mais il est certain qu’il a gravi quelque chose.

415. Est-ce que les gens ne voyaient pas quand le diable portait le Christ ? Il faut dire, selon ceux qui disent qu’il le portait, que le Christ faisait en sorte, par sa puissance, de ne pas être vu. Ou bien il faut dire que le diable avait pris figure humaine, et il était habituel que des gens montent ainsi.

[4, 6]

416. ET IL LUI DIT : « SI TU ES FILS DE DIEU, JETTE-TOI D’EN HAUT. » Toujours le diable frappe de deux flèches : d’une part, il induit à la vaine gloire ; d’autre part, à l’homicide, et c’est [ce qui est dit] : « SI TU ES FILS DE DIEU, etc. » Mais certes cette conséquence n’est pas dans la logique du Christ ; ce qui lui convient c’est de monter, Jn 3, 13 : Personne n’est monté au ciel sauf celui qui est descendu du ciel, le Fils de l’homme, qui est dans le ciel, etc. Il dit : JETTE-TOI, car son but est toujours de faire tomber, comme lui-même a été jeté à bas, Ap 12, 4 : La queue du dragon entraînait un tiers des étoiles du ciel et les jeta par terre. Le diable révèle sa faiblesse, car personne n’est vaincu par lui sans le vouloir, c’est pourquoi il dit : JETTE-TOI, il ne le jette pas. Is 51, 23 : Courbez-vous, que nous passions !

417. Mais pourquoi sur le faîte ? La Glose [dit] : « Parce qu’en ce lieu on enseignait. » C’est pourquoi Matthieu veut dire que le diable tente de vaine gloire les gens importants. Contre quoi l’Apôtre dit en 1 Th 2, 6 : Ne cherchant pas la gloire qui vient des hommes, ni auprès de vous ni auprès des autres. [Le diable] dit : « JETTE-TOI D’EN HAUT, etc. », parce que les hommes qui cherchent la gloire doivent se persuader que c’est dans l’humilité en beaucoup de choses qu’ils se montrent fils de Dieu. Et c’est pourquoi Tullius [Cicéron] dit dans son livre De Officiis : « Il faut prendre garde au désir de gloire car il arrache du cœur la liberté, vers laquelle les hommes généreux doivent porter tous leurs efforts. »

418. Ensuite [le diable] introduit l’autorité : IL EST ÉCRIT, et il l’utilise non pour enseigner mais pour tromper, et il prend cet argument parce que de même qu’il se déguise en ange de lumière, de même aussi ses serviteurs, qui utilisent l’autorité de la Sainte Écriture pour tromper les gens simples. 2 P 3, 16 : Les gens ignorants et instables faussent les Écritures pour leur propre perdition. C’est pourquoi le diable préfigurait cela en lui-même, en tant que chef.

419. CAR IL T’A RECOMMANDÉ À SES ANGES. Note qu’on fausse l’autorité de la Sainte Écriture de trois façons. Parfois, lorsque ce qui est dit sur un sujet est appliqué à un autre. De même, si ce qui est dit d’un juste est appliqué au Christ. Exemple : Qui aurait pu transgresser et n’a pas transgressé, Si 31, 10. Et aussi Jn 14, 28 : Le Père est plus grand que moi ; cela est dit du Christ en tant qu’homme. Donc si on le lui applique en tant que Fils de Dieu, l’autorité est faussée. Ainsi, le diable dit ici : ANGES, parce que le Ps 90 dit cela d’un membre du Christ qui a besoin de la garde des anges, ce qui est clair parce que [le psaume] dit ensuite : Pour que tu ne trébuches [Ps 90, 12], et en effet cela ne peut être dit du Christ car il ne pouvait trébucher à l’occasion d’un péché.

420. Deuxième façon : on fausse [l’autorité de l’Écriture] quand on donne autorité à quelque chose qui n’a pas autorité, ainsi Pr 25, 21 et Rm 12, 20 : Si ton ennemi a faim, nourris-le [car en agissant ainsi tu amasseras des charbons ardents sur sa tête]. Car si on fait quelque chose à quelqu’un pour qu’il soit puni par Dieu, on est en contradiction avec le sens du [texte qui fait] autorité. Ainsi [fait] le diable, parce que l’Écriture soutient que le juste est protégé par les anges, de sorte qu’il ne court pas de danger, Ps 9, 10 : Un aide qui vient à propos dans la tribulation etc. Le diable, lui, propose que l’homme se jette dans le danger, ce qui est tenter Dieu.

