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Leçon 3 – Mt 5, 11-12, n° 698

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698. HEUREUX ÊTES-VOUS QUAND ON VOUS INSULTERA, etc. Plus haut, à partir de cet endroit : HEUREUX LES PAUVRES EN ESPRIT, etc., [le Seigneur] a donné des instructions générales sur la perfection. Ici, il adresse la parole aux disciples. Il les exhorte premièrement à supporter les souffrances, car [la constance] s’accompagne d’une œuvre parfaite [Jc 1, 4) ; deuxièmement, à exécuter consciencieusement leur devoir, en cet endroit : VOUS ÊTES LE SEL DE LA TERRE.

699. De plus, le premier point se divise en trois : d’abord, il exhorte à supporter les persécutions en considérant la cause pour laquelle ils souffrent ; puis il en considère la récompense qu’ils obtiennent par leurs souffrances, en cet endroit : RÉJOUISSEZ-VOUS ET SAUTEZ DE JOIE, CAR VOTRE RÉCOMPENSE EST ABONDANTE DANS LES CIEUX. Enfin, ils l’obtiennent à l’exemple des prophètes qu’ils imitent en souffrant ainsi, en cet endroit : CAR C’EST AINSI QU’ILS ONT PERSÉCUTÉ LES PROPHÈTES.

700. Il exhorte à supporter trois choses : deux en leur présence – injures verbales, actes injurieux –, une en leur absence – diffamations, morsures faites par des cœurs pleins de haine.

701. Il dit donc : HEUREUX ÊTES-VOUS, c’est-à-dire que la cause de la réception du bonheur est avec vous ; QUAND ON (c’est-à-dire les pécheurs) VOUS INSULTERA. La Glose [dit] : « À partir de la haine de leur cœur, ils diront des injures en pleine figure. » Jérôme [dit] : « Là où le Christ est en cause, l’insulte est à souhaiter. » 1 P 4, 14 : Heureux si vous êtes outragés pour le nom du Christ.

702. QU’ON VOUS PERSÉCUTERA par la violence et les insultes, selon la Glose. ET QU’ON DIRA MENSONGÈREMENT TOUTE SORTE DE MAL CONTRE VOUS, en blessant votre réputation en votre absence par toutes sortes de mauvais propos. Et ainsi il y a une triple persécution : sentiments, actes, paroles. MENSONGÈREMENT : il dit cela parce que ce n’est pas une gloire si le mal qui est dit est vrai ! À CAUSE DE MOI, c’est-à-dire à propos de moi à qui vous adhérez. Chrysostome [écrit] : « Celui qui est faussement calomnié, et à cause de Dieu, est bienheureux ; mais si une de ces deux choses manque, il n’y a pas la récompense de la béatitude. »

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703. RÉJOUISSEZ-VOUS ET SAUTEZ DE JOIE, CAR VOTRE RÉCOMPENSE EST ABONDANTE DANS LES CIEUX. Voici le deuxième point, à savoir la considération de la récompense qu’ils obtiennent. C’est pourquoi il dit : RÉJOUISSEZ-VOUS (Glose : mentalement) ET SAUTEZ DE JOIE (dans votre cœur), CE JOUR-LÀ, c’est-à-dire quand vous aurez supporté cela.

704. Raban [dit] : « Je ne sais qui de nous pourrait accomplir cela, de voir notre réputation lacérée d’outrages et de sauter de joie dans le Seigneur. Cela, celui qui poursuit la vaine gloire ne peut l’accomplir, car dans un livre distingué nous lisons : Si tu ne cherches pas la gloire, tu ne souffriras pas quand tu seras sans gloire. »

705. Chrysostome [dit] : « Autant on se réjouit de la louange des hommes, autant on s’attriste de l’outrage. » Et plus loin : « Qui a cherché la gloire seulement auprès de Dieu ne craint pas d’être confondu dans le mépris des hommes. »

