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Leçon 3 – Mt 4, 23‑25, n° 489

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489. La coutume des rois est de rassembler une armée avant de partir en guerre. De même le Christ, après avoir rassemblé une armée d’apôtres, part en guerre contre le diable grâce à sa fonction de prédicateur, pour l’expulser du monde. C’est pourquoi il s’agit ici de l’enseignement et de la prédication du Christ.

490. D’abord est présentée la prédication du Christ ; deuxièmement, l’effet de la prédication, en cet endroit : ET SA RENOMMÉE SE RÉPANDIT DANS TOUTE LA SYRIE, etc.

491. À propos du premier point, [Matthieu] touche trois choses : le zèle de l’enseignant, le mode de l’enseignement et la confirmation de l’enseignement proposé.

492. Et le zèle est montré en deux choses, car il ne cherchait pas sa propre tranquillité : IL FAISAIT LE TOUR ; Rm 12, 11 : D’un zèle sans nonchalance, et, en second lieu, il ne faisait pas acception des personnes, des pays ni des villes, mais FAISAIT LE TOUR DE TOUTE LA GALILÉE, sans faire de différence, Mc 1, 38 : Allons dans les villes les plus proches pour que là aussi je prêche ; Ps 102, 22 : En tout lieu de son domaine.

Le mode [est abordé] en cet endroit : ENSEIGNANT DANS LES SYNAGOGUES. [Matthieu] dit deux choses : ENSEIGNANT …ET PRÊCHANT. ENSEIGNANT ce qu’il faut faire dans le présent, ET PRÊCHANT sur les choses futures. Ou bien ENSEIGNANT ce qui touche à l’instruction morale, Is 48, 17 : Moi le Seigneur je t’enseigne les choses utiles, ET PRÊCHANT les choses futures, Is 52, 7 : Qu’ils sont beaux sur la montagne, les pieds de celui qui annonce et prêche la paix, qui annonce le bien, qui prêche le salut. Ou bien ENSEIGNANT les lois naturelles, car en théologie sont transmises certaines choses – comme la justice, et choses de ce genre –  que dicte la raison naturelle, et pour celles-là il dit : ENSEIGNANT ; et certaines qui dépassent la raison – comme le mystère de la Trinité, et autres de ce genre – et pour celles-là il dit : PRÊCHANT.

493. Mais il y a une objection tirée de ce que dit la Glose, qu’il enseignait les lois naturelles comme la chasteté, l’humilité et choses de ce genre. En effet les vertus naturelles ne paraissent pas pouvoir être appelées des vertus, car les vertus existent par la grâce. Et il faut dire que l’inclination et le commencement sont naturels, mais que la perfection, qui rend l’homme précieux, vient par la grâce, par le soutien de l’ordre social et par l’entraînement personnel.

494. DANS LEURS SYNAGOGUES. Note deux choses : [le Seigneur] cherchait la foule pour que sa prédication ait plus d’efficacité, Ps 34, 18 : Je te proclamerai dans la grande assemblée. De plus, il prêchait aux seuls Juifs, Ac 13, 46 : C’est à vous d’abord qu’il faut que la parole de Dieu soit prêchée. ET PRÊCHANT LA BONNE NOUVELLE DU ROYAUME : pas des fables ou des curiosités, mais ce qui concerne le royaume de Dieu, et ce qui pouvait être utile aux gens.

495. Ensuite la prédication est confirmée par des miracles, Mc 16, 20 : Ils partirent prêcher partout, le Seigneur agissant avec eux et confirmant la parole par les signes qui la suivaient. Ainsi, GUÉRISSANT. MALADIE peut se rapporter aux maladies physiques, FAIBLESSE aux maladies de l’âme, car les maladies de l’âme ne sont pas moindres que celles du corps. Ou bien MALADIE désigne les maladies graves et durables, FAIBLESSE les autres sortes, Ps 102, 3 : Celui qui guérit toutes tes maladies ; Si 10, 10 : Le médecin coupe une brève faiblesse. Est aussi donné à comprendre que les prédicateurs doivent confirmer leur enseignement par des œuvres, sinon par des miracles, [du moins] par une vie vertueuse, Rm 15, 18 : Je n’ose parler de ce que le Christ ne fait pas par moi, en vue de l’obéissance des païens, en parole et en actes, par la vertu des signes et des prodiges, par la vertu de l’Esprit Saint.