421. Troisième façon : quand on accepte l’autorité de ce qui nous arrange et qu’on la délaisse en ce qui ne nous arrange pas, ce qui est la coutume de l’hérétique. Ainsi fit ici le diable, car il a enlevé la suite du texte, qui était contre lui : Sur la vipère et le basilic tu marcheras, tu fouleras le lion et le dragon [Ps 90, 13]. C’est pourquoi il est devenu le modèle de tous ceux qui faussent les Écritures.

[4, 7]

422. LE SEIGNEUR LUI DIT. Il ne se défend pas par la violence mais par la sagesse, Sg 7, 30 : La méchanceté ne vainc pas la sagesse. Et c’est pourquoi à l’autorité il oppose une autorité qui explique celle qui a été énoncée auparavant, comme s’il disait : « Tu me dis de me jeter pour voir si Dieu me tire de là, mais cela est prohibé dans l’Écriture. » Ainsi, Tu ne tenteras pas le Seigneur ton Dieu, Dt 6, 16. Autre explication : « Tu tentes, et en tentant tu agis contre l’autorité ; celui qui agit contre l’autorité ne doit pas utiliser l’autorité de la Sainte Écriture. Et l’Écriture dit : TU NE TENTERAS PAS, etc. Mais tu tentes le Seigneur ton Dieu, que je suis. » Jn 13, 13 : Vous m’appelez maître et Seigneur et vous dites bien car je le suis etc.

423. Cependant la première [explication] est plus conforme à la lettre.

424. Ensuite est abordée la troisième tentation, celle de l’ambition ou de l’avidité, d’où : ALORS IL L’EMPORTA. [Premièrement], est abordée l’attaque de tentation, et deuxièmement, la résistance du Christ : ALORS JÉSUS LUI DIT : « VA-T-EN, SATAN. » Le diable tente doublement, en fait et en parole, d’où : « JE TE DONNERAI TOUT CELA, etc. »

425. Dans le fait, deux choses sont à considérer : d’abord, il l’emporta sur une montagne ; deuxièmement, il [lui] montra tous les royaumes du monde.

[4, 8]

426. Donc [Matthieu] dit : À NOUVEAU IL L’EMPORTA. De cette assomption on a parlé plus haut, mais SUR UNE MONTAGNE peut s’expliquer de deux façons. Raban dit que cette montagne était située dans le désert, car selon lui toutes les tentations eurent lieu dans le désert. [Cette montagne] est dite HAUTE par comparaison avec celles qui étaient alentour. Chrysostome dit qu’il l’a emmené sur la montagne la plus haute du monde, et cela paraît en accord avec le texte puisqu’il est dit TRÈS HAUTE. En cela est signifié que le diable élève toujours vers l’orgueil, de même que lui aussi est orgueilleux. Jr 13, 16 : Avant que vos pieds ne se heurtent aux montagnes ténébreuses. C’est pourquoi il est question d’une montagne. Jr 1, 15 : Voici que je convoquerai toutes les familles des royaumes du nord, dit le Seigneur.

427. ET IL LUI MONTRA TOUS LES ROYAUMES DU MONDE.  Il faut savoir que le royaume du monde se comprend de deux façons. D’abord spirituellement : et c’est ainsi qu’on dit que le diable règne sur lui, Jn 12, 31 : Maintenant le prince de ce monde sera jeté dehors. Deuxièmement, on parle littéralement de royaume de ce monde, selon que l’un règne sur l’autre. Ce qui est dit ici paraît à certains [être] ce qu’on pourrait dire du royaume du diable, d’où : IL LUI MONTRA TOUS LES ROYAUMES DU MONDE, c’est-à-dire sur lesquels il régnait, ET LEUR GLOIRE, etc., parce que quand il règne parfaitement sur les hommes, il les fait aussi se glorifier, Pr 2, 14 : Ils se réjouissent quand ils ont fait le mal, et sont fiers des pires choses, Ps 51, 3 : Pourquoi te vantes-tu de ta méchanceté ? Et ici c’est l’ultime degré du péché.

428. D’autres expliquent qu’il s’agit du royaume matériel. Mais alors on se demande comment il a pu montrer tous les royaumes du monde. Rémi dit : « Miraculeusement, car il a montré tous les royaumes dans un coup d’œil, de même qu’on dit aussi du bienheureux Benoît que le monde entier lui fut montré en un seul regard. » Mais il faut savoir que ces deux explications ne paraissent pas bonnes, parce qu’il ne faudrait pas dire qu’IL L’EMPORTA SUR UNE TRÈS HAUTE MONTAGNE, car tout cela aurait pu se passer dans une vallée. C’est pourquoi Chrysostome parle autrement : IL LUI MONTRA, non qu’il lui ait montré les royaumes un par un, mais dans quelle direction était chaque royaume ; et non seulement cela, mais IL MONTRA LEUR GLOIRE, c’est-à-dire il lui exprima la gloire du royaume temporel. Os 4, 7 : Je changerai leur gloire en ignominie ; Ph 3, 19 : Ceux qui ont le goût des choses terrestres, leur gloire est dans leur honte.