706. Mais il y a ici une question : pourquoi ce conseil est-il ajouté de cette façon, quand il dit : RÉJOUISSEZ-VOUS ET SAUTEZ DE JOIE, etc., et pas dans les béatitudes précédentes ? Réponse : cette béatitude concerne le fait de supporter les souffrances, ce qui est très difficile en comparaison d’autres choses citées plus haut. C’est pourquoi le conseil est absent [de celles-là]. Ou bien il ajoute cela pour ne pas épouvanter tout de suite les apôtres, qui sont en somme des novices, et à qui il parle quand il dit : HEUREUX ÊTES-VOUS, etc.

707. CAR VOTRE RÉCOMPENSE (à savoir, Dieu en lui-même) EST ABONDANTE DANS LES CIEUX. Gn 15, 1 : Moi (…) ta récompense très grande. De plus, [elle est] ABONDANTE par comparaison, Rm 8, 18 : Les souffrances du temps présent ne sont pas à comparer à la gloire qui doit se révéler en nous ; 2 Co 4, 17 : La légère tribulation d’un instant nous prépare, jusqu’à l’excès, une masse éternelle de gloire. EST ABONDANTE, car la quantité de consolations sera proportionnée à la quantité de tribulations, Ps 93[94], 19 : Dans la foule de mes douleurs, tes consolations ont réjoui mon âme ; 2 Co 1, 5 : De même que les souffrances du Christ abondent pour vous, ainsi par le Christ abonde aussi votre consolation.

708. Luc dit : Est nombreuse dans le ciel, mais [Matthieu] dit : DANS LES CIEUX, au pluriel, à cause de la multitude de joies. La Glose [dit] : « Dans les parties supérieures du monde. » Bède dit au contraire : « Je pense que LES CIEUX ne désignent pas ici les parties supérieures de l’air. » Réponse : on appelle ici « monde » le ciel empyrée avec toute la machine du monde, et pas seulement ce qui est inclus dans le moteur premier, comme le voulaient les philosophes. C’est pourquoi on appelle [le ciel] « parties supérieures du monde », parce qu’il est au-dessus de ce monde.

709. CAR C’EST AINSI QU’ILS ONT PERSÉCUTÉ LES PROPHÈTES. Ici [est abordé] le troisième point : ils doivent supporter les souffrances à l’exemple des prophètes, d’où : C’EST AINSI (par outrages, injures et paroles méchantes) QU’ILS ONT PERSÉCUTÉ LES PROPHÈTES, Jc 5, 10 : Frères, prenez pour modèles de souffrance et de patience les prophètes qui ont parlé au nom du Seigneur.

QUI FURENT AVANT VOUS : c’est pourquoi leurs exemples vous invitent. Grégoire [dit] : « Si nous passons en revue les actions de nos prédécesseurs, les [maux] que nous supportons ne sont pas graves. » He 12, 1 : C’est pourquoi, ayant une si grande nuée de témoins, déposons tout fardeau et le péché qui nous assiège, et courons avec constance vers le combat qui nous est proposé.

 

Leçon 4 – Mt 5, 13‑14a [Commentaire suppléé par Pierre de Scala] n° 710

710. VOUS ÊTES LE SEL DE LA TERRE, etc. Voici la deuxième partie, où il [les] exhorte à mettre leurs soins à exécuter leur devoir. Premièrement, dans la forme de cette poursuite, forme qui leur est montrée sous la méthode d’un exemple descriptif ; deuxièmement, dans le mode d’enseignement qui leur est prescrit, en cet endroit : QU’AINSI BRILLE VOTRE LUMIÈRE.

711. L’exemple descriptif est représenté dans la variété des comparaisons dont deux sont [exprimées] sous une forme affirmative, là où est montré à quoi ils doivent servir : à assaisonner par l’exemple de leur vie, en cet endroit : VOUS ÊTES LE SEL DE LA TERRE ; deuxièmement, à briller ou éclairer par leur parole d’enseignement, en cet endroit : VOUS ÊTES LA LUMIÈRE DU MONDE. Parmi les assaisonnements, aucun n’est plus utile que le sel. Parmi les choses visibles, aucune n’est plus claire que la lumière.