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496. ET SA RENOMMÉE SE RÉPANDIT DANS TOUTE LA SYRIE. Ici est abordé l’effet de la prédication, et il est triple : la renommée en rapport avec l’exemple ; la confiance que les gens avaient en lui ; et la dévotion avec laquelle les gens le suivaient.

497. [Matthieu] dit donc : SA RENOMMÉE SE RÉPANDIT DANS TOUTE LA SYRIE. La Syrie est la région qui va de Capharnaüm à la mer Méditerranée. Donc même sur la terre des païens il a été connu. Ceci concerne aussi les prédicateurs, d’avoir un bon témoignage, Si 41, 12 : Aie souci du bon renom ; 2 Tm 2, 15 : Avec soin soucie-toi de te montrer à Dieu comme digne d’approbation, un ouvrier irréprochable, maniant droitement la parole de vérité. Par la Syrie on peut aussi comprendre l’orgueil du monde, car c’est ainsi que le mot se traduit. Et la renommée du Christ se répandit dans le monde entier.

498. La confiance [est abordée] en cet endroit : ET ON LUI AMENA TOUS CEUX QUI AVAIENT UNE MALADIE. Car ils savaient qu’il pouvait [les] guérir. Jr 17, 14 : Guéris-moi, Seigneur, et je serai guéri ; sauve-moi et je serai sauvé.

499. Et [Matthieu] dit d’abord : SA RENOMMÉE SE RÉPANDIT, etc., et ensuite : ON LUI AMENA, etc., car quand quelqu’un a une réputation de sainteté, on lui dévoile plus facilement la blessure de sa conscience.

500. ATTEINTS DE DIVERS MAUX ET TOURMENTS. Par ces graves maladies sont désignées les maladies spirituelles. Par les MAUX, on peut comprendre les maladies de longue durée ; ils désignent la maladie qui persiste longtemps, Si 10, 10 : Une maladie trop longue accable le médecin. Quand il dit : ATTEINTS DE TOURMENTS, cela signifie que certains sont accablés par la maladie et d’autres par la violence de la douleur, et cela représente ceux qui sont rongés par une conscience alourdie, Ps 17, 5 : Les douleurs de la mort m’ont entouré, les douleurs de l’enfer m’ont entouré.

501. ET CEUX QUI AVAIENT DES DÉMONS. C’est ce qui est dit en Lc 6, 1 : Et ceux qui étaient tourmentés par des esprits impurs étaient guéris. On entend par là ceux qui adoraient les idoles, Ps 95, 5 : Tous les dieux des païens sont des démons ; 1 Co 10, 20 : Je ne veux pas que vous deveniez les associés des démons.

502. À proprement parler, on appelle LUNATIQUES ceux qui souffrent d’une maladie mentale en lune décroissante, et alors les démons s’emparent d’eux. Et le diable alors frappe davantage, pour deux raisons : Jérôme en indique une, c’est qu’il déshonore la créature de Dieu et cela arrive aussi dans les effets de l’art magique, par lequel les démons sont invoqués sous certaines constellations, et les démons viennent pour exalter la créature et l’induire à l’idolâtrie. La deuxième raison est meilleure, car le diable n’a de pouvoir que par les énergies du corps. Il n’est pas douteux que les corps inférieurs soient modifiés selon les divers changements des corps supérieurs. Et c’est pourquoi le diable invoqué vient volontiers quand il voit les corps supérieurs travailler à l’effet pour lequel il est invoqué. En lune décroissante, à l’évidence, les humidités manquent, et c’est pourquoi le décours de la lune produit une telle infirmité, quand la terre n’abonde pas en liquides. C’est la raison pour laquelle le diable tourmente davantage à ce moment. Ainsi : ET LES LUNATIQUES. Par ceux-ci nous pouvons comprendre les inconstants, - Si 27, 11 : Le saint demeure dans la sagesse comme le soleil, mais le sot est changeant comme la lune –, ceux qui se proposent de vivre chastement mais sont vaincus par les passions, selon ce que dit Rm 7, 15 : En effet je ne fais pas le bien que je veux, mais je fais le mal que je hais.

503. ET LES PARALYSÉS. Au sens propre, on appelle PARALYSÉS ceux qui ont les membres amollis, de sorte que ceux-ci ne peuvent remplir leur fonction de membres. Ils représentent les ignorants, et ils sont tous guéris par le Christ, d’où : ET IL LES GUÉRIT, c’est-à-dire parfaitement.