[4, 9]

429. ET IL LUI DIT : « TOUT CELA, JE TE LE DONNERAI. » Dans ces paroles, il fait deux choses : il promet et il réclame. Il est menteur dans la promesse, orgueilleux dans l’exigence. Le diable a d’abord cherché à savoir si c’était le fils de Dieu ; croyant seulement avoir déjà découvert qu’il ne l’était pas, il dit : « TOUT CELA, JE TE LE DONNERAI », et là il ment, car ce n’était pas en son pouvoir. Pr 8, 15 : Par moi les princes règnent, et les puissants décrètent le droit. Dn 4, 14 : Jusqu’à ce que les vivants sachent que le Très-Haut domine sur le royaume des hommes, et il le donnera à qui il veut. Autrement il n’aurait pas dit : « TOUT CELA, JE TE LE DONNERAI », car aucun méchant ne règne sans permission divine, Jb [34, 30 ?] : Celui qui fait régner l’hypocrite à cause des péchés du peuple.

430. Il a réclamé autre chose : « SI TOMBANT [A TERRE] TU M’ADORES. » Note trois choses. D’abord le diable persévère toujours dans ce qu’il a demandé au début, Is 14, 13[‑14] : J’escaladerai le ciel, au-dessus des étoiles de Dieu, j’élèverai mon trône, je m’assiérai sur la montagne du testament sur les côtés de l’Aquilon, je monterai au sommet des nuages, je serai semblable au Très-Haut. À cause de cela, il conduit les hommes à l’idolâtrie, voulant s’approprier illégalement ce qui est à Dieu.

431. Note aussi que personne n’adore le diable sans tomber, comme le diable lui-même est tombé. Dn 3, 7 : Tombant par terre ils adorèrent la statue d’or. C’est pourquoi il dit : « SI TOMBANT TU M’ADORES. »

432. Troisièmement, note l’avidité qui est ici : il promet un royaume qui comprend une abondance de richesses et de hauts honneurs. Il lui demande de tomber, car les ambitieux s’humilient toujours plus qu’ils ne doivent. Ambroise [dit] : « L’ambition comporte en soi un danger, elle se plie à la complaisance pour être gratifiée d’honneurs, mais en voulant s’élever elle s’abaisse. »

433. Ensuite l’ennemi se fait prendre : ALORS JÉSUS LUI DIT. Et à cet égard, [le Seigneur] fait deux choses : d’abord il écarte la tentation ; deuxièmement, il introduit l’autorité, en cet endroit : IL EST ÉCRIT, etc.

[4, 10]

434. Il dit donc : ALORS JÉSUS LUI DIT. Note que Jésus avait entendu beaucoup d’injures, mais il ne s’en est pas soucié. Mais cela, « SI TOMBANT TU M’ADORES », il ne l’a pas supporté, car les premières injures étaient contre lui, mais celle-là [était] une injure contre Dieu. Chrysostome [dit] : « L’injure personnelle est tolérable, mais l’injure contre Dieu, il est trop impie de la négliger. » C’est pourquoi [le Christ] dit : « VA-T’EN, SATAN. » 1 R 19, 10 : Je suis épris de zèle pour le Seigneur Dieu des armées, car les fils d’Israël ont abandonné son alliance. Ps 68, 10 : Le zèle de ta maison me dévore. De plus, il n’est pas au pouvoir du diable de tenter autant qu’il veut, mais autant que Dieu permet. C’est pourquoi il dit : « VA-T’EN », comme s’il disait : « Je ne veux pas que tu tentes davantage. » 1 Co 10, 13 : Le Dieu fidèle qui ne supportera pas que vous soyez tentés au-dessus de ce que vous pouvez, mais donnera avec la tentation ce qui est nécessaire pour que vous puissiez la supporter. Jb 38, 11 : Tu viendras jusqu’ici et tu n’avanceras pas plus loin, et ici tu briseras tes flots tumultueux. Il faut noter que le Seigneur a dit des paroles presque identiques à Pierre (Mt 16, 23), mais là il a dit : « En arrière ! » C’est pourquoi l’idée est différente dans l’un et l’autre passage, car « Satan » se traduit « adversaire ». Donc le Seigneur a voulu que Pierre, qui voulait empêcher la Passion, aille derrière lui ; mais ici il dit seulement : « VA-T’EN », car le diable ne peut pas le suivre, et c’est pourquoi il dit : « VA-T’EN », à savoir, en enfer, Mt 25, 41 : Allez, maudits, dans le feu éternel, qui est préparé pour le diable et ses anges.