712. Deux autres [comparaisons] sont exprimées négativement, dans lesquelles est montré à quoi ils ne doivent pas servir : à cacher leur vie ou leur personne, et c’est pourquoi il dit : UNE VILLE SITUÉE SUR UNE MONTAGNE NE PEUT SE CACHER ; à cacher la doctrine ou la grâce, et c’est pourquoi il dit : ON N’ALLUME PAS UNE LAMPE POUR LA METTRE SOUS LE BOISSEAU. Parmi les moyens de protection, aucun n’est plus manifeste qu’une ville. Parmi les ustensiles, aucun n’est plus utile qu’une lampe.

713. Ils doivent donc être SEL par [leurs] vie et mœurs, LUMIÈRE par [leurs] enseignements et prédications, VILLE par [leurs effets]de protection et de défense, LAMPE par leurs éclairages.

714. Bède enseigne qu’avec le sel on assaisonne les âmes pour une santé incorruptible ; qu’on fait la lumière pour l’intelligence de la vérité ; qu’on défend ses gens contre l’ennemi ; qu’on embrase de l’amour de Dieu les personnes qu’on a défendues.

[5, 13]

715. Il dit donc : VOUS ÊTES (c’est-à-dire vous devez être) LE SEL DE LA TERRE. La Glose [dit] : « Le meilleur sel assaisonne les habitants de la terre par son exemple de vie. » Jérôme [écrit] : « Les apôtres sont appelés SEL parce que par eux tout le genre humain est assaisonné. »

716. Trois choses sont notées ici. Premièrement, leur devoir et celui de tous les apôtres, quand il dit : VOUS ÊTES LE SEL DE LA TERRE ; deuxièmement leur péril, quand il dit : SI LE SEL S’ÉVANOUIT ; troisièmement leur supplice, quand il dit : IL NE SERT PLUS À RIEN.

717. Ils sont comparés au sel en raison de sa force, en raison de son origine, et en raison de l’habitude. En raison de sa force, car il a d’abord la vertu de donner du goût en assaisonnant les aliments. De même, la conversation des apôtres donnait du goût aux esprits insipides, Col 4, 6 : Que votre langage soit toujours plein de grâce et de sel [de sorte que vous sachiez comment il faut répondre à chacun]. Deuxièmement, [le sel] a la vertu de dessécher. Augustin [dit] ainsi : « Le sel rend la terre stérile. » De même les apôtres, ayant détruit le royaume du péché, réprimaient le germe des vices, Sg 3, 13 : Heureuse la stérile qui est sans souillure, qui n’a pas connu de lit coupable : elle aura du fruit à l’examen des âmes saintes.

718. Troisièmement, il a une vertu astringente. Augustin [dit] ainsi : « Le sel dessèche les chairs. » De même, les hommes charnels eux-mêmes restreignaient leurs désirs, 1 P 2, 11 : Je vous en conjure, abstenez-vous de désirs charnels. Quatrièmement, [le sel] a une vertu purifiante. Augustin [écrit] : « Le sel préserve des vers et de la putréfaction. » De même la prédication de la parole divine détourne de la putréfaction des vices, Rm 6, 12 : Que le péché ne règne pas dans votre corps mortel de sorte que vous obéissiez à ses désirs. Cinquièmement, il a une vertu guérissante. Par exemple, on voit en 2 R 2, 19‑22 qu’Élisée, ayant mis du sel dans un vase neuf, assainit les eaux de Jéricho. De même le sel de la sagesse céleste ayant été répandu dans le cœur des apôtres, les eaux – c’est-à-dire les peuples – ont été assainies. Ps 106, 20 : Il a envoyé sa parole, et il vous a guéris.