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504. Ensuite est abordé le troisième effet : la dévotion de ceux qui suivent, d’où : ET DES FOULES NOMBREUSES LE SUIVIRENT, Ps 7, [7‑]8 : Lève-toi, Seigneur, tu ordonnes le jugement, et l’assemblée des peuples t’entourera.

505. Il faut savoir qu’ils le suivaient de diverses manières. Certains, à savoir les apôtres,  avec le désir du salut – spirituel – ; d’où, plus haut : Laissant tout, ils le suivirent, et plus loin, [Mt] 19, 27 : Voici, nous avons tout quitté et nous t’avons suivi. Certains avec le désir de la santé physique, Lc 6, 17 : Une abondante foule de peuple venu de toute la Judée, de Jérusalem, de la côte, de Tyr, de Sidon, qui étaient venus pour l’écouter et pour être guéris de leurs maladies. Certains seulement par curiosité de voir des miracles, Jn 6, 2 : Et beaucoup le suivaient car ils voyaient les signes qu’il faisait sur ceux qui étaient malades. D’autres pour lui tendre des pièges, comme les Pharisiens et les scribes, Jr 20, 10 : J’ai entendu les outrages de beaucoup, et la terreur de tous côtés.

506. DE GALILÉE. C’est la province où le Christ prêchait principalement, et dont le nom se traduit « exil ». Elle représente ceux qui doivent émigrer des vices aux vertus. DE LA DÉCAPOLE. C’est une région où il y a dix villes, et elles représentent ceux qui s’efforcent d’observer les dix commandements. DE JÉRUSALEM. Jérusalem se traduit « vision de paix », elle représente ceux qui viennent au Christ par désir de paix, Ps 118, 165 : Grande paix pour ceux qui aiment ton nom. DE JUDÉE. Judée se traduit « confession », elle représente ceux qui viennent au Christ grâce à la rémission des péchés, Ps 113[A], 2 : La Judée devint sa sanctification. ET D’AU-DELÀ DU JOURDAIN. Cela représente ceux qui viennent au Christ par le baptême, car le Jourdain est une figure du baptême.

 

CHAPITRE V

 

[Leçon 1 : Matthieu 5, 1-2] 5, 1 Jésus voyant les foules, monta sur une montagne, et quand il se fut assis, ses disciples vinrent à lui, 5, 2 et ouvrant sa bouche il les enseignait, disant :

[Leçon 2 : Matthieu 5, 3-22] 5, 3 « Heureux les pauvres en esprit, car le royaume des cieux est à eux. 5, 4 Heureux les doux, car ils posséderont la terre. 5, 5 Heureux ceux qui pleurent, car ils seront consolés. 5, 6 Heureux ceux qui ont faim et soif de justice, car ils seront rassasiés. 5, 7 Heureux les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde. 5, 8 Heureux les cœurs purs, car ils verront Dieu. 5, 9 Heureux les faiseurs de paix, car ils seront appelés fils de Dieu. 5, 10 Heureux ceux qui subissent persécution pour la justice, car le royaume des cieux est à eux.

 

[Leçon 3 : Matthieu 5, 11-12. Commentaire de Pierre de Scala] 5, 11 « Heureux êtes-vous quand on vous insultera, qu’on vous persécutera, qu’on dira mensongèrement toute sorte de mal contre vous, à cause de moi. 5, 12 Réjouissez-vous et sautez de joie, car votre récompense est abondante dans les cieux. Car c’est ainsi qu’ils ont persécuté les prophètes qui furent avant vous.

 

[Leçon 4 : Matthieu 5, 13‑14a] 5, 13 « Vous êtes le sel de la terre. Si le sel s’évanouit, dans quoi le salera-t-on ? Il ne sert plus à rien qu’à être jeté dehors et piétiné par les gens. 5, 14 Vous êtes la lumière du monde.

[Leçon 5 : Matthieu 5, 14b‑16] « Une ville située sur une montagne ne peut se cacher. 5, 15 Et on n’allume pas une lampe pour la mettre sous le boisseau, mais sur le lampadaire, pour qu’elle brille pour tous ceux qui sont dans la maison. 5, 16 Qu’ainsi brille votre lumière devant les hommes, de sorte qu’ils voient vos bonnes œuvres, et glorifient votre Père qui est aux cieux.