435. IL EST ÉCRIT, Dt 6, 16 : [Vous ne mettrez pas le Seigneur votre Dieu à l’épreuve]. Et il cite souvent de telles autorités tirées du Deutéronome pour signifier que l’enseignement du Nouveau Testament est annoncé par l’intermédiaire du Deutéronome.

436. De la suite immédiate, LE SEIGNEUR DIEU, on peut tirer deux conclusions, comme s’il disait : « Toi, le diable, tu me dis de tomber et de t’adorer ; mais la loi dit : Tu adoreras le Seigneur ton Dieu. » D’où on peut conclure qu’un simple homme ne doit pas être adoré.

Ou alors, il faut comprendre que [le Christ] parle de lui-même comme de Dieu : Tu adoreras le Seigneur Dieu, etc., comme s’il disait : « C’est toi qui dois m’adorer plutôt que l’inverse, car IL EST ÉCRIT, etc. »

437. La première [explication] cependant est plus conforme à la lettre.

438. Et note qu’il dit deux choses : « TU ADORERAS » et « TU SERVIRAS. » Il y a une différence entre les deux, car on doit se comporter de deux façons envers Dieu : on doit lui être soumis ; et on doit s’élever jusqu’à lui comme vers sa fin ultime.

439. Pour le premier point, nous lui devons toute obéissance, Ac 5, 29 : Il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes. Nous lui sommes soumis quand nous faisons toute sa volonté. Nous nous élevons vers Dieu de deux façons : parfois nous nous tirons vers lui, Ps 33, 6 : Approchez-vous de lui et vous serez illuminés, et votre visage sera sans confusion. Parfois nous tirons les autres vers lui. 1 Co 3, 9 : Nous sommes les collaborateurs de Dieu. Nous faisons la démonstration sensible de ces deux choses, car lorsque nous nous prosternons, nous nous remémorons que nous devons être soumis à Dieu, et c’est pourquoi il dit : LE SEIGNEUR DIEU. Ps 71, 11 : Toutes les nations le serviront. En outre, quand nous offrons des sacrifices et des louanges, nous signifions que nous devons élever notre esprit jusqu’à lui, et la sujétion tend à cela. Ainsi, C’EST LUI SEUL QUE TU SERVIRAS.

440. Il y a deux façons de servir ; une qui est due à Dieu seul et s’appelle en grec latria, et elle est double : l’une est l’adoration qui n’est due qu’à Dieu et qui consiste à le servir de préférence à tout ; l’autre servitude consiste à tendre vers lui comme vers notre fin ultime. En effet, il y a une adoration ou servitude qui est seulement celle des sujets, comme quand des inférieurs servent des supérieurs. Rm 13, 1 : Que chacun soit soumis aux autorités supérieures. Mais [un inférieur] ne doit pas obéir [à son supérieur] par-dessus tout, jamais contre Dieu. Pareillement, il n’y a aucune créature qui doive être tenue pour une fin ultime, Ps 145, 3 : Ne mettez pas votre confiance dans les princes ni dans les fils des hommes, en qui il n’y a pas de salut. Jr 17, 5 : Maudit l’homme qui se confie en l’homme. Il y a aussi une deuxième servitude, qui est due aux supérieurs et qui en grec s’appelle doulia.

[4, 11]

441. Ensuite est abordée la victoire du Christ et elle est montrée en deux choses : dans le départ du diable : ALORS LE DIABLE LE QUITTA, Jc 4, 7 : Résistez au diable et il vous fuira. Et de même que c’était la coutume dans l’Antiquité, que lorsque certains obtenaient une victoire, on leur rendait des honneurs, de même ici le triomphe du Christ est célébré par les anges, d’où : ET VOICI QUE DES ANGES S’APPROCHÈRENT ET ILS LE SERVAIENT. [Matthieu] ne dit pas descendirent, car ils étaient toujours avec lui, même si au moment voulu ils se sont éloignés, selon sa volonté, afin que le diable ait l’occasion de le tenter. Ils manifestaient leur service dans les choses extérieures, par exemple les miracles et autres choses corporelles qui arrivent par l’intermédiaire des anges, mais pour les choses intérieures il n’avait pas besoin d’eux. Cela signifie que les hommes qui sont vainqueurs du diable méritent d’être servis par les anges. Lc 16, 22 : Il arriva que le mendiant mourut et il fut porté par les anges dans le sein d’Abraham. Et il faut savoir que le diable laissa le Christ jusqu’au moment fixé, car plus tard, pour l’attaquer, il utilisa les Juifs comme ses membres, etc.

 

suivant