719. Ils sont comparés au sel en raison de son origine, car le sel est fait à partir de l’eau de mer et avec la chaleur du feu ou du soleil, et les apôtres ont été faits à partir de l’eau de la tribulation, et avec la chaleur de l’amour, Ps 5, 12 : Nous sommes passés par le feu et par l’eau ; Lm 1, 13 : Du ciel il a envoyé le feu dans mes os. [Ils sont comparés au sel aussi] en raison de l’habitude, car on l’utilisait dans tous les sacrifices. Lv 2, 13 : Tu saleras toute oblation que tu offriras. Ainsi c’était un usage honorable, en secret ou ouvertement, devant Dieu et devant le prochain. Rm 12, 17 : Veillant au bien non seulement devant Dieu mais aussi devant les hommes.

720. SI LE SEL S’ÉVANOUIT, DANS QUOI LE SALERA-T-ON ? Ici est montré leur péril. Il dit : SI LE SEL (c’est-à-dire le prédicateur, ou le supérieur, ou le docteur) S’ÉVANOUIT. On dit que LE SEL S’ÉVANOUIT de trois façons : [premièrement] par la liquéfaction, qui arrive par l’humide et le froid ; deuxièmement, par l’affadissement ; troisièmement, il s’évanouit quand il est totalement absent.

721. Expose donc les trois façons ainsi. S’IL S’ÉVANOUIT, c’est-à-dire s’il se dissout dans le froid, dans la peur de l’adversité, ou dans l’humidité de la prospérité, DANS QUOI LE SALERA-T-ON ? C’est-à-dire, avec quoi le peuple sera-t-il informé sur les bonnes mœurs ? Ou bien, S’IL S’ÉVANOUIT, c’est-à-dire s’il devient fade, en déviant de la vérité, DANS QUOI, c’est-à-dire par qui le peuple sera-t-il instruit, selon Bède ? Lm 4, 4 : Les petits enfants ont demandé du pain et il n’y avait personne pour leur en rompre. Ou bien, S’IL S’ÉVANOUIT, c’est-à-dire s’il est complètement absent, DANS QUOI LE SALERA-T-ON ? C’est-à-dire, de quelle sorte de pénitence le peuple sera-t-il assaisonné ? Jr 30, 12 : Incurable ta fracture, très grave ta plaie !

722. Sur tout cela, Jérôme [dit] : « Le sel s’évanouit en s’écoulant dans la cupidité, en succombant à la timidité, en détruisant par l’erreur, exalté par la prospérité, déprimé par l’adversité. »

723. IL NE SERT PLUS À RIEN. Ici est noté leur supplice. Trois choses sont abordées. Premièrement, l’annihilation de leur valeur par la soustraction de la grâce, 1 Co 15, 10 : C’est par la grâce de Dieu que je suis ce que je suis, [et sa grâce à mon égard n’a pas été stérile]. Et à ce propos il dit : IL NE SERT PLUS À RIEN, parce que, comme dit Bède, « par son onction, il empêche la germination et ne permet pas la fertilité. » Lc 14, 35 : Il n’est utile ni sur la terre, ni sur le fumier. Deuxièmement, la perte de leur gloire par la défaillance et la négligence ; c’est pourquoi est ajouté : QU’À ÊTRE JETÉ DEHORS, c’est-à-dire hors de l’Église, ou hors du paradis, ou privé de la fonction d’enseigner. Ap 22, 15 : Dehors les chiens, les sorciers, les impudiques, les homicides, les idolâtres, et tous ceux qui aiment et pratiquent le mensonge ; Jn 15, 6 : Il sera jeté dehors comme le sarment et il se dessèchera, [on les ramasse, on les jette au feu et ils brûlent]. Troisièmement, la condamnation à la géhenne à cause de l’accumulation de mauvaises actions. C’est pourquoi il ajoute : ET À ÊTRE PIÉTINÉ PAR LES HOMMES, c’est-à-dire par les démons, car le démon est parfois appelé « homme », comme en Ps 117[118], 6 : [Dieu est pour moi], plus de crainte. Que me fait l’homme, à moi ? La Glose [dit] : « C’est-à-dire le diable. » Ou bien À ÊTRE PIÉTINÉ PAR LES HOMMES, c’est-à-dire à être piétiné en même temps que les autres, ou projeté par-dessous les autres dans le profond de l’enfer. Ml 3, 21 : Vous piétinerez les méchants, car ils seront de la cendre sous la plante de vos pieds. Jb 20, 25 : Ils vont et viennent sur lui, horribles. Ou bien À ÊTRE PIÉTINÉ PAR LES HOMMES, c’est-à-dire à être moqué par les hommes charnels, Os 4, 9 : Il en sera du prêtre comme du peuple. La Glose [dit] : « À être moqué par les hommes. » Or, celui qui souffre persécution est moqué par les hommes ; il est donc piétiné.