 

[Leçon 6 : Matthieu 5, 17‑19] 5, 17 « Ne pensez pas que je suis venu abolir la loi ou les prophètes : je ne suis pas venu abolir mais accomplir. 5, 18 Amen, je vous dis, jusqu’à ce que passent ciel et terre, pas un iota, pas un petit trait ne disparaîtra de la loi, que tout ne se réalise. 5, 19 Donc qui violera un des plus petits préceptes et enseignera ainsi aux hommes, sera appelé le plus petit dans le royaume des cieux ; qui [les] observera et enseignera, sera appelé grand dans le royaume des cieux. 5, 20 Je vous dis : si votre justice n’abonde pas plus que celle des scribes et des Pharisiens, vous n’entrerez pas dans le royaume des cieux. 5, 21 Vous avez entendu qu’il a été dit aux anciens : Tu ne tueras pas. Celui qui tuera sera passible du tribunal. 5, 22 Mais moi je vous dis que tout [homme] qui se met en colère contre son frère sera passible du tribunal. Celui qui dira à son frère : “Raca”, sera passible de l’assemblée. Celui qui dira : “Idiot” sera passible de la géhenne de feu.

 

[Leçon 7 : Matthieu 5, 23‑26] 5, 23 « Quand tu présentes ton offrande à l’autel, si là tu te souviens que ton frère a quelque chose contre toi, 5, 24 laisse là ton offrande devant l’autel et va d’abord te réconcilier avec ton frère, puis reviens, et alors tu présenteras ton offrande. 5, 25 Accorde-toi vite avec ton adversaire tant que tu es encore avec lui en chemin, de peur que par hasard l’adversaire te livre au juge, et le juge au garde, et qu’on te mette en prison. 5, 26 En vérité, je te le dis, tu ne sortiras pas de là avant d’avoir rendu le dernier quart d’as.

 

[Leçon 8 : Matthieu 5, 27‑-37] 5, 27 « Vous avez entendu qu’il a été dit : Tu ne feras pas d’adultère. 5, 28 Mais moi je vous dis : celui qui regarde une femme pour la désirer a déjà commis dans son cœur l’adultère avec elle. 5, 29 Si ton œil droit est pour toi une occasion de chute, arrache-le et jette-le loin de toi, car il vaut mieux que tu perdes un de tes membres plutôt que ton corps entier soit jeté dans la géhenne. 5, 30 Et si ta main droite est pour toi une occasion de chute, coupe-la et jette-la loin de toi, car il vaut mieux qu’un seul de tes membres périsse plutôt que ton corps entier aille dans la géhenne. 5, 31 Il a été dit aussi : Qui répudie sa femme, qu’il lui donne un acte de divorce. 5, 32 Mais moi je dis que tout homme qui répudie sa femme, sauf en cas de débauche, l’expose à l’adultère ; et celui qui épouse une répudiée commet l’adultère. 5, 33 Vous avez encore entendu qu’il a été dit aux anciens : Tu ne feras pas de faux serments, mais tu t’acquitteras envers le Seigneur de tes serments. 5, 34 Mais moi je vous dis de ne pas jurer du tout, ni par le ciel, car c’est le trône de Dieu, 5, 35 ni par la terre, car c’est l’escabeau de ses pieds, ni par Jérusalem, car c’est la ville du Grand Roi. 5, 36 Ne jure pas non plus par ta tête, car tu ne peux rendre un seul cheveu blanc ou noir. 5, 37 Que votre parole soit : “Oui ? Oui.” “Non ? Non.” Tout ce qu’on dit de plus vient du Mauvais.

 

[Leçon 9 : Matthieu 5,  38‑48] 5, 38 « Vous avez entendu qu’il a été dit : Œil pour œil, dent pour dent. 5, 39 Mais moi je vous dis de ne pas résister au méchant (ou : au mal), mais si quelqu’un te frappe sur la joue droite, tends-lui aussi l’autre ; 5, 40 s’il veut te faire un procès et prendre ta tunique, laisse-lui aussi ton manteau ; 5, 41 s’il te réquisitionne pour faire mille pas, fais-en deux mille avec lui. 5, 42 À qui te demande, donne ; à qui veut t’emprunter, ne tourne pas le dos. 5, 43 Vous avez entendu qu’il a été dit : Tu aimeras ton prochain et tu haïras ton ennemi. 5, 44 Mais moi je vous dis : aimez vos ennemis et priez pour vos persécuteurs, 5, 45 pour que vous soyez enfants de votre Père qui est aux cieux, car il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, et pleuvoir sur les justes et sur les injustes. 5, 46 Car si vous aimez ceux qui vous aiment, quelle récompense aurez-vous ? Les publicains eux-mêmes n’en font-ils pas autant ? 5, 47 Et si vous saluez seulement vos frères, que faites-vous de plus ? 5, 48 Les païens eux-mêmes n’en font-ils pas autant ? Donc vous, soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait. »