724. À l’encontre, Augustin et Raban [disent] : « Celui qui souffre persécution n’est pas piétiné. » Réponse : être piétiné ne se dit que pour celui qui est inférieur, et c’est pourquoi celui qui souffre persécution, bien que sur terre il subisse beaucoup d’épreuves en son corps et soit moqué par les méchants, cependant comme il est établi au ciel par le cœur, on ne dit pas qu’il est piétiné. Ainsi parlent Augustin et Raban.

[5, 14]

725. VOUS ÊTES LA LUMIÈRE DU MONDE, etc. Ici est montré qu’ils doivent éclairer par la parole de l’enseignement, en laquelle on peut noter trois [qualités] que doit avoir le prédicateur de la parole divine : premièrement, la stabilité, pour ne pas dévier de la vérité ; deuxièmement, la clarté, pour ne pas enseigner avec obscurité ; troisièmement, l’utilité, pour chercher la gloire de Dieu et non la sienne.

726. Le premier point est indiqué quand il est dit : VOUS, séparément, à savoir : vous qui êtes dérivés de moi qui suis la première lumière, Jn 8, 12 : Je suis la lumière du monde. VOUS ÊTES, c’est-à-dire « vous devez être ». Voici la stabilité, qui se remarque dans le verbe substantif qui exclut le manque de lumière, contre ceux qui prêchent la fausseté ; la lumière feinte, contre ceux qui se déguisent en ange de lumière, 2 Co 11, 14 ; et la diminution de lumière, contre ceux qui par timidité ou flatterie ne blâment pas les vices.

727. Ensuite la clarté est indiquée, lorsqu’il dit : LA LUMÈRE. La Glose [dit] : « C’est par eux que tous sont éclairés, sortant ainsi des ténèbres de l’ignorance. » Ils sont comparés à la lumière, en premier lieu en raison de l’essence, en deuxième lieu en raison de l’acte, en troisième lieu en raison de la vertu ou efficacité. En effet, en premier lieu, son essence est céleste ; c’est pourquoi Basile [écrit] dans l’Hexaméron : « La lumière est par nature semblable en tout à elle-même et simple. » Si 24, 5 : Moi j’ai fait que dans les cieux se lève la lumière inépuisable ; et [les prédicateurs] eux-mêmes doivent être célestes par leur conduite, Ph 3, 20 : Notre habitation est dans les cieux. En outre, elle n’est pas souillée par les ordures, Sg 7, 25 : Rien de souillé ne s’introduit en elle ; et eux-mêmes doivent être purs, Si 9, 8 : En tout temps, que tes vêtements soient blancs. De plus, elle est communicable à tous. Jb 5, 3 : Sur qui ne resplendit pas sa lumière ? Et les prédicateurs doivent être disponibles à tous, Lc 6, 30 : À qui te demande, donne.

728. En second lieu, [ils sont comparés à la lumière] en raison de l’acte, qui, selon Basile, est d’illuminer les ténèbres, de rendre les routes droites, de découvrir les choses cachées, de montrer les différences. Et les prédicateurs eux-mêmes doivent éclairer dans les choses à croire, rectifier dans les choses à faire, découvrir les choses à éviter et, tantôt menaçant tantôt exhortant, prêcher aux hommes.

729. En troisième lieu, [ils sont comparés à la lumière] en raison de son efficacité, car la lumière procure le plaisir (Si 11, 7 : Douce est la lumière, et voir le soleil est délicieux pour les yeux), la fécondité de la terre (Si 43, 4 : Exhalant des vapeurs brûlantes, [dardant ses rayons, il éblouit les yeux]), et [elle permet] aux vivants de connaître. Le Philosophe [dit] : « L’homme engendre l’homme, le soleil aussi. »

730. En outre, selon Basile, « quand vient la lumière du jour, les chagrins sont allégés, les hommes s’éveillent de leur sommeil, les oiseaux gazouillent, les bêtes sauvages fuient vers leurs cachettes ». Ainsi, à la lumière des apôtres, le monde est édifié par leurs exemples, enflammé par leurs enseignements, fécondé par leurs bonnes œuvres, allégé de ses péchés, réveillé de ses négligences, disposé à la contemplation des choses célestes, arraché au pouvoir des démons.

731. Troisièmement, l’utilité en est ensuite présentée, quand il dit DU MONDE, c’est-à-dire universellement. Ps 18, 5 : Sur toute la terre est partie leur parole.

732. Ici se pose une question : pourquoi le sel a-t-il été mis avant la lumière ? Réponse de Chrysostome : « Parce que la vie [vient] avant la doctrine, car la vie conduit à la science de la vérité. »

 

Leçon 5 – Mt 5, 14b‑16, n° 733

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733. UNE VILLE SITUÉE SUR UNE MONTAGNE NE PEUT SE CACHER. Voici la partie où est montré qu’ils ne doivent pas vivre cachés. C’est pourquoi il dit : UNE VILLE… NE PEUT SE CACHER. La Glose [dit] : « C’est-à-dire la solidité de la doctrine apostolique, ou leur vie sainte fortifiée de vertus », Jr 1, 18 : Je t’ai établi comme une ville fortifiée. SE CACHER, c’est-à-dire rester secrète. SITUÉE SUR UNE MONTAGNE, c’est-à-dire située sur le Christ ou sur l’Église.

734. Pourquoi ne peut-elle se cacher ? Parce que la montagne elle-même la met en évidence, selon la glose de Chrysostome : « Les exemples des œuvres sont plus éclatants que n’importe quelle trompette, et la vie pure elle-même est plus brillante que la lumière et ne pourra être obscurcie, même s’il y a d’innombrables contradicteurs. »

735. À noter qu’à partir du sens de l’expression SUR UNE MONTAGNE, trois choses se remarquent : [la ville] est sûre, ce qui indique la constance ; elle est inexpugnable, ce qui indique la patience ; elle est située en un lieu ferme et immobile, ce qui indique la persévérance.

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736. Ensuite [le Seigneur] indique qu’ils ne doivent pas cacher leur doctrine. C’est pourquoi il dit : ET ON (c’est-à-dire les hommes saints) N’ALLUME PAS UNE LAMPE, c’est-à-dire la doctrine de prédication, ou la chaleur de la doctrine, car dans la lampe il y a feu et lumière. De même aussi dans la prédication, il doit y avoir la chaleur de l’Esprit à l’intérieur, et la lumière du bon exemple à l’extérieur. C’est ainsi qu’on dit que Jean [Baptiste] était la lampe qui brûle et qui brille [Jn 5, 35].