 

Leçon 1 – Mt 5, 1‑2, n° 507

 

507. JÉSUS VOYANT LES FOULES. Ici le Seigneur expose son enseignement, qui est divisé en trois parties : dans la première, l’enseignement du Christ est abordé ; dans la deuxième, est abordée la puissance de l’enseignement ; dans la troisième, la fin à laquelle il conduit. La deuxième se trouve au chapitre 13. La troisième, au chapitre 17.

508. La première partie [l’enseignement] se divise en trois. Dans la deuxième, sont instruits les serviteurs de l’enseignement (chapitre 10). Dans la troisième, sont confondus les adversaires (chapitre 11).

509. La première partie [de cette première partie sur l’enseignement] est divisée en deux : premièrement, il expose l’enseignement du Christ [chapitres 5, 6, 7] ; deuxièmement, il le confirme par les miracles (chapitre 8).

510. Le premier point se divise en deux : l’introduction d’une sorte de titre pour l’enseignement [5, 1‑2] ; le développement de l’enseignement lui-même, en cet endroit : HEUREUX LES PAUVRES EN ESPRIT [5, 3].

511. À propos du premier point, [Matthieu] fait trois choses : d’abord il décrit le lieu où l’enseignement fut exposé [5, 1]. Deuxièmement, les auditeurs de l’enseignement [5, 1]. Troisièmement, il aborde le mode d’enseignement [5, 2].

512. Le deuxième point commence en cet endroit : ET QUAND IL SE FUT ASSIS [5, 1].

513. Le troisième point commence en cet endroit : ET OUVRANT SA BOUCHE IL LES ENSEIGNAIT [5, 2].

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514. [Matthieu] dit donc, après qu’il a été dit qu’ils l’ont suivi, etc. : JÉSUS VOYANT LES FOULES [MONTA SUR UNE MONTAGNE]. Cette expression peut avoir deux sens. D’abord celui-ci : IL MONTA pour enseigner les foules, pas pour [les] fuir. C’est pourquoi Chrysostome dit que « de même que l’artisan, quand il voit le matériau préparé, se réjouit de travailler, de même le prêtre se réjouit de prêcher, quand il voit le peuple rassemblé », et c’est pourquoi IL MONTA. Ps 34, 18 : Je te proclamerai dans la grande assemblée. Ou bien : IL MONTA, fuyant les foules, pour enseigner ses disciples plus tranquillement. Qo 9, 17 : Les paroles des sages sont entendues dans le silence.

515. Et il faut noter qu’il est dit que le Christ avait trois refuges : quand il s’enfuyait en montagne, comme il est dit ici et en Jn 8, 1 : Quant à Jésus, il alla au mont des Oliviers ; parfois sur un bateau, Lc 5, 1s : Comme des foules nombreuses se précipitaient vers eux, (…) montant sur un bateau qui était à Simon, assis il enseignait ; le troisième dans le désert, Mc 6, 31 : Allons dans le désert à part. Et c’est assez approprié, car en trois choses on peut avoir refuge auprès de Dieu : dans la protection de l’élévation de Dieu, qui est représentée par la montagne, Ps 124, 1 : Ceux qui se fient au Seigneur sont comme le mont Sion ; dans la société de l’Église, qui est représentée par le bateau, Ps 121, 3 : Jérusalem, bâtie comme une ville où tout ensemble fait corps ; dans la solitude de la vie religieuse, qui est considérée comme un désert, grâce au mépris des choses temporelles, Os 2, 14 : Je la conduirai au désert, et je parlerai à son cœur ; Ps 54, 8 : Voici, j’ai fui, je me suis éloigné, et j’ai demeuré dans la solitude.