737. SOUS LE BOISSEAU, c’est-à-dire dans le secret, MAIS SUR LE LAMPADAIRE, c’est-à-dire en évidence. Glose de Bède : « C’est-à-dire sur l’Église », comme s’il disait : « La doctrine de prédication n’a pas été donnée pour être sous le boisseau de la timidité ou du confort de la vie présente », car un boisseau, selon Isidore (Livre des étymologies, 17), c’est à la fois le récipient dans lequel on mesure, et la chose qu’on mesure.

738. Selon Bède, au sens mystique, le Christ n’a pas enfermé la lampe de son Incarnation SOUS LE BOISSEAU, c’est-à-dire sous la mesure de la loi, ni dans les limites d’une seule nation, MAIS SUR LE LAMPADAIRE, c’est-à-dire sur l’Église, POUR QU’ELLE BRILLE POUR TOUS CEUX QUI SONT DANS LA MAISON, c’est-à-dire dans l’Église ou dans le monde.

739. Mais ici se pose une question : pourquoi les apôtres, ou la doctrine apostolique, sont-ils appelés UNE VILLE, alors qu’ils sont plutôt les fondations, et l’Église, la ville dont ils sont les fondations ? Réponse : on les appelle UNE VILLE parce que sous le Christ, ils ont été les fondateurs de l’Église. Ou bien dans le nom du tout on entend la partie : sous le nom de VILLE [on entend] les fondations. Car la montagne sur laquelle la ville est située, c’est le Christ, de qui [parle] Is 2, 2 : Il arrivera dans les derniers jours que la montagne de la maison du Seigneur sera établie en tête des montagnes et s’élèvera au-dessus des collines, alors toutes les nations afflueront vers elle.

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740. Ensuite il dit : QU’AINSI BRILLE VOTRE LUMIÈRE DEVANT LES HOMMES, ce qui est la suite du passage : VOUS ÊTES LE SEL DE LA TERRE, etc.

Là, il les informe de la manière d’enseigner, et il décrit cette manière en trois points. Premièrement, par la manifestation de la doctrine, et il dit : QU’AINSI BRILLE VOTRE LUMIÈRE, à savoir la doctrine, DEVANT LES HOMMES, Rm 12, 17 : Préparant le bien non seulement devant Dieu mais aussi devant tous les hommes.

741. Deuxièmement, par la confirmation de la doctrine manifestée, grâce aux bonnes œuvres, et il ajoute : DE SORTE QU’ILS VOIENT VOS BONNES ŒUVRES. La Glose [dit] : « Je demande que les œuvres se voient et qu’ainsi l’enseignement soit confirmé », Jc 2, 12 : Parlez, et agissez en fonction. Chrysostome : « Le nom de Dieu est blasphémé par ceux qui ne font pas ce qu’ils enseignent. » Mais ce qui est dit plus loin paraît contredire cela : Quand tu fais l’aumône, que ta main gauche ignore ce que fait ta main droite [Mt 6, 3]. Et aussi : Prie ton Père dans le secret, et ton Père, qui voit dans le secret, te rendra [Mt 6, 6]. Réponse : il interdit que les bonnes œuvres soient mises en évidence en ce qui concerne les louanges des hommes, mais ici il demande qu’elles soient faites pour confirmer l’enseignement et glorifier Dieu, selon la Glose. Car si l’enseignement est bon et le prédicateur méchant, alors il est lui-même occasion de blasphème contre la doctrine de Dieu. Bernard [dit] ainsi : « Langue parlant à merveille et main oisive, doctrine lumineuse et vie ténébreuse, c’est une chose monstrueuse. »

742. Troisièmement, par l’intention droite. C’est pourquoi il ajoute : ET GLORIFIENT VOTRE PÈRE. La Glose [dit] : « En vous, et non vous, car c’est son œuvre. » QUI EST AUX CIEUX. Grégoire [écrit] : « Qu’ainsi l’œuvre soit faite en public, bien que l’intention reste dans le secret, pour que nous offrions au prochain un exemple de bonne œuvre, et pourtant, dans l’intention de chercher à plaire à Dieu seul, souhaitons toujours le secret. »

 

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