 

516. IL MONTA SUR UNE MONTAGNE pour cinq raisons. Premièrement, pour montrer son excellence, car il est lui-même la montagne dont parle le Ps 67, 16 : Montagne de Dieu, montagne grasse. Deuxièmement, pour montrer que le docteur de cet enseignement doit mener sa vie vers les hauteurs, Is 40, 9 : Monte sur une haute montagne, toi qui portes la bonne nouvelle à Sion. Chrysostome [dit] : « Personne ne peut s’arrêter dans la vallée et parler du ciel, etc. » Troisièmement, pour montrer la hauteur de l’Église à qui l’enseignement est exposé, Is 2, 2 : La demeure du Seigneur sera une montagne au sommet des montagnes, et sera élevée au-dessus des collines. Quatrièmement, pour montrer la perfection de cet enseignement, car il est très parfait, Ps 35, 7 : Ta justice [est] comme les montagnes de Dieu. Cinquièmement, pour que cet [enseignement] concorde avec l’ancienne loi, qui fut donnée sur une montagne, Ex 19 et 24.

517. Ensuite sont présentés les auditeurs : ET QUAND IL SE FUT ASSIS, SES DISCIPLES VINRENT À LUI. Dans le fait qu’il s’asseye, on peut noter deux choses : d’abord l’humilité, Ps 138, 2 : Quand je m’assieds, tu le sais. Quand il était sur les hauteurs de la majesté divine, son enseignement ne pouvait être capté ; les hommes commencèrent à [le] capter quand il s’abaissa. On peut noter aussi la dignité de l’enseignant, Mt 23, 2 : Sur le trône de Moïse se sont assis les scribes et les pharisiens.

518. Pour l’étude de la sagesse, le calme est requis. LES DISCIPLES VINRENT À LUI, etc., non seulement de corps mais d’esprit, Ps 33, 6 : Venez à moi et vous serez illuminés ; Dt 33, 3 : Ceux qui approchaient de ses pieds recevront de son enseignement. Et note que quand le Seigneur a prêché aux foules, il est resté debout. Lc 6, 17 : Jésus, descendant de la montagne, se tint dans un lieu champêtre. Mais ici quand [il a parlé] aux disciples, il s’est assis. De là s’est implantée l’habitude de prêcher debout aux foules, assis aux religieux.

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519. ET OUVRANT SA BOUCHE IL LES ENSEIGNAIT. On a ici le mode d’enseignement. Quand [Matthieu] dit : OUVRANT, il veut dire qu’avant, [le Christ] s’était longtemps tu. Et il montre que Jésus allait faire un grand et long discours, comme dit Augustin. Ou bien qu’il allait dire des choses grandes et profondes, car c’est ainsi que les gens ont l’habitude de faire, Jb 3, 1 : Après cela, Job ouvrit la bouche et maudit le jour de sa naissance. Et [Matthieu] dit SA [BOUCHE], car avant il a ouvert la bouche des prophètes, Sg 10, 21 : La Sagesse a ouvert la bouche des muets, et a rendu éloquente la langue des bébés, car lui-même est la sagesse du Père.

520. Mais ici se pose une question : ce discours, sur beaucoup de points, se trouve aussi en Lc 6, 20s. Mais entre les deux apparaît une contradiction, comme il est clair dans le texte. Augustin propose deux solutions : l’une est que ce discours n’est pas le même que l’autre, car d’abord il est monté sur la montagne et a fait ce discours à ses disciples, et ensuite en descendant il a trouvé la foule rassemblée, à qui il a prêché la même chose, avec beaucoup de considérations nouvelles, et c’est de cela que parle Lc 6, 20s. Ou bien il faut dire autrement : il y avait une seule montagne, elle avait un endroit plat sur le côté et un autre monticule exhaussait cet endroit plat. C’est pourquoi le Seigneur monta sur la montagne, c’est-à-dire sur l’endroit plat de cette montagne. Et d’abord il monta au sommet et appela les disciples, et là il choisit douze apôtres, comme on le voit dans Luc [Lc 6, 12-16] ; et ensuite en descendant, il trouva la foule rassemblée et s’assit pour les disciples qui arrivaient, et tint ce discours aux foules et aux disciples. Et cela paraît plus vrai, car Matthieu dit à la fin du discours que les foules s’étonnaient de son enseignement [Mt 7, 28]. Cependant, quelque sens qu’on prenne, il n’y a pas de contradiction.

 